31 juillet 2008
La Chine ? Trop cher, mon bon monsieur !
Le numéro deux mondial des équipements sportifs, l'allemand Adidas , juge le niveau des salaires en Chine dorénavant trop élevé et va transférer une partie de sa production vers des pays encore plus compétitifs, déclare son patron dans un entretien publié lundi.
« Les salaires, qui sont fixés par le gouvernement, sont progressivement devenus trop élevés » en Chine, a dit Herbert Hainer à l'hebdomadaire Wirtschaftswoche de lundi. La part de la production de chaussures Adidas en Chine, qui représente pour l'instant la moitié de la production totale de chaussures du groupe bavarois, « va reculer », prédit le patron.
« Nous avons déjà ouvert une première usine en Inde. Des pays comme le Laos, le Cambodge et le Vietnam s'y ajoutent », a-t-il expliqué. « La production va également revenir dans les pays de l'ex-URSS et en Europe de l'est », mais pas en Allemagne, selon lui.
Si besoin était, voilà encore une preuve du besoin de normes sociales au niveau mondial pour éviter cette mise en concurrence des territoires sans cesse renouvelée par les multinationales.
PP
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26 juillet 2008
L'efficacité supposée du marché
Je vous livre un extrait d’un article de Robert Boyer (économiste et directeur de recherches au CNRS) :
« Le marché s’est avéré fort efficace pour organiser les échanges de marchandises que sont les matières premières, les produits intermédiaires, les biens de consommation. Surtout si on le compare à la planification centralisée de type soviétique. En revanche, la puissance du marché a été plus problématique lorsqu’il s’est agi d’organiser les échanges en matière de travail, de monnaie et de relation avec la nature. Karl Polanyi qualifiait de fictives les marchandises correspondantes, et à sa suite, une large fraction des sciences sociales s’accorde sur le caractère corrosif du marché concernant leur gestion. Clairement, la vie, support du travail, n’est pas produite en vue du marché ; l’histoire a montré les limites d’une gestion purement marchande de la monnaie et du crédit ; enfin, en l’absence de normes et de règlements spécifiques, l’activité productive conduit à la détérioration de l’environnement.
Paradoxalement, les limites du marché apparaissent le plus dans le domaine de la finance, alors même que l’on semble confronté à la figure emblématique de marchés parfaits agrégeant un ensemble d’offre et de demande au travers de cotations devenues électroniques. Mais cette apparence est trompeuse car, en matière de finance, s’échangent non pas des marchandises typiques mais des promesses et des anticipations d’une valeur future marquée par toutes les incertitudes nées de la conjonction de comportements stratégiques, mais aussi de l’incapacité qu’ont les acteurs à calculer les conséquences de leurs décisions présentes sur leur revenu futur. Voilà pourquoi les acteurs du marché boursier, par exemple, s’avèrent incapables de calculer la valeur fondamentale – celle qui résulterait d’une analyse de l’activité réelle de l’entreprise dans son secteur – des titres qu’ils s’échangent, contrairement à ce que suppose la théorie standard.
Car de l’agrégation de leurs anticipations émerge une convention, un sentiment partagé, qui sert de référence à la révision des évaluations privées. Or, lorsque l’incertitude s’accroit, les acteurs sont tentés de faire davantage confiance à la convention du marché qu’à leurs propres évaluations. Dans ce cas, le marché tend à osciller entre deux évaluations extrêmes : soit très optimiste, soit excessivement pessimiste. Le basculement de l’une à l’autre se manifeste souvent par une crise financière. Bref, les marchés financiers sont intrinsèquement soumis à des crises périodiques qui peuvent se diffuser au reste de l’économie, précipitant le passage du krach financier à la récession économique, voire à la dépression. C’est d’autant plus probable que la finance occupe une place importante dans l’économie, comme le montre tant l’histoire financière que les comparaisons internationales. C’est une première explication à la résurgence des crises depuis deux décennies. »
09:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme
21 juillet 2008
C'est arrivé près de chez moi...
