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28 octobre 2011

Une étude pointe les ravages de la crise sur la santé des Grecs

Un article qui illustre les bienfaits de l'austérité sur ces "profiteurs" que sont les grecs...


LONDRES (Reuters) - Augmentation des suicides, hausse de la consommation de drogue, développement de la prostitution, accroissement des infections au virus HIV...Une étude britannique pointe  les effets désastreux de la crise économique et des coupes budgétaires en Grèce.

"Le tableau de la santé des Grecs est très préoccupant", juge David Stuckler, sociologue à l'université de Cambridge qui a dévoilé les conclusions de son étude dans le journal médical Lancet.

Des coupes budgétaires considérables et l'augmentation du chômage à 16% conduisent de plus en plus de Grecs à la dépression et à la drogue, tandis que la réduction des budgets des hôpitaux et des services médicaux privent de nombreuses personnes d'accès aux soins.

"Nous constatons (...) des tendances très inquiétantes, un doublement des cas de suicides, une hausse des homicides, une augmentation de 50% des infections au virus HIV et des gens qui nous disent que leur santé a empiré mais qu'ils ne peuvent plus consulter de médecins même s'ils devraient le faire", ajoute le sociologue.

Ces deux dernières années, le gouvernement grec a imposé de sévères mesures d'austérité pour tenter de réduire sa dette colossale. La Grèce connaît sa plus grande récession depuis 40 ans et a dû accepter un plan de sauvetage du Fonds monétaire international (FMI) et de l'Union européenne (UE).

Selon l'équipe de chercheurs de Stuckler, le taux de suicide a augmenté de 17% entre 2007 et 2009, mais un chiffre officieux donné par des parlementaires grecs fait état d'une hausse comprise entre 25 et 40%.

Parmi les faits divers qui ont choqué les Athéniens, un ancien homme d'affaires s'est défénestré, laissant un mot où il expliquait que la crise financière avait eu raison de lui. Un propriétaire d'un petit magasin a été retrouvé pendu sous un pont, avec une lettre où l'on pouvait lire: "Ne cherchez pas d'autres raisons. La crise économique m'a conduit à ça".

Martin McKee, de la London school of hygiene and tropical Medicine, qui a travaillé avec David Stuckler, estime que d'autres pays européens devraient prêter attention à ce qui se passe en Grèce.

"Ce qui a lieu en Grèce montre ce qui peut se passer en cas de coupes budgétaires importantes dans le domaine de la santé (...) ", a-t-il dit lors d'une interview téléphonique.

Dans leur étude, les chercheurs ont également mis à jour un augmentation significative d'infections au HIV en Grèce à la fin de l'année 2010. Selon leurs prévisions, les contaminations vont augmenter de 52% cette année par rapport à l'an passé.

La consommation d'héroïne a augmenté de 20% en 2009, chiffre à rapprocher avec la diminution d'un tiers des programmes de lutte contre la drogue en raison des économies budgétaires.

Simon Roach et Ben Hirschler; Benjamin Massot pour le service français

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, grèce, austérité | | |  Facebook | | |

21 octobre 2011

Primaires socialistes : 2ème tour et après ?

J’écris (un peu tardivement) ces quelques lignes pour tourner la page des primaires et reprendre le cours « normal » (comme dirait François Hollande) de ce blog.

 

Ainsi, les primaires ont désigné François Hollande pour représenter le PS aux présidentielles. Comme le fait remarquer un peu perfidement Jean-Luc Mélenchon, les socialistes ont choisi leur « ancien premier secrétaire » pour les représenter. Soulignant par là un déficit de renouvellement des personnes et des idées…

 

Cela dit, il semblerait que François Hollande soit en mesure de battre largement Nicolas Sarkozy au second tour. Enfin, souvenons-nous de Raymond Barre et d’Edouard Balladur et méfions-nous des sondages… Et puis, battre Sarkozy, d’accord, mais pourquoi faire ? Si c’est pour mener une politique sous contrainte des marchés et des agences de notation, une politique qui vacille au moindre soubresaut du « spread » (écart) de taux d’intérêt avec l’Allemagne, le risque est grand de voir une désillusion encore plus grande dans 5 ans et après qui sait ce qui pourrait arriver ?

 

Malheureusement, je suis de plus en plus sceptique sur les capacités des politiques à anticiper et préparer une transition de notre modèle économique et social. Il suffit de voir comment, au niveau européen, se succèdent tous les quinze jours les « sommets de la dernière chance » desquels rien de vraiment concret ne sort… Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont annoncé la semaine dernière une possible recapitalisation des banques européennes pour 200 milliards d’€, sans que cela n’émeuve ni ne fasse réagir qui que ce soit. C’est un peu comme si les « marchés » avaient placés les dirigeants politiques dans une émission de télé-réalité : ils s’expriment devant des caméras, mais tout ce qu’ils font ou disent n’a pas de prise sur le réel…


En France, le gouvernement tremble quand l’agence Moody’s lui fait les gros yeux. François Baroin est venu, dès le lendemain, baisser son pantalon en direct dans la matinale de France 2 en disant que notre pays était un de ceux où la dépense publique était la plus élevée et que, donc, nous en avions sous le pied pour « dégraisser le mammouth » et préserver notre triple A. Avant d’en arriver là, le gouvernement nous invente chaque jour des nouvelles taxes qui ne sont pas sans rappeler les merveilles du système fiscal du moyen-âge : taxe sur les sodas avec ou sans sucre, taxe sur les transferts de footballeurs, … Comme disait Laurent Gerra (qui est aussi bon analyste politique que Jean-Michel Aphatie ou Alain Duhamel), faisant parler Nicolas Sarkozy, bientôt la taxe sur le Benco, l’ovomaltine, les tartines et les glaçons de l’apéro…

 

Pour finir, je reviens sur les primaires pour vous faire part de la lettre qu’Arnaud Montebourg a adressé à ceux qui l’ont soutenu (j’en suis). Pour ma part, je comprends qu’il ait eu du mal à choisir, dans la mesure où je me suis décidé dans l’isoloir sur une impression, quelques phrases prononcées. Quant à savoir s’il a eu raison de se positionner, cela a-t-il vraiment de l’importance ? J’attends de voir comment il agira par la suite, et surtout ce qu’il fera de la dynamique qu’il a su susciter pendant la campagne…


Paris, le 19 octobre 2011
 
Lettre à celles et ceux qui m'ont fait l'honneur de me soutenir
 
Chères amies, chers amis,
Chères et chers volontaires,
 
Je tenais après les événements de la semaine passée à vous remercier pour votre engagement personnel dans cette magnifique campagne qui nous a permis de faire changer le visage de la gauche en France.
 
Dans cette campagne, à force d’idées et de convictions, nous avons remporté ce qu’il y a de plus prometteur en politique : le combat culturel. Nous avons non seulement imposé nos idées, ainsi que les mots pour les dire, et surtout cette idée que nous pouvions, ensemble, à gauche, rouvrir le champ des possibles. Nous avons, pied à pied, lutté contre les idées que les droites ont pendant si longtemps distillées dans le débat public, qui avaient contaminé nos têtes d'hommes et de femmes de gauche, selon laquelle la France ne serait rien et que nous ne pourrions rien faire dans la mondialisation. Nous n’avons pas gagné arithmétiquement mais gagné culturellement. C’était une étape nécessaire et essentielle. Elle a été franchie grâce à vous.
 
Je sais votre engagement personnel et les heures passées dans cette campagne, et tenais à vous en remercier personnellement et chaleureusement.
 
Beaucoup d'entre vous m'ont fait part de leur sentiment d'incompréhension, et pour certains d'entre vous d'abandon, dans le choix qui fut le mien de refuser de donner des consignes de vote, et de décider de voter François Hollande « à titre exclusivement personnel ».
 
Mon devoir est de vous faire connaître les raisons qui m'ont conduit à faire ce choix difficile dans une semaine où s'est joué une partie du sort de la gauche.
 
Puis-je rappeler que, pour moi, les candidatures du deuxième tour, François Hollande et Martine Aubry, étaient semblables, ce que j'ai rappelé pendant toute la campagne de premier tour ? Issues de la même tradition politique -le delorisme-, ayant cogéré le Parti Socialiste pendant 15 ans, ayant tous deux voté « Oui » au Traité Constitutionnel Européen, la campagne n'a pas montré de divergences entre les deux candidats, au point que Martine Aubry elle-même déclarait « Nous sommes très proches sur le projet. Ce qui nous différencie, c'est plus le tempérament ». Le débat télévisé du 2e tour m'a conforté dans cette analyse puisque la campagne de l'entre-deux tour porta finalement sur la confrontation entre ces deux caractères, ce qui ne peut constituer à mes yeux, un choix d'orientation pour le pays.
 
Souvent d'ailleurs, moins les divergences sont sensibles sur le fond, plus la violence des accusations publiques d'un candidat contre l'autre paraît illégitime. Au point que la Haute Autorité dut s'en mêler pour disqualifier les attaques personnelles de Martine Aubry contre François Hollande dans les 48 dernières heures précédant le 16 octobre.
 
Lorsque je suis sorti avec vous de ce magnifique premier tour, ma responsabilité de leader ayant obtenu près d'un demi million de suffrages était lourdement engagée pour la réussite des primaires, dont j'étais l'architecte.
 
Je vais donc vous faire la narration de ce qui s'est passé pendant ces 5 jours, parce que je vous le dois.
 
Mon premier travail a consisté à interroger publiquement les deux candidats impétrants. Il s'agissait de mettre le futur vainqueur des primaires dans la situation de devoir rassembler les 455 609 électeurs des primaires qui avaient soutenu nos propositions et solutions nouvelles. Et de les faire entendre ultérieurement dans un système politique où la désignation d'un candidat laisse traditionnellement à celui-ci les mains libres.
 
J'ai donc choisi la méthode de la lettre publique. Ce fut, avec les « stand up » au contact de la population, l'acte de rénovation le plus innovant de notre campagne : sous la Ve République les candidats à l'élection présidentielle se contentent d'engagements flous, et se détachent généralement des programmes de leur parti. L'homme providentiel que les Français cherchent dans le suffrage universel n'accepte pas de passer contrat devant les Français. C'est l'inverse que j'ai décidé de tenter.
 
L'échange de lettres avec les candidats permettait d'éclairer les électeurs de la primaire, et amenait surtout le futur candidat à prendre des engagements, inaugurant une forme de présidence moins providentielle et davantage contractuelle.
 
Lorsque les lettres de Martine Aubry (mercredi soir) et François Hollande (jeudi après midi) sont arrivées, j'ai observé la similitude des réflexes sur les trois questions que je posais : sur la mise sous tutelle du système financier, le protectionnisme européen et la naissance souhaitée de la VIe République, les réponses étaient largement semblables. Curieusement, la surprise vint des réponses de François Hollande sur la finance et la mise sous tutelle des banques. A l'évidence, le parcours que François Hollande avait accompli au sujet de la soumission de la finance au pouvoir politique, était sensible et encourageant. Rétrospectivement, je me souvenais avoir proposé d'intégrer un an plus tôt ces propositions dans le projet socialiste sous l'arbitrage de Martine Aubry, en vain, car celle‑ci avait opposé à cette demande une résistance incompréhensible.
 
Pendant le débat télévisé, François Hollande avait déjà montré sur ce sujet des signes d'évolution et de volontarisme que Martine Aubry avait écartés de façon péremptoire. Celle-ci n'avait-elle d'ailleurs pas déclaré le lendemain du premier tour : « Je ne changerai pas pour convaincre Arnaud Montebourg » ? Le fait est que les deux candidats se trouvaient à 3 jours du deuxième tour sur des propositions à peu près identiques. Dans sa lettre, François Hollande proposait un léger plus, sans que je ne l'ai d'ailleurs demandé : l'abrogation d'une directive européenne malfaisante (la directive MIF, mais il y en a bien d'autres à abroger), qui en 2008 a achevé de déréglementer le secteur financier.
 
Le choix entre les deux impétrants ne pouvait donc se faire sur le fond car, peu ou prou, tous deux portaient le même projet.
 
Si l'on cherchait ensuite à se repérer dans les entourages, du côté de François Hollande, nous observions le ralliement sans condition de Manuel Valls, et du côté de Martine Aubry, nous observions le soutien public de Dominique Strauss-Kahn, uni à elle par un pacte, qui avait conduit Martine Aubry à soutenir ouvertement la candidature de ce dernier avant son arrestation, pacte confirmé dans le fait que l'intéressé fit savoir qu'il avait voté pour elle au premier tour de la primaire.
 
Là encore l'indistinction était au rendez-vous. Un peu plus tard, mon amie Ségolène Royal, avec laquelle j'ai partagé un certain nombre d'analyses et de propositions, décidait de soutenir sous certaines conditions intéressantes, François Hollande.
 
