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07 mars 2013

Contre le syndrome du rasoir à trois lames : la volonté politique

 

austérité,compétitivité,Inégalités,Europe,Crise financière« Austérité, compétitivité, inégalité », telle pourrait être la devise de l’Union européenne et de la plupart des pays qui la composent. Lors du dernier Conseil européen du 8 février 2013, les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont pu se mettre d’accord que sur une baisse du budget de l’Union. L’austérité devient la seule valeur commune d’une Europe sans projet qui n’enthousiasme plus les citoyens. Par delà les grands discours, c’est bien l’austérité qui s’affirme comme dénominateur commun entre tous les pays.

 

Préparer l’avenir en organisant la récession ?

 

Ce qu’on nous présente comme des solutions « courageuses » sont en fait les plus simples à mettre en œuvre. Quoi de plus simple que de couper aveuglément dans les dépenses publiques et les budgets sociaux ? Ca ne marche pas ? C’est que l’on n’est pas assez loin ! Argument habituel des « raisonnables » qui préfèrent nier la réalité plutôt que remettre en cause leurs dogmes. Peu importe que le FMI aie publiquement reconnu que ses modèles économiques étaient erronés. Jusqu’à présent, il affirmait qu’en coupant 10 milliards de dépenses publiques, le PIB ne baissait « que » de 5 milliards. En fait, ce serait plutôt 15 milliards, voire plus. Non, on ne peut pas couper impunément dans la dépense publique ! Même si l’on sait que la croissance n’est pas la solution, ce n’est pas en organisant la récession que l’on prépare l’avenir. Les italiens l’ont rappelé de façon cuisante lors des dernières élections, à Mario Monti, l’insipide technocrate censé « rassurer les marchés ».

 

Pour essayer de compenser les stigmates de l’austérité, on agite un autre concept : la compétitivité. Il faut être meilleur (sous-entendu moins cher) que les autres, « exporter plus pour gagner plus », en quelque sorte. Sauf que, pour des pays qui commercent majoritairement entre eux (65 % des exportations de l’UE sont allées vers des pays de l’UE en 2010), les excédents des uns sont les déficits des autres. Cette concurrence sans fin ne peut aboutir qu’à une spirale récessive qui à son tour conduit à l’explosion du chômage, de la précarité et des inégalités.

 

Sortir de la logique comptable et technocratique

 

On pourrait appeler ce processus le « syndrome du rasoir à trois lames ». La première lame, l’austérité, sape les modèles sociaux. La seconde lame, la compétitivité, exacerbe la compétition de tous contre tous. La troisième lame, la montée des inégalités, déchire le contrat social et prépare l’arrivée au pouvoir des extrêmes.

 

Comment échapper au tranchant de ces trois lames ? En sortant de la logique comptable et technocratique. Aujourd’hui, on pourrait croire que la politique se résume à déplacer des milliards d’euros : économiser sur telle dépense, taxer un peu plus cela, exonérer ceci…Oui, mais pour faire quoi ? La tuyauterie fiscale et budgétaire ne saurait tenir lieu de ligne politique. La réduction des déficits ne peut constituer un projet de société. Mais, selon la formule de Mark Twain, « quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes en forme de clous ».

 

Construire la justice sociale

 

Nombre de questions politiques majeures sont désormais vues au travers de leur contribution à la réduction des déficits. Ainsi, au-delà des 7 milliards d’euros que rapporterait la taxation du gasoil au même niveau que l’essence, n’y a-t-il pas des questions plus fondamentales ? Ne faut-il pas s’interroger sur l’étalement urbain qui contraint un nombre grandissant d’entre nous à utiliser leur voiture pour se déplacer ? Faire payer plus cher le carburant sans proposer des modes de transport collectifs adaptés, sans reconfigurer l’urbanisme ne peut conduire qu’à l’incompréhension, l’exaspération et l’échec.

 

La fiscalisation ou non des allocations familiales est-elle le bon angle pour aborder la politique de la famille et la réduction des inégalités entre enfants ? On peut en douter car cela reviendrait à faire perdre du pouvoir d’achat à environ la moitié des familles (celles qui payent des impôts), sans forcément améliorer le sort de l’autre moitié. Comme le souligne Denis Clerc sur son blog, il serait préférable « de réduire les aides indifférenciées aux revenus pour financer davantage de services spécifiques destinés à aider tous les enfants », comme par exemple «  un service municipal de garde d’enfants de sorte que les inégalités d’accès aux modes de garde des enfants soient réduites ».

 

Enfin, en période de montée du chômage de masse, est-il raisonnable de proposer une baisse des allocations chômage, même pour les mieux lotis des chômeurs ? Il est normal que l’Unedic soit en déficit en période de crise : il y a plus de chômeurs à indemniser et moins de cotisations pour financer les indemnités. Il conviendrait plutôt de s’interroger sur les moyens de lutter à grande échelle contre les causes de ces déficits : le chômage ! La politique de l’emploi (indemnisations, allègements,…) représente en France près de 91 milliards d’euros soit, de façon très schématique, l’équivalent de …4,5 millions d’emplois payés au SMIC. Au lieu de payer des indemnités, pourquoi ne pas utiliser ces fonds pour financer une véritable réduction du temps de temps travail ? Une réduction du temps de travail créatrice d’emplois stables, de perspectives pour ceux qui végètent dans la précarité, bref de confiance en l’avenir pour notre société.

 

Ce ne sont pas l’austérité, la compétitivité, ni même la croissance qui nous permettront de construire la justice sociale. En revanche, c’est la justice sociale qui nous permettra de construire la stabilité économique et la prospérité. Et pour construire de la justice sociale, l’ingénierie fiscale et budgétaire ne suffira pas, il faut une réelle volonté politique au service de l’intérêt général.


PP

10:20 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : austérité, compétitivité, inégalités, europe, crise financière | | |  Facebook | | |

09 novembre 2012

14 novembre : contre l’austérité, pour la solidarité !

