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31 juillet 2013

Loi sur l’économie sociale et solidaire : et si on en finissait avec la toute-puissance des actionnaires ?

rue89.pngBillet à lire sur mon blog Rue89 "Chez Pierre Polard"...

Loi sur l’économie sociale et solidaire : et si on en finissait avec la toute-puissance des actionnaires ?

 

PP

11:58 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, impôts, dividendes, actionnaires, ess | | |  Facebook | | |

21 août 2011

Frédéric Lordon : «il faut fermer la Bourse!»

Emmanuel Lévy- Marianne | Lundi 8 Mars 2010

 

Frédéric Lordon dresse un constat froid et lucide du fonctionnement des marchés financiers. Destruction de valeur, vampirisation des entreprises par les établissements financiers, le chercheur au CNRS en déduit une solution radicale mais aux conséquences positive. Chiche : qui osera lui répondre ?

 

 

Dans un long papier paru dans le Monde Diplomatique vous préconisez la fermeture de la Bourse. Est-ce vos options politiques de dangereux gauchiste désireux de couper des têtes, ou vos motivations s’inspirent-elles d’une argumentation compatible avec un monde capitaliste ?
 

Les idéologues libéraux, qui ont l’amnésie intéressée, voudraient faire oublier cette période du fordisme dans laquelle la finance a été cadenassée, la Bourse inexistante… et la croissance étincelante. Or que je sache, le fordisme, ça n’était pas le Gosplan ni les soviets mais bien le capitalisme. Mais la vraie réponse à cette question est ailleurs. Elle consiste à dire que, dans la logique même des entreprises d’aujourd’hui, la Bourse est une aberration :

1) les entreprises vont moins s’approvisionner en capital à la Bourse qu’elles n’y vont s’en faire dépouiller, puisque ce que les actionnaires leur extorquent (en dividendes et en rachat d’actions) finit par l’emporter sur ce qu’ils leur apportent, de sorte que ce n’est plus la Bourse qui finance les entreprises mais les entreprises qui financent la Bourse ;

 2) la contrainte actionnariale censure une part de plus en plus importante de l’investissement en écartant les projets jugés insuffisamment rentables (et l’« insuffisance » commence à 10% voire 15%...), par conséquent la Bourse est un frein au développement économique ;

3) les entreprises sont soumises par l’actionnaire à des contraintes de gestion (modes managériales successives, court-termisme…) incompatibles avec la conduite de moyen-long terme de projets industriels;

4) et le comble du paradoxe est atteint lorsque les actionnaires finalement découragent eux-mêmes le financement par action puisque les nouvelles émissions ont des propriétés dilutives…

 

Mais la Bourse s’est imposée dans le paysage, tout comme la météo ?

F.L. : C’est là typiquement le genre d’énoncé qui offre un concentré pur de l’idéologie néolibérale : la naturalisation des faits sociaux. Alain Minc n’est pas capable de bâtir un « argument » économique sans invoquer la loi de la pesanteur. Or la Bourse est une forme institutionnelle, elle n’est pas sortie du cul d’une poule ni tombée du ciel. Elle a été faite de main d’homme. Par conséquent elle peut être défaite s’il apparaît qu’on y a plus d’avantages que d’inconvénients – ce qui me semble notoirement le cas. Il y a eu un moment où on s’est dit que l’institution « monarchie de droit divin » était pénible. Elle a fini dans le même panier que la tête du roi et depuis ça va mieux. On pourrait dire cependant que c’est bien la loi de la pesanteur qui a fait tomber le couteau de la guillotine… Mutatis mutandis bien sûr – on n’est pas des sauvages – il se pourrait, vu sous cet angle, que MM. Minc & Co découvrent un jour un aspect de la loi de la pesanteur qui ne leur était pas apparu.

 

La Bourse de Paris n’est-elle pas déjà fermée ? Le palais Brongniard n’est-il pas depuis longtemps transformé en mini palais des Congrés ?

C’est la seule chose vraiment regrettable puisque ça rend plus difficile sa  destruction physique, dont les bonnes propriétés symboliques et carnavalesques ne devraient pas être méconnues. Au moins, mai 68 avait eu la possibilité de mettre le feu au palais Brongniart… Mais vous-même feignez l’innocence et savez bien que la Bourse existe, simplement sous la forme moins spectaculaire de très gros serveurs informatiques bien planqués quelque part – où d’ailleurs ? Question intéressante,  n’est-il pas ?

Les évolutions techniques en matière de finance que vous évoquez ont-elles profondément modifié le rapport de force entre la finance et l’économie productive ?


