Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

18 juin 2013

Retraites : les gorets, les ânes et les trembleurs

Par Luc Le Vaillant - Libération


Avertissement. Ceci est une fable où, comme La Fontaine dont on boirait bien l’eau, on ne va pas se gêner pour animaliser les comportements des peuplades françaises.


Au risque que la sensiblerie épidermique des concernés se prenne la fouettée et que, cul rougi, ils aillent grommelant que c’est faire injure à leur humaine nature que d’ainsi les rabaisser à leur bêtise plus constituée que constitutive. Allons, tant pis ! Qu’ils grognent, braient ou tremblent en feuilles mortes, le droit à la caricature s’exercera sans faiblir.


Argument. Notre gouvernement de gauche s’en prend à l’âge de la retraite et veut le reculer. Pourquoi pas ? Les populations vieillissent en bonne santé et il n’y pas de raisons que les baby boomers qui pètent la forme continuent à se gaver quand leurs petits-enfants peinent à entrer dans la carrière.


L’ennui, c’est que cette atomisation d’un progrès social fatigué semble découler d’une stricte pensée comptable. Le désastre, c’est qu’il y a coalition des avidités, des renoncements et des peurs pour sédimenter l’encéphalogramme plat des réflexions sur le partage du temps de travail et sur l’entremêlement des trois temps de la vie (formation, production, loisirs).


Proposition. En France, le chômage dépasse les 10% et le désœuvrement des jeunes flirte avec les 25%. Et c’est dans ce pays que l’on voudrait maintenir ad vitam les seniors dans l’emploi et confiner ad nauseam les jeunes adultes dans un statut de dépendance puérile ?


C’est ridicule, pour ne pas dire criminel. Il faut au contraire que la gauche, si elle existe encore, reprenne la marche en avant de la réduction choisie du temps de travail. Après les 35 heures, il faut passer à la semaine de 4 jours. Au-delà du contrat de génération que Hollande peine à mettre en œuvre, il faut instaurer la retraite à la carte. Il s’agit de travailler moins pour travailler tous, afin de restaurer un contrat social en charpie.


C’est tout à fait possible sans rien perdre de cette sacro-sainte compétitivité que vénèrent tant nos excellences agenouillées devant le veau d’or du capitalisme financier. Lisez Pierre Larrouturou (1), dernier des Mohicans à croire encore possible une embellie sociale quand les nuées économiques font se pâmer les gorets, reculer les ânes et frissonner les trembleurs.


Les gorets. Ils ne pensent qu’à leur panse. Ils sont mondiaux et décomplexés, offshore et optimisés. Pour assurer leurs vieux jours, ils n’ont jamais compté sur un Etat-nation qu’ils se sont acharnés à dépecer. Ils savent comment mettre leurs avoirs à l’abri. Et sont juridiquement outillés pour les transmettre au mieux à leurs ayants droit.


Indécrottables, nos gorets pas gênés s’acharnent à faire honte aux RMistes, de leur paresse congénitale. Sentencieux, ils reprochent aux demandeurs d’emploi leur refus de se retrousser les manches à n’importe quelle condition. Méprisants, ils pointent l’égoïsme des classes moyennes, devant les «nécessaires» sacrifices.


Pleine aux as, cette corporation charcutière est surtout faite de petits et grands patrons, de professions libérales et de commerçants fortunés, d’héritiers divers et variés. Le pire, c’est que sa goinfrerie sans frein fait envie. D’autant qu’elle s’est trouvé des porte-voix «culturels» tels Gérard Depardieu et Johnny Hallyday, assez popus pour entretenir l’illusion d’une rébellion gauloise, d’une fronde à la Gavroche.


Les ânes. Il y a l’âne bâté de droite qui porte la charge de ses donneurs d’ordre et qui ressasse qu’il faut travailler plus pour gagner plus, tout en pensant bien fort qu’il faut travailler plus pour gagner moins.


