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05 novembre 2010

Les inégalités de revenu à l’épreuve de la mondialisation financière

Le texte ci-dessous est le résumé du Rapport sur le travail dans le monde 2008, élaboré par l'Organisation Internationale du Travail.

 

Même si ce texte a près de deux ans, il n'a malheureusement pas pris une ride et son diagnostic sur les conséquences de la mondialisation et de la libéralisation financière sur le monde du travail est toujours d'une criante actualité. Il pointe également l'inefficacité économique de la dérégulation des marchés financiers, des inégalités de revenus, des baisses d'impôts pour les plus riches et appelle à un renforcement de la protection sociale.

 

La crise financière frappe le monde du travail...

 

La crise financière qui s'est développée l'an passé et qui a éclaté en août dernier représente l'une des menaces les plus importantes de l'histoire moderne pour l'économie mondiale. Le resserrement du crédit et l'effondrement des bourses commencent à affecter les décisions d'investissement des entreprises, tout comme les revenus et les emplois des travailleurs. Plusieurs grandes économies développées sont sur le point de rentrer en récession et le chômage est en hausse. La croissance économique des économies émergentes et des pays en développement s'est ralentie, parfois considérablement.

 

Les nombreuses tentatives de surmonter la crise financière sont évidemment les bienvenues ; elles devraient en principe permettre d'éviter une nouvelle Grande Dépression. Aussi importants que soient les plans de sauvetage financier, il demeure néanmoins crucial de traiter également les dimensions structurelles de la crise. Comme le montre ce Rapport sur le travail dans le monde, le creusement des inégalités de revenus qui s'est produit avant la crise est très instructif à cet égard.

 

... et survient dans un contexte d'inégalités de revenu qui se creusent...

 

Alors que le coût des plans de sauvetage financier sera supporté par tous, les bénéfices de la période d'expansion qui a précédé ont été inégalement partagés.

 

Entre le début des années 1990 et le milieu des années 2000, le revenu total des ménages à hauts revenus s'est accru plus rapidement que celui des ménages à moyen et bas revenus, dans environ deux tiers des pays pour lesquels on dispose de données (Chapitre 1). Des tendances comparables apparaissent au travers d'autres indicateurs d'inégalités de revenus, tels que le rapport entre revenus du travail et profits, ou le rapport entre salaires les plus élevés et salaires les plus faibles. Dans 51 des 73 pays pour lesquels des données sont disponibles, la part des salaires dans le revenu total a reculé au cours des vingt dernières années. Dans le même temps, les disparités de revenus entre les 10 pour cent des salariés les mieux payés et les 10 pour cent les plus mal rémunérés se sont accrues dans 70 pour cent des pays étudiés.

 

Ce fut une période de croissance économique relativement rapide et de forte création d'emplois. En 2007, l'emploi mondial était presque un tiers plus élevé qu'en 1990. En bref, les gains de la période d'expansion qui s'est achevée en 2007 ont davantage bénéficié aux catégories les plus riches, plutôt qu'à celles ayant des revenus moyens ou faibles.

 

 

... à un rythme qui a probablement été excessif

 

De plus fortes disparités de revenus peuvent être utiles. Elles peuvent être le reflet d'une meilleure récompense des efforts au travail, pour l'innovation et le développement des qualifications. Ce qui, par ricochet, améliore les perspectives économiques pour tous, pauvres et riches. Inversement, une échelle des revenus trop resserrée peut affecter les perspectives d'emploi - par exemple parce que le marché du travail n'est pas suffisamment attractif pour les travailleurs potentiels. Trop peu d'inégalités de revenu peut aussi affaiblir l'incitation à prendre des risques ou à investir dans le capital humain, affectant les perspectives de croissance économique.

 

Cependant, dans certaines circonstances, de plus fortes inégalités de revenus sont à la fois socialement préjudiciables et économiquement problématiques.

 

L'expérience montre que les conflits sociaux se multiplient quand les inégalités sont perçues comme excessives. Le soutien de l'opinion aux politiques de croissance s'érode si les catégories à bas salaires et les classes moyennes pensent que ces politiques font peu de choses pour améliorer leur situation ou celle de leurs enfants, alors qu'elles bénéficient aux catégories les mieux rémunérées. Des enquêtes montrent que les personnes interrogées deviennent moins tolérantes vis-à-vis des inégalités croissantes.

 

Le rapport montre aussi qu' il existait déjà, avant la crise financière, des signes que la tendance à la hausse des inégalités de revenus n'était pas soutenable. En raison de la forte modération salariale, les travailleurs et leurs familles se sont endettés davantage afin de financer l'acquisition de logement - et parfois aussi leurs besoins de consommation. Les innovations financières ont facilité l'endettement, qui a permis de soutenir la demande intérieure et la croissance économique dans certains pays. Cependant, la crise souligne les limites de ce modèle de croissance.

 

C'est pourquoi il est crucial pour les décideurs politiques de veiller à ce que les inégalités de revenu ne croissent pas dans des proportions excessives. Dans le même temps, toute action dans ce domaine doit viser à soutenir l'emploi. Le rapport montre qu'il est possible de remplir à la fois des objectifs d'emploi et d'équité.

 

Les modèles inégalitaires reflètent, tout d'abord, un processus de mondialisation financière qui a amplifié l'instabilité économique,...

 

Le chapitre 2 du rapport montre que la mondialisation financière - provoquée par la déréglementation des flux de capitaux à l'échelle internationale - a été un facteur majeur d'inégalité de revenus.

 

L'espoir était que la mondialisation financière contribuerait à améliorer l'allocation des ressources et donc à stimuler la croissance économique, tout en allégeant les contraintes qui pèsent sur le crédit et en améliorant les perspectives de revenus des catégories les plus démunies.

 

Pourtant, la mondialisation financière n'a pas réussi à améliorer la productivité mondiale et la croissance de l'emploi. De plus, elle a amplifié l'instabilité économique. Dans les années 1990, les crises du système bancaire ont été dix fois plus fréquentes qu'à la fin des tumultueuses années 1970. Cette instabilité accrue a généralement un coût excessif pour les catégories à bas revenus. Les épisodes de crise précédents suggèrent que les destructions d'emploi engendrées par les crises financières sont particulièrement fortes, et ont des effets à long terme sur les groupes les plus vulnérables. Le chômage est susceptible de s'aggraver en raison de l'effondrement de l'investissement ; ce qui risque de creuser un peu plus les inégalités. En outre, il apparaît clairement que la mondialisation financière a renforcé la tendance à la baisse de la part des salaires que l'on observe dans la plupart des pays. D'autre part, la mondialisation financière a contribué à discipliner les politiques macroéconomiques, aussi bien dans les pays en développement que dans les économies émergentes.

 

Par conséquent, la politique à entreprendre n'est ni la dérégulation financière ni l'isolement. Il existe plusieurs options politiques pour parvenir à un « voie moyenne ». Ce qui importe, c'est que les gouvernements prennent en compte l'impact social de chacune des options. Une approche nuancée de la mondialisation financière est particulièrement importante dans les pays où les marchés financiers ne sont pas suffisamment développés et où les mécanismes de contrôle prudentiels sont faibles, comme c'est le cas dans de nombreux pays en développement. Mais d'une manière générale, il est crucial de renforcer la réglementation prudentielle de façon à réduire les prises de risques inconsidérées de la part de certains acteurs financiers. En effet, il existe un aléa moral lorsque ces acteurs engrangent tous les bénéfices liés à des prises de risque irresponsables, alors que les pertes engendrées sont supportées les contribuables, ceux qui perdent leur emploi et la collectivité dans son ensemble. Il y a aussi place pour une action coordonnée entre les pays.

 

... deuxièmement, des hausses excessives de la rémunération des dirigeants, déconnectée des performances de l'entreprise...

 

L'évolution de la gouvernance mondiale des entreprises a également contribué à la perception d'inégalités de revenu excessives. Une évolution fondamentale fut l'utilisation des systèmes dits de « rémunération basée sur la performance » pour les cadres dirigeants et les chefs d'entreprise.

 

Le résultat a été une hausse démesurée des salaires des dirigeants. Aux Etats-Unis par exemple, entre 2003 et 2007, la rémunération des directeurs généraux a augmenté en termes réels de 45%, au total, comparé à une hausse de 15% pour les dirigeants moyens et moins de 3% pour le travailleur américain moyen. Ainsi, en 2007, les dirigeants des 15 plus grandes entreprises américaines gagnaient en moyenne plus de 500 fois le salaire moyen d'un employé, contre 300 fois en 2003. Des tendances similaires peuvent être observées dans d'autres pays tels que l'Australie, l'Allemagne, Hong Kong (Chine), les Pays Bas et l'Afrique du Sud.

 

Fait important, les études montrent que ces systèmes ont engendré des effets très modérés, voir inexistants sur la performance des entreprises. De plus, de fortes variations existent entre les pays, certains n'affichant pratiquement aucune relation entre la rémunération basée sur les performances et les profits des entreprises. Bien que d'autres recherches soient encore nécessaires dans ce domaine, une explication plausible des tendances observées est que les dirigeants occupent une position dominante dans la négociation avec les actionnaires, un phénomène facilité par un cadre institutionnel défaillant.

 

Au total, les faits montrent que l'évolution de la rémunération des dirigeants a été à la fois un facteur d'accroissement des inégalités et d'inefficacité économique. L'action politique a dès lors un rôle à jouer. A cet égard, plusieurs options de réformes sont débattues. Mais il est trop tôt pour évaluer les coûts et les avantages de chacune d'entre elles.

 

... troisièmement, un changement institutionnel et des politiques de redistribution plus faibles...

