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31 janvier 2013

La révolution du bâtiment aura-t-elle lieu ?

Article paru sur le ite d'Alternatives Economiques


Les bâtiments sont un véritable gouffre énergétique : ils représentent 40 % de notre consommation d'énergie et sont responsables de 25 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. En moyenne, un logement français consomme 180 kilowattheures par mètre carré et par an pour le seul chauffage, contre 140 kilowattheures en Allemagne. On peut faire beaucoup mieux et l'objectif officiellement fixé depuis 2005 est d'ailleurs de diviser par quatre cette consommation en France d'ici à 2050. Pendant les Trente Glorieuses, les nouveaux logements ont en effet été construits en série sans souci d'isolation. Véritables passoires thermiques, chauffés à grand renfort de fioul du temps du pétrole bon marché, ils sont devenus massivement consommateurs d'électricité avec le programme nucléaire dans les années 1980. 31 % des logements actuels sont chauffés à l'électricité alors qu'il s'agit du moyen de chauffage le plus inefficace. Avec le nucléaire, il faut en effet produire en amont plus de trois kilowattheures pour soutirer un kilowattheure chez soi. De plus, les vagues de froid en hiver engendrent des appels de puissance considérables (les " pointes ") que le nucléaire ne suffit pas à couvrir, accroissant du coup les émissions de gaz à effet de serre.


Le grand chantier de la rénovation

Mais le renouvellement du parc de logements est très lent, avec seulement 1,2 % de constructions neuves par an. L'urgence porte donc sur la rénovation de l'existant. Le plan d'action bâtiment prévu par la loi qui fait suite au Grenelle de l'environnement prévoit que 400 000 logements soient rénovés chaque année à partir de 2013 ainsi que les 800 000 logements sociaux les plus énergivores d'ici à 2020. Malheureusement, sur le terrain, on n'atteint pas encore pour l'instant la moitié de cet objectif. De plus, le niveau de performance exigée pour cette rénovation n'est pas à la hauteur des enjeux : il est fixé à 150 kilowattheures par mètre carré et par an dans le logement social et pour une large part du logement individuel. Pour atteindre les objectifs visés en matière de réductions des consommations, il faudrait plutôt viser les 80 kilowattheures. Pour atteindre un tel niveau de performance, le maître mot est l'isolation : il faut 13 à 22 centimètres d'isolants sur les murs, 26 à 40 centimètres en toiture et 16 centimètres au sol.


Bâtiments basse consommation

Dans le neuf, il est aisé de concevoir des bâtiments bien plus performants, sous réserve de faire appel à des constructeurs compétents. L'architecture bioclimatique permet de tenir compte notamment du fait que le soleil est plus haut dans le ciel l'été que l'hiver. Par la création d'une surface vitrée orientée au sud, protégée par un débord de toiture (ou brise-soleil), on peut ainsi mieux profiter des apports solaires l'hiver et mieux s'en protéger l'été. A l'inverse, les façades exposées au nord étant toujours plus froides, le bon sens consiste à y limiter le nombre d'ouvertures. En ajoutant à cela une bonne isolation, de préférence…


La réglementation thermique (RT 2012), inscrite dans la loi Grenelle 1, qui entrera en vigueur début 2013, exige désormais que, pour les nouveaux bâtiments, la consommation d'énergie n'excède pas 50 kilowattheures par mètre carré et par an, un niveau équivalent au label Bâtiment basse consommation (BBC). Mi-juillet 2011, 13 530 logements avaient ainsi déjà été labellisés BBC et 226 538 demandes étaient en cours.


Vers des maisons à énergie positive ?

Plus ambitieux, le standard Maison passive assure des consommations de chauffage encore trois à dix fois inférieures au BBC, mais il exige en contrepartie une mise en oeuvre irréprochable. Ainsi on ne comptait qu'une cinquantaine de maisons passives en France fin 2011. Avec des besoins si faibles, il suffit d'équiper la maison de panneaux photovoltaïques ou de doter l'immeuble d'une chaudière à cogénération, pour que le bâtiment devienne " à énergie positive ", c'est-à-dire qu'il produise plus d'énergie qu'il n'en consomme. Ce type de bâtiment pourrait devenir le nouveau standard à l'horizon 2020.


Mais on peut aller encore un cran plus loin dans l'analyse et s'intéresser aussi à ce qu'on appelle l'" énergie grise ", c'est-à-dire à l'énergie mobilisée par la fabrication des matériaux de construction. L'institut allemand Passiv Haus a ainsi calculé qu'un immeuble construit en béton armé avec une isolation classique consommait en réalité quatre fois plus que si on avait utilisé une ossature bois et une isolation en ouate de cellulose (fabriquée à partir de papier recyclé). Les isolants classiques, polystyrène, polyuréthane ou laines minérales, nécessitent en effet beaucoup d'énergie pour leur fabrication. La consommation est moindre avec les isolants naturels industriels (laine de chanvre, fibre de bois, etc.), et quasi nulle avec les isolants bruts, comme le copeau de bois ou la botte de paille. Plus de 2 000 maisons ont ainsi déjà été construites en ossature bois et bottes de paille en France, mais aussi quelques bâtiments publics : l'écomusée de Vandoncourt dans le Doubs, le nouveau groupe scolaire Justin-Oudin d'Issy-les-Moulineaux, la Maison de l'architecture et de l'environnement de Carcassonne, etc. Bref, les possibilités ne manquent pas pour réduire radicalement la consommation d'énergie des bâtiments. Encore faudrait-il toutefois les mettre en oeuvre à grande échelle et rapidement.

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29 janvier 2013

Keynes, reviens, ils ont oublié l’essentiel de ton message !

Billet paru sur le blog de Jean Gadrey


Cher John Maynard,


Je ne suis pas certain que cette lettre te parviendra. Mais peut-être certains, qui se réclament de toi, la liront-t-elle. Presque tous tes fils spirituels en sont restés à une partie simple de tes conclusions : à ton époque, et pendant les décennies qui ont suivi, il était important, dans les périodes de fort chômage, de « relancer » l’économie et de « faire de la croissance forte », en s’appuyant sur un État qui dépense et qui investit. Ce principe correspondait au capitalisme que tu observais et que tu voulais sauver de ses propres dérives, en réhabilitant le rôle de l’État investisseur dans l’économie, contre les libéraux de ton temps. Et cela a plutôt bien marché sous cet angle.


