30 juillet 2008

GDF Suez

A l’heure où il est de bon ton de saluer la naissance d’un « leader mondial de l’énergie », certains analystes s’interrogent sur les performances futures du nouvel ensemble et surtout sur sa capacité à surmonter les différences de cultures entre les deux entreprises…

La culture d'entreprise et le management de Suez devraient prendre le dessus au sein de GDF Suez mais cela ne se fera pas du jour au lendemain et entraînera des tensions qui pourraient retarder l'intégration du nouveau géant mondial de l'énergie. Le mariage de Gaz de France - qui était contrôlé par l'Etat - et du groupe privé Suez a eu lieu officiellement mardi après deux ans et demi de fiançailles, donnant naissance à un nouvel ensemble dont les activités gazières et électriques sont complémentaires. Il devrait générer un milliard d'euros de « synergies opérationnelles » à l'horizon 2013.

Alors que les analystes financiers saluent la pertinence de l'opération au niveau géographique et des activités, certains estiment que la direction bicéphale du nouvel ensemble est intenable et que les différences culturelles rendront difficile la génération de synergies supérieures à l'objectif affiché.

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Gérard Mestrallet, ex-président de Suez, est devenu le P-DG du nouveau groupe tandis que l'ex P-DG de GDF Jean-François Cirelli a été nommé vice-président et directeur général délégué. A un étage plus bas, les cadres de GDF Yves Colliou et Jean-Marie Dauger partagent les responsabilités de vice-présidents avec les hauts dirigeants de Suez Jean-Pierre Hansen et Gérard Lamarche, ce dernier étant en charge des finances. Le comité exécutif comprend toutefois sept cadres de Suez, en charge des divisions clés de l'énergie à l'international, de la stratégie et de la communication, contre six pour GDF.

« Les flingues vont sortir. Tous les patrons sont des hommes clés de Suez qui vont dégommer les uns après les autres les anciens de GDF », prédit un analyste basé à Paris sous couvert d'anonymat. Pour l'anecdote, il suffit de jeter un oeil au nouveau logo pour voir que c'est Suez qui impose son «esprit».

Selon un autre analyste, basé à Londres, « il y aura petit à petit une majorité d'anciens de Suez et cela va créer des tensions. Il ne faudrait pas sous-estimer ces tensions entre les hommes. Cela pourrait retarder les décisions, créer une publicité négative et, si cela dure, entraîner une intervention du gouvernement. GDF dispose de bons réseaux dans le monde politique et pourrait demander le soutien du gouvernement pour résoudre les problèmes. »

Dans gDf SuEz, il manque juste le A pour faire «EADS» !

PP

29 juin 2008

Xavier Bertrand ne manque pas d'air

Dans l’édition du 29 juin de Midi Libre, Xavier Bertrand fustige la gestion de la région Languedoc Roussillon. Au journaliste qui l’interroge sur la politique de Georges Frêche, il répond : « Vous parlez de cette région qui détient le record (…) de l’explosion des impôts locaux ? (…) Et pourquoi faire ces impôts ? Campagne de promotion, d’autopromotion ».

Nous parlons bien de Xavier Bertrand ? Ce Xavier Bertrand qui fait partie d’un gouvernement qui a dépensé plus de 4 millions d’euros pour financer une campagne de propagande télévisée, destinée à vanter les mérites de sa politique économique ? Malgré ces efforts pathétiques, cette politique économique fait malheureusement la preuve, au fil des jours, de son incohérence et de son inefficacité : chômage qui repart à la hausse, croissance en berne, moral des ménages au plus bas depuis 20 ans, pouvoir d’achat en baisse, explosion du nombre de travailleurs pauvres, balance commerciale largement déficitaire, …
Alors, Mr Bertrand, avant de venir jouer les « porte-flingues » de l’UMP dans notre région, commencez à balayer devant la porte de vos amis du gouvernement !

PP

26 juin 2008

Pub...