Si l'on voulait chercher encore dans le passé des arguments pour justifier de pencher pour l'un ou pour l'autre, nous retrouvions encore la même égalité de traitement. Je me suis ainsi souvenu avoir vécu la solitude au Congrès du Mans en 2005 où la VIe République me fut refusée par François Hollande. Je me suis souvenu de la même solitude à l'été 2009, contraint de menacer publiquement de quitter le PS pour imposer à Martine Aubry les primaires dans une tribune du Nouvel Observateur où j'étais acculé à écrire : « Le combat que je mène en faveur des primaires ouvertes à l'ensemble des citoyens de gauche est une ultime tentative pour associer la population aux choix de la gauche dans le jeu délétère de la présidentielle. Je le dis tout net, je n'irai pas plus loin. Si je devais échouer, ce combat serait pour moi le dernier, au sein d'un PS qui telle la vieille SFIO ne mérite plus qu'on l'aide à survivre ». Je me suis encore souvenu de la même solitude dans l'affaire Guérini, au mois de juillet 2011, où je dus voter seul contre un rapport adopté à l'unanimité du Bureau national moins ma voix, qui épargnait le sénateur socialiste Guérini, poursuivi ultérieurement pour association de malfaiteurs, où l'on me reprochait d'avoir indûment enquêté. Ce rapport mettait en accusation publique le secrétaire national à la Rénovation que j'étais, pour son travail pourtant scrupuleux de... rénovation dans l'intérêt du Parti Socialiste.
 
Ces faits n'ont pas altéré mon jugement, car ils plaçaient finalement sur un pied d'égalité dans l'ordre du mauvais vouloir, les deux candidats impétrants au regard des objectifs de rénovation que j'ai poursuivis avec vous tous pendant toutes ces années.
 
Dépouillé de toute préférence personnelle, il ne me restait finalement pour guide que l'essentiel, l'intérêt de la gauche.
 
Le plus facile, le plus aisé, le plus agréable pour moi-même et pour tous ceux qui m'avaient accompagné, déchirés entre François Hollande et Martine Aubry, eût été de ne rien dire, de garder le silence, de ne donner aucune consigne de vote, se taire et partir se terrer en Saône et Loire.
 
Tous mes amis représentant notre mouvement dans les départements se sont unanimement prononcés en faveur de cette solution. Mais pour moi c'était une facilité dangereuse et irresponsable. C'est pourquoi j'ai décidé de faire un autre choix, mon choix personnel, aussi respectable que d'autres faits par mes amis. Je décidais donc de leur désobéir et d'affronter leur courroux.
 
En effet, que penser d'un dirigeant aspirant aux plus hautes fonctions, refusant de choisir entre deux camarades de sa propre famille politique ? Outre le ridicule qui l'aurait frappé à donner le spectacle d'être incapable de choisir et d'affronter l'impopularité d'un choix auprès de la moitié de ses électeurs, je me serais définitivement disqualifié.
 
Mais le plus grave était dans le risque que ce non-choix faisait courir à la gauche. Si je ne voulais pas choisir, ou refusais de dire mon choix, cela voulait dire qu'aucun compromis n'était possible avec les deux autres candidats, et que le socialiste que j'étais ayant recueilli un demi million de suffrages n'était pas apte à travailler avec les deux autres. Cela voulait dire que nos divisions étaient trop fortes, et que mon silence revenait implicitement à quitter le Parti Socialiste et rejoindre un ailleurs indéterminé.
 
Il fallait donc choisir. J'ai écarté le soutien à Martine Aubry car la soutenir aurait eu pour conséquence de couper en deux le corps électoral des primaires. Martine Aubry avait trop de retard pour l'emporter, même dans le cas où 100 % de mes électeurs se reportaient sur elle. Je mesurais à quel point cette hypothèse était impossible car mes électeurs étaient coupés en deux parts égales en faveur de l'un ou de l'autre. Et même si cette hypothèse se réalisait, je prenais la lourde responsabilité de briser le résultat et la force des primaires, car la gauche risquait de sortir à 50-50 avec une guerre qui se prolongerait dans la présidentielle, défaite à la clé, répétant le scénario noir du Congrès calamiteux de Reims et des divisions de 2007.
 
J'ai donc choisi d'accomplir un acte unitaire. Unir les deux gauches, celles qui sont en apparence les plus éloignées et qui ne peuvent pas gagner si elles ne sont pas unies.
 
J'ai fait le choix le plus difficile, celui d'unir ma force à François Hollande, même si nous nous sommes affrontés pendant 10 ans. Je l'ai fait avec un seul et unique objectif, presqu'une obsession : la victoire de la gauche.
 
J'ai reçu beaucoup de messages de méchante désapprobation, d'accusation de trahison, et de noms d'oiseaux de toutes sortes de plumes. J'ai même lu que je me serais laissé corrompre par on ne sait quelle promesse de haute fonction. Mais ceux qui croient cela savent-ils que la campagne est loin d'être gagnée, qu'il faudra vaincre au premier tour l'extrême droite puis ensuite la droite ?
 
Et pour réussir tout cela, il faudra s'unir, malgré toutes les tentations contraires. C'est ce que j'ai choisi de faire. Tous ceux qui m'ont reproché de voter à titre personnel François Hollande, le feront eux aussi bientôt parce qu'ils voudront l'emporter.
 
Choisir pour d'autres est toujours un honneur, mais parfois aussi une charge délicate. Quoi qu'il advienne, les propositions et les solutions nouvelles que j'ai défendues pour bâtir la Nouvelle France seront portées haut et fort dans la campagne, car elles sont désormais au coeur de l'élection présidentielle. La droite et l'extrême droite qui m'attaquent très violemment, voudraient tant se les approprier. C'est le signe que nos idées neuves sont entrées en résonance avec la société française. Et elles contribueront à notre victoire, soyez-en certains. J'y attacherai une vigilance de chaque instant et toute personnelle. Il restera à les mettre en oeuvre ensuite. C'est pour cela qu'il faut l'emporter le 6 mai 2012.
 
Je vous prie de croire en l'assurance de ma plus fidèle amitié.
 
Arnaud MONTEBOURG



 

 

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24 septembre 2011

Une autre banque est possible : vers des banques coopératives d’intérêt collectif

par ATTAC

L’effondrement de la valeur boursière des banques françaises et européennes ouvre une deuxième crise bancaire majeure après celle de 2007-2008. L’intervention prochaine des États et de la Banque centrale européenne pour sauver les banques apparaît inéluctable. Mais cette fois-ci, les citoyens n’accepteront pas de payer la facture sans rien changer au fonctionnement du système bancaire.

 

La monnaie est un bien commun et ne peut être laissée dans les mains d’actionnaires privés. Il faut socialiser le système bancaire. Attac propose la transformation des établissements sous perfusion en banques coopératives d’intérêt collectif.

 

Une crise prévisible

 

La crise de 2007-2008 avait été provoquée par les dérives d’une finance irresponsable et d’un modèle économique et social inégalitaire et prédateur. Le sauvetage des banques et surtout la récession ont déstabilisé les finances publiques. L’actuelle « crise de la dette » en Europe n’est rien d’autre que la réplique de ce premier séisme sur le château de cartes des traités européens. Car ceux-ci avaient créé une monnaie unique entre des pays hétérogènes sans budget commun, sans politique de convergence sociale et sans protection contre la spéculation financière mondiale. Le choc de 2008 a ébranlé la zone euro, et les premiers maillons faibles – Grèce, Irlande, Portugal... - sont en train de céder. Les irresponsables politiques européens n’ont rien vu venir de ce qui était pourtant annoncé depuis longtemps par nous et bien d’autres. Ils continuent à courir de sommet en réunion d’urgence comme des rats affolés dans une cage soumis par la finance à des chocs électriques auxquels il ne comprennent rien. Leur tentative désespérée d’imposer une hyper-austérité destructrice sous prétexte de réduire la dette publique ne peut déboucher que sur une catastrophe.

 

Réinventer les banques

 

L’Union européenne prétend maintenant adopter la taxe Tobin que nous proposons depuis plus de 10 ans. C’est très bien, mais c’est trop peu, trop tard ! Il faut bien sûr prendre des mesures drastiques contre la spéculation et repenser la construction européenne ; mais on ne peut plus éviter de repenser complètement les finalités mêmes et les modes de gouvernement des banques. Leur rôle doit être de financer l’économie, pas de construire des châteaux de cartes pour les investisseurs financiers et des machines à cash pour leurs actionnaires. Le cours des actions des banques européennes est en train de tomber à un niveau où il va devenir possible pour les États d’acheter l’essentiel à bon compte. Il faut saisir cette occasion pour entreprendre de socialiser non pas les pertes mais le système bancaire lui-même. Socialiser, ce n’est pas nationaliser pour redresser et revendre. Ce n’est pas non plus étatiser pour s’en remettre à une gestion technocratique, parfois pire que la gestion privée. Socialiser, c’est placer les banques sous le contrôle de la société, pour qu’elles financent des activités utiles socialement et écologiquement, choisies démocratiquement, créatrices d’emplois, de revenus, de cohésion sociale.


Pour des banques coopératives d’intérêt collectif

 

Nous proposons de sauver les banques à la condition qu’elles soient transformées en banques coopératives d’intérêt collectif. SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) en France, « entreprise sociale » dans d’autres pays, on pourrait créer un tel statut au niveau de l’Union. Dans ces banques – de portée régionale, nationale ou européenne - les pouvoirs publics (Régions, États ou autorités publiques européennes) auraient la majorité des voix au Conseil de surveillance ; mais seraient aussi représentés, dotés de minorités de blocage, les salariés du système bancaire (via des représentants élus), les PME, les collectivités locales (pour tenir compte de la diversité territoriale) et la société civile, en particulier les syndicats, les usagers et les associations écologistes. Ces banques ne spéculeraient pas sur les marchés et n’auraient pas de liens avec les paradis fiscaux. L’équilibre des pouvoirs y garantirait une gestion conforme aux intérêts de la société. Dans le cadre de politiques macroéconomiques durables, définies par les pouvoirs publics élus aux plans national et européen, ces coopératives bancaires pourraient pratiquer des taux d’intérêt modulés en fonction de l’utilité sociale et écologique des projets. Une Banque centrale européenne profondément réformée aurait pour tâche de surveiller ce système, d’en assurer l’équilibre de façon à prioriser l’emploi, la cohésion sociale, la préservation de l’environnement, tout en contenant les dérapages inflationnistes.


Alors que la France et l’Europe, vont probablement être touchées dans les mois et années à venir par une nouvelle hausse du chômage, il y a urgence à développer des investissements massifs, publics et privés, dans des programmes coordonnés d’innovation et de développement concernant les économies d’énergie (en particulier dans le bâtiment et les transports), les énergies renouvelables, l’agriculture paysanne et biologique, les services publics et de proximité...

 

La création d’un secteur bancaire socialisé et démocratisé est seule de nature à réorienter l’économie européenne vers un sentier de développement durable. Alors que les propriétaires du capital et leurs représentants politiques tentent de faire payer leurs dettes et leur crise aux citoyens européens, ceux-ci doivent imposer que la démocratie prenne les commandes. Attac portera cette exigence le 15 octobre prochain dans une journée d’action européenne à l’appel des Indignés espagnols, notamment par des rassemblements unitaires et des actions symboliques et ludiques devant les agences bancaires partout en France. Au contre-G20 qui se tiendra à Nice du 1er au 3 novembre, nous tiendrons le Tribunal de la finance, qui jugera les banques prédatrices actuelles et permettra d’entrevoir le système bancaire de demain.

08:08 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, banques, monnaie | | |  Facebook | | |

14 septembre 2011

L’heure de la démondialisation est venue

Par Bernard Cassen

 

Face à un phénomène nouveau, les mots se bousculent pour le désigner jusqu’à ce que l’un d’entre eux finisse par s’imposer. C’est ce qui est arrivé, en français, avec le terme « altermondialisme ». Il est entré dans le champ politique en 2001-2002. Il désigne la nébuleuse mondiale d’organisations et de réseaux qui se sont reconnus peu ou prou dans le slogan des Forums sociaux mondiaux, « Un autre monde est possible », repris de l’association Attac (créée en juin 1998) qui l’avait elle-même emprunté au titre d’un article d’Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique de mai 1998. Il est intimement lié aux moments de haute visibilité médiatique qu’ont été les Forums, depuis celui de Porto Alegre de 2001, et les grandes manifestations contre l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, etc., depuis Seattle en décembre 1999.


« Altermondialisme » a succédé à « anti-mondialisme », concrétisant le passage d’une posture de simple refus de la mondialisation libérale à la mise en avant de politiques alternatives. Une façon de démentir le fameux TINA ( There is no alternative) de Margaret Thatcher.


En janvier 2008, la revue Utopie critique et Mémoire des luttes ont proposé le concept de « post-altermondialisme » pour désigner les articulations possibles entre mouvements sociaux, partis et gouvernements progressistes sur des objectifs précis, comme la lutte contre le changement climatique. Le Sommet de Cochabamba, convoqué par le président bolivien Evo Morales en 2010, en a constitué un bon exemple. Le post-altermondialisme ne s’oppose pas à l’altermondialisme : il en est seulement un des prolongements possibles.


Un concept nouveau, et qui dérange


Et voilà qu’un nouveau concept de la même lignée vient de faire irruption dans le lexique politique français : celui de « démondialisation ». Il est développé dans au moins trois livres récents : celui de Georges Corm, Le Nouveau Gouvernement du monde (La Découverte, 2010) ; celui de Jacques Sapir, La Démondialisation (Seuil, 2011) ; et celui d’Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation, préfacé par Emmanuel Todd (Flammarion, 2011). Ces deux derniers auteurs font remonter le concept au Philippin Walden Bello, figure de proue des Forums sociaux mondiaux, dans son livre publié en 2002 Deglobalization : Ideas for a New World Economy.