Et puis, il y a l’âne de gauche qui recule, qui n’a pas la franchise de reconnaître qu’il a abjuré ses ambitions égalitaires. C’est un âne pas très franc du collier, prêt à céder sur beaucoup, de crainte de voir toute la cargaison verser dans le ravin. Entendons-nous bien ! Les politiques ne sont pas seuls à braire à la mort de l’imagination sociale. Les syndicalistes, les associatifs, les intellectuels, eux aussi, ont mis genou à terre, en ânes déculottés qui fanent leurs espoirs à la mangeoire de la pensée.


Les trembleurs. Ceux qui grelottent en regardant l’horizon qui noircit à foison, c’est vous, c’est moi. Tous, nous courbons l’échine dans l’attente du knout libéral. On attend que ça nous dégringole sur le râble, trop content d’être encore salarié en CDI, pensant à compléter notre pension menacée, activant nos maigres réseaux pour pistonner nos gamins sans perspectives.


Nous sommes ces trembleurs, qui refusons de comprendre que la préférence française pour le chômage est une ruse de la raison capitaliste pour nous faire tenir tranquilles. Il ne tient qu’à nous, pauvres pommes, de profiter ensemble des gains de productivité générés par la robotisation et le numérique, au lieu de laisser les actionnaires s’en pourlécher.


L’angoisse nous corrode le cerveau quand il faudrait balayer au seuil de nos peurs.


(1) «La gauche n’a plus le droit à l’erreur», Michel Rocard et Pierre Larrouturou (Flammarion).

 

18:04 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : retraites, rtt | | |  Facebook | | |

17 juin 2013

Convention "Notre Europe" du Parti Socialiste

Hier dimanche s'est tenue la Convention "Notre Europe" du Parti Socialiste. Invité en tant que membre du Conseil national, je n'ai malheureusement pas pu m'y rendre.

Je vous livre l'intervention que j'aurais prononcé...(Une des oratrices de la Motion 4 en a repris quelques points et je l'en remercie).

Cette convention qui s’achève doit être un point de départ, à double titre

Cette convention doit être un point de départ, tout d’abord pour une véritable rénovation des modalités de débats au sein de notre Parti. Certes, nous avons abouti à un texte commun lors de cette Convention. Certes, nous sommes rassemblés derrière les 14 priorités pour l’Europe.


Cela dit, nous avons tous pu constater des dysfonctionnements dans cette Convention. Nous ne reviendrons pas ici sur ceux qui ont été relayés par la presse. Intéressons-nous plutôt à ceux qu’ont ressentis de nombreux militants… Beaucoup d’entre eux ont du mal à comprendre comment a été élaboré ce texte et surtout quel a pu être leur apport dans ce processus…Les délais ont été beaucoup trop courts pour se prononcer sur un texte parfois complexe, aux enjeux nombreux et majeurs. De plus, le traitement réservé aux éventuels amendements émis par les sections a été variable d’une fédération à l’autre, et trop peu ont finalement pu être étudiés et intégrés dans le texte final. Pourquoi nous priver de l’intelligence collective de ces dizaines de milliers de militants qui, chaque jour, font preuve de leur motivation, de leur enthousiasme, de leur proximité avec les problématiques du terrain, de leur créativité… ?


Il faut changer en profondeur nos procédures de débats. A cet égard, nous saluons l’ouverture d’esprit de la Direction qui a retenu notre proposition de mettre en place un groupe de travail sur le sujet, à l’issue de cette Convention. Nous y apporterons notre enthousiaste contribution !

Cette convention doit être un point de départ, aussi et surtout, pour la remise en marche d’une vraie Europe du progrès social. Dans notre texte, nous avons défini les objectifs à atteindre…C’est important, mais c’est peut-être le plus facile ! Il nous reste maintenant à définir le chemin et les modalités pratiques pour atteindre ces objectifs.


Quels partenaires ? Les autres partis de gauche européens, les syndicats, les collectifs de citoyens…
Quelles méthodes ?