Pour la plupart de tes disciples contemporains, ce principe conjoncturel a été « gravé dans le marbre », alors que le contexte a radicalement changé. Ils ont pour eux un argument : le chômage de masse étant installé depuis les années 1980, il faudrait en permanence, et il faudrait en fait toujours, « faire de la croissance » aussi forte que possible, et les États devraient en conséquence s’endetter fortement et tout le temps. L’impératif de relance serait perpétuel.


Mais quand on y réfléchit, cet argument est faible. Le chômage massif et permanent que nous connaissons, et que tu n’as jamais connu sur une période aussi longue, vient-il vraiment d’un déficit permanent de croissance ? Il semble bien qu’il ait d’autres causes décisives, devenues structurelles : d’une part, l’arrêt du mouvement historique de réduction du temps de travail annuel, d’autre part une distribution de la richesse produite faisant une part nettement plus réduite aux salaires, pour favoriser ceux dont tu souhaitais l’euthanasie : les rentiers, et en particulier les actionnaires.


Les stratégies de ces derniers, qui ont largement pris le pouvoir depuis les années 1980, sont une cause majeure de dépression et de chômage. Ce sont eux, et les institutions financières qu’ils contrôlent, qui ont fait le pari insensé que la spéculation était plus rentable que l’investissement dans l’économie réelle, ce qui ne peut durer qu’un temps et provoque instabilité destructrice et crise. Nous en sommes à ce point où, comme tu le disais, « la situation devient sérieuse lorsque l’entreprise n’est plus qu’une bulle d’air dans le tourbillon spéculatif. »


À cela s’ajoute le fait que ce chômage élevé, qui trouve sa source ultime dans le pouvoir exorbitant des rentiers, les arrange bigrement, puisqu’il freine les revendications salariales et booste les profits, en tout cas à court terme. Mais ils ne voient pas plus loin que ce terme-là. Tu nous as pourtant enseigné qu’un « investissement vise d’abord, ou devrait viser, des résultats à long terme et ne devrait être jugé que d’après ces derniers. »


Nous devrions nous inspirer non pas de la partie conjoncturelle et historiquement située de tes recommandations, mais de certains de tes jugements qui ont traversé le siècle. Par exemple celui-ci, particulièrement d’actualité alors que certains économistes nous proposent de tout marchandiser : « La même règle autodestructrice du calcul financier régit tous les aspects de l’existence. Nous détruisons la beauté des campagnes parce que les splendeurs de la nature, n’étant la propriété de personne, n’ont aucune valeur économique. Nous serions capable d’éteindre le soleil et les étoiles parce qu’ils ne rapportent aucun dividende. »


Serais-tu d’accord pour dire que certains de tes disciples (pas tous, je le précise) font avec toi ce que d’autres ont fait avec Marx : du réductionnisme économiste, alors que vous étiez aussi, l’un et l’autre, des visionnaires, parfois des moralistes, et pas des conjoncturistes ou de purs « macroéconomistes » ? Tu as pourtant écrit en 1930 un essai superbe, rejoignant certains élans de Marx, mais qu’ils feignent d’ignorer : tes « perspectives économiques pour nos petits-enfants ». Tu avais bien anticipé que les petits-enfants de ta génération seraient environ huit fois plus riches qu’à ton époque. Et tu avais ajouté que, avec cette abondance matérielle, « il sera temps pour l’humanité d’apprendre comment consacrer son énergie à des buts autres qu’économiques »… « L’amour de l’argent comme objet de possession, qu’il faut distinguer de l’amour de l’argent comme moyen de se procurer les plaisirs et les réalités de la vie, sera reconnu pour ce qu’il est : un état morbide plutôt répugnant, l’une de ces inclinations à demi criminelles et à demi pathologiques dont on confie le soin en frissonnant aux spécialistes des maladies mentales »


Figure toi que j’ai eu l’occasion de discuter à la radio avec l’un de tes fils spirituels, Jean-Paul Fitoussi. Je lui ai rappelé que tu avais écrit ces lignes et je lui ai demandé s’il les approuvait. Il m’a répondu : « Keynes avait raison, mais son objectif doit être repoussé d’un siècle ». Dans un siècle, à ce rythme-là, comme tu le disais pour plaisanter, « nous serons tous morts ». Nous c’est évident, mais aussi nos descendants, ou une partie de l’humanité. Car - ce que tu ne pouvais en aucun cas prévoir - le fait d’être huit voire dix fois plus riche matériellement qu’à ton époque nous conduit collectivement à des désastres écologiques et humains qui ont commencé à faire sentir leurs premiers effets. Et cela aboutit par ailleurs à l’épuisement proche des ressources matérielles nécessaires à leur « relance perpétuelle ».


Je sais aussi qu’après avoir assisté à une réunion d’économistes américains se réclamant de ta pensée et présentant force modèles et graphiques, tu avais dit : « j’étais le seul non keynésien présent ». Je pense que tu aurais aujourd’hui une réaction semblable avec certains de tes petits-enfants ou arrière petits-enfants spirituels, peut-être même avec une fraction de ceux dont je suis le plus proche, qui se nomment « post-keynésiens », ou parfois « atterrés ». Je pense qu’ils ne deviendront vraiment « post-keynésiens » que lorsqu’ils admettront que nous entrons dans une ère « post-croissance », avec des conséquences qu’il vaudrait mieux anticiper que subir. Parviendront-ils alors à décliner tes intuitions les plus fortes dans un contexte de finitude des ressources naturelles ? Parviendront-ils à faire le tri entre ce qui devrait croître et ce qui devrait décroître, selon des critères écologiques et sociaux ? Ils devraient pour cela s’inspirer de ton autre idée juste, proche d’ailleurs de celle d’Einstein : « la difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes ».


Fort peu d’économistes appliquent ta recommandation de modestie : « Les économistes sont présentement au volant de notre société, alors qu’ils devraient être sur la banquette arrière ». Je mettrais volontiers dans le coffre la majorité d’entre eux, ces néolibéraux qui mènent nos sociétés à l’implosion en étant régulièrement récompensés par la Banque de Suède au nom d’un inventeur d’explosifs. Tu estimais aussi que « si les économistes pouvaient parvenir à ce qu’on les considère comme des gens humbles, compétents, sur le même pied que les dentistes, ce serait merveilleux ! ».