 

Les politiques sociales et fiscales ainsi que les politiques de l'emploi telles que mises en œuvre dans les pays ont aussi contribué aux résultats observés. Les institutions sociales continuent de jouer un rôle redistributif dans la majorité des pays analysés, en dépit du déclin de la syndicalisation illustré au Chapitre 3. En particulier, un fort taux de syndicalisation, une structure de négociation collective mieux coordonnée et une meilleure application des conventions collectives sont généralement associés à moins d'inégalités. Cependant, il est difficile pour ces institutions d'atténuer les tendances globales nées de la mondialisation. En général, il semble que le pouvoir de négociation des employés se soit affaibli, même dans les pays connaissant des pénuries de main d'œuvre.

 

Un autre facteur important a été le développement croissant de l'emploi atypique observé au cours des 15 dernières années dans la majorité des pays (Chapitre 4). En effet, l'emploi atypique est significativement moins bien rémunéré que l'emploi standard. Plus fondamentalement, l'évolution des contrats de travail peut également avoir contribué à l'affaiblissement du pouvoir de négociation des travailleurs, en particulier des moins qualifiés.

 

Enfin, la fiscalité est devenue moins progressive dans l'immense majorité des pays et donc moins apte à redistribuer les gains de la croissance économique. Cela se traduit par des baisses d'impôts pour les plus hauts revenus (Chapitre 5). Entre 1993 et 2007, le taux moyen d'imposition des entreprises (pour tous les pays où existent des données) a diminué de 10 points de pourcentage. Pour ce qui est des taux d'imposition sur les revenus les plus élevés des personnes physiques, la baisse a été de 3 points de pourcentage au cours de la même période. Le Chapitre 5 montre également que la moindre progressivité de l'impôt n'a généralement pas été contrebalancé par les politiques sociales.

 

Réduire l'imposition des revenus élevés ou des profits peut se justifier au vu de critères d'efficacité économique. Cela peut même répondre aux objectifs d'équité dans certains cas - grâce à un effet de levier général. Cependant, dans d'autres cas, de telles réductions d'impôt sont sous optimales, même dans la perspective d'un compromis efficacité-équité. De la même manière, une protection sociale plus forte, si elle est bien conçue, peut servir des objectifs d'emploi. Le rapport fournit des exemples de ces politiques pour des pays ayant des niveaux de développement économique différents. L'utilisation de transferts monétaires conditionnés constitue une innovation intéressante à cet égard.

 

Il est maintenant temps de faire progresser l'Agenda pour le travail décent

 

 

Les analyses de ce Rapport sur le travail dans le monde montrent que si les décideurs politiques sont préoccupés à la fois par les inégalités excessives et par le manque d'emplois dans leur pays, ils ont à leur disposition un outil efficace. Le Chapitre 6 montre que les pays qui ont des institutions tripartites relativement fortes, une réglementation du travail et une protection sociale bien conçues et un respect des droits fondamentaux des travailleurs, réussissent bien, non seulement en termes d'emploi mais aussi pour limiter la hausse des inégalités de revenus. C'est l'essence même de l'Agenda pour le travail décent.

 

Faire avancer l'Agenda permettrait de traiter les conséquences sociales de la crise financière. En même temps qu'une réforme de l'architecture financière, cela contribuerait également à la création d'une économie plus équilibrée et plus durable.

10:57 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation, inégalités | | |  Facebook | | |

30 octobre 2010

Un Front populaire de transformation sociale

Chronique de Jean-Marie HARRIBEY publiée dans Politis, n° 1124, 28 octobre 2010 

 

Le hiatus devient insupportable. D'un côté, une mobilisation sociale qui, en six mois, a déjoué tous les plans du gouvernement, décortiqué une réforme des retraites aussi injuste que cynique et démenti la langue de bois médiatique dominante. De l'autre, une absence de réponse institutionnelle et politique face à une détermination obtuse d'un pouvoir qui joue son va-tout dans cette bataille.

 

L'unité syndicale construite par les confédérations et l'unité citoyenne autour de l'appel « Attac-Copernic » ont remis le débat sur les retraites sur les bons rails. Le financement des retraites est une question de répartition des revenus engendrés par le travail. Dès lors que la proportion de personnes âgées dans la population augmente, il faut accroître parallèlement les cotisations sociales. Celles-ci, toutes branches réunies, s'élèvent à 395 milliards d'euros, soit 39 % des 1005 milliards de la masse salariale (INSEE, TEE 2009). De même que tous les revenus devraient être imposés de façon égale, ils devraient cotiser au même taux. Pour donner une idée, les ménages ont reçu 130 milliards nets de revenus de la propriété (dividendes, intérêts, revenus des assurés) en 2009 ; en faisant cotiser ces revenus dans la même proportion que les salaires, 50 milliards seraient réunis, bien plus que tous les déficits sociaux, et notamment plus que les 32 milliards de déficit de tous les régimes de retraite prévus pour 2010. Ce prélèvement représenterait 2,5 % du PIB, à comparer avec le détournement dont a bénéficié le capital aux dépens du travail : 5 % si on se réfère à 1973.

 

Mais si 70 % de la population désapprouve la réforme de Sarkozy, c'est aussi parce qu'il n'y a aucune loi naturelle qui condamnerait les humains à travailler toujours davantage. Le gouvernement a lui-même désigné les fondamentaux de son projet : reculer l'âge de la retraite et augmenter la durée de cotisation, jusqu'au moment où la santé des individus commencera à décliner (63 ans pour les hommes, 64 pour les femmes) et les aura rendus inemployables. Or, la réduction du temps de travail à l'échelle de la vie s'inscrit dans la continuité de l'histoire ouvrière pour arracher un temps libéré de l'exploitation et de la domination. On comprend mieux l'hostilité irréductible de la bourgeoisie depuis deux siècles à la RTT sous toutes ses formes, sauf celle de la mise au chômage total ou partiel.

 

Derrière la place et le sens du travail se profilent les finalités de la production, c'est-à-dire le mode de développement humain à promouvoir. Le versement des pensions ne peut provenir que d'une répartition de la productivité ; raison de plus d'en penser un contenu qui soit soutenable pour une société solidaire et écologique.

 

En contradiction avec le bourrage de crâne néo-libéral, ces enjeux apparaissent progressivement à la majorité de la population et notamment aux jeunes qui ont bien saisi qu'on leur promet la galère au travail et la retraite aux calendes grecques. Que manque-t-il pour transformer cette avancée sur le plan des idées en victoire politique ? Des perspectives stratégiques qui posent ouvertement la question institutionnelle et politique, c'est-à-dire celle du pouvoir. Tant dans la plupart des syndicats que des partis des gauches, la question est évitée parce qu'elle supposerait de mettre en débat un modèle social alternatif et les alliances sociales et politiques à construire.

 

Au moment où j'écris ceci, il ne reste que deux issues : la défaite ou un saut qualitatif de la mobilisation pour paralyser l'économie jusqu'à ce que le gouvernement cède. Pour rendre possible la seconde issue, n'est-il pas temps de constituer un Front populaire de transformation sociale qui allie toutes les forces engagées dans cette bataille ? La retraite catalyse autour d'elle le refus de trois décennies de dégradations sociales. À crise globale, réponse globale, c'est-à-dire à la conscience sociale des classes populaires doit correspondre urgemment une traduction politique à la hauteur de l'enjeu : jeter le capital hors de la protection sociale, des services publics et du bien commun, afin d'amorcer un processus de transformation ouvrant la voie vers un dépassement du capitalisme.

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21 septembre 2010

La CNUCED préconise d’augmenter les salaires pour doper la croissance mondiale

La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a souligné, dans un rapport publié mardi, que les hausses de salaires seraient de nature à dynamiser la croissance mondiale.


« Cette augmentation passe cependant par une réorientation des politiques macroéconomiques et un renforcement des institutions qui permettront de faire progresser les revenus », a indiqué la CNUCED dans son Rapport 2010 sur le commerce et le développement.


Le rapport met notamment l'accent sur la création d'emplois. « C'est d'autant plus important que, dans nombre de pays, la crise financière et économique a provoqué une augmentation du chômage qui a atteint des niveaux inégalés », déplore les experts dans le document.


Cependant, avertissent les économistes, les perspectives d'une croissance tirée par les exportations s'amenuisent, « puisque les États-Unis ne seront plus le principal marché d'exportation et qu'il y a peu de chances que les autres puissances économiques prennent rapidement le relais ».


Dans les stratégies de développement qui ont dominé les trente dernières années, maintenir la pression salariale était le principal moyen de procurer un avantage concurrentiel aux différents secteurs d'exportations sur les marchés internationaux.


Cette approche néglige le rôle macroéconomique des hausses de salaire qui peuvent stimuler la demande intérieure et dynamiser l'emploi.
« Une stratégie prometteuse pour créer rapidement de l'emploi pourrait consister à privilégier davantage la dynamique de l'investissement et à faire en sorte que les gains de productivité ainsi obtenus soient répartis entre le travail et le capital de manière à doper la demande intérieure », explique le Secrétaire général de la CNUCED, Supachai Panitchpakdi, dans l'introduction du rapport.


« Toutes ces mesures, appliquées ensemble, offriraient de grandes possibilités de gérer la demande de manière à combattre le chômage, tout en maîtrisant l'inflation et en réduisant la dépendance vis-à-vis des exportations », conclut-il dans son introduction.

08:15 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, emploi, inégalités | | |  Facebook | | |

20 septembre 2010

Europe : quelles perspectives ?

