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14 février 2013

Faut-il casser la finance pour mieux construire l’avenir ?

Le débat sur la réforme bancaire a relancé la question de la séparation des activités de dépôt et des activités de marché. Pour schématiser, les activités de dépôt constituent la banque « à l’ancienne », celle qui gère nos comptes, celle qui évalue notre solvabilité avant de nous prêter de l’argent. En revanche, avec les activités de marchés on entre dans le monde de l’innovation financière, le monde des traders qui négocient des produits financiers plus ou moins complexes pour le compte de leur banque ou de leurs clients.

 

Les banques dites « universelles », et notamment les banques françaises, combinent ces deux activités au sein d’une même entité. Dans la mesure où l’Etat garantit les dépôts des français, une banque mise en difficulté par sa branche « marché » se verrait secourue. Cela revient à dire que l’Etat apporte une garantie implicite aux activités de marché. C’est un des arguments de ceux (de Finance Watch à l’économiste Gaël Giraud en passant par Roosevelt 2012) qui militent pour un renforcement du projet de loi présenté par le gouvernement. Il n’y a pas de raison pour que les contribuables payent une assurance « tous risques » aux as de la finance. Même au Royaume-Uni, il est question « d’électrifier la cloison » entre les activités bancaires. Pourtant, il est peu probable que la loi qui sera votée en France, même musclée par les députés, aille jusqu’à une séparation claire et nette. Mais le combat ne s’arrêtera pas au vote de cette loi et devra se poursuivre. Après tout, une loi peut évoluer…

 

Séparer les activités, c’est bien. Limiter les risques, c’est mieux

 

Si la séparation des activités de marché est nécessaire, elle n’est pas suffisante. En effet, après une séparation juridique et capitalistique, les activités de marché seront-elles devenues inoffensives ? Constitueront-elles un monde à part, déconnecté de l’économie réelle ? En d’autres termes, les risques pris par ces activités seront-ils sans conséquence sur le reste de l’économie ? C’est la faillite d’une pure banque de marché (Lehman Brothers) qui a marqué le début de la crise financière. Au lieu de maîtriser le risque, les innovations financières (titrisation, CDS…) ont conduit à sa dissémination insidieuse. Au point que plus personne ne sait vraiment qui porte quel risque et à quelle hauteur.

 

Sur son blog, Christian Chavagneux évoque l’enquête diligentée par la banque JP Morgan, suite à une perte de 6 milliards de dollars sur des « paris risqués ». Le constat est sans appel : « L’enquête souligne d’abord que la banque n’a pas su développer des outils de contrôle à la mesure de la complexité croissante des activités et des risques pris ». En conclusion, « on comprend à la lecture du rapport que c’est l’organisation même du contrôle des risques au sein des établissements qui pose problème et qu’une maîtrise des risques passe forcément par la nécessité d’imposer par la loi un renforcement des moyens et des méthodes des contrôleurs internes. Un sujet malheureusement oublié. »

 

Et pourquoi pas brider l’innovation financière, limiter la complexité des produits financiers, interdire certaines activités ? Puisque les apprentis sorciers n’arrivent pas à maîtriser leurs pouvoirs, pourquoi ne pas casser, par la loi, leur baguette magique avant qu’il ne soit trop tard ?

 

L’Islande : un laboratoire « grandeur nature »

 

Il y a un pays qui a expérimenté à outrance l’emprise du pouvoir de la finance sur son économie : c’est l’Islande. Au début des années 2000, ce petit pays de 300 000 habitants (l’équivalent du département de l’Ardèche) succombe aux charmes de la financiarisation et de la dérégulation. Avant le début de la crise, la valeur des actifs des trois grandes banques du pays (Gilnir, Landsbanki, et Kaupthing) a représenté jusqu’à 900% du PIB. Contrairement au reste du monde, l’Islande a laissé ses banques faire faillite et leurs actionnaires éponger les pertes. Les dépôts du public ont été transférés vers de nouvelles banques, les dettes des ménages ont été restructurées, un moratoire sur les saisies immobilières mis en place. Enfin l'ajustement budgétaire a été mené de façon progressive, sélective et concertée en préservant les dépenses sociales.