Depuis ton époque, malheureusement, les économistes au volant ont acquis de plus en plus de pouvoir comme proches conseillers des princes ou de la finance (ce qui tend à devenir la même chose), sans jamais subir de retrait de permis pour les accidents graves qu’ils provoquent régulièrement.


Je vais te citer une dernière fois, même s’il ne s’agit que d’un trait d’humour caustique, car il y a beaucoup de vrai dans cet humour : « Le capitalisme est cette croyance stupéfiante que les pires des hommes feront les pires choses pour le plus grand bien de tout le monde ».


Je doute un peu que tu puisses revenir parmi nous, et d’ailleurs je ne crois pas aux grands hommes providentiels, mais j’aimerais que celles de tes idées que j’ai rappelées soient plus souvent présentes. Je ne compte guère sur ma propre profession pour le faire dans l’immédiat, mais d’autres peuvent s’y employer.

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28 janvier 2013

Prêter sa maison : un moyen de lutte contre la pauvreté ?

 

Alors que le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a présenté en début de semaine son « plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale », deux informations ont retenu mon attention... La première concerne un riche avocat américain, Tony Tolbert, qui a prêté pour un an sa maison à une famille de sans-abris. La seconde (JT de France 3, le reportage commence au bout de 20 minutes) nous apprend qu’un entrepreneur lyonnais, Alain Sitbon, a investi deux millions d’euros de ses deniers personnels pour construire des villages d’ « algecos » pour les plus démunis.

 

Que l’on ne se méprenne pas sur mon propos, je n’ai pas l’intention de critiquer ces deux initiatives. Je trouve cela formidable que des « riches » se préoccupent de la situation des plus pauvres…et surtout agissent ! Les deux millions d’euros de Mr Sitbon sont mieux employés de cette façon que s’il avait investi dans un complexe hôtelier de luxe aux Seychelles, ou parié sur des produits dérivés sur les denrées alimentaires ! Mais combien faudrait-il de Tony Tolbert aux Etats-Unis et d’Alain Sitbon en France pour aider tous ceux qui en ont besoin ? Comment assurer que leurs initiatives individuelles ne sont pas redondantes ? Sur quels critères choisir les bénéficiaires de ces aides ? Même si elle traduit la prise de conscience de la gravité du problème de la pauvreté, cette nouvelle forme de charité ne peut le résoudre.

 

« Vous voulez les pauvres secourus, moi je veux la misère supprimée », écrivait Victor Hugo dans Quatre-Vingt-Treize. Là réside toute la différence entre la juxtaposition d’actions individuelles, si louables soient-elles, et l’action publique qui seule peut prendre en compte toutes les dimensions de la question.

 

La première de ces dimensions est la façon dont sont perçus les pauvres. Le plan présenté par le gouvernement est très clair : « c’en est fini de la dénonciation de la paresse ou de la malhonnêteté des ménages modestes. Les personnes en situation de pauvreté ou de précarité veulent s’en sortir, le sens des politiques sociales est de les y aider. » On est loin des propos outranciers de Laurent Wauquiez, stigmatisant le « cancer de la société française» que constituaient à ses yeux « dérives de l'assistanat ». Certes, la fraude sociale existe, mais elle est sans commune mesure avec la fraude fiscale qui coûterait entre 60 et 80 milliards d’euros par an à l’Etat.

 

Il convient aussi de prendre en compte la nature et la dimension du problème de la pauvreté. Le plan est très clair à ce sujet : « face à l’ampleur et à la diversité des situations de pauvreté, on ne peut plus continuer à considérer les pauvres et les précaires comme une minorité marginale, peu ou prou responsable de sa situation. » Selon la définition habituellement retenue (seuil de pauvreté à 60% du revenu médian), il y avait en France 8,6 millions de pauvres en 2010, soit 14,1% de la population française. Depuis 2008, plus de 780 000 hommes et femmes sont venus grossir leurs rangs. Devant un phénomène aussi massif, comment peut-on imaginer qu’il puisse être le résultat de (mauvais) choix individuels ? Comment ne pas voir les tristes résultats de la crise, voire d’un système économique de plus en plus  inégalitaire ?

 

Une fois ces principes posés, il faut agir en combinant mesures d’urgences et des mesures de fond. La première des mesures d’urgence consiste à revaloriser le RSA socle, aujourd’hui de 475 euros par mois pour une personne seule. Le plan du gouvernement prévoit un rattrapage de 10%...d’ici 2017. Pourquoi ne pas faire ce rattrapage dès maintenant ? Impossible en période de disette budgétaire, me répondront les gens « responsables » ! Au fait, combien cela coûterait-il ? 10% de 475 euros, cela fait 47,5 euros soit 570 euros par an. Appliqué aux 1,4 million de bénéficiaires, cela donne environ 800 millions d’euros. Finalement, ce n’est pas si énorme, comparé par exemple aux 20 milliards du pacte de compétitivité. Mais les minima sociaux français sont déjà les plus généreux d’Europe ! Pas si évident que cela, car selon une étude de la Drees de 2006, la France était moins généreuse que ses principaux voisins européens. Et cela n’a pas dû s’améliorer car, alors qu’en 1988 le RMI représentait 50% du SMIC, le RSA socle n’en représente plus que 42% en 2012.

 

Si la revalorisation des minima sociaux est nécessaire, elle ne saurait être suffisante. Il est nécessaire de renforcer les filets de sécurité, mais si l’on veut voir la « misère supprimée », il faut agir sur ses causes profondes. La première de ces causes est bien sûr le chômage. Un emploi à temps plein au SMIC « suffit » à sortir de la pauvreté. Existe-t-il des solutions miracles pour créer des millions d’emplois en période de croissance faible ? Non, mais il serait intéressant d’explorer certaines pistes aujourd’hui balayées d’un revers de main. La réduction du temps de travail en fait partie. Comme le rappelle le mensuel Alternatives Economiques : « Si on abaissait le temps de travail des Français au niveau de celui des Néerlandais, on pourrait espérer créer 15 % de postes supplémentaires, soit quelque 3,4 millions d'emplois. »

 

Mais lutter contre la pauvreté, c’est aussi faire en sorte qu’elle ne se transmette pas au sein de la famille. Les enfants pauvres ont quatre fois plus de chance de connaître l’échec scolaire que les autres, et donc une plus grande probabilité d’entrer dans la spirale infernale de la pauvreté. Le système éducatif a donc un rôle important à jouer dans la lutte contre la pauvreté. Pour cela, il convient de mettre l’accent sur l’école maternelle et élémentaire où se décident pour le plus grand nombre l’échec ou la réussite du parcours scolaire. On ne peut que se féliciter que l’école élémentaire fasse partie des sept grands axes du projet de refondation de l’école présenté par le Ministre de l’Education Nationale, Vincent Peillon. C’est une contribution importante à la lutte contre la pauvreté, qu’il faudrait compléter par un plan visant à rattraper le retard en matière de places d’accueil dans des structures collectives pour les enfants de moins de 3 ans.

