14 mai 2008

Golden Président

Lors de sa dernière réunion, l’Eurogroupe (ministres des finances des pays de la zone Euro) s’est inquiété de la dérive des rémunérations des « grands » patrons.
En France, les trois quarts des patrons de grandes entreprises ont gagné 40% de plus en 2007 qu’en 2006…
De plus, les petites gâteries tels que les « golden hellos » (bonjour doré ou prime de bienvenue) et les « golden parachutes » (parachutes dorés en cas de départ anticipé) échappent en grande partie à l’impôt sur le revenu !
Devant la montée des revendications relatives au pouvoir d’achat, les ministres des finances ont dit vouloir envoyer un signal en direction du « peuple » et mettre fin à ces dérives.
Les Pays-Bas ont d’ailleurs commencé à taxer (modérément) les « golden machin-choses »
Il s’agira donc de réfléchir à une harmonisation des politiques fiscales sur les très hauts revenus. En juin, la France prendra la présidence tournante de l’Union Européenne. Nicolas Sarkozy, notre « golden président » sera donc président de l’Europe.
Gageons qu’il fera son maximum pour faire avancer ce dossier épineux.
Gageons aussi qu’il fera comprendre à Sarkozy Nicolas, le président français, à quel point son bouclier fiscal, et plus généralement ses baisses d’impôts en direction des plus fortunés, sont des aberrations économiques !

PP

13 mai 2008

Petit tour d'horizon de l'économie US

Pour quiconque s’intéresse aux Etats-Unis et plus particulièrement à l’économie de ce pays, il est relativement aisé de trouver un grand nombre de données chiffrées. En effet, il existe deux organismes, le Bureau of Economic Analysis (BEA – www.bea.gov ) et le Congressional Budget Office (CBO – www.cbo.gov ), dont la vocation est de fournir chiffres et analyses sur la première économie du monde (pour quelque temps encore !). Les sites Internet sont vraiment faciles d’utilisation et permettent de télécharger les données voulues sous de multiples formats. L’Insee a encore des progrès à faire pour rivaliser !

(Pour télécharger les tableaux et graphiques de cette note, cliquez ici : 1, 2.)

Je me suis intéressé à l’évolution de l’emploi, des rémunérations et des profits dans diverses branches d’activités entre 1998 et 2006.
Entre 1998 et 2006, le nombre d’emplois (à temps plein et à temps partiel) est passé de 133,2 à 143,5 millions soit une hausse d’environ 8%, ce qui n’est pas mieux que la…France !
Cette hausse globale masque des disparités importantes entre les différents secteurs d’activité. Ainsi, dans la construction, dans la santé et le social, la hausse est de 25%. Elle est de 18% dans la restauration. En revanche, dans l’industrie la baisse est de 18,5% ce qui correspond à la destruction de plus de 3 millions d’emploi. Il est bon de noter que le salaire annuel moyen dans l’industrie est de 67 545 $ contre …19 725 $. En forçant un peu le trait, on pourrait dire que l’on détruit des « bons » emplois pour les remplacer par des « mauvais ». Nous, français, aurions tort de nous gausser car le même processus est en marche en France (entre 1989 et 2007, l’emploi industriel a chuté de 21%) !

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En ce qui concerne la durée moyenne du travail par an et par salarié, j’ai été un peu déçu ! En effet, je croyais que les Américains étaient de vrais bourreaux de travail. En moyenne, ils travaillent 1679 heures par an (1719 dans le privé et 1482 dans la fonction publique). Si l’on considère qu’ils travaillent 48 semaines par an, cela fait…35 heures par semaine ! Ce chiffre est vraisemblablement le résultat de la multiplication des emplois à temps très partiel.

Pour consulter des chiffres vraiment optimiste, il faut s’intéresser aux…profits des entreprises, bien sûr ! Entre 1998 et 2006, les profits ont augmenté de 152% contre 47% pour les salaires. En moyenne, les profits ont augmenté de 12% par an contre 5% pour les salaires.
Le bond entre 1998 et 2006 est de 219 % dans la finance, et même de 277% pour la santé et le social. Toutefois, il est probable que les performances du secteur financier se dégradent dans les prochaines années (crise des subprimes oblige).
On constate un important redressement des profits industriels depuis 2002 (+550 % !!). Ce phénomène est majoritairement dû au secteur pétrolier (hausse des cours).

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Le corollaire à cette hausse des profits est la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Les prévisions du CBO tablent même sur une baisse continue jusqu’en 2018 !

