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16 janvier 2013

Sommet social : un accord "historique"… et après ?

Lors de son déplacement au Marché international de Rungis, le 27 décembre 2012, François Hollande avait affirmé que 2013 devait être l’année de la « grande bataille de l’emploi ».  On ne peut qu’approuver cette grande ambition, tant le chômage de masse est un fléau pour notre société avec tout ce qu’il engendre d’insécurité sociale, de précarité, d’impossibilité pour nombre de français de se projeter dans l’avenir…C’est à l’aune de cet objectif majeur que doit être jugé l’ « Accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013 pour un nouveau modèle économique et social au service de la compétitivité des entreprises et de la sécurisation de l’emploi et des parcours professionnels des salariés » (ouf !).

 

Peut-on vraiment parler d’un « accord historique », comme le fait Laurence Parisot ? Peut-on même parler d’un … « accord », alors qu’il n’a été signé que par seulement trois organisations syndicales (CFTC, CGC et CFDT), alors que deux syndicats et non des moindres (CGT et FO) le jugent « inacceptable » ?

 

Cela dit, intéressons-nous au contenu de l’accord, composé de 28 articles.

 

La « taxation » des contrats à durée déterminée (Article 4) est présentée comme la concession majeure du patronat. Il s’agissait en particulier d’un point d’achoppement avec la CFDT. Désormais les CDD de « surcroit d’activité » de moins de trois mois font l’objet d’une majoration de la part patronale des cotisations chômage. Cette majoration sera limitée pour les secteurs d’activité où il est « d’usage » de recourir au CDD. Sont exclus de ces dispositions les contrats saisonniers et les « contrats conclus pour une tâche précise et temporaire », ainsi que…l’intérim, pourtant grand pourvoyeur de contrats précaires. Au final, cette « concession » du patronat laisse dubitatif quant à sa portée réelle. D’autant plus que le surcoût global de la mesure (110 millions d’€) est plus que compensé par l’exonération pendant 3 mois de cotisations patronales d’assurance chômage lors de l’embauche en CDI d’un jeune de moins de 26 ans (150 millions d’€).

 

Concernant les temps partiels (Article 11), le texte prévoit de porter le minimum d’heures de 20 heures à 24 heures hebdomadaires, mais « lissées sur tout ou partie de l’année » et avec « des dérogations possibles si les horaires de travail sont réguliers » et pour les « salariés des particuliers employeurs ou des salariés âgés de moins de 26 ans et poursuivant leurs études ». De plus les « modalités d’exercice du temps partiel » (périodes d’interruption, délai de prévenance, répartition du travail dans la semaine…) devront faire l’objet de nouvelles négociations.

 

Les deux autres mesures emblématiques de la sécurisation des parcours professionnels à savoir la « généralisation de la couverture complémentaire des frais de santé » (Article 1) et la « création de droits rechargeables à l’assurance-chômage » (Article 3) devront également faire l’objet de nouvelles négociations. La couverture santé doit voir le jour au plus tard le 1er janvier…2016. S’agissant des droits  à l’assurance-chômage, « les partenaires sociaux veilleront à ne pas aggraver ainsi le déséquilibre financier du régime d’assurance chômage ». Plus facile à dire qu’à faire… La mise en place du compte personnel de formation (Article 5), qui n’apporte pas grand-chose par rapport au Droit Individuel à la Formation (DIF), est quant elle « conditionnée à un accord sur ses modalités de financement entre les partenaires sociaux, les Régions et l’Etat, qui engageront une concertation sur ce sujet dans les plus brefs délais ».

 

Si le volet « sécurisation des salariés » est largement tributaire de négociations ou de concertations futures, l’accord du 11 janvier est beaucoup plus précis et concret sur le volet « flexibilité ». Ainsi l’article 20 prévoit-il une nouvelle possibilité de licenciement collectif pour motif économique dans les entreprises d’au moins 50 salariés. Les modalités pourront désormais en être fixées par « un document produit par l’employeur et homologué par le Dirrecte ». Après avis du comité d’entreprise, l’administration aura 21 jours pour se prononcer sur le document qui « précise le nombre et le calendrier des réunions des instances représentatives du personnel, les délais de convocation, la liste des documents à produire ainsi que le projet de PSE », sans quoi le document sera réputé homologué. Vite fait, bien fait !

 

L’article 18 institue les « accords de maintien dans l’emploi » permettant, en contrepartie de l'engagement de limiter les licenciements, à une entreprise en difficulté de conclure un accord majoritaire pour « ajuster » temps de travail et rémunérations pendant deux ans. Une réflexion sera engagée par les partenaires sociaux sur les « mesures envisageables pour atténuer les effets d’une éventuelle baisse du salaire net de base ». Compte tenu de la situation économique, il y a fort à parier que « l’éventualité » de baisses de salaire se concrétise !

 

L’article 15, quant à lui, traite de la « mobilité interne » et permettra de faciliter les restructurations (« changements de poste ou de lieux de travail au sein de la même entreprise »). La mobilité interne à salaire et niveau de qualification égaux deviendrait obligatoire si un accord de l'entreprise le prévoit. En cas de refus, cela conduira à un licenciement pour motif personnel.

 

Que conclure de ce rapide passage en revue de l’accord du 11 janvier 2013 ? Les avancées en matière de sécurisation des salariés paraissent d’une portée assez limitée (taxation des CDD, temps partiel) et certaines d’entre elles ne verront le jour que dans quelques mois, voire quelques années (complémentaire santé,  assurance-chômage, formation). Elles ne seront donc pas d’un très grand apport pour la bataille de l’emploi qui se jouera en 2013.

 

Quant aux mesures de flexibilité, si certaines d’entre elles donnent un cadre à des pratiques qui existaient déjà, elles ne permettent certainement pas de rééquilibrer les négociations entre salariés et employeurs. Dans un contexte de chômage de masse, ces négociations ne peuvent qu’être défavorables aux salariés. Le très libéral Wall Street Journal y voit même une victoire pour les employeurs français dans la mesure où l’accord permet d'assouplir le temps de travail et les rémunérations. Il tempère cependant en notant que la baisse du chômage n'est pas pour autant assurée. Les perspectives plutôt sombres en matière de croissance risqueraient même de l'aggraver, car « bien que le fait d'ajuster les règles du marché du travail peut soutenir la création d'emploi à moyen-terme, cela ne créé pas nécessairement des emplois à courts terme, et peut même avoir l'effet inverse, préviennent des économistes. »

 

Au final, cet accord ne permet pas de répondre à l’urgence de la situation (l'Unedic prévoit 178.800 chômeurs en plus en 2013). Il ne permet pas non plus de répondre aux attentes des plus de 5 millions de personnes inscrites à Pole Emploi, ainsi qu’à celles des travailleurs pauvres et précaires. Bref, il est « hors-sujet » par rapport à la grande bataille de l’emploi de 2013. Pour autant, à moins que ce texte n’agisse comme l’étincelle qui met le feu aux poudres (ce qui est toujours possible en temps de crise),  il est peu probable qu’il suscite de fortes réactions parmi les salariés. En effet, il ne comporte pas de mesures emblématiques fortes qui pourraient être considérées comme des « chiffons rouges » (comme le CPE en son temps). On peut le regretter, mais ce texte sera vraisemblablement transcrit fidèlement dans un projet de loi comme l’a d’ailleurs demandé François Hollande. Sans doute quelques amendements tenteront de corriger tel ou tel point, mais sauf à déjuger l’expression du « dialogue social », l’architecture générale de l’accord sera conservée, quoiqu’en disent certains députés socialistes.


Que faire alors ? Car tout ou presque reste à faire…


Au sein du Parti Socialiste, les militants de la Motion 4 « Oser. Plus loin, plus vite » proposent la mise en place d’Etats Généraux de l’Innovation et de l’Emploi. Pour donner envie aux partenaires sociaux d’aller plus loin et plus vite dans la lutte contre le chômage et la précarité, organisons au niveau national et dans chaque région des Etats généraux de l’emploi pour « tout mettre sur la table » et montrer que l’innovation est possible pour sortir du chômage de masse.