En fait, il avait déjà été proposé par l’auteur de ces lignes dans un article publié en novembre 1996 « Et maintenant… démondialiser pour internationaliser », publié dans le n° 32 (novembre 1996) de Manière de voir, publication bimestrielle du Monde diplomatique. A l’époque, il n’avait pas pris pied dans le débat public. Les mots aussi doivent attendre leur heure… Et celle de la démondialisation semble venue…


Si l’on en doutait, il suffit de voir la virulence des réactions que ce concept a suscitées dans des secteurs que l’on attendait (les libéraux de toute obédience), mais aussi dans d’autres que l’on n’attendait pas (certains altermondialistes d’Attac). La raison est la même dans les deux cas : dans la mesure où Arnaud Montebourg en a fait l’un des mots d’ordre de sa campagne des « primaires » du Parti socialiste en vue de la désignation de son candidat à l’Elysée, le thème de la démondialisation cesse d’être confiné aux débats au sein de la gauche critique pour s’installer dans le panorama électoral national et acquérir ainsi une légitimité et une « respectabilité » politiques dépassant le cercle des convaincus.


 On peut se demander si ce n’est pas la raison pour laquelle, dans une tribune publiée le 6 juin 2011 sur le site Médiapart et intitulée « Démondialisation et altermondialisme sont deux projets antagoniques », neuf membres du Conseil scientifique d’Attac - en fait les principales figures de la direction de l’association -, ont cru pouvoir affirmer, sur un ton polémique et sentencieux, que la démondialisation était « un concept superficiel et simpliste ». En n’hésitant pas, au passage, à mettre en scène la grosse – et scandaleuse - ficelle d’une prétendue convergence avec les thèses du Front national.


Sans jamais les nommer ou les citer, ils s’en prenaient, en les travestissant, aux thèses de Jacques Sapir, Arnaud Montebourg et Emmanuel Todd. Ce qui leur a valu deux répliques d’un nouvel intervenant dans le débat, Frédéric Lordon : l’une dans son blog du Monde diplomatique, « Qui a peur de la démondialisation » ; l’autre dans le numéro d’août 2011 du mensuel : « La démondialisation et ses ennemis ».


Derrière un mot, une orientation stratégique


Contrairement à ce qu’affirment les dirigeants d’Attac, altermondialisme et démondialisation ne sont pas des concepts antagoniques, mais appartiennent à la même famille. Dans le premier cas, il s’agit d’un faisceau de revendications et de propositions très diverses (en raison même de l’hétérogénéité des protagonistes) et dont le principal dénominateur commun, tel qu’on peut le reconstituer de l’extérieur, est l’impératif de l’accès universel aux droits.


La démondialisation, elle, est une orientation stratégique visant, par l’action aussi bien politique (élections, institutions et gouvernements) que citoyenne (luttes des mouvements sociaux notamment), à reprendre concrètement à la sphère économique et financière les énormes pouvoirs que l’instance politique lui a délibérément abandonnés, et qui sont à la source de la crise systémique actuelle du capitalisme. Sans cette orientation, pratiquement aucune des propositions altermondialistes n’a la moindre chance d’aboutir.


L’objectif de la démondialisation est simple à formuler, mais autrement difficile à atteindre : tendre à ce que le périmètre de la prise de décision démocratique coïncide le plus possible avec celui de la capacité de régulation des flux économiques et financiers. Ce qui pose la question du statut de l’espace national.


Le national : un levier et pas un « repli »


Même s’il faut s’efforcer de se donner des objectifs convergents pour des mobilisations sociales à l’échelle régionale (européenne pour nous) et mondiale, ce périmètre est seulement national pour l’instant. Il faut en exploiter toutes les potentialités en utilisant les failles ou les faiblesses de l’adversaire. Et cela sans se laisser impressionner par la dénonciation de l’ « unilatéralisme », poncif d’une partie de l’extrême-gauche et du mouvement altermondialiste, et qui revient à reporter tout changement de cap en France aux calendes européennes ou mondiales, c’est-à-dire à un futur dont on sait qu’il n’adviendra pas. Après tout, le 29 mai 2005, les citoyens français n’ont pas attendu que les autres le fassent pour voter « non ».


Toutes les expériences de rupture concrètes de ces dernières années ont montré que ce n’est pas aux niveaux mondial ou régional, mais bien au niveau national, qu’il a été possible de faire bouger les lignes et même de remporter des victoires. Cela, soit par les actions de gouvernements soutenus par les mouvements sociaux (comme en Amérique latine), soit par la pression sur des Etats de mouvements populaires capables de mobiliser les populations (comme dans le monde arabe).


Les trois moteurs de la mondialisation libérale – également promus par les traités européens au statut de « libertés fondamentales » - sont la liberté de circulation des capitaux, la liberté des investissements et la le libre-échange des biens et des marchandises. Et cela non seulement au sein de l’UE, mais aussi entre l’UE et le reste du monde. Ce sont donc ces trois moteurs qu’il faut brider et soumettre au contrôle démocratique.


Le néolibéralisme a défini son terrain d’intervention : c’est la planète tout entière, sans frontières d’aucune sorte. La question est de savoir si, pour le combattre, il convient de se placer sur ce même terrain ou s’il faut en choisir d’autres et, au lieu d’une guerre de tranchées au niveau mondial, mener une guerre de mouvement, voire une guérilla aux échelons inférieurs. Tout dépend du rapport de forces.


C’est précisément pour le verrouiller à leur avantage que les organisations multilatérales comme la Banque mondiale, le FMI, l’OMC, l’OCDE, ainsi que les institutions européennes, sans oublier les G7, 8 ou 20, ont été créés. Elles savent n’avoir strictement rien à craindre d’une confrontation avec leurs adversaires à ce niveau. Elles peuvent même se payer le luxe de « dialoguer » publiquement avec eux, comme certains de leurs membres l’on fait lors de la téléconférence-débat « Porto Alegre contre Davos » organisée lors du premier Forum social mondial en 2001, et à laquelle participa notamment le méga-spéculateur George Soros en personne.


En revanche, les habitués de Davos ne prendront jamais ce risque au niveau « régional », par exemple européen – imagine-t-on un dialogue télévisé entre Carlos Ghosn et le comité d’entreprise européen de Renault ?- et encore moins au niveau national, c’est-à-dire là où des capacités militantes peuvent être réellement mises en mouvement. Les forces du capital ont parfaitement compris qu’une contestation sociale dans un Forum mondial perdait rapidement de sa puissance au fur et à mesure qu’elle d’éloignait de son « épicentre », jusqu’à n’avoir pratiquement plus d’existence lorsqu’elle arrivait au niveau national.


A l’inverse, l’expérience nous enseigne que des luttes sociales et politiques dans un pays donné peuvent avoir un effet de « contagion » dans d’autres, et ainsi se régionaliser et s’internationaliser. C’est ce que montrent les soulèvements arabes partis de la situation en Tunisie, et les manifestations de masse contre les inégalités en Israël qui s’inspirent directement de l’expérience des Indignés de la Puerta del Sol, eux-mêmes – et la boucle est bouclée – réplique des occupations de places publiques à Tunis et au Caire…


Le « national » n’est donc en aucune manière un substitut de l’ « international » ou de l’ « européen ». Loin de constituer un « repli », il en est au contraire la condition préalable dans une stratégie du faible au fort. On ne comprend pas que de telles évidences, par ailleurs validées par les faits, échappent à l’entendement des « anti-démondialisation » se réclamant de la gauche critique, en particulier au sein d’une partie de l’altermondialisme.


La démondialisation n’est nullement un concept figé, mais dynamique, pouvant se traduire par une série de mesures politiques pratiques, telles, entre autres, celles proposées par les auteurs cités plus haut, et qui ne se réduisent pas à la nécessité d’un protectionnisme européen. Son « carburant » est l’exigence démocratique visant à récupérer la souveraineté populaire dans le périmètre où elle peut s’exercer réellement pour réguler les flux économiques et financiers.


En théorie, deux solutions extrêmes sont possibles : ou bien « renationaliser » ces flux, afin qu’ils répondent à une volonté politique nationale exprimée par le suffrage universel - lorsqu’il existe -, ou bien élargir à la totalité de la planète l’espace public démocratique, afin d’exercer un contrôle effectif sur ce qui est déjà mondialisé. On voit bien qu’aucune de ces positions n’est tenable dans son intégralité. D’un côté, en effet, il existe nombre de domaines - ne serait-ce que celui de la lutte contre le changement climatique - qui échappent par nature au bornage des frontières, et, de l’autre, un gouvernement mondial doté de toutes les compétences d’un actuel exécutif national n’est pas envisageable à terme historique prévisible. C’est donc sur l’ensemble des solutions, extrêmes et intermédiaires, qu’il convient, au cas par cas, de jouer.


Ces solutions intermédiaires peuvent prendre deux formes. On peut, à partir des Etats constitués, construire de l’international, c’est-à-dire mettre en commun, graduellement, des fragments de souverainetés nationales sur des questions faisant l’objet d’une délégation librement décidée, limitée, contrôlée - et révocable dans des conditions fixées à l’avance.


L’autre terme de l’alternative consiste à faire évoluer les cadres étatiques vers des ensembles de souveraineté populaire plus vastes. Il ne faut cependant pas confondre cette idée avec celle de regroupements régionaux fondés sur le libre-échange et la « concurrence libre et non faussée ». Ce qui fait la différence, c’est l’existence ou non de mécanismes de régulation politique à fondements démocratiques, susceptibles de faire contrepoids au marché.


L’Union européenne (UE), qui aurait théoriquement pu entrer dans cette catégorie, est au contraire un agent actif de la mondialisation libérale, une véritable machine à libéraliser. Donc un terrain majeur pour une contre-offensive démondialisatrice.


Un « Grenelle » de l’UE pour faire sauter le verrou européen


Dans la mesure où les décisions européennes surplombent et encadrent toutes les autres, et que 75 % des textes qui nous régissent ne sont que des transpositions d’actes législatifs décidés par les instances de l’Union, la question européenne se situe en première ligne de toute démarche de démondialisation.


Dans la perspective des élections présidentielle et législatives, le citoyen doit savoir quelles marges d’action tel parti ou tel candidat voudront bien se donner pour mettre en œuvre un véritable programme de transformation sociale, donc incompatible avec le traité de Lisbonne.


En cas de verrouillage par les institutions européennes, sont-ils oui ou non disposés à prendre des décisions unilatérales de rupture ou au moins, afin d’imposer une négociation, à menacer de les prendre à une date proche et annoncée à l’avance ? Le tollé à attendre de la Commission, de la Cour de justice et de la plupart des dirigeants de l’UE pourrait être rapidement compensé, et au-delà, par le ralliement de nombreux mouvements sociaux d’autres pays, qui feraient à leur tour pression sur leurs gouvernements.


Tout ce qui fait de l’UE un agent actif de la mondialisation libérale devrait être mis sur la table : liberté de circulation des capitaux ; libre-échange ; appartenance à la zone euro, plans de « sauvetage » ; pouvoirs de la Commission et de la Cour de justice de Luxembourg ; statut de la Banque centrale européenne ; dumping social, fiscal et écologique ; primauté de la concurrence, etc. Pour aller, vers une sorte de « Grenelle » (version 1968) au niveau européen.


On objectera, non sans raison, que cela ferait entrer l’UE dans une zone de turbulences sans précédent, et dont les débouchés ne sont pas garantis à l’avance. Ce qui, en revanche, est garanti à l’avance en l’absence de correction de trajectoire à 180 degrés de la construction européenne, c’est l’austérité à perpétuité, l’explosion des inégalités et de la précarité, la dislocation accélérée du tissu social, la poussée de l’extrême-droite et de la xénophobie.


Les libéraux n’ont aucun état d’âme à ce sujet et ils ont déjà fait leur choix, avec comme seul garde-fou la crainte de troubles sociaux majeurs. Par pusillanimité, par confusion mentale entre nation et nationalisme et par européisme béat, la majorité de la gauche social-démocrate et une partie de la gauche critique semblent bien parties pour faire le même, mais par défaut. Elles libèrent ainsi un vaste espace pour les forces qui refusent de se laisser enfermer dans le piège d’une alternance factice.

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13 septembre 2011

La tentation autoritaire

Par Jean-Luc Mélenchon

Une nouvelle étape de la tentation autoritaire qui travaille les dirigeants libéraux commence en Europe avec l’imposition de « la règle d’or ». C’est la conséquence de leur vision dogmatique de ce qu’est « la seule politique possible ». Je voudrai souligner aujourd’hui que cette façon de voir se nourrit de l’ambiance anti-parlementaire et antipolitique dominante dans les médias. L’habitude de parler d’une « classe politique », les refrains destiné à donner une couleur politique neutre aux pires poncifs contre les gouvernements « de droite comme de gauche » fonctionnent comme un conditionnement. N’oublions pas dans ce registre le rôle de l’adulation des experts et la manie d’avaler tout rond un argument dès qu’il est présenté sous une forme chiffrée. Les têtes les plus pleines n’y échappent pas. James Lovelock scientifique britannique : « il peut être nécessaire de mettre la démocratie de côté pour un moment ». David Shearman chercheur australien : « si la démocratie ne peut pas fournir leadership et action sur le changement climatique, sa survie doit être mise en question ». Je tire ces citations du livre d’Hervé Kempf contre l’oligarchie. Ce journaliste du « Monde » note d’ailleurs comment de bonnes têtes peuvent être emportées à la faveur de circonstances traumatisantes. Ainsi quand Nicolas Hulot a dit après l’échec de la conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique en 2009 : « c’est la faillite de la démocratie ». L’idée sous-jacente selon Kempf est la suivante : « puisque la démocratie […] ne permet pas de prendre en compte les intérêts du long terme, la démocratie nuit au bien être durable de l’humanité. Et il faut confier à une élite vertueuse le soin de mener la société sur le bon chemin ».