Déclaration du collectif pour un audit citoyen de la dette publique
7 novembre 2012

 

Le 14 novembre, pour la première fois en Europe, une grève générale internationale est organisée par le mouvement syndical au Portugal, en Espagne, en Grèce, à Chypre et à Malte, et soutenue par les mouvements sociaux et des partis politiques. Dans le même temps, la Confédération européenne des syndicats a lancé un appel à une journée  d’action et de solidarité coordonnée en Europe.

 

Cette mobilisation exceptionnelle émerge au moment où, partout en Europe, les politiques d’austérité organisent la baisse des salaires et des pensions, la destruction des droits sociaux, de la négociation collective et des services publics, et provoquent récession,  chômage, précarité et misère. Elle témoigne d’une convergence des mobilisations qui se sont construites dans de nombreux pays contre ces politiques imposées sans débat démocratique, et qui mènent l’Europe dans le gouffre.

 

En France, le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique mène depuis des mois une mobilisation unitaire pour dénoncer l’instrumentalisation de la dette publique et l’imposition de politiques d’austérité économiquement stupides, écologiquement irresponsables et socialement injustes – touchant de plein fouet les populations les plus précaires, femmes, jeunes, ouvriers, mal-logés, immigré-es. En septembre, il a organisé des mobilisations contre le Traité budgétaire pour provoquer le débat public que le gouvernement tentait d'esquiver.

 

Aujourd’hui, le gouvernement poursuit sur une voie sans issue, avec un budget d’austérité qui essaye désespérément de tenir l’objectif irréaliste d’un déficit public limité à 3 % du PIB en 2013. En cédant aux sirènes du patronat qui réclame un « choc de compétitivité », il poursuivrait, comme en Grèce en Espagne et au Portugal, sur la voie mortifère du dumping salarial et de la remise en cause des protections collectives.

 

En France comme en Europe, l’austérité doit cesser ! Ce n’est pas de purges budgétaires ou de concurrence exacerbée dont l’Europe a besoin, c’est de solidarité, d’une meilleure répartition des richesses, et de démocratie !


C’est pourquoi le Collectif appelle à participer aux manifestations organisées à l’initiative de l’Intersyndicale le 14 novembre. Au-delà du refus des mesures inacceptables imposées aux peuples d’Europe du Sud, c’est un appel à se battre pour une autre Europe, solidaire, écologique et démocratique !

 

Le 14 novembre et après, le Collectif contribuera à l’émergence de mobilisations à l’échelle européenne. Il participe et  soutient  le processus de l’Altersummit, qui sera lancé lors de la rencontre européenne à Florence du 8 au 11 novembre.

 

Le 14 novembre montre la voie : les mobilisations contre l’austérité doivent converger pour une Europe sociale et solidaire !

 

Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique

 

Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique (http://www.audit-citoyen.org/) est composé d’une soixantaine d’organisations associatives et syndicales, avec le soutien d’organisations politiques.

08:04 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dette publique, austérité | | |  Facebook | | |

01 octobre 2012

Le nouveau Traité européen (TSCG) expliqué en quelques minutes

08:03 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, austérité, tscg | | |  Facebook | | |

26 septembre 2012

Que faire du pacte budgétaire ?

Par Guillaume Duval
Alternatives Economiques n° 316 - septembre 2012


La France s'apprête à ratifier le traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance. Un texte dont l'utilité paraît pour le moins douteuse.


 

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault devrait soumettre à l'Assemblée nationale ce mois-ci la ratification par la France du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), appelé également "pacte budgétaire". Ce traité contribue sans doute à rassurer un peu l'opinion allemande, ce qui n'est pas négligeable dans le contexte actuel. Mais pour le reste, il ne règle aucun des problèmes structurels de la zone euro et renforce inutilement une discipline budgétaire déjà excessivement durcie par les règles adoptées ces deux dernières années dans le cadre de l'Union européenne.


Signé en mars dernier par tous les pays de l'Union à l'exception de la République tchèque et du Royaume-Uni, ce traité avait été improvisé dans l'urgence à l'hiver 2011 en réponse à une énième poussée spéculative contre l'euro. Il visait à renforcer une fois de plus la discipline budgétaire au sein de la zone euro, ce qui était censé rassurer les investisseurs. Sur ce plan, son effet a été manifestement nul jusqu'ici.


Durant la campagne présidentielle, François Hollande avait annoncé son intention de renégocier ce texte. Mais il y a finalement renoncé, considérant que l'accord obtenu au sommet européen du 29 juin dernier constituait une modification suffisante des politiques économiques européennes pour que sa ratification devienne acceptable. Les 120 milliards d'euros de soutien à l'activité (1 % du produit intérieur brut européen) décidés fin juin ne représentent (malheureusement) qu'une inflexion négligeable des politiques budgétaires excessivement restrictives mises en oeuvre actuellement en Europe, les avancées vers une union bancaire et l'élargissement de l'aide aux pays en difficulté constituent en revanche des progrès plus significatifs. Cela suffit-il à justifier la ratification du pacte budgétaire ? Pas évident.


Mauvais diagnostic

La logique du TSCG repose tout d'abord sur une erreur de diagnostic quant aux causes fondamentales de la crise de la zone euro. L'idée s'est installée, particulièrement en Allemagne, que le laxisme budgétaire en serait l'origine. Or, ce n'est pas le cas : l'Allemagne, considérée aujourd'hui comme un modèle, n'a pas respecté le critère des 3 % de déficit budgétaire pendant sept des douze premières années de l'Union monétaire et sa dette a excédé les 60 % du PIB pendant onze ans, tandis que l'Irlande ou l'Espagne affichaient régulièrement, avant la crise, des excédents budgétaires et un niveau de dette publique très faible. La crise de la zone euro résulte surtout des excès d'endettement privé dans certains pays et des écarts de compétitivité qui se sont creusés. Mais le pacte budgétaire ne traite absolument pas ces questions.