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Pour terminer ce bref tour d’horizon, parlons de la fonction publique. Eh oui, même aux Etats-Unis, il y a des fonctionnaires et même beaucoup. Si l’on prend en compte la fonction publique fédérale et la fonction publique de chaque Etat, on obtient un total de 24,3 millions d’emplois soit 17% du total. A titre de comparaison les quelque 5 millions de fonctionnaires français représentent environ 20% du total des emplois. Il est probable que la différence provienne de la fonction publique hospitalière, plus développée en France.
Quoiqu’il en soit, le nombre de fonctionnaires n’a pas cessé d’augmenter depuis 1929 (sauf après la 2ème guerre mondiale, mais la baisse correspondait à baisse des effectifs de l’armée !).

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La courbe rose représente le nombre de fonctionnaires. La courbe bleue représente la part dans le total des emplois (axe de droite) et la courbe rouge représente la même information mais pour la France.

Finalement, les Etats-Unis ne sont pas si différents de la France !!

PP

06 mai 2008

Manuel Valls, franchement réformiste...

3f66fc9cb39899db308aa0e2015ae949.jpgDans un entretien accordé au journal Le Parisien, Manuel Valls (député PS) appelle de ses vœux une gauche « franchement réformiste». Il est très incisif sur les retraites : « Aujourd’hui, on vit plus longtemps en meilleure santé…Sous certaines conditions – travail des seniors, augmentation des petites retraites, pénibilité – cotiser et travailler plus longtemps est donc inévitable. Dire le contraire, c’est mentir. »

Non, Mr Valls, ne vous en déplaise, dire le contraire c’est ne pas être d’accord avec vous et avec tous les partisans de la « seule politique possible ». Quelle drôle de conception du débat que de disqualifier d’emblée ceux qui n’ont pas le même avis que vous ! La démocratie, c’est la confrontation des opinions, ce n’est pas la confiscation du débat par ceux qui savent ou du moins qui prétendent savoir ! Cette façon de faire, d’ailleurs très en vogue parmi les « modernes » s’apparente tout simplement au totalitarisme.

Mr Valls, la gauche « moderne » que vous appelez de vos vœux a échoué partout. Il suffit par exemple de regarder les résultats des élections locales au Royaume Uni où le parti travailliste arrive en 3ème position avec seulement 24% des suffrages. On peut aussi se tourner vers l’Allemagne où la gauche « franchement réformiste » est contrainte de gouverner avec les conservateurs du CDU. Et l’Italie, où le moderne Veltroni a été battu par le dinosaure Berlusconi, malgré ses multiples casseroles et son incompétence avérée…

Pour revenir à la problématique des retraites, certes on vit plus longtemps, mais un ouvrier a une espérance de vie inférieure d’environ 6 ans à celle d’un cadre. On vit plus longtemps mais la France est un des pays européens où les risques de handicap majeurs après 65 ans sont les plus élevés. On vit plus longtemps, mais l’âge moyen de la retraite est toujours de 58,8 ans.
De plus, la réforme de 2003 était fondée sur des prévisions démographiques qui ont été largement modifiées depuis. On devait, selon les projections initiales, passer d’un ratio de 2,2 actifs pour un inactifs de plus de 60 ans à 1,1 actif pour un inactif en 2050. On devrait finalement aboutir à 1,4. Ce qui, selon l’OFCE, divise par deux le surcoût lié au financement des retraites. Cela change profondément la donne…
Et puis, tant que le chômage est élevé, il n’est pas absurde de continuer à faire partir en priorité les salariés les plus âgés pour laisser la place aux jeunes.

Mr Valls, comme vous le répétez mécaniquement à longueur d’interview, « l’Etat Providence traverse une crise », mais ce n’est pas en bricolant des économies de bouts de chandelles que l’on réglera le problème. La solution passe une politique économique et industrielle ambitieuse, favorisant l’innovation et l’investissement, associée à une fiscalité plus juste (donc visant à réduire les inégalités).

Car ce qui mine la France, c’est le chômage et les inégalités.

Le chômage est lié à la spécialisation « milieu de gamme » de l’économie française, qui n’a pas su prendre suffisamment le virage des nouvelles technologies. Il est vrai que les politiques de l’emploi ont privilégié la création d’emplois faiblement qualifiés, notamment dans les services, qui ne favorisent pas l’innovation et la croissance. Quoiqu’on en dise, l’avenir d’une économie, c’est l’industrie.
Quant aux inégalités, leur augmentation est issue des réformes fiscales qui ont contribué à diminuer l’impôt des plus riches (réforme de 2005/2006 notamment et bouclier fiscal) et à privilégier une France de « rentiers » (diminution des droits de successions, faiblesse de l’impôt sur les revenus du patrimoine).