Mais c’est évidemment dans le cœur du système que la tentation autoritaire est la plus forte. Le moment politique que nous vivons est celui du divorce entre le capitalisme mondialisé et la démocratie. Hervé Kempf propose un florilège de phrases qui font froid dans le dos. Mais elles éclairent tellement bien d’où vient ce que nous vivons. The Economist par exemple, magazine de référence libéral écrit : « les électeurs européens sont le plus grand obstacle aux ambitions [de l’Europe] de devenir plus dynamique et performante ». Plus près de nous, en France dans la nomenclature des médiacrates, si sourcilleux sur la démocratie chez les autres, on en a entendu de belles également. Ainsi Christophe Barbier, rédacteur en chef de l’Express en parlant de la nécessité d’un nouveau traité européen : « les peuples ne valideront jamais un tel traité […], un putsch légitime est nécessaire ». Et n’oublions pas Alexandre Adler, grand pourfendeur de dictature communiste qu’il voit au pouvoir avec Chavez. Cela ne l’empêche pas de préconiser une « dictature bienfaisante » pour la Grèce. Bien sûr, lui sait que c’est ce qui s’est déjà produit dans les années trente, sous le même prétexte, avec le même cheminement dans le même pays, sous la férule du dictateur Metaxás.


Les puissants ont commencé à critiquer les processus démocratiques dès les années 1970 selon Kempf : « la Commission Trilatérale regroupe à partir de 1973 des dignitaires politiques et économiques provenant des États-Unis, d’Europe et du Japon ». Son rapport de 1975 est rédigé par Samuel Huntington : « plusieurs des problèmes de gouvernance aux États-Unis aujourd’hui découlent d’un excès de démocratie ». Le théoricien du « choc des civilisations » avait à l’époque produit un livre où il montrait comment seuls les militaires étaient en état d’assumer l’intérêt général contre les politiciens nécessairement vissés dans une démagogie électoraliste de court terme. Ces thèses servirent de ciment et de justificatif pour la préparation et la conduite des années de dictature et de meurtres en Amérique du sud. Les prémices de la tentation autoritaire sont nombreuses et bien placées actuellement. Ainsi avec David Rockeffeler, membre de la Trilatérale et président de la Chase Manhattan Bank qui a écrit en 1999 : « une large partie du monde a tendu vers la démocratie et les économies de marché. Cela a amoindri le rôle des gouvernements […] quelqu’un d’autre doit prendre la place du gouvernement, et les entreprises me semblent être l’entité logique pour le faire ». Je suppose que ces lignes me vaudront maints ricanements et force accusation d’exagération. Un peu comme ce à quoi j’ai eu droit à propos du populisme. Et avant cela à propos de la dénonciation de la cupidité des riches. Vous avez donc vu que ces postures ne tiennent pas longtemps sous le feu des évènements. Le journalisme de l’audimat suit la pente et celle-ci va où nous disons et non là où ils préféreraient. De même la réalité du coup d’état des financiers finira par s’imposer aux esprits. J’ai noté avec orgueil que l’expression « coup d’état des financiers » était aussi un des slogans des indignés d’Espagne.


Les ouvriers visibles ne sont que « 2% » chaque année à la télévision, toutes chaînes confondues. Ce chiffre, venu d’une enquête du CSA que je reprenais dans mon livre « Qu’il s’en aillent tous », commence à être connu désormais. Je l’ai rappelé à l’émission « Salut les Terriens » pour enfoncer le clou. J’y reviens. Invisibles, effacés, rayés du tableau, disparus ou en voie de disparition. Exception ce soir là : une employée de Sodimédical était invitée sur le plateau d’Ardisson pour parler de la délocalisation de son entreprise en Chine. La charge de violence brute de cette exclusion permanente le reste du temps n’en est que plus sévère quand on écoute cette femme décrire sa condition. Les universitaires et sociologues étudient cette « occultation ». Dans mes pérégrinations internet, je suis tombé sur un dossier du journal « La Croix » datant de 2008. Un professeur d’université y faisait ce constat : « Chaque année, lorsqu’on demande aux étudiants combien il reste d’ouvriers en France, les réponses sont ahurissantes. Certains disent 100.000, d’autres 500.000. Il y en a toujours un qui par bravade va aller jusqu’à les estimer à un million. » Derrière l’absence d’images et l’absence de mots, il y a des hommes et des femmes qui ne travaillent pas tous dans les mêmes branches. Une ouvrière qui a vingt ans de métier dans une usine agro-alimentaire est citée dans ce même dossier : « Parfois, lorsque je leur décris mon atelier, j’ai l’impression que les gens n’imaginaient pas que le travail à la chaîne existe ailleurs que chez les constructeurs automobiles. Comme si seuls ceux qui sont employés dans la sidérurgie ou dans la construction automobile peuvent porter le nom d’ouvrier. »


Des armées de communicants veillent à ce que les mots façonnent le monde qu’ils fantasment pour que les dominants qui les payent en tirent gloire et profits. L’ordre globalitaire du capitalisme de notre temps tient par la colle d’un imaginaire reformaté et domestiqué par ses mots et ses occultations. Dans son livre sur l’oligarchie, Hervé Kempf, décrit bien (page 35) cette évacuation de la conscience de soi. « Le peuple ne se voit plus comme tel, la société se croit une collection indistincte d’individus […]. L’oligarchie, elle, a une conscience de classe aiguisée, une cohérence idéologique sans faille, un comportement sociologique parfaitement solidaire. ». Dès lors, la lutte politique que nous menons est aussi une lutte poétique, au sens radical du mot c’est-à-dire de création et d’invention contre tout un vocabulaire qui fonctionne comme une propagande permanente. La révolution citoyenne passe par ce travail d’invention. Nommer la réalité du monde sans euphémismes anesthésiants. Inventer ou réveiller les mots ou les symboles qui portent ce que nous voulons voir se construire de nos intelligences et de nos mains. Me revient en mémoire l’appel en 2004 de treize illustres anciens résistants pour commémorer le 60ème anniversaire du Programme du CNR, celui « Des jours heureux » : « Plus que jamais, à ceux et à celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : créer, c’est résister. Résister, c’est créer. »


Des artistes, des cinéastes, créent pour résister à cette déferlante quotidienne d’images mutilantes et obscurcissantes. D’images formatées dans « le moule à tarte » des séries et reportages du vingt heures. J’emprunte l’expression à Peter Watkins, le grand documentariste anglais auteur de « La Bombe », de « Punishment Park » et des six heures magistrales de « La Commune ». Dans les films de Robert Guédiguian, de Gérard Mordillat, les ouvriers sont visibles et vivants. Plus beau le collectif de travail, plus belles les solidarités de quartier et d’usine, avec des amours et des sentiments mais sans mièvreries. Le documentaire de Gilles Perret « De mémoires d’ouvriers », qui sortira au cinéma en janvier 2012, est de cette veine.

(...)

Les ouvriers de ce film évoquent la dégradation des conditions de travail à partir de la suppression du casse-croûte payé par l’entreprise à la pause. Ils montrent que la financiarisation des entreprises a fait entrer dans les usines des bataillons d’ingénieurs soucieux de rentabilité. Et que les ouvriers dans ces conditions connaissent mieux la chaîne de production et le fonctionnement des machines que l’encadrement. J’ai fait mienne cette idée dans « Qu’ils s’en aillent tous » : « Il faut éjecter des postes de commande des entreprises les financiers et les commerciaux qui les ont envahis. »

A mesure du récit cinématographique, un programme de luttes politiques s’énonce par la voix de gens du commun fiers de leur travail. Précarité, fusions-acquisitions, problèmes de sécurité liés à la sous-traitance, évolutions du droit du travail, re-nationalisation, réindustrialisation, bataille culturelle contre la communication d’entreprise qui célèbre la performance et la compétition. Les meilleurs défenseurs des outils de production et des réalisations qui concourent à l’intérêt général, ce sont les travailleurs qui ont de la mémoire, héritiers du temps long et non les financiers qui calculent à la seconde, esclaves du temps court.


Des nouvelles des riches ? Les 0,005% les plus riches sont à l’abri et vivent avec beaucoup d’argent. Le coup de rabot annoncé par Fillon la semaine dernière pour taxer les riches sera surtout symbolique. L’économiste Thomas Piketty le rappelait récemment dans un entretien au « Monde » : « Au total, 2011 a été une excellente année pour les riches » ! La France est « leader européen pour le nombre de millionnaires en dollar ». Piketty n’invente rien. Il décrit. C’est une étude de la banque Crédit Suisse qui atteste ses propos. Tel est le bilan des promesses de la mondialisation heureuse et des autres refrains du libéralisme. La pauvreté augmente en France sans discontinuer. Elle s’aggrave et se généralise. La pauvreté n’est pas un à côté du système qui laisserait sur la route les plus fragiles, les moins aptes à supporter les coups de sabre de la mondialisation. C’est le cœur, le moteur du modèle social du capitalisme de notre temps. Pour que des mégas fortunes s’accumulent il faut que le gros de la troupe puisse être pressé sans merci. Entre les deux, une masse volontairement et méthodiquement effrayée balance entre résignation et indignation. Il faut comprendre et expliquer le lien entre pauvreté et richesse. Car aussi étrange que cela puisse paraitre, beaucoup ne le font pas. Ils peuvent alors se réjouir dans une même phrase de l’augmentation du nombre des riches et déplorer l’augmentation du nombre des pauvres. La machine de propagande des dominants travaille alors à plein régime pour singulariser la pauvreté, l’expliquer par la faute des pauvres eux-mêmes.


Ah, les pauvres ! La droite les culpabilise avec méthode. Ce sont les « assistés » dit-elle. Les « qui ne se lèvent pas assez tôt ». Si vous êtes pauvres, c’est de votre faute ! Adaptez-vous ! Rebondissez ! Vous étiez ouvriers sur la chaîne d’une entreprise délocalisée ? Pourquoi ne pas bosser dans une plate-forme téléphonique, c’est tellement plus moderne ! La métallurgie périclite dans les montagnes ? Déménagez aux abords d’un parc de loisirs, c’est là-bas que sont les nouveaux « gisements d’emplois ». Le discours ambiant tend à faire de la pauvreté un accident de parcours, une extension malheureuse du domaine de la fatalité. Comme si elle ne touchait pas tout le monde, classes populaires et classes moyennes, étudiants mal logés, chômeurs en fin de droit, précaires en sursis, parents isolés, retraités, déclassés. Ceux qui travaillent comme ceux qui ne trouvent pas à travailler. Ceux des centres villes qui crapahutent du matin au soir pour des bouts de temps partiel, comme ceux des campagnes qui vivent mal de leur bout de terre et touchent des miettes de retraite. Toute cette pauvreté visible et invisible, est infligée comme un châtiment et intériorisée faute des mots pour la mettre à distance comme un obscur arrêt du ciel.


Cette augmentation de la pauvreté, l’Insee la mesure régulièrement depuis 2002. On calcule le seuil de pauvreté à 60% du revenu médian, soit 954 euros par mois. Pour mémoire quelqu’un au RSA touche lui 455 euros. L’INSEE fait son constat dans une étude sur les niveaux de vie en 2009, il y a deux ans, publiée cet été. Elle montre que les pauvres sont de plus en plus nombreux dans notre pays. Il y a en France 13,5% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. 8,2 millions de nos concitoyens ! Je suis heureux de l’impact de cette enquête qui a été bien médiatisée. Sarkozy n’est pas seulement le président des riches. Il est celui qui aura fabriqué le plus de pauvres depuis la libération en 1945. Cent soixante mille de plus par an ! C’est une moyenne. Car de 2008 à 2009 l’Insee démontre qu’il y a eu 400.000 personnes de plus tombées dans la pauvreté. Sont touchées des catégories qui hier semblaient protégées. « Au total, le contexte de crise économique se répercute sur l’ensemble des ménages » note l’institut. « Mais ce sont les plus modestes qui sont les plus touchés. » De 2008 à 2009, le revenu médian, celui au-dessous duquel se trouvent 50% des salaires, est resté quasi stable. Mais la pauvreté a surtout augmenté avec la hausse du chômage comme conséquence des pertes d’emplois massives dans certains secteurs que la France a connu du fait des délocalisations et autres objectifs de rentabilité maximum. Un fait important à noter : la déferlante de la pauvreté concerne davantage les indépendants que les salariés. Cela laisse prévoir une convergence de situations avec les travailleurs précaires qui peut prendre du sens politique. Car les indépendants sont le cœur de la classe qui se dit « moyenne ». Une autre observation qui fait sens politique mérite d’être examinée de près. Dans la composition des revenus des 10% les plus pauvres on constate une hausse de la part des indemnisations chômage et une baisse de la part des salaires. Autre constat : le taux de pauvreté des chômeurs baisse. La raison ? Les nouveaux chômeurs sont plus âgés et plus qualifiés que ceux de 2008. Ainsi donc le nombre de gens qui dépendent des prestations sociales pour ne pas sombrer va donc croissant. Peuvent-ils faire front ? C’est notre objectif.