Débattons ensemble des limites de la croissance. Donnons la parole à des acteurs de l’Economie sociale et solidaire. Donnons la parole à des collectivités qui créent des emplois en investissant massivement dans les énergies renouvelables. Donnons la parole à des créateurs d’entreprises. Donnons la parole à des patrons et à des salariés qui sont passés à la semaine de 4 jours…


Y aura-t-il 400.000 chômeurs de plus d’ici 2 ans ou y en aura-t-il 400.000 de moins ? Cela se décide dans les mois qui viennent. Avec l’ensemble des partenaires sociaux, avec les experts, avec les militants et tous les citoyens qui veulent la justice sociale, le PS doit tout faire pour casser certains tabous et mettre la société en mouvement.


 PP

09:53 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emploi, flexisécurité, medef, syndicats | | |  Facebook | | |

11 janvier 2013

Sommet social : un échec serait bienvenu

rue89.pngMa note d'avant-hier est sur mon blog "Rue89"

Elle a suscité pas mal de commentaires !

PP

09:26 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, flexisécurité, emploi, medef | | |  Facebook | | |

11 décembre 2012

Pour un choc de solidarité !

Par Virginie Gorson-Tanguy, porte-parole du Mouvement national des chômeurs et précaires - Libération


Alors que le chômage et la précarité se sont installés durablement, la «conférence nationale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale» se doit de présenter des mesures fortes, justes et efficaces.
Mais la précision des objectifs dépend de la fiabilité des constats.

 


Il aurait fallu d’abord ne pas déconnecter emploi et pauvreté, comme le souhaitaient les organisations de chômeurs, qui n’ont pas été écoutées. En juillet, le gouvernement a parlé emploi, avec les syndicats. En décembre, il parlera pauvreté, majoritairement avec les associations. Ainsi va le dialogue social en France. Ce cloisonnement pourrait n’être qu’un détail si finalement les questions fondamentales étaient posées : comment créer de l’emploi ? Et s’il n’y a pas d’emploi pour tout le monde, comment faire pour qu’une partie de la société ne sombre pas dans la précarité durable ?



A la création du RMI, conçu comme un dispositif de secours aux personnes les plus exclues, le chômage n’était pas aussi important qu’aujourd’hui et les chômeurs de longue durée n’étaient pas aussi nombreux. De période de transition entre deux emplois, le chômage est devenu pour beaucoup un statut durable : licenciés, «trop jeunes», «trop vieux», «pas assez formés», «trop qualifiés»…la file des demandeurs d’emploi s’allonge et le poids de la culpabilité s’alourdit. Sans emploi pour tout le monde, la compétition érigée en valeur fait des dégâts sérieux sur les individus et les familles. De «liberté, égalité, fraternité» nous sommes passés à «anxiété, inégalité, compétitivité», sans que eux, nous, chômeurs, précaires, smicards, futurs ou anciens, pourtant tous citoyens, ayons été consultés sur ce grand chambardement.



Il est pourtant une vérité qu’il serait bon d’entendre plus souvent, et plus fort : aujourd’hui, en France, comme d’ailleurs partout en Europe, il n’y a pas d’emploi pour tout le monde. Le chômage est la conséquence d’un système qui dysfonctionne : le travail ne se partage pas, les richesses non plus. Et tandis que le très riche devient encore plus riche, en croulant sous le travail, le précaire croule, lui, sous les angoisses et les dettes. On nous reproche d’en faire un peu «trop», on nous renvoie à la responsabilité individuelle et à la spécificité des parcours de chacun. Nous affirmons, nous, que le chômeur n’est pas responsable du chômage et que c’est une responsabilité collective que de trouver des solutions. Un travail de long terme reste à mener pour un partage juste et équitable du travail, qui s’impose si l’on veut créer de l’emploi et réduire les inégalités. A court terme, et cela doit être l’objet de cette conférence de décembre, il est impératif de revenir au principe de solidarité, le fondement de notre société, et surtout, le mettre en œuvre.



Une déclaration d’intention serait facile, mais la méthode est usée, et les chômeurs et précaires aussi. Commençons par une revalorisation des minima sociaux : on nous dit que ce n’est pas «audible», que personne ne comprendrait, que cela coûte trop cher. Les «caisses sont vides». Aux vues des dernières mesures gouvernementales, elles ne le sont visiblement pas pour tout le monde. Des comparaisons s’imposent :
une augmentation des minima sociaux de 250 euros coûterait 6 milliards, la fraude aux cotisations des employeurs représente 15 milliards. Concrètement, l’évolution du RMI puis du RSA a durablement décroché par rapport à celle du Smic : en 2000, le RSA représentait 40% du Smic, c’est aujourd’hui seulement 33%, soit une diminutionde 100 euros par rapport au Smic. Encore plus concrètement, une très grande partie des chômeurs vit sous le seuil de pauvreté, fixé à 964 euros quand le RSA de base n’est qu’à 474 euros.



Croyez-nous, être au chômage, vivre avec les minima sociaux, ce n’est pas un choix de vie. Mais, évidemment, pour le savoir, il faudrait que les chômeurs et précaires aient leur mot à dire et qu’ils soient écoutés. Au lieu de les réduire, à longueur de conférences politiques et d’émissions, au statut de témoins passifs mais coupables d’une situation qui les dépasse, il faut leur donner les moyens non seulement de s’exprimer mais aussi de proposer des solutions et d’assurer leur représentation collective. Si les voix organisées du chômage et de la précarité se faisaient entendre dans les lieux de décision qui les concernent et sur les plateaux de télévision, les minima sociaux auraient peut être déjà été revalorisés, et l’idée d’un revenu décent pour tous, à défaut d’emploi, s’imposerait –qui sait ?– comme une évidence. Un choix de société, pour un choc de solidarité : c’est possible !

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23 novembre 2012

2013 pourrait être l’année d’un record historique en termes de nombre de défaillances !

Voici l'éditorial de la newsletter du site Etrepaye.fr (site indépendant dédié à la gestion du poste clients et de la trésorerie)...Il donne des perspectives peu réjouissantes pour 2013...


Malgré un repli modéré de la sinistralité au 1er semestre 2012, Euler Hermes annonce une hausse des défaillances d’entreprises de +3% en 2012 à 63 000 défaillances. Le troisième trimestre 2012 est en effet en hausse de 3,7% par rapport à 2011 (11 700 défaillances).



Le nombre d'emplois menacés est de 48 000 pour cette période. Le chômage ne devrait pas reculer dans les mois qui viennent !



En 2013, plus de 64 000 entreprises feraient défaut soit une hausse de +2% en nombre, en sachant que la hausse en termes de chiffre d'affaires des entreprises en question est plus élevée.



En effet, d'avantage d'entreprises de taille moyenne sont concernées par les procédures collectives, ce qui explique pourquoi l'impact de la hausse des défaillances est bien plus important que ne laisse entendre l'évolution de leur nombre.



Le premier semestre 2012 aura été marqué par la taille du chiffre d’affaires cumulé des 15 plus grandes défaillances. Ce dernier s’établit à près de 7 milliards d’euros, soit déjà trois fois plus que celui de l’ensemble de l’année 2011 !


À l’export, la hausse des défaillances afficherait une augmentation de +10% en 2013, avec une Europe du sud particulièrement sinistrée, commente Euler Hermes.



Par ailleurs, en France, si l’on envisage un scénario dégradé de croissance zéro en France pour 2013, il s’agirait alors d’un record historique en nombre de défaillances, à plus de 65 000. 