Même si pour vous, Mr Valls, le socialisme est « vidé de sa substance », il a toujours sa raison d’être. Il a pour vocation de proposer un modèle de société fondé sur une répartition plus juste des richesses, en partant du principe que la force d’une société se juge à celle de ses éléments les plus faibles. Dans les moments difficiles, il est tentant de faire supporter aux plus fragiles la majeure partie des efforts (franchises médicales, contrôle des chômeurs, allongements de la durée de cotisation…). La « substance » du socialisme, c’est justement de s’opposer à cette tendance naturelle et de s’attacher à renouer les liens du contrat social pour éviter l’émergence d’une société « duale », où les très riches cohabitent (mal) avec les très pauvres, en cherchant par tous les moyens à s’affranchir de la plus élémentaire solidarité.

PP

24 avril 2008

Un an déjà...

Ce soir, Nicolas Sarkozy va nous expliquer que sa première année à l’Elysée est un succès…

Le paquet fiscal, la rupture du contrat de travail par « consentement mutuel », l’allongement de la durée de cotisation retraite, les franchises médicales, la réforme des allocations familiales, le dégraissage de la fonction publique, la réforme de la carte judiciaire, la réforme des hôpitaux, le RSA trop coûteux, les caisses vides, le « sauvetage » du site de Gandrange, le quota de 25000 expulsions par an, la commission Attali, le plan « Marshall » pour les banlieues, le Grenelle de l’environnement qui fait « pschitt », la suppression annoncée des 35 heures…et puis non finalement, la cacophonie gouvernementale, la « bling-bling » attitude, la promenade dans la neige sur le plateau des Glières, la politique de civilisation, Kadhafi à Paris, « Casse-toi, pauv’con »…

J’en passe et des meilleures…Bon courage aux conseillers en communication pour trouver une logique à tout ça !
François Fillon attend de l’intervention présidentielle une mise en perspective des réformes et une « feuille de route ». C’est quand même surprenant qu’un Premier Ministre doive attendre une émission de télé pour recevoir les directives de son patron ! Il aurait pu au moins lui envoyer un SMS !
Bon enfin, on verra bien…

En attendant ce grand moment de télé, je voudrais revenir sur un des « points forts » du programme de Nicolas Sarkozy : le fameux paquet fiscal. En effet, c’est grâce à lui que le slogan « Travailler plus pour gagner plus » devait devenir réalité. Le paquet fiscal ou loi TEPA (Travail Emploi Pouvoir d’Achat) devait produire un « choc de confiance », puis un « choc de croissance ». Le seul choc que l’on a vu, c’est celui de la courbe des sondages de popularité qui touche le fond !
Contrairement à une présentation un peu caricaturale qui en a été faite, le paquet fiscal n’est pas qu’un cadeau aux « riches ». En revanche, on peut lui reprocher son inefficacité patente et son coût exorbitant : 13 milliards d’€, qui a contribué à vider des caisses « déjà vides ».
Grosso modo, le paquet fiscal se décompose ainsi :
* 6 milliards d’€ pour les exonérations fiscales liées aux heures supplémentaires
* 3,7 milliards d’€ pour les crédits d’impôts sur les intérêts d’emprunts immobiliers
* 2,2 milliards d’€ pour la suppression des droits de succession
* 0,6 milliard d’€ pour le passage de 60 % à 50 % du bouclier fiscal
* 0,4 milliard d’€ pour l’exonération d’ISF liée à l’investissement dans les PME