Comme vous le savez, le Chili est en proie à une forte mobilisation étudiante. Du sans précédent depuis la chute du dictateur Pinochet. Il s’agit pour les jeunes de remettre en cause le modèle de privatisation du savoir qui est le but des réformes en cours notamment en France et dans toute l’Europe. Beaucoup oublient que le Chili de Pinochet fut le cahier de brouillon des recettes de l’école de Chicago, c’est-à-dire du groupe d’économistes libéraux et monétaristes qui fit ensuite école dans le monde entier. L’éducation autonomisée et marchandisée, les études payées par l’emprunt personnel, toutes ces merveilles ont déjà fait leurs ravages. Une jeunesse exaspérée, des familles frustrées, venant de toutes les catégories sociales font exploser le couvercle de plomb qui muraient les esprit sous le gouvernement des socialistes et des centristes qui, bien sur, trouvaient tout cela parfait il y a encore peu. Cette bataille a une assise sociale et politique très large. Mais sa figure emblématique est une jeune femme qui est aussi membre du Parti Communiste et qui l’assume publiquement. Le Parti communiste chilien a fait le choix aux dernières élections présidentielles de soutenir un dissident socialiste, Jorge Arrate qui a rassemblé 6% des suffrages. A la suite de quoi, pour la première fois depuis la fin de la dictature, le PC a eu trois élus à l’assemblée nationale. Du côté du Parti de gauche français, une délégation s’est rendue pendant cette campagne électorale au Chili sous la houlette de l’avocate Raquel Garrido. Elle a participé de près à la fondation d’un nouveau Parti, regroupant d’anciens socialistes et des nouveaux venus au combat gagnés dans la jeune génération. Ce Parti, PAIZ (Partido de la Izquierda, Parti de gauche) s’est aussitôt allié aux communistes et il fut fer de lance de la campagne du socialiste dissident Jorge Arrate. Son jeune dirigeant Armando Uribe Echeverría s’exprime cette semaine dans la rubrique « Les invités de Mediapart » au moment où le président chilien Sebastian Piñera a accepté de rencontrer une délégation étudiante, deux jours après la mort d’un des leurs lors d’une manifestation. Il revient sur la situation politique du Chili, et sur la mobilisation entamée il y a un mois.

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12 septembre 2011

La crise des ânes

Une amie m'a envoyé ce texte. Je n'en connais pas l'auteur, mais je trouve que c'est un excellent résumé de la situation actuelle.

 

images?q=tbn:ANd9GcTC5KCXjHq8ZjECElTKfQPBDRsdJz23LSx7XZZiFghbHMidIfM7Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village.

 

Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.

 

Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent

 

Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.

 

Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.

 

Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.

 

 

Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.

 

Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale... On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

 

Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front. On les appelle les frères Marchés.

 

Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants.

 

Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois. Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place ? Que ferez-vous ?

 

Pour nous retrouver tous sur la place du village

 

Samedi 15 octobre 2011

(Journée internationale des indignés)

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30 août 2011

Ne galvaudons pas l'idée d'unité nationale

Le Monde - Point de vue | | 24.08.11 |

par Jérôme Cahuzac, Président (PS) de la commission des finances de l'Assemblée nationale

 

L’appel à l’unité nationale de François Fillon ne peut être ignoré car il est vrai que la situation de la France est périlleuse. Le chômage est de nouveau un chômage de masse, ce qui augure mal d’une reprise de la consommation des ménages, l’atonie de l’investissement privé ou public est patente et le déficit du commerce extérieur bat chaque année des records. Il sera d’au moins 70 milliards d’euros, en 2011, après avoir été de 51 milliards d’euros, en 2010, ce qui est cruel pour un gouvernement qui avait fait de la compétitivité des entreprises un but prioritaire.

 

Sans consommation ni investissements et avec un commerce extérieur contribuant négativement à la croissance, celle-ci ne redémarrera pas. Nulle au deuxième trimestre, elle ne sera pas celle annoncée, 2 %, en 2011, mais au mieux 1,7 %. Soit un manque de recettes de 3 milliards pour cette année. Et, sans croissance, il est illusoire d’espérer une quelconque réduction durable de nos déficits.


La dette, qui était de 58,8 % du produit intérieur brut (PIB) en 2001, sera de 86 % du PIB à la fin de l’année 2011. A ce niveau de dettes, jamais connu, la place de la France dans le concert des nations est compromise, la croissance économique illusoire car les capitaux privés sont asséchés par la demande publique et notre souveraineté nationale est aliénée aux marchés et aux agences de notation, dont les avis et jugements l’emportent sur les choix démocratiques des citoyens. L’aggravation majeure de nos déficits est due, selon la Cour des comptes, pour un tiers à la crise, pour les deux tiers aux politiques menées.

 

Il y eut, en effet, 25 milliards d’euros de niches fiscales supplémentaires entre 2002 et 2007, auxquels se sont ajoutés, depuis le début de la mandature de Nicolas Sarkozy, le paquet fiscal, 10 milliards, la reforme de la taxe professionnelle, 7 milliards, celle de la TVA dans la restauration, 2,3 milliards, et de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), 1,8 milliard. Aucune de ces réformes ne fut financée par de quelconques économies de fonctionnement, pourtant nécessaires. Toutes l’ont été, et le demeurent, par l’emprunt, du premier au dernier euro. Il faut donc, chaque année, emprunter plus de 45 milliards d’euros pour financer la politique fiscale menée depuis 2002, et le déficit de l’Etat, en 2010, fut de 110 milliards d’euros.

 

François Fillon se garde bien d’évoquer tout cela. Il ne parle que de deux réformes mises en œuvre, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux et la réforme des retraites, et il réclame une "règle d’or" des finances publiques.

 

Les deux réformes seraient, pour lui, autant de garanties que la France est bien sur la voie du redressement financier. Or, la première aboutit à une profonde désorganisation des services publics, notamment de sécurité, comme on l’a vu à Marseille récemment, pour une économie de 300 millions d’euros l’an quand nos déficits s’accumulent par milliards tous les mois. Et la réforme des retraites n’est financée que de façon très incertaine d’ici à 2018 et plus après ! Citer ces deux exemples est donc bien téméraire pour qui voudrait convaincre que nos finances publiques seront à coup sûr maîtrisées.

 

Resterait la règle dite en or pour notre salut. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy souhaitent une telle règle des finances publiques pour les pays de la zone euro et il n’y a plus qu’à convaincre 16 parlements souverains ! Mais, surtout, parler de "règle d’or" européenne suppose de choisir entre la règle allemande, qui impose un solde budgétaire qui ne peut être déficitaire de plus de 0,35 % du PIB, en 2016, et la règle française qui ne serait qu’une modification de la procédure parlementaire à partir de 2013. La règle allemande oblige à anticiper sa prise d’effet et Mme Merkel eut pour cela, elle, le courage de renoncer à des baisses d’impôts pourtant promises.

 

La modification de l’article 34 de notre Constitution n’aurait aucun effet immédiat et permettrait seulement, dans deux ans, une meilleure transparence dans la conduite des finances publiques sans interdire les déficits.

 

Peut-on rappeler que, de surcroît, c’est Nicolas Sarkozy qui a explicitement écarté de la réforme constitutionnelle de 2008 une règle d’équilibre budgétaire à l’allemande, le même qui n’a pas respecté la règle de n’adopter de nouvelles niches fiscales qu’en en supprimant d’autres, toujours lui qui a violé, en 2009 et 2010, la règle obligeant à n’utiliser les excédents fiscaux qu’au seul désendettement, et encore lui qui a abrogé, en 2010, la "règle d’or", efficace celle-là, des finances sociales, votée de façon consensuelle en 2005 ?

 

L’unité nationale ne se décrète pas, fût-ce pour espérer une réélection présidentielle considérée aujourd’hui comme incertaine. Si l’unité nationale est vraiment souhaitée, et elle est probablement souhaitable tant la situation est inquiétante, elle devra se construire sur des politiques alternatives à celles qui viennent d’échouer et certainement pas sur ce gadget bien insuffisant que serait cette nouvelle règle, abusivement qualifiée d’or, des finances publiques.

 

En appeler à l’unité nationale pour adopter cette réforme constitutionnelle mineure sans rien changer des politiques menées, c’est galvauder un noble concept et compromettre une perspective qui pourrait s’avérer nécessaire. Il faudrait, d’urgence, que les autorités du pays cessent de jouer avec notre destin collectif en espérant sauver le leur.

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29 août 2011

L’inflation contre la dette

Denis Clerc
Article Web - 09 août 2011

 

Brisant un véritable tabou, l'ancien chief economist du FMI Kenneth Rogoff propose une inflation modérée comme moyen de réduire les dettes. Une solution qui a fait ses preuves dans le passé, mais qui implique pour les entreprises de moins rémunérer leurs actionnaires…

 

Enfin ! Un des grands économistes contemporains, ancien « chief economist » du Fonds monétaire internatyional (FMI), a osé l'écrire. Evidemment, au seul énoncé de cette fonction passée, beaucoup de lecteurs hausseront les épaules et penseront que rien de bien intéressant ne peut sortir de ce type de plume qui nous a longtemps affirmé que l'unique solution aux problèmes économiques contemporains résidait dans la libéralisation, la privatisation ou la réduction des impôts et de la dépense publique. On sait où cela nous a menés. Certes, depuis quelque temps, le vocabulaire de l'institution s'est enrichi de quelques termes nouveaux – crise, réglementation, bulle ou relance –, mais qui ressemblent davantage à un masque qu'à une repentance.

 

Qu'écrit donc Kenneth Rogoff – car c'est de lui qu'il s'agit – dans Les Echos du 4 août[1] ? Une phrase résume son propos : le problème actuel, écrit-il, est celui de « l'endettement catastrophique qui touche l'économie à l'échelle mondiale et auquel il sera impossible de remédier rapidement sans la mise en place d'un système de transfert de la richesse des créanciers aux débiteurs, en recourant au choix soit du non-paiement, soit de la répression financière, soit de l'inflation. » En clair, la dette globale – celle des Etats, mais aussi celle des ménages et celle des entreprises – est trop lourde pour penser qu'elle sera remboursée : les débiteurs seront étranglés avant d'y parvenir, et tout le monde, créanciers compris, supportera douloureusement les conséquences de cet étranglement. Que faire alors ? On peut passer l'éponge (faillite, défaut de paiement ou annulation de tout ou partie de la dette). On peut aussi imposer une baisse, voire une suppression des intérêts sur la dette pour la rendre supportable (c'est la « répression financière »). On peut enfin recourir à l'inflation : les prix augmentent, les salaires et les autres revenus également, ce qui permet de réduire le poids relatif de la dette.

 

 

 

 

Dans les deux premières solutions, ce sont les créanciers qui payent la note. Dans la troisième – l'inflation –, le coût de la vie augmente tandis que tous les revenus n'augmentent pas forcément à la même vitesse : il y a donc des gagnants (ceux qui parviennent à augmenter leurs prix ou leurs revenus plus vite que les prix d'ensemble) et des perdants. Mais, à coup sûr, parmi ces derniers, il y a tous les créanciers qui avaient prêté à taux fixe : lorsque les prix augmentent de 10 % et que le taux d'intérêt sur les prêts accordés est de 3 %, le prêteur perd chaque année 7 % sur ce qu'il a prêté. Ou, ce qui revient au même, l'emprunteur voit sa dette s'alléger de 7 % chaque année en termes de pouvoir d'achat.

 

 

Les leçons de l'histoire
 

Injuste ? C'est ce qu'ont toujours déclaré les partisans des politiques anti-inflationnistes. On se souvient par exemple de Pierre Bérégovoy, qui, dans les années 1980, d'abord comme ministre des Finances, puis comme Premier ministre, présentait la « désinflation » comme un gain de pouvoir d'achat. Pourtant, c'est durant cette période que la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée des entreprises a diminué de 7 points. Tandis que c'est grâce à l'inflation que des millions de ménages ont acquis leur logement dans les années 1960 et 1970 : le remboursement et le coût de leurs emprunts immobiliers était allégé chaque année au rythme de l'inflation.

 

 

En remontant quelque peu le temps, il n'est pas inutile d'évoquer le débat monétaire des années 1920. Durant la guerre de 1914-1918, les prix avaient en gros quadruplé tant en Grande-Bretagne qu'en France : dans les deux cas, l'Etat avait assez largement financé l'effort de guerre en faisant marcher la « planche à billets » (la création monétaire par le biais d'avances non remboursables de la Banque centrale) plutôt que par l'impôt. Avant la guerre, le franc comme la livre sterling étaient convertibles en or sur simple demande de leurs détenteurs. Cette convertibilité avait été suspendue pendant la guerre. Celle-ci terminée, les deux pays souhaitaient la rétablir. Mais sur quelle base ? En prenant acte que les prix, entretemps, avaient été multipliés par quatre ? Dans ce cas, il fallait diviser par quatre la quantité d'or contre laquelle un franc ou une livre pouvait être converti. Cette solution revenait à prendre acte de l'inflation : ceux qui la préconisaient étaient qualifiés de « dévaluateurs ». La deuxième solution consistait à faire d'abord baisser les prix intérieurs, pour revenir aux prix d'avant-guerre, de sorte que, cet objectif atteint, le retour à l'ancienne convertibilité puisse se faire. C'était la solution de la déflation. Le gouvernement britannique choisit cette solution, préconisée par Winston Churchill qui était alors « Chancelier de l'Echiquier » (ministre des Finances). Le gouvernement français, sous la houlette de Poincaré, choisit la première solution, en dévaluant fortement le franc.

