13 mai 2008

Petit tour d'horizon de l'économie US

Pour quiconque s’intéresse aux Etats-Unis et plus particulièrement à l’économie de ce pays, il est relativement aisé de trouver un grand nombre de données chiffrées. En effet, il existe deux organismes, le Bureau of Economic Analysis (BEA – www.bea.gov ) et le Congressional Budget Office (CBO – www.cbo.gov ), dont la vocation est de fournir chiffres et analyses sur la première économie du monde (pour quelque temps encore !). Les sites Internet sont vraiment faciles d’utilisation et permettent de télécharger les données voulues sous de multiples formats. L’Insee a encore des progrès à faire pour rivaliser !

(Pour télécharger les tableaux et graphiques de cette note, cliquez ici : 1, 2.)

Je me suis intéressé à l’évolution de l’emploi, des rémunérations et des profits dans diverses branches d’activités entre 1998 et 2006.
Entre 1998 et 2006, le nombre d’emplois (à temps plein et à temps partiel) est passé de 133,2 à 143,5 millions soit une hausse d’environ 8%, ce qui n’est pas mieux que la…France !
Cette hausse globale masque des disparités importantes entre les différents secteurs d’activité. Ainsi, dans la construction, dans la santé et le social, la hausse est de 25%. Elle est de 18% dans la restauration. En revanche, dans l’industrie la baisse est de 18,5% ce qui correspond à la destruction de plus de 3 millions d’emploi. Il est bon de noter que le salaire annuel moyen dans l’industrie est de 67 545 $ contre …19 725 $. En forçant un peu le trait, on pourrait dire que l’on détruit des « bons » emplois pour les remplacer par des « mauvais ». Nous, français, aurions tort de nous gausser car le même processus est en marche en France (entre 1989 et 2007, l’emploi industriel a chuté de 21%) !

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En ce qui concerne la durée moyenne du travail par an et par salarié, j’ai été un peu déçu ! En effet, je croyais que les Américains étaient de vrais bourreaux de travail. En moyenne, ils travaillent 1679 heures par an (1719 dans le privé et 1482 dans la fonction publique). Si l’on considère qu’ils travaillent 48 semaines par an, cela fait…35 heures par semaine ! Ce chiffre est vraisemblablement le résultat de la multiplication des emplois à temps très partiel.

Pour consulter des chiffres vraiment optimiste, il faut s’intéresser aux…profits des entreprises, bien sûr ! Entre 1998 et 2006, les profits ont augmenté de 152% contre 47% pour les salaires. En moyenne, les profits ont augmenté de 12% par an contre 5% pour les salaires.
Le bond entre 1998 et 2006 est de 219 % dans la finance, et même de 277% pour la santé et le social. Toutefois, il est probable que les performances du secteur financier se dégradent dans les prochaines années (crise des subprimes oblige).
On constate un important redressement des profits industriels depuis 2002 (+550 % !!). Ce phénomène est majoritairement dû au secteur pétrolier (hausse des cours).

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Le corollaire à cette hausse des profits est la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Les prévisions du CBO tablent même sur une baisse continue jusqu’en 2018 !

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Pour terminer ce bref tour d’horizon, parlons de la fonction publique. Eh oui, même aux Etats-Unis, il y a des fonctionnaires et même beaucoup. Si l’on prend en compte la fonction publique fédérale et la fonction publique de chaque Etat, on obtient un total de 24,3 millions d’emplois soit 17% du total. A titre de comparaison les quelque 5 millions de fonctionnaires français représentent environ 20% du total des emplois. Il est probable que la différence provienne de la fonction publique hospitalière, plus développée en France.
Quoiqu’il en soit, le nombre de fonctionnaires n’a pas cessé d’augmenter depuis 1929 (sauf après la 2ème guerre mondiale, mais la baisse correspondait à baisse des effectifs de l’armée !).

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La courbe rose représente le nombre de fonctionnaires. La courbe bleue représente la part dans le total des emplois (axe de droite) et la courbe rouge représente la même information mais pour la France.

Finalement, les Etats-Unis ne sont pas si différents de la France !!