« Harmonisation fiscale », « pacte social de progrès »...comment ne pas être enthousiasmé par ces concepts ? En revanche, l'enthousiasme retombe très vite dès lors que l'on s'interroge sur leur mise en pratique. En effet, il faut faire preuve d'une grande naïveté ou d'un cynisme non moins développé pour imaginer que les nouveaux entrants dans l'Union Européenne vont abandonner leur principal avantage comparatif : la faiblesse des salaires d'une main d'œuvre relativement bien formée et productive. Le salaire horaire moyen est de 2,4 € en Slovaquie, 3 € en République tchèque et 3,2 € en Hongrie, contre 16 à 20 € en Allemagne, en France ou en Belgique. Comment imaginer que les 27 pays de l'Union, puisque l'unanimité est toujours requise dans ces domaines, puissent rapidement se mettre d'accord pour organiser la convergence des politiques fiscales et sociales ? Pour ce faire, outre la volonté politique, il faudrait la mobilisation de fonds importants, à l'instar de ce qui s'est produit au moment de l'intégration de l'Espagne et du Portugal. Cela signifierait donc l'augmentation du budget de l'Union, plafonné aujourd'hui à 1% du PIB. Les membres « historiques » sont-ils prêts à financer cette solidarité ?

 

Une solution habituellement envisagée pour augmenter la surface budgétaire de l'Union est la création d'une « capacité d'emprunt européen » ? Cela n'aura-t-il pas pour conséquence, en l'absence de possibilité de financement par la Banque Centrale Européenne (BCE), d'offrir une nouvelle source de revenus aux marchés financiers, avec à terme, le spectre de « l'insoutenabilité de la dette européenne » ? Cela pose la question du financement de la dette publique par la BCE, et plus généralement la question de la révision de ses statuts, pour inclure notamment un objectif de plein emploi en concurrence avec son objectif actuel d'inflation. Mais cela suppose de convaincre les 14 autres pays membres de l'Euro, et notamment l'Allemagne...

 

Ce n'est d'ailleurs par le seul sujet à traiter avec l'Allemagne : avant de parler de relance du « moteur franco-allemand », il conviendrait sans doute de « crever l'abcès » au sujet du dumping salarial et fiscal du « partenaire » allemand. Les réformes (Hartz notamment) menées en Allemagne précarisent les salariés, ce qui déprime la demande intérieure et rejaillit sur le dynamisme de la zone euro. A ce propos, certains observateurs n'hésitent pas à parler de « glaciation salariale allemande » depuis plus de dix ans. Cette stratégie non coopérative des allemands fait que le déficit avec ce pays est le premier ou deuxième déficit bilatéral de la France. Il est de bon ton de fustiger les pays qui présentent ders déficits commerciaux importants, mais ceux qui ont des excédents sont également critiquables. Il faut de toute façon avoir ce débat avec notre voisin.

 

Le projet européen est aujourd'hui à bout de souffle. L'Union Européenne se trouve dans une impasse institutionnelle avec le Traité de Lisbonne qui requiert toujours l'unanimité des 27 sur les sujets majeurs. De plus, la crise a montré qu'elle est incapable d'organiser la solidarité en son sein. Pour preuves, on peut citer son incapacité à mettre en œuvre un plan de relance européen qui ne se résume pas à une juxtaposition de plans nationaux disparates, l'abandon des Pays Baltes au FMI... D'ailleurs, les peuples ne s'y trompent pas : les « non » au TCE des hollandais et des français, le « non » au Traité de Lisbonne des irlandais, les taux de participation ridiculement faible aux dernières élections européennes chez les « nouveaux entrants ».... Tout cela milite en faveur d'une remise à plat complète de la construction européenne. Comme le souligne l'économiste Jacques Sapir, « l'Europe ne se changera pas sans un affrontement, voire un éclatement. Nous ne ferons pas l'économie d'une épreuve de force. Il faut s'en convaincre et s'y préparer afin d'en tirer le meilleur parti. Nous n'avons pas à la redouter. Ce sera l'occasion de remettre à plat l'architecture de la construction européenne. Il n'est pas d'autre choix possible que d'avancer, pour un temps, seul. Mais, l'ébranlement que provoqueraient des actions unilatérales de la France aurait comme effet immédiat d'ouvrir un immense débat en Europe. Si nous aurons à prendre nos premières décisions seuls, gageons que nous ne le resterons pas longtemps.»

 

Dans ce cadre, les premières décisions à prendre reposent d'abord sur une politique fiscale fortement redistributrice, associée à un contrôle de la circulation des capitaux à court terme. Il s'agirait également de mettre en place une taxe sociale et écologique aux frontières, qui pourrait prendre la forme d'une taxe pour les pays hors UE et de montant compensatoire pour les pays membres de l'UE. Enfin, il conviendrait de modifier les statuts de la Banque de France afin de l'autoriser à financer la dette publique, en l'autorisant à émettre des euros...

 

Il est plus que probable que le choc psychologique que provoqueraient de telles mesures (ou leur seule évocation) permettrait d'ouvrir le débat et de repenser, à l'échelle de 5 à 6 pays, une construction européenne fondée sur le progrès social. Rompant avec la logique technocratique qui a prévalu jusque là, retrouvant une légitimité populaire et démocratique, cette construction aurait un effet d'entrainement sur le reste du continent. Elle permettrait d'aboutir à ce que le processus actuel, depuis l'Acte unique jusqu'au Traité de Lisbonne en passant par le Traité de Maastricht, n'a pas été capable de mettre en œuvre. Dans ce cadre renouvelé, il serait plus facile de mettre en œuvre des solutions visant à harmoniser les systèmes fiscaux et sociaux, à brider le pouvoir de la finance :

 

  • Faire de « l'harmonisation dans le progrès » le fil directeur de la construction européenne, au lieu de la politique de concurrence. Mettre en place des objectifs communs à portée contraignante en matière de progrès social comme en matière macroéconomique.   
  • Développer une fiscalité européenne (taxe carbone, impôt sur les bénéfices, ...) et un véritable budget européen pour aider à la convergence des économies et tendre vers une égalisation des conditions d'accès aux services publics et sociaux dans les divers États membres sur la base des meilleures pratiques.
  • Lancer un vaste plan européen, financé par souscription auprès du public à taux d'intérêt faible mais garanti, et/ou par création monétaire de la BCE, pour engager la reconversion écologique de l'économie européenne.
  • Affranchir les États de la menace  des marchés financiers en garantissant le rachat des titres publics par la BCE.
  • Remettre en cause la libre circulation des capitaux et des marchandises entre l'Union européenne et le reste du monde, en négociant des accords multilatéraux ou bilatéraux si nécessaire
  • Assurer une véritable coordination des politiques macroéconomiques et une réduction concertée des déséquilibres  commerciaux entre pays européens
  • Compenser les déséquilibres de paiements en Europe par une Banque de Règlements (organisant les prêts entre pays européens)
  • Cloisonner strictement les marchés financiers et les activités des acteurs financiers, interdire aux banques de spéculer pour leur compte propre, pour éviter la propagation des bulles et des krachs
  • Limiter les transactions financières à celles répondant aux besoins de l'économie réelle (ex.: CDS uniquement pour les détenteurs des titres assurés, etc.)

 

 

Une telle Europe, véritablement sociale et démocratique, aurait vraisemblablement plus de poids pour infléchir le cours de la mondialisation et notamment réaffirmer la suprématie de pouvoirs démocratiquement élus sur les entreprises transnationales. Il s'agit de faire avancer la mondialisation politique, afin qu'elle rattrape la mondialisation économique. L'objectif majeur est de priver les entreprises transnationales de la possibilité de mettre en concurrence les territoires, les systèmes fiscaux et sociaux.

 

L'Europe refondée pourrait parler d'une voix plus forte dans le débat sur la refonte et la démocratisation des institutions internationales : ONU, FMI, Banque Mondiale, OMC... Il s'agirait également de peser dans la « bataille des normes », afin de renforcer la portée des normes sociales (OIT) et environnementales, sans oublier les normes comptables dont la production ne doit plus être déléguée à un organisme privé (IASB). La lutte active et coordonnées contre les paradis fiscaux, l'aide publique au développement, la souveraineté alimentaire dans les pays du Sud (en encadrant notamment les achats internationaux de terres arables) devront être remises au cœur des préoccupations des institutions internationales.

 

PP

14:19 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, europe | | |  Facebook | | |

18 septembre 2010

Crise et dette en Europe : 10 fausses évidences et 22 mesures en débat pour sortir de l'impasse

La crise économique et financière qui a ébranlé le monde en 2008 ne semble pas avoir affaibli la domination des schémas de pensée qui orientent les politiques économiques depuis trente ans. Le pouvoir de la finance n'est aucunement remis en cause. En Europe, au contraire, les États, sous la pression de la Commission européenne, du FMI et des agences de notation, appliquent avec une vigueur renouvelée des programmes de réformes et d'ajustement structurels qui ont dans le passé démontré leur capacité à accroître l'instabilité et les inégalités, et risquent d'aggraver la crise européenne.

Atterrés par ce constat, nous avons souhaité favoriser l'expression publique des nombreux économistes, issus de divers horizons théoriques, qui ne se résignent pas à voir l'orthodoxie néolibérale réaffirmée et jugent qu'il faut changer le paradigme des politiques économiques en Europe. C'est pourquoi nous avons rédigé le "manifeste d'économistes atterrés" ci-joint. Ce texte ne prétend pas constituer un programme alternatif mais pointe certains des enjeux qui nous semblent essentiels sur les questions financières et monétaires en Europe. Si vous êtes en accord avec son orientation générale, nous vous remercions de le signer (par mail à atterres@gmail.com) et de le faire circuler dans la communauté des économistes. Nous prenons en ce moment des contacts avec d'autres économistes européens pour organiser un colloque (sans doute le samedi 9 octobre à la Sorbonne, confirmation suivra) et confronter nos points de vue sur les stratégies de sortie de crise.

Par avance merci

Premiers signataires :

Philippe Askenazy (CNRS, Ecole d'économie de Paris), Thomas Coutrot (Conseil scientifique d'Attac), André Orléan (CNRS, EHESS), Henri Sterdyniak (OFCE)

 

Le texte intégral : cliquez ici

 

Extraits :

 

Introduction

 

La reprise économique mondiale, permise par une injection colossale de dépenses publiques dans le circuit économique (des États-Unis à la Chine), est fragile mais réelle. Un seul continent reste en retrait, l'Europe. Retrouver le chemin de la croissance n'est plus sa priorité politique. Elle s'est engagée dans une autre voie : celle de la lutte contre les déficits publics.