J’habite à Capestang, dans l’Hérault. Dans l’édition du 17 juillet du Midi Libre, nous apprenons qu’une partie du personnel du centre de tri postal de Capestang est en grève depuis samedi 12 juillet, à l’appel des syndicats CGT et SUD. Les employés du Tri Postal de Capestang et de Cazouls les Béziers s’interrogent sur leur avenir depuis l’annonce officielle d’une réorganisation profonde de leur structure. En effet, celle-ci a pour conséquence immédiate de regrouper les locaux de Cazouls sur le site de Capestang.
Les grévistes parlent de « désorganisation des services, du manque de personnel et de moyens » avec pour conséquence, d’après leur observations, « un record d’absentéisme pour maladie, accidents du travail pour cause de mal au dos, tendinites… ». De plus, «le personnel supporte de moins en moins la pression quotidienne de l’encadrement ».
Toujours d’après les grévistes, ils constatent « le non respect des horaires, les RTT qui sont déplacés et les CDD exploités. Concernant les saisonniers, à Capestang, sur 276 heures travaillées en 26 jours, seulement 160 heures ont été payées… ».
Plus globalement, ce mouvement social est symptomatique d’une remise en cause méthodique par le gouvernement des services publics de proximité. A coup de réductions d’effectif arbitraires, de réorganisations à l’emporte-pièce et sous prétexte de « modernisation » ou de « rationalisation », ce travail de sape conduira à terme à de graves dysfonctionnements.
Le Servie Public est un moyen efficace d’assurer l’égalité entre les citoyens que ce soit pour la santé, l’éducation, la sécurité et en l’occurrence…la distribution du courrier ! Que l’on habite en ville ou dans la plus retirée des campagnes, que l’on soit riche ou pauvre, le courrier nous est distribué avec la même régularité et la même fiabilité. Qui oserait prétendre que ce serait la même chose avec une entreprise privée ?
Or, la direction de La Poste envisage de convertir l’établissement public en société anonyme, selon des informations publiées par Le Monde (5 juillet). Comme cela s’est produit avec d’autres services publics, la mise en orbite capitalistique de La Poste aura été précédée d’une profonde transformation de l’entreprise : introduction de techniques de management agressives, précarisation du personnel, dégradation du service et fermeture des bureaux, diversification dans des activités concurrentielles (banque), rétablissement de la profitabilité. Il s’agissait tout à la fois d’offrir à d’éventuels investisseurs un bilan avenant (La Poste a dégagé un résultat net de 943 millions d’euros en 2007) et de pallier l’effet des directives européennes imposant la libéralisation des secteurs les plus rentables de l’activité courrier.
Si l’Etat ne s’est pas encore prononcé sur l’avenir de l’entreprise publique, le président de la République se trouve aux premières loges : au nombre des cabinets de conseil mobilisés par la direction de La Poste pour étudier le dossier, on compte Altedia, fondé en 1992 par M. Raymond Soubie. Lequel conseille aujourd’hui M. Nicolas Sarkozy pour les affaires sociales.
Au moment où le Royaume-Uni n’en finit pas de panser les plaies des privatisations et où la Nouvelle-Zélande renationalise ses chemins de fer, l’idée d’offrir aux marchés un nouveau fleuron des services publics français témoignerait-elle à sa manière d’un nouveau « retard français » ?
Quoiqu’il en soit, nous devons réagir et manifester notre attachement au service public.
PP
07:30 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Libéralisation, Capitalisme, Concurrence, Service public, Sarkozy
19 juillet 2008
Ca gaze pour les actionnaires de GDF Suez !
Les groupes GDF et Suez, dont la fusion a été approuvée mercredi par leurs actionnaires, avaient annoncé la veille que le nouveau groupe allait verser un dividende exceptionnel de 0,80 euro par action sous forme d'un acompte payé dès cette année, après le 31 août.