 

Au Forum économique de Davos, le président islandais a déclaré : « L’une des choses que nous avons apprises après l’effondrement des banques en Islande, c’est que les banques islandaises, comme les banques britanniques ou les banques américaines, sont devenues des entreprises de haute technologie, qui recrutent des ingénieurs, des mathématiciens et des informaticiens. Et quand elles se sont effondrées, le secteur innovant de notre économie, le secteur informatique, le secteur des TI s’est mis à prospérer, et en fait, sur les trois dernières années, il a eu de bien meilleurs résultats que jamais auparavant dans son histoire. Donc la leçon à en tirer, c’est la suivante : si vous voulez que votre économie soit compétitive dans le secteur innovant du 21ème siècle, un secteur financier fort qui prend les talents de cet autre secteur, même un secteur financier qui marche bien, est en fait une mauvaise nouvelle ».

 


Un secteur financier moins développé ferait non seulement courir moins de risques à l’économie, mais il « libérerait » des cerveaux pour travailler sur les enjeux de demain : les nouvelles technologies, mais aussi la transition écologique, un nouveau modèle de développement, …

PP

 

09:46 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, banques | | |  Facebook | | |

06 février 2013

Séparation bancaire : paire de ciseaux ou hache ?

 Billet également publié sur mon blog Rue89


Comme le souligne le Ministre de l’Economie et des Finances, Pierre Moscovici, le projet de loi de séparation et de régulation des activités bancaires est « tout à fait précurseur » en Europe. Cette position de précurseur oblige la France à proposer une réforme de grande ampleur, une réforme sans ambiguïté, une réforme qui remette enfin et vraiment la finance au service de l’économie réelle… En l’état actuel des choses, la loi vise à séparer « les activités des banques utiles à l’investissement et à l’emploi des activités spéculatives qu’elles mènent pour leur propre compte », en obligeant à créer une filiale dédiée (« filialisation ») d’ici le 1er juillet 2015.

 

On peut s’interroger sur la pertinence de la distinction entre activités bancaires utiles et activités bancaires spéculatives. Il est très délicat de définir sans ambiguïté le périmètre recouvert par les « activités utiles ». Ainsi, selon l’article 1er du Titre 1er du projet de loi, les activités dite de « tenue de marché » ne font pas partie des activités devant être filialisées. Or ces activités (achat de titre pour le compte d’un client) peuvent s’avérer très risquées dans la mesure où la banque est amenée à prendre des positions spéculatives afin de maximiser ses gains. Toujours selon l’article 1er du Titre 1er du projet de loi, le trading haute fréquence (THF) est désormais interdit. Toutefois, cette interdiction ne porte que sur  les opérations «  taxables au titre de l’article 235 ter ZD bis du Code général des impôts ». De plus, bon nombre de ces opérations de THF peuvent être requalifiées en opération de… « tenue de marché », exclues de la filialisation !

 

Ces deux exemples montrent la complexité que peut revêtir une réforme d’un secteur où l’innovation débridée chamboule en permanence les certitudes, brouille la lisibilité des frontière entre activités (aux Etats-Unis, le projet Dodd-Frank de réforme du marché financier pourrait comporter plus de 30 000 pages !). Selon le PDG de la Société Générale, « les futures activités filialisées ne représentent qu'entre 1 % et 3 % du chiffre d'affaires global d'une banque. » D’autres estimations sont encore plus minimalistes…Un « périmètre de sécurité » aussi restreint suffira-t-il à mettre l’économie à l’abri des excès de la finance ? 

 

Il paraît préférable de revenir à une distinction plus simple et plus fondamentale : la séparation  entre banque de dépôt  (gestion des dépôts, des moyens de paiement et des crédits) et banque de marché (intervention sur les marchés financiers) dans des entités sans lien entre elles. Cela aurait pour effet de préserver la banque de dépôt des éventuels déboires des activités de marché. Dans le cas d’une filiale, comment être sûr qu’elle ne mettra pas en danger l’ensemble du groupe et donc l’activité banque de dépôt ? Aujourd’hui, avec 5 banques figurant sur la liste internationale dressée en 2011 par le G20 des 29 banques à risque systémique, la France souffre d’une hypertrophie de ses banques. Ainsi, le total des actifs de BNP Paribas représente l’équivalent du PIB de la France. Il en est de même pour le Crédit Agricole… Trop grosses pour qu’on les laisse tomber, elles savent qu’elles seront secourues par la puissance publique en cas de problème, ce qui les incite à prendre trop de risques.