En effet, les marges de manoeuvre des entreprises françaises sont très faibles : insuffisance de fonds propres, marges tirées les placent souvent sur le fil du rasoir et ne leur permet pas d'absorber une baisse d'activité ou un impayé client.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emploi, crise, entreprises | | |  Facebook | | |

20 novembre 2012

Dix ans de dérégulation sociale en Allemagne

Article paru sur Alternatives Economiques

 

A méditer par ceux qui ne jurent que par le "modèle" allemand...

 

Dix ans de dérégulation sociale et de promotion des « mini-jobs » (emplois flexibles, subventionnés et mal payés) ont fortement détérioré la qualité de l'emploi en Allemagne. La croissance de l'emploi dans les années 2000 s'est en effet centrée sur les emplois à durée déterminée et à temps partiel et s'est accompagnée d'une montée des inégalités. Résultat: la consommation n’a progressé que de 5 % outre-Rhin entre 2002 et 2012, contre 16 % en France.

 

Neutre au plan budgétaire, une politique salariale plus volontariste aurait l’avantage de montrer un visage plus coopératif vis-à-vis de l’extérieur, tout en répondant aux attentes de la population.


Cliquez sur les boutons à côté des années pour afficher les chiffres correspondants. Au départ, c'est l'année 1995 qui est affichée.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, compétitivité, emploi, temps partiel, précarité, salaires | | |  Facebook | | |

30 novembre 2011

La semaine de quatre jours, solution à la crise ?

Alors que le chômage atteint des nouveaux sommets (34 400 demandeurs d'emploi de plus en octobre en catégories A, pour un total de 2 814 000 et 4 193 000 en catégories A, B et C), n'est-il pas temps d'examnier sérieusement des solutions telles que la réduction du temps de travail ?


Ancien socialiste, élu conseiller régional d’Île-de-France sur les listes Europe écologie, Pierre Larrouturou est l’un des plus ardents défenseurs de la semaine de 32 heures, réparties sur quatre jours. Un voeu pieu en pleine crise financière ? Une utopie quand Manuel Valls et une partie de la gauche veulent oublier les 35 heures ? Au contraire ! Les 32 heures sont déjà appliquées au sein de quelques entreprises pionnières. Pour l’économiste, la réduction du temps de travail demeure aujourd’hui l’un des leviers les plus sûrs pour lutter contre le chômage.

http://www.bastamag.net/article1855.html


Basta ! : Quel bilan tirez-vous des lois Aubry sur les 35 heures ?


Pierre Larrouturou : Selon l’Insee, elles ont permis de créer entre 300 000 et 350 000 emplois à temps plein. Pour la droite, le bilan est catastrophique, mais elle n’a jamais pu faire aussi bien. Pour autant, on aurait pu faire encore beaucoup mieux. La réforme a été brutale et défaillante dans la concertation avec les partenaires sociaux. Il a manqué le dialogue qu’avait par exemple su installer Jacques Delors lors de la réforme de la formation professionnelle en 1971. Sur le fond, la deuxième loi Aubry a instauré des exonérations de charges sociales sans contreparties de créations d’emplois, une erreur majeure qui a donné des arguments à ses détracteurs.

 

Quelle est la réalité du temps de travail aujourd’hui en France ?


Après les assouplissements successifs mis en oeuvre par les gouvernements de droite et les subventions aux heures supplémentaires, on est revenu à 38 heures en moyenne pour les salariés à temps plein, ce qui se situe dans la moyenne européenne. La situation est quasiment la même qu’en 1995, lorsque le rapport Boissonnat, demandé par Édouard Balladur, proposait déjà une réduction du temps de travail de 20 % ! Mais aujourd’hui, 70 000 chômeurs arrivent chaque mois à Pôle emploi, et environ 250 000 en repartent en fin de droits. Revenir sur les 35 heures dans un tel contexte est un non-sens terrible !


Peut-on parler de réduction du temps de travail en pleine crise de la dette publique ?


La France a connu 1,2 million de chômeurs supplémentaires durant la crise financière. En Allemagne, la récession a été deux fois plus forte, mais le pays n’a enregistré que 200 000 chômeurs supplémentaires, soit six fois moins. Pourquoi ? 1,5 million de salariés sont passés en kurtzarbeit (travail à temps réduit) et ont travaillé 31 % de temps en moins. Cela a été un levier très puissant pour sauvegarder l’emploi. On ne peut pas sortir de la crise financière si on oublie qu’elle est avant tout une crise sociale. L’enjeu premier, c’est de donner à chacun un vrai boulot. Nous vivons dans une société de consommation où chacun a besoin de consommer. Pour sortir de la crise, il faut créer de l’emploi et revenir sur la baisse scandaleuse de la répartition capital/travail que la France connaît depuis trente ans. Et tant que le chômage sera fort, les salariés seront en position de faiblesse dans le rapport de force avec les employeurs.


Selon vous, la réduction du temps de travail est d’abord une réponse aux gains de productivité depuis les années 1970…


Le débat public se concentre actuellement sur la mondialisation (ou la démondialisation), mais la plupart des économistes reconnaissent que les délocalisations ne sont responsables que d’environ 15 % des destructions d’emplois. La vraie cause du chômage, ce sont les gains de productivité colossaux enregistrés depuis les années 1970. La productivité a été multipliée « seulement » par 2 entre 1820 et 1960, puis par 5 depuis 1960 grâce à la multiplication des robots et des ordinateurs. C‘est prodigieux !  Parallèlement, sur les quatre dernières décennies, le temps de travail hebdomadaire a quasiment stagné, alors qu’il avait presque diminué de moitié durant le siècle précédent. Mécaniquement, si la révolution de l’informatique ne s’est pas répercutée sur une réduction du temps de travail, elle s’est convertie en destructions d’emplois.


Mais comment financer une nouvelle réduction du temps de travail ? Les 35 heures coûtent aujourd’hui plus de 20 milliards d’euros annuels d’exonérations de cotisations sociales.


C’est un faux problème car la création d’emplois finance par elle-même la mesure. Si on diminue le temps de travail pour passer de 38 à 32 heures à temps plein, les créations d’emplois vont générer autant de cotisations supplémentaires pour les retraites et l’assurance-maladie. En parallèle, si on accepte que sur 200 nouvelles embauches, 150 bénéficient à des ex-chômeurs (les 50 autres étant pour de nouveaux entrants sur le marché du travail attirés par les créations de postes), ce sont 150 chômeurs de moins à indemniser pour Pôle emploi. Il faut conditionner les exonérations aux créations de postes : pour bénéficier de 8 % d’exonérations, chaque entreprise doit s’engager à créer 10 % d’emplois supplémentaires grâce aux RTT. Malheureusement, la deuxième loi Aubry n’a pas intégré cette condition. On subventionne aujourd’hui toutes les entreprises passées aux 35 heures, même lorsqu’elles n’ont pas généré de nouveaux emplois.


Avec une réduction du temps de travail, ne risque-t-on pas une nouvelle intensification des rythmes et un stress accru des salariés ?


Absolument, et c’est le second piège sur lequel avaient buté les 35 heures. L’intensification de la charge de travail a été un véritable scandale dans certaines entreprises. Dans une célèbre société de pneumatiques, des ouvriers qui manipulaient des produits sensibles et devaient ensuite prendre une douche ont vu cette activité passer du temps « professionnel » au temps libre. Pour éviter cela, il faut interdire la redéfinition du travail lors du passage des entreprises aux 32 heures : les pauses, le temps réservé à l’habillage, aux douches… Tout cela doit rester strictement identique.


Vous avez suivi la mise en place de la semaine de quatre jours dans certaines grandes entreprises pionnières en la matière, comme Mamie Nova, Fleury Michon, Monique Ranou. La réduction du temps de travail crée-t-elle une opportunité pour les salariés de s’investir dans la vie de leur entreprise ?