Ce dividende exceptionnel que GDF Suez versera à ses actionnaires, dont le premier d'entre eux est l'Etat français avec 35,7% du capital, représentera « plus de 600 millions d'€, mais moins de 650 millions », a-t-on appris dans l'entourage de la ministre de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde. Mais n’oublions pas non plus le multimilliardaire belge Albert Frère qui détiendra plus de 5% du nouveau groupe et, à ce titre, recevra donc environ 90 millions d’€.
Ce dividende exceptionnel « s'ajoutera au dividende ordinaire versé en 2009 au titre des résultats de l'exercice 2008, et dont les principes ont déjà été communiqués au marché », avaient-ils aussi précisé. GDF et Suez avaient annoncé en octobre viser pour le nouveau groupe une croissance du dividende par action de 10 à 15% par an en moyenne entre le dividende payé en 2007 et celui payé en 2010, avec « des perspectives de rémunération additionnelle », sous la forme de « dividendes exceptionnels et de rachats d'actions ».
« Cette décision s'inscrit dans le cadre de la politique de rémunération des actionnaires telle que définie préalablement à la fusion effective des groupes Gaz de France et Suez », avaient expliqué mardi les deux groupes. Curieusement ils ont été plus discrets quant à leur politique de rémunération des …salariés !
Dans le même temps on apprend que l'Etat pourrait « ajuster » les tarifs du gaz compte tenu des prix du pétrole. « Il est probable qu'on doive ajuster les tarifs compte tenu de l'évolution du coût de la matière, de la molécule de gaz, et du mode d'indexation », a affirmé Mme Lagarde, interrogée sur l'évolution de ces tarifs au lendemain de la naissance de GDF Suez.
Elle a aussi indiqué que son ministère « réfléchissait à un meilleur mécanisme de tarification qui donne plus de visibilité à l'entreprise et plus de transparence pour les consommateurs ». Ouf ! Nous voilà rassurés.
Pour terminer, la palme de l’hypocrisie et du cynisme revient à Gérard Mestrallet, PDG de Suez et PDG de GDF Suez. En effet, selon lui, la facture de gaz des ménages « ne dépend pas de la fusion » des deux groupes, mais « de nous », consommateurs, et du pétrole…et bien sûr absolument pas de la « politique de rémunération des actionnaires » !
PP
09:55 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Libéralisation, Capitalisme, Concurrence, Service public
11 juillet 2008
G 7,5
Le G8, le club des pays industrialisés, s’est réuni cette semaine à Toyako au Japon.
Comme d’habitude, pas grand-chose de concret n’est sorti de cette grand’ messe.
Cette réunion a tout de même permis aux japonais de découvrir le vrai visage de Nicolas Sarkozy. D’humeur maussade à son arrivée à l’aéroport, il a tourné le dos à une petite fille qui lui tendait un bouquet de tournesols pour lui souhaiter la bienvenue. Durant les trois jours qu’a duré cette réunion, il est s’est montré peu à son aise, taciturne, voire grognon. Il est parti comme un voleur, sans rencontrer le premier ministre japonais, suscitant un certain émoi dans la classe politique nippone…Même au Japon, ils vont finir par regretter Chirac !
Pourquoi cette mauvaise humeur ? Sans doute parce qu’il s’est dit qu’il ne pouvait pas tirer profit de cette réunion pour faire sa publicité. Pas de déclaration tonitruante, pas d’annonce à l’emporte-pièce…Rien. Lors de la réunion précédente, ça allait encore, puisqu’il était « le petit nouveau », celui vers qui tous les regards se tournaient. Au passage, son frétillement excessif lui avait valu le qualificatif de « petit garçon » par PPDA (ce qui lui a d’ailleurs coûté sa place, mais c’est une autre histoire !). Mais cette fois-ci, c’est Dimitri Medvedev (le nouveau président russe) qui était le chouchou…d’où le vague à l’âme de notre Président…
Pour revenir à cette réunion du G8, elle a été riche en déclarations aussi ronflantes que dépourvues de substance.