 

A ceux qui vantent la « résilience » du modèle français de la banque universelle, on peut rappeler que l’Etat français, au plus fort de la crise, a mis en place deux structures (la SFEF et la SPPE), qui ont apporté 360 milliards d’euros de garanties aux banques. Ensuite, la Société Générale doit une fière chandelle aux contribuables…américains qui ont apporté près de 12 milliards de dollars via le sauvetage de l’assureur AIG et lui ont ainsi évité de grandes difficultés ! Enfin, la banque universelle n’est pas une tradition française. La loi dite  de « spécialisation bancaire » du 2 décembre 1945 avait procédé à une séparation stricte des activités de dépôt et de marché, sur le modèle du Glass Steagall Act. La séparation n’est définitivement supprimée qu’en 1984. Le rachat d’Indosuez par le Crédit agricole en 1996 et la fusion entre la BNP et Paribas, en 2000, ont parachevé cette évolution somme toute assez récente.

 

Comme le résume sur son blog la députée Karine Berger, rapporteure du projet de loi, le texte actuel crée une « paire de ciseaux ». Une paire de ciseaux, est-ce vraiment l’outil adapté ? Une hache ne ferait-elle pas mieux l’affaire ?


PP

15:53 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : banques | | |  Facebook | | |

04 janvier 2013

Le système mafieux des banques

L'économiste James K. Galbraith revient sur les dérives du système bancaire qui ont conduit à la crise financière. Rien de nouveau, mais c'est dit de façon concise et sans langue de bois...


Galbraight - Le système mafieux des banques par Khalemvideo

11:52 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, subprime, banques | | |  Facebook | | |

19 décembre 2012

Réforme bancaire : plus de simplicité pour plus d'efficacité !

 

C'est aujourd'hui que le Ministre de l'Economie et des Finances Pierre Moscovici doit présenter en Conseil des Minisitre le projet de loi portant sur la réforme bancaire.

 

Le 15 novembre 2012, en conclusion des entretiens de l’AMF, Pierre Moscovici avait affirmé que la loi bancaire serait un « grand marqueur de l’action gouvernementale ».

 

Nous ne pouvons que nous féliciter de l’importance accordée par le gouvernement à cette réforme dont il est inutile ici de rappeler la nécessité, compte tenu des répercussions qu’ont eu les agissements des grandes banques dans le déroulement de la crise financière.

 

La loi repose principalement sur le principe suivant : séparer les activités « économiquement utiles » de la spéculation.

 

On est en droit de s'interroger sur la pertinence de la distinction entre activités bancaires utiles et activités bancaires spéculatives. Il y a en effet fort à craindre qu’il soit difficile, voire impossible d’arriver à un consensus sur le périmètre recouvert par les « activités utiles ». Et ce d’autant plus dans un secteur où l’innovation débridée chamboule en permanence les certitudes, brouille la lisibilité des frontière entre activités. (Certains experts estiment que le projet ne va isoler que 2 % de l’activité des banques, alors que les activités de marché pèsent 15 à 25 fois plus).

 

Il semble préférable de revenir à une distinction plus simple et surtout plus fondamentale : à savoir la distinction entre banque de dépôt et banque de marché.

 

Car combiner ces deux activités au sein d’une même banque a pour conséquence de permettre à l’activité de prêt d’argent et de collecte des dépôts de nourrir artificiellement l’activité de négoce d’instruments financiers. Dans une configuration de ce type, les dépôts de la clientèle sont exposés aux risques pris dans le cadre des activités de marché, les activités de marché voient leur volume artificiellement gonflé par les dépôts et l’Etat apporte à la fois une garantie explicite à l’activité de dépôts et une garantie implicite aux activités de marché.

 

Aux lobbys bancaires qui claironnent qu’une telle séparation engendrerait le déclin du secteur, on peut rappeler que le secteur bancaire américain a prospéré malgré (grâce) au Glass Steagall Act qui a imposé une stricte séparation des activités de 1933 à 1999.

 

La simplification qui résulterait de l’application d’un tel principe permettrait également de faciliter la mise en place d’un système de résolution bancaire plus efficace car il s’adresserait à des banques plus « simples » et de taille raisonnable.

 

En ce domaine comme dans bien d’autres, il est nécessaire de montrer la voie…et surtout d’oser !

PP

 

 

 

 

07:59 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : banques, crise financière | | |  Facebook | | |

17 décembre 2012

A qui profite la dette ?

Excellent résumé de la spirale infernale de la dette publique...

C'est exactement la même chose en France...à part l'accent !

 

07:16 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dette publique, banques, fiscalité, impôts, dépenses publiques | | |  Facebook | | |

10 novembre 2012

Quatre ans après, l'Islande nargue l'Europe

Article paru sur La Tribune


Le 6 octobre 2008, les trois grandes banques islandaises faisaient faillite, provoquant une grave crise dans ce petit pays. Mais à présent, l'économie va beaucoup mieux grâce à une méthode inverse de celle suivie dans la zone euro.