PP

06 mai 2008

Marché du travail

De retour après une semaine de vacances, il faut se rendre à l’évidence : la situation économique du pays ne s’est pas améliorée !! Pas étonnant que le moral des français soit au plus bas depuis 1995, d’après les derniers chiffres publiés par l’Insee.
En parcourant rapidement la presse ces derniers jours, j’ai été frappé par la multiplication des annonces de suppressions d’emplois, principalement dans l’industrie. Deux « fleurons » de l’industrie française sont notamment en difficulté : DMC (textile) a annoncé la suppression de 1100 emplois et Duralex (qui fabriquait les fameux verres incassables) va sans doute cesser son activité… On peut aussi citer les grèves chez l’Oréal, Coca Cola…
Bref, dans ces conditions, il est logique que l’industrie française ait détruit 42 000 emplois en 2007, ce qui porte le total de la réduction des effectifs industriels à 435 000 depuis 2001.Ce qui relativise l’enthousiasme de Christine Lagarde qui s’extasiait sur les « 300 000 créations d’emplois » de l’économie française en 2007. En effet, les emplois créés sont majoritairement des emplois de services, souvent de mauvaise qualité (temps partiel, durée déterminée…).
Il n'est donc pas surprenant que le chômage ne baisse plus depuis le début de l’année. En mars, le nombre de demandeurs a augmenté de 8200 (+0,4 %). Cette hausse est due, entre autre, à des fins de CDD, ce qui prouve bien la faible qualité des emplois créés.
Une autre raison majeure de la remontée du chômage est la décrue de l’emploi intérimaire. Au fait n’y aurait-il pas un lien avec le développement des heures supplémentaires détaxées ? Sans être un économiste de premier plan, il peut paraître logique que, dans un contexte de faible croissance, le recours aux heures supplémentaire est un substitut à l’embauche ou à l’intérim !
D’autant plus qu’il semblerait que ces fameuses heures supplémentaires coûtent plus cher aux contribuables qu’elle n’apporte aux salariés. En effet, l’Etat doit compenser le manque à gagner des organismes de Sécurité Sociale, « s’asseoir » sur l’impôt sur le revenu et l’arrêt des embauches induit une hausse des allocations chômages (pour en savoir plus...)

Pas étonnant que, dans un marché du travail dégradé, les entreprises cherchent à profiter de la situation pour faire valoir leurs exigences. Ainsi, chez Peugeot Motocycles, les salariés ont été contraints de renoncer à 11 jours de RTT en échange du maintien de la production sur les sites de Mandeure (j’ai grandi dans cette ville du Doubs !) et de Dannemarie. La CGC reconnaît avoir « le couteau sous la gorge », mais le « deal » devrait permettre de maintenir les 1050 emplois français. C’est donc ça le fameux dialogue social moderne que réclame le Medef !?
En Allemagne, Siemens avait imposé à ses salariés le passage de 35 à 40 heures sans hausse de salaire…mais au bout de deux ans, cela n’avait pas empêché la suppression de milliers d’emplois.
Autre exemple emblématique de la remise en cause de la RTT : en 2004, l’usine Bosch de Vénissieux avait obtenu de ses salariés la suppression de 6 jours de RTT sur 20.
Dans le journal télévisé de 20 heures du 30 avril 2008 sur France 2, Françoise Laborde a présenté un reportage sur cette usine en déclarant : « Les salariés de Bosch Vénissieux sont plutôt satisfaits du retour aux 39 heures ». Dans le reportage, deux salariés se sont exprimés. La première était plutôt résignée : « Faut faire avec ». Le second, quant à lui, était carrément amer : « Ils ont joué, ils ont gagné ! »…en parlant de la direction.
C’est sans doute la fameuse « pudeur des ouvriers » (comme dirait Nicolas Sarkozy inspiré par Henri Guaino) qui les conduit à modérer leur enthousiasme !

PP

24 avril 2008

Un an déjà...