L'Europe est de fait prise dans son propre piège institutionnel : les États doivent emprunter auprès d'institutions financières privées qui obtiennent, elles, des liquidités à bas prix de la Banque Centrale Européenne. Les marchés ont donc la clé du financement des États. Dans ce cadre, l'absence de solidarité européenne suscite la spéculation, d'autant que les agences de notation jouent à accentuer la défiance.

 

Pour « rassurer les marchés », un Fonds de stabilisation de l'euro a été improvisé, et des plans drastiques et bien souvent aveugles de réduction des dépenses publiques ont été lancés  à travers l'Europe. Les prestations sociales, des Pays-Bas au Portugal en passant par la France avec l'actuelle réforme des retraites, sont en voie d'être gravement amputées. Le chômage et la précarité de l'emploi se développeront nécessairement dans les années à venir. Ces mesures sont irresponsables d'un point de vue politique et social, et même au strict plan économique.

L'économie y est censée être au service de la construction d'un continent démocratique, pacifié et uni. Au lieu de cela, une forme de dictature des marchés s'impose partout, et particulièrement aujourd'hui au Portugal, en Espagne et en Grèce, trois pays qui étaient encore des dictatures au début des années 1970, il y a à peine quarante ans.

La plupart des économistes qui interviennent dans le débat public le font pour justifier ou rationaliser la soumission des politiques aux exigences des marchés financiers.

 

D'autres choix sont possibles et souhaitables, à condition d'abord de desserrer l'étau imposé par l'industrie financière aux politiques publiques.

 

 

FAUSSE EVIDENCE N°1: LES MARCHES FINANCIERS SONT EFFICIENTS

 

Aujourd'hui encore le G20 persiste dans l'idée que les marchés financiers sont le bon mécanisme d'allocation du capital.

 

L'erreur majeure de la théorie de l'efficience des marchés financiers consiste à transposer aux produits financiers la théorie habituelle des marchés de biens ordinaires.

 

Or, pour cette dernière, la situation est très différente. Quand le prix augmente, il est fréquent d'observer, non pas une baisse mais une hausse de la demande !

 

Mesure n°1: cloisonner strictement les marchés financiers et les activités des acteurs financiers, interdire aux banques de spéculer pour leur compte propre, pour éviter la propagation des bulles et des krachs

 

Mesure n°2: Réduire la liquidité et la spéculation déstabilisatrice par des contrôles sur les mouvements de capitaux et des taxes sur les transactions financières

 

Mesure n°3: limiter les transactions financières à celles répondant aux besoins de l'économie réelle (ex.: CDS uniquement pour les détenteurs des titres assurés, etc.)

 

Mesure n°4 : plafonner la rémunération des traders

 

 

FAUSSE EVIDENCE N°2: LES MARCHES FINANCIERS SONT FAVORABLES A LA CROISSANCE ECONOMIQUE

 

L'intégration financière a porté le pouvoir de la finance à son zénith par le fait qu'elle unifie et centralise la propriété capitaliste à l'échelle mondiale. Désormais c'est elle qui détermine les normes de rentabilité exigées de l'ensemble des capitaux. Le projet était que la finance de marché se substitue au financement bancaire des investissements. Projet qui a d'ailleurs échoué, puisqu'aujourd'hui, globalement, ce sont les entreprises qui financent les actionnaires au lieu du contraire.

 

Le ROE (Return on Equity, ou rendement des capitaux propres) de 15% à 25% est désormais la norme qu'impose le pouvoir de la finance aux entreprises et aux salariés. La liquidité est l'instrument de ce pouvoir, permettant à tout moment aux capitaux non satisfaits d'aller voir ailleurs.

 

Le freinage simultané de l'investissement et de la consommation conduit à une croissance faible et à un chômage endémique.

 

Mesure n°5: renforcer significativement les contre-pouvoirs dans les entreprises pour obliger les directions à prendre en compte les intérêts de l'ensemble des parties prenantes

 

Mesure n°6: accroître fortement l'imposition des très hauts revenus pour décourager la course aux rendements insoutenables

 

Mesure n°7: réduire la dépendance des entreprises vis-à-vis des marchés financiers, en développant une politique publique du crédit (taux préférentiels pour les activités prioritaires au plan social et environnemental)

 

 

FAUSSE EVIDENCE N° 3 : LES MARCHES SONT DE BONS JUGES DE LA SOLVABILITE DES ETATS

Selon les tenants de l'efficience des marchés financiers, les opérateurs de marché prendraient en compte la situation objective des finances publiques pour évaluer le risque de souscrire à un emprunt d'État.

 

Mesure n°8: les agences de notation financière ne doivent pas être autorisées à peser arbitrairement sur les taux d'intérêt des marchés obligataires en dégradant la note d'un État : on devrait  réglementer leur activité en exigeant que cette note résulte d'un calcul économique transparent.

 

Mesure n°8bis : affranchir les États de la menace  des marchés financiers en garantissant le rachat des titres publiques par la BCE.

 

 

FAUSSE EVIDENCE N° 4 : L'ENVOLEE DES DETTES PUBLIQUES RESULTE D'UN EXCES DE DEPENSES

 

Cependant la montée de la dette publique, en France et dans de nombreux pays européens a d'abord été modérée et antérieure à cette récession: elle provient largement non pas d'une tendance à la hausse des dépenses publiques - puisqu'au contraire celles-ci, en proportion du PIB, sont stables ou en baisse dans l'Union européenne depuis le début des années 1990 - mais de l'effritement des recettes publiques, du fait de la faiblesse de la croissance économique sur la période, et de la contre-révolution fiscale menée par la plupart des gouvernements depuis vingt-cinq ans.

 

Mesure n° 9: Réaliser un audit public et citoyen des dettes publiques, pour déterminer leur origine et connaître l'identité des principaux détenteurs de titres de la dette et les montants détenus.

 

 

FAUSSE EVIDENCE N°5 : IL FAUT REDUIRE LES DEPENSES POUR REDUIRE LA DETTE PUBLIQUE

 

Ainsi, au début des années 1990, la politique du franc fort menée par Bérégovoy et maintenue malgré la récession de 1993-94 s'est traduite par un taux d'intérêt durablement plus élevé que le taux de croissance, expliquant le bond de la dette publique de la France pendant cette période.

 

Ce qu'oublient évidemment les partisans de l'ajustement structurel européen, c'est que les pays européens ont pour principaux clients et concurrents les autres pays européens, l'Union européenne étant globalement peu ouverte sur l'extérieur. Une réduction simultanée et massive des dépenses publiques de l'ensemble des pays de l'Union ne peut avoir pour effet qu'une récession aggravée et donc un nouvel alourdissement de la dette publique.

 

Mesure n°10: Maintenir le niveau des protections sociales, voire les améliorer (assurance-chômage, logement...) ;

 

Mesure n°11: accroître l'effort budgétaire en matière d'éducation, de recherche, d'investissements dans la reconversion écologique... pour mettre en place les conditions d'une croissance soutenable, permettant une forte baisse du chômage.

 

 

FAUSSE EVIDENCE N°6: LA DETTE PUBLIQUE REPORTE LE PRIX DE NOS EXCES SUR NOS PETITS-ENFANTS

 

Il est une autre affirmation fallacieuse qui confond économie ménagère et macroéconomie, celle selon laquelle la dette publique serait un transfert de richesse au détriment des générations futures. La dette publique est bien un mécanisme de transfert de richesses, mais c'est surtout des contribuables ordinaires vers les rentiers.

 

Ces politiques fiscales ont obligé les administrations publiques à s'endetter auprès des ménages aisés et des marchés financiers pour financer les déficits ainsi créés. C'est ce qu'on pourrait appeler « l'effet jackpot »: avec l'argent économisé sur leurs impôts, les riches ont pu acquérir les titres (porteurs d'intérêts) de la dette publique émise pour financer les déficits publics provoqués par les réductions d'impôts...

Mesure n°12: redonner un caractère fortement redistributif à la fiscalité directe sur les revenus (suppression des niches, création de nouvelles tranches et augmentation des taux de l'impôt sur le revenu...)

Mesure n°13: supprimer les exonérations consenties aux entreprises sans effets suffisants sur l'emploi

 

FAUSSE EVIDENCE N°7 : IL FAUT RASSURER LES MARCHES FINANCIERS POUR POUVOIR FINANCER LA DETTE PUBLIQUE

 

Au niveau de l'UE, la financiarisation de la dette publique a été inscrite dans les traités: depuis Maastricht les Banques centrales ont interdiction de financer directement les États, qui doivent trouver prêteurs sur les marchés financiers.

 

Résultat de ce choix doctrinaire, la Banque centrale européenne n'a ainsi pas le droit de souscrire directement aux émissions d'obligations publique des États européens.

 

Mesure n°14: autoriser la Banque centrale européenne à financer directement les États (ou à imposer aux banques commerciales de souscrire à l'émission d'obligations publiques) à bas taux d'intérêt, desserrant ainsi le carcan dans lequel les marchés financiers les étreignent

 

Mesure n°15: si nécessaire, restructurer la dette publique, par exemple en plafonnant le service de la dette publique à un certain % du PIB, et en opérant une discrimination entre les créanciers selon le volume des titres qu'ils détiennent: les très gros rentiers (particuliers ou institutions) doivent consentir un allongement sensible du profil de la dette, voire des annulations partielles ou totales. Il faut aussi renégocier les taux d'intérêt exorbitants des titres émis par les pays en difficulté depuis la crise.