Les participants se sont déclarés « fortement préoccupés par l'envolée des prix du pétrole, qui crée des risques pour l'économie mondiale ».
« Les capacités de production et de raffinage devraient être accrues à court terme », ont-ils estimé. Ils ont aussi reconnu que « des efforts supplémentaires pour améliorer l'efficience énergétique » et pour diversifier les sources d'énergie étaient nécessaires dans les grands pays consommateurs.
Les dirigeants du G8 se sont également déclarés optimistes « quant à la résistance à long terme de (leurs) économies et la croissance économique mondiale future ».
Enfin, ils se sont engagés à diminuer de 50 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici …2050. Sans, bien sûr fixer, d’objectif intermédiaire…
Il n'y a pas la moindre référence au problème des « subprime ». Aucune référence non plus aux fonds spéculatifs, aux agences de notation financière ou aux produits dérivés…
Le communiqué final est plus l'expression d'une confiance en soi radieuse qu'une reconnaissance des souffrances économiques réelles des citoyens du G8. Mais il est vrai que, sur les trois jours, seules deux heures ont été consacrées à l’économie !
PP
07:45 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme, Crise
07 juin 2008
Chine / Etats-Unis : rendez-vous en 2020
Sur son site Internet, le Fond Monétaire International (FMI – www.imf.org) propose une base de données intéressante regroupant des informations sur les économies de 181 pays. Baptisée « World Economic Outlook », cette base de données est accessible en téléchargement gratuit.
(Pour télécharger les graphiques de cette note, cliquez ici)
On peut ainsi connaître le « poids » des différents pays dans l’économie mondiale. Ce poids est mesuré par la part du Produit Intérieur Brut (en parité de pouvoir d’achat) dans le total mondial. La France représente un peu plus de …3% de l’économie mondiale (pour moins de 1% de la population, ce n’est pas si mal !). La montée en puissance de la Chine, et dans une moindre mesure de l’Inde, depuis le début des années 1990 sont impressionnantes. Si la tendance se poursuit, la Chine dépassera les Etats-Unis aux alentours de 2020-2025.

Lorsque l’on ramène ces valeurs par habitant, on constate que le rattrapage est loin d’être acquis ! En effet, en 2018 un Français, un Anglais ou un Allemand « pèseront » toujours plus de quatre fois plus qu’un Chinois et un Américain près de six fois plus !

Soyons rassurés, nous resterons « riches » pendant un certain temps…
PP
18:46 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme, Chine, Etats-Unis
05 juin 2008
Pouvoir d'achat...
Kathleen Evin, dans sa toujours excellente chronique Saute d'humeur sur France Inter, fait référence au cas un tout petit peu choquant de Patricia Russo, la directrice générale de Alcatel-Lucent.
Malgré des pertes de 3,5 milliards d'euros, une baisse du cours de l'action de 50% depuis fin 2006, Mme Russo a jugé opportun de se faire voter des indemnités de départ correspondant à deux ans de rémunération (les temps sont durs, ma bonne dame!). La rémunération de Mme Russo en 2007 s'est élevée à 1,8 million d'euros (dont un bonus de 600.000 euros) et devrait être équivalente en 2008 pour la partie fixe. En outre elle a reçu 800.000 stock-options à un prix d'exercice de 3,80 euros (l'action cote aujourd'hui 4,875€).
Au fait, la loi TEPA (Travail Emploi Pouvoir d'acahat, autrement dit le paquet fiscal) ne prévoyait-elle pas de conditionner les golden parachutes à la réalisation de critère de performances ?
Nicolas Sarkozy, qui voulait moraliser le capitalisme, a encore un peu de travail !