Ce soir, Nicolas Sarkozy va nous expliquer que sa première année à l’Elysée est un succès…

Le paquet fiscal, la rupture du contrat de travail par « consentement mutuel », l’allongement de la durée de cotisation retraite, les franchises médicales, la réforme des allocations familiales, le dégraissage de la fonction publique, la réforme de la carte judiciaire, la réforme des hôpitaux, le RSA trop coûteux, les caisses vides, le « sauvetage » du site de Gandrange, le quota de 25000 expulsions par an, la commission Attali, le plan « Marshall » pour les banlieues, le Grenelle de l’environnement qui fait « pschitt », la suppression annoncée des 35 heures…et puis non finalement, la cacophonie gouvernementale, la « bling-bling » attitude, la promenade dans la neige sur le plateau des Glières, la politique de civilisation, Kadhafi à Paris, « Casse-toi, pauv’con »…

J’en passe et des meilleures…Bon courage aux conseillers en communication pour trouver une logique à tout ça !
François Fillon attend de l’intervention présidentielle une mise en perspective des réformes et une « feuille de route ». C’est quand même surprenant qu’un Premier Ministre doive attendre une émission de télé pour recevoir les directives de son patron ! Il aurait pu au moins lui envoyer un SMS !
Bon enfin, on verra bien…

En attendant ce grand moment de télé, je voudrais revenir sur un des « points forts » du programme de Nicolas Sarkozy : le fameux paquet fiscal. En effet, c’est grâce à lui que le slogan « Travailler plus pour gagner plus » devait devenir réalité. Le paquet fiscal ou loi TEPA (Travail Emploi Pouvoir d’Achat) devait produire un « choc de confiance », puis un « choc de croissance ». Le seul choc que l’on a vu, c’est celui de la courbe des sondages de popularité qui touche le fond !
Contrairement à une présentation un peu caricaturale qui en a été faite, le paquet fiscal n’est pas qu’un cadeau aux « riches ». En revanche, on peut lui reprocher son inefficacité patente et son coût exorbitant : 13 milliards d’€, qui a contribué à vider des caisses « déjà vides ».
Grosso modo, le paquet fiscal se décompose ainsi :
* 6 milliards d’€ pour les exonérations fiscales liées aux heures supplémentaires
* 3,7 milliards d’€ pour les crédits d’impôts sur les intérêts d’emprunts immobiliers
* 2,2 milliards d’€ pour la suppression des droits de succession
* 0,6 milliard d’€ pour le passage de 60 % à 50 % du bouclier fiscal
* 0,4 milliard d’€ pour l’exonération d’ISF liée à l’investissement dans les PME

Heures supplémentaires
L’UMP annonce sur sont site Internet que 4 heures supplémentaires par semaines équivalent à un 13 ème mois. Certes, mais encore faut-il pouvoir les faire, ces 4 heures par semaine. En moyenne, le tiers des salariés qui font des heures supp en effectuent 4…par mois !
Selon une étude de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, parue début avril, le dispositif coûterait plus cher à l’Etat que le gain de pouvoir d’achat octroyé aux salariés.
De plus, ce dispositif va accentuer les inégalités entre ceux qui font des heures supp et les autres. Il ne contribuera bien évidemment pas à créer des emplois (au contraire) et laisse de coté les retraités, chômeurs et bénéficiaires des minima sociaux…
Plus largement, il repose sur le principe d’une augmentation individuelle du temps de travail, alors qu’il faudrait avoir une vision globale des heures travaillées. Pour augmenter le nombre d’heures travaillées dans l’économie française, on peut faire en sorte que ceux qui ont déjà un emploi travaillent plus ou alors on peut faire le choix d’être plus nombreux à travailler. C’était la logique des 35 heures, qui malgré un certain nombre de défauts n’ont pas « plombé » l’économie française et ont contribué à générer 800 millions d’heures de travail dans l’économie. De plus, leur mise en place a permis de mieux utiliser les équipements industriels par la mise en place de nouvelles organisations du travail. Cette augmentation de la productivité, combinée aux allègements de cotisations sociales ont rendu quasi indolore pour les entreprises le surcoût de salaire de 11%.

Défiscalisation des intérêts d’emprunts
Sans s’adresser vraiment aux « riches », cette mesure vise surtout la moitié des français qui payent l’impôt sur le revenu. Elle permettra à ceux qui étaient déjà solvables d’alléger le coût de leur emprunt. En revanche, elle ne permettra pas aux moins favorisés d’accéder à la propriété.