Heures supplémentaires
L’UMP annonce sur sont site Internet que 4 heures supplémentaires par semaines équivalent à un 13 ème mois. Certes, mais encore faut-il pouvoir les faire, ces 4 heures par semaine. En moyenne, le tiers des salariés qui font des heures supp en effectuent 4…par mois !
Selon une étude de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, parue début avril, le dispositif coûterait plus cher à l’Etat que le gain de pouvoir d’achat octroyé aux salariés.
De plus, ce dispositif va accentuer les inégalités entre ceux qui font des heures supp et les autres. Il ne contribuera bien évidemment pas à créer des emplois (au contraire) et laisse de coté les retraités, chômeurs et bénéficiaires des minima sociaux…
Plus largement, il repose sur le principe d’une augmentation individuelle du temps de travail, alors qu’il faudrait avoir une vision globale des heures travaillées. Pour augmenter le nombre d’heures travaillées dans l’économie française, on peut faire en sorte que ceux qui ont déjà un emploi travaillent plus ou alors on peut faire le choix d’être plus nombreux à travailler. C’était la logique des 35 heures, qui malgré un certain nombre de défauts n’ont pas « plombé » l’économie française et ont contribué à générer 800 millions d’heures de travail dans l’économie. De plus, leur mise en place a permis de mieux utiliser les équipements industriels par la mise en place de nouvelles organisations du travail. Cette augmentation de la productivité, combinée aux allègements de cotisations sociales ont rendu quasi indolore pour les entreprises le surcoût de salaire de 11%.

Défiscalisation des intérêts d’emprunts
Sans s’adresser vraiment aux « riches », cette mesure vise surtout la moitié des français qui payent l’impôt sur le revenu. Elle permettra à ceux qui étaient déjà solvables d’alléger le coût de leur emprunt. En revanche, elle ne permettra pas aux moins favorisés d’accéder à la propriété.

Suppression des droits de succession
Avant cette mesure, les trois quarts des successions étaient déjà exonérées. Désormais, ce sera 95 %...et les 5% restants bénéficieront d’abattements plus importants. Sachant que l’âge moyen des « bénéficiaires » d’une succession est de 55 ans, on peut douter de la pertinence de l’argument qui consiste à dire que c’est pour aider « les jeunes à s’installer dans la vie ». En revanche, de telles mesures favorisent la perpétuation d’une France de rentiers où les 10 % les plus riches détiennent 46% du patrimoine…

Bouclier fiscal
Les 0,6 milliard d’€ ne correspondent qu’au coût engendré par le passage de 60 % à 50% du « bouclier fiscal ». Le bouclier fiscal, dans son intégralité, coûte en environ 4 milliards par an (à ajouter au paquet fiscal) et malgré les trésors d’imagination déployés par l’UMP et le gouvernement (la fameuse « veuve de l’Ile de Ré »…), il est incontestable que la vocation majeure du bouclier fiscal est de vider l’ISF de sa substance. En effet, le dépassement du seuil des 50 % ne peut en pratique se produire qu’en payant l’ISF.

« Simplification » du barème de l’impôt
N’oublions pas également la « simplification » du barème de l’impôt sur le revenu intervenue fin 2005. Il s’agissait alors de réduire de 7 à 5 le nombre de tranches et de diminuer le taux de chacune, ceci étant à peu près compensé par la suppression de l’abattement de 20% appliqué jusqu’alors sur le revenu déclaré. Sauf que…l’abattement était plafonné à 24 000 €, ce qui correspondait à un revenu déclaré de 129 000 €. Avec la nouvelle formule, un célibataire qui gagne 1 million d’€ par an économise environ 70000 € d’impôt… Et dire que la réforme a été vendue comme bénéficiant principalement aux « classes moyennes ». En fait, sur les 5 milliards que coûte cette « simplification » (à ajouter au paquet fiscal), 90 % bénéficieront aux 5% des contribuables les plus aisés.

Le rôle de l’impôt dans la société
Au total, on en est à plus de 20 milliards d’allègements d’impôts, soit près de la moitié du déficit de l’Etat (41,5 milliards en 2007 sur un déficit public total de 50,5 milliards d’€). Et pour quelles retombées sur la croissance et l’emploi ?
La fiscalité n’est pas qu’une question technique, elle est aussi la traduction de choix de société en matière notamment de solidarité, de redistribution, de résorption des inégalités, de financement des politiques publiques… Ce sont des choix fondamentaux. Malheureusement, c’est aussi un thème où la démagogie est facile : dire que l’on va baisser les impôts permet de se concilier les bonnes grâces de l’opinion publique. Et la classe politique française ne s’en prive pas ! Alors même que la France est un des pays industrialisés ou l’impôt sur le revenu des ménages et des entreprises pèsent le moins lourd ! L’impôt le plus lourd est un impôt sur la consommation : la TVA, qui représente environ 50 % des recettes de l’Etat. C’est aussi l’impôt le plus injuste puisqu’il pèse, en proportion, plus lourd sur les plus pauvres.
En la matière, la vraie rupture serait d’affirmer avec force la nécessité d’une fiscalité réellement progressive, incluant l’ensemble des revenus…

PP

17 avril 2008

Qui va profiter du bouclier fiscal ?

