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24 mars 2012

Le mépris et autres considérations sur le mérite, les footballeurs et le modèle social européen

Je suis tombé par hasard sur l’émission « Questions d’infos » sur LCP dont l’invité était Jacques Cheminade, le candidat « surprise » à l’élection présidentielle. Il était face aux journalistes Françoise Fressoz, Sylvie Maligorne et Marie-Eve Malouines, sous la houlette du maître de cérémonie Frédéric Haziza. Car il s’agissait bien d’une cérémonie, en l’occurrence le sacrifice de Mr Cheminade sur l’autel du mépris. Je n’ai pas de sympathie particulière pour ce monsieur, mais il a réussi à obtenir les 500 parrainages d’élus et il a donc droit à un minimum de considération, même si on peut penser par ailleurs que c’est un hurluberlu… Mais on aurait dit que les journalistes lui en voulaient d’être là, l’interrompant constamment, remettant en cause le moindre de ses propos, de ses citations. La palme revint à François Fressoz, qui lui demanda sans ambages « Vous vous revendiquez comme une secte ? ». On s’attendait à ce qu’elle termine son intervention par « Répondez-nous, Mr Cheminade, est-ce que vous mangez des enfants ? ».


Bizarrement, en visionnant d’autres numéros de « Question d’infos », je n’ai pas perçu la même pugnacité de la part des quatre journalistes. Par exemple, face à Claude Guéant, ils n’ont pas trouvé grand chose à redire quand il s’est glorifié de la baisse de la délinquance que tout le monde sait artificielle, ou, qu’interrogé sur sa proximité avec les thématiques du Front National, il préfère répondre sur le laxisme de François Hollande en matière de contrôle des flux migratoires…Ils ont également accepté sans trop broncher les leçons de journalisme assénées par Jean-François Copé

 

Autre forme de mépris, la tribune « Mélenchon à la Bastille: le révolutionnaire en peau de lapin » signée par Eric Le Boucher, grand pourvoyeur d’eau tiède devant l’éternel pour le « robinet » Slate. Selon l’éditorialiste Jean-Luc Mélenchon serait « Un rigolo de prétoire, un rigolo de JT, un rigolo malin, un rigolo drôle. Mais un candidat dont le programme est un tissu de conneries. ». Mieux contrôler les banques ? « les Soviets en 2012 » ! Pour enfoncer le clou et montrer toute l’ineptie des prétentions sociales du candidat du Front de Gauche, il conclut sa diatribe en citant Alphonse Allais : « il faut ne plus travailler le lendemain des jours de repos pour, enfin, vaincre définitivement la fatigue du peuple ». On peut ne pas être d’accord avec le programme de Jean-Luc Mélenchon, mais encore faut-il avancer d’autres arguments que la moquerie et la dérision pour convaincre son auditoire. Mr Le Boucher, qui doit avoir son rond de serviette au « Cercle de la raison » a les mêmes réactions outrancières que son tenancier, Alain Minc, qui s’était emporté contre les « connards » qui prônent la démondialisation. Chercher à discréditer son interlocuteur, c’est vraiment la pire des méthodes de débat…Il faut croire que ces messieurs sont un peu moins sûrs d’eux qu’il y a quelques années…

 

Moins de mépris, plus de mise en perspective…

 

On serait en droit d’attendre de ces « experts » et autres « intellectuels » qu’ils nous éclairent, qu’ils mettent les questions en perspective, au lieu de discréditer ceux qui ne pensent pas comme eux…Par exemple, lorsque, au début de la campagne électorale, le débat s’est porté sur la politique familiale suite à la proposition de François Hollande de supprimer le quotient familial pour le remplacer par un crédit d’impôt. Depuis, plus rien… A-t-on cherché à aller au-delà des mesures techniques, pour formuler une réflexion sur la politique familiale ? Doit-elle être redistributive (des « riches » vers les « pauvres ») ou contraire faire en sorte qu’une famille avec enfants, quel que soit son niveau de vie, ne soit pas désavantagée ? Et d’ailleurs, n’y a-t-il que la question du revenu dans la politique familiale ? Ne faut-il pas intégrer au débat le financement des modes de garde collectifs des enfants, l’accueil des tout-petits à la maternelle, le crédit d’impôt pour la garde d’enfants…