Voici quatre ans, le 6 octobre 2008, le premier ministre islandais d'alors, Geir Haarde, provoque une onde de choc sur ce petit pays de 320.000 habitants. Trois semaines après la faillite de Lehman Brothers, il annonce que les trois grandes banques du pays, Kaupthing, Glitnir et Landsbanki, sont désormais incapables de faire face à leurs engagements. L'île nordique entre alors dans une des crises économiques les plus sévères de son histoire.


Un pays redressé

Quatre ans plus tard, l'économie islandaise affiche de nouveau une santé des plus robustes. Le PIB, qui avait reculé de 6,6% en 2009 et de 4% en 2010, devrait croître de 2,1% cette année, bien plus que le niveau de la plupart des pays européens. Le déficit budgétaire, de 13,5% du PIB en 2008 devrait être équilibré l'an prochain. Le chômage, qui était monté à près de 8% de la population active en 2010 devrait redescendre en 2013 à près de 5%. Enfin, le prêt d'urgence du FMI, de 2,1 milliards d'euros a été remboursé en avance.


Pas de pitié pour les banques et les créanciers

Comment l'Islande a-t-elle réalisée ce «miracle»? En suivant, il faut bien le dire, le chemin inverse de celui où s'est engagée la zone euro depuis 2010. Première clé du succès islandais : Reykjavik n'a «jamais essayé de sauver ses banques», comme le remarquait récemment le ministre de l'Industrie, Steingrimur Sigfusson au quotidien allemand FAZ. Les trois géants bancaires, dont les bilans cumulés étaient 10 fois supérieurs au PIB du pays, n'ont pas été recapitalisés. Les créanciers étrangers ont été mis à contribution d'emblée. Reykjavik n'a jamais tenté de sauver leur mise, comme cela a été le cas pour les créanciers islandais. Ainsi, il n'y a pas eu, comme en Espagne, de transfert du risque bancaire vers les finances publiques.


Une dévaluation réussie

Mais la vraie raison du succès islandais, c'est la dévaluation de la couronne qui a atteint jusqu'à 70%. Certes, cette baisse de la monnaie dans une économie si dépendante de l'étranger a provoqué une inflation qui a frôlé les 18% en rythme annuel au cours de l'année 2009 (elle atteint encore 4,3%). Il a fallu ralentir la hausse des salaires en 2009 et 2010. Mais cette baisse de la monnaie nationale a permis aux «parties saines» de l'économie nationale de profiter à plein de la reprise de l'économie mondiale. Ces parties saines sont principalement la pêche et le tourisme (le nombre de touristes est en hausse de 16% sur un an en 2012). Deux éléments qui ont permis au pays de bénéficier d'un fort et constant excédent courant. Au final, cet argent réinvesti dans l'économie nationale a créé un cercle vertueux en relançant les investissements.


Mécontentement

L'histoire du redressement islandais n'est certes pas un conte de fées. La population a été traumatisée par l'apparition d'une pauvreté et d'une précarité jusqu'ici inconnues. Reykjavik a fortement augmenté ses impôts, notamment sur les entrepreneurs, comme nul autre pays d'Europe depuis 2008. Du reste, le gouvernement social-démocrate qui avait déboulonné les conservateurs en 2009 après la crise est aujourd'hui au plus bas dans les sondages. Le pays est également très divisé sur la question de l'adhésion à l'UE et l'adoption de l'euro, vantée récemment par la banque centrale. Il est vrai que cette perspective, attractive voici quatre ans, l'est beaucoup moins aujourd'hui.


Un modèle?

L'Islande peut-elle être un modèle? Difficilement. La taille du pays rend la transposition de cette expérience difficile. Mais elle montre que la voie européenne qui consiste à se préoccuper d'abord des intérêts des créanciers et des banques n'est pas sans alternative. De même, elle prouve qu'il peut y avoir des expériences de dévaluations réussies, alors que l'on prétend que toute sortie de l'euro provoquerait la ruine des pays concernés.

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14 mars 2012

Le CADTM dénonce la campagne de désinformation sur la dette grecque et le plan de sauvetage des créanciers privés

Par le Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde

 

Plus de 85% des créanciers privés (banques, assurances, fonds de pension…) ont accepté jeudi soir de participer à la restructuration de la dette grecque en effaçant 107 milliards d’euros. Sur le papier, ces créanciers renoncent ainsi à 53,5% de leurs créances. Mais contrairement aux apparences, le CADTM affirme que cette opération est surtout une bonne nouvelle pour les banques grecques et européennes (principalement françaises et allemandes), pas pour le peuple grec à qui on promet de nouvelles détériorations de ses conditions de vie.