 

 

FAUSSE EVIDENCE N°8: L'UNION EUROPÉNNE DÉFEND LE MODELE SOCIAL EUROPÉEN

 

L'Europe aurait dû défendre une vision spécifique de l'organisation de l'économie mondiale, la mondialisation régulée par des organismes de  gouvernance mondiale. Elle aurait dû permettre aux pays membres de maintenir un niveau élevé de dépenses publiques et de redistribution, en protégeant leur capacité de les financer par l'harmonisation de la fiscalité sur les personnes, les entreprises, les revenus du capital.

 

Cependant l'Europe n'a pas voulu assumer sa spécificité. La vision dominante actuellement à Bruxelles et au sein de la plupart des gouvernements nationaux est au contraire celle d'une Europe libérale, dont l'objectif est d'adapter les sociétés européennes aux exigences de la mondialisation : la construction européenne est l'occasion de mettre en cause le modèle social européen et de déréguler l'économie. La prééminence du droit de la concurrence sur les réglementations nationales et sur les droits sociaux dans le Marché unique permet d'introduire plus de concurrence sur les marchés des produits et des services, de diminuer l'importance des services publics et d'organiser la mise en concurrence des travailleurs européens.

 

Mesure n°16: remettre en cause la libre circulation des capitaux et des marchandises entre l'Union européenne et le reste du monde, en négociant des accords multilatéraux ou bilatéraux si nécessaire

 

Mesure n°17:  au lieu de la politique de concurrence, faire de « l'harmonisation dans le progrès » le fil directeur de la construction européenne. Mettre en place des objectifs communs à portée contraignante en matière de progrès social comme en matière macroéconomique (des  GOPS, grandes orientations de politique sociale) 

 

 

FAUSSE EVIDENCE N°9: L'EURO EST UN BOUCLIER CONTRE LA CRISE

 

Cette course au moins disant social a été remportée par l'Allemagne qui a su dégager d'importants surplus commerciaux au détriment de ses voisins et surtout de ses propres salariés, en s'imposant une baisse du coût du travail et des prestations sociales, ce qui lui a conféré un avantage commercial par rapport à ses voisins qui n'ont pu traiter leurs travailleurs aussi durement. Les excédents commerciaux allemands pèsent sur la croissance des autres pays. Les déficits budgétaires et commerciaux des uns ne sont que la contrepartie des excédents des autres... Les États membres n'ont pas été capables de définir une stratégie coordonnée.

 

Mesure n°18:  assurer une véritable coordination des politiques macroéconomiques et une réduction concertée des déséquilibres  commerciaux entre pays européens

 

Mesure n°19 : compenser les déséquilibres de paiements en Europe par une Banque de Règlements (organisant les prêts entre pays européens)

 

Mesure n°20: si la crise de l'euro mène à son éclatement, et en attendant la montée en régime du budget européen (cf. infra), établir un régime monétaire intraeuropéen (monnaie commune de type « bancor ») qui organise la résorption des déséquilibres des balances commerciales au sein de l'Europe

 

 

FAUSSE EVIDENCE N°10:  LA CRISE GRECQUE A ENFIN PERMIS D'AVANCER VERS UN GOUVERNEMENT ECONOMIQUE ET UNE VRAIE SOLIDARITE EUROPEENNE

 

Mesure n°21:  développer une fiscalité européenne (taxe carbone, impôt sur les bénéfices, ...) et un véritable budget européen pour aider à la convergence des économies et tendre vers une égalisation des conditions d'accès aux services publics et sociaux dans les divers États membres sur la base des meilleures pratiques.

 

Mesure n°22: lancer un vaste plan européen, financé par souscription auprès du public à taux d'intérêt faible mais garanti, et/ou par création monétaire de la BCE, pour engager la reconversion écologique de l'économie européenne.

 

 

CONCLUSION

 

METTRE EN DÉBAT LA POLITIQUE ECONOMIQUE,

TRACER DES CHEMINS POUR REFONDER L'UNION EUROPEENNE

 

L'Europe s'est construite depuis trois décennies sur une base technocratique excluant les populations du débat de politique économique. La doctrine néolibérale, qui repose sur l'hypothèse aujourd'hui indéfendable de l'efficience des marchés financiers, doit être abandonnée. Il faut rouvrir l'espace des politiques possibles et mettre en débat des propositions alternatives et cohérentes, qui brident le pouvoir de la finance et organisent l'harmonisation dans le progrès des systèmes économiques et sociaux européens.

 

Il n'est évidemment pas réaliste d'imaginer que 27 pays décideront en même temps d'opérer une telle rupture dans la méthode et les objectifs de la construction européenne. La Communauté économique européenne a commencé avec six pays : la refondation de l'Union européenne passera elle aussi au début par un accord entre quelques pays désireux d'explorer des voies alternatives.

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24 août 2010

Que faire face à la crise de la dette : débat Attali-Mélanchon


Jean-Luc Mélenchon et Jacques Attali à "Arrêt sur Images"
envoyé par lepartidegauche. - L'actualité du moment en vidéo.

Décidément, ce Jacques Attali est très fort ! Il avait prévu la crise depuis le début, mais avec sa modestie légendaire et pour ne pas humilier ses confrères économistes, il ne l'a pas dit avant 2009 !
En tout cas, ça fait plaisir d'entendre un homme politique parler de création monétaire ... et de rapport de force !

PP

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06 août 2010

Le FMI est, plus que jamais, au service des multinationales et des spéculateurs

Article de Jean-Jacques Chavigné paru dans Démocratie & Socialisme n°176 spécial été

Le « FMI nouveau » serait arrivé. L'ancien FMI et ses plans d'ajustements structurels » qui avaient semé misère et inégalités dans les pays du Sud aurait disparu comme par enchantement sous les effets de la crise de 2008-2009.

 
Pour Le Monde 26/03/2010 : « M. Strauss-Kahn, lui, voit couronnée son ambition de donner au Fonds une nouvelle jeunesse. Depuis qu'il en est le Directeur général, il a multiplié les réformes : augmentation des ressources financières, nouvelles répartitions des droits de vote... »

 
Le nouveau Directeur général du FMI, Dominique Strauss Khan monte lui-même au créneau et tente de persuader les salariés grecs et européens que cette institution a changé : « Les Grecs et les autres doivent voir le FMI tel qu'il est aujourd'hui. Le FMI est une sorte d'organisation de collaboration » (Nouvel Obs.com 25/04/201).

 
Mais « le FMI tel qu'il est aujourd'hui » n'a rien à envier au FMI d'hier. Il reste toujours aussi anti-démocratique. Il impose toujours aux pays qui sont obligés de solliciter ses crédits des « Plans d'Ajustements Structurels » tout aussi favorables aux multinationales, aux banques et aux spéculateurs qu'hier, tout aussi défavorables aux salariés, aux retraités, aux chômeurs, aux services publics.


 

Une institution discréditée remise à flot par le G20


Le FMI était pourtant considérablement discrédité et affaibli avant la crise de 2008-2009. Il n'avait plus que 17 milliards de crédits en portefeuille à la suite du remboursement  anticipé de leurs dettes par plusieurs pays du Sud bien décidés à échapper à ses griffes. Quant à ses deux derniers directeurs généraux, ils avaient du démissionner avant la fin de leur mandat...

 
Le FMI et son nouveau Directeur général, arrivé en novembre 2007 avec le soutien sans faille de Sarkozy, ont été remis en selle par la crise de 2008-2009 (le malheur des uns fait le bonheur des autres) et les 1 000 milliards de dollars que lui a accordés le G20  réuni à Londres le 2 avril 2009. Ces 1 000 milliards de dollars lui ont été confié dans un but bien précis : remettre de l'ordre (néolibéral) dans l'économie mondiale.  DSK s'est empressé d'obtempérer.

 
 

Une institution antidémocratique avant DSK


Le FMI comptait 186 membres. Mais son fonctionnement n'avait  rien de démocratique. Nous étions très loin du seul principe démocratique acceptable « Un pays, une voix ».

 
Le vote y était censitaire et lié à la quote-part versée par un Etat en fonction du montant de son PIB.
Les 10 premiers pays qui représentent plus de 50 % du PIB mondial avait la majorité des droits de vote. Il ne fallait donc pas s'étonner si la politique du FMI favorisait outrageusement les pays les plus riches.

 
La majorité requise pour les décisions importantes était de 85 %. Cela revenait à accorder un droit de veto aux Etats-Unis qui détenait 16,79 % des droits de vote.

 
Sa gestion courante était confiée à un Conseil d'Administration composé d'un président et de 24 administrateur représentant chacun une nation. 8 d'entre elles avaient un représentant permanent (USA, Royaume-Uni, Allemagne, Japon, Chine, Russie et Arabie saoudite) les 16 autres étaient élus.
 
L'Afrique au Sud du Sahara ne disposait que de deux membres au sein du CA et ces deux membres devaient exprimer le point de vue de 48 pays. La France disposait à elle seule d'un administrateur. Les pays de l'UE avaient 8 représentants au sein du CA sur un total de 24 membres, soit un tiers d'entre eux.

 
 

Avant DSK, l'instrumentalisation de la dette publique des pays du Sud


Cette dette avait été contractée durant les années 1960 et 1970. Elle avait été, le plus souvent, accordée à des dictatures : l'Indonésie de Suharto, l'Irak de Saddam Hussein, le Brésil de la junte militaire, les Philippines de Marcos, le Maroc d'Hassan II, le Chili de Pinochet, l'Iran du Shan, le Nicaragua de Somoza, la République haïtienne de Duvalier, l'Ouganda d'Idi Amin Dada, la Centrafrique de Bokassa, le Zaïre de Mobutu...

 
Les banques privées du Nord comme la Banque mondiale avaient, au cours de ces années, prêtés au pays en voie de développement à des taux très bas, voire même négatifs en tenant compte de l'inflation. Les banques du Nord  avaient alors pléthore de capitaux, notamment les dollars détenus par des banques non américaines (les « eurodollars ») et les « pétrodollars ».