PP
07:01 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme, Pouvoir d'acaht
09 mai 2008
Eloge de la concurrence
Dans Les Echos datés du 30 avril, Pascal Salin, professeur à l’université Paris-Dauphine, nous gratifie d’une chronique intitulée « Eloge de la concurrence ». Tout un programme !
J’avais déjà entendu Mr Salin dans l’émission tardive de Frédéric Tadéi sur France 3 (« Ce soir ou jamais », je crois). Il s’était illustré en défendant béatement le libéralisme. Titillé par un des interlocuteurs qui lui demandait un exemple d’un pays où le libéralisme avait été couronné de succès, il avait répondu…l’Estonie. Pourquoi pas le Vatican, pendant qu’on y est ?
Comme disait Pierre Desproges (à propos de Marguerite Duras), il ne « fait pas qu’écrire des conneries, il en dit aussi ».
Vous comprendrez donc que je ne pouvais pas résister au plaisir de vous livrer quelques passages de cette petite merveille (pour les plus courageux, cliquez ici pour la version intégrale !).
« Devant les craintes que ferait naître une concurrence « excessive », on demande alors de la limiter, de la « réguler » (c'est-à-dire en fait de la réglementer). (…) Mais il faut bien évaluer la portée de ces appels à la modération de la compétition. En effet, la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). Accepter la concurrence, c'est donc accepter la liberté d'agir ; limiter la concurrence, c'est limiter la liberté. C'est la raison pour laquelle, je pense que, par principe, « la concurrence est toujours bonne » : elle consiste, pour chacun, à exercer sa liberté dans le respect de la liberté d'autrui.
(…)
« Le respect de la liberté d'entrer sur un marché, pour un producteur comme pour un consommateur, est un principe absolu de nature morale. Or un principe n'admet pas de compromis, il ne peut pas être plus ou moins valable. »
(…)
« Lorsqu'on dit que la liberté d'agir ne doit pas rencontrer de limites, cela signifie qu'on ne doit pas limiter par la contrainte l'exercice de cette liberté. Mais il est par ailleurs évident que ce dernier rencontre une limite naturelle : la liberté d'agir d'un individu ne doit pas porter atteinte à la liberté d'agir des autres.
Il est aujourd'hui à la mode de réclamer une « régulation » de la concurrence, à cause de ses excès supposés et de la responsabilité qu'on lui attribue, à tort, dans l'instabilité économique et financière. »
(…)
« Mais c'est oublier que la meilleure régulation est assurée, précisément, par la liberté et la concurrence, c'est-à-dire un système où les individus adaptent continuellement leurs décisions à celles des autres. »
(…)
« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
(…)
« Il est donc absurde - mais aussi immoral - de vouloir confier à quelques personnes la tâche d'imposer aux autres de manière arbitraire des limites à l'exercice de leur liberté. Oui, cela est certain, il n'y a rien de mieux que la concurrence et la liberté d'agir. »
Ouf ! C'est du brutal...
On est plus proche de la lettre au Père Noël ou du poème de Fête des Mères que du Prix Nobel d’économie !
Bon, par où commencer ?
« la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). »
C’est une bien belle théorie…Comment prend-elle en compte les pratiques telles que les ententes entre opérateurs de téléphonie mobile pour les prix des abonnements, entre les banques pour les taux des crédits immobiliers, entre les grandes surfaces pour le partage des zones de chalandises, entre grandes surfaces spécialisées telles Darty et la FNAC pour la fixation des prix... ?
Dans une économie où la concentration s’accélère, il est faux de croire que les consommateurs ont le choix. Les entreprises complexifient à loisir leurs offres pour rendre impossible toute comparaison (avez-vous déjà essayé de comparer des offres d’abonnement téléphonique ?).