De retour après une période un peu chargée…mais il faut bien faire bouillir la marmite de temps en temps ! « Travailler plus pour gagner plus » en quelque sorte. En fait, je viens de terminer la rédaction d’un livre consacré aux tableaux croisés dynamiques d’Excel. Très peu de chances d’obtenir le prix Nobel de littérature ! A paraître aux éditions Micro Application, il sera en vente dans toutes les bonnes librairies dès septembre 2008 ! Bon assez d’auto-promotion… Quoique, je ne suis pas le seul à faire ma publicité. Le gouvernement aussi fait lui-même sa promotion concernant le pouvoir d’achat.

4,3 millions d’euros ont donc été dépensés pour nous convaincre que la politique menée était la bonne et que nous sommes vraiment nuls de n’avoir rien compris.



C’est le retour de la bonne vieille propagande avec de bons français heureux de contribuer au redressement national ! Il aurait fallu supprimer plus tôt la publicité sur les chaînes publiques, cela nous aurait évité de voir ces inepties.
Télé publique, réforme de l’armée, déremboursement des affections de longue durée…pas de répit pour la « modernisation » ! Quelques jours sans suivre l’actualité et l’on est largué par le train des « réformes ». J’essaierai de traiter quelques uns de ces sujets dans les prochains jours, mais revenons au pouvoir d’achat.

Pour ceux qui n’auraient pas été convaincus par les spots publicitaires, le secrétaire d'Etat chargé de la Consommation a jugé les chiffres de la consommation du mois de mai « encourageants » (+2%, après 2 mois de baisse), car « de manière globale dans une période économique incertaine, les Français continuent de consommer ».
Pourtant, lundi, les enquêtes auprès des directeurs d'achat (PMI) ont montré une contraction de l'activité en France et dans la zone euro en juin, tant dans l'industrie que dans les services.
De plus, l'Insee a annoncé mardi une stagnation de la confiance des industriels en juin, avec un indicateur synthétique du climat des affaires qui est resté stable à 102 - son plus bas niveau depuis décembre 2005 - après une chute de quatre points le mois précédent.
Parallèlement le ministère de l'Ecologie a annoncé une nouvelle et inquiétante chute des mises en chantier, en baisse de 22% sur les trois mois de mars à mai par rapport à la période identique de 2007, qui confirme le retournement du marché immobilier en France.
Selon la plupart des économistes, le rebond de mai est purement conjoncturel et rien ne remet en cause un scénario fondé sur un net ralentissement de l’économie française au 2ème trimestre.
Il va falloir mettre le paquet sur la pub ! La deuxième coupure publicitaire sur les chaînes privées ne sera pas de trop pour diffuser la bonne parole.

PP

20 juin 2008

Croissance, inflation et pouvoir d'achat...

Inflation au plus haut depuis 1991, pouvoir d'achat en stagnation, consommation atone et retournement du marché immobilier: l'économie française va subir un "net coup de frein" en 2008 avec seulement 1,6% de croissance, selon les dernières prévisions de l'Insee.

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Alors que le gouvernement prévoit pour l'instant une croissance comprise entre 1,7% et 2,0% cette année, l'Institut national de la statistique estime qu'après une hausse inattendue de 0,6% au premier trimestre, le PIB de la France, rattrapée par la crise financière internationale, ne progresserait plus que de 0,2% au deuxième.
Il stagnerait ensuite (+0,0%) au troisième, avant de rebondir faiblement (+0,2%) les trois derniers mois de l'année.

Un niveau médiocre et de mauvais augure pour la croissance en 2009, que le gouvernement annonce pourtant en légère accélération (entre 1,75% et 2,25%).

La principale responsable est l'inflation, attisée par la hausse des prix du pétrole et produits alimentaires, qui devrait rester supérieure à 3% une bonne partie de l'année avec un pic à 3,6% en juillet.
Elle devrait ensuite progressivement s'assagir, pour une inflation moyenne de 3,2% sur l'ensemble de 2008 (dont environ 1,2 point lié au prix de l'énergie et 1 point lié aux prix alimentaires). Cela suppose toutefois que le baril de pétrole se maintienne autour de 130 dollars.
Dans ses dernières prévisions publiques, le gouvernement français prévoit de son côté une inflation moyenne de 2,2%. Mais avec un baril de Brent à 100 dollars...
Ces prévisions d'inflation seront réévaluées prochainement, a-t-on assuré dans l'entourage de la ministre de l'Economie Christine Lagarde.
A Bercy, on juge toutefois "assez pessimistes" ces prévisions de croissance et d'inflation de l'Insee, soulignant qu'elles sont inférieures à celles, déjà sévères pour la France, des principales institutions internationales (OCDE, FMI, Commission européenne).