 

Entre 1998 et 2008, le revenu global des ménages après impôts et prestations sociales s’est accru de 260 milliards d’euros. Les 10% les plus riches ont capté 31,7% de ce montant, les 10% les plus pauvres devant se contenter de 2,8%...soit 11 fois moins ! Logiquement, les 10% les plus riches sont les seuls à avoir vus leur part de la richesse nationale augmenter sur cette période. Et la tendance est la même en 2009 et 2010…Est-ce vraiment bon signe pour la lutte contre la pauvreté, et plus globalement pour la justice sociale ? N’est-il pas temps de remettre les « pendules à l’heure » avec une grande réforme fiscale qui corrige ces dysfonctionnements manifestes ?

 

La pauvreté touche aujourd’hui une personne sur sept. Elle fait en quelque sorte partie de notre société. On ne pourra pas lutter contre elle par des mesures isolées. Le plan du gouvernement va dans le bon sens en refusant de stigmatiser les pauvres et en s’attaquant à la pauvreté en tant que problème global. Mais la victoire contre ce fléau nécessite une transformation de fond de notre société qui ne pourra avoir lieu qu’en mettant en place des politiques novatrices dans de nombreux domaines : emploi, éducation, fiscalité…


PP

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16 janvier 2013

Sommet social : un accord "historique"… et après ?

Lors de son déplacement au Marché international de Rungis, le 27 décembre 2012, François Hollande avait affirmé que 2013 devait être l’année de la « grande bataille de l’emploi ».  On ne peut qu’approuver cette grande ambition, tant le chômage de masse est un fléau pour notre société avec tout ce qu’il engendre d’insécurité sociale, de précarité, d’impossibilité pour nombre de français de se projeter dans l’avenir…C’est à l’aune de cet objectif majeur que doit être jugé l’ « Accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013 pour un nouveau modèle économique et social au service de la compétitivité des entreprises et de la sécurisation de l’emploi et des parcours professionnels des salariés » (ouf !).

 

Peut-on vraiment parler d’un « accord historique », comme le fait Laurence Parisot ? Peut-on même parler d’un … « accord », alors qu’il n’a été signé que par seulement trois organisations syndicales (CFTC, CGC et CFDT), alors que deux syndicats et non des moindres (CGT et FO) le jugent « inacceptable » ?

 

Cela dit, intéressons-nous au contenu de l’accord, composé de 28 articles.

 

La « taxation » des contrats à durée déterminée (Article 4) est présentée comme la concession majeure du patronat. Il s’agissait en particulier d’un point d’achoppement avec la CFDT. Désormais les CDD de « surcroit d’activité » de moins de trois mois font l’objet d’une majoration de la part patronale des cotisations chômage. Cette majoration sera limitée pour les secteurs d’activité où il est « d’usage » de recourir au CDD. Sont exclus de ces dispositions les contrats saisonniers et les « contrats conclus pour une tâche précise et temporaire », ainsi que…l’intérim, pourtant grand pourvoyeur de contrats précaires. Au final, cette « concession » du patronat laisse dubitatif quant à sa portée réelle. D’autant plus que le surcoût global de la mesure (110 millions d’€) est plus que compensé par l’exonération pendant 3 mois de cotisations patronales d’assurance chômage lors de l’embauche en CDI d’un jeune de moins de 26 ans (150 millions d’€).

 

Concernant les temps partiels (Article 11), le texte prévoit de porter le minimum d’heures de 20 heures à 24 heures hebdomadaires, mais « lissées sur tout ou partie de l’année » et avec « des dérogations possibles si les horaires de travail sont réguliers » et pour les « salariés des particuliers employeurs ou des salariés âgés de moins de 26 ans et poursuivant leurs études ». De plus les « modalités d’exercice du temps partiel » (périodes d’interruption, délai de prévenance, répartition du travail dans la semaine…) devront faire l’objet de nouvelles négociations.

 

Les deux autres mesures emblématiques de la sécurisation des parcours professionnels à savoir la « généralisation de la couverture complémentaire des frais de santé » (Article 1) et la « création de droits rechargeables à l’assurance-chômage » (Article 3) devront également faire l’objet de nouvelles négociations. La couverture santé doit voir le jour au plus tard le 1er janvier…2016. S’agissant des droits  à l’assurance-chômage, « les partenaires sociaux veilleront à ne pas aggraver ainsi le déséquilibre financier du régime d’assurance chômage ». Plus facile à dire qu’à faire… La mise en place du compte personnel de formation (Article 5), qui n’apporte pas grand-chose par rapport au Droit Individuel à la Formation (DIF), est quant elle « conditionnée à un accord sur ses modalités de financement entre les partenaires sociaux, les Régions et l’Etat, qui engageront une concertation sur ce sujet dans les plus brefs délais ».

 

Si le volet « sécurisation des salariés » est largement tributaire de négociations ou de concertations futures, l’accord du 11 janvier est beaucoup plus précis et concret sur le volet « flexibilité ». Ainsi l’article 20 prévoit-il une nouvelle possibilité de licenciement collectif pour motif économique dans les entreprises d’au moins 50 salariés. Les modalités pourront désormais en être fixées par « un document produit par l’employeur et homologué par le Dirrecte ». Après avis du comité d’entreprise, l’administration aura 21 jours pour se prononcer sur le document qui « précise le nombre et le calendrier des réunions des instances représentatives du personnel, les délais de convocation, la liste des documents à produire ainsi que le projet de PSE », sans quoi le document sera réputé homologué. Vite fait, bien fait !