 
Après l'élection de Margaret Thatcher au Royaume-Uni en 1979 et celle de Ronald Reagan aux Etats-Unis en 1980, l'économie néolibérale prenait son essor. Les taux d'intérêt des prêts accordés aux pays du Sud (à taux variables...) augmentaient rapidement et, alors qu'ils étaient de l'ordre de 4-5 % dans les années 1970, ils passaient à 16-18 % au milieu des années 1980. « Ainsi, du jour au lendemain, les pays du Sud ont dû rembourser trois fois plus d'intérêts tandis que les revenus d'exportation étaient en baisse ».

 
Le Sud avait donc dû emprunter de nouveau pour rembourser sa dette mais à des taux très élevés. Le piège de la dette s'était refermé sur les pays du Sud.

 
 

Avant DSK : des « Plans d'Ajustements Structurels » au service des sociétés transnationales, des banques et des spéculateurs


Les pays du Sud étant sous le joug de ses créanciers, la Banque Mondiale et le FMI avaient consenti à leur accorder des prêts (destinés à payer le service de leur dette et à financer les importations venant des pays du Nord) mais en conditionnant leurs prêts aux fameux « Plans d'Ajustement Structurels » (PAS) du FMI.

 
Le but de ces PAS, fondés sur « le compromis de Washington » de 1989,  était d'obliger les pays qui voulaient bénéficier de ces prêts à accepter une  plus grand ouverture aux capitaux, aux produits des sociétés transnationales du Nord ; à accepter la privatisation des entreprises publiques ainsi que l'austérité budgétaire.

 
Pour faciliter les exportations, les PAS obligeait les pays qui faisaient appel au FMI et à la Banque Mondiale à dévaluer leur monnaie. Les subventions accordées aux produits agricoles de base devaient être supprimées. Les produits agricoles nord-américains et européens envahirent alors les marchés locaux. Les PAS exigeaient l'élimination des barrières tarifaires protectrice. Le but était de rendre l'économie plus « compétitive », toujours sous le même prétexte, celui de pouvoir rembourser la dette.

 
La libre circulation des capitaux était également imposée : le contrôle des changes devait être éliminé. Les sociétés étrangères devaient pouvoir rapatrier leurs profits vers le Nord en devises (dollars, livres...)

 
La réalisation des prêts du FMI étaient conditionnés à ces réformes structurelles. Pour commencer à percevoir le premier dollar de ces prêts, il fallait que ces réformes soient substantiellement engagées. Pour continuer à les percevoir,  il fallait que le suivi trimestriel organisé par le FMI soit positif. Car les prêts n'étaient débloqués que tranche par tranche.

 
 

Avec DSK, le FMI est toujours aussi anti-démocratique


Rien n'a vraiment changé dans le fonctionnement du FMI, le droit de vote est toujours lié à la richesse d'un pays, le Conseil d'Administration est toujours composé de façon aussi inégalitaire, les décisions importantes nécessitent toujours 85 % des voix et les Etats-Unis qui conservent toujours 16,79 % des voix ont détiennent toujours le même droit de veto.

 
Le tapage médiatique organisé autour de la réforme du FMI ne permet pas de dissimuler le caractère cosmétique de cette réforme. La nouvelle répartition des droits de vote réduit, en effet, la part des pays riches de 2,78 % seulement. Ces quelques miettes sont distribuées aux pays émergents comme la Chine, la Corée du Sud, l''Inde, le Brésil et le Mexique.

 
Les « perdants » seraient le Royaume Uni et la France. Mais, en fait, la Chine disposera
d'une quote-part de 3,99 % alors que celle de la France sera encore de 4,50. Les pays du Nord conservent près de 58 % des voix et continueront à imposer, comme par le passé, leurs vues aux pays pauvres.

 
Les pays les moins avancés n'obtiennent aucune réévaluation de leurs poids au sein du FMI. A terme de la réforme 89 pays auront toujours un droit de vole inférieur à 0,1 % et seuls 12 pays d'Afrique subsaharienne dépasseront ce seuil.

 
Rien n'a donc changé sous le soleil du FMI et personne ne pouvait imaginer le contraire, notamment que les Etats-Unis pourraient abandonner leur droit de veto qui fait du FMI un instrument aux mains des Etats-Unis.


 

Avec DSK, le FMI instrumentalise la dette publique des pays du Nord comme du Sud

 

Le but est identique dans les deux cas : obliger les Etats qui ne peuvent pas faire autrement qu'emprunter au FMI à accélérer les réformes « structurelles » de leurs économies.

 
Le premier but de ces réformes est de diminuer les dépenses publiques (salaires des fonctionnaires, retraites par répartition, investissements dans la santé ou l'éducation...) pour permettre le remboursement des dettes publiques souscrites par les banques et les spéculateurs. Ces mêmes banques et ces mêmes spéculateurs qui avaient précipité l'économie mondiale dans la crise de 2008-2009 et dont le renflouement est à l'origine de l'explosion des dettes publiques. Le FMI, en l'occurrence joue le rôle d'une agence de recouvrement de fonds dans le cadre d'un deuxième plan de refinancement des banques. .

 
Le deuxième objectif de ces réformes est de livrer les services publics de ces pays aux firmes transnationales.

 
Le troisième objectif de ces réformes « structurelles » est de « flexibiliser » le marché du travail c'est-à-dire de rendre les licenciements et les délocalisations plus faciles pour les employeurs, de diminuer les allocations-chômage sous prétexte d'obliger les chômeurs à chercher du travail alors que la crise détruit des millions d'emplois dans le monde.

 
Le quatrième objectif est d'augmenter les profits en multipliant les exonérations de cotisations sociales ou d'impôts pour les entreprises, sous prétexte de diminuer les « prélèvements obligatoires », en gelant ou en baissant carrément les salaires.

 
Le FMI (main dans la main avec l'Union européenne dans la plupart des cas) instrumentalise aujourd'hui les dettes de la périphérie des pays du Nord (pays d'Europe centrale et orientale, pays du Sud de l'Europe) pour leurs imposer ces « réformes structurelles » néolibérales. Les mêmes réformes qui nous avaient mené tout droit à la crise de 2008-2009.

 
Il ne dédaigne pas, pour autant, imposer sa loi à un pays comme le Nicaragua où il suspend le paiement d'un crédit de 18 millions de dollars après que le gouvernement de ce pays ait accordé, en mai 2010, une prime mensuelle de 529 cordobas (25 dollars) aux travailleurs du secteur public à bas revenus.


  
Avec DSK, les « Plans d'Ajustements Structurels » au service des sociétés transnationales, des banques et des spéculateurs se multiplient



Officiellement, le « consensus de Washington »  n'a plus cours mais en réalité les conditions qu'impose le FMI aux pays qui font appel à lui pour faire face aux échéances de leurs dettes publiques, n'ont pas changé et leur logique est toujours la même.
Il suffit de passer en revue les « Plans d'ajustement structurels » imposés aux pays de l'est et du sud de l'Europe pour s'en rendre compte.

 
Hongrie
 
Ce fut le premier pays à solliciter un prêt du FMI après la crise financière. Ce prêt a été conditionné à la suppression du 13ème mois de salaires des fonctionnaires hongrois.

 
Lettonie
 
L'accord signé en juin 2009 conditionne l'octroi d'un prêt du FMI de 7,5 milliards de dollars à une baisse de 15 % du salaire des fonctionnaires, à une diminution du salaire minimum.et à une baisse du montant des retraites.

La Cour Constitutionnelle de Lettonie ayant estimé inconstitutionnelle cette diminution du montant des retraites, le FMI se refuse à réaliser la deuxième tranche d'un prêt pourtant accordé. Qu'importe si depuis la signature de l'accord, le chômage a augmenté de 150 %.

 
Roumanie

La Roumanie a conclu en mars 2009 un accord avec le FMI, l'Union européenne et la Banque Mondiale.
La réalisation d'un prêt de 20 milliards d'euros est conditionnée, tout d'abord, à la réduction de la masse salariale du secteur public de 9 % à 6 % du PIB en cinq ans, impliquant diminution de salaires et 100 000 suppressions de postes. Conditionnée, ensuite, à une « réforme » du système de retraites.

Le FMI et l'UE en mission à Bucarest le 14 décembre 2009, n'ont pas hésité à intervenir directement dans l'élaboration du budget 2010.


 
Ukraine
 
Ce pays avait jugé « inacceptables »  les conditions imposées par le FMI : relèvement progressif de l'âge de la retraite et hausse des tarifs du logement. Le FMI avait alors stoppé ses financements.
L'Ukraine semble, de nouveau, obligée de négocier avec le FMI qui maintient ses premières conditions et ajoute l'exigence d'une réforme « structurelle » des secteurs financiers et énergétiques permettant de livrer ces secteurs aux intérêts des firmes transnationales.

 
 
Islande

L'Islande était la meilleure élève du néolibéralisme avec en première ligne ses trois principales banques : Kaupthing, Glitnir et Landbanski, privatisées en 2003.
La dernière de ces trois banques, Landbanski, était particulièrement agressive. Elle avait créé une filiale en ligne (pas de guichets, seulement une liaison par l'internet), « Icesave » qui offrait des rendements particulièrement risqués mais très rémunérateurs à ses clients.
Elle avait été lancée au Royaume Uni en octobre 2006, avec son siège social au cœur de la City.

 
Quand les marchés financiers se sont effondrés, les trois banques islandaises ont été parmi les premières à faire faillite. Les comptes d'  « Icesave » ont été aussitôt gelés.
Alors que des files d'attente commençaient à s'allonger devant les banques britanniques, le gouvernement anglais avait eu peur de la panique que pouvait déclencher le gel des comptes d' « Icesave ». Il avait donc décidé d'indemniser en grande partie les spéculateurs qui avaient déposé leurs fonds chez cette filiale de la Landbanski. La Haye a fait de même pour les clients néerlandais.
 