De plus, cette obsession des finances publiques avait déjà abouti à un renforcement substantiel des règles de discipline budgétaire dans le cadre de l'Union européenne à vingt-sept avec le "6 pack" (un ensemble de six lois européennes adoptées définitivement fin 2011) et le "2 pack" (deux lois supplémentaires actuellement en cours de finalisation). Ces textes prévoient déjà des sanctions renforcées et quasi automatiques contre les Etats qui ne respectent pas la discipline budgétaire ; ils obligent les pays les plus endettés à mener des politiques budgétaires plus restrictives que les autres pour réduire rapidement cet endettement ; ils instituent un double contrôle européen des projets de budgets nationaux avant qu'ils ne soient adoptés avec un examen au printemps, puis un autre à l'automne ; ils donnent des pouvoirs supplémentaires d'intervention à la Commission européenne vis-à-vis des Etats en déficit excessif… Bref, ceux que la dérive des finances publiques inquiétait avaient déjà de quoi se rassurer. Et, a contrario, ceux qui redoutent que l'Europe s'enferme dans un carcan budgétaire trop strict, imposant des politiques structurellement restrictives et empêchant les Etats de réagir face aux crises, avaient déjà (largement) de quoi s'inquiéter.


Un carcan trop strict

Le TSCG en rajoute encore une louche en demandant que des règles budgétaires de retour à l'équilibre (la fameuse règle d'or) soient inscrites dans les Constitutions nationales ou dans des règles de portée équivalente, en exigeant la mise en oeuvre de dispositifs automatiques de correction en cas de dérive. Il précise que le déficit structurel (*) maximum autorisé ne peut excéder 0,5 % du PIB, et donne à la Cour de justice européenne le pouvoir de sanctionner les Etats qui ne mettraient en oeuvre correctement ces dispositions. Mais, fondamentalement, cela relève plutôt de la "cerise sur le gâteau" par rapport au "6 + 2 pack".


Avec ces deux ensembles de règles (mais ce serait le cas aussi sans le TSCG), les politiques budgétaires des Etats membres sont donc désormais enfermées dans un carcan très strict, qui n'a plus rien à voir avec la situation prévalant avant la crise. Il est cependant douteux que cela suffise à rassurer qui que ce soit, y compris les acteurs des marchés financiers. En effet, dans une fédération, il est courant que les Etats fédérés voient leur politique budgétaire strictement encadrée et que les déficits leur soient interdits. Mais dans ce cas, l'étage supérieur conserve, lui, une capacité de décision budgétaire discrétionnaire, permettant notamment de faire face aux crises. Et il s'en sert, comme le montre régulièrement l'Etat fédéral américain.


Mais en Europe, si on supprime le degré de liberté de la politique budgétaire des Etats, il n'existe plus nulle part de marge de manoeuvre : le budget de l'Union ne représente en effet que 1 % du PIB et, de plus, il doit être constamment équilibré. Ces règles risquent d'induire des politiques nationales dites procycliques : les Etats réduisant leurs dépenses en période de ralentissement économique pour rester dans les clous. Ce qui entretient le marasme économique et empêche, au final, l'Europe de réduire son endettement public, comme on le constate déjà actuellement.


Cet inconvénient est censé être limité par la référence au "déficit structurel" dans les règles prévues par le TSCG, laissant ainsi une certaine marge au déficit conjoncturel. Mais cette notion conventionnelle de déficit structurel est très contestable et les marges conjoncturelles autorisées risquent d'être très insuffisantes. De plus, il n'y a aucune raison de considérer que, par principe, les déficits publics doivent être nuls. Comme pour tout acteur économique, il est parfaitement rationnel que l'Etat finance par endettement des dépenses qui engendreront par la suite une activité économique accrue. Si tel est le cas, il n'aura en effet aucun mal à rembourser les dettes contractées puisque, grâce à cette activité supplémentaire, ses recettes augmenteront. Evidemment, la tentation est toujours forte pour les politiques d'accumuler des déficits en augmentant les dépenses sans dégager des recettes correspondantes. Et cela sans que ces déficits ne correspondent réellement à des investissements d'avenir. Il est donc légitime de s'inquiéter de la montée des dettes publiques et de chercher à inverser cette tendance. Mais pour cela, les règles européennes existantes étaient déjà largement suffisantes. Et quitte à établir un nouveau traité sans le Royaume-Uni, il aurait été plus utile de le bâtir autour de l'harmonisation fiscale, notamment sur les revenus de l'épargne et les bénéfices des entreprises.


Le problème de fond avec le TSCG, comme avec le 6 + 2 pack, c'est surtout qu'ils cherchent à pousser encore plus loin le modèle d'un gouvernement par les règles, devenu inadapté. Entre le marché unique et la monnaie unique, nous avons mis tellement de choses en commun qu'il nous faut désormais apprendre au contraire à décider ensemble de façon discrétionnaire de nos politiques budgétaires nationales au niveau européen. En effet, des règles, aussi sophistiquées soient-elles, seront toujours incapables d'appréhender suffisamment finement la réalité. Pour pouvoir décider ensemble à l'échelle européenne - et donc se substituer en partie aux souverainetés nationales -, il faut cependant inventer de nouveaux processus de légitimation démocratique. Sur ce chemin long et tortueux, le TSCG n'aura été qu'une perte de temps et d'énergie politique.

 

* Déficit structurel : solde des finances publiques corrigé de l'impact de la conjoncture économique.

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11 juillet 2012

A rebrousse-poil, des économistes lancent un manifeste contre la rigueur

Paru sur Rue89


Deux économistes de renom, qui en ont assez de voir les hommes politiques vanter sans relâche la rigueur budgétaire, ont décidé de pousser un coup de gueule. Publié dans le Financial Times [lien payant] et titré « Manifeste pour le retour à la raison économique », ce texte fait l’objet d’une pétition que tous les économistes sont invités à signer. La liste des signataires, des universitaires de nombreux pays, s’allonge très rapidement depuis jeudi.

Les deux signataires du texte sont :

Leur texte est un véritable plaidoyer pour la relance de la dépense publique, une politique keynésienne assez classique en période de crise mais qui, ces temps-ci, n’a pas beaucoup de succès parmi les gouvernements occidentaux – c’est une litote.