 

L’article 18 institue les « accords de maintien dans l’emploi » permettant, en contrepartie de l'engagement de limiter les licenciements, à une entreprise en difficulté de conclure un accord majoritaire pour « ajuster » temps de travail et rémunérations pendant deux ans. Une réflexion sera engagée par les partenaires sociaux sur les « mesures envisageables pour atténuer les effets d’une éventuelle baisse du salaire net de base ». Compte tenu de la situation économique, il y a fort à parier que « l’éventualité » de baisses de salaire se concrétise !

 

L’article 15, quant à lui, traite de la « mobilité interne » et permettra de faciliter les restructurations (« changements de poste ou de lieux de travail au sein de la même entreprise »). La mobilité interne à salaire et niveau de qualification égaux deviendrait obligatoire si un accord de l'entreprise le prévoit. En cas de refus, cela conduira à un licenciement pour motif personnel.

 

Que conclure de ce rapide passage en revue de l’accord du 11 janvier 2013 ? Les avancées en matière de sécurisation des salariés paraissent d’une portée assez limitée (taxation des CDD, temps partiel) et certaines d’entre elles ne verront le jour que dans quelques mois, voire quelques années (complémentaire santé,  assurance-chômage, formation). Elles ne seront donc pas d’un très grand apport pour la bataille de l’emploi qui se jouera en 2013.

 

Quant aux mesures de flexibilité, si certaines d’entre elles donnent un cadre à des pratiques qui existaient déjà, elles ne permettent certainement pas de rééquilibrer les négociations entre salariés et employeurs. Dans un contexte de chômage de masse, ces négociations ne peuvent qu’être défavorables aux salariés. Le très libéral Wall Street Journal y voit même une victoire pour les employeurs français dans la mesure où l’accord permet d'assouplir le temps de travail et les rémunérations. Il tempère cependant en notant que la baisse du chômage n'est pas pour autant assurée. Les perspectives plutôt sombres en matière de croissance risqueraient même de l'aggraver, car « bien que le fait d'ajuster les règles du marché du travail peut soutenir la création d'emploi à moyen-terme, cela ne créé pas nécessairement des emplois à courts terme, et peut même avoir l'effet inverse, préviennent des économistes. »

 

Au final, cet accord ne permet pas de répondre à l’urgence de la situation (l'Unedic prévoit 178.800 chômeurs en plus en 2013). Il ne permet pas non plus de répondre aux attentes des plus de 5 millions de personnes inscrites à Pole Emploi, ainsi qu’à celles des travailleurs pauvres et précaires. Bref, il est « hors-sujet » par rapport à la grande bataille de l’emploi de 2013. Pour autant, à moins que ce texte n’agisse comme l’étincelle qui met le feu aux poudres (ce qui est toujours possible en temps de crise),  il est peu probable qu’il suscite de fortes réactions parmi les salariés. En effet, il ne comporte pas de mesures emblématiques fortes qui pourraient être considérées comme des « chiffons rouges » (comme le CPE en son temps). On peut le regretter, mais ce texte sera vraisemblablement transcrit fidèlement dans un projet de loi comme l’a d’ailleurs demandé François Hollande. Sans doute quelques amendements tenteront de corriger tel ou tel point, mais sauf à déjuger l’expression du « dialogue social », l’architecture générale de l’accord sera conservée, quoiqu’en disent certains députés socialistes.


Que faire alors ? Car tout ou presque reste à faire…


Au sein du Parti Socialiste, les militants de la Motion 4 « Oser. Plus loin, plus vite » proposent la mise en place d’Etats Généraux de l’Innovation et de l’Emploi. Pour donner envie aux partenaires sociaux d’aller plus loin et plus vite dans la lutte contre le chômage et la précarité, organisons au niveau national et dans chaque région des Etats généraux de l’emploi pour « tout mettre sur la table » et montrer que l’innovation est possible pour sortir du chômage de masse.


Débattons ensemble des limites de la croissance. Donnons la parole à des acteurs de l’Economie sociale et solidaire. Donnons la parole à des collectivités qui créent des emplois en investissant massivement dans les énergies renouvelables. Donnons la parole à des créateurs d’entreprises. Donnons la parole à des patrons et à des salariés qui sont passés à la semaine de 4 jours…


Y aura-t-il 400.000 chômeurs de plus d’ici 2 ans ou y en aura-t-il 400.000 de moins ? Cela se décide dans les mois qui viennent. Avec l’ensemble des partenaires sociaux, avec les experts, avec les militants et tous les citoyens qui veulent la justice sociale, le PS doit tout faire pour casser certains tabous et mettre la société en mouvement.


 PP

09:53 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emploi, flexisécurité, medef, syndicats | | |  Facebook | | |

11 janvier 2013

Sommet social : un échec serait bienvenu

rue89.pngMa note d'avant-hier est sur mon blog "Rue89"

Elle a suscité pas mal de commentaires !

PP

09:26 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, flexisécurité, emploi, medef | | |  Facebook | | |

09 janvier 2013

Sommet social : un échec souhaitable…

François Lenglet, le commentateur économique désormais obligatoire du service public de l’audiovisuel, nous a livré une analyse toute en nuance sur les négociations entre les partenaires sociaux relatives au marché du travail : « Une entreprise embauchera plus facilement si elle sait qu’elle peut licencier facilement » (Journal télévisé de 20 h de France 2 le 6 janvier).

 

Peut-on faire plus clair…dans la reprise du discours du MEDEF ? Lors d’une conférence de presse en novembre 2012, Laurence Parisot affirmait en effet qu’« il est temps, pardonnez le néologisme de détabouiser le mot de flexibilité. Nous avons besoin de flexibilité pour recréer des emplois ».

 

On se serait attendu, à une heure de grande écoute et sur un sujet qui est présenté comme le « big-bang » du marché du travail, à un peu plus de mesure et à la mise en perspective des différents points de vue sur ce dossier.

 

Car, après tout, est-ce vraiment si sûr qu’ « une entreprise embauchera plus facilement si elle sait qu’elle peut licencier facilement » ? Une entreprise n’embauche-t-elle pas avant tout parce qu’elle a un carnet de commande rempli, une vision de l’avenir ?