 

 

 

 

Les faits tranchèrent : dès 1924, la Grande-Bretagne voyait son chômage dépasser le seuil des deux millions, et les marches de chômeurs se multiplier, alors que rien de tel n'était constaté en France. Pourquoi ? Les débats entre les grands actionnaires de la Banque de France (qui était alors privée) sont éclairants sur ce point. Rothschild, le banquier, s'opposait vigoureusement à Wendel, l'industriel. Le premier défendait les créanciers, car le métier des banques est de faire crédit : pas question d'être remboursé en monnaie de singe, d'où le choix de la déflation. Le second, au contraire, défendait les emprunteurs, car les profits des industriels ne suffisent en général pas à autofinancer leur croissance. La dévaluation – qui officialisait et pérennisait la perte de pouvoir d'achat du franc – facilitait le remboursement des dettes, puisqu'un franc emprunté en 1914 pouvait être remboursé avec un franc ayant perdu trois quarts de sa valeur. Le choix français avantageait les investisseurs au détriment des banquiers, le choix britannique aboutissait à l'inverse. Avec cinq ans d'avance sur le reste du monde industriel, la Grande-Bretagne entra dans la Grande Crise. L'inflation, en rendant moins risqués les paris sur l'avenir qu'implique un financement d'investissements à crédit, favorise ces derniers, donc l'emploi… à condition qu'elle ne dégénère pas en hyper-inflation.

 

 

L'inflation comme outil de domestication de la finance
 

 

 

 

Cela se passait il y a près d'un siècle. Est-ce encore valable aujourd'hui ? Le fait de déprécier les créances existantes permet toujours d'alléger le fardeau de la dette : si je dois rembourser chaque année 10 000 euros, avec une inflation de 5 % par an durant dix ans, la ponction de pouvoir d'achat que je devrai subir sera allégée de 5 % la première année … et de 40 % la dixième année. Mais il s'accompagne d'une conséquence qu'il ne faut pas sous-estimer. Les banques et les organismes financiers, anticipant ces évolutions, peuvent se prémunir contre elles en indexant leurs taux d'intérêt sur l'inflation, ou en les augmentant si elles ne peuvent pratiquer de taux variables. Il y a donc un risque de renchérissement compensateur du coût du crédit : ce que les organismes de crédit perdent du fait de la réduction de valeur du capital prêté, ils s'efforceront sans doute de le remplacer par un taux d'intérêt plus élevé. Ce qui devrait inciter les entreprises à moins emprunter, donc à davantage pratiquer l'autofinancement. Donc à distribuer une moindre part de leurs bénéfices à leurs actionnaires, alors qu'actuellement elles distribuent plus que leur résultat net après impôt, l'intégralité de leurs investissements nets (ceux qui excèdent le montant des amortissements de l'année) étant financée à crédit, un crédit devenu très bon marché. En réduisant sensiblement ce déversement des gains des entreprises dans les poches des actionnaires et des fonds qui gèrent leur argent, une des sources de l'expansion démesurée de la financiarisation de nos économies serait ainsi découragée.

 

 

Kenneth Rogoff, keynésien modéré et plutôt libéral, conclut son article ainsi : « Le seul moyen pratique d'écourter la douloureuse période de désendettement et de croissance ralentie à venir consisterait en un recours modéré à l'inflation, disons de 4 à 6 %, pendant plusieurs années. » Même s'il n'y voit pas le moyen d'affaiblir une finance devenue hypertrophiée et dangereuse, mais seulement une façon de réduire l'effort démesuré imposé actuellement par le désendettement des Etats, il faut lui savoir gré de mettre ainsi fin à un tabou imposé depuis trente ans par les monétaristes. L'ancien tabou n'est pas (encore ?) devenu souhaitable, il est seulement réintégré dans le domaine des possibles. C'est un pas décisif que les moins dogmatiques des économistes viennent ainsi de franchir : l'inflation n'est plus un monstre à vaincre, mais un moyen envisageable pour affronter – et domestiquer – la toute puissance des marchés.

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28 août 2011

« La règle d’or des finances publiques »

Le gouvernement annonce une « règle d’or ». De quoi s’agit-il ?


Dans le sillage des travaux de la commission présidée par Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI, le gouvernement a déposé en mars dernier un projet de loi constitutionnelle visant « l’équilibre des finances publiques ».

Le projet a été adopté par le Sénat le 11 juillet en deuxième lecture et par l’Assemblée nationale le 13 juillet en troisième lecture. Le président de la République devrait donc à présent convoquer le Congrès (réunissant simultanément les deux assemblées). Le projet sera adopté s’il obtient 60 % des voix au Congrès.

Le projet de loi prévoit la mise en place des « lois-cadres d’équilibre des finances publiques » qui déterminent, pour un minimum de trois ans, « les orientations pluriannuelles, les normes d’évolution et les règles de gestion des finances publiques » (article 1er du projet de loi, qui complète l’article 34 de la Constitution).

L’objectif affiché est d’équilibrer les comptes publics (budget de l’État, comptes de la Sécurité sociale), en fixant pour chaque année de la programmation un plafond de dépenses et un « minimum d’effort en recettes ».

 

Y a-t-il une définition scientifique de « règle d’or » ?

Il n’y a pas de définition scientifique de « règle d’or » en matière des finances publiques.

Avant d’aller plus loin, rappelons que les dépenses publiques sont regroupées en deux catégories : dépenses courantes (appelées aussi dépenses de fonctionnement) et dépenses d’investissement. La distinction entre les deux est arbitraire et prête à débat. Par exemple, le traitement (salaire) des enseignants est considéré comme une dépense courante, de fonctionnement. Mais si l’on considère l’éducation comme un investissement sur le long terme (ce qui est vrai et de plus en plus admis de nos jours), dès lors on peut présenter ces dépenses comme celles d’investissement.

Historiquement, l’usage du concept de « règle d’or des finances publiques » remonte aux débuts du 20e siècle. En 1907, les Pays-Bas ont adopté une gulden financieringsregel (règle d’or des finances publiques) qui établissait une distinction entre le budget « courant » qui devait être en équilibre et le « budget d’investissement » dont les dépenses, si elles étaient jugées rentables, pouvaient être financées par emprunt. Cette règle a été assouplie dans les années 1920 et 1930, puis abandonnée après la Seconde Guerre mondiale [1] .

Un peu plus près de nos jours, le gouvernement britannique a défini une « règle d’or des finances publiques » selon laquelle, sur un « cycle économique » (autrement dit sur une période qui couvre plusieurs années), pour financer l’investissement public, l’État peut emprunter. En revanche, le solde des dépenses courantes doit être au moins équilibré sur le cycle. Cette « règle d’or » est accompagnée de la « règle d’investissement soutenable » selon laquelle la dette publique doit rester à un « niveau soutenable », de l’ordre de 40 % du PIB d’après le gouvernement britannique.

On voit bien le caractère arbitraire, conventionnel de la définition d’une « règle d’or ».

 

N’est-ce pas de bon sens que de viser un budget équilibré, voire excédentaire ?

Un « assainissement budgétaire » (c’est la formule employée par les experts, surtout pour éviter de dire explicitement qu’il faut réduire les dépenses afin d’arriver à un budget équilibré), un budget équilibré voire excédentaire ne peut constituer, en soi, l’objectif des finances publiques. Tout dépend des choix sous-jacents et de la vision de long terme.

À l’évidence, il est de bon sens de considérer que le budget de l’État doit être équilibré, comme il est de bon sens que de dire que le budget d’un ménage doit être équilibré, qu’on ne doit pas vivre au-dessus de ses moyens.

Toutefois il faut poser la question non en instantané, mais en perspective.

Demander un crédit signifie qu’à un instant donné, on prend une décision qui dépasse nos moyens existants. Si un individu emprunte de l’argent pour passer la nuit au casino, on peut légitiment s’interroger sur le bien-fondé de cette décision. Mais le jugement sera différent si cet individu envisage d’acheter un logement. On dit alors qu’il s’agit là d’un investissement qui nécessite parfois des sacrifices immédiats. Mais à terme, ça deviendra rentable car cela permettra d’économiser le loyer voire améliorer le confort de la famille. Mais cette décision nécessite une discipline : on doit faire attention à ses dépenses, on ne doit pas gaspiller l’argent, etc.

Sur le fond, la même problématique s’applique au budget de l’État. Sauf qu’ici, les choses sont plus complexes : le choix devient collectif, et nécessite débats démocratiques. Il faut décider collectivement ce qui est utile et ce qui ne l’est pas, ce qu’on entend par investissement, etc. Il faut aussi définir comment on finance les investissements : par emprunt, par impôts, etc. Tout cela n’est pas neutre.

Par exemple, au mépris de l’opinion publique le gouvernement Sarkozy-Fillon a fait le choix de réduire les moyens de l’Éducation nationale, ce qui va à l’encontre de l’exigence du développement des capacités humaines, de l’amélioration de la qualification de la main d’oeuvre. En revanche, il a décidé de réduire l’impôt sur les riches. Ces choix sont inadmissibles du point de vue économique et social.

Rappelons que l’idée de finances publiques équilibrées débouche souvent sur l’objectif d’un budget excédentaire.

Précisons qu’un budget équilibré ou excédentaire n’est pas nécessairement signe d’une économie solide. Ainsi, par exemple, le budget de l’État espagnol était excédentaire avant la crise, mais cet excédent n’était pas assis sur une économie équilibrée.

La crise espagnole met en évidence la fragilité d’un « assainissement budgétaire » fondé sur une approche purement comptable.

 

Pourquoi ça arrive maintenant ?

L’obsession d’un budget équilibré n’est pas nouvelle. Cela fait partie intégrante des recommandations libérales dont s’inspire le gouvernement Sarkozy-Fillon, comme bien d’autres gouvernements européens.

Michel Camdessus avait déjà produit un autre rapport qui préconisait la même chose ; rapport que M. Sarkozy, à l’époque ministre des Finances, considérait comme son « livre de chevet ».

Aujourd’hui les gouvernements, parmi lesquels le gouvernement français, veulent profiter de la panique généralisée que provoque la crise financière pour imposer des reculs sociaux, pour faire accepter au peuple des plans d’austérité. Le gouvernement allemand a donné le la en la matière en inscrivant l’obligation du budget équilibré dans la Constitution.

De plus, le gouvernement Sakozy-Fillon met en avant la « règle d’or » pour éviter le nécessaire débat démocratique sur ses choix politiques qui ont contribué à la dégradation des comptes publics. Il se montre donc totalement insensible vis-à-vis des critiques qui lui sont adressées tout en prenant une posture de responsabilité.

Précisons les choses.

Le budget de l’État est déficitaire en France depuis trente ans. Ce déficit permanent a donné lieu à l’accumulation d’une dette qui ne cesse de gonfler. Depuis déjà plusieurs années, les charges d’intérêt de cette dette représentent plus de 10 % des dépenses publiques et sont devenues le premier poste des dépenses de l’État. Ces charges d’intérêt profitent avant tout aux financiers, car la dette de l’État est détenue par les capitaux financiers, parmi lesquels les « non résidents », c’est-à-dire des étrangers et des sociétés dont le siège social se trouve en dehors de la France.

Il est donc légitime de dire qu’il faut réduire la dette, ce qui suppose aussi de réduire le déficit budgétaire. Toute la question est de savoir comment et dans quelle perspective. Et c’est là que se pose la question des choix de société et des orientations politiques qui en découlent.

Le déficit du budget de l’État qui était de l’ordre de 50 mds € en 2007 est passé à 112 mds en 2010 (de 2 % du PIB à 6 %), après avoir atteint 121 mds en 2009.

Pendant cette période, la dette de l’État est passée de 933 mds € à 1 245 mds (de 49 % du PIB à 64 %). Quant à la dette de l’ensemble des administrations publiques (État, collectivités territoriales, Sécurité sociale), elle est passée de 64 % du PIB en 2007 à 82 % en 2010.

La récession économique de 2009 n’explique qu’une partie de la hausse du déficit budgétaire et de la dette publique, car le déficit se creusait avant même la crise précisément à cause des choix du gouvernement Sarkozy-Fillon et particulièrement du fait de la baisse des impôts sur les plus hauts revenus.

Un rapport officiel commandé par le président de la République lui-même reconnaît cette réalité : « Depuis 1999, l’ensemble des mesures nouvelles prises en matière de prélèvements obligatoires ont ainsi réduit les recettes publiques de près de trois points de PIB (…) A titre d’illustration, en l’absence de baisse de prélèvements, la dette publique serait d’environ vingt points de PIB plus faible aujourd’hui qu’elle ne l’est en réalité, générant ainsi une économie annuelle de 0,5 point de PIB. »


Est-ce que cette « règle d’or » est un passage obligé pour sortir de la crise ?

Pas nécessairement. Pour sortir de la crise, il faut surtout créer des emplois et augmenter les salaires, les pensions et les minimas sociaux.

Le déficit budgétaire résulte de l’insuffisance des recettes par rapport aux dépenses. Les recettes dépendent des revenus, donc du dynamisme de l’activité économique, particulièrement de l’emploi et des salaires.