Voici leur texte, traduit par nos soins. Pascal Riché

Manifeste pour le retour à la raison économique

Plus de quatre ans après le début de la crise financière, les économies les plus avancées restent profondément déprimées, dans un contexte qui rappelle hélas trop les années 1930.


La raison en est simple : nous suivons les mêmes idées qui ont inspiré les politiques des années 1930. Ces idées, qui ont été invalidées depuis longtemps, reposent sur des erreurs d’analyse profondes, tant sur les causes de la crise que sur sa nature, ainsi que sur la réponse qu’il serait approprié de lui apporter.


Ces erreurs ont pris profondément racine dans l’opinion publique et elles servent d’appui pour justifier, dans de nombreux pays, une austérité excessive dans la conduite des politiques budgétaires. Il est temps de publier un manifeste dans lequel des économistes sérieux exposent au grand public une analyse plus solidement étayée de nos problèmes.


  • Les causes


De nombreux décideurs politiques répètent que la crise a été provoquée par des emprunts publics irresponsables. A quelques rares exceptions près – autres que la Grèce –, c’est faux. Les conditions de crise ont été créées par des emprunts et les prêts excessifs au sein du secteur privé, notamment par les banques.


L’explosion de cette bulle a conduit à une chute massive de la production et donc des recettes fiscales. Les déficits publics importants auxquels nous assistons aujourd’hui sont la conséquence de la crise, pas sa cause.


  • La nature de la crise


Lorsque la bulle du crédit immobilier, de part et d’autre de l’Atlantique, a éclaté, de nombreux acteurs du secteur privé ont réduit leurs dépenses pour tenter de rembourser leurs dettes. D’un point de vue individuel, il s’agissait certes, de leur part, d’une réponse rationnelle. Mais, à l’image du comportement similaire des débiteurs dans les années 1930, cette réponse s’est avérée collectivement destructrice. Pour une raison simple : les dépenses d’une personne, ce sont les revenus d’une autre.


La chute des dépenses a entraîné une crise économique, qui a aggravé du même coup le problème de la dette publique.


  • La réponse appropriée


Alors que le secteur privé est engagé dans un effort collectif pour dépenser moins, les politiques publiques devraient, à l’inverse, agir comme une force stabilisatrice, en essayant de soutenir la demande.


A tout le moins, nous ne devrions pas aggraver la situation par des coupes drastiques dans les dépenses publiques ou de fortes augmentations des taux d’imposition sur les ménages ordinaires. Malheureusement, c’est précisément ce que de nombreux gouvernements sont en train de faire.


  • L’énorme erreur


Après avoir répondu correctement à la crise dans un premier temps, pendant sa phase aiguë, les politiques ont pris, au nom du « bon sens », un mauvais tournant. Elles se sont concentrées sur les déficits publics, qui résultent principalement d’une chute des recettes provoquée par la crise des revenus ; elles font valoir que le secteur public doit tenter de réduire ses dettes de conserve avec le secteur privé.


En conséquence, au lieu de jouer un rôle stabilisateur, la politique budgétaire a fini par renforcer les effets récessifs des réductions des dépenses du secteur privé.


Les risques d’un plan trop brutal

Si le choc économique était moins grave, la politique monétaire pourrait prendre le relais. La politique monétaire doit être utilisée au maximum, mais avec des taux d’intérêt proches de zéro, cela ne suffira pas.


Il faut, bien sûr, se doter d’un plan à moyen terme pour réduire le déficit public. Mais s’il est trop brutal, ce dernier peut faire avorter la reprise économique, et donc devenir contre-productif.


Une des priorités essentielles, aujourd’hui, est de réduire le chômage avant qu’il ne devienne endémique, ce qui rendrait plus difficile encore la reprise économique et donc la réduction du déficit public.


Comment ceux qui défendent les politiques actuelles répondent-ils à l’argumentaire nous venons de dérouler ? Ils insistent sur deux points, très différents l’un de l’autre.


  • L’argument de la confiance des marchés


Leur premier argument est que les déficits publics vont entraîner une hausse des taux d’intérêt et donc empêcher la reprise. Symétriquement, affirment-ils, l’austérité permettra d’accroître la confiance et donc de favoriser le redémarrage.


Mais aucune preuve ne vient en appui à cet argument. Tout d’abord, malgré des déficits exceptionnellement élevés, les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi faibles qu’aujourd’hui, dans tous les grands pays dotés d’une banque centrale qui fonctionne normalement.


C’est même vrai du Japon où la dette publique dépasse désormais 200% du PIB annuel. Les dégradations de la dette japonaise, décidées par les agences de notation, n’ont eu aucun effet sur les taux d’intérêt locaux.


Si les taux d’intérêt se sont élevés dans certains pays de la zone euro, c’est parce que la BCE n’est pas autorisée à agir comme prêteur de dernier ressort aux gouvernements. Ailleurs, la banque centrale peut toujours, si nécessaire, financer le déficit public, laissant le marché obligataire de marbre.


En outre, si l’on examine l’expérience passée, il n’existe pas d’exemple probant où des compressions budgétaires ont conduit à une activité économique accrue. Le FMI, qui a étudié 173 cas de politiques d’austérité budgétaire dans différents pays, a constaté que celles-ci débouchent quasiment toujours sur une contraction de l’économie.


Dans la poignée de cas dans lesquels la réduction des déficits budgétaires a été suivie par une croissance, cette reprise s’explique par d’autres facteurs, comme une dévaluation de la monnaie dans un marché mondial porteur – ce qui n’est pas envisageable aujourd’hui.


La leçon de l’étude du FMI est claire : les coupes budgétaires retardent la reprise. C’est ce qui se passe aujourd’hui : les pays qui ont le plus réduit leurs dépenses publiques sont ceux qui ont connu des reculs de la production les plus forts.


La vérité, comme on peut aujourd’hui le constater, c’est que les compressions budgétaires n’inspirent pas la confiance des entreprises et des marchés. Les entreprises n’investissent que si elles anticipent un nombre suffisant de clients, recevant des revenus suffisants pour alimenter leurs dépenses. L’austérité décourage l’investissement.