 

Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que les pays les plus flexibles ont connu des performances en termes d’emploi moins bonne que la France. Ainsi, au Royaume-Uni, le taux d’emploi des 25-59 ans a baissé de 0,9 points entre 2008 et mi-2012, alors qu’il augmentait en France. Sur la même période la baisse est de 1,4 point aux Pays-Bas et de 4,5 points au Danemark…

 

D’un point de vue macro-économique, la flexibilité est-elle une bonne solution ? En effet, si les entreprises peuvent se séparer instantanément de leurs salariés en période de crise, cela ne peut qu’entretenir une spirale récessive. Les salariés devenus chômeurs seront moins enclin à consommer, ce qui déprimera encore plus la demande adressée aux entreprises qui se sépareront d’autres salariés… La flexibilité est pro-cyclique comme disent les experts tels que Mr Lenglet.

 

Cela dit, le marché du travail français est-il si rigide ? La flexibilité en est-elle totalement absente ? Avec 15% d’emplois en contrats précaires (CDD et intérim) dont plus d’un tiers de moins de trois mois, la France est presque leader européen en la matière. Seule l’Espagne fait « mieux »…avec le succès que l’on connaît sur le front du chômage !

 

Comme le rappelle opportunément Guillaume Duval dans le numéro de janvier du mensuel Alternatives Economiques, l’OCDE (qui, bien qu’elle mette de l’eau dans son vin ultra-libéral, n’est pas devenue une officine gauchiste) rappelle que la protection des salariés français face aux licenciements individuels est moins bonne qu’en Allemagne, en Suède, aux Pays-Bas et même qu’en Russie, en Inde ou…en Chine ! La situation est encore pire en ce qui concerne les licenciements collectifs où la France fait figure de paradis pour les employeurs par rapport à l’Italie, la Belgique, l’Allemagne et même la Pologne ou le Mexique…

 

Depuis 2008, une nouvelle manière de rompre un contrat de travail a été introduite en France : la rupture conventionnelle. A la différence de la démission, qui est à l'initiative du salarié, ou des différentes formes de licenciements, qui relèvent des prérogatives de l'employeur, ce dispositif permet aux deux parties de se séparer d'un « commun accord ». Depuis la création de ce dispositif, près d’un million de ruptures conventionnelles ont été homologuée par le Ministère du Travail. Elles représentent désormais 12 % des sorties de CDI, soit le double des licenciements économiques. Parfois utilisées pour contourner les procédures de plans sociaux, elles ne substituent pas aux démissions, qui représentent près des deux tiers des fins de CDI. Les entreprises, surtout les grandes, utilisent ce mode de séparation pour évincer leurs salariés proches de la retraite. 12 % des ruptures conventionnelles dans les entreprises de plus de 250 salariés concernent en effet des personnes de plus de 58 ans.

 

La flexibilité existe en France, c’est un fait, mais le MEDEF veut aller encore plus loin dans le cadre des négociations qui devraient se conclure vendredi 11 janvier. Il propose en effet la possibilité de contraindre les salariés, après consultation des élus du personnel, à des mutations forcées dans un rayon de 50 kilomètres ou à accepter des baisses de salaires sur deux ans, dans le cadre d'accords majoritaires de maintien dans l'emploi. Et, cerise sur le gâteau, il cherche à imposer une nouvelle  possibilité d'embauche en CDI. de « projet », qui reviendrait à octroyer aux chefs d'entreprise la possibilité de se séparer sans formalités et sans motif de leurs  salariés une fois leur mission accomplie.

 

En contrepartie de cet arsenal, le MEDEF consentirait à quatre « droits nouveaux » : la réduction des temps partiels subis, une complémentaire santé pour tous, des droits rechargeables à l’assurance chômage, une taxe pour limiter les contrats courts…qui verraient le jour à partir de 2014 !

 

C’est triste à dire, mais en l’état actuel des choses, il serait souhaitable que les négociations entre les partenaires sociaux échouent. Ce serait alors l’occasion pour le gouvernement et la majorité de reprendre la main pour proposer des solutions novatrices et efficaces.

 

Puisque le « modèle allemand » a le vent en poupe ces temps-ci, pourquoi ne pas s’inspirer de ses bons côtés ? Et notamment le « Kurzarbeit ». L’Allemagne a connu en 2009 une crise économique deux fois plus grave que notre pays car elle a subi de plein fouet l’effondrement de ses exportations. Pourtant, le chômage a augmenté 6 fois moins en Allemagne qu’en France. Comment expliquer ce « miracle » ? En Allemagne, le licenciement est un dernier recours. La règle générale est de garder le maximum de salarié(e)s, le maximum de compétences, dans l’entreprise en développant le Kurzarbeit. Au lieu de licencier 20 % des effectifs, une entreprise qui voit baisser son chiffre d’affaires de 20 % va baisser son temps de travail de 20 % et garder tous les salariés. Le salaire baisse mais l’État maintient l’essentiel du revenu. Et cela revient moins cher de maintenir le revenu d’un salarié qui baisse son temps de travail que de financer un chômeur si l’on tient compte de tous les coûts induits et des pertes de rentrées fiscales et sociales. Le Kurzarbeit a concerné 1 500 000 salariés qui ont baissé de 31 % leur temps de travail en moyenne.

 

Mais au-delà de cette mesure d’urgence, il est  temps également de relancer le chantier de la réduction du temps de travail (RTT). Car, contrairement à ce que serinent depuis des années la droite et le MEDEF, les 35 heures n’ont pas plombé l’économie française. En revanche, ce qui a plombé les 35 heures, c’est leur inachèvement et l’absence de réelles contreparties en termes de création d’emplois. A ceux qui raillent le « partage du temps de travail », on peut répondre que le partage du travail existe et c’est aujourd’hui un non-sens :

  • D’un côté, toutes celles et ceux qui font 0 heure par semaine car ils sont au chômage.
  • De l’autre, tous ceux qui travaillent plein pot (et parfois trop) : la durée réelle d’un plein-temps est supérieure à 38 heures d’après l’INSEE.
  • Au milieu, toutes celles et tous ceux qui galèrent avec des petits boulots à temps partiel, sur la semaine ou sur l’année.

