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24 décembre 2012

Le grand écart

Un billet paru sur le blog de Denis Clerc...

Pas très joyeux en ces périodes de fêtes, mais malheureusement, la situation actuelle n'est pas un cadeau...


L’Insee vient de mettre en ligne les résultats détaillés de son enquête sur les revenus fiscaux et sociaux des ménages de France métropolitaine. Je ne reviendrai pas sur ce que (je l’espère) tout le monde sait déjà : la progression du nombre de personnes en situation de pauvreté (+ 500 000) entre 2009 et 2010, après + 300 000 entre 2008 et 2009. La crise a donc fait 800 000 victimes de plus.


Ce que je voudrais souligner, c’est que, entre 2009 et 2010, toutes les catégories de la population ont vu leur niveau de vie baisser, plus ou moins sensiblement, à l’exception d’une seule : les 5 % les plus riches ont connu une amélioration de 1,3 % (en euros constants). Surtout, si l’on prend un peu de recul, et que l’on compare les chiffres 2010 avec ceux de 2009, on s’aperçoit que le dixième le plus pauvre a vu sa part dans le revenu de l’ensemble des ménages reculer, celle-ci passant de 3,9 % à 3,5 %, tandis que, au contraire, la part du dixième le plus riche a bondi de 23,4 % à 24,9 %. Dans l’un et l’autre cas, les modifications peuvent paraître faibles. Mais, portant sur un revenu total de près de 1400 milliards d’euros, cela représente des sommes considérables. Si l’on fait le calcul, les « riches » ont capté en huit ans 21 milliards de plus grâce à cette déformation de la répartition du revenu. Quant aux pauvres, ils ont perdu 5 milliards. En gros, ils ont remboursé leur RMI/RSA, tandis que les plus riches encaissaient environ 3 fois les dépenses consenties au titre du RSA. Et l’on entend encore, en écho persistant, la voix d’un Laurent Wauquiez dénonçant « l’assistanat » : sans doute estimait-il que l’on est encore trop bon pour les pauvres, et que ces 5 milliards qui leur ont été piqués n’étaient pas encore assez.


Va-t-il falloir que des gens meurent de faim (certains meurent déjà de froid) pour que l’opinion comprenne que les victimes de la crise se trouvent en rang serré dans les rangs des pauvres, et qu’elles n’ont qu’un désir : avoir un emploi leur permettant de vivre dignement ? Deux constats chiffrés suffiront. Le premier, dans la  tranche des 30-39 ans, ceux qui, dans leur grande majorité, travaillent. Entre 2009 et 2010, le dixième le plus favorisé de cette tranche d’âge a vu son niveau de vie (en euros 2010) progresser de 7 %. Et le dixième le moins favorisé de cette même tranche d’âge l’a vu reculer de 7 % également. Quant au deuxième constat, parmi les 15 ans et plus, on trouve 6,4 millions de personnes en situation de pauvreté. Enlevons les retraités : il reste alors 5 millions de personnes d’âge actif. Qui sont-elles ? Des personnes en emploi pour 1,9 millions, des chômeurs pour 1 million. En d’autres termes, sur ces millions de personnes, les trois cinquièmes sont en emploi ou en recherche d’emploi. Et l’on voudrait laisser penser que les personnes en situation de pauvreté sont majoritairement des assistés qui n’en foutent pas la rame, comme le sous-entendait le Figaro-Magazine du 4 juin 2011, avec une couverture au titre explicite (« La France des assistés ») et une photo d’un homme confortablement endormi dans un hamac ?


Si je voulais être méchante langue, je ferais évidemment un lien entre la progression des revenus des riches et la baisse de ceux des pauvres : plus les riches sont riches, plus la crise appauvrit le pays tout entier. Je crois bien que je vais finir par être méchante langue.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pauvreté, revenus, inégalités, crise financière | | |  Facebook | | |

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