C’est le grand chantier qui doit nous occuper désormais, sinon ce beau texte que nous avons adopté restera lettre morte…


Il y a urgence à aller plus loin, plus vite ! Car, pendant ce temps, l’Europe, sous le joug des politiques d’austérité imposée par la Troïka, continue à s’enfoncer dans la crise, ouvrant un boulevard à tous les extrémismes.

Le dernier épisode en date de la fermeture brutale de l’audiovisuel grec ne doit pas faire oublier qu’il s’agit d’un évènement parmi d’autres. Dans ce pays, la Grèce, les dépenses de santé ont baissé de 28% entre 2008 et 2011, les dépenses d’éducation de 15%, plus d’un jeune sur deux est au chômage…


En Espagne, le PIB a baissé de 5% entre 2008 et 2012, le taux de chômage a triplé depuis 2008 : 6 millions de personnes sont sans emploi, les salaires des fonctionnaires ont baissé de 15%...


En Italie, le nombre des sans-emplois a quasiment doublé depuis début 2008, les dépenses publiques de santé et d’éducation ont baissé…


Au Portugal, les plans d’austérité s’enchaînent et jettent des centaines de milliers de manifestants dans les rues, certains arborant des œillets, symboles dans ce pays de la lutte contre la dictature…


Même les Pays-Bas, présentés comme un modèle, sont en difficultés. Les exportations néerlandaises ne tirent plus la croissance et l’emploi décélère nettement. Les retraites, déjà réduites de 2% en 2012, diminueront de 2,5% en 2013. Avant d’y renoncer, le gouvernement prévoyait une réduction des dépenses publiques de 2,6 points de PIB d’ici 2017…

Nous pourrions continuer longtemps ce tour d’Europe de la crise sociale !

Il y a urgence, nous devons proposer des solutions concrètes aux peuples européens, sinon ils finiront par rejeter définitivement une Europe qu’ils jugent, sinon responsable de leurs difficultés, du moins incapable d’y répondre. Des solutions existent, qui peuvent être mises en place rapidement, que ce soit pour entamer une lutte radicale contre le chômage de masse, alléger le financement de la dette publique, lutter contre les paradis fiscaux…

En conclusion, il faut se mettre au travail dès maintenant, au niveau européen en travaillant avec nos partenaires du PSE et plus largement avec tous les progressistes pour définir les stratégies concrètes qui nous permettront d’avancer vers cette Europe du progrès social que nous désirons. Il ne faut pas se contenter de dire « réorientons l’Europe », il faut être capable de proposer un scénario crédible pour cette réorientation.

La France est attendue par ses voisins européens.
Nous, socialistes français, sommes attendus par nos partenaires.

Ne les décevons pas et osons aller plus loin, plus vite.

PP

07:29 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, crise, chômage, parti socialiste | | |  Facebook | | |

10 juin 2013

L'Observateur des inégalités, n°109, Juin 2013

BD, DVD, livres pour enfants : la portion congrue des héroïnes

Les filles et les garçons ne sont pas représentés à part égale dans la littérature et dans les films pour les enfants. Un tour d’horizon parmi les héros et héroïnes permet de mieux comprendre comment les stéréotypes se construisent. Par Nina Schmidt de l’Observatoire des inégalités.

lire l'article ...

 

Les « avantages » des salariés : privilèges ou acquis sociaux ?

Un certain nombre de salariés bénéficient d’avantages de la part de leur employeur. Privilèges ou amélioration de la condition salariale ? Le débat est ultra-sensible et se focaliser sur les privilèges constitue une façon de détourner le débat sur les inégalités de salaires. Une tentative d’éclaircissement par Valérie Schneider de l’Observatoire des inégalités.

lire l'article ...

 

La « crise » ou l’art d’échapper à la solidarité

Connaissez-vous un Français qui échappe à la « crise » ? Le mot est dans toutes les bouches : rien de tel que de se poser en victime pour échapper à un effort de redressement national. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Tribune publiée par le Huffingtonpost du 22 mai 2013.

lire l'article ...