 

Autre sujet d’importance, le débat récent sur la fiscalité…Le débat a été principalement centré sur le ping-pong entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Le premier répondant par un impôt minimal sur les « grands groupes » à la proposition du second de taxer à 75% la part de revenu dépassant 1 million d’€. N’aurait-il pas été souhaitable d’avoir un débat plus large sur le rôle de la fiscalité, le lien entre mérite et rémunération…

Au lieu de cela, on a jugé bon d’interroger…des footballeurs en leur demandant si ils étaient d’accord pour payer plus d’impôts…Réponse des intéressés : « Ah bin nan, alors ! ». Ces « pauvres » garçons ne se doutent même pas que leur rémunération n’est pas due à leur seul mérite, mais qu’ils sont pris dans une bulle, qui comme toutes les autres finira bien par éclater… Comme le rappelle Thierry Pech dans le dernier numéro d’Alternatives Economiques, les 665 clubs professionnels européens de première division ont affiché en 2010 des pertes record de1,6 milliards d’€ et un endettement non moins record de 8,4 milliards. « Cette mécanique rappelle les bulles financières où quelques actifs – ici les joueurs – sont privilégiés par les investisseurs – ici les clubs – au motif que leur valeur est censée croitre toujours dans le futur. Jusqu’ici cette valeur s’est en effet accrue du fait de l’afflux permanent d’investisseurs qui soutiennent la demande, bouclant un phénomène qui s’auto-entretient et déjoue la régulation des prix. Mais les arbres ne montent pas jusqu’au ciel et la bulle du foot business semble sur le point d’éclater. »

Il existe bien d’autres cas où les rémunérations sont manifestement déconnectées du mérite ou de l’utilité sociale. On peut bien sûr citer le cas de la finance, secteur dans lequel les rémunérations des cadres ont été multipliées par 8,7 depuis 1996 contre seulement 3,6 pour les autres secteurs, sans que l’on sache bien ce qu’ont apportés ces acteurs à l’économie… (étude d’Olivier Godechot « Finance and the rise in inequalities in France »).

Et que dire, par exemple, d’Arnaud Lagardère ou de Liliane Bettencourt ?

Dans les exemples précédents, qui peut prétendre que les revenus sont vraiment corrélés aux seules qualités ou au mérite de ceux qui les reçoivent ? Dans ces conditions, il semble nécessaire d’utiliser la fiscalité pour remédier à ces aberrations manifestes.

 

La fin du modèle social européen ?

 

« Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée. Trop de citoyens veulent la civilisation au rabais. » Voilà ce que disait Henry Morgenthau, secrétaire au Trésor des Etats-Unis, après l’adoption (en 1937) d’une réforme fiscale visant à renforcer la progressivité de l’impôt et à réduire le nombre des niches fiscales. Payer des impôts (ou des cotisations sociales) sur ce que l'on gagne ou sur son patrimoine, en payer proportionnellement plus lorsqu'on a des revenus ou un patrimoine élevés est parfaitement légitime, comme le reconnaît lucidement le milliardaire américain Warren Buffet: « Je pense que la société est responsable d'un pourcentage significatif de ce que j'ai gagné. Plantez-moi au milieu du Bangladesh, du Pérou ou d'ailleurs, et vous verrez ce qu'est réellement capable de produire mon talent dès lors qu'il lui faut s'exercer sur le mauvais type de sol. Dans trente ans, je serais encore en train de lutter. »

 

Il s’agit ici de rappeler que c’est la société, la collectivité, qui a permis de réunir les conditions permettant aux talents individuels de s’exprimer : sécurité, infrastructures, réseaux, respect du droit…C’est par la mise en commun de moyens au service de l’éducation, de la santé, et plus généralement de la protection sociale, que nos sociétés ont pu atteindre le niveau de développement qui est le leur. Pourtant, selon Mario Draghi, le gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE), ce  modèle social est mort. Il l’a dit le 24 février dans un entretien au Wall Street Journal. Selon lui, il n’y pas d’alternatives à la mise en œuvre de politiques d’austérité dans les pays européens. Pour enfoncer le clou, et souligner l’extravagance de ce modèle, il a cité l’économiste allemand Rudi Dornbusch : « Les Européens sont si riches qu'ils peuvent se permettre de payer les gens pour ne pas travailler ».