Cette inflation record depuis 1991 "ampute" inévitablement le pouvoir d'achat des Français qui ne progressera que très faiblement tout au long de l'année, prévient l'Insee. Il ne gagnerait au total que 0,9%, contre 3,3% en 2007.
Quant au pouvoir d'achat "par unité de consommation", qui prend mieux en compte les évolutions démographiques de la société, il devrait même stagner (+0%) sur l'ensemble de l'année.

Il s'agit en outre d'une moyenne sur l'ensemble de la population française. Or les carburants et l'alimentation étant les dépenses qui pèsent le plus lourd dans le budget des foyers les plus pauvres, il est vraisemblable que le pouvoir d'achat de ces derniers régressera purement et simplement cette année.

Autant de facteurs négatifs qui vont fatalement peser sur la consommation des ménages, traditionnel moteur de la croissance française ces dernières années, explique l'Insee. Déjà mal en point au premier trimestre de l'année, cette consommation restera "atone", et la consommation alimentaire devrait même reculer fortement (-1,1%).

Autre victime de la crise financière et d'une croissance en berne: l'investissement en logement des ménages, qui devrait reculer. Pour l'Insee, le "retournement" de l'immobilier "est désormais engagé en France", même si son ampleur reste encore incertaine.
Dans un environnement mondial moins porteur, le commerce extérieur devrait encore creuser un peu plus son déficit et peser davantage sur la croissance.

20 mai 2008

L'économie des régions

En économie, on parle souvent de « la » France comme d’une entité unique et indivisible. Il est également instructif de s’intéresser aux territoires qui la composent : les Régions.

(Pour télécharger les graphiques de cette note, cliquez ici)

Le graphique suivant permet de visualiser la contribution de chaque région (hors Ile de France, « hors compétition » avec ses 447 milliards d’€) à la création de richesse (mesurée par la valeur ajoutée). La première région de province est la région Rhône-Alpes avec près de 155 milliards d’€. La Corse arrive en queue de peloton avec moins de 6 milliards.

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Au-delà de la seule valeur, la structure de la valeur ajoutée (VA) est intéressante.
Sauf en Champagne-Ardenne, en Franche-Comté et en Haute Normandie, les services représentent plus de 70 % de la VA.
En PACA, en Ile de France et … en Corse, ils représentent même plus de 80 % du total.

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Signe de la « désindustrialisation » de la France, la part de l’industrie est passée de 17,9% à 14,6% du total de la VA en France métropolitaine entre 2000 et 2006. Alors qu’en 2000, la part de l’industrie dépassait 20 % dans treize régions, ce n’est le cas que dans trois régions en 2006 (Alsace, Franche-Comté et Haute-Normandie).

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On nous répète que cette « désindustrialisation » n’est pas dramatique, que nous sommes désormais entrés dans une économie de services, comme tous les pays développés. Soit…
On pourrait donc imaginer que la croissance des économies régionales est indépendante de la croissance industrielle…
Mais le graphique suivant montre qu’il existe un lien, une corrélation forte pour toutes les régions (sauf pour Midi-Pyrénées !) entre la croissance de l’industrie et la croissance de l’ensemble de l’économie régionale. Ainsi, les régions qui ont connu la plus forte croissance industrielle (Languedoc-Roussillon, PACA, Bretagne et ….Corse) sont aussi celles qui ont connu la plus forte croissance globale.

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Cela ne fait que renforcer la nécessité d’une politique industrielle digne de ce nom.
Selon moi, une économie qui ne fabrique plus n’innove plus et, par conséquent, est condamnée au déclin et à l’appauvrissement.

PP

03 avril 2008

Crise? Quelle crise?