Oui. Et c’est le responsable DRH de Mamie Nova qui le dit ! Selon lui, le plus intéressant et le plus compliqué dans la réforme, c’est d’avoir justement réfléchi au contenu du travail. Quand le directeur d’une usine passe à quatre jours, il doit déléguer une partie de ses tâches à son N-1 (son subordonné, ndlr), qui doit faire de même, et ainsi de suite jusqu’au contremaître puis l’ouvrier. La semaine de quatre jours favorise ainsi la polyvalence des salariés. En 1998, le référendum interne chez Mamie Nova pour le passage à la semaine de quatre jours a été accepté par plus de 90 % des salariés. La concertation entre la direction et les actionnaires a été exemplaire, et quelques années plus tard, le médecin du travail a observé une baisse du stress et une hausse de la qualité de vie au travail.


Vous plaidez aussi pour un passage à la semaine de quatre jours dans les PME ?


Cela existe déjà. Je pense à une auto-école à Rouen, une coopérative d’insémination porcine à Pau, une agence de pub à Paris... L’important, c’est de conserver de la souplesse : certaines entreprises font la semaine de 32 heures sur cinq jours d’ouverture hebdomadaire, d’autre sur six, d’autres sur sept. La durée du temps de travail doit aussi varier en fonction des périodes de chauffe et des périodes de « relâche » qui rythment la vie d’une PME.


D’autres partisans de la réduction du temps de travail privilégient une approche « tout au long de la vie ». On pourrait donner une année sabbatique rémunérée aux salariés tous les dix ans…


Le rêve de l’année sabbatique et du tour du monde, ça ne concerne pas tous les travailleurs ! Le problème de cette hypothèse, c’est que durant les neuf autres années travaillées, le quotidien professionnel ne change pas. Et je crains les soucis lorsque le salarié reviendra de son année sabbatique, et qu’un autre aura été embauché puis formé en son absence. Doit-on licencier le nouveau salarié ? L’ancien ne sera-t-il pas pénalisé pour avoir quitté trop longtemps son poste ? Le marché du travail me paraît trop déséquilibré pour que les salariés puissent se risquer à de telles ruptures professionnelles.


La semaine de quatre jours peut-elle réduire les inégalités hommes/femmes ?


En 1997, le ministère du Travail tablait sur la création d’1,6 million d’emplois en CDI en cas de passage aux 32 heures. L’effet serait renforcé en le couplant à une politique volontariste en faveur des emplois d’avenir (logement, isolation thermique, énergies renouvelables...). Or, une telle mesure bénéficierait d’abord aux femmes, qui sont davantage victimes de précarité et de travail à temps partiel. Cela peut aussi être une opportunité de réduire les inégalités dans la répartition des tâches domestiques. Mais il y a un vrai risque : le temps libéré servira-t-il aux loisirs, à la vie familiale, aux associations, à la culture... ou à regarder de la pub et du porno en buvant du Coca-Cola ? Peut-être faudrait-il articuler la réduction du temps de travail à la redéfinition des rythmes scolaires, pour engager les parents, les enfants et l’Éducation nationale dans des activités associatives l’après-midi, après les cours du matin.


Le PS a retiré la réduction du temps de travail de son projet présidentiel, et l’opinion publique y semble peu sensible. Peut-on encore parler des 32 heures en 2012 ?


Il est troublant que la droite occupe le terrain des 35 heures depuis dix ans et qu’une large partie de la gauche n’ose plus en parler... alors que l’emploi est aujourd’hui le problème numéro un. Si on vit une campagne présidentielle fondée sur les petites phrases type « travailler plus pour gagner plus », les 32 heures n’ont effectivement aucune chance. Si on prend le temps d’expliquer qu’elles sont un levier majeur pour donner du travail aux Français et sortir de la crise, en montrant qu’elles réussissent déjà dans des grandes entreprises comme dans des PME, la donne ne sera pas la même. Au fond, c’est un problème de méthode : il faut parier sur l’intelligence des citoyens, pas sur leurs peurs.


Propos recueillis par Julien Bonnet

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08 juin 2011

Christine Lagarde est-elle bonne en économie ?

Par Christian Chavagneux


Le Fonds monétaire international (FMI) est une institution remplie d’économistes, toujours prêts à reprendre la dernière mode en recherche et à justifier n’importe quel type de politique publique. Pour vraiment diriger l’institution et lui insuffler une direction précise, son Directeur général a intérêt à disposer d’une forte légitimité intellectuelle en matière économique. Est-ce le cas de notre ministre des Finances ?


Pour Martin Woolf, l’éditorialiste économique vedette du Financial Times, la réponse est clairement non : « elle n’est pas une candidate parfaite car ses connaissances en économie sont limitées ». Ce qui signifie soit que l’économiste en chef du FMI va pouvoir lui raconter n’importe quoi, soit que les Américains vont nommer au poste de N°2 de l’institution une pointure en économie qui sera le véritable patron intellectuel tandis que la Directrice générale ira couper des rubans et faire des beaux discours un peu partout dans le monde. C’est ce qui s’est passé avec Horst Kölher et Rodrigo de Rato, les deux prédécesseurs de DSK, qui n’ont d’ailleurs pas fait de vieux os et démissionné, volontairement, avant la fin de leur mandat tant ils s’ennuyaient.


On a eu un exemple des raisonnements macroéconomiques de notre ministre des Finances au journal de 20 H de France 2 du 25 mai dernier (vers la 40ème minute). Madame Lagarde y était invitée pour justifier le bien fondé de sa candidature au FMI mais une dernière question sur la baisse du chômage a permis d’en savoir plus sur sa façon de concevoir l’économie. Après s’être réjouie de la baisse du chômage et avoir souligné que l’OCDE venait de relever sa prévision de croissance à 2,2 % pour cette année, elle a lié les deux évènements en déclarant « il n’y pas de mystère : la croissance augmente, l’activité repart, l’emploi aussi et le chômage baisse ». On reconnaît bien là la mécanique typique des libéraux du 19ème siècle : l’offre repart et, créant sa propre demande, l’activité suit, créant de l’emploi et faisant baisser le chômage.


Conclusion politique : faites tout pour aider les entreprises et le bonheur économique suivra. Pas la peine d’essayer de soutenir la demande en allant doucement dans la réduction des déficits budgétaires (de la rigueur, vite !), en redistribuant des riches vers les pauvres (la récente réforme fiscale avantage les riches) ou en aidant les chômeurs (la ministre a oublié de nous dire que le nombre de chômeurs en catégories D et E, ceux en formation ou en emplois aidés, avait encore baissé de 5 500 en un mois, en contradiction avec les beaux discours du gouvernement).


Mme Lagarde n’est pas forcément nulle en économie, c’est juste une idéologue.

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29 mai 2011

Une critique du projet du Parti Socialiste (2/2)

Par Jacques Sapir, Directeur d’études à l’EHESS (Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales)

 

Article paru dans Marianne

 


4 - Pour l’emploi des jeunes, nous créerons 300 000 « emplois d’avenir » dans les domaines de l’innovation environnementale et sociale.



Cette mesure est soit incohérente, soit mensongère.

En effet, ou bien il s’agit de créations d’emplois stables avec un réel contenu, et leur création ne saurait être « décrétée ». Seule, une forte croissance des secteurs innovants et de l’industrie est en mesure de créer de tels emplois, et ceci nous renvoie à la mise en place d’une politique de réindustrialisation. Dès lors, dire que l’on va créer 300 000 emplois sans préciser l’ampleur ni la direction de l’effort de réindustrialisation est parfaitement incohérent. Notons d’ailleurs que, pour être précis, il faudrait ajouter qu’il s’agit d’une création nette d’emploi, pour que ces créations ne soient compensées par autant de destructions.


Ou bien il s’agit en réalité d’emplois aidés, bref de la mouture 2012 des trop fameux « emplois jeunes » de 1997. Ces emplois ne pourront être créés que dans les services, et ils devront être massivement subventionnés, sans réelle perspective de stabilité. Dans ce cas, cette annonce est mensongère.