1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt de 270 000 euros. L’Observatoire des inégalités publie les estimations de l’Assemblée nationale. Une analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt sur le revenu de 270 000 euros grâce au nouveau "bouclier fiscal". L’Observatoire des inégalités publie les estimations réalisées par l’Assemblée nationale lors du vote de la loi "en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat" adoptée le premier août dernier (lire le rapport). Désormais en effet, le montant des impôts directs (impôt sur la fortune, impôt sur le revenu et impôts locaux) ne pourra dépasser 50 % des revenus d’un foyer fiscal, contre 60 % auparavant. Coût total de cette mesure pour le contribuable : 810 millions d’euros, à peu de chose près ce que vont rapporter les futures franchises sur les dépenses de santé.

D’après les estimations de l’Assemblée nationale, 234 000 contribuables vont bénéficier des 810 millions d’euros. Le bouclier a été justifié de la façon suivante : il fallait éviter que des ménages aux bas revenus ne soient imposés du seul fait de leur patrimoine. C’est le fameux cas de la veuve de l’Ile de Ré (information largement médiatisée), dont les maigres terres ont pris tellement de valeur qu’elle est soumise à l’impôt sur la fortune...
Parmi ces 234 000 foyers fiscaux, un peu moins de 206 000 déclarent des revenus très faibles (inférieurs à 7 000 euros annuels). Mais les cas de foyers effectivement pauvres et lourdement imposés sont rares, du fait des exonérations et dégrèvements de la taxe d’habitation. Ces cas isolés servent de paravent à des ménages qui déclarent artificiellement des bas revenus parce qu’ils déduisent de leurs ressources des dépenses que les salariés ne peuvent pas comptabiliser (automobile, équipements divers) ou utilisent les niches fiscales. Leur niveau de vie réel n’a pas grand chose à voir avec ce qui est affiché fiscalement.

Quoi qu’il en soit, les 197 000 foyers les plus démunis des bénéficiaires ne vont pas gagner grand chose avec le nouveau bouclier fiscal : 700 euros en moyenne. Le boucler fiscal va surtout favoriser les très haut revenus. Un petit nombre de contribuable va recevoir des montants considérables. 18 000 foyers au revenu annuel supérieur à 41 000 euros vont toucher 31 200 euros de ristourne en moyenne par foyer. Pour eux seuls, le coût pour la collectivité est de 564 millions d’euros au total. Pour les plus gros patrimoines, c’est une vraie aubaine. Ainsi, 1 080 foyers au patrimoine supérieur à 15,5 millions d’euros toucheront plus de 270 000 euros. La collectivité va dépenser 272 millions d’euros pour eux.

On peut tirer plusieurs enseignements de ces données :

* La question des impôts payés par les couches de la population les moins aisées n’est en rien résolue. Hors impôts indirects (comme la TVA), il s’agit principalement d’impôts forfaitaires comme la redevance audiovisuelle ou la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, et des impôts locaux dont les bases de calcul - la valeur des biens immobiliers - datent des années 60.

* La maîtrise de la communication est un élément essentiel des politiques publiques de baisse d’impôt. Officiellement, l’impôt sur la fortune n’est pas remis en cause. Comme souvent, on utilise un paravent - la veuve de l’île de Ré - au profit d’autres causes. C’est de la même façon que l’on utilise les intérêts des petits agriculteurs pour défendre ceux des grosses exploitations.

* Lors de la présentation du texte, la ministre de l’économie a reconnu à l’Assemblée nationale la véritable portée du texte : "On entend souvent dire que cette mesure (le bouclier fiscal, ndlr) ne concernerait que la partie la plus riche de la population, mais n’est-ce pas celle qui fait tourner l’économie ?", a-t-elle déclaré. Il faut aider les plus riches parce qu’ils créent la valeur. Les salariés les moins qualifiés qui travaillent souvent dans les conditions les plus pénibles pour les plus bas salaires apprécieront d’apprendre leur faible apport à l’économie.

* Le décalage est considérable entre l’intérêt des mesures et les montants dépensés pour les mettre en œuvre. De la dette publique aux commissariats, en passant par l’école, les besoins sont criants. Le coût de la modification du bouclier fiscal est équivalent à ce que va rapporter la franchise de soins (montant minimum non remboursé) qui portera sur l’ensemble des ménages, quels que soient leurs revenus.