Londres et La Haye se sont ensuite retournés contre Reykjavik pour exiger la restitution des sommes qu'ils avaient déboursées.

 
Complètement étranglée, en plein récession, l'Islande a du faire appel au FMI. Ce dernier, comme d'habitude, a ajouté la misère à la misère en exigeant, en contrepartie d'un prêt de 2,1 milliards d'euros des coupes claires dans les dépenses publiques (santé, éducation), des augmentations d'impôts indirects et une hausse des taux d'intérêts qui asphyxie les particuliers et les petites entreprises.
 
Mais, seules les deux premières tranches de ce prêt ont été débloquées, pour un total de 1,1 milliards. Le déblocage d'une troisième tranche est soumise à l'acceptation par l'Islande de payer le Royaume-Uni et les Pays-Bas.  Ce que les Islandais ont refusé lors du référendum du 6 mars dernier où 93,3 % des votants se sont prononcés contre le paiement dd 4 milliards d'euros au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.


 
Grèce

C'est le laboratoire de ce qui attend tous les salariés européens si nous laissons faire le FMI et la Commission européenne.

 
Toute la panoplie des réformes « structurelles », des Plans d'ajustements structurels du FMI s'y déploie.
Suppression de deux mois de salaires des fonctionnaires.

Recul de l'âge légal de la retraite, de 5 ans pour les femmes, en fonction de l'espérance de vie pour les hommes. Le montant de la retraite n'est plus calculé sur le dernier salaire mais sur l'ensemble de la carrière, entraînant une baisse du montant net de la retraite de plus de 50 %.
Taux de la TVA porté de 19 % à 23 %. Taxe sur les carburants augmentée deux fois de suite de 10 %.
Suppression des quelques obstacles aux licenciements existant dans le droit du travail grec.
Instauration d'un salaire minimum spécifique pour les jeunes et les chômeurs de longue durée, à l'image du CPE que la droite avait voulu imposer en France.
Réductions des dépenses de l'Etat (santé, éducation,) de 1,5 milliard d'euros.
Les services publics sont privatisés et livrés aux multinationales européennes. 49 % de Trainose, la filiale transport du groupe ferroviaire public Ose sont offerts aux appétits du secteur privé grec et étranger. Il en va de même pour 10 % de la société publique d'électricité. Les ports de Salonique et du Pirée, comme les ports régionaux voient les intérêts privés entrer pour 49 % dans leur capital social.
Le gouvernement grec a perdu toute autonomie en matière budgétaire et économique. La Grèce fait l'objet d'un suivi trimestriel du FMI et DSK en a brandi la menace : si les mesures prévues ne sont pas prises, le FMI, comme l'UE « pourraient être amenés à se retirer ».
Le chômage atteint 20 % de la population active.


 


Le FMI, avant même que l'Espagne ait eu à faire appel à lui, intervient dans la conduite de son économie


Alors que l'Espagne compte, elle aussi,  plus de 20 % de chômeurs au premier trimestre 2010, DSK affirme : « Le marché du travail doit être plus efficace et la manière dont les gens sont embauchés ou parfois renvoyés doit être faite de la même manière que dans le reste de l'Europe, pas plus, pas moins ». La traduction est facile : moins de CDI, plus de CPE, plus de  CDD, précarité et licenciement et délocalisations facilités.

 
Le premier Ministre espagnol, le socialiste José Luis Zapatero en a tiré les conclusions et présenté les grandes lignes d'une réforme du marché du travail pour réduire l'écart entre employées à durée indéterminée bien protégée et un nombre grandissant de travailleurs précaires. La réduction de l'écart se fera, évidemment, aux dépens des fonctionnaires.


Le 12 mai, le gouvernement de Zapatero annonçait une forte réduction des salaires de la Fonction publique et des dépenses d'investissement de l'Etat dans le but d'économiser 15 milliards d'euros en 2010 et en 2011.

 
 

Le FMI se mêle, aussi, de l'économie française


Il préconise (lettre du 29 juillet 2009 du Conseil d'Administration du FMI) de poursuivre les réformes entamées par Nicolas Sarkozy et précise : « Il s'agirait entre autres de continue de faire preuve de modération dans l'établissement du salaire minimum (...) de relever l'âge légal du départ à la retraite pour promouvoir l'emploi des seniors... »

 
Le Directeur général du FMI, DSK, n'hésite pas à prendre position sur l'âge légal de la retraite en France.  Il retrouve les accents de Laurence Parisot  pour asséner cet énorme mensonge : « On vit 100 ans, on ne va continuer à avoir la retraite à 60 ans » (Le Figaro du 20 mai 2010).
 
 

Une politique encore plus nocive

Avec DSK, la politique du FMI n'a pas change. Elle est toujours dirigée contre les salariés, les retraités, les peuples ; toujours aussi  favorable, de façon éhontée,  aux firmes transnationales, aux banques et aux spéculateurs.

Mais cette politique est aujourd'hui beaucoup plus nocive. Le FMI dispose effet, maintenant de moyens de nuire (1 000 milliards de dollars) autrement plus considérables qu'avant la crise.

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16 juillet 2010

Sarkozy et l'impôt : trois contrevérités et un dogme

Par Jean Matouk / Article paru sur Eco89

Pathétique. Le mot peut sembler fort, mais c'est bien celui qui vient à l'esprit, une fois écarté le voile d'un indiscutable talent de bateleur, quand on entend Nicolas Sarkozy s'arc-bouter à son refus de hausse des impôts, à l'aide de chiffres faux et de quelques contrevérités, face à David Pujadas.

« Nous sommes le pays qui payons le plus d'impôts avec la Suède. » Faux

Selon les statistiques OCDE de 2007 -donc avant la loi Tepa de juillet 2007 en France-, nos prélèvements obligatoires représentaient 44,2% du PIB, ce qui plaçait la France au quatrième rang derrière le Danemark, la Suède, et la Belgique. Dans le peloton de tête, oui, mais pour le total des prélèvements et non pour les seuls impôts.

En excluant les cotisations sociales -bref pour les vrais « impôts »-, la France, selon les même statistiques, était treizième, avec devant elle tous les pays scandinaves, l'Australie et la Nouvelle Zélande, le Canada, l'Italie et la Belgique...

Considérons maintenant l'impôt sur le revenu des personnes physiques. Avec 7,7% du PIB, notre IRPP est aussi treizième. Loin devant nous : Danemark 24%, Suède 15%, Belgique 13% Etats-Unis 10,2% . L'Allemagne est à 8,7%.

Prend-on la part de l'IRPP dans la taxation totale ? Avec 17% seulement, nous sommes encore plus loin dans le classement...

« Nous sommes le pays où le taux d'imposition sur les plus hautes tranches et le plus élevés. » Faux

En 2008, le taux maximum a été de 45,8% (source Eurostat, juin 2009). A comparer, après que certains Etats aient baissé leurs impôts au titre de la relance à 59% au Danemark, 56,4% en Suède, 53,7% en Belgique, 52% aux Pays-Bas, 50% en Finlande et Autriche, 47,5% en Allemagne. Nos taux ne sont pas parmi les plus bas, mais pas non plus les plus hauts.

« L'Allemagne a depuis des années le bouclier fiscal. » Faux

La Cour constitutionnelle de Karlsruhe a effectivement limité en 1995 l'impôt sur la fortune à 50% du revenu, mais cet impôt ayant été supprimé, la limite ne s'applique plus. La Cour a même précisé que cette limite pouvait être dépassée pour l'impôt sur le revenu.

Nombre de pays n'ont pas de bouclier fiscal. Au contraire, aux Etats-Unis, les contribuables dont l'impôt payé paraît vraiment trop faible par rapport à leur revenus, parce qu'ils utilisent tous les moyens possibles pour réduire l'impôt, peuvent être forfaitairement imposés en hausse par la disposition dénommée AMT, « alternative minimum tax ».

Au demeurant, le bouclier fiscal français, surtout depuis que la limite a été portée de 60% à 50% par Nicolas Sarkozy, anéantit presque l'effet de l'impôt sur la fortune.

Un dogme

Bref, nous avons vu lundi soir un Président qui s'accrochait à son dogme « pas de hausse d'impôts » pour tenter de conserver la part la plus aisée de son électorat. Ce faisant, il sabote dans l'opinion une réforme nécessaire des retraites. Car s'il est effectivement inévitable d'allonger la durée de cotisation (de préférence à l'âge minimal), c'est le refus d'apporter de nouvelles ressources financières par la fiscalité qui nourrit l'injustice du dispositif et révolte les Français les plus lucides sur ce point.

Début 2009, je me permettais d'exhorter le Président à un discours de rigueur solidaire face à la crise qui s'annonçait, en revenant sur les baisses d'impôts successives depuis 2002. C'était, bien sûr, transgresser son dogme électoral, mais le moment s'y prêtait. C'était l'intérêt de la France.

Il avait assez bien géré la crise bancaire et les mesures de relance étaient justifiées. Mais il fallait en financer une part importante par l'impôt, ce qui avait le double intérêt de matérialiser la solidarité nationale dans l'épreuve et de fournir des ressources fiscales, lesquelles, prélevées sur les plus aisés, n'allaient en rien contre la relance.

Mais il a préféré financer celle-ci par la dette.

Aujourd'hui, il s'accroche encore au dogme en exposant une prévision de croissance de 2,5% pour 2011 qui paraît excessive à tous les experts. Elle sera au mieux de 1,6%. Tel est le consensus actuel des économistes.

Avec ce taux de croissance, impossible de tenir la réduction du déficit qu'il envisage sans hausse des impôts directs et sans doute aussi de la TVA. Pourtant, comme le propose Patrick Artus dans un article récent, on pourrait trouver 45 milliards d'euros simplement en taxant au même niveau que les revenus :

  • les loyers
  • les intérêts
  • les dividendes
  • les plus-values en capital.