Si l’emploi et les salaires augmentent, l’activité économique sera plus forte et le revenu national augmentera. A leur tour, les recettes de l’État, constituées principalement des impôts, vont augmenter. Elles vont augmenter d’autant plus vite que l’impôt sur le revenu est progressif (le montant de l’impôt augmente plus que proportionnellement par rapport à la hausse du revenu). La hausse des recettes permettra de réduire le déficit budgétaire.

On peut aussi réagir du côté des dépenses pour mettre fin aux gâchis des fonds publics. Par exemple, la prise en charge des exonérations de cotisations sociales patronales coûte chaque année plus de 30 mds € au budget de l’État, et ceci sans résultats probants en matière d’emploi. On peut donc utiliser plus efficacement cet argent-là.

De manière plus générale, les « niches fiscales et sociales », c’est-à-dire l’ensemble d’aides, d’exonérations et de réductions d’impôts et de cotisations sociales coûtent chaque année environ 160 mds € à la collectivité (État, collectivité territoriales). Ici aussi, on peut faire des économies considérables, ce qui va permettre de réduire le déficit budgétaire.

En un mot, au lieu d’avoir une approche purement comptable, il faut revoir l’ensemble des choix qui président aux finances publiques.

Conformément à cette approche comptable, libérale, le gouvernement a mis en place la Révision générale des politiques publiques (RGPP) dont l’objectif principal consiste à réduire les dépenses (suppression de postes, gel des salaires et traitements…). La dégradation de la qualité des services qui résulte d’une telle politique va à l’encontre de l’intérêt général et s’oppose à l’exigence d’amélioration du potentiel productif du pays.

On le voit bien, la RGPP n’a pas permis d’améliorer les comptes publics.

 

 

La France participe au « plan de sauvetage de la Grèce ». N’y a-t-il pas là une nouvelle contrainte ?

Il faut voir du point de vue de qui : celui du travail ou celui du capital ?

Comme le dit un financier américain, il y a une lutte des classes dans le monde, et pour l’instant c’est les financiers qui semblent l’emporter.

Effectivement, les « plans de sauvetage », qu’il s’agisse des plans de sauvetage des années 2008-2009 en faveur des banques ou des « plan de sauvetage » de la Grèce, de l’Irlande,… visent à défendre avant tout les intérêts des capitaux en général et particulièrement ceux des capitaux financiers. La contrepartie de ces plans est la mise en place, par les gouvernements, des programmes d’austérité.

Comme le montrent les exemples grecs et espagnols, les peuples s’insurgent et s’opposent à de tels programmes.

Ces différents plans de sauvetage ne permettent pas de résoudre les problèmes de fond auxquels nos économies sont confrontées, à savoir :

• mauvaises conditions (du point de vue du travail et de l’environnement) de création des richesses et leur insuffisance eu égard aux besoins sociaux et économiques ;

• partage défavorable des richesses produites au détriment du monde du travail ;

• poids écrasant des prélèvements financiers (intérêts et dividendes versés aux détenteurs de capitaux) ;

• place de plus en plus importante des marchés financiers et particulièrement des fonds spéculatifs dans l’économie.

En revanche, ces « plans de sauvetage » provoquent de nouvelles occasions pour les spéculateurs, de nouvelles « bulles spéculatives » : sur les matières premières, sur la dette publique, sur l’euro.

La prise en compte de ces réalités ne doit pas nous conduire à conclure qu’il vaut mieux laisser les pays en difficulté à se débrouiller tout seul.

En effet, l’un des problèmes majeurs de la construction européenne est bien l’absence de véritables solidarités entre les pays membres, car cette construction est fondée sur une logique de mise en concurrence. Les « plans de sauvetage » s’inscrivent aussi dans cette même logique.

Une véritable solidarité européenne est donc indispensable. Il s’agit d’aider les pays en difficulté non dans une optique de sauvetage des marchés et des capitaux financiers, mais pour soutenir l’emploi, les salaires, les services publics et l’activité économique.

Loin d’être une contrainte, une telle solidarité sera source de nouvelles opportunités pour l’ensemble des peuples européens.

 

 

La France ne risque-t-elle pas de perdre sa souveraineté nationale ?

Face à la multiplication d’échecs, des propositions se multiplient autour de l’idée suivante : puisque les pays de la zone euro ont la même monnaie, ils doivent aussi avoir un seul budget, un seul gouvernement économique, etc.

Ce raisonnement fait un silence total sur la logique actuelle de la construction européenne, comme si les problèmes auxquels nous sommes confrontés étaient de l’ordre purement et simplement juridique !

Le transfert des compétences à un autre niveau (supérieur ou inférieur), sans remettre en cause la logique du système ne règle pas les problèmes de fond ; il pourrait même les accentuer.

On le voit par exemple dans le cas de la décentralisation en France. Le transfert des compétences de l’administration centrale vers les régions et les départements, sans remettre en cause les choix fondamentaux qui étaient à l’oeuvre, a créé de nouvelles contraintes, aboutissant notamment à un alourdissement de la fiscalité sur les ménages et parfois même à une détérioration de la qualité des services rendus à la population.

La Banque centrale européenne (BCE) en fournit un autre exemple. Selon ses statuts, elle est indépendante des États, mais dans les faits ses décisions sont prises en fonction des attentes des marchés financiers. Il faut néanmoins souligner que le comité de direction de la BCE est composé des gouverneurs des banques centrales des États membres, parmi lesquels la Banque de France. La Banque de France, et à travers elle l’État français, ont donc leur part de responsabilité dans les décisions de la BCE.

Par ailleurs, la logique actuelle de la construction européenne conduit à une sorte d’harmonisation des politiques des États membres sur la base des orientations libérales : allègement des prélèvements sur le capital, déréglementation des marchés surtout celui du travail, promotion de l’initiative privée, etc.

En apparence, on garde la souveraineté, mais dans les faits, les choix sont subordonnés. Les peuples ne veulent pas d’une telle souveraineté.

Ceci précisé, solidarité et coopération ne sont pas incompatibles avec la souveraineté des peuples. Au contraire, une véritable souveraineté implique de véritables solidarités et de coopérations pour libérer les choix, nationaux et européens, de la main mise des marchés et particulièrement des capitaux financiers.

Prenons l’exemple de la crise de l’euro. Parmi les facteurs qui y contribuent, il faut citer les statuts de la BCE qui lui interdisent d’acheter directement des obligations émises par les États membres. La BCE accorde donc des crédits à de faibles taux d’intérêt aux banques et celles-ci prêtent cet argent aux États en difficulté à des taux d’intérêt plus élevés. La différence va gonfler les bénéfices des banques, ce qui fait plaisir à leurs actionnaires.

Face à cette situation, certains proposent l’émission des obligations européennes. Cette solution est susceptible d’alléger la pression des marchés financiers sur les pays en difficulté : ils pourraient emprunter de l’argent à des conditions plus favorables, à des taux d’intérêt plus bas. Mais cette proposition ne dit rien sur l’usage des fonds.

Il ne suffit pas que les États puissent s’endetter dans de bonnes conditions. Toujours est-il qu’il faut que cet endettement serve à quelque chose d’utile pour les peuples. Autrement dit, il faut que l’emprunt soit mis au service de l’emploi, de la formation et qualification des travailleurs, de la recherche, du développement des capacités productives… (cf. question n° 3 ci-dessus).

 

 

Que propose la CGT face à cette situation ?

L’ensemble des organisations syndicales, en France tout comme dans les autres pays européens, dénonce et s’oppose aux programmes d’austérité qui sont sous-jacents aux « plans de sauvetage ».

La forte opposition des peuples à ces programmes crée des conditions favorables dont il faut profiter pour améliorer les rapports de force au profit du monde du travail.

Sur le fond, il s’agit de revaloriser le travail en articulant des mesures immédiates, urgentes, et celles qui nécessitent plus de temps.

Il n’y a pas de « catalogue » en la matière. Mais sur la base des revendications qui émergent dans les luttes, et qui inspirent les repères revendicatifs de la CGT, on peut citer notamment les mesures suivantes.

Dans l’immédiat, cinq mesures paraissent indispensables :

1. créer des emplois et augmenter les salaires, car le partage défavorable des richesses au détriment des salariés a été le facteur fondamental qui a déclenché la crise qui sévit dans le monde depuis 2007. De plus, la hausse des salaires est indispensable pour dynamiser l’économie ;

2. mettre fin à l’austérité, car les programmes d’austérité pèse sur le pouvoir d’achat et l’emploi, affaiblissant davantage l’activité économique avec des effets négatifs, entre autres, sur les finances publiques. Ainsi, à cause des plans d’austérité, la croissance économique s’affaiblie.

Il faut accroître les dépenses publiques favorables au développement des capacités humaines et des capacités productives (éducation, santé, recherche-développement, infrastructures…). C’est indispensable pour dynamiser l’économie et accroître les ressources financières nécessaires pour réduire le déficit budgétaire et la dette publique ;

3. conditionner toute aide publique au respect des critères tels que l’emploi, les salaires…

4. augmenter l’impôt sur les hauts revenus, ceux du patrimoine et du capital

5. créer un pôle financier public et établir un mécanisme de crédits à taux réduits pour favoriser l’investissement productif : l’emploi, la formation, la recherche, les équipements… (taxer les banques n’est pas à la hauteur des enjeux : les banques doivent prioritairement accorder des crédits en faveur de l’emploi et de l’investissement productif).

Ces mesures devraient être accompagnées de bien d’autres, particulièrement dans un cadre européen. Parmi celles-ci on peut surtout citer les suivantes :

• établir un salaire minimum dans les pays européens ; mais également instaurer un droit social européen de haut niveau ; • harmoniser la fiscalité du capital et notamment la base (assiette) de l’impôt sur les sociétés.

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26 août 2011

La dette est un prétexte

par Jean-Luc Mélenchon (blog)

vendredi 19 août 2011

Je suis intervenu jeudi matin sur RMC puis le soir sur ITV sur ce qu’il est convenu d’appeler « la crise de la dette ». Dans les deux cas je me suis dit : « Ce débat marche sur la tête. » Le point de départ est faussé. On nous harcèle en effet sur une dette supposée insoutenable pour justifier une gigantesque purge d’austérité. En fait c’est elle qui est dangereuse et conduit tout droit dans le mur. Il faut renverser ce débat. J’ai expliqué : ce n’est pas la dette qui est insoutenable mais la nouvelle saignée que le pays s’apprête à subir. Je reprends ici le détail de mes arguments par écrit. Puis j’évoque le retournement des socialistes que représente leur ralliement à l’objectif de 3% de déficit dès 2013. Ils ne veulent pas voter la règle d’or, mais ils veulent l’appliquer ! Et je propose, comme une allégorie de conclusion, une petite carte postale de mes vacances. Un passage en Arles.

 

Je suis affligé par le consensus qui s’installe entre le PS et l’UMP sur les mauvaises solutions d’austérité. Les deux sont désormais d’accord sur l’objectif fixé par Nicolas Sarkozy de revenir à 3 % de déficit dés 2013. Une échéance prévue pour s’aligner sur la règle dogmatique des traités européens depuis Maastricht. Une règle dont personne n’a jamais pu démontrer la pertinence économique. Pourquoi 3 % ? Pourquoi pas 4 % ? Ou même 5 %, comme l’envisageait au départ l’Allemagne dans la négociation du traité de Maastricht ? Saviez vous que telle avait été la discussion à l’époque ? On en trouve la trace, je crois, dans le « Verbatim » de Jacques Attali. Le raisonnement était un peu mécanique. Il s’agissait d’indexer le niveau du déficit autorisé sur le taux de croissance prévisible. Car on croyait alors à un résultat bénéfique du traité en matière de croissance. Les Français étaient pessimistes, les Allemands optimistes. Voila d’où vient la règle que l’on cherche à ériger en loi de la nature ! Rien d’autre qu’un calcul, purement politique. Et un calcul qui, de surcroit, s’est avéré erroné. Il n’y a plus jamais eu ni 3 ni 5 % de croissance dans nos pays. Concrètement, l’application de cette règle datée est aujourd’hui absurde. Elle oblige à une purge sans précédent pour le pays.

 

Les socialistes ont-ils au moins mesuré l’ampleur des coupes que représente, en à peine deux ans, leur nouvelle doctrine budgétaire ? Passer des 5,7 % de déficit prévus en 2011 à 3 % en 2013 supposerait d’amputer le budget de plus de 50 milliards d’euros en deux ans. C’est quasiment l’équivalent du budget annuel de l’enseignement scolaire qu’il faudrait couper. Et encore, je pars ici de l’hypothèse qu’en 2011 le déficit ne sera pas plus élevé que prévu par l’équipe Sarkozy. Pourtant c’est de moins en moins probable puisque la croissance est à zéro et que donc les recettes fiscales vont stagner.

 

Mais il y a pire encore que cet objectif absurde de retour à 3 % de déficit en deux ans. Ce sont les semelles de plomb que Sarkozy veut faire chausser au pays avec sa "règle d’or" budgétaire. Cette règle contraindrait le pays à revenir à l’équilibre budgétaire. Les budgets annuels qui ne respecteraient pas cette trajectoire de retour à l’équilibre, c’est-à-dire zéro déficit, seraient automatiquement amputés pour s’y conformer. Pour revenir à l’équilibre à partir de la situation actuelle la purge nécessaire serait de 110 milliards d’euros, soit 40 % des dépenses de l’Etat ! Un pur délire !