* L’ensemble de ces données sont publiques, mais elles n’ont pas été diffusées. Jusqu’où peut-on aller dans ce sens ? Les baisses d’impôt ont aujourd’hui bonne presse : il en sera peut être différemment quand il faudra les financer avec de nouvelles taxes.

10 avril 2008

Modernité et Social

Selon Jean-Marc Sylvestre (inamovible chroniqueur libéral de France Inter), le fait que la majorité des créations d’emplois se fasse dans les services est un « marqueur de modernité pour l’économie française ». Est-ce bien sûr ? En 2007, 300 000 emplois ont été créés en France, dont 113 000 dans le secteur des services à la personne. Or, dans ce secteur d’activité, la durée moyenne de travail est de…10 heures par semaine. Ce temps partiel, souvent subi, s’accompagne d’horaires fractionnés et flexibles. Pas de quoi parler de « marqueur de modernité » ! Dans une société où la dépendance des personnes âgées va devenir très bientôt une question lancinante, il serait temps de penser à organiser les activités de services à la personne, en facilitant la formation des salariés, en mettant en place des structures leur permettant de gérer leur temps de travail… Ce serait peut-être ça, la vraie modernité !

Nicolas Sarkozy a sans doute condamné le RSA, lors de son discours sur la politique sociale à Cahors. Il sera en effet « calibré en fonction des possibilités financières ». Et comme les caisses sont vides… J’ai déjà fait part sur ce blog de toutes les réserves que suscitait pour moi le concept du RSA.
Un sondage réalisé auprès de 1000 RMIstes (par TNS Sofres) indique que 25% d’entre eux travaillent sans pouvoir sortir du RMI et surtout que seulement 8% d’entre eux sont favorables à un dispositif du type « RSA ».
Abandonner le RSA ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire pour lutter contre la pauvreté, mais plutôt explorer d’autres pistes et notamment la formation professionnelle et la lutte contre les petits boulots.

En ce moment, on assiste, autant au gouvernement qu’à l’UMP, à un tir groupé sur les « politiques sociales ». Elles seraient coûteuses et inefficaces. Il est vrai qu’en période de difficultés économiques, il est tentant de faire supporter aux plus vulnérables la majeure partie des efforts d’ajustement. Mais pourtant, il ne faut pas oublier que les « politiques sociales » constituent de véritables stabilisateurs pour l’économie en maintenant partiellement le pouvoir d’achat de ceux qui sont en difficulté. Si l’on coupe le robinet, le risque est grand de voir faiblir la consommation des ménages, principal moteur de la croissance.
Il ne faut pas oublier que si les prélèvements obligatoires représentent plus de 50 % du PIB, cet argent n’est pas brûlé par l’Etat comme voudraient le faire croire les libéraux. Il est, pour au moins la moitié, redistribué directement aux ménages (allocations, remboursement des soins…). Et le reste est utilisé pour faire fonctionner les services publics : éducation, police, justice…
Jérôme Chartier, responsable des questions économiques à l’UMP, a affirmé sur France Inter que « 1€ dépensés dans le privé est 3 fois plus productif qu’1 € dépensé dans le public ». Pourquoi pas 10 fois ? 20 fois ? Il est très facile d’asséner des propos invérifiables.
Si nous prenons l’exemple de la gestion de l’eau, plusieurs études ont montré que la gestion municipale (donc publique) conduisait à des tarifs inférieurs à la gestion privée.
Selon l’OCDE (organisme pas franchement réputé pour son penchant bolchévique) aux Etats-Unis, où le système de santé est essentiellement privé, la santé coûte plus de 6000 dollars par personne…contre environ 3300 pour la France. Et pourtant l’espérance vie est supérieure en France !
Je pense qu’il aurait été « 3 fois plus productif » pour le débat que Mr Chartier se taise.

PP

07 avril 2008

Réforme et RSA

Nicolas Sarkozy a affirmé que « ce n'est pas les économies qui font la réforme mais la réforme qui permettra des économies. C'est la différence entre rigueur et réforme. »…avant de confirmer le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite !
Peut-on envisager mesure d’économie plus arbitraire ? Tout le monde convient que l’Etat a besoin de réforme, mais d’une réforme s’appuyant sur une analyse des besoins de services publics. Tailler à la hache dans les effectifs, c’est courir le risque de voir coexister une pénurie de moyens dans certains secteurs et des sureffectifs persistants dans d’autres…avec au final, une dégradation de la qualité globale du service public.