C’est bien peu de le dire. Et c’est précisément parce que ce rapport de force s’est renversé du tout au tout qu’il est urgent de remettre des limites au capital actionnarial qui n’en connaît aucune et, de lui-même, ne s’en imposera aucune. C’est pourquoi les appels à la modération qui ont pour nom « moralisation du capitalisme » sont d’une indigence qui partage entre le rire et les larmes. L’emprise acquise sur les firmes par le capital actionnarial au travers de la configuration présente du capitalisme est un fléau que l’on ne réduira que par les mêmes moyens qui l’ont imposé : une transformation radicale de structures.

Des contraintes de gestion aberrantes et des effets d’anti-financement résument ce fléau qui naît bien moins de la dépendance financière des entreprises aux apporteurs de capitaux (les capitaux, les « apporteurs » les leurs prennent !) que du contrôle des équipes dirigeantes par le cours de Bourse : si les actionnaires sont mécontents, des ventes font baisser le cours, l’entreprise devient opéable… et le patron éjectable. L’histoire récente du capitalisme est (en partie) l’histoire d’une lutte de puissance entre deux fractions du capital : le capital financier et le capital industriel, le premier ayant reçu de la modification des structures un pouvoir inédit qui lui a permis de déposséder le second de son ancienne souveraineté. Et de lui imposer tout et n’importe quoi. Et à la fin le capital industriel passe le mistigri au salariat…

 

Les promesses faites par la finance, en réalité celles issues de la libéralisation des marchés, avec à la clé plus de croissance, plus de richesse, n’ont-elles donc pas été tenues ? Après tout, sans la Bourse, pas de Google, non plus de Microsoft ?

C’est vous qui le dites et il faudrait un ou deux arguments pour le soutenir. Que des Google ou des Microsoft soient apparus pendant la période de déréglementation financière ne prouve nullement que celle-ci soit la cause sine qua non de ceux-là. La seule chose dont on soit certain est que, sans Bourse, pas de Bill Gates et de Larry Page multi-milliardaires…

On ne peut pas dire que ce soit un avantage économique indéniable. Il est vrai cependant que le financement des start-ups technologiques est l’argument de dernier recours pour justifier la finance actionnariale mais au travers de ce compartiment très spécial et en fait très étroit de l’amorçage et du venture capital. La perspective de l’introduction en Bourse y est présentée comme stratégique précisément du fait que le financement de l’innovation radicale est hautement incertain, finit mal neuf fois sur dix, et qu’il faut décrocher le pompon sur la dixième pour rattraper les neuf autres. Mais une telle économie de la péréquation est très concevable hors de la Bourse et on pourrait parfaitement l’imaginer opérée au travers d’instruments de dette un peu sophistiqués à base de taux d’intérêt variables indexés sur les profits des start-ups par exemple.

Rien dans leur financement ne justifie incontestablement de maintenir un passage par la Bourse, à part le désir de l’enrichissement hors de proportion de créateurs d’entreprise et de business angels mus au moins autant par le projet de faire fortune que par celui de créer quelque chose.
Pour ce qui est de la contribution de la finance à la croissance, je vous suggère de comparer le taux de croissance moyen des trente glorieuses, donc sans finance dérégulée et avec une Bourse croupion (5% l’an en moyenne), et celui de la période de hourrah-dérégulation depuis deux décennies. L’affaire est vite vue. Et ceci n’est nullement un plaidoyer passéiste mais simplement l’idée – logique – qu’un contre-exemple suffit à ruiner une généralité. Dont nous ne devrions donc plus être prisonniers.

La fermeture de la Bourse peut elle s’envisager dans un seul pays ?

Pour le coup oui ! Ce sont toutes les mesures « intermédiaires » qui font hurler au péril de la fuite des capitaux. Mais en fermant la Bourse, c’est nous qui mettons les capitaux à la porte ! Et pour autant ceci ne signifie nullement une économie privée de fonds propres. L’idéologie actionnariale a fini par faire oublier que les capitaux propres, ce sont les entreprises qui les sécrètent par leurs profits… dont elles vont se faire dépouiller à la Bourse. L’autofinancement, le crédit bancaire et éventuellement des marchés obligataires constituent un mode de financement tout à fait viable de l’économie.

 

Une fois la bourse fermée, ou iraient les cerveaux bien formés que les  super rémunérations issues de la finances attirent dans les salles de marché ?