Non que la question de l’emploi ne soit primordiale, et celle de l’emploi des jeunes est particulièrement urgente à régler. Il faut savoir que plus de cent mille jeunes de plus arriveront sur le marché du travail tous les ans dans les prochaines années. C’est d’ailleurs la différence principale et massive avec l’Allemagne, et cela explique pourquoi nous ne pouvons avoir la même politique économique que celles de nos voisins d’outre-rhin (2).
Mais, le contenu de l’emploi est aussi important.



Pour l’instant, avec la politique du gouvernement Sarkozy-Fillon, nous nous dirigeons au mieux vers des créations d’emplois qui seront faites massivement dans les services à la personne. Il s’agit d’emplois qui ne seront guère rémunérés au-delà du SMIC, et l’on comprend alors les attaques du gouvernement pour faire baisser le SMIC et les minima sociaux.
Si l’on veut créer des emplois mieux payés, il faut avoir conscience que cela implique un développement de l’industrie, cette dernière tractant alors un secteur des services aux entreprises dont un certain nombre sont mieux payés que les services à la personne. En fait, le choix de la réindustrialisation du pays est un choix social avant même que d’être un choix économique.


C’est cela qu’oublie le projet du PS démontrant, une nouvelle fois, tout l’écart qu’il y a entre ses promesses et la réalité.



5 - Pour protéger les salariés, nous créerons une sécurité sociale professionnelle, matérialisée par un compte temps-formation, permettant à chacun de reprendre des études, de réaliser un projet personnel, de s’occuper de sa famille et de choisir les modalités de son départ en retraite. Nous dissuaderons les licenciements boursiers par des pénalités financières pour les entreprises qui en même temps versent des dividendes à leurs actionnaires.



Le cinquième point comporte deux propositions qui ne sont pas logiquement liées.
La première, celle du compte-formation, est indiscutablement une bonne chose. Encore faut-il savoir comment elle sera financée. Elle devrait impliquer, mais, sur ce point, le projet du PS est muet comme une carpe, que les années d’études au-delà de 18 ans puissent être prises en compte dans le calcul des annuités nécessaires pour la retraite.
Le second point constitue en réalité un bel exercice d’hypocrisie. On affirme ainsi vouloir « dissuader » les licenciements boursiers. En fait, soit on les pénalise et on les rend impossibles ou à tout le moins extrêmement coûteux pour les entreprises, soit on ne touche pas à cette question. Mais, si on le fait, alors les entreprises feront disparaître leurs dividendes par les moyens d’évasions fiscales déjà cités comme un endettement fictif extrêmement important qui aboutira à verser aux actionnaires non des dividendes mais des intérêts.

En fait, par cette mesure, le PS drague de manière parfaitement éhontée, mais aussi parfaitement inconséquente, l’extrême gauche.

 
Le problème des licenciements boursiers n’est pas séparable de celui de la financiarisation de l’économie. C’est à cette dernière qu’il faut mettre un terme si l’on veut en finir avec les licenciements boursiers. En effet soit il faut porter atteinte aux droits de propriété des actionnaires (ce qui est possible, mais peut nous entraîner très loin dans la refonte de l’économie) soit il faut créer les conditions d’une forte croissance susceptible d’entraîner des créations massives d’emploi. Autrement dit, ce sont les institutions qui ont conduit à la mise en place du chômage de masse, de cette économie que l’on appelle à « basse pression », qu’il faut supprimer.



6 - Pour protéger les intérêts de l’Europe, de ses savoir-faire et de ses salariés dans la mondialisation, pour mieux réguler le commerce, nous agirons pour augmenter les droits de douane sur les produits provenant de pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire ou environnementale.

Voilà une mesure bien timide et présentée bien timidement.


Elle signe, et il faut s’en réjouir, l’abandon formel par le PS du dogme du libre-échange. Mais, si ce parti avait une pensée cohérente en économie, ce n’est pas en point 6 mais bien dans le premier, à égalité avec la definanciarisation, qu’il aurait fallu la présenter. Ceci constitue, une nouvelle fois, une incohérence dans l’articulation des priorités.

Si l’on parle de droits de douane, c’est que l’on reconnaît qu’il y a bien des élasticités prix et que ces dernières sont pertinentes. Ne rions pas, c’est une véritable révolution, un changement de paradigme, pour le PS. Mais si les élasticités prix sont effectivement pertinentes, alors la surévaluation du taux de change de l’Euro l’est aussi. Il faut donc reconnaître le coût que nous supportons avec cette surévaluation, probablement entre 2% et 2,5% de croissance perdue aujourd’hui (3). Et c’est là que tout se complique…



Notons, en attendant, que le projet précise trois facteurs que l’on veut corriger, les normes internationales en matière sociale, en matière sanitaire et environnementale.
La problématique est déjà fausse dans le second point. Si un produit ne satisfait pas aux normes sanitaires, il doit être interdit et non pas taxé. Un État se met en faute vis-à-vis de sa population s’il accepte sur son territoire des produits importés qui ne satisfont pas aux normes sanitaires. Cette évidence a échappé aux rédacteurs du projet du PS…



Si l’on prend le premier point, soit les normes internationales en matière sociale il faut savoir de quoi on parle. S’il s’agit de la question du travail forcé ou du travail des enfants (4) , ici encore c’est à une interdiction de l’importation des produits qui recourent à ces procédés qu’il faut recourir, et non à de simples droits de douane. S’il s’agit de la question de la protection sociale, cette dernière ne peut être abordée sans considérer l’écart de la productivité entre activités entre la France et un autre pays. Dit d’une autre manière, c’est au principe du coût salarial réel (le rapport entre la productivité standardisée et le salaire globale incluant l’ensemble des charges) qu’il faut se référer. Or, le coût salarial réel peut être très différent d’une activité à une autre au sein du même pays, comme j’en ai donné des exemples dans mon dernier livre (5). Il faudrait donc des droits de douane distincts suivant les branches d’activité et les pays, et visant à équilibre le coût salarial réel. Mais, si c’est cela que les rédacteurs du projet du PS ont en tête, pourquoi ne pas le dire clairement ? Quelles sont donc ces pudeurs de vierges effarouchées sur la question du protectionnisme ? Ici encore, on peut craindre devant autant d’incohérence une tentative d’enfumage de l’électeur.

Le troisième point concerne les normes environnementales, dont il est beaucoup question aujourd’hui à partir de la fameuse taxe carbone prélevée à la frontière. Il s’agit d’égaliser le coût de production entre un pays ne respectant pas des règles et un pays qui accepte de s’y soumettre. C’est bien évidemment un point important. Mais, le problème du Protocole de Tokyo se pose. On sait que ce Protocole n’a été signé ni par la Chine ni par les Etats-Unis. Si cela veut dire que l’on va taxer les produits en provenance de ces deux pays (et de quelques autres) je souscris immédiatement à la proposition. Mais, j’ai néanmoins un doute connaissant le passé (et le passif) des négociations menées depuis Bruxelles. En cas de blocage de ces dites négociations, cela voudrait-il dire que le PS adopte l’idée de mesures protectionnistes unilatérale ? On a bien envi de dire « chiche » !



D’une manière générale, la protection des savoirs faire implique de poser simultanément la question des doits de douane et la question du taux de change. Il ne sert à rien de parler de l’une sans l’autre.



7- Pour réduire l’endettement de la France, nous affecterons à la réduction de la dette la moitié des marges financières que nous dégagerons.



Ce septième point est très révélateur.