 

Cette contraction des dépenses publiques garantit le désastre du fait de la réduction de la demande. C’est la panne assurée : la croissance française s’est déjà arrêtée au deuxième trimestre en raison du blocage de la consommation et de la chute des exportations. L’austérité aggravera la récession et augmentera au final la dette. C’est le paradoxe du moment : l’austérité réclamée à tort et à cris par les marchés est la plus mauvaise solution contre la dette. Et d’ailleurs les « marchés » sanctionnent les pays qui appliquent les mesures d’austérité pourtant prévues pour les rassurer. C’est très exactement ce qui est arrivé au Portugal ! Voyez aussi ce qui s’est passé en Grèce où la dette est passée de 125 à 160% du PIB au fil des sept plans d’austérité successifs ! En effet, l’austérité entraîne le recul de l’activité et la hausse du chômage et de la pauvreté. Les finances publiques en sont rapidement affectées par des moindres recettes et une hausse des dépenses sociales. Résultat, dans la quasi totalité des cas, l’austérité creuse les déficits. L’austérité c’est donc la ruine assurée.

 

Pour justifier l’austérité, on nous répète que la dette française est insoutenable. C’est faux ! Tout part d’un chiffre lui aussi présenté comme une vérité révélée, une loi de la nature. Il s’agit d’un ratio entre le montant de la dette et celui de la richesse produite telle qu’elle est mesurée par le très discutable « PIB ». Il faut tordre le coup à cet indicateur qui sert à affoler les esprits et à aveugler le débat public. Ce ratio est nettement supérieur dans plusieurs pays à celui de la France et pas de peu. Ainsi le Japon a-t-il une dette publique égale à 200% de sa production annuelle. Personne ne lui cherche noise. Il est à un niveau plafond pour les Etats-Unis et pour l’Islande (plus de 100% du PIB). Les Etats unis n’en font qu’à leur tête et les Islandais ont décidé de ne pas payer ! En fait tout dépend en réalité de qui détient la dette et du rapport de force du pays endetté avec ceux qui lui prêtent. Au Japon ce sont les Japonais qui prêtent à leur Etat. Ils ne lui font donc pas de chantage. Aux Etat unis, l’oncle Sam, ses six cent mille hommes de troupe et ses 50 % de dépenses militaires mondiales ont créé une garantie politique liée à leur puissance ! En Islande c’est la révolution citoyenne ! La dette et ses taux sont un rapport de force, un fait social et politique. Et seulement, après cela, un problème comptable.

 

Enfin cet indicateur, celui qui établit le ratio entre la dette publique totale et le PIB annuel est radicalement discutable. Pas cohérent. Il compare un stock de dettes qui courent sur plusieurs années avec un flux annuel de richesses produites (le PIB). C’est comme si on mesurait votre solvabilité personnelle en rapportant le total de vos dettes (voiture, appartement etc.) à vos revenus d’une seule année. Absurde. Le banquier vous prête en fonction de la charge de vos traites, chaque mois, rapportée à votre revenu mensuel. Avec l’Etat c’est l’inverse. On lui demande de comparer sa dette totale au revenu du pays par an ! Ainsi hurle-t-on de peur : le stock de dette publique de la France représente 1640 milliards d’euros ! Soit environ 85% du PIB d’une année. Et alors ? Un peu de sang froid, je vous prie. Mettons les chiffres à leur place ! Pour être honnête et comparer ce qui est comparable, il faudrait plutôt rapporter le stock de dette au PIB, en tenant compte de la durée de vie de la dette. Selon la statistique du Trésor Public, les titres de la dette française sont en moyenne de 7 années et 31 jours. Donc on doit rapporter les 1640 milliards de dette totale aux 14 000 milliards d’euros environ que produira le pays en sept ans ! Dans ces conditions, le stock de dette représente 12% du PIB cumulé pendant 7 ans ! C’est donc tout autre chose, non ? Ce stock de dette n’est donc pas un réel problème.

 

En fait ce qui compte, concrètement, chaque année c’est le service de la dette. C’est-à-dire ce que l’on paye aux banques pour rembourser le capital et les intérêts qu’on a été obligés de leur emprunter. C’est-à-dire aujourd’hui 50 milliards par an. La France n’est nullement exposée à ne plus pouvoir l’honorer puisque l’Etat engrange chaque année autour de 250 milliards de recettes fiscales, dont 50 milliards d’impôt sur le revenu et 130 milliards de TVA. De plus le problème est effacé si on augmente les recettes à proportion du besoin. Nous l’avons dit cent fois : en taxant les revenus de capital comme ceux du travail, selon l’évaluation d’Artus de Natixis c’est 100 milliards de plus dans les caisses de l’Etat. Cela représente deux fois le montant actuel de la traite annuelle à payer pour le service de la dette dans le budget de l’Etat ! La dette est donc soutenable ! Notre thèse est que c’est la purge qui se prépare qui n’est pas soutenable !

 

Pour s’affranchir de cette dette, il existe des solutions simples et efficaces. Je les ai déjà exposées sur ce blog. Je veux les récapituler. On doit revenir sur l’appauvrissement de l’Etat. Remplir les caisses à proportion des dépenses. Notamment en taxant les banques et les riches à qui on rembourse la dette. Les baisses d’impôts cumulées depuis 2002 représentent aujourd’hui un manque à gagner annuel de 60 milliards ! Rien qu’avec cette somme le service de la dette n’est plus un problème. Je ne dis rien là de la fraude fiscale qui s’élève tout de même à 40 milliards. Evidemment il y a aussi cette taxation des revenus du capital à égalité avec ceux du travail que je viens d’évoquer ! Tenez compte que le travail est taxé, en moyenne à 40%. Les revenus du capital le sont à seulement 18%. On peut aussi faire un emprunt forcé sur les banques à un taux raisonnable en les contraignant à souscrire de la dette publique à un taux fixé par le parlement. On peut enfin remettre en cause une partie de la dette comme l’ont fait l’Argentine et la Russie par le passé, pour leur plus grand bien. Enfin, je répète que pour faire cesser immédiatement la dépendance des Etats vis-à-vis des marchés financiers, il suffirait que la Banque Centrale Européenne achète directement des titres de dette publique aux Etats au taux auquel elle prête aux banques, c’est-à-dire à 1%. Certes, cette proposition est contraire au Traité de Lisbonne qui interdit à la BCE de prêter aux Etats (article 123 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne). Mais quelle importance ? Le Traité a été violé mille fois déjà pour faire face à la crise bancaire ! Et d’ailleurs la BCE elle-même viole le traité de la pire manière car elle rachète les titres de la dette aux banques trop contentes de s’en défaire et de réaliser ainsi leurs avoirs, pillage compris.

 

Dans ce contexte le ralliement surprise du PS au 3% de déficit est consternant. Il apporte de l’eau au moulin du catastrophisme dominant qui sert surtout à alimenter le consentement à la politique d’austérité dont Nicolas Sarkozy a besoin. Peu d’observateurs ont souligné l’ampleur du volte face socialiste. Et ce qu’il reste de la gauche du Parti Socialiste est restée muette. Ce brutal retournement de position est un dramatique signal de « papandréouisation » anticipée. Au premier choc, les socialistes français se muent en père et mère la rigueur, de peur de passer pour des dépensiers irresponsables aux yeux de la bonne société. Tout de même quelle brutale évolution ! Car voici ce que dit le projet du PS, adopté à l’unanimité a-t-on souligné maintes fois pour valoriser la cohésion intellectuelle de ce parti et l’autorité de ce texte. Il prévoit un retour à un déficit de 3% du PIB « durant le mandat 2012-2017 ». Sans crier gare François Hollande, en avril, dans l’Express du 5 avril 2011, annonce un nouveau délai, raccourci : 2014. « Chacun sait, déclare-t-il, que nos déficits seront supérieurs à 3 % en 2013. Donc mieux vaut dire aux Allemands que nous n’y serons qu’un an plus tard ». Le 16 juillet, le journal « Le monde » le questionne de nouveau sur le sujet en prenant d’ailleurs la nouvelle date donnée par Hollande comme vérité de tous les socialistes. Aussitôt Hollande en rajoute une couche. Lisez. « Question du Monde : Dans le projet socialiste, il est question de ramener les déficits à 3 % du PIB en 2014. N’est- ce pas trop tard ? Réponse : Il faut rééquilibrer nos comptes publics dès 2013. Le Monde : Dès 2013 ? Hollande : Oui. […]Le candidat qui annonce qu’il n’y aura pas d’effort supplémentaire après 2012 sera un président qui se parjurera. » Aussitôt Martine Aubry embraye pour ne pas se laisser distancer. Elle commence d’ailleurs par annoncer 2012, avant de se corriger et de fixer l’horizon 2013. Sur Europe 1, le 17 juillet, elle est catégorique : « Nous nous sommes engagés, dans le projet socialiste, à respecter les engagements de la France, 3% en 2013 puisque que c’est la règle aujourd’hui. Et nous avons construit le quinquennat et la première année sur laquelle nous travaillons actuellement sur ce principe-là »

 

Ce calendrier c’est exactement celui fixé par Sarkozy. Mesure-t-on bien de quoi il s’agit ? Le plan de route de Sarkozy, auquel se rallient les socialistes, est le suivant : passer le déficit de l’Etat de 7,7% en 2010 à 5,7% en 2011. C’est-à-dire 110 milliards d’euros de coupes claires, environ. Puis le déficit devrait tomber encore à 4,6% en 2012. Soit 92 milliards de coupes encore. Et enfin à 3% en 2013. Soit encore 60 milliards ! Adhérer à ce plan de route, c’est procéder en un an à une cure d’amaigrissement que le projet initial des socialistes promettait de faire graduellement en cinq ans, à partir de 2012, en comptant sur la reprise et les hausses d’impôts pour amortir le choc et diminuer l’ampleur de ces coupes claires ! C’est tellement vrai qu’ Harlem Désir, Premier Secrétaire par intérim, affirmait encore en juillet au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI : « Personne ne croit que la France pourra être à 3% en 2013. Nous négocierons avec la Commission européenne un retour crédible à l’équilibre, en tous cas à moins de 3%, dans des délais crédibles, c’est-à-dire dans une année de plus ». Au passage, lui aussi ramenait le curseur à 2014 ! Ainsi donc, en un mois, celui de juillet, au premier signal de crise financière, les socialistes se sont tous alignés sur la révision du projet décrétée par François Hollande en accord avec le calendrier de Nicolas Sarkozy. Le plus incroyable est que Martine Aubry justifie ce virage par le fait que son gouvernement s’engagerait à respecter les engagements pris par « La France » c’est à dire par Nicolas Sarkozy. Donc, cela veut dire que tout ce qu’il a promis au sommet du 21 juillet en matière de restrictions budgétaires et d’austérité serait appliqué. Incroyable ! Avec une telle ligne les socialistes vont encourager l’abstention comme jamais ! Pour être rigoureux, mon tour d’horizon exige que je cite la seule parole de résistance socialiste qui se soit exprimée sur ce thème, celle d’Arnaud Montebourg, par un communiqué le 22 juillet : "Le respect d’un déficit de 3 % en 2013, en France, signifierait une levée d’impôts de 30 milliards d’euros dans la loi de finance à l’automne 2012. A la fois intenable socialement, elle serait de surcroît contre productive car il convient de soutenir et non d’étouffer la reprise de la croissance et des recettes fiscales associées".

 

Je finis cette note par un petit récit de mes vacances, en forme allégorique par rapport à ce que je viens d’écrire. En juillet, je suis allé faire un tour aux belles « rencontres photographie » d’Arles. J’ai fait un long passage là où se présentait « la valise mexicaine », une légendaire collection des photos de la guerre d’Espagne, considérée comme disparue en 1939 et récemment retrouvée à Mexico. Le travail de Robert Capa, David Seymour et surtout de l’ignorée Gerda Taro. Je ne dis rien de la qualité de la présentation de textes gris sur fond jaune, dans un éclairage glauque, de planches contact. Ni de la présentation des trois photographes sous l’unique angle de leur religion juive sans dire un mot de leur engagement révolutionnaire qui était pourtant la raison de leur présence et l’angle de leur regard. J’en reste à cette émotion terrible de voir les nôtres au combat, entourés des gestes simples de militantisme, des femmes et des hommes simples aux traits rudes. Et la rage de voir les images de notre défaite. La longue colonne de la « rétirada » qui me mit les larmes aux yeux, encadrée par ces gendarmes français qui obéirent aux ordres de les parquer dans des camps pour ne pas provoquer l’ire des vainqueurs. Quelle lâcheté impardonnable que cet abandon de la République espagnole ! Les glapissements et le prêchi prêcha de Léon Blum et de son gouvernement refusant de s’engager au moment où on pouvait vaincre les nazis et les fascistes, ses pitoyables arguties me soulevaient de chagrin. Elle aura coûté le maximum, non seulement aux républicains espagnols, mais à toute l’Europe et à la civilisation humaine engloutie dans le délire criminel des nazis, encouragés par leur victoire facilitée. Je ne doute pas que Léon Blum croyait bien faire. Ni qu’il ait cru à ce qu’il disait et à ce qu’il faisait. Il a même pensé que c’était du « courage ». Lui-même a payé très cher cette défaite. Mais le refus de l’affrontement et de l’usage de la force que confie notre puissance aboutit toujours à des désastres plus grands que ceux dont on prétend se prémunir par cette posture pédante.

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