Si certains d’entre vous sont inquiets à l’évocation d’un « plan de rigueur », sachez que pour d’autres la « rigueur » n’est pas à l’ordre du jour.Qui sont ces heureux élus ? Les actionnaires des entreprises du CAC 40.
En 2007, sur les 100 milliards d’€ de bénéfices réalisés par ces 40 entreprises, environ 57 milliards ont été « rendus » aux actionnaires que ce soit sous forme de dividendes (pour environ 38 milliards) ou de rachat d’actions (pour environ 19 milliards).
Alors que les dividendes n’ont progressé « que » de 21%, le montant des rachats d’actions a été multiplié par près de 2,5 entre 2006 et 2007.
Arcelor Mittal, BNP Paribas, Axa, Sanofi Aventis, Total, Société Générale, Accor et Suez ont réalisé près des trois quarts du montant total des rachats d’action.
Par exemple, Accor a racheté en 2007 pour 8.5% de son capital soit 1,24 milliards d’€.

Quelques chiffres (Dividendes + Rachats d’action)
* Total : 6 milliards d’€
* BNP Paribas : 5 milliards d’€
* Axa : 4,3 milliards d’€
* Sanofi Aventis : 4 milliards d’€
* Mittal Arcelor : 3,8 milliards d’€

Le rachat d’action consiste, pour une entreprise cotée, à racheter ses propres actions. Les conséquences sont, en règle générale, une hausse du cours (moins d’actions sont en circulation) et une hausse des dividendes par action (les dividendes sont à partager entre un nombre plus restreint d’actionnaires).
C’est aussi un aveu d’impuissance, puisque cela signifie que l’entreprise n’a rien de mieux à faire avec son argent (investir, par exemple !). Ainsi en 1975, l’investissement net (une fois décompté le renouvellement de l’existant) représentait en moyenne 6,5% de la valeur ajoutée, alors qu’en 2005 ce chiffre est tombé à 4,3%.
Cette tendance est-elle tenable à long terme ? La survie du capitalisme est fondée sur l’investissement qui permet de développer la production et donc les profits futurs. L’approche actuelle se résume à une recherche effrénée du profit à court-terme, sans autre but que ce profit lui-même.

PP

17 décembre 2007

Minorité risible...

Samedi 15 décembre avait lieu la Convention nationale du Parti Socialiste. Elle avait pour objectif de préparer les élections locales du mois de mars tout en commençant à préparer la longue marche vers le retour au pouvoir en se remettant au clair sur ses idées. Une matinée pour débattre du rapport, toujours vécu par certains comme conflictuel, des socialistes à l'économie de marché, une après-midi consacrée à la validation des têtes de liste pour les élections municipales, enjeu majeur pour un parti dont les élus sont la principale force de frappe.

C’est pendant la matinée, donc, que Seybah Dagoma a fait part à ses « camarades » de « sa foi dans le marché et dans les fonds de pension », et de sa conviction que « le marché, bien sûr, mais aussi la justice sociale » sont également importants. Ouf ! La justice sociale est sauvée in extremis.

Qui est donc cette personne aux idées si novatrices ? Seybah Dagoma, jeune femme de 30 ans d’origine tchadienne, est avocate d’affaire. Elle a également été désignée par les militants pour mener la liste du PS dans le 1er arrondissement de Paris - jugé gagnable par la gauche - aux municipales de 2008. Sa mission: déboulonner le maire UMP Jean-François Legaret. Le 18 octobre, elle a été désignée par 58,2 % des militants locaux. Cette avocate spécialisée dans le financement des entreprises en difficulté est la plus jeune tête de liste parisienne, totalement inconnue... y compris des adhérents socialistes du 1er. Mais, dans l'équipe de Bertrand Delanoë, on se réjouit de pouvoir - enfin - afficher « une belle représentante de la diversité, du rajeunissement et du renouvellement ».

L’UMP avait Rachida Dati et Rama Yade, le PS peut leur opposer Seybah Dagoma. Tout va bien, le PS est une nouvelle fois tombé dans le panneau de l’UMP.

Le « renouvellement » que nous attendons est celui des idées, pas celui des visages. En plus, faire l’éloge du marché, quelle nouveauté ! Nous avons déjà Jean-Marc Sylvestre et Jacques Marseille ! A quoi bon entendre les mêmes chansons chantées par de nouveaux interprètes, même s’ils font partie des « minorités visibles » ? La seule « diversité » qui compte, c’est celle des idées et des points de vue. J’aurais préféré entendre parler de lutte contre le travail précaire, de réduction des inégalités et d’autres sujets tellement « archaïques ».