En effet, les créanciers et le gouvernement grec ont mis en place un montage complexe : les créanciers privés échangent leurs titres grecs contre de nouveaux d’une valeur (faciale) inférieure. Ainsi, pour une obligation échangée d’un montant initial de 100 euros, les créanciers vont recevoir un nouveau titre d’une valeur faciale de 46,5 euros. Loin de perdre à ce petit jeu, les créanciers privés troquent des titres qui se vendaient entre 15 et 30 euros sur le marché secondaire pour des titres bien plus sûrs.


De surcroît, la Troïka octroie un nouveau prêt de 130 milliards à la condition que le montant soit utilisé pour payer la dette et soutenir les banques. Alors que tous les grands médias reprennent le refrain officiel selon lequel la dette grecque est réduite de 107 milliards d’euros, ils oublient d’intégrer les 130 milliards de nouveaux crédits octroyés par la Troïka qui viennent l’augmenter. En bout de course, les créanciers privés s’en sortent très bien et sont remplacés par des créanciers publics internationaux (BCE, Etats de la zone euro, FMI) qui vont exercer une pression constante sur les autorités grecques afin d’aggraver les mesures antisociales.


De plus, alors qu’en cas de litige 85% des anciens titres dépendaient de la législation grecque, l’entièreté des nouveaux titres dépendra de la justice de Londres. L’objectif des créanciers est de limiter la possibilité de la Grèce de décréter un défaut de paiement ou une annulation.


Pour le CADTM, ce nouveau plan est une supercherie car, sous prétexte de venir en aide à la Grèce, il sauve la mise aux créanciers privés qui portent pourtant une lourde responsabilité dans l’endettement de la nation hellène. Les banques ont utilisé une partie de l’argent public injecté afin de les sauver de la faillite en 2008-2009 pour spéculer sur la dette grecque et ont pu réaliser d’énormes profits avant de pousser la Grèce vers la grave crise qu’elle connaît.


Selon le CADTM, tous les prêts de la Troïka à la Grèce octroyés depuis mai 2010 sont odieux, ils sont frappés de nullité car ils constituent une violation permanente des droits économiques, sociaux, civils et politiques des citoyens grecs.


Le CADTM tient une nouvelle fois à saluer le courage et la détermination du peuple grec qui lutte contre les politiques d’austérité inhumaines imposées par la Troïka. Le AAA des créanciers (Austérité Austérité Austérité) doit laisser la place au AAA des peuples : Audit Annulation Autre politique.


Pour le CADTM, la solution passe nécessairement par la mise en place d’une politique radicalement différente. En Grèce comme dans les autres pays soumis à la Troïka, il faut mettre fin au remboursement de la dette et abandonner les mesures antisociales. Afin de lutter contre la campagne mensongère sur la crise grecque, il faut renforcer l’audit citoyen de la dette publique qui doit aboutir à la répudiation de la part illégitime ou odieuse. Le CADTM soutient pleinement la Campagne d’audit de la dette grecque et les comités d’audit qui se mettent en place dans plusieurs autres pays européens. Le CADTM appelle à multiplier les actions de solidarité avec le peuple grec et à constituer un large front social européen contre les politiques d’austérité.

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04 janvier 2012

2012 s'annonce bien !

Je sens qu'on va vraiment se régaler en Europe durant cette année 2012 !


Tout d'abord, un retour sur l'année 2011, car les décisions prises durant l'année écoulée déploieront leurs conséquences néfastes dès le début de 2012 :

2011 vu par Frédéric Lordon: "Les ingrédients du désastre"

A lire ici...

 

Et un mini tour d'horizon chez nos voisins les plus proches :


Espagne - crise : le parjure fiscal de Rajoy accroît le pessimisme

Perdre la première semaine de pouvoir une part substantielle d'un capital aussi précieux que la crédibilité !... Cet exploit est signé dans l'Espagne en crise par le nouveau président du gouvernement, le conservateur Mariano Rajoy, dont le Parti Populaire (PP) remporta à la majorité absolue les législatives de novembre dernier. Huit jours après avoir prêté serment, son gouvernement décrétait le 30 décembre une forte hausse d'impôts pourtant niée par M. Rajoy en campagne électorale et même lors de son investiture.

