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24 novembre 2012

Perte du AAA : les 4 bonnes et les 4 mauvaises raisons de Moody’s

Article paru sur le blog de Christian CHAVAGNEUX


Moody’s justifie sa dégradation de la note de la dette publique française par pas moins de huit raisons. La moitié ressortent de vrais sujets d’inquiétude, l’autre moitié d’un mélange de présupposés idéologiques et de scénarios catastrophes dignes des accès de peur des marchés financiers. Au final, la dégradation parait inopportune.


Se sachant attendue, l’agence de notation a voulu justifier sa décision de faire perdre à la France son AAA, en avançant pas moins de 8 raisons.


Les 4 bonnes raisons


Moody’s s’inquiète de la capacité de la France à rembourser sa dette publique car elle pense que :


- Les prévisions de croissance du gouvernement sont trop optimistes : de ce fait le déficit public a peu de chance d’être à 3 % à la fin 2013. On ne peut que donner raison à l’agence. Lorsqu’à la rigueur juste le gouvernement a ajouté le privilège donné aux entreprises de voir leurs impôts diminués sans condition et qu’en contrepartie les dépenses publiques vont être fortement réduites et le pouvoir d‘achat des ménages amputé par les hausses de TVA, alors il était certain que les 0,8 % de croissance du PIB et le 3 % de déficit public ne pouvaient pas être atteints.


- Moody’s souligne la faible intensité de R&D des entreprises privées françaises qui plombent ses perspectives de croissance à moyen terme. Là encore, on ne peut que suivre l’agence.


- Celle-ci appuie également son diagnostic sur le fait qu’elle voit les banques françaises toujours en mauvaise posture : elles sont très exposées au risque italien et elles dépendent encore trop de refinancements de court terme sur les marchés. On peut penser que Moody’s surévalue les risques de crise en Italie (et dans le reste de l’Europe, cf. infra) mais la problématique de la trop grande transformation réalisée par les banques françaises (trop de ressources de court terme pour financer ses crédits de moyen long terme) mérite d’être posée.


- Enfin, contrairement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, la France ne dispose pas d’une banque centrale capable d’acheter instantanément ses titres de dette publique en cas de panique. C’est vrai. Même si on peut penser que la BCE serait prête à intervenir en cas de panique généralisée.


Les 4 mauvaises raisons


- L’agence s’inquiète des perspectives de croissance à moyen long terme de la France car le travail est trop taxé et les entreprises ne peuvent pas licencier comme elles le souhaitent. Elle reprend là point pour point l’argumentation du Medef dans un combat plus idéologique qu’analytique. Comment oser écrire que les entreprises françaises ne peuvent pas licencier facilement avec plus de 10 % de chômeurs ?


- De la même façon, Moody’s se plaint du manque de concurrence dans le secteur des services, sans autre précision. Comme on ne voit pas l’agence réclamer une police ou une éducation privées, on est enclin à penser que l’absence de fonds de pension en France et la volonté de remettre en cause l’Etat providence sont ses principales motivations. Cela correspond au même choix purement idéologique que l’argumentation précédente.


- Moody’s justifie aussi sa décision par le fait que la France est un gros contributeur aux mécanismes de solidarité financière européens. Mais alors que dire de l’Allemagne ? L’agence aurait dû indiquer que, pour les mêmes raisons, l’Allemagne suscitait des inquiétudes.


- Enfin, l’agence s’embarque dans un développement fondé sur un scénario catastrophe de panique en Europe dont la France ne sortirait pas indemne. Mais, dans l’hypothèse d’un tel scénario, aucun pays n’en sortirait indemne !


Au final, Moody’s envoie le message selon lequel il n’y a pas 100 % de chances pour que la France rembourse demain l’intégralité de sa dette publique. Qui peut croire à cela ? Personne, à part les agences elles-mêmes (pas encore pour Fitch). D’ailleurs les investisseurs semblent ne pas y croire non plus car la France ne semblait pas embarquer dans une dégradation forte et durable des taux d’intérêt sur sa dette le 20 novembre avec une hausse de 8 points de base (de 2,07 à 2,15 % des taux français à 10 ans en même temps que l’Allemagne connaissait une hausse de 6 points de base). Attendons les prochains jours pour voir. Mais s’ils devaient vendre en masse leur dette française, ils seraient sûrement bien embêtés : dans la mesure où nombre d’entre eux doivent conserver une part de dette publique et qu’ils sont déjà surchargés en dette allemande, que pourraient-ils acheter à la place de la dette française dans le contexte actuel ?

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dette publique, crise financière | | |  Facebook | | |

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