Il existe des preuves massives contre l’argument de la « confiance des marchés » : tous les éléments allégués pour le soutenir s’évaporent quand on les soumet à un examen approfondi.


  • L’argument structurel


Deuxième argument avancé contre la relance de la demande : la production serait limitée, du côté de l’offre, par des déséquilibres structurels.


Si cette théorie était exacte, cependant, certains secteurs de nos économies seraient déjà au maximum de leurs capacités de production.


Dans la plupart des pays, ça n’est tout simplement pas le cas. Tous les secteurs majeurs de nos économies sont en difficulté, et chaque profession connaît un chômage plus élevé que d’habitude.


Donc, le problème est forcément une insuffisance générale de la demande.


Dans les années 1930, aux Etats-Unis, le même argument structurel avait été utilisé contre des politiques de relance par la dépense publique.


Mais les dépenses se sont accrues entre 1940 et 1942 et la production a alors augmenté de 20%. Le problème, dans les années 1930, était une pénurie de la demande, pas de l’offre. C’est le cas également aujourd’hui.


Des souffrances inutiles

En raison de leurs idées fausses, de nombreux décideurs occidentaux infligent des souffrances massives à leurs peuples.


Pourtant, les idées qu’ils défendent pour gérer les récessions ont, depuis les catastrophes des années 1930, été rejetées par presque tous les économistes . Et pendant les quarante années qui ont suivi, ou à peu près, l’Ouest a connu une période de stabilité économique sans précédent, avec un chômage faible.


Il est tragique de constater que, ces dernières années, les vieilles idées erronées ont de nouveau pris racine. Nous ne pouvons plus accepter une situation dans laquelle les décideurs politiques sont davantage guidés par la crainte erronée d’une hausse des taux d’intérêt que par les horreurs du chômage de masse.


Les politiques doivent, pour être plus efficaces, être différenciées selon les pays et nécessitent un débat approfondi. Mais elles doivent reposer sur une analyse correcte des problèmes. Nous exhortons donc tous les économistes et tous ceux qui sont d’accord avec l’orientation générale de ce manifeste à l’approuver sur le site ManifestoForEconomicSense.org, et à se mobiliser pour une approche plus saine.


Le monde entier souffre quand des hommes et les femmes gardent le silence sur ce qu’ils savent être faux.

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22 juin 2012

Lettre ouverte à François Hollande pour un référendum sur le Pacte budgétaire

Non au « Pacte budgétaire », pas d'Europe sans citoyens !

 

 

 

Lettre ouverte à François Hollande pour un référendum sur le Pacte budgétaire : http://www.france.attac.org/lettre-ouverte-francois-holla...

 

A signer et faire circuler !

 

 

 

La crise européenne est arrivée à un point crucial. Aveugles volontaires, nos dirigeants s’obstinent dans des politiques brutales d’austérité alors que la crise provient des dérives de la finance et de l'absence d'une véritable solidarité européenne.

 

 

 

Le "Pacte budgétaire" a été élaboré par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy pour corseter définitivement les politiques économiques, et imposer l'austérité au mépris du débat démocratique et contre les aspirations des peuples.

 

 

 

François Hollande se prépare à le faire ratifier par le Parlement nouvellement élu s’il parvient à faire adopter tout ou partie du "Pacte pour la croissance" qu’il propose aux autres dirigeants européens. Mais seul un débat démocratique avec une large participation populaire peut légitimement trancher sur des enjeux aussi essentiels.

 

 

 

A l’initiative d’Attac et de la Fondation Copernic, des responsables associatifs, syndicaux et politiques et des chercheurs lancent une lettre ouverte à François Hollande : "Non au Pacte budgétaire, pas d’Europe sans citoyens !", demandant l’organisation d’un débat tranché par un référendum.

 

 

 

Pour lire la lettre, consulter les signataires, et la signer : http://www.france.attac.org/lettre-ouverte-francois-holla...

 

 

 

Attac France,
le 19 juin 2012


Texte de la lettre ouverte


 

Monsieur le Président de la République,

 

Lors de la campagne électorale, vous avez annoncé votre volonté de renégocier le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de la zone euro, dit Pacte budgétaire, signé par Nicolas Sarkozy et 24 autres dirigeants européens le 2 mars dernier.

 

Ce traité durcit et rendrait irréversibles les politiques d'austérité en Europe en interdisant définitivement tout déficit « structurel » supérieur à 0,5%. Le déficit « structurel », notion incompréhensible des citoyens et fort controversée parmi les économistes, sera évalué de façon arbitraire par les experts de la Commission. Le Pacte budgétaire prévoit des sanctions automatiques contre les pays contrevenants, coupant court à tout débat.

 

L'aide aux pays en difficulté, prévue par le Mécanisme européen de stabilité, sera conditionnée par l'application de plans d'austérité, de privatisation et de libéralisation. Les marchés financiers et les banques, activement soutenus par la BCE, continueront à imposer leur loi aux gouvernements. S’enfonçant dans la dépression et le déni de démocratie, l’Europe deviendra synonyme de chômage et de misère pour le plus grand nombre. L'extrême droite continuera à se renforcer jusqu'à imposer ses thèses autoritaires et xénophobes sur les débris de l'Union européenne.

 

Pour éviter cela vous souhaitez « ajouter un volet sur la croissance » au Pacte budgétaire. La croissance ? Nous ne voulons plus de cette croissance prédatrice et inégalitaire portée par le néolibéralisme. Des appréciations différentes existent parmi nous sur la possibilité et la désirabilité d’une croissance verte. Mais en tout état de cause les mesures d’austérité prises simultanément dans tous les pays ne peuvent qu’aggraver le chômage et bloquer la transition écologique et les dispositions du Pacte de stabilité sont contradictoires avec votre exigence de croissance.