La question soulevée par le Revenu de Solidarité Active défendu par Martin Hirsch n’est pas tant celle de son coût (5 à 7 fois moins que le paquet fiscal), mais plutôt celle de la « philosophie » qui le sous-tend. Il s’appuie, selon moi, sur le principe que la reprise de l’emploi n’est désormais envisageable que par des « petits boulots », d’une durée inférieure à un mi-temps. Partant de là, il est normal que la collectivité « subventionne » ceux qui reprennent l’emploi pour leur permettre d’atteindre le seuil de pauvreté. Cela ne risque-t-il pas de favoriser encore plus le développement de ces petits boulots ? Une lutte efficace contre la pauvreté passe par l’éducation et des politiques en faveur d’emplois de « bonne qualité » (et temps plein).


PP

03 avril 2008

Crise? Quelle crise?

Si certains d’entre vous sont inquiets à l’évocation d’un « plan de rigueur », sachez que pour d’autres la « rigueur » n’est pas à l’ordre du jour.Qui sont ces heureux élus ? Les actionnaires des entreprises du CAC 40.
En 2007, sur les 100 milliards d’€ de bénéfices réalisés par ces 40 entreprises, environ 57 milliards ont été « rendus » aux actionnaires que ce soit sous forme de dividendes (pour environ 38 milliards) ou de rachat d’actions (pour environ 19 milliards).
Alors que les dividendes n’ont progressé « que » de 21%, le montant des rachats d’actions a été multiplié par près de 2,5 entre 2006 et 2007.
Arcelor Mittal, BNP Paribas, Axa, Sanofi Aventis, Total, Société Générale, Accor et Suez ont réalisé près des trois quarts du montant total des rachats d’action.
Par exemple, Accor a racheté en 2007 pour 8.5% de son capital soit 1,24 milliards d’€.

Quelques chiffres (Dividendes + Rachats d’action)
* Total : 6 milliards d’€
* BNP Paribas : 5 milliards d’€
* Axa : 4,3 milliards d’€
* Sanofi Aventis : 4 milliards d’€
* Mittal Arcelor : 3,8 milliards d’€

Le rachat d’action consiste, pour une entreprise cotée, à racheter ses propres actions. Les conséquences sont, en règle générale, une hausse du cours (moins d’actions sont en circulation) et une hausse des dividendes par action (les dividendes sont à partager entre un nombre plus restreint d’actionnaires).
C’est aussi un aveu d’impuissance, puisque cela signifie que l’entreprise n’a rien de mieux à faire avec son argent (investir, par exemple !). Ainsi en 1975, l’investissement net (une fois décompté le renouvellement de l’existant) représentait en moyenne 6,5% de la valeur ajoutée, alors qu’en 2005 ce chiffre est tombé à 4,3%.
Cette tendance est-elle tenable à long terme ? La survie du capitalisme est fondée sur l’investissement qui permet de développer la production et donc les profits futurs. L’approche actuelle se résume à une recherche effrénée du profit à court-terme, sans autre but que ce profit lui-même.

PP

06 février 2008

Qu’est-ce que l’équité ?

Texte repris de l'excellent site l'Observatoire des Inégalités.


On utilise souvent ce concept à la place de celui d’égalité. Pourtant ce n’est pas exactement la même chose.

Mais qu’est-ce que c’est que l’équité au juste ? On utilise souvent ce concept (ou celui d’égalité des chances, ce qui revient à peu près au même) à la place de celui d’égalité. Pourtant ce n’est pas exactement la même chose.

L’équité, c’est l’idée de l’égalité "juste". L’égalité tout court pose en effet un problème dans une société qui n’est pas une société d’abondance. L’idée que le mérite individuel, l’effort ou le travail doivent être récompensés est largement acceptée. Personne ne revendique les mêmes salaires pour tous.

Bref : ce qui est juste, c’est que tout le monde ait les mêmes "chances" dans la vie, pas que tout le monde arrive au même résultat.

Comme monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir, nous acceptons l’idée d’équité sans trop nous poser de questions. Pourtant, en pratique, cette équité n’est vraiment pas facile à atteindre :

* Il faut que chacun soit placé sur la même ligne de départ. Si certains partent avec de l’avance, le jeu n’est pas équitable.

* Pendant "l’effort", il faut aussi que chacun dispose des mêmes atouts. La compétition ne doit pas être biaisée.