 

Il faut en finir avec les faux débats : le débat n’est plus « pour ou contre la RTT ? », mais plutôt « quelle RTT ? » : une RTT organisée par le marché (précarité, stress et concurrence permanente) ou une RTT organisée par le débat, le référendum et la négociation. Des moyens existent pour passer à la semaine de 4 jours à coût dérisoire pour l’Etat et à masse salariale constante pour les entreprises sans pour autant toucher aux salaires. Nous pourrions créer ainsi près de 1.6 millions d’emplois...

 

Ce serait là l’occasion de faire le vrai « big-bang » du marché du travail !


PP

 

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07 janvier 2013

Lettre ouverte à Madame Marisol TOURAINE sur les déserts médicaux

Lettre ouverte à Madame Marisol TOURAINE sur les déserts médicaux, la démographie médicale et l’indispensable Service Public Sanitaire de Proximité à créer et développer.

, par la Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de proximité


Madame la ministre,


Si nous partageons votre analyse sur le drame territorial, social et sanitaire que sont les déserts médicaux, nous sommes forts déconcertés par vos propositions. Dans votre pacte présenté le 12 décembre 2012, vous vous contentez d’appliquer la loi HPST de vos prédécesseurs (dont nous demandons toujours l’abrogation), et vous abordez le problème des déserts médicaux de manière centraliste, peu démocratique et avec tellement de modération que vous risquez sauf à la marge de ne rien changer.


1 - Avant d’expliquer vos propositions, il aurait été bon de réunir les représentants des parties concernées, certes les praticiens et les élus, mais surtout les usagers qui paient de plus en plus cher, qui sont de plus en plus éloignés géographiquement et financièrement de l’offre de soins et dont certains, de plus en plus nombreux, ne consultent même plus.
La Coordination, demandeuse de rencontre sur cette thématique qui est la sienne depuis sa fondation, n’a pas été sollicitée.


2 - La notion de "désert médical" ne concerne pas que la médecine ambulatoire mais tout autant l’hôpital public : les deux souffrent du manque de personnels (médicaux et non médicaux), ce qui sert d’ailleurs trop souvent de prétexte aux fermetures de services. Et même dans les grands hôpitaux des grandes villes, même les plus attractives, bien des postes ne sont pas pourvus.


3 - Fournir en personnel les hôpitaux et territoires qui en ont besoin nécessite forcément de revoir la liberté d’installation qui n’est défendable ni sur le plan éthique, ni sur le plan politique, ni sur le plan social, ni sur le plan sanitaire : élus locaux, généraux et régionaux, conseil de l’ordre, doyens des facultés de médecine, membres de la Cour des comptes, médecins solidaires et usagers dans leur très grande majorité en sont convaincus.


Pas vous apparemment. Vous retrancher derrière la formule "pas de coercition" nous semble politiquement incorrect et manipulateur car caricatural. Que doivent dire alors les fonctionnaires d’autres services publics qui la subissent sans compter les professions libérales qui ont accepté une régulation (infirmières, kinésithérapeutes) et les pharmaciens réglementés depuis longtemps ?
Pourquoi la règle qui prévaut pour tous les autres domaines de responsabilité de l’État ferait-elle exception en matière de santé ? Pourquoi n’osez-vous pas aborder cette proposition : nomination pour un temps donné (de 3 à 5 ans) des professionnels de santé en fonction des besoins collectifs et non pas des intérêts privés ? Ou pour le moins une régulation de l’installation ?


Une mission de service public, en fin d’étude aurait l’avantage de résoudre en même temps, les déserts en médecine ambulatoire et en hôpital, de ne pas faire de discrimination entre généralistes et spécialistes, entre étudiants fortunés et en précarité. La première proposition date de près de 15 ans, elle a été renouvelée par la Coordination, par des Associations d’élus, par des médecins eux-mêmes...


4 - Comment conserver le rôle pivot de l’hôpital de proximité, garantir l’égalité d’accès aux soins et permettre la coordination nécessaire avec les médecins libéraux si vous laissez les directeurs généraux des Agences Régionales de Santé poursuivre de façon arbitraire les restructurations qui les fragilisent, sapent le moral des personnels et détruisent peu à peu le service public.


5 - Comment ne pas ouvrir le recrutement des professionnels de santé alors que le remplacement des professionnels en poste n’est plus assuré, que la crise liée aux retraites massives commence seulement à s’amorcer.


C’est à n’y rien comprendre, notre numérus clausus actuel est encore un peu inférieur à celui des années 1970, alors que la population a fortement augmenté (autour de 10 millions d’habitants en plus), que les médecins ne travaillent plus comme avant (le temps de travail moyen s’est abaissé), que la demande médicale a augmenté et s’est diversifiée (du fait du poids accru des personnes âgées, mais également du fait que nous sommes un des rares pays européens à forte natalité), et que bien des spécialités sont déficitaires y compris dans les villes dites attractives (anesthésistes, urgentistes)...


6 - Pourquoi ne prenez-vous pas appui sur le maillage des hôpitaux publics pour proposer un dispositif conciliant la volonté affirmée des jeunes en formation de s’orienter vers le salariat et les besoins des territoires ?


7 - Pourquoi privilégier les maisons de santé au détriment des centres de santé ? Que les professionnels soient salariés ou libéraux, cela reste secondaire, ce qui nous importe par contre dans cette nécessaire médecine collective de proximité :

 c’est qu’il y ait un réel projet de santé pour un vrai service public sanitaire de proximité, avec contrôle des financeurs publics
 c’est que le tiers payant y soit intégral
 c’est que tout dépassement y soit prohibé
 c’est que la santé y soit traitée aussi dans ses composantes d’éducation et de prévention et dans ses dimensions sociales
 c’est que les principaux intéressés, les usagers-patients y aient des responsabilités comme dans les Conseils d’administrations des centres associatifs
 c’est que les conditions d’exercice y soient favorables au patient : pas de revenus à l’acte, mais un salaire ou revenu forfaitaire, permettant de prendre du temps avec les patients et ne plus faire "d’abattage". Les évolutions récentes de retour au salaire à l’acte dans les centres mutualistes (Mgen, Bouches du Rhône) nous semblent totalement aberrantes.


8 - Pourquoi n’avez-vous pas introduit dans votre plan de lutte contre les déserts médicaux des propositions visant à clarifier les rôles et les règles de financement respectifs de la médecine ambulatoire et des hôpitaux publics en matière de permanence des soins ?