Suppression des droits de succession
Avant cette mesure, les trois quarts des successions étaient déjà exonérées. Désormais, ce sera 95 %...et les 5% restants bénéficieront d’abattements plus importants. Sachant que l’âge moyen des « bénéficiaires » d’une succession est de 55 ans, on peut douter de la pertinence de l’argument qui consiste à dire que c’est pour aider « les jeunes à s’installer dans la vie ». En revanche, de telles mesures favorisent la perpétuation d’une France de rentiers où les 10 % les plus riches détiennent 46% du patrimoine…

Bouclier fiscal
Les 0,6 milliard d’€ ne correspondent qu’au coût engendré par le passage de 60 % à 50% du « bouclier fiscal ». Le bouclier fiscal, dans son intégralité, coûte en environ 4 milliards par an (à ajouter au paquet fiscal) et malgré les trésors d’imagination déployés par l’UMP et le gouvernement (la fameuse « veuve de l’Ile de Ré »…), il est incontestable que la vocation majeure du bouclier fiscal est de vider l’ISF de sa substance. En effet, le dépassement du seuil des 50 % ne peut en pratique se produire qu’en payant l’ISF.

« Simplification » du barème de l’impôt
N’oublions pas également la « simplification » du barème de l’impôt sur le revenu intervenue fin 2005. Il s’agissait alors de réduire de 7 à 5 le nombre de tranches et de diminuer le taux de chacune, ceci étant à peu près compensé par la suppression de l’abattement de 20% appliqué jusqu’alors sur le revenu déclaré. Sauf que…l’abattement était plafonné à 24 000 €, ce qui correspondait à un revenu déclaré de 129 000 €. Avec la nouvelle formule, un célibataire qui gagne 1 million d’€ par an économise environ 70000 € d’impôt… Et dire que la réforme a été vendue comme bénéficiant principalement aux « classes moyennes ». En fait, sur les 5 milliards que coûte cette « simplification » (à ajouter au paquet fiscal), 90 % bénéficieront aux 5% des contribuables les plus aisés.

Le rôle de l’impôt dans la société
Au total, on en est à plus de 20 milliards d’allègements d’impôts, soit près de la moitié du déficit de l’Etat (41,5 milliards en 2007 sur un déficit public total de 50,5 milliards d’€). Et pour quelles retombées sur la croissance et l’emploi ?
La fiscalité n’est pas qu’une question technique, elle est aussi la traduction de choix de société en matière notamment de solidarité, de redistribution, de résorption des inégalités, de financement des politiques publiques… Ce sont des choix fondamentaux. Malheureusement, c’est aussi un thème où la démagogie est facile : dire que l’on va baisser les impôts permet de se concilier les bonnes grâces de l’opinion publique. Et la classe politique française ne s’en prive pas ! Alors même que la France est un des pays industrialisés ou l’impôt sur le revenu des ménages et des entreprises pèsent le moins lourd ! L’impôt le plus lourd est un impôt sur la consommation : la TVA, qui représente environ 50 % des recettes de l’Etat. C’est aussi l’impôt le plus injuste puisqu’il pèse, en proportion, plus lourd sur les plus pauvres.
En la matière, la vraie rupture serait d’affirmer avec force la nécessité d’une fiscalité réellement progressive, incluant l’ensemble des revenus…

