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31 janvier 2013

La révolution du bâtiment aura-t-elle lieu ?

Article paru sur le ite d'Alternatives Economiques


Les bâtiments sont un véritable gouffre énergétique : ils représentent 40 % de notre consommation d'énergie et sont responsables de 25 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. En moyenne, un logement français consomme 180 kilowattheures par mètre carré et par an pour le seul chauffage, contre 140 kilowattheures en Allemagne. On peut faire beaucoup mieux et l'objectif officiellement fixé depuis 2005 est d'ailleurs de diviser par quatre cette consommation en France d'ici à 2050. Pendant les Trente Glorieuses, les nouveaux logements ont en effet été construits en série sans souci d'isolation. Véritables passoires thermiques, chauffés à grand renfort de fioul du temps du pétrole bon marché, ils sont devenus massivement consommateurs d'électricité avec le programme nucléaire dans les années 1980. 31 % des logements actuels sont chauffés à l'électricité alors qu'il s'agit du moyen de chauffage le plus inefficace. Avec le nucléaire, il faut en effet produire en amont plus de trois kilowattheures pour soutirer un kilowattheure chez soi. De plus, les vagues de froid en hiver engendrent des appels de puissance considérables (les " pointes ") que le nucléaire ne suffit pas à couvrir, accroissant du coup les émissions de gaz à effet de serre.


Le grand chantier de la rénovation

Mais le renouvellement du parc de logements est très lent, avec seulement 1,2 % de constructions neuves par an. L'urgence porte donc sur la rénovation de l'existant. Le plan d'action bâtiment prévu par la loi qui fait suite au Grenelle de l'environnement prévoit que 400 000 logements soient rénovés chaque année à partir de 2013 ainsi que les 800 000 logements sociaux les plus énergivores d'ici à 2020. Malheureusement, sur le terrain, on n'atteint pas encore pour l'instant la moitié de cet objectif. De plus, le niveau de performance exigée pour cette rénovation n'est pas à la hauteur des enjeux : il est fixé à 150 kilowattheures par mètre carré et par an dans le logement social et pour une large part du logement individuel. Pour atteindre les objectifs visés en matière de réductions des consommations, il faudrait plutôt viser les 80 kilowattheures. Pour atteindre un tel niveau de performance, le maître mot est l'isolation : il faut 13 à 22 centimètres d'isolants sur les murs, 26 à 40 centimètres en toiture et 16 centimètres au sol.


Bâtiments basse consommation

Dans le neuf, il est aisé de concevoir des bâtiments bien plus performants, sous réserve de faire appel à des constructeurs compétents. L'architecture bioclimatique permet de tenir compte notamment du fait que le soleil est plus haut dans le ciel l'été que l'hiver. Par la création d'une surface vitrée orientée au sud, protégée par un débord de toiture (ou brise-soleil), on peut ainsi mieux profiter des apports solaires l'hiver et mieux s'en protéger l'été. A l'inverse, les façades exposées au nord étant toujours plus froides, le bon sens consiste à y limiter le nombre d'ouvertures. En ajoutant à cela une bonne isolation, de préférence…


La réglementation thermique (RT 2012), inscrite dans la loi Grenelle 1, qui entrera en vigueur début 2013, exige désormais que, pour les nouveaux bâtiments, la consommation d'énergie n'excède pas 50 kilowattheures par mètre carré et par an, un niveau équivalent au label Bâtiment basse consommation (BBC). Mi-juillet 2011, 13 530 logements avaient ainsi déjà été labellisés BBC et 226 538 demandes étaient en cours.


Vers des maisons à énergie positive ?

Plus ambitieux, le standard Maison passive assure des consommations de chauffage encore trois à dix fois inférieures au BBC, mais il exige en contrepartie une mise en oeuvre irréprochable. Ainsi on ne comptait qu'une cinquantaine de maisons passives en France fin 2011. Avec des besoins si faibles, il suffit d'équiper la maison de panneaux photovoltaïques ou de doter l'immeuble d'une chaudière à cogénération, pour que le bâtiment devienne " à énergie positive ", c'est-à-dire qu'il produise plus d'énergie qu'il n'en consomme. Ce type de bâtiment pourrait devenir le nouveau standard à l'horizon 2020.


Mais on peut aller encore un cran plus loin dans l'analyse et s'intéresser aussi à ce qu'on appelle l'" énergie grise ", c'est-à-dire à l'énergie mobilisée par la fabrication des matériaux de construction. L'institut allemand Passiv Haus a ainsi calculé qu'un immeuble construit en béton armé avec une isolation classique consommait en réalité quatre fois plus que si on avait utilisé une ossature bois et une isolation en ouate de cellulose (fabriquée à partir de papier recyclé). Les isolants classiques, polystyrène, polyuréthane ou laines minérales, nécessitent en effet beaucoup d'énergie pour leur fabrication. La consommation est moindre avec les isolants naturels industriels (laine de chanvre, fibre de bois, etc.), et quasi nulle avec les isolants bruts, comme le copeau de bois ou la botte de paille. Plus de 2 000 maisons ont ainsi déjà été construites en ossature bois et bottes de paille en France, mais aussi quelques bâtiments publics : l'écomusée de Vandoncourt dans le Doubs, le nouveau groupe scolaire Justin-Oudin d'Issy-les-Moulineaux, la Maison de l'architecture et de l'environnement de Carcassonne, etc. Bref, les possibilités ne manquent pas pour réduire radicalement la consommation d'énergie des bâtiments. Encore faudrait-il toutefois les mettre en oeuvre à grande échelle et rapidement.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : énergie, environnement | | |  Facebook | | |

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