Ensuite, une hausse du taux marginal procurerait de nouvelles ressources bien utiles aujourd'hui.

Mais Nicolas Sarkozy s'entête et espère « tenir » jusqu'au débat présidentiel de 2012, durant lequel il promettra encore de ne pas hausser les impôts, à moins qu'il n'annonce une hausse de la TVA qui paraîtra indispensable mais préservera sa clientèle fiscale.

Par ailleurs, il tentera d'évacuer le problème des finances en rivalisant de démagogie sécuritaire avec la candidate du Front national. S'il est réélu, la vraie rigueur fiscale sera pour 2013. C'est d'ailleurs à cette date qu'il a fixé, vis-à-vis des autorités de Bruxelles, la rentrée de la France dans la norme de 3% pour le déficit Comment passera-t-il les caps de 2011 et 2012 ? Nul ne le sait.

Déjà, ordonner à son gouvernement de ne pas parler de rigueur -posture qu'il a confirmée lundi soir- était ridicule lorsque l'on connaît les mesures qu'il compte mettre en œuvre. Il a contraint sa ministre de l'Economie à « inventer » le terme de « rilance » pour écarter celui de « rigueur ».

Mais lundi soir, l'homme du Fouquet's était pathétique avec la réaffirmation de son dogme fiscal, son couplet en défense de l'argent, son discours sur les capitaux qui fuiraient (ses mesures, au demeurant, les ont-ils fait revenir ? Dans quelles usines, dans quels bureaux d'études ? ), pour qui essayait sincèrement de décrypter son discours.

 

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08 juillet 2010

Crise systémique : les USA au bord du gouffre

 http://www.betapolitique.fr/Crise-systemique-les-USA-au-b...

Le nouveau rapport de L'OCC, l'Office of Comptroller of the Currency, l'organisme gouvernemental de tutelle des banques US, dépendant du trésor américain, est sorti le 23 juin 2010.


Intitulé « OCC and OTS Release Mortgage Metrics Report for First Quarter of 2010 », il fait le point sur les prêts immobiliers (non commerciaux) US, leur nombre, leur répartition par catégories et surtout, dénombre les saisies immobilières en cours.
(Source)

Etant un organisme gouvernemental de contrôle des banques, ses données sont exceptionnelles sur le plan qualitatif, des données qui prouvent que l'économie US est en phase avancée de destruction, ceci en totale contradiction avec ce que l'on peut lire dans la presse.

Pour commencer, il faut savoir que l'ensemble des crédits immobiliers non commerciaux aux USA représentent 5947,548 milliards de dollars soit plus de deux fois le PIB de la France. Or, ce rapport de l'OCC nous apprend que 87,3 % de ces prêts sont remboursés (voir tableau : encadré en rouge « current and performing ») ce qui signifie que 12,7 % de ces prêts sont actuellement en difficultés.
Les USA se retrouvent donc avec une ardoise immobilière brute de 755,33 milliards de dollars.
N'oublions pas que le 20 septembre 2008, Paulson le secrétaire au trésor, le président de la Réserve fédérale des États-Unis, Ben Bernanke ainsi que Christopher Cox (président de la SEC) mirent au point le TARP, le Troubled Asset Relief Program permettant de racheter 700 milliards USD de MBS (mortgage-backed securities, un titre hypothécaire) afin de combler les dettes des institutions financières.

Il faudra donc mettre en place un Tarp II, suivi d'un Tarp III car l'immobilier commercial est lui aussi en zone rouge selon un rapport publié par le COP, le Congressionnal Oversight Panel (Congrès US). Un énorme krach de l'immobilier commercial serait en effet en cours avec près de 1.400 milliards de dollars de crédits immobiliers commerciaux à refinancer sur 3 ans, soit près de 466,6 milliards de dollars à trouver par an, ce qui est pour ma part un montant sous évalué qu'il faudrait plutôt situer autour des 600 milliards.

Les « petites banques » US n'y survivront pas et on assistera à une super concentration du secteur bancaire.

Les USA auront donc, si tout va bien, près de 1200 milliards de dollars à trouver cette année pour sauver les banques du trou noir immobilier ! (Source)

Plus inquiétant encore, les procédures de saisies immobilières ont augmenté de 8,5 % au premier trimestre 2010 (malgré la renégociation, la modification de la plupart des prêts) avec 1 170 874 procédures. Il y a donc 12 866 procédures de saisies immobilières par jour aux USA, des milliers de familles jetées à la rue.
Le nombre de SDF n'est pas prêt de diminuer (lire sur ce point précis : ici) !

Il n'y a donc pas eu de miracle Obama !

Il faut rappeler que les Etats-Unis ont une dette totale (publique et privée) de 52 859 milliards de dollars soit 375 % du PIB US et plus que le PIB mondial qui va encore s'aggraver et devrait atteindre les 400 % en fin d'année. Heureusement que les agences de notations sont américaines car les problèmes grecs ne sont rien en comparaison !

Il est intéressant de noter qu'Ayn Rand a été l'égérie d'Anton LaVey, des libertariens et d'Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale jusqu'en 2006. Ce dernier est d'ailleurs l'un des responsables de la crise actuelle par sa politique des taux très bas puis brutalement relevés. Il a ainsi fait passer le taux directeur de la Fed (la banque centrale US), de 1% le 25 juin 2003, à 4,5% (plafond à 5,25% le 29 juin 2006) le jour de son départ, le 31 janvier 2006. Voici la véritable origine de la crise des subprimes (prêts immobiliers à risques) qui a historiquement débuté au second trimestre 2006 à cause de ce réhaussement des taux, entraînant l'envolée des mensualités pour les emprunteurs. On raconte n'importe quoi sur l'origine de cette crise qui n'est pas imputable aux banques, mais à la banque centrale américaine, la Fed !

Ayn Rand a ainsi écrit dans son livre la révolte d'Atlas publié en 1957 : « Lorsqu'on constate que le commerce se fait non par consentement mais par compulsion lorsqu'on constate que pour produire, il faut auparavant obtenir la permission d'hommes qui ne produisent rien - lorsqu'on constate que l'argent afflue vers ceux qui dispensent non des biens mais des faveurs - lorsqu'on constate que les hommes deviennent plus riches par la subornation et les pressions que par le travail, et que les lois ne vous protègent pas de tels hommes, mais les protègent au contraire de vous - lorsqu'on constate que la corruption est récompensée et que l'honnêteté devient un sacrifice - on sait alors que la société est condamnée ».

11:13 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise | | |  Facebook | | |

07 juillet 2010

Le plan d'austérité britannique pourrait tuer 1,3 million d'emplois

Evidemment, aucun risque que le plan de rigueur français (pardon de "ri-lance", pour reprendre l'expression de la Ministre de l'Economie Christine Lagarde, toujours très créative quand il s'agit de proférer des inepties plus grosses qu'elles!) ne conduise à de telles conséquences fâcheuses...

LEMONDE.FR | 30.06.10 | 17h24

 

Le chiffre, impressionnant, a été révélé mardi 29 juin par le quotidien anglais The Guardian et provient de fuites issues d'un document du Trésor, dirigé par le conservateur George Osborne. Pressé de réagir à cette information par une députée de l'opposition travailliste, Harriet Harman, le premier ministre, David Cameron, a refusé de s'expliquer sur la non-publication de ces chiffres.

 

Selon les documents consultés par The Guardian, le plan d'austérité - qui doit ramener les finances publiques à l'équilibre d'ici à cinq ans - entraînerait la destruction de 500 000 à 600 000 emplois dans la fonction publique, et 600 000 à 700 000 postes dans le secteur privé.

La perte dans le public correspond à une diminution de 25 % des dépenses de fonctionnement du gouvernement entre 2010 et 2015, une compression budgétaire sans précédent depuis la seconde guerre mondiale. La destruction d'emplois dans le privé résulterait, quant à elle, de la diminution des contrats publics-privés ainsi que de la baisse des dépenses publiques.

 

DES PRÉVISIONS JUGÉES TROP OPTIMISTES

Or, l'éventualité de telles pertes n'a jamais été évoquée publiquement par les auteurs du plan d'économies, qui ont préféré faire valoir les 2,5 millions d'emplois que le retour de la croissance économique entraînera dans les cinq prochaines années, selon leurs propres prévisions.

 

L'opposition et les syndicats ont immédiatement dénoncé le manque d'honnêteté du gouvernement : l'ancien ministre des finances, le travailliste Alistair Darling, s'est inquiété des risques engendrés par le plan de rigueur, soulignant qu'en cas d'erreur de la part du gouvernement, "les gens qui ont perdu leur travail n'en retrouveront pas".

 

Un éditorialiste du journal The Independent, classé à gauche, relève, en outre, que, toutes choses égales par ailleurs, les réductions d'emploi auraient été inévitables sous un gouvernement travailliste, mais que leur ampleur aurait été moindre.

 

Pour se défendre, le gouvernement a fait appel aux dernières prévisions économiques du bureau pour la responsabilité budgétaire, une instance nouvellement créée pour surveiller le bien-fondé des dépenses publiques, qui prévoit une légère amélioration du marché de l'emploi pour le second semestre 2010 ainsi qu'une reprise progressive des créations de postes jusqu'en 2015. Des chiffres dénoncés par les syndicats, pour qui les anticipations du gouvernement relèvent tout simplement de la "méthode Coué".

 

Il n'en fallait pas plus pour nourrir la grogne sociale : "Le gouvernement vient d'engager un combat contre la classe ouvrière, et nous sommes prêts à nous battre", a déclaré Bob Crowe, le délégué général du puissant syndicat des transports.

 

Pour en savoir plus :

10:51 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : crise, europe | | |  Facebook | | |