PP

OGM et Marché du travail

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Dans une précédente note, j’évoquais l’indignation de Bernard Accoyer (président de l’Assemblée Nationale) qui s’en prenait à ceux qui « veulent une France sans aucun OGM, sans progrès ». Selon lui, on a « rarement vu un lobby, celui des anti-OGM, agir avec autant d’intensité ». Celui qui se présente comme un « scientifique » (on ne rigole pas) oubliait de rappeler les propos édifiants de Jean-François Le Grand (sénateur UMP) : « Certains ont fait main basse sur l’UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques(…) La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale ». A lobby, lobby et demi !
Et ce n’est pas tout, dans le Canard Enchaîné de cette semaine, on apprend qu’un certain nombre de députés ont reçu une lettre (datée du 14 mars) et signée par tous les syndicats de défense des intérêts des semenciers (Monsanto et Limagrain en tête). Cette missive avait pour objectif d’inciter ces députés, choisis pour leur « compréhension du sujet », à proposer des amendements aux petits oignons (génétiquement modifiés). On peut citer l’abandon de « l’obligation faite à l’exploitant d’informer préalablement aux semis, les exploitants des parcelles entourant les cultures OGM ». Sans doute pour favoriser les relations de bon voisinage entre agriculteurs ! Pour les mêmes raisons, la publication de l’emplacement des parcelles OGM est désormais oubliée. Bien sûr, le fait que les amendements proposés par les députés UMP reprennent mot pour mot le texte de la lettre des semenciers n’est que pure coïncidence. C’est bien connu, les grands scientifiques utilisent tous les mêmes mots !

Autre sujet d’énervement (hélas, ils sont nombreux ces temps-ci) : les propos de Laurence Parisot (présidente du Medef) sur la modernisation du marché du travail. Selon elle, le processus « n’en est qu’au début. Il va falloir continuer à s’adapter à la globalisation. » Et quand est-ce qu’on s’arrête ? Au niveau des chinois, des indiens, des philippins…
Concernant l’indemnisation des demandeurs d’emplois : « On sait très bien qu’il y a des abus. La question est de savoir quels sont les procédures, les contrôles et les sanctions qu’on doit mettre en place pour mettre fin à ces abus ? ». Tiens, c’est bizarre, je me pose la même question pour la caisse noire de l’UIMM ! Mais c’est vrai que le Medef n’a rien à voir avec ces gens-là. Le Medef ce sont des patrons bio et l’UIMM, des patrons OGM (Obsédés par le Gros Magot).
Pour augmenter le pourvoir d’achat, il faut « baisser le niveau des prélèvements obligatoires qui est en train d’étouffer la compétitivité des entreprises ». La répétition mécanique de ce discours convenu a quelque chose de pathétique.
Et si c’était le manque d’investissement qui dégradait la compétitivité des entreprises ? Et si c’était le manque de vision de nos « grands » patrons, obsédés par la compétitivité fondée sur les coûts ? Ne pourrait-on pas envisager de s’en sortir par le haut, par la recherche, par l’innovation plutôt que d’essayer de lutter sur leur terrain avec les pays à bas salaire ?

PP

11 avril 2008

Une coûteuse usine à gaz

Le dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires mis en place l'été dernier par le gouvernement coûte plus cher qu'il ne rapporte, selon une étude de la commission des Finances de l'Assemblée rendue publique mercredi. La ministre de l'Economie Christine Lagarde a réfuté cette analyse.

« Ce sont au total 4,1 milliards d'euros que l'Etat dépensera pour qu'une partie des salariés bénéficient de 3,78 milliards d'euros de pouvoir d'achat supplémentaire », estime Didier Migaud, le président socialiste de la commission des Finances, dans une lettre ouverte à Mme Lagarde. Sur la base des chiffres de l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss) et d'une simulation de l'INSEE, M. Migaud estime que le nombre d'heures supplémentaires en année pleine sera de 600 à 670 millions, « deux estimations bien éloignées des 900 millions d'heures qui auraient été effectuées en 2006 ».

En matière de pouvoir d'achat, le gain mensuel représente entre 11 et 15 euros pour un salarié au SMIC qui effectue quatre heures supplémentaires par mois. Dans sa lettre à Mme Lagarde, Didier Migaud se demande si on ne pouvait pas, « avec le même objectif, dépenser autrement ces sommes qui ne bénéficient qu'à une partie des Français ». Il s'interroge si la mesure phare de la loi Travail, emploi et pouvoir d'achat (TEPA) du 21 août 2007 n'a pas créé « un effet d'aubaine plutôt que de provoquer un choc de croissance ». On peut rappeler que seulement un peu plus d’un tiers des salariés effectuent des heures supplémentaire, pour un volume moyen de 55 heures par an soit environ 5 heures par mois. On est loin des 4 heures par semaine mises en avant par le gouvernement pour justifier d’une augmentation de 180 € par mois pour un salarié au SMIC !