 
D’une part, il présente l’endettement comme une contrainte, puisqu’il affirme l’objectif de réduire ce dernier. Mais nous ne savons pas s’il s’agit de réduire la dette brute ou le poids de la dette en pourcentage du PIB. Or, les deux propositions ne sont pas équivalentes.
Il y a longtemps Evsey Domar avait démontré que le poids de la dette par rapport au PIB d’un pays dépend en dynamique du taux de croissance de l’économie et du taux auquel cette dette est émise (6). Nous comprenons bien qu’un pays dont la dette atteint 142% au premier trimestre de 2011 comme la Grèce, même si elle bénéficie de taux d’intérêts très bas (3,5%), devrait pour stabiliser le poids de sa dette en pourcentage du PIB dégager, si elle ne fait pas de croissance et ne connaît pas d’inflation pour cette année, un excédent budgétaire de 4,97% (142 x 0,035). Il faudrait que son économie connaisse une croissance nominale de 5% pour obtenir le même résultat avec un équilibre de son budget. Compte tenu d’un déficit qui aujourd’hui est de 9,5% du PIB, c’est une croissance nominale d’environ 15% qu’il lui faudrait connaître en 2011 pour stabiliser le poids de sa dette publique en pourcentage du PIB.

Si, réellement, l’endettement de la France est un problème, alors il faut raisonner sur la totalité des variables, y compris le taux d’inflation, et non pas seulement sur la dépense publique. Admettons que nous puissions retrouver une croissance réelle de 4% par an (soit 1,7% + 2,3% que nous retire la surévaluation de l’Euro). Avec un taux d’inflation de 2,3%, qui est aujourd’hui la moyenne de la zone Euro, nous atteignons une croissance nominale de 6,3%. Dans ce cas, nous pourrions nous permettre un déficit de –3,8% et stabiliser le poids de la dette publique en pourcentage du PIB. Admettons maintenant que le taux d’intérêt sur la dette publique soit ramené à 1% par la combinaison d’avances de la Banque Centrale au Trésor et de mesures obligeant les banques françaises à détenir des titres d’État. Le poids des intérêts tomberait à moins de 1% du PIB par an et nous pourrions nous permettre un déficit de –5,4% sans pour autant voir augmenter le poids de la dette en pourcentage du PIB.

Mais, d’autre part, ce point cache en réalité l’influence qu’exercent les politiques de la zone Euro sur la politique économique de la France. Pourquoi les 82,5% de notre dette (pour 2010) sont-ils plus dramatiques que les 79,5% de dette de l’Allemagne ? Cette question en appelle une autre ; pourquoi avons-nous eu besoin de pratiquer depuis 2002 un déficit budgétaire important ? La réponse est ici fort simple : pour maintenir une croissance qui a été, de 2002 à 2008, supérieure à la croissance de l’Allemagne. C’est d’ailleurs de cette croissance que l’Allemagne a profité pour accroître massivement son excédent commercial par rapport à la France. Ainsi, la croissance française a créé des emplois outre-rhin.


Comment peut-on expliquer ce phénomène alors que, comme on l’a dit au point n°1, la compétitivité calculée de manière standardisée est en France supérieure à celle de l’Allemagne ? Ici encore, la réponse est hélas très simple. Parce que l’Allemagne a pratiqué l’équivalent d’une dévaluation en transférant massivement vers ses ménages une partie des charges payées auparavant par ses entreprises.
Si nous avions fait de même, notre endettement n’aurait pas augmenté, mais l’Europe aurait connu une dépression depuis non pas 2008 mais dès 2003. Autrement dit, l’Allemagne n’a pu pratiquer cette politique que parce que les autres pays se refusaient à l’imiter. En fait, c’est ce que l’on appelle, de la part de l’Allemagne une politique de « cavalier solitaire », et elle montre que c’est bien de l’Allemagne que vient la pratique de non-coopération dans le cadre européen.



Cette question de la dette renvoie ainsi brutalement à tous les non-dits du projet du PS, et en particulier à l’insertion de la France dans la zone Euro. Il aurait été bien plus honnête et bien plus judicieux d’en parler avant. Ce septième point nous révèle que la politique du PS n’est pas libre. Elle accepte comme une contrainte la logique de l’Euro et des institutions européennes, et cette logique est parfaitement contradictoire avec les divers points de son projet.


C’est bien pourquoi on est en droit de penser que ce projet n’est nullement fait pour être appliqué. Sa fonction est de détourner l’attention d’une politique économique implicite qui elle sera révélée quand le candidat du PS sera élu (et s’il est élu), et dont on peut penser qu’elle ne sera guère différente de la politique désastreuse qui est menée aujourd’hui.
Le président George « W » Bush s’était fait élire sur le slogan du « conservatisme compassionnel ». Aujourd’hui, le PS nous propose de fait le social libéralisme compassionnel.

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28 mai 2011

Une critique du projet du Parti Socialiste (1/2)

Par Jacques Sapir, Directeur d’études à l’EHESS (Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales)

 

Article paru dans Marianne

 

 

Le projet du PS, divulgué il y a près d’un mois, comporte trente mesures, qui touchent à divers problèmes. Le principal, mais non unique, défaut de ce projet est de présenter un catalogue, sans axe directeur ni priorités. Cependant on peut dégager un bloc essentiellement économique qui traite des principales questions de la politique économique. C’est donc ce bloc que l’on va examiner tout d’abord.



Une première remarque s’impose. Rien n’est dit sur la trajectoire de désindustrialisation que la France a connue depuis de nombreuses années. Tous les problèmes que nous connaissons semblent avoir pris naissance dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Même s’il est exact que l’on a assisté depuis 2003 à une accélération de ces problèmes, leurs racines sont plus profondes. Elles ne sont nullement explicitées, ne serait-ce qu’en une seule phrase, et la raison en est claire : il faudrait que le PS fasse son autocritique sur les politiques antérieures, auxquelles il a été associé et en particulier de 1997 à 2002. À l’évidence, si l’on parle du « droit d’inventaire », on le pratique fort peu au PS.



Tout cela crée un profond malaise. Le programme du PS se donne comme à la fois un programme de gouvernement, mais issu d’un parti qui n’aurait jamais exercé de responsabilités gouvernementales. Or, et j’ai eu l’occasion d’y insister à de multiples reprises, le tournant a été pris dans les années 1983/4. Sans même vouloir remonter jusque-là, les politiques qui ont été menées par des gouvernements socialistes ont lourdement pesé dans la mise en place des contraintes qui aujourd’hui déterminent le cours des choses.



Il convient aussi de noter que ce programme n’anticipe nullement le contexte économique dans lequel il sera question de l’appliquer. Il est clair depuis le printemps 2011 que nous connaîtrons en 2012 une situation économique fortement dégradée par l’accumulation des plans d’austérité rendus nécessaires par la crise de la zone Euro. Ces plans pourraient même être, en partie, appliqués en France. Sur ce point capital, rien n’est dit. Le projet du PS est construit comme si l’Euro ne connaissait pas une crise grave et comme si la position de la France par rapport à la monnaie unique ne soulevait aucune interrogation.
Il s’agit certainement d’un choix, mais l’honnêteté minimale aurait consisté à le mentionner. Or, on ne trouvera rigoureusement rien dans ce projet sur les implications de ce choix. Pourtant, il est évident qu’il risque de remettre brutalement en cause tout ou partie des mesures que contient le projet. Une seconde remarque alors s’impose : le PS a-t-il réellement l’intention d’appliquer ce projet ?



Ne sommes-nous pas en présence d’un texte dont la seule fonction est de jouer le rôle d’un miroir aux alouettes afin attirer l’électeur, et ce alors que la direction du PS sait pertinemment que les choix qu’elle a faits - concernant l’Euro et la construction européennes - vont lui imposer de nouvelles contraintes et vont définir une autre politique économique ?



En d’autres termes ne sommes-nous pas ici en présence d’un projet qui n’a de sens que par l’effet de masque qu’il va jouer par rapport à un autre projet, lui implicite, mais intégrant justement les réalités économiques qui ne sont pas évoquées dans le présent texte ? On le conçoit, ces interrogations sont importantes. Elles éclairent d’une manière assez particulière les contradictions, incohérences et imprécisions que l’on peut trouver dans la partie économique du projet du PS.