 

Contre les inégalités territoriales, il faut agir

La part des populations pauvres varie de un à sept au sein des plus grandes villes de France. Il est temps d’agir pour résorber les inégalités territoriales. Le point de vue de Hervé Guéry, directeur du Centre d’observation et de mesure des politiques sociales. Extrait de la Gazette.fr.

lire l'article ...

 

La place des femmes dans les manuels scolaires

Sur près de 3 500 personnages sexués répertoriés dans les manuels scolaires, on décompte une femme pour cinq hommes, selon deux études menées par le Centre francilien de ressources pour l’égalité femmes-hommes Hubertine Auclert. Ces deux études font le même constat de la sous-représentation des femmes et de la persistance des représentations stéréotypées dans les manuels scolaires. L’Observatoire des inégalités propose des extraits de ces rapports.

lire l'article ...

 

« La pauvreté ne reculera que si le chômage décroit », entretien avec François Chérèque, inspecteur général des affaires sociales

Le gouvernement a adopté un plan de lutte contre l’exclusion et la pauvreté en janvier 2013. Il contient 61 mesures de nature diverse qui vont de l’expérimentation de dispositifs d’insertion à la hausse de certaines prestations. Trois mois après, l’ancien responsable syndical, François Chérèque, chargé de suivre sa mise en œuvre, a remis ses premières observations au Premier ministre.

lire l'article ...

 

 

L’homophobie reste présente dans la société française

SOS homophobie a reçu 1 977 témoignages de victimes de discriminations du fait de leur orientation sexuelle en 2012.

lire l'article ...
 
L’aide sociale est fluctuante selon les départements

Les aides sociales versées par les départements varient de 347 euros par habitant dans l’Ain à 909 euros à la Réunion.

lire l'article ...
 
Niveau de diplôme et chômage dans les quartiers sensibles

Plus de la moitié de la population des quartiers en difficulté ne possède aucun diplôme contre 36 % des résidents hors de ces territoires. Cet écart a des répercussions directes sur le chômage, plus élevé dans les quartiers sensibles.

lire l'article ...
 
Les salaires augmentent avec la taille de l’entreprise

Le salaire mensuel brut moyen à temps complet varie en 2010 de 2 380 à 3 980 euros selon la taille de l’entreprise.

lire l'article ...
 
Le temps partiel subi en France

27 % des personnes en temps partiel souhaiteraient travailler plus. Essentiellement des femmes. Mais aussi plus de 40 % de jeunes, 37 % d’ouvriers contre 15 % de cadres supérieurs.

lire l'article ...
 
Les seuils de pauvreté en Europe

Le seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian est de 1 013 euros par mois en Autriche contre 178 euros en Roumanie. Il est de 912 euros en Allemagne, de 574 euros en Grèce, soit près de deux fois moins.

lire l'article ...
 
La pauvreté en Europe

Le taux de pauvreté en Europe varie de 5,7 % à 16,9 % selon le seuil utilisé. A 60 % du revenu médian, le taux oscille de 10,5 % en Norvège à 21,8 % en Espagne. A 40 %, de 3 % aux Pays-Bas à 10 % en Espagne.

lire l'article ...
 
Le niveau des retraites selon le sexe

Les femmes qui ont exercé une activité professionnelle perçoivent une retraite de base inférieure de 21 % à celle des hommes. Tous régimes confondus, cet écart est de 42 %.

lire l'article ...
 
L’impact de la crise sur les niveaux de vie des catégories sociales

Un gain de 590 euros pour le niveau de vie des cadres supérieurs entre 2008 et 2010, une perte de 180 euros pour les ouvriers. La crise ne touche pas de la même manière toutes les catégories sociales.

lire l'article ...
 
Le niveau de vie des catégories sociales

Un peu plus de 4 000 euros par mois pour les professions libérales, aux alentours de 3 000 euros pour les cadres supérieurs et entre 1 400 et 2 000 euros pour les catégories populaires...Les niveaux de vie diffèrent du simple au double selon les catégories sociales.

lire l'article ...

 

15:01 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pauvreté, revenus, inégalités, chômage | | |  Facebook | | |