* On peut accepter le principe de l’équité, mais alors nous ne sommes pas avancés pour ce qui est de l’ampleur des inégalités "justes". Combien d’années de Smic un PDG peut-il gagner avant que cela devienne "injuste", dix ans, un siècle, un millénaire ? Est-il "équitable" qu’une personne qui aide des personnes âgées toute la journée touche dix fois moins qu’un cadre d’entreprise ?

* L’effort individuel est rarement mesurable : la plupart des rétributions récompensent des efforts réalisés par une communauté (une équipe de travail, un groupe, etc.).

L’équité, comme le dit le sociologue François Dubet est une « fiction nécessaire ». Expliquons-nous : on en a besoin certes, car l’effort, le mérite, le travail, sont de meilleurs critères que le milieu de naissance ou la caste.

Mais il s’agit bien d’une fiction : en pratique, les inégalités résultent d’un compromis, d’une lutte de pouvoir entre les membres d’une même société. La mise en avant à outrance de la notion d’« équité » sert parfois à masquer une plus grande tolérance aux inégalités tout court...

PP

15 janvier 2008

Flexsécurité à la française

« Un progrès sensible dans notre pays »
François Fillon a jugé dimanche soir que le projet d'accord des partenaires sociaux sur la réforme du marché du travail représentait un « vrai pas vers la flexsécurité à la française ».
Quand un ajoute le qualificatif « à la française » à un concept, c’est en général mauvais signe. Cela signifie en général que l’on veut faire passer une pilule amère !
« S'il est mis en œuvre, le projet d'accord sur le contrat de travail et la sécurisation des parcours professionnels fera baisser rapidement le chômage », estime la présidente du Medef, Laurence Parisot.
En gros l’accord comporte un volet « flexibilité » (rupture du contrat par « consentement mutuel », période d’essai allongée et « contrat de projet ») et un volet sécurité (doublement de l’indemnité de licenciement, transfert des droits à la formation et la complémentaire santé).

Selon le Medef, une plus grande flexibilité du marché du travail fera baisser le chômage….
Mais la flexibilité existe : entre 2003 et 2005, les deux tiers des 300 000 emplois créés sont dus aux emplois temporaires. Les deux tiers des licenciements sont des licenciements pour cause individuelle, souvent accompagnés de transactions. En fait le Medef, aidé en cela par le gouvernement, veut tout simplement légaliser ces pratiques douteuses…
Avec les résultats que l’on sait sur le chômage… Ce qui fait vraiment défaut à l’économie française, c’est une spécialisation vers des secteurs porteurs, de l’investissement. Faire porter systématiquement aux seuls salariés le poids des efforts d’ajustement est une démarche à courte vue. Cela permet facilement et rapidement aux patrons de se dédouaner de leur manque de vision. Mais les gouvernements successifs ont leur part de responsabilité dans ce processus. En effet, par des politiques de l’emploi fondées presque exclusivement sur des baisses de charges sur les bas salaires, ils ont contribué à tirer vers le bas les rémunérations et les qualifications…Ainsi qu’à la « dualiser » le marché du travail.

Un marché du travail dual…
Selon l’INSEE, le taux de chômage des cadres et des professions intermédiaires était d’environ ... 5% en 2005, c’est-à-dire presque le plein emploi. Leur marché du travail étant déjà fluide, les impacts seront donc limités pour les salariés les plus qualifiés. En revanche, un plus grande flexibilité revient à faire porter aux salariés les moins qualifiés les efforts d’ajustement. On risque de se retrouver en ce qui les concerne dans une situation à l’Américaine, où le taux de chômage est faible, mais où le salaire des moins qualifiés l’est également. Est-ce vraiment meilleur pour la cohésion sociale ?

Chômage et exclusion…
En ce qui concerne le chômage, il est bon d’avoir en tête que 40% de chômeurs sont des chômeurs de longue durée (depuis plus d’un an) et qu’un chômeur sur deux n’est pas indemnisé. Or, le chômage de longue durée est un point d’entrée vers le déclassement, puis vers l’exclusion. La concurrence engendrée par une flexibilité légalisée risque de dégrader encore la perspective d’un retour à l’emploi de cette catégorie de chômeurs. L’amélioration de leur situation ne peut passer que par un effort de formation massif, mais aussi d’accompagnement vers l’emploi. C’est la responsabilité de la puissance publique. Le Danemark, souvent pris en exemple, dépense proportionnellement environ 3 fois plus que la France pour le traitement actif (formation) et passif (indemnisation) du chômage.

PP

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