1- Pour muscler la compétitivité de la France, nous créerons une Banque publique d’investissement, qui investira dans la recherche et l’innovation, soutiendra les PME-PMI, prendra des participations dans les activités stratégiques et les filières industrielles d’avenir, et dont les moyens seront mobilisés sous la forme de fonds régionaux en co-pilotage avec les régions et leurs élus.

 

La première des mesures proposées dans le Projet porte explicitement sur la compétitivité. Or, la compétitivité de la France, si elle est mesurée de manière standardisée à partir d’une production calculée en parité de pouvoir d’achat et du temps de travail annuel (ce qui n’est pas la compétitivité apparente, qui elle est aussi le fruit de la fiscalité), est en réalité excellente et en réalité supérieure à celle de l’Allemagne. Pourquoi donc a-t-on commencé par là ?



La première hypothèse vient justement de ce que l’on confond la compétitivité exprimée de manière standardisée et la compétitivité apparente et que l’on prend comme indicateur le déficit de la balance commerciale. Il est clair que ce déficit augmente depuis quelques années ce qui indique une baisse de la productivité apparente. Mais alors, la réponse devrait plutôt consister soit en un alignement des mesures fiscales sur celles de nos concurrents soit en une dévaluation nous permettant de conserver une fiscalité cohérente mais de compenser la dévaluation de fait organisée par l’Allemagne il y a quelques années.
La deuxième hypothèse vient de ce que l’on ne veut justement pas parler du conflit commercial qui nous oppose avec certains pays de l’UE (dont l’Allemagne mais aussi certains des « nouveaux entrants ») mais aussi avec des pays hors de l'Union Européenne pratiquant des politiques prédatrices comme la Chine et quelques autres. Mais, c’est une illusion que de croire que l’on peut traiter la question des déséquilibres commerciaux en dehors de tout conflit. Le PS vit dans le monde enchanté des bisounours ! Il en résulte que c’est sur les travailleurs que portera inéluctablement le fardeau de l’ajustement.
La troisième hypothèse est que parler de la productivité évite d’évoquer le problème de la désindustrialisation et son corollaire, un programme de réindustrialisation cohérent.



Le cœur de cette première mesure est la création d’une Banque Publique d’Investissement, qui est une bonne idée, mais qui ne peut ni ne doit être séparée de son contexte : la question du taux de change et celle des nécessaires protections aux frontières. On peut noter ici une incohérence du projet. Au lieu de commencer par une critique des contraintes qui pèsent sur l’économie française et d’en déduire les changements qu’il faudrait apporter au contexte dans lequel nous nous trouvons, il entame sa liste des mesures par la création d’une nouvelle institution. Or, si l’on ne change pas de contexte, il y a fort à parier que cette institution, la Banque Publique d’Investissement se révèlera d’une efficacité très modérée.



Se pose alors la question des fonds dont disposera cette Banque, et sur lesquels rien n’est dit. Il est clair qu’une BPI aurait besoin d’une dotation en capital importante pour faire face de manière utile aux différentes tâches qui lui sont fixées. Est-ce possible sans recourir à la création monétaire ? En réalité, ce qu’organise le projet socialiste, c’est une banque croupion, qui sera structurellement sous-capitalisé et devra se financer sur les marchés financiers. Les taux qu’elle devra servir alors l’empêcheront de faire le travail pour lequel elle a été conçue, et, dans quelques années, il y a aura des « experts » socialistes qui nous expliquerons doctement que c’était une mauvaise idée, une « relique de temps révolus ».



2 - Pour refaire passer l’économie devant la finance et pour réguler le système financier, nous baisserons l’impôt sur les sociétés de 33 % à 20 % pour les entreprises qui réinvestissent intégralement leurs bénéfices et l’augmenterons jusqu’à 40 % pour celles qui privilégient les dividendes des actionnaires ; nous instaurerons au niveau européen une taxe de 0,05 % sur les transactions financières ; nous lutterons pour la suppression des paradis fiscaux ; nous séparerons les activités de dépôt et d’investissement des banques ; nous créerons une agence  de notation publique européenne.



La deuxième mesure emblématique du projet se trompe à deux niveaux. Elle commet une première erreur dans sa place même au sein de l’architecture du projet. Si d’aventure l’idée est bien de definanciariser l’économie française, alors il fallait mettre cette mesure en premier ! Mais elle commet surtout une deuxième – et profonde – erreur en abordant la question de la financiarisation par le biais fiscal, qui est parfaitement illusoire. Une entreprise pourra toujours s’endetter auprès de fonds d’investissements (qui seront contrôlés par certains de ses actionnaires) et payer des intérêts à ces mêmes actionnaires et ce sans être le moins du monde taxée sur ses dividendes. Ici, les « socialistes » affectent d’ignorer que dans le bilan comptable d’une entreprise, les dividendes sont prélevés sur le profit net, une fois toutes les charges payées, et que l’endettement vis-à-vis de fonds d’investissements localisés à l’étranger (si possible dans un paradis fiscal) est une technique courante pour détourner des profits et pratiquer une forme légale de dissimulation fiscale.



Une véritable lutte contre la mainmise de la finance sur l’économie commencerait par des contrôles sur les capitaux de court terme (et non pas une simple taxe financière). Il faut interdire ce qui représente aujourd’hui 95% de la circulation du capital mais qui n’a rigoureusement aucun effet sur la croissance (1).



Il est indiqué « …nous lutterons pour la suppression des paradis fiscaux ». Certes, cela est bien bon, mais comment ? Et si nous sommes isolés sur cette question, que faisons-nous ? Devons nous nous contenter de pleurer sur l’inconséquence des autres pays ? Nous pourrions décider de taxer lourdement les capitaux (à court et long terme) provenant et allant dans ces « paradis ».



De même, la séparation des activités de dépôt et d’investissements des banques, qui est une mesure salutaire, n’est pas précisée. Autrement dit, est-il possible de procéder à cette séparation sans au préalable nationaliser les banques françaises ? Il faut donc poser la question de savoir comment va-t-on procéder. Le Projet va-t-il proposer de racheter les banques, de les exproprier, ou de les mettre sous séquestre avec un administrateur judiciaire ?


 
Enfin, l’idée de créer une « agence de notation publique européenne » pose le problème de savoir à quel niveau sera-t-elle créée (les 27 pays de l’UE ?) et qu’elle en sera les principes. Mais, et surtout, une agence financière ne tire son importance que de la logique des marchés financiers auxquels elle s’adresse. Où est donc la cohérence de vouloir créer une nouvelle agence et de prétendre réduire l’impact de la financiarisation et des marchés financiers ?



Sur ces différents points, on est à la fois dans le flou le plus complet et l’angélisme le plus total. On ne peut lutter de manière efficace contre la financiarisation que par des mesures d’interdictions. Ces dernières doivent limiter drastiquement la place des marchés financiers. Alors, et alors seulement, on pourra se poser le problème de la réglementation prudentielle sur ces marchés résiduels.


Le sentiment qui domine est celui d’un catalogue de mesures qui ne sont là que pour l’effet d’annonce qu’elles sont censées produire mais que le PS n’a nullement l’intention de mettre réellement en œuvre. Si tel avait été son intention nous n’aurions pas ce flou qui n’a rien d’artistique.
La vérité est que ces mesures ne seront jamais mises en œuvre car elles impliqueraient des actions unilatérales de la part du gouvernement français.



On peut donc dire que ces mesures participent d’un effort « d’enfumage », pour utiliser cette expression, de l’électeur, que l’on veut convaincre qu’il va bien voter pour un parti « de gauche ». Mais, en réalité rien n’est prévu pour ne serait qu’un début de concrétisation de ces mesures, sauf peut-être les moins efficaces, celles qui attaquent la financiarisation par le biais fiscal.

