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14 février 2013

Faut-il casser la finance pour mieux construire l’avenir ?

Le débat sur la réforme bancaire a relancé la question de la séparation des activités de dépôt et des activités de marché. Pour schématiser, les activités de dépôt constituent la banque « à l’ancienne », celle qui gère nos comptes, celle qui évalue notre solvabilité avant de nous prêter de l’argent. En revanche, avec les activités de marchés on entre dans le monde de l’innovation financière, le monde des traders qui négocient des produits financiers plus ou moins complexes pour le compte de leur banque ou de leurs clients.

 

Les banques dites « universelles », et notamment les banques françaises, combinent ces deux activités au sein d’une même entité. Dans la mesure où l’Etat garantit les dépôts des français, une banque mise en difficulté par sa branche « marché » se verrait secourue. Cela revient à dire que l’Etat apporte une garantie implicite aux activités de marché. C’est un des arguments de ceux (de Finance Watch à l’économiste Gaël Giraud en passant par Roosevelt 2012) qui militent pour un renforcement du projet de loi présenté par le gouvernement. Il n’y a pas de raison pour que les contribuables payent une assurance « tous risques » aux as de la finance. Même au Royaume-Uni, il est question « d’électrifier la cloison » entre les activités bancaires. Pourtant, il est peu probable que la loi qui sera votée en France, même musclée par les députés, aille jusqu’à une séparation claire et nette. Mais le combat ne s’arrêtera pas au vote de cette loi et devra se poursuivre. Après tout, une loi peut évoluer…

 

Séparer les activités, c’est bien. Limiter les risques, c’est mieux

 

Si la séparation des activités de marché est nécessaire, elle n’est pas suffisante. En effet, après une séparation juridique et capitalistique, les activités de marché seront-elles devenues inoffensives ? Constitueront-elles un monde à part, déconnecté de l’économie réelle ? En d’autres termes, les risques pris par ces activités seront-ils sans conséquence sur le reste de l’économie ? C’est la faillite d’une pure banque de marché (Lehman Brothers) qui a marqué le début de la crise financière. Au lieu de maîtriser le risque, les innovations financières (titrisation, CDS…) ont conduit à sa dissémination insidieuse. Au point que plus personne ne sait vraiment qui porte quel risque et à quelle hauteur.

 

Sur son blog, Christian Chavagneux évoque l’enquête diligentée par la banque JP Morgan, suite à une perte de 6 milliards de dollars sur des « paris risqués ». Le constat est sans appel : « L’enquête souligne d’abord que la banque n’a pas su développer des outils de contrôle à la mesure de la complexité croissante des activités et des risques pris ». En conclusion, « on comprend à la lecture du rapport que c’est l’organisation même du contrôle des risques au sein des établissements qui pose problème et qu’une maîtrise des risques passe forcément par la nécessité d’imposer par la loi un renforcement des moyens et des méthodes des contrôleurs internes. Un sujet malheureusement oublié. »

 

Et pourquoi pas brider l’innovation financière, limiter la complexité des produits financiers, interdire certaines activités ? Puisque les apprentis sorciers n’arrivent pas à maîtriser leurs pouvoirs, pourquoi ne pas casser, par la loi, leur baguette magique avant qu’il ne soit trop tard ?

 

L’Islande : un laboratoire « grandeur nature »

 

Il y a un pays qui a expérimenté à outrance l’emprise du pouvoir de la finance sur son économie : c’est l’Islande. Au début des années 2000, ce petit pays de 300 000 habitants (l’équivalent du département de l’Ardèche) succombe aux charmes de la financiarisation et de la dérégulation. Avant le début de la crise, la valeur des actifs des trois grandes banques du pays (Gilnir, Landsbanki, et Kaupthing) a représenté jusqu’à 900% du PIB. Contrairement au reste du monde, l’Islande a laissé ses banques faire faillite et leurs actionnaires éponger les pertes. Les dépôts du public ont été transférés vers de nouvelles banques, les dettes des ménages ont été restructurées, un moratoire sur les saisies immobilières mis en place. Enfin l'ajustement budgétaire a été mené de façon progressive, sélective et concertée en préservant les dépenses sociales.

 

Au Forum économique de Davos, le président islandais a déclaré : « L’une des choses que nous avons apprises après l’effondrement des banques en Islande, c’est que les banques islandaises, comme les banques britanniques ou les banques américaines, sont devenues des entreprises de haute technologie, qui recrutent des ingénieurs, des mathématiciens et des informaticiens. Et quand elles se sont effondrées, le secteur innovant de notre économie, le secteur informatique, le secteur des TI s’est mis à prospérer, et en fait, sur les trois dernières années, il a eu de bien meilleurs résultats que jamais auparavant dans son histoire. Donc la leçon à en tirer, c’est la suivante : si vous voulez que votre économie soit compétitive dans le secteur innovant du 21ème siècle, un secteur financier fort qui prend les talents de cet autre secteur, même un secteur financier qui marche bien, est en fait une mauvaise nouvelle ».

 


Un secteur financier moins développé ferait non seulement courir moins de risques à l’économie, mais il « libérerait » des cerveaux pour travailler sur les enjeux de demain : les nouvelles technologies, mais aussi la transition écologique, un nouveau modèle de développement, …

PP

 

09:46 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, banques | | |  Facebook | | |

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