De deux choses l’une, ou bien ils foutraient le camp et iraient exercer leurs nuisances ailleurs, ou ils mettraient leurs supposées intelligences au service d’activité socialement plus utiles et dans les deux cas on ne s’en porterait que mieux. Il est grand temps de se désintoxiquer de l’idéologie des « compétents », dont l’incompétence est pourtant spectaculairement démontrée jour après jour, mais dont il faudrait néanmoins satisfaire toutes les exigences sous la menace de les voir partir. La question des bonus et des rémunérations est entièrement captive de cette grande illusion. Je dis que le départ des « meilleurs » traders est une bénédiction :
1) ne resteront que les moins finauds auxquels il faudra ne confier que les produits les moins sophistiqués… donc les moins risqués;

2) si le problème économique posé par les bonus ne doit pas être sur-estimé, le problème politique de justice sociale et d’inégalités obscènes est lui de première importance, c’est pourquoi, non pas limiter mais interdire les bonus, et éventuellement faire fuir les traders, est une solution à envisager très sérieusement car ces extravagantes rémunérations ont le caractère d’un trouble à l’ordre public;

3) la finance est un pôle d’attraction qui a profondément distordu l’allocation du capital humain dans la division du travail en captant des esprits qui seraient infiniment mieux employés ailleurs. Quant aux « compétents » non traders, s’ils savaient… Il y en a quinze derrière eux qui feraient le travail aussi bien qu’eux.

En fait, ce n’est pas vraiment la fermeture de la Bourse que vous prônez, mais une sorte de ralentissement de son cours, que vous décrivez comme infernal. En quoi, la fin de la cotation permanente, c’est à dire en continue des titres est-elle apte à redistribuer les cartes ?

Mais si mon bon monsieur, c’est bel et bien la fermeture de la Bourse que je prône ! Je concède que c’est un peu rude à avaler… Cependant pour les petits estomacs, j’ai une sorte de formule à la carte, avec un étagement de recettes anti-actionnariales rangées dans l’ordre de l’épicé croissant. En amuse-bouche, je propose, en effet, de commencer par une formule de « ralentissement » en abolissant la cotation en continu, remplacée par un fixing mensuel (ou plurimestriel). Puis on entre dans le roboratif avec le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin) qui est un impôt non pas sur les profits d’entreprise (comme on le lit parfois) mais sur la rentabilité actionnariale, et qui plus est un impôt de plafonnement : c’est-à-dire qui prend tout au-delà d’un certain seuil maximal autorisé de rentabilité, le but de la manœuvre étant de cisailler les incitations actionnariales à pressurer toujours davantage les entreprises puisque tout ce qu’elles leur feront cracher en plus pour les actionnaires leur sera confisqué. Le plat de résistance bien sûr, c’est la fermeture de la Bourse elle-même. Chacun puisera là dedans selon son appétit politique et la conjoncture du moment.

Pensez-vous que les partis de gauche de gouvernement soient capables d’intégrer vos arguments ?

Les partis de gauche de gouvernement mangent des graines et font à peine cuicui.

 

Le site de Frédéric Lordon

08:04 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, bourse, actionnaires, entreprises, inégalité | | |  Facebook | | |

09 août 2011

Entreprises / actionnaires : qui finance qui ?

La lettre d’information de juillet 2011 du site financier Vernimmen.net propose une synthèse de 9 ans de tableau de financement pour les 1200 entreprises représentant les plus fortes capitalisations boursières mondiales. Elles représentent un total de 29 000 milliards de $ de capitalisation sur un total de 53 000 milliards !

 

 

Vernimmen_lettre_numero_99.pdf

 

 

Pour une entreprise, le tableau de financement résume les ressources qu’elle a obtenu sur une année, et les emplois qu’elle en a fait.

 

Les emplois sont principalement de quatre natures :

* L’investissement qui correspond à l’acquisition ou au renouvellement d’éléments d’actifs matériels (bâtiment, machines…) ou immatériels (brevets, logiciels, participations dans d’autres entreprises).

* Le remboursement des dettes

* La rémunération des actionnaires sous forme de dividendes ou de rachats d’actions.

* L’augmentation du besoin en fonds de  roulement, qui correspond à l’augmentation du capital immobilisé dans l’exploitation courante (créances clients, stocks…)

 

20110804 - Vernimmen1.JPG

Les ressources sont principalement de trois natures

* L’autofinancement, c’est-à-dire les ressources dégagées par la rentabilité des activités de l’entreprise.

* Les emprunts auprès des établissements bancaires

* Les apports des actionnaires, c’est-à-dire les fonds récoltés sur les marchés financiers.

 

20110804 - Vernimmen2.JPG

Que constate-t-on sur la période 2002-2010 ?