3 - Pour que l’Europe puisse avancer, nous proposerons à nos partenaires d’émettre des emprunts européens (eurobonds) afin de financer les investissements du futur (réseaux de transport d’énergie, réseaux numériques, biotechnologies...) et les champions industriels de demain.

 

L’idée d’émettre des Eurobonds est loin d’être mauvaise. Encore faut-il préciser qui va les émettre et dans quelles conditions pourront-ils être rachetés. L’idée avait été formulée, il y a un an de cela, mais en lien avec une modification du statut de la Banque Centrale Européenne, afin que cette dernière puisse racheter ces titres aux banques pour leur fournir une liquidité nécessaire en cas de besoin.



Cependant, ces investissements dans les réseaux de transports se heurtent au fait que les directives européennes ont organisé la dissociation entre les réseaux et les utilisateurs (par exemple entre la SNCF et Réseau Ferré de France ou entre EDF et ERDF). C’est une cause majeure d’inefficience et de mauvaise utilisation des investissements. Il n’y a donc aucun intérêt économique à émettre des Eurobonds pour financer les infrastructures si on ne révise pas ces directives. Là-dessus le Projet est des plus silencieux…
Quant au financement des « champions industriels de demain », force est de constater que, d’une part, cette tâche est déjà celle de la Banque Publique d’Investissement (qui est censée elle être nationale) et d’autre part que tout dépendra des intérêts qu’il faudra payer pour cette émission d’emprunts pour que l’on puisse réellement aider des entreprises émergentes.

Alors que cette question a fait l’objet de travaux divers dans de nombreux centres de recherches et « think tank », le Projet nous en offre une version qui, à nouveau, combine le flou et le manque de réalisme.

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30 avril 2011

Baisse du chômage : les raisons de faire la fine bouche

Article paru sur Alternatives Economiques

Une analyse de Guillaume Duval sur les derniers chiffres du chômage, à laquelle je n'ai rien à rajouter !

 

Malgré la légère baisse du nombre de chômeurs en catégorie A (qui n'ont pas travaillé du tout au cours du mois), les chiffres du chômage montrent une nouvelle augmentation du nombre total des demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi, ainsi qu'une baisse du taux d'activité des jeunes et une hausse inquiétante des chômeurs de longue durée.


 

Le Ministère du Travail vient de publier les chiffres du chômage pour le mois de mars 2011. Ils font apparaître, pour le troisième mois consécutif, une baisse du nombre des chômeurs inscrits à Pôle emploi en catégorie A (ceux qui n'ont pas travaillé du tout pendant le mois). Avec 21 100 personnes en moins en un mois, cette baisse est de 42 500 depuis décembre 2010, - 1,6 %. Enfin, une bonne nouvelle alors que le chômage avait connu une remontée sensible tout au long du second semestre 2010. Cette appréciation optimiste doit cependant être tempérée au vu du détail des chiffres.

Tout d'abord le nombre des chômeurs inscrits à Pôle emploi en catégories B et C (ceux qui ont travaillé quelques heures dans le mois) continue, lui, sa progression rapide, + 25 800 au mois de mars. Ce qui fait que le nombre total des demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi est toujours en progression. C'est probablement le signe que la tendance marquée observée l'an dernier se poursuit : quand il y a création d'emplois, il s'agit d'emplois précaires et intermittents, principalement sous la forme de postes d'intérimaires. Autre sujet d'inquiétude : le nombre de personnes inscrites en catégorie D et E (chômeurs en formation ou en emplois aidés) a baissé par contre de 6 800 personnes en mars. Autrement dit malgré tous les beaux discours sur la hausse des emplois aidés, ce qu'on constate sur le terrain pour l'instant c'est plutôt une diminution de leur nombre…


Si on va plus loin dans le détail, on constate que la baisse du chômage se concentre surtout sur les moins de 25 ans pour qui elle est quasiment continue depuis le début de 2010. C'est a priori évidemment une excellente nouvelle que les jeunes soient les premiers à bénéficier de la reprise après avoir été les premiers à subir les effets de la crise. Les résultats de l'enquête emploi menée chaque trimestre par l'Insee, incitent cependant à la plus grande prudence dans l'analyse de cette baisse. La dernière enquête en date, concernant le 4ème trimestre 2010, avait confirmé en effet une tendance inquiétante : la baisse du chômage des jeunes ne s'explique pas par un développement de l'emploi - entre mi 2009 et fin 2010 la proportion des 15-24 ans en emploi a au contraire baissé de 0,8 points de pourcentage - mais par un recul plus important encore de leurs taux d'activité : la proportion des 15-24 ans qui a ou cherche un emploi a diminué en un an et demi de 1,7 points de pourcentage. C'est, selon toute vraisemblance, le résultat du découragement de jeunes qui ne tentent même plus leur chance sur un marché du travail archibouché et ne s'inscrivent pas à Pôle emploi dans la mesure où, de toutes façons, ils n'ont droit à aucune indemnité. D'où, malgré le recul de l'emploi, une baisse sensible de la proportion des jeunes chômeurs. Si cette tendance s'est poursuivie au premier trimestre 2011, la baisse constatée du chômage des jeunes ne serait donc pas (du tout) le signal positif qu'on imagine…


Parallèlement on constate par contre une montée continue et ininterrompue du chômage des plus de 50 ans : ils sont désormais 770 000 à être inscrits à Pôle emploi dans les catégories A, B et C. C'est à dire 258 000 de plus qu'en juin 2008, avant la chute de Lehman Brothers, soit une hausse de 50 %, contre une moyenne de 32 % pour l'ensemble des chômeurs : ce sont désormais très clairement les seniors qui sont les principales victimes de la crise. Un mouvement qui devrait encore s'accentuer avec l'entrée en vigueur de la réforme des retraites.

On peut faire, malheureusement la même observation en ce qui concerne les chômeurs de longue durée. Ils sont désormais 1 531 000 à être inscrits à Pôle emploi depuis plus d'un an, soit 556 000 de plus qu'en juin 2008, en hausse de 57 %. Quand, dans le même temps, le nombre de ceux qui sont chômeurs depuis moins d'un an n'a augmenté « que » de 426 000, soit une hausse de 20 %. Il n'y avait déjà qu'une petite moitié des chômeurs inscrits à Pôle emploi qui était indemnisée, mais avec le gonflement ininterrompu des chômeurs de longue durée, le nombre de celles et ceux qui risquent de basculer cette année dans la grande pauvreté va probablement d'être considérable…

Enfin, on observe une dernière tendance inquiétante : la crise avait paradoxalement ramené un peu d'égalité hommes-femmes en matière de chômage. En effet le bâtiment et l'industrie, majoritairement masculins avaient été les secteurs les plus touchés. Si bien qu'en aout 2010 on avait, pour la première fois depuis qu'on décompte les chômeurs, atteint une stricte égalité entre le nombre des hommes et celui des femmes inscrits à Pôle emploi en catégories A, B ou C. Mais depuis, l'écart se creuse de nouveau sensiblement au détriment des femmes : depuis aout dernier, le nombre des chômeuses s'est accru de 64 000 personnes quand celui des chômeurs n'a progressé « que » de 6 000. C'est probablement un des premiers effets sensibles sur le marché du travail de la rigueur budgétaire qui touche surtout l'emploi public, le secteur associatif, l'action sanitaire et le social, domaines où l'emploi féminin domine largement.  

Bref, au-delà de la satisfaction de voir enfin le nombre des chômeurs cesser de s'accroître chaque mois, les sujets d'inquiétude ne manquent pas quand on observe le détail des chiffres.


Guillaume Duval
Article Web - 29 avril 2011

14:34 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emploi, chômage | | |  Facebook | | |