 

Il y a fort à parier que Mario Darghi ne soit pas le seul à penser cela parmi les « élites dirigeantes » européennes…Sommes-nous donc condamnés à l’austérité sans fin dont on voit qu’elle ne fait qu’aggraver les problèmes ? Sommes-nous voués à constater le lent délitement de nos systèmes de protection sociale, au prétexte qu’ils coûtent trop cher ?

 

Même l’OCDE, peu suspecte d’être une organisation bolchevique, commence à se rendre compte que quelque chose ne « tourne pas rond ». Son Secrétaire général, Angel Gurría, a déclaré en présentant un rapport sur les inégalités au sein des pays membres de l’organisation: « Le contrat social commence à se lézarder dans de nombreux pays. Cette étude balaie l’hypothèse qui voudrait que les bienfaits de la croissance économique se répercutent automatiquement sur les catégories défavorisées et qu’un surcroît d’inégalité stimule la mobilité sociale. Sans stratégie exhaustive de croissance solidaire, le creusement des inégalités se poursuivra ».

 

L’organisation propose par ailleurs des mesures telles que :

  • relever les taux marginaux d’imposition des individus riches,
  • améliorer le respect des obligations fiscales
  • éliminer des abattements fiscaux
  • réévaluer le rôle de l’impôt vis-à-vis de toutes les formes de patrimoine.

 

On en a traité de « révolutionnaires en peau de lapin » pour moins que ça !

 

PP

11:07 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : impôts, inégalités, fiscalité, bce | | |  Facebook | | |

04 janvier 2012

2012 s'annonce bien !

Je sens qu'on va vraiment se régaler en Europe durant cette année 2012 !


Tout d'abord, un retour sur l'année 2011, car les décisions prises durant l'année écoulée déploieront leurs conséquences néfastes dès le début de 2012 :

2011 vu par Frédéric Lordon: "Les ingrédients du désastre"

A lire ici...

 

Et un mini tour d'horizon chez nos voisins les plus proches :


Espagne - crise : le parjure fiscal de Rajoy accroît le pessimisme

Perdre la première semaine de pouvoir une part substantielle d'un capital aussi précieux que la crédibilité !... Cet exploit est signé dans l'Espagne en crise par le nouveau président du gouvernement, le conservateur Mariano Rajoy, dont le Parti Populaire (PP) remporta à la majorité absolue les législatives de novembre dernier. Huit jours après avoir prêté serment, son gouvernement décrétait le 30 décembre une forte hausse d'impôts pourtant niée par M. Rajoy en campagne électorale et même lors de son investiture.

Le concert des réactions permet de supposer que le nouvel ajustement de M. Rajoy conforte peut-être sa crédibilité internationale, mais au prix de la perte d'une large part de sa crédibilité nationale. De quoi renforcer le sentiment qu'en Espagne, comme dans d'autres pays européens, les aspirations et intérêts des citoyens et, d'autre part, ceux des gouvernants et d'instances supranationales divergent progressivement depuis le début de la crise globale.

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Mario Monti, pas si super que ça

Un mois et demi après avoir été accueilli comme un sauveur à la tête de l'Italie, le nouveau président du Conseil, Mario Monti n'a pas encore réussi à sortir l'Italie de la crise. Et suscite beaucoup de déceptions.

Alors que le décret de son plan d'austérité "Sauve-Italie", adopté le 22 décembre, entre officiellement en vigueur lundi 2 janvier, les syndicats italiens dénoncent à nouveau un plan injuste qui pèse surtout sur les petits salaires. Dimanche 1er janvier, les principaux représentants syndicaux ont solennellement annoncé "des tensions sociales inévitables dans les semaines et les mois à venir" si le gouvernement ne modifiait pas encore son plan.