Pour terminer, j’ai parcouru rapidement la contribution de Seybah Dagoma à la rénovation du PS (sur le blog de la rénovation du PS, oui, ça existe). Elle a dû recycler son mémoire de fin d’études ! C’est n’est rien moins qu’une présentation un peu scolaire des différents types de fonds d’investissement (« qu’il faut connaître pour mieux les maîtriser », bien sûr). En conclusion, elle propose :
- L’encadrement plus strict des hedge funds incluant une obligation d’information complète sur les différents risques encourus;
- La mise en place de coopérations renforcées entre régulateurs nationaux ou à la création de régulateurs à l’échelle européenne ou mondiale.

C’est dingue, personne n’y avait jamais pensé !

Minorité « visible » ou minorité « risible » ?

PP

27 novembre 2007

Pouvoir d'achat, Chine et Bernard Laporte

Quelques réactions sur ce que j’ai lu et entendu ces jours derniers...

Tout d’abord, une interview (sur France Inter) de Luc Chatel, Secrétaire d’Etat à la Consommation et au Tourisme…Nous sommes sauvés : il a concocté une loi pour nous redonner du pouvoir d’achat. Si j’ai bien compris, cela va porter sur la fameuse réforme des « marges arrières », sur un encadrement des conditions commerciales des opérateurs de téléphonie mobile et internet, ainsi que sur les frais bancaires…
Disons-le franchement, c’est accablant de nullité… Alors que l’économie mondiale subit des soubresauts dont nous ignorons sans doute encore toute l’ampleur, notre ami Luc Chatel arrive avec ses comptes d’apothicaires et ses économies de bouts de chandelle !
Il faut bien faire quelque chose, me direz-vous ?! Certes, mais pour redonner du pouvoir d’achat, il ne suffit pas de faire baisser les prix. Puisque qui dit baisse des prix, dit tôt ou tard pression sur les salaires ou délocalisations. Au contraire, il faudrait susciter l’investissement, encourager l’innovation pour tirer vers le haut les qualifications et les salaires. Mais évidemment, lorsque l’on a gâché toutes ses marges de manœuvre dans un « paquet fiscal » aussi injuste qu’inefficace et coûteux, que reste-t-il ? Des petits bricolages futiles comme la loi « Chatel sur le pouvoir d’achat ».

Toujours sur le pouvoir d’achat, un article dans le journal « Aujourd’hui en France » faisait état d’une étude comparative sur les prix différents produits dans plusieurs pays. Le sous-titre de l’article était « La Chine, le pays où la vie est moins chère ». Un peu plus et on avait droit à « La Chine, le pays où il fait bon vivre ». C’est vrai qu’il n’y a pas encore de syndicalistes obtus qui viennent casser les oreilles des entrepreneurs avec des considérations aussi futiles que le droit du travail, le salaire minimum…
Evidemment, comparés aux prix pratiqués en Belgique, en France, aux Etats-Unis et en Norvège, ceux de Chine sont largement plus bas. Par exemple, un café coûte 0.99 € en Chine contre 2.39 € en Norvège. Sauf que en Chine, près de 30 % de la population vit avec moins de …2 dollars par jour (soit deux cafés !!) et 10 % avec moins de 1 dollar par jour (un café et l’addition !!)
Paradoxalement cet « enfer de la vie chère » que semble être la Norvège est régulièrement classée en tête du classement mondial en ce qui concerne l’Indice de Développement Humain (IDH) par le Programme des Nation Unies pour le Développement (PNUD). L’IDH est un indicateur synthétique qui ne prend pas en compte la seule croissance du PIB, mais aussi l’accès aux soins, à l’éducation, la lutte contre les inégalités… Ainsi donc, un pays où la vie est si chère peut donc être « vivable ». Bizarrement, c’est un des pays au monde où les inégalités sont les plus faibles…