La ministre de l'Economie a rejeté cette analyse. « Les heures supplémentaires sont en augmentation d'au moins 10%. Les heures supplémentaires, non seulement ça marche, mais ça augmente », a-t-elle affirmé lors de la séance des questions au gouvernement. « La question n'est pas d'affirmer, mais de prouver », a répliqué Didier Migaud. Le président de la commission des Finances s'est dit « prêt à un débat contradictoire » avec Christine Lagarde sur ce sujet. Pour le Parti socialiste, ces données « attestent du caractère mensonger » de la promesse de Nicolas Sarkozy de « travailler plus pour gagner plus », « un slogan loin de la réalité ». Le PS renouvelle sa demande d'annulation du paquet fiscal.

PP

10 avril 2008

Modernité et Social

Selon Jean-Marc Sylvestre (inamovible chroniqueur libéral de France Inter), le fait que la majorité des créations d’emplois se fasse dans les services est un « marqueur de modernité pour l’économie française ». Est-ce bien sûr ? En 2007, 300 000 emplois ont été créés en France, dont 113 000 dans le secteur des services à la personne. Or, dans ce secteur d’activité, la durée moyenne de travail est de…10 heures par semaine. Ce temps partiel, souvent subi, s’accompagne d’horaires fractionnés et flexibles. Pas de quoi parler de « marqueur de modernité » ! Dans une société où la dépendance des personnes âgées va devenir très bientôt une question lancinante, il serait temps de penser à organiser les activités de services à la personne, en facilitant la formation des salariés, en mettant en place des structures leur permettant de gérer leur temps de travail… Ce serait peut-être ça, la vraie modernité !

Nicolas Sarkozy a sans doute condamné le RSA, lors de son discours sur la politique sociale à Cahors. Il sera en effet « calibré en fonction des possibilités financières ». Et comme les caisses sont vides… J’ai déjà fait part sur ce blog de toutes les réserves que suscitait pour moi le concept du RSA.
Un sondage réalisé auprès de 1000 RMIstes (par TNS Sofres) indique que 25% d’entre eux travaillent sans pouvoir sortir du RMI et surtout que seulement 8% d’entre eux sont favorables à un dispositif du type « RSA ».
Abandonner le RSA ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire pour lutter contre la pauvreté, mais plutôt explorer d’autres pistes et notamment la formation professionnelle et la lutte contre les petits boulots.

En ce moment, on assiste, autant au gouvernement qu’à l’UMP, à un tir groupé sur les « politiques sociales ». Elles seraient coûteuses et inefficaces. Il est vrai qu’en période de difficultés économiques, il est tentant de faire supporter aux plus vulnérables la majeure partie des efforts d’ajustement. Mais pourtant, il ne faut pas oublier que les « politiques sociales » constituent de véritables stabilisateurs pour l’économie en maintenant partiellement le pouvoir d’achat de ceux qui sont en difficulté. Si l’on coupe le robinet, le risque est grand de voir faiblir la consommation des ménages, principal moteur de la croissance.
Il ne faut pas oublier que si les prélèvements obligatoires représentent plus de 50 % du PIB, cet argent n’est pas brûlé par l’Etat comme voudraient le faire croire les libéraux. Il est, pour au moins la moitié, redistribué directement aux ménages (allocations, remboursement des soins…). Et le reste est utilisé pour faire fonctionner les services publics : éducation, police, justice…
Jérôme Chartier, responsable des questions économiques à l’UMP, a affirmé sur France Inter que « 1€ dépensés dans le privé est 3 fois plus productif qu’1 € dépensé dans le public ». Pourquoi pas 10 fois ? 20 fois ? Il est très facile d’asséner des propos invérifiables.
Si nous prenons l’exemple de la gestion de l’eau, plusieurs études ont montré que la gestion municipale (donc publique) conduisait à des tarifs inférieurs à la gestion privée.
Selon l’OCDE (organisme pas franchement réputé pour son penchant bolchévique) aux Etats-Unis, où le système de santé est essentiellement privé, la santé coûte plus de 6000 dollars par personne…contre environ 3300 pour la France. Et pourtant l’espérance vie est supérieure en France !
Je pense qu’il aurait été « 3 fois plus productif » pour le débat que Mr Chartier se taise.