Sans les usagers et les élus et un vrai courage politique pour contrer les égoïsmes corporatistes, les déserts médicaux continueront d’avancer.


Madame la Ministre, tout n’est évidemment pas à rejeter dans vos propositions, certaines vont évidemment dans le bon sens ; mais leur ensemble ne nous semble pas du tout à la hauteur de la crise sanitaire de l’heure.


Pour éviter une nouvelle fois de mécontenter des corporatismes aigris et des individualités qui ont perdu tout sens du bien commun et qui profitent de la moindre réformette pour monter au créneau, vous allez vous couper de votre large base sociale qui, après les désastres du sarkozysme, attendait plus d’un gouvernement se déclarant soucieux de sauver nos services publics et notre modèle social.


Fait à Lure le 16 décembre 2012 -


Pour la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, son président Michel ANTONY

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06 janvier 2013

L'Observateur des inégalités, n°104, Janvier 2013

Mariage homosexuel, inégalité et injustice

Le débat sur la légitimité du mariage homosexuel porte, au fond, sur la légitimité de l’homoparentalité. Le refus de reconnaître juridiquement l’un et l’autre ne constituerait-il pas un cas manifeste de discrimination ? Une analyse de Patrick Savidan, professeur de philosophie sociale et politique à l’Université de Poitiers.

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La crise pointe la fragilisation de la jeunesse et le creusement des inégalités. Entretien avec Francine Labadie, de l’Injep.

Le premier rapport biennal de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire en tant qu’Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse Inégalités entre jeunes sur fond de crise pointe la fragilisation accrue de la jeunesse et le creusement des inégalités au sein de cette population.

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Inégalités de revenus : l’évolution 2000-2010

Les inégalités de revenus, mesurées par le niveau moyen de chaque tranche de 10 % de la population, sont encore plus importantes que les données habituelles ne le laissent penser. Une analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

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La ségrégation culturelle du territoire s’accentue

La ségrégation culturelle du territoire a augmenté entre 1999 et 2008. C’est dans les communes où la part des diplômés était la plus élevée que celle-ci a le plus augmenté. Au niveau des quartiers, la ségrégation s’accroît surtout dans les territoires les plus défavorisés. Une analyse de Louis Maurin. Extrait de la note d’information Compas études.

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Les revenus démesurés des grands patrons et des cadres dirigeants

Les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 400 et 1 500 années de Smic par an... Et encore, sans tenir compte de tous leurs avantages.

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Qualité de vie et logement dans les zones urbaines sensibles

56 % des habitants des zones urbaines sensibles ont une mauvaise image de leur quartier. 16 % considèrent leurs conditions de logement insuffisantes ou très insuffisantes.

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Les 10 plus grandes fortunes de France

Le patrimoine professionnel de Bernard Arnault (LVMH), première fortune de France, équivaut à 1,6 million d’années de Smic...

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Comment évoluent les très hauts revenus en France

JPEGLes 0,01 % les plus riches ont gagné 100 000 euros de revenus annuels supplémentaires entre 2004 et 2009. Un gain équivalent à huit années de Smic...

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L’évolution du taux de chômage selon l’âge

De 1975 à 2010, le taux de chômage a été multiplié par quatre pour les 20-24 ans et par trois pour les 45-49 ans. Depuis 2008, la crise a particulièrement touché les plus jeunes. Le taux de chômage des moins de 25 ans atteint désormais un niveau record en France.

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Le taux de pauvreté selon le sexe et l’âge

Le taux de pauvreté féminin était de 8,1 % en 2010, tous âges confondus, contre 7,4 % pour les hommes.

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Le niveau de vie des catégories sociales

Près de 4 000 euros par mois pour les professions libérales, aux alentours de 3 000 euros pour les cadres supérieurs et entre 1 300 et 2 000 euros pour les catégories populaires...Les niveaux de vie diffèrent du simple au double selon les catégories sociales.

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L’évolution des inégalités de revenus en France

Les inégalités de revenus se sont accrues au cours des dix dernières années. Le revenu annuel moyen des 10 % les plus modestes s’est élevé de 400 euros entre 2000 et 2010, celui des 10 % les plus riches de 8 950 euros.

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La pauvreté augmente chez les jeunes mais aussi chez les seniors

10,8 % des 18-29 ans sont considérés comme pauvres en 2010, au seuil de 50 % du revenu médian, contre 7,8 % de l’ensemble de la population en moyenne. Le nombre de pauvres augmente chez les jeunes, mais aussi chez les plus âgés.

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La Bretagne moins touchée par la pauvreté et les inégalités de revenus
Avec un revenu médian déclaré par personne de 1 540 euros par mois, un taux de pauvreté de 11,2 (...)
20 décembre 2012


Les femmes assurent les trois quarts du travail domestique

Les Français consacrent en moyenne deux heures par jour à faire la cuisine, la vaisselle, le (...)
13 décembre 2012


Naissance du laboratoire des stéréotypes hommes-femmes

18 % de la population pense qu’à la naissance le cerveau des garçons et des filles sont (...)
10 décembre 2012


Pollution et inégalités sociales

Les populations modestes résident plus souvent dans les quartiers les plus pollués mais ce (...)
6 décembre 2012

 

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05 janvier 2013

La nécessaire réforme fiscale : les objectifs et la méthode...

L'économiste Thomas Piketty revient sur la nécessité d'une grande réforme fiscale pour plus de cohérence et plus de progressivité...

 


Thomas Piketty ,La taxe à 75% sur les hauts... par franceinter


Sur son blog, le député socialiste Christian Eckert revient également sur le feuilleton de la taxe à 75% pour les hauts revenus...

Il aurait averti le cabinet du ministre du Budget du problème posé par le texte, mais on n'a pas voulu l'entendre !

Je retiens en particulier une phrase de sa conclusion...
"légiférer est complexe, nécessite temps et réflexion. Ecouter  plus les parlementaires de la majorité éviterait de donner du grain à moudre à la droite."

Espérons qu'il soit entendu en 2013 !


PP

 

 

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04 janvier 2013

Le système mafieux des banques

L'économiste James K. Galbraith revient sur les dérives du système bancaire qui ont conduit à la crise financière. Rien de nouveau, mais c'est dit de façon concise et sans langue de bois...


Galbraight - Le système mafieux des banques par Khalemvideo

11:52 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, subprime, banques | | |  Facebook | | |