Pour finir en beauté, l’interview (sur Canal+) de Bernard Laporte, Secrétaire d’Etat aux Sports…Au journaliste qui lui posait de façon insistante une question sur ses démêlés judicaires, il a répondu : « Vous, vous êtes un salarié, vous attendez que les choses se passent. Moi, je suis un entrepreneur, je prends des risques et je donne à manger à 200 familles. ».
Dans sa bouche, le terme de « salarié » disqualifiait totalement son interlocuteur et avait pour but de lui faire prendre conscience de son incapacité totale à juger des problématiques des « entrepreneurs ». Il aurait pu très bien lui dire ; « Ecoutes, petit, ne parles pas de choses qui te dépassent. Laisse faire les grandes personnes ! » Ca aurait été moins hypocrite.
Monsieur Laporte est ministre de la France, des entrepreneurs, comme des salariés. Il n’a donc pas à opposer les deux, surtout pour mépriser si ostensiblement les seconds ! De plus, en tant que ministre des Sports, il devrait être particulièrement vigilant sur les notions de tolérance et d’esprit de groupe… Ses propos, emprunts de la rhétorique libérale usée jusqu’à la corde, me font douter très sérieusement de son engagement au service de l’intérêt général.

PP

21 novembre 2007

Initiative individuelle et vision d'ensemble...

On me reproche parfois d’avoir une vision étatiste de l’économie (le premier qui me traite de stalinien, hop, au goulag !!).
Mon propos n’est pas de revenir à une économie planifiée (« le Plan, une ardente obligation » disait un leader communiste d’après-guerre, il s’appelait De Gaulle). En revanche, on peut noter que des pays comme le Japon ou la Corée ont fait preuve d’une certaine créativité, malgré (ou peut-être à grâce à) un ministère de l’industrie assez développé.
Les pays scandinaves sont les pays dans lesquels l’Etat a un rôle les plus importants (si l’on mesure cela par le poids des prélèvements obligatoires) et ce sont les pays européens les plus innovants(nombre de brevets par habitant).
Il est vrai aussi que dans ces pays, les dépenses en R&D des entreprises sont nettement plus élevées qu’en France...

Quoiqu’il en soit, je ne pense pas que la France soit toujours un « gros machin centralisé » pour tout ce qui concerne la production. A mon avis elle pêcherait plutôt par un déficit de politique industrielle (les pôles de compétitivité pourraient jouer un rôle s’ils n’étaient pas aussi nombreux et émiettés sur le territoire). Depuis plus de dix ans, c’est l’abaissement du coût du travail (via les allègements de cotisations sociales) et sa flexibilisation (interim, CDD, temps partiel) qui tiennent lieu de politique industrielle en France. Résultat : on devient moins performant parce que ces pratiques tirent vers le bas les salaires et les qualifications.

On nous répète que c'est à chacun d'entre nous de se prendre en main, d'être créatif, de prendre des risques...Cette mise en avant de l’initiative individuelle n’est-elle pas un aveu d’impuissance de la part de dirigeants (politiques et économiques) qui sont incapables de dessiner une vision d’avenir pour la société, un idéal d’avenir partagé ?
Je pense en effet que les élites françaises ont une responsabilité considérable dans les blocages de la société française. En effet, la plupart des dirigeants des grandes entreprises sont X, Enarques, Inspecteurs des Finances (voire un peut tout à la fois) et ils passent allègrement des cabinets ministériels, de la haute fonction publique à la direction de grandes entreprises. Sur les 71 dirigeants des grandes entreprises françaises la moitié sont X ou Enarques, un tiers d’entre eux ont transité par la fonction publique et un quart par les cabinets ministériels.
Selon l’économiste Thomas Philippon « Dans sa dynamique propre, le capitalisme français tend à privilégier l’héritage qu’il soit direct (sous la forme de la transmission successorale) ou sociologique (sous la forme de la reproduction sociale par le diplôme et le statut). »
Cela se traduit pour ces entreprises par des résultats moins bons que les autres.
Ceux qui sont souvent les premiers à fustiger les « blocages de la société » feraient bien d’abord de balayer devant la porte de leurs conseils d’administration, dont le corporatisme ferait pâlir le plus obtus des syndicalistes « archaïques ». De ces pratiques au plus haut niveau découle un management « à la française » qui ne contribue pas à valoriser la prise de risque et l’initiative.

Nous n’avons pas besoin de flexibilité supplémentaire du marché du travail. Ce dont nous avons avant tout besoin, c’est de politique visant à favoriser le développement d’entreprises innovantes, qui existent mais qui ne sont pas assez soutenues.

Trois exemples dans mon entourage professionnel:
* Une petite société basée à Albi a mis au point une alternative plus que crédible aux logiciels des mastodontes Business Objects et Cognos
* Un de mes clients est en train de mettre au point une maison à structure métallique à 50 000 €
* Un autre a mis au point un procédé de fabrication d’objets décoratifs à base de matériaux végétaux et de plexiglas

Je ne pense pas que ce soit ma présence dans le secteur qui catalyse à ce point les énergies créatrices (quoique, pourquoi pas ? il faudra que j’en parle à Jacques Attali !). Sérieusement, je pense que l’on pourrait multiplier les exemples de ce type dans toutes les régions de France.

Ce dont ces entreprises ont besoin, ce n’est pas de flexibilité du contrat de travail mais plutôt de partenaires industriels, commerciaux et aussi financiers. Cela milite en faveur d’une reprise en main par l’Etat du financement de ces entreprises puisque le secteur bancaire privé est incapable de prendre des risques industriels, englué qu’il est dans une course au profit financier à court terme, incompatible avec la prise de risque nécessaire à l’innovation.
Il faut que l’Etat retrouve un rôle équilibré dans l’économie, en plus du rôle de fournisseur de services publics (éducation, santé, sécurité, énergie…). Non à l’Etat minimal des libéraux, mais ce n’est pas pour autant que l’Etat doit produire des voitures ou de l’acier.
C’est aux dirigeants politiques de proposer une vision de la société. Une fois ce chemin balisé, l’initiative individuelle aura toute sa place et donnera sa pleine mesure.

PP

13 novembre 2007

Petites leçons d’économie à la portée de tous

Ah ! Que Jean-Marc Sylvestre aime les jours de grève dans le service public ! Cela lui donne l’occasion d’entonner une fois de plus sa sempiternelle litanie sur « les archaïsmes des syndicats », « la prise d’otage des usagers », « les privilégiés arc-boutés sur leurs avantages acquis », « les blocages de la société française »… Son gazouillis matinal sur France-Inter est un vrai bonheur…pour les amateurs de second degré.
Mais ce VRP multicarte (il sévit, pardon…il officie également sur TF1 et LCI) de la mondialisation heureuse et du libéralisme rédempteur ne dit pas que des conneries…il en écrit aussi ! (Merci à Pierre Desproges pour l’inspiration)
Il a en effet récemment commis un ouvrage intitulé « Petites leçons d’économie à la portée de tous ». Après Evelyne Dhéliat qui veut nous aider à sauver la planète (elle a écrit un livre sur le sujet), voici donc un autre employé de TF1 qui nous propose « une lecture simplifiée de l’économie ».
Dans une récente interview, Simplet nous apprend donc qu’ « il n’y pas de meilleur système que l’économie de marché pour créer des richesses. L’optimisation des intérêts individuels contribue à l’intérêt collectif, à condition qu’il y ait des règles du jeu stables et que les acteurs de l’économie respectent un code de moralité et d’éthique. Ce qu’il ne font pas aujourd’hui, malheureusement.»
Effectivement si tous les méchants étaient gentils, le monde irait beaucoup mieux ! Qui a dit que l’angélisme était un travers des utopistes gauchistes ? Quant à ce vibrant hommage à la « main invisible du marché » qui est censé œuvrer, malgré nous, à notre bonheur…il est tout simplement désarmant de naïveté…ou de duplicité. En effet, je ne peux pas penser que Jean-Marc Sylvestre est obtus au point de croire à ses propos. Mais il est plus facile de faire passer la pilule du libéralisme si l’on arrive à convaincre que les lois du marché sont incontournables et intangibles.
Quant aux « codes de moralité et d’éthique », je pense qu’il est aussi vain de prétendre réguler l’économie avec de tels instruments que de tenter de guérir un cancer généralisé en phase terminale avec des tisanes ! En effet, faire reposer la régulation du système sur la bonne volonté des acteurs me paraît utopique, surtout lorsque ces mêmes acteurs sont soumis à de puissantes incitations à privilégier leur intérêt personnel au détriment de l’intérêt collectif.
PP

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