 

Vous savez en outre que les « réformes structurelles » - précarisation du travail, privatisation de la protection sociale et des services publics - sont déjà présentées par la BCE et le FMI comme un passage nécessaire pour « retrouver la croissance ». Pour notre part, nous pensons au contraire que l’Europe doit aujourd’hui porter une ambition sociale et écologique à la mesure des enjeux, en finançant un plan massif pour la préservation des ressources naturelles et la transition énergétique, pour l’emploi et la satisfaction des urgences sociales. Et qu’elle doit se doter à cet effet de politiques fiscale, budgétaire et monétaire infiniment plus ambitieuses et solidaires.

 

Vous espérez convaincre Angela Merkel et les autres dirigeants d'introduire des « project-bonds » et « euro-bonds » pour financer des grands projets européens. Mais, même si vous y parveniez, le volume de ces emprunts permettra-t-il de compenser significativement l'énorme impact récessif du Pacte ? Et puisque ces emprunts devront être souscrits auprès des marchés financiers, quelles conditions ceux-ci imposeront-ils ? Ainsi conçue, la mutualisation des dettes européennes ne réduira guère le pouvoir exorbitant de la finance, au contraire.

 

Pour dénouer les liens qui asservissent les États aux marchés financiers, il faut que la BCE puisse racheter massivement les dettes des États membres et financer ceux-ci à des taux faibles pour engager la transition écologique et sociale. Cela implique de corriger une anomalie démocratique : placer la BCE sous contrôle politique des citoyens et de leurs représentants élus. Il faut aussi un véritable budget communautaire et une harmonisation vers le haut des politiques sociales et fiscales européennes.

 

Le Pacte budgétaire empêcherait d'aller dans ce sens et doit donc être rejeté. C’est la condition pour enclencher la nécessaire refondation de l'Europe, qui ne peut provenir que d'un sursaut démocratique des sociétés européennes. C’est pourquoi un débat public s'impose : donner la parole au peuple est un impératif. Des résistances sociales et citoyennes émergent dans de nombreux pays contre les politiques d'austérité. Face à la montée de l'extrême droite, il faut d'urgence, non pas moins, mais plus de participation populaire, plus de démocratie en France et en Europe.

 

Vous pourrez y contribuer en convoquant un référendum pour mettre en débat ce traité européen, avec ses éventuels compléments, dont le contenu déterminera l'avenir de l'Europe. Vous donnerez ainsi l'occasion au peuple français d'exprimer ses attentes et d'élaborer ses propositions pour la refondation européenne. Vous encouragerez des démarches similaires dans d'autres pays, pour exprimer la volonté populaire d’un changement en Europe. Vous montrerez que, pour vous comme pour nous, l'Union européenne et l'euro ne retrouveront un avenir que si nous construisons la souveraineté démocratique des peuples européens.

 

Croyez, Monsieur le président, à l’expression de notre haute considération

 


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11 avril 2012

L’Europe, malade de l’austérité

Artile paru sur ContreInfo

 

« De quoi souffre l ’Europe ? En vérité, le problème est essentiellement monétaire. En introduisant une monnaie unique sans disposer des institutions nécessaires pour lui permettre de fonctionner, l’Europe a en fait recréé les vices de l’étalon-or - vices qui ont joué un rôle majeur dans l’apparition et la prolongation de la Grande Dépression. » Le prix Nobel Paul Krugman met en garde ses compatriotes contre les politiques « cruelles et destructrices » appliquées en Europe.


Par Paul Krugman, New York Times, 26 février 2012


Lisbonne - La situation est ici dramatique, avec un taux de chômage qui s’est envolé au-delà de 13%. C’est encore pire en Grèce, en Irlande, et sans doute en Espagne. L’Europe dans son ensemble paraît retomber dans la récession.


Pourquoi l’Europe est-elle devenue « l’homme malade » de l’économie mondiale ? Tout le monde connaît la réponse. Malheureusement, la plupart de ce que les gens croient savoir est faux - et ces lectures erronées des malheurs de l’Europe déforment nos conceptions en matière économique.


Lisez une tribune sur l’Europe - ou un compte rendu soi disant factuel - et vous rencontrerez probablement l’une de ces deux thèses, que je qualifie de version républicaine et de version allemande, mais dont aucune ne s’accorde avec les faits.


La version républicaine - qui constitue l’un des thèmes centraux de la campagne de Mitt Romney -, c’est que l’Europe est en difficulté parce qu’elle dépense trop pour aider les pauvres et les malheureux, et que nous assistons à l’agonie de l’État-providence. Cette version est d’ailleurs un thème favori de la droite. En 1991, lorsque la Suède était victime d’une crise bancaire provoquée par la déréglementation (cela ne vous rappelle rien ?), le Cato Institute a publié un rapport triomphant clamant que cela prouvait la faillite du modèle de l’État providence.


Ai-je mentionné que la Suède, qui a encore un État-providence très généreux, enregistre actuellement des performances brillantes, avec une croissance économique plus rapide que celle de toute autre nation développée ?


Mais, soyons systématiques. Observons les 15 nations européennes qui utilisent actuellement l’euro (en laissant de côté Malte et Chypre), et classons-les en fonction du pourcentage du PIB qu’ils consacraient aux programmes sociaux, avant la crise. Les pays en difficulté (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie) se distinguaient-ils par des programmes sociaux exceptionnellement importants ? Non, ce n’est pas le cas ; seule l’Italie était parmi les cinq premiers, mais ses dépenses étaient cependant inférieures à celle de l’Allemagne.


Ce ne sont donc pas les dépenses de l’États-providence qui ont provoqué leurs difficultés.


Voyons ensuite la version allemande, qui affirme que c’est tout le mal provient d’une irresponsabilité budgétaire. Cette version semble correspondre à la situation de la Grèce, mais à personne d’autre. L’Italie avait connu des déficits dans les années précédant la crise, mais ils étaient seulement légèrement supérieurs à ceux de l’Allemagne (l’importante dette de l’Italie est un héritage de politiques irresponsables menées il y a plusieurs années). Les déficits du Portugal étaient significativement inférieurs, tandis que l’Espagne et l’Irlande dégageaient en fait des excédents.