* Tout d’abord, entre 2002 et 2007, la part prélevée par les actionnaires est passée de 27% à 36% du total des emplois des entreprises.

* Après avoir chuté de 33% en 2009, la part des actionnaires s’est stabilisée (-2,3% en 2010), alors que l’investissement continuait à chuter de plus de 20%.

* Contrairement à ce que l’on veut encore nous faire croire, ce sont les entreprises qui financent les actionnaires et non l’inverse. Sur la période étudiée, les actionnaires des 1200 entreprises ont perçu 7234 milliards de $ en dividendes et rachats d’actions et ont apporté aux entreprises 1596 milliards de $, soit une ponction nette de 5638 milliards de $ soit 27% du total de l’autofinancement total dégagé sur la période…

 

PP

 

17:54 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, actionnaires | | |  Facebook | | |

Carrefour : quand l'intérêt des actionnaires est contraire à celui de l'entreprise

Cette dépêche de l'agence Reuters met en lumière les limites d'une logique qui veut que les actionnaires soient les seuls maîtres à bord dans une entreprise. On voit bien ici que la logique de valorisation de leur épargne (car ce sont bien des épargnants et pas des investisseurs) à court terme est nuisible à l'intérêt de l'entreprise. La logique strictement financière prévaut sur la logique économique et industrielle, afin de permettre à quelques uns de "sauver leur mise" (comme si c'était une partie de poker ou de roulette).
 
Top News
Carrefour un peu plus près d'un démantèlement
Fri, Aug 05 13:38 PM EDT
 

par Mark Potter et Dominique Vidalon

 

 

LONDRES/PARIS (Reuters) - La réorganisation de la direction du groupe Carrefour est un pas de plus vers un démantèlement du numéro deux mondial de la distribution, estiment des analystes au moment où le titre erre à des plus bas de 16 ans et où l'actionnaire Blue Capital renforce son emprise.

 

 

Les changements à la tête du groupe annoncés jeudi soir suggèrent que Blue Capital, alliance de l'homme d'affaires Bernard Arnault et du fonds américain de capital-investissement Colony Capital, pourrait préparer une vente ou une scission des activités du groupe dans les marchés émergents à forte croissance afin de récupérer une partie de sa mise.

 

 

L'action Carrefour chute de 40% depuis janvier, clôturant à 18,715 euros vendredi, au plus bas depuis 1995, ce qui porte à plus d'un milliard d'euros la perte potentielle sur des actions achetées par Blue Capital à un prix moyen d'environ 45 euros.

 

 

Carrefour, qui vient d'essuyer un cuisant revers au Brésil face à Casino, a nommé Pierre-Jean Sivignon au poste du directeur financier, pour succéder à Pierre Bouchut qui hérite de la direction des marchés émergents.

 

 

A première vue, Pierre Bouchut semble payer le prix de quatre avertissements sur résultats en moins d'un an, et son départ pourrait préparer la voie à l'abandon de l'objectif de croissance des résultats du groupe en 2011, que les analystes jugent quasiment inévitable.

 

 

Mais l'homme est réputé proche de Blue Capital - qui détient 14% du capital de Carrefour et environ 20% des droits de vote - et son nouveau poste pourrait signaler la reprise en main envisagée par Carrefour sur sa stratégie dans les émergents.

 

 

"(C'est) un excellent poste, mais étant donné que l'actionnaire activiste clé Blue Capital est de plus en plus acculé à récupérer sa mise et après la fusion ratée au Brésil et le 'spin-off' de (la chaîne espagnole de discount) Dia, cette nomination nous amène à nous demander ce que le groupe a en tête pour les marchés de croissance", note John Kershaw, analyste chez Bank of America-Merrill Lynch.

 

 

MAINTENIR LA MARQUE SUR LA SCÈNE MONDIALE

 

 

Pierre Bouchut remplacera Thierry Garnier qui, selon une source proche du dossier, s'était opposé à la tentative de Blue Capital de scinder les actifs immobiliers de Carrefour.

 

 

Carrefour s'est refusé à tout commentaire sur la nomination de Pierre Bouchut, tandis que Blue Capital n'était pas immédiatement disponible.

 

 

Vendre ou scinder les activités dans les pays émergents pourrait redonner des couleurs au titre Carrefour. Nombres d'analystes jugent que le cours actuel ne prend pas totalement en compte la valeur des actifs du groupe, notamment au Brésil et en Chine, en raison des inquiétudes concernant la faiblesse de ses activités en Europe occidentale.

 

 

Les analystes estiment que Carrefour attirerait de nombreux candidats pour ses magasins au Brésil et en Chine - le numéro un mondial Wal-Mart étant considéré comme l'acquéreur le plus probable -, mais certains se demandent si un repreneur voudrait de l'ensemble de ses actifs dans les émergents. Lors de la vente de ses magasins en Thaïlande en 2010, Carrefour n'avait pas réussi à céder ses activités en Malaisie et Singapour.

 

 

Pour cette raison, le groupe pourrait préférer scinder ses activités en Asie et en Amérique latine, qui ont réalisé un résultat opérationnel combiné d'environ 730 millions d'euros en 2010, soit un peu plus d'un quart du total hors Dia.

 

 

Un actionnaire de Carrefour, qui a souhaité rester anonyme, a souligné qu'une scission des actifs du groupe dans les marchés émergents pourrait rendre ses activités en Europe plus attractives pour des fonds de capital-investissement.

 

 

Le groupe pourrait alors se concentrer sur le redressement de ses activités sur le Vieux Continent loin des projecteurs des marchés boursiers et affronter sur une base plus équitable ses concurrents, pour la plupart non cotés.

 

 

Un tel démantèlement, qui maintiendrait la marque Carrefour sur la scène mondiale, pourrait s'avérer également plus acceptable pour les responsables politiques français qu'une vente par appartements à ses concurrents, a ajouté cet actionnaire.

 

 

Cyril Altmeyer pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

12:50 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, actionnaires | | |  Facebook | | |

14 mai 2007

Et le gouvernement d'entreprise?

par Pierre-Yves Gomez (professeur à l'EM Lyon)
chronique parue dans Alternatives Economiques n° 258 (mai 2007)

De nombreux thèmes ont été abordés durant la campagne électorale, mais pratiquement pas celui du gouvernement des entreprises. La question est pourtant hautement politique: il s'agit de savoir selon quelles règles et à travers quelles institutions le pouvoir légitime peut être exercé dans les entreprises, notamment celles qui sont cotées en Bourse, dont les choix stratégiques déterminent l'emploi et l'avenir de millions de citoyens. Or, ces questions n'ont été discutées dans aucun des programmes des principaux candidats.
Etrange monde où l'on se bat volontiers pour des détails de la vie collective, mais où l'on ne se préoccupe pas des systèmes permettant de sélectionner et de contrôler ceux qui décident des choix économiques majeurs pour le pays. Il fut un temps où les questions de la propriété privée ou collective des moyens de production, de l'auto¬gestion ou de la liberté d'entreprendre, des nationalisations ou des privatisations, étaient au cœur des débats publics. L'absence de tels débats vide le politique d'une grande partie de son contenu pratique.
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Il semble que l'on se soit résolu à l'idée que le gouvernement des entreprises obéit à des normes et à des lois qui lui sont propres et n'entrent pas dans les attributions du citoyen. Pourtant, dans tous les pays, y compris le nôtre, l'Etat a beaucoup légiféré sur le sujet dans la période récente. Et les différents lobbies ont été très actifs pour influer sur les règles du jeu. Pourquoi donc cette absence de discussion publique, dans une période qui pourtant s'y prêterait?
Probablement parce que la question est politiquement trop sensible. A travers leur épargne, de nombreux citoyens - environ la moitié des électeurs - sont devenus, sans forcément le savoir, actionnaires des grandes entreprises cotées. Un sacré paradoxe: jamais, dans l'histoire du capitalisme, autant de personnes n'ont été associées au capital des entreprises, et jamais le débat public sur le gouvernement de ces entreprises n'a été aussi soigneusement évité. Mettre en évidence ce paradoxe, c'est probablement aussi l'expliquer. C'est toujours au nom des intérêts des actionnaires qu'on légitime les choix économiques des entreprises: licenciements, restructurations, délocalisations ... Des choix qui heurtent nombre de citoyens en tant que salariés. Mais ils sont eux-mêmes souvent ces ac¬tionnaires, lorsqu'ils sont épargnants. Les temps ne sont probablement pas encore mûrs pour aborder de front cette contradiction sous l'angle du gouvernement des entreprises. A travers les règles de représenta¬tion des différentes parties prenantes aux instances de direction, de distribution des dividendes, de rémunération des dirigeants, etc. En attendant, parlons d'autre chose ...

pour en savoir plus: www.ifge.eu, le site de l'Institut français de gouvernement des entreprises (IFGE) et http://forum. ifge.eu, le forum de l'IFGE sur l'élection présidentielle.

15:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : entreprises, actionnaires, gouvernement, capitalisme | | |  Facebook | | |