PP

07 avril 2008

Réforme et RSA

Nicolas Sarkozy a affirmé que « ce n'est pas les économies qui font la réforme mais la réforme qui permettra des économies. C'est la différence entre rigueur et réforme. »…avant de confirmer le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite !
Peut-on envisager mesure d’économie plus arbitraire ? Tout le monde convient que l’Etat a besoin de réforme, mais d’une réforme s’appuyant sur une analyse des besoins de services publics. Tailler à la hache dans les effectifs, c’est courir le risque de voir coexister une pénurie de moyens dans certains secteurs et des sureffectifs persistants dans d’autres…avec au final, une dégradation de la qualité globale du service public.

La question soulevée par le Revenu de Solidarité Active défendu par Martin Hirsch n’est pas tant celle de son coût (5 à 7 fois moins que le paquet fiscal), mais plutôt celle de la « philosophie » qui le sous-tend. Il s’appuie, selon moi, sur le principe que la reprise de l’emploi n’est désormais envisageable que par des « petits boulots », d’une durée inférieure à un mi-temps. Partant de là, il est normal que la collectivité « subventionne » ceux qui reprennent l’emploi pour leur permettre d’atteindre le seuil de pauvreté. Cela ne risque-t-il pas de favoriser encore plus le développement de ces petits boulots ? Une lutte efficace contre la pauvreté passe par l’éducation et des politiques en faveur d’emplois de « bonne qualité » (et temps plein).


PP

31 mars 2008

Modernisation du marché du travail

ecbaabe6f9512358263edbc85846ccd0.jpgXavier Bertrand, notre onctueux Ministre du Travail, nous promet une modernisation « équilibrée » du marché du travail, avec notamment des indemnités de départ plus élevées et un droit à une mutuelle en cas de licenciement. Mais il ne faut oublier la rupture par « consentement mutuel » du contrat de travail qui constitue un premier pas vers l’alignement du droit du travail sur le droit commercial. On peut citer aussi le CDD de trois ans, rebaptisé « contrat de projet ». Autant de mesures qui tendent à précariser davantage les salariés.

Il semblerait que le plateau de la balance penche plutôt du côté « flexibilité » que du côté « sécurité ». N’oublions pas que les pays Scandinaves, dont on prétend transposer le modèle de « flexisécurité », dépensent trois fois plus que la France pour l’accompagnement des chômeurs.

PP

24 janvier 2008

Un pays d'entrepreneurs ?

Quelques remarques (sur d’autres sujets que la crise financière…)

En 2007, il y a eu 321 478 créations d’entreprises en France. Ce chiffre est en hausse de plus de 12% par rapport à 2006. Cela pourrait être une bonne nouvelle dans un contexte de morosité économique. Mais à y regarder de plus près, il est permis de s’interroger…
En effet, en 2006, plus de 83 % des entreprises créées ne comportaient aucun salarié. Les données ne sont pas disponibles pour 2007, mais cela n’a pas dû beaucoup évoluer… Je ne pourrais pas être plus clair que le commentaire de l’INSEE : « En 2006, 83 % des entreprises créées n'emploient aucun salarié. La création d'entreprise sans salarié est peut-être un moyen de générer son propre emploi. »
Tout est dit, la grande majorité des créations d’entreprises ne résultent vraisemblablement pas du dynamisme économique, mais sont plutôt des solutions de dernier recours pour des chômeurs. Moins de la moitié d’entre eux sont indemnisés par les ASSEDIC…Dans un contexte de chômage de masse, il n’y a souvent pas d’autre choix que de tenter sa chance en tant qu’indépendant, avec à la clé des conditions de vie et de travail souvent difficiles.
Il sera intéressant de suivre l’évolution du nombre de défaillance de ces nouvelles « entreprises » durant l’année à venir…

François Fillon nous annonce que l’économie française est « mieux armée » que les autres pour faire face à la crise. En effet, selon lui les français sont « moins endettés que les autres » et il n’y a « pas de crise du logement en France ». Jusqu’à présent le fait que les français soient moins endettés que les autres était plutôt vu comme un handicap par les « modernisateurs » ! C’est d’ailleurs pour cela que ce gouvernement (ou le précédent) a introduit la notion de crédit hypothécaire rechargeable (sur le modèle anglo-saxon) afin de doper la croissance.
Pas de « crise du logement » ? Alors que les prix et les loyers ont explosé ?