Le concert des réactions permet de supposer que le nouvel ajustement de M. Rajoy conforte peut-être sa crédibilité internationale, mais au prix de la perte d'une large part de sa crédibilité nationale. De quoi renforcer le sentiment qu'en Espagne, comme dans d'autres pays européens, les aspirations et intérêts des citoyens et, d'autre part, ceux des gouvernants et d'instances supranationales divergent progressivement depuis le début de la crise globale.

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Mario Monti, pas si super que ça

Un mois et demi après avoir été accueilli comme un sauveur à la tête de l'Italie, le nouveau président du Conseil, Mario Monti n'a pas encore réussi à sortir l'Italie de la crise. Et suscite beaucoup de déceptions.

Alors que le décret de son plan d'austérité "Sauve-Italie", adopté le 22 décembre, entre officiellement en vigueur lundi 2 janvier, les syndicats italiens dénoncent à nouveau un plan injuste qui pèse surtout sur les petits salaires. Dimanche 1er janvier, les principaux représentants syndicaux ont solennellement annoncé "des tensions sociales inévitables dans les semaines et les mois à venir" si le gouvernement ne modifiait pas encore son plan.

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Nouveau record pour le chômage en Grande-Bretagne

C'est un nouveau record depuis dix-sept ans, le nombre de chômeurs britanniques s'élevait à la fin octobre à 2,64 millions, selon des chiffres officiels, publiés mercredi 14 décembre. Le taux global reste lui inchangé, à 8,3 %.

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Pourtant des solutions existent...

Lire à ce propos cette tribune de Michel Rocard et Pierre Larrouturou : "Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?"

Extraits :

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? "Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt.

Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées...

Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu'a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la "vieille dette" de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

Il n'est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d'investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s'endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Rien n'empêche de mettre en place de tels financements dès janvier !

L'urgence est d'envoyer aux peuples un signal très clair : l'Europe n'est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, austérité, dette publique, banques, bce | | |  Facebook | | |

27 décembre 2011

La face cachée des banques


« La face cachée des banques » par bakchichinfo

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24 décembre 2011

Pour les banques américaines, le Père Noël est déjà passé !

Selon Bloomberg, un plan secret de la Fed a accordé un soutien massif aux banques américaines...


Article paru sur La Tribune


Peu médiatisée en Europe, cette révélation de l'agence Bloomberg pourrait nourrir le débat sur la faiblesse des pouvoirs accordés à la BCE, en comparaison de ceux dont dispose la Fed. Un article de Dan Israël sur le site Arrêt sur Images.


C'était le plus important plan de renflouement financier de l'histoire des banques. Et il a bien failli rester secret. Son montant ? 7 770 milliards de dollars ("7,77 trillion", en anglais). Pour sauver les banques américaines, la Réserve fédérale (Fed) a accordé une dizaine de mesures diverses, dont des rachats de crédits, des garanties bancaires ou des reports de dates d'expirations de prêts. Mais aussi une bonne part de prêts à court terme, quasiment gratuits, consentis aux plus grands établissements financiers américains. Le dimanche 27 novembre au soir, le site de l'agence de presse financière américaine Bloomberg publiait sur son site une longue enquête sur les "prêts secrets de la Fed". Relayée par le New York Times, ou reprise en intégralité par le Washington Post, l'info n'a eu que très peu d'écho en France, où elle n'a guère été mentionnée que par les sites Atlantico et Slate. Ce sont des échanges entre @sinautes dans les forums qui nous ont alertés...


Pourtant, l'article de Bloomberg, également publié dans un magazine mensuel du groupe aux Etats-Unis, vaut largement le détour. Il détaille, ainsi, que les six plus grosses banques américaines ont reçu en quelques mois 460 milliards de dollars de prêts de la Réserve fédérale. Soit presque trois fois plus que les 160 milliards qui leur ont été versés par ailleurs par le plan Paulson, concocté par le gouvernement américain et validé (après un premier rejet), par le Parlement.


Mais alors que le plan Paulson était public, l'aide de la Fed, dont les "prêts d'urgence", est restée secrète pendant plus de deux ans ! D'autant plus étonnant que les conditions consenties aux banques étaient particulièrement avantageuses pour les prêts à court terme : "Durant la crise, les prêts de la Fed étaient parmi les moins chers disponibles, le financement étant même possible pour un prix aussi bas que 0,01% en décembre 2008", souligne Bloomberg.


Lire l'article complet sur Arrêt sur images (cliquez ici).

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