« La concurrence est toujours bonne ». Que dire alors de l’ouverture à la concurrence des marchés de l’énergie, qui se solde dans tous les pays par une hausse des tarifs ? Mr Salin semble oublier le concept de « monopole naturel » : pour certaines activités nécessitant de forts investissements (énergie notamment), la théorie économique démontre que l’optimum économique est atteint avec un seul fournisseur.
On peut citer aussi l’exemple risible de l’ouverture à la concurrence des renseignements téléphoniques qui conduit dans tous les pays à une dégradation de la qualité de services, une augmentation des coûts…et à un déferlement de publicités débiles (118-218).
Pour Mr Salin, « réglementer » semble être un gros mot. Oublie-t-il par exemple que partout dans le monde, il existe des lois pour encadrer la concurrence et ses conséquences ? Même aux Etats-Unis, il existe une loi dite « anti-trust » pour justement rendre possible la concurrence qui, sans cela, serait mise à mal par la constitution d’empires tels que Standard Oil au début du XXème siècle ou…Microsoft aujourd’hui. Avec plus ou moins de succès, puisque les firmes déploient des trésors d’habilité pour contourner ces lois.
Dans une économie où les investissements sont de plus en plus importants, la concurrence libre aboutit à une concentration, à une « prime au plus gros »…donc à l’inverse de la concurrence idéale !! (Voir le rapprochement probable entre Rio Tinto et BHP Billiton qui conduirait à un groupe détenant 70 % de la production de minerais de fer).
« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
Il paraît qu’il existe un système qui s’appelle la démocratie et où les élections permettent de sanctionner les hommes « chargés de contrôler les libertés ». Laisser libre cours à la liberté individuelle de chacun comme le souhaite Mr Salin, c’est en quelque sorte remplacer le citoyen par le consommateur, remplacer le pouvoir des urnes par le pouvoir d’achat…
Pour terminer, deux citations à méditer :
« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère » (Henri Lacordaire)
« La vertu est le juste milieu entre deux vices » (Aristote, Éthique à Nicomaque)
PP
09:45 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme, Concurrence
21 avril 2008
Assistés, ne parlez plus la bouche pleine...c'est très impoli!
Ca faisait quelque temps que ça ne m’était pas arrivé… La lecture de la chronique de Claude Imbert dans Midi Libre de dimanche 20 avril m’a fait bouillir, bondir…
Cette chronique, consacrée aux émeutes de la faim, démarre très fort : « Ces pauvres-là n’ont pas, comme nos assistés, la bouche pleine pour crier leur énième rouspétance. »
Tout est dans le choix des mots… Qui sont donc les « assistés » dont il parle ? On peut penser qu’il s’agit des bénéficiaires de minimum sociaux, voire des chômeurs indemnisés… Dans le jargon des ultralibéraux comme Mr Imbert, c’est en général cette frange de la population que l’on désigne par le terme « assistés », avec bien entendu beaucoup de mépris pour ces « fainéants dorlotés par l’Etat-Providence ». Mais, que je sache, il n’y a jamais eu beaucoup de manifestations de RMIstes, ni de chômeurs… Qui sont donc ces « assistés à la bouche pleine » ? Les fonctionnaires, les lycéens, les salariés qui luttent pour leur emploi ou leurs conditions de travail ?
Au fait, Mr Imbert estime-t-il qu’il faudrait couper les vivres a ces « assistés » trop bien nourris ? Pourquoi toujours rester dans l’insinuation ?
Cela fait des décennies que Mr Imbert bougonne, s’impatiente, fulmine, radote contre tous ces « parasites ». Régulièrement, il fait les gros yeux aux français soupçonnés d’être rétifs à la mondialisation et à ses bienfaits, d’être réfractaires au libéralisme « qui marche partout ailleurs » (je cite), bref d’être d’incorrigibles feignasses qu’il faudrait dare-dare remettre eu boulot dans des entreprises débarrassées de tout ce fatras de réglementation qui bride les entrepreneurs.