L'indice PMI, qui mesure la vigueur de l'activité des secteurs manufacturier et des services dans la zone euro, est tombé à son plus bas niveau depuis 31 mois… Il y a vraiment intérêt à ce que la France soit bien « armée »… Il ne faut pas se leurrer, la France sera aussi impactée que les autres…

PP

15 janvier 2008

Flexsécurité à la française

« Un progrès sensible dans notre pays »
François Fillon a jugé dimanche soir que le projet d'accord des partenaires sociaux sur la réforme du marché du travail représentait un « vrai pas vers la flexsécurité à la française ».
Quand un ajoute le qualificatif « à la française » à un concept, c’est en général mauvais signe. Cela signifie en général que l’on veut faire passer une pilule amère !
« S'il est mis en œuvre, le projet d'accord sur le contrat de travail et la sécurisation des parcours professionnels fera baisser rapidement le chômage », estime la présidente du Medef, Laurence Parisot.
En gros l’accord comporte un volet « flexibilité » (rupture du contrat par « consentement mutuel », période d’essai allongée et « contrat de projet ») et un volet sécurité (doublement de l’indemnité de licenciement, transfert des droits à la formation et la complémentaire santé).

Selon le Medef, une plus grande flexibilité du marché du travail fera baisser le chômage….
Mais la flexibilité existe : entre 2003 et 2005, les deux tiers des 300 000 emplois créés sont dus aux emplois temporaires. Les deux tiers des licenciements sont des licenciements pour cause individuelle, souvent accompagnés de transactions. En fait le Medef, aidé en cela par le gouvernement, veut tout simplement légaliser ces pratiques douteuses…
Avec les résultats que l’on sait sur le chômage… Ce qui fait vraiment défaut à l’économie française, c’est une spécialisation vers des secteurs porteurs, de l’investissement. Faire porter systématiquement aux seuls salariés le poids des efforts d’ajustement est une démarche à courte vue. Cela permet facilement et rapidement aux patrons de se dédouaner de leur manque de vision. Mais les gouvernements successifs ont leur part de responsabilité dans ce processus. En effet, par des politiques de l’emploi fondées presque exclusivement sur des baisses de charges sur les bas salaires, ils ont contribué à tirer vers le bas les rémunérations et les qualifications…Ainsi qu’à la « dualiser » le marché du travail.

Un marché du travail dual…
Selon l’INSEE, le taux de chômage des cadres et des professions intermédiaires était d’environ ... 5% en 2005, c’est-à-dire presque le plein emploi. Leur marché du travail étant déjà fluide, les impacts seront donc limités pour les salariés les plus qualifiés. En revanche, un plus grande flexibilité revient à faire porter aux salariés les moins qualifiés les efforts d’ajustement. On risque de se retrouver en ce qui les concerne dans une situation à l’Américaine, où le taux de chômage est faible, mais où le salaire des moins qualifiés l’est également. Est-ce vraiment meilleur pour la cohésion sociale ?

Chômage et exclusion…
En ce qui concerne le chômage, il est bon d’avoir en tête que 40% de chômeurs sont des chômeurs de longue durée (depuis plus d’un an) et qu’un chômeur sur deux n’est pas indemnisé. Or, le chômage de longue durée est un point d’entrée vers le déclassement, puis vers l’exclusion. La concurrence engendrée par une flexibilité légalisée risque de dégrader encore la perspective d’un retour à l’emploi de cette catégorie de chômeurs. L’amélioration de leur situation ne peut passer que par un effort de formation massif, mais aussi d’accompagnement vers l’emploi. C’est la responsabilité de la puissance publique. Le Danemark, souvent pris en exemple, dépense proportionnellement environ 3 fois plus que la France pour le traitement actif (formation) et passif (indemnisation) du chômage.

PP

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