Au fait, des pays qui ne sont pas dans l’euro paraissent se permettre un déficit et une dette importants, sans pour autant être confrontés à des crises. La Grande-Bretagne et les États-Unis peuvent emprunter à long terme à des taux d’intérêt d’environ 2%. Le Japon, qui est beaucoup plus endetté que n’importe quel pays en Europe, Grèce incluse, ne paie que 1%.


En d’autres termes, l’hellénisation de notre discours économique, affirmant qu’il suffirait d’une année supplémentaire ou deux de déficits avant de se transformer en une nouvelle Grèce, est complètement dépourvue de fondement.


Alors, de quoi souffre l ’Europe ? En vérité, le problème est essentiellement monétaire. En introduisant une monnaie unique sans disposer des institutions nécessaires pour lui permettre de fonctionner, l’Europe a en fait recréé les vices de l’étalon-or - vices qui ont joué un rôle majeur dans l’apparition et la prolongation de la Grande Dépression.


Plus précisément, la création de l’euro a favorisé un sentiment de sécurité illusoire parmi les investisseurs privés, faisant ainsi déferler d’énormes et insoutenables flux de capitaux vers toutes les nations appartenant à la périphérie de l’Europe. En conséquence de cet afflux de capitaux, les coûts de production et les prix ont augmenté, l’industrie est devenue non compétitive, et des nations dont les échanges commerciaux étaient relativement équilibrés en 1999, ont commencé a enregistrer d’importants déficits commerciaux. Puis la musique s’est arrêtée.


Si les pays de la périphérie avaient encore leurs propres monnaies, ils pourraient et voudraient utiliser la dévaluation pour rétablir rapidement leur compétitivité. Mais ils ne le peuvent pas. Ce qui signifie qu’ils vont subir une longue période de chômage de masse et seront lentement broyés par la déflation. Leurs crises de la dette sont principalement une conséquence de cette funeste perspective, parce que les économies déprimées aggravent les déficits budgétaires et que la déflation alourdit le fardeau de la dette.


Pourtant, comprendre la nature des difficultés de l’Europe ne procure que bien peu d’avantages aux Européens eux-mêmes. Les nations concernées n’ont à leur disposition que de mauvaises options : soit elles subissent les douleurs de la déflation, soit elles prennent la décision radicale de quitter la zone euro, ce qui n’est pas faisable, politiquement, avant que tout le reste n’ait échoué (la Grèce semble être proche de ce point). L’Allemagne pourrait aider à la résolution des problèmes en renonçant à sa propre politique d’austérité et en acceptant une inflation plus élevée, mais cela ne se produira pas.


Pour nous, cependant, comprendre ce qui se passe en Europe fait une énorme différence, car les lectures erronées de la situation de l’Europe sont utilisées pour mener des politiques qui seraient cruelles, destructrices, ou les deux à la fois. La prochaine fois que vous entendrez des gens qui invoquent l’exemple européen pour exiger que nous détruisions notre filet social de sécurité ou sabrions dans les dépenses au moment où l’économie reste profondément déprimée, voici ce que vous devrez garder en tête : ils ne savent pas de quoi ils parlent.



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09 avril 2012

L’art de ne rien comprendre à la dette publique

Article paru sur ContreInfo

 

« Les familles doivent rembourser leurs dettes. Pas les gouvernements, » assène Paul Krugman à l’attention de tous ceux qui réitèrent sans cesse cette analogie stupide et se réclament des vertus des « bons pères de famille » pour faire croire à la nécessité absolue d’une austérité porteuse de récession.

 

Par Paul Krugman, New York Times, 1er janvier 2012 (extrait)


Ceux qui s’inquiètent du déficit public dépeignent un futur où nous serions appauvris par la nécessité de rembourser l’argent emprunté. Ils décrivent l’Amérique comme une famille qui aurait souscrit un prêt hypothécaire trop lourd, et peinerait à effectuer les remboursements mensuels.

 

C’est là une analogie vraiment déplorable, pour au moins deux raisons.

 

Premièrement, les familles doivent rembourser leurs dettes. Pas les gouvernements.

 

La seule chose qu’ils aient à faire, c’est de s’assurer que la dette croisse plus lentement que leur assiette d’imposition. La dette de la Seconde Guerre mondiale n’a jamais été remboursée. Elle est tout simplement devenue de moins en moins significative, au fur et à mesure des progrès réalisés par l’économie américaine, et de l’élévation en parallèle des revenus assujettis à l’impôt.

 

Deuxièmement - et c’est un point que quasiment personne ne semble percevoir - une famille trop endettée doit de l’argent à quelqu’un d’autre. Mais la dette américaine est, dans une large mesure, de l’argent que nous nous devons à nous-mêmes.

 

Ce fut clairement le cas de la dette contractée pour financer l’effort de la Seconde Guerre mondiale. Les contribuables ont hérité d’une dette qui était sensiblement plus importante, mesurée en pourcentage de PIB, que la dette actuelle. Mais les créances correspondant à cette dette étaient également détenues par les contribuables, par tous ceux qui avaient acquis des obligations d’Etat. De ce fait, cette dette n’a pas rendue plus pauvre l’Amérique de l’après-guerre. En particulier, elle n’a pas empêché la génération vivant à cette période de connaître la plus forte hausse des revenus et du niveau de vie de l’histoire de notre nation.

 

Mais, la situation n’est-elle pas différente aujourd’hui ? Pas autant que vous pourriez le penser.

 

Il est vrai que des résidents étrangers détiennent maintenant d’importantes créances sur les Etats-Unis, y compris un volume important de dette publique. Mais chaque dollar de créances étrangères sur l’Amérique est compensé par l’équivalent de 89 cents de créances que les USA détiennent sur l’étranger. Et dans la mesure où les résidents étrangers ont tendance à diriger leurs investissements en Amérique dans des actifs sûrs - mais ayant un faible rendement - l’Amérique gagne en réalité plus sur ses avoirs à l’étranger qu’elle ne paie aux investisseurs étrangers. Si vous avez en tête l’image est d’une nation qui est déjà largement redevable à la Chine, vous avez été mal informé. Ce n’est pas le cas, et nous ne prenons pas ce cap.

 

Cependant, le fait que la dette publique ne soit aucunement comparable à une hypothèque sur l’avenir de l’Amérique ne signifie pas pour autant qu’elle soit inoffensive. Des impôts doivent être prélevés pour payer les intérêts, et il n’est nul besoin d’être un idéologue de droite pour concéder que les impôts imposent un coût sur l’économie, ne serait-ce qu’en provoquant un détournement de ressources utiles, sous forme de fraude et d’évasion fiscale. Mais ces coûts sont bien moins dramatiques que ce que l’analogie de la famille surendettée pourrait suggérer.

 

Et c’est pourquoi les nations ayant des gouvernements stables et responsables - c’est-à-dire des gouvernements qui sont prêts à une augmentation limitée des impôts lorsque la situation le justifie - ont historiquement été en mesure de vivre avec des niveaux de dette beaucoup plus élevés que ce que l’opinion commune aujourd’hui pourrait laisser penser. La Grande-Bretagne, par exemple, a supporté une dette dépassant les 100% du PIB pendant 81 des 170 dernières années. Lorsque Keynes a écrit sur la nécessité d’effectuer des dépenses publiques pour sortir de la dépression, la Grande-Bretagne était plus lourdement endettée que ne l’est aujourd’hui toute autre nation de premier plan - exception faite du Japon.

 

Cependant, l’Amérique, avec son mouvement conservateur farouchement opposé à l’impôt, pourrait ne pas bénéficier d’un gouvernement responsable, au sens évoqué précédemment. Mais dans ce cas, la faute ne proviendrait pas de notre dette, mais de nous-mêmes.

 

Alors certes, la dette est une question importante. Mais aujourd’hui même, d’autres facteurs le sont plus. Nous avons besoin de plus - et non pas moins - de dépenses publiques pour sortir du piège du chômage. Et cette obsession déplacée, ces conceptions erronées sur la dette, viennent barrer le chemin.



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07 avril 2012

L’équipe actions d’Attac France : Les marchés ou les citoyens, qui doit décider?

Chers amis,


Nous vous écrivons pour vous faire part de nos craintes quant à la ratification du nouveau traité européen. Tout porte en effet à croire que ce « pacte d’austérité » engagera durablement l’Europe sur la voie de politiques économiques dangereuses pour nos sociétés, et ce en l’absence de tout débat démocratique (plus d’information ici).


Attac a déjà interpellé les candidats à la Présidentielle à ce sujet (les réponses sont disponibles ici). Mais Nicolas Sarkozy et François Hollande n’ont pas daigné répondre… Exigeons de ces candidats qu'ils acceptent et organisent le débat !


Nous mettons à votre disposition un outil d’interpellation (sur cette page).Vous pouvez aussi copier-coller le texte d'interpellation reproduit ici. Et surtout, pour informer et agir, faites circuler ce message ! C’est tous ensemble que nous ferons changer la donne.


Bien à tous,
L’équipe actions d’Attac France

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04 janvier 2012

2012 s'annonce bien !

Je sens qu'on va vraiment se régaler en Europe durant cette année 2012 !


Tout d'abord, un retour sur l'année 2011, car les décisions prises durant l'année écoulée déploieront leurs conséquences néfastes dès le début de 2012 :

2011 vu par Frédéric Lordon: "Les ingrédients du désastre"

A lire ici...

 

Et un mini tour d'horizon chez nos voisins les plus proches :


Espagne - crise : le parjure fiscal de Rajoy accroît le pessimisme

Perdre la première semaine de pouvoir une part substantielle d'un capital aussi précieux que la crédibilité !... Cet exploit est signé dans l'Espagne en crise par le nouveau président du gouvernement, le conservateur Mariano Rajoy, dont le Parti Populaire (PP) remporta à la majorité absolue les législatives de novembre dernier. Huit jours après avoir prêté serment, son gouvernement décrétait le 30 décembre une forte hausse d'impôts pourtant niée par M. Rajoy en campagne électorale et même lors de son investiture.

Le concert des réactions permet de supposer que le nouvel ajustement de M. Rajoy conforte peut-être sa crédibilité internationale, mais au prix de la perte d'une large part de sa crédibilité nationale. De quoi renforcer le sentiment qu'en Espagne, comme dans d'autres pays européens, les aspirations et intérêts des citoyens et, d'autre part, ceux des gouvernants et d'instances supranationales divergent progressivement depuis le début de la crise globale.

Lire la suite...

 

Mario Monti, pas si super que ça

Un mois et demi après avoir été accueilli comme un sauveur à la tête de l'Italie, le nouveau président du Conseil, Mario Monti n'a pas encore réussi à sortir l'Italie de la crise. Et suscite beaucoup de déceptions.

Alors que le décret de son plan d'austérité "Sauve-Italie", adopté le 22 décembre, entre officiellement en vigueur lundi 2 janvier, les syndicats italiens dénoncent à nouveau un plan injuste qui pèse surtout sur les petits salaires. Dimanche 1er janvier, les principaux représentants syndicaux ont solennellement annoncé "des tensions sociales inévitables dans les semaines et les mois à venir" si le gouvernement ne modifiait pas encore son plan.

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Nouveau record pour le chômage en Grande-Bretagne

C'est un nouveau record depuis dix-sept ans, le nombre de chômeurs britanniques s'élevait à la fin octobre à 2,64 millions, selon des chiffres officiels, publiés mercredi 14 décembre. Le taux global reste lui inchangé, à 8,3 %.

Lire la suite...

 

Pourtant des solutions existent...

Lire à ce propos cette tribune de Michel Rocard et Pierre Larrouturou : "Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?"

Extraits :

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? "Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt.

Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées...

Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu'a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la "vieille dette" de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

Il n'est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d'investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s'endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Rien n'empêche de mettre en place de tels financements dès janvier !

L'urgence est d'envoyer aux peuples un signal très clair : l'Europe n'est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, austérité, dette publique, banques, bce | | |  Facebook | | |