Lui qui glorifie la prise de risque, quand en a-t-il pris pour la dernière fois ? Bien au chaud dans son bureau, à l’abri de la concurrence dans son petit cénacle de chroniqueurs, il est facile de prôner le démantèlement de la protection sociale pour « s’adapter à la compétition internationale ». Ce dont je rêve, pour ma part, c’est de voir débouler dans la presse française des chroniqueurs chinois, indiens, roumains…qui viendraient marcher sur les plates-bandes de nos bardes de la mondialisation. On verrait alors si la mondialisation est toujours aussi « inévitable ».
Pour revenir à la chronique de dimanche... « La faim, on la savait peu à peu réduite par le progrès humain à des confins désertiques ». Tout de même, plus de 800 millions d’êtres humains souffrent toujours de malnutrition, voire de famine, dont une bonne partie en Asie du Sud-Est…Pour les confins désertiques, on repassera ! Il faudrait penser à refermer l’album d’images d’Epinal !
La crise financière a eu peut-être un effet positif : Mr Imbert réclame désormais « une maîtrise mondiale de la mondialisation.» Que de chemin parcouru ! Alors que jusqu’à présent, sa marque de fabrique était l’éloge « reptilien » (le cerveau reptilien est la source des comportements primitifs qui répondent à des besoins fondamentaux) des bénéfices de la mondialisation et du libéralisme, voilà que Mr Imbert réclame une régulation. On croit rêver !
Attention à ne pas devenir un « assisté » !
PP
12:20 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme, Crise
09 avril 2008
Chevaliers blancs
La semaine dernière, les bourses mondiales ont « rebondi », grâce notamment aux valeurs bancaires. Pourquoi un tel revirement par rapport à la morosité qui prévalait jusqu’alors ?
En grande partie parce qu’UBS (1ère banque Suisse) et Lehman Brothers (Etats-U7nis) ont réussi leur recapitalisation. Les investisseurs « veulent croire » (toujours la bonne vieille méthode Coué !) à la fin du tunnel sur les marchés boursiers. Toutefois, on peut penser que ce rebond n’est que le résultat de spéculations à court terme. En effet, même si la visibilité est un peu meilleure, le ménage n’a pas encore été fait dans les comptes. Ainsi UBS serait encore exposée à hauteur d’environ 80 milliards de dollars.
Pourtant, cette même UBS a été capable de lever 28 milliards de francs suisses en quelques semaines.
Mais d’où viennent donc ces 28 milliards ? Qui est prêt à injecter de telles sommes dans une banque en difficulté ? Il s’agit du fonds d’investissement GIC de Singapour et d’un investisseur du Moyen-Orient.
En l’espace de quelques semaines, près de 80 milliards de dollars ont été mobilisés en provenance de fonds souverains d’Abu Dhabi, d’Arabie Saoudite, du Koweït, de Chine et de Singapour. Plusieurs fleurons de la finance mondiale ont été « sauvés » : Citigroup, UBS, Morgan Stanley, Merrill Lynch, Bear Sterns…
Les fonds souverains sont des fonds d’investissement gérés par des Etats et destinés à faire fructifier les montants colossaux issus de la vente du pétrole (pour les pays du Moyen Orient et même pour…la Norvège) ou des réserves de change (pour les pays d’Asie).
On peut se réjouir, comme le font les marchés financiers, de cet apport d’argent frais par ceux qui sont considérés comme des « chevaliers blancs ». On peut aussi s’interroger sur les conséquences de cette vaste redistribution des cartes au sein de la finance mondiale. Ces fonds souverains (qui représentent 3000 milliards de dollars) vont-ils longtemps rester des actionnaires « passifs » ou seront-ils le bras armé de leurs Etats de tutelle pour appuyer des pressions politiques ?
Quoiqu’il en soit le versement de dividendes liés à ces prises de participation vont se traduire dans les années qui viennent par des transferts financiers importants vers le Moyen Orient et l’Asie.
PP
07:14 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme