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Nouveau record pour le chômage en Grande-Bretagne

C'est un nouveau record depuis dix-sept ans, le nombre de chômeurs britanniques s'élevait à la fin octobre à 2,64 millions, selon des chiffres officiels, publiés mercredi 14 décembre. Le taux global reste lui inchangé, à 8,3 %.

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Pourtant des solutions existent...

Lire à ce propos cette tribune de Michel Rocard et Pierre Larrouturou : "Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?"

Extraits :

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? "Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt.

Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées...

Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu'a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la "vieille dette" de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

Il n'est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d'investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s'endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Rien n'empêche de mettre en place de tels financements dès janvier !

L'urgence est d'envoyer aux peuples un signal très clair : l'Europe n'est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens.

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11 août 2011

Le PCF dénonce les plein-pouvoirs donnés à la BCE

 Communiqué du Parti Communiste Français

 

trichet.jpgFace à l'ampleur de la crise financière et la soumissions des gouvernants, force est de constater qu'en Europe, la réalité du pouvoir est exercée par les banques et les spéculateurs.


Fini les simulacres de G20, les sommets européens tous plus laborieux les uns que les autres.


C'est maintenant Jean-Claude Trichet, le seigneur et maître de la Banque centrale européenne, qui distribue leur lettre de créance aux États de la zone Euro. Les Italiens et Espagnols en savent quelque chose, eux qui viennent d'être soumis, en « secret », au chantage du rachat de leur dette par la BCE contre l'engagement d'une politique renforcée d'austérité.


Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité des marchés financiers, avoue ce matin qu'il « va falloir s'habituer aux règles fixées par la BCE ».

 

Ce coup de force opéré en plein cœur de l'été spolie la souveraineté de 400 millions de citoyens européens.


Le PCF dénonce les plein-pouvoirs accordés à la BCE. Les principaux responsables de ce détournement démocratique et ceux qui le laissent faire, devront en rendre compte.


Le PCF avec le Front de gauche et ses partenaires seront de la bataille pour empêcher d'inscrire dans notre constitution la politique ultra-libérale que les marchés financiers imposent aux peuples, et pour chasser du pouvoir Sarkozy et les siens en 2012.


L'urgence, face à la crise, est une politique offensive de relance économique et sociale au service du pays et non des spéculateurs : taxer les flux financiers, reprendre le pouvoir sur les banques et reconstruire le pouvoir démocratique.

15:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bce, crise, démocratie | | |  Facebook | | |

22 juin 2011

Après la monnaie, les Etats européens doivent-ils abandonner leur politique budgétaire ?

Article paru sur le blog de Christian CHAVAGNEUX

 

Au moment même où la crise conduit à s’interroger sur la pertinence de l’indépendance des banques centrales, un ensemble d’évènements poussent à faire de l’Europe le moyen de retirer aux Etats leurs prérogatives budgétaires. Non pas par souci de fédéralisme mais pour promouvoir un agenda ultra libéral périmé.


Les libéraux nous avaient vendu la nécessité de l’indépendance des banques centrales pour lutter contre l’inflation. L’arrivée massive sur le marché du travail mondial de travailleurs d’Asie et d’Europe de l’Est payés au lance-pierre a plus fait pour modérer les prix des biens que les banquiers centraux. Dont la principale contribution à la conjoncture des années 2000 a été de laisser grimper une autre inflation, celle des prix de l’immobilier, tout en fermant les yeux sur la prolifération des produits financiers complexes qui ont permis de transformer les problèmes d’un petit segment du marché immobilier américain en une crise financière mondiale.


Une remise en cause de l’indépendance des banques centrales

 

 

Heureusement, les banques centrales ont bien réagi à la crise – si l’on fait exception de la hausse des taux d’intérêt de la Banque centrales européenne (BCE) en pleine crise au début de l’été 2008. Elles ont aidé à sauver le système mais au prix d’une sérieuse remise en cause de leur indépendance vis-à-vis des Etats : si le gouvernement américain n’était pas là pour garantir le bilan de la Réserve fédérale et les pays de l’Union celui de la BCE, la piètre qualité des actifs risqués qu’elles ont achetés leur ferait faire faillite vite fait en cas de défaut. Ainsi, selon un rapport récent d’Open Source, l’exposition aux risques de la BCE aux créances des pays périphériques de la zone s’élève à 444 milliards d’euros, soit près de 25 fois son capital… Une annulation de dette de 4,5 % suffirait à mettre la BCE en faillite… ce qui ne se produira pas car les Etats européens sont là pour assumer et c’est tant mieux. Mais cela montre bien que « l’indépendance » des banques centrales est aujourd’hui toute relative.


D’autant plus que l’un des résultats de la crise a été de leur confier une nouvelle mission, celle d’être garante de la stabilité financière. Les pays du G20 reconnaissent que les marchés ne se régulent pas tout seul et que la stabilité financière doit être un objectif politique. Objectif dont les banques centrales sont désormais comptables devant l’opinion et qu’elles doivent politiquement assumer.


Il serait temps de reconnaître que l’indépendance de la BCE n’est pas si complète et en profiter pour confirmer que si elle doit rester maîtresse des moyens qu’elle utilise pour lutter contre la hausse des prix, le choix de l’objectif de hausse devrait revenir aux mains des Etats.


Une remise en cause de l’indépendance des politiques budgétaires : une règle d’or des finances publiques

 

 

On en est loin ! D’autant que plusieurs éléments poussent en ce moment à enlever aux Etats la définition de leur politique budgétaire. Il y a d’abord la proposition d’inscrire les critères d’établissement de la politique budgétaire dans la constitution. L’Allemagne a inscrit une règle de déficit maximum dans son texte fondateur : lorsque les conditions économiques seront jugées « normales », c’est-à-dire quand le PIB est à son niveau potentiel (pleine utilisation du capital et du travail sans inflation), le déficit de l’Etat fédéral allemand ne devra pas dépasser 0,35% du PIB.


Selon la proposition du gouvernement, la France encadrerait sa politique budgétaire sur trois ans dans le sens d’une volonté de réduire la capacité des gouvernants à réagir à la conjoncture au profit de règles privilégiant partout et toujours la rigueur. Comme l’indiquait Mathieu Plane, économiste à l’OFCE dans Alternatives Economiques de mars 2010, « premièrement, dans un environnement économique modelé par les crises à répétition, où les exceptions deviennent la norme, la règle devient arbitraire et perd donc de son sens. Deuxièmement, elle impose de délimiter un partage juste entre déficits structurels et déficits conjoncturels. Or, les chocs économiques perturbent la frontière de répartition entre les deux et les erreurs d’évaluation dans ce partage conduiront à imposer des politiques économiques contre-productives. Troisièmement, rien ne justifie économiquement d’être à l’équilibre budgétaire même lorsque le PIB est à son niveau potentiel. Si le rendement attendu de certaines dépenses publiques est supérieur au coût lié à la charge de la dette, celles-ci doivent être financées par emprunt. […] Une politique économique efficace ne visera donc pas l’équilibre budgétaire, mais s’attachera à étudier le rendement à long terme de certaines dépenses ».


Heureusement, le mesure doit être votée par 60 % des députés et sénateurs réunis en Congrès et comme l’opposition n’est pas pour, la mesure a peu de chance de passer.


Une remise en cause de l’indépendance des politiques budgétaires : le poids de la crise

 

Le nouveau premier ministre portugais a indiqué cette semaine qu’il allait créer une autorité budgétaire indépendante du gouvernement pour vérifier que ce dernier va plus loin dans la rigueur que ce demandent le FMI et l’Europe en contrepartie de leur aide financière pour, dit-il, surprendre les marchés dans le bon sens ! Que les gouvernements cherchent à maîtriser leurs déficits et leur dette publique soit, mais qu’ils se refusent par avance à toute négociation pour appliquer une politique à la tronçonneuse qui coupe tout ce qui dépasse, c’est le degré zéro de la politique.


Et que dire des propositions du luxembourgeois Jean-Claude Juncker de faire gérer le programme de privatisations grec par une autorité indépendante étrangère ! On se retrouverait ainsi comme au bon vieux 19ème siècle impérialiste lorsque les créditeurs étrangers prenaient le contrôle du budget de l’Egypte, qu’un conseil composé de détenteurs étrangers de bons du trésor de l’Empire Ottoman prenait en mains la gestion de la fiscalité ou qu’une Commission financière internationale créait la Société de régie des monopoles, une société privée chargée de gérer la collecte d’impôts et d’assurer une affectation prioritaire des recettes au remboursement de la dette de… la Grèce !


Une remise en cause de l’indépendance des politiques budgétaires : le semestre européen

 

Comme si tout cela ne suffisait pas, c’est le moment que choisit la Commission européenne pour utiliser la nouvelle procédure du semestre européen afin de faire de l’Europe un outil de libéralisme échevelé.


Le « semestre » est sur le principe intéressant : il vise à mieux coordonner les politiques budgétaires des pays européens en amont. Concrètement, la Commission publie ses prévisions économiques en janvier, les Etats soumettent leurs projets budgétaires en avril, la Commission les commente début juin et les Etats valident les recommandations fin juin.


On aurait pu imaginer que la Commission attire l’attention sur la conjonction des politiques d’austérité risquant de plomber l’emploi et la demande interne en Europe. Loin de tout cela, ses experts ânonnent un ultra libéralisme passé de mode : il faut détricoter le droit du travail, augmenter l’âge de la retraite, déréguler, déréguler et déréguler, voici la teneur des conseils donnés aux différents pays européens. Les ultras de la Commission rêvent de prendre la main sur les politiques budgétaires nationales pour en faire un outil de retrait de l’Etat.


La crise a largement démontré l’inanité de ces choix mais la réalité n’influence jamais les idéologues dont le nouveau mot d’ordre est de considérer que la façon dont les débats publics nationaux amènent à choisir impôts, dépenses et leur répartition, bref l’essence de la démocratie économique, est un obstacle à leur modèle qui cherche moins la bonne gestion budgétaire qu’à servir les intérêts des rentiers.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : finance, bce, dette publique, austérité | | |  Facebook | | |

10 mars 2011

François Hollande et la dette publique


Francois Hollande et la dette publique... par bankster2008

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17 septembre 2007

Entrepreneurs et Spéculateurs

A propos de la stratégie de la Banque Centrale Européenne (BCE) face à la crise financière, Nicolas Sarkozy a tenu les propos suivants (vendredi soir, dans l’avion qui le ramenait de Hongrie) :
« On a fait des facilités pour les spéculateurs, on complique la tâche pour les entrepreneurs ».
Il critique l’injection de liquidités par la BCE durant le mois d’août, afin d’assurer le fonctionnement du marché monétaire («facilités pour les spéculateurs ») . Il critique également l’absence de baisse des taux de la BCE. Une baisse des taux aurait, selon lui, été nécessaire pour encourager l’investissement et donc la relance de la croissance. En ne baissant pas son taux directeur, la BCE « complique la tâche pour les entrepreneurs ».
Pourquoi pas ?
Mais ces critiques auraient sans doute eu plus de poids si…Nicolas Sarkozy était cohérent dans ses opinions. En effet, courant août, il a été l’un des rares dirigeants politiques à adresser un satisfecit aux autorités monétaires (BCE), qui « sont intervenues pour apporter de la liquidité quand elle était nécessaire ».
Aujourd’hui, la BCE a tout faux ! Etrange, non ?
Nicolas Sarkozy veut, paraît-il, remettre en cause l’indépendance de la BCE. Il avait pourtant appelé à voter « Oui » au Traité Constitutionnel Européen qui rendait constitutionnelle l’indépendance de la BCE !
Pour ma part, je pense effectivement qu’un débat sur l’indépendance de la BCE ne serait pas superflu. En effet, pourquoi confier la politique monétaire à des techniciens (technocrates ?) qui ne sont pas des élus, qui n’ont de compte à rendre à personne… Ce dogme de l’indépendance des banques centrales date des années 80, période pendant laquelle les Etats étaient censés être à l’origine de tous les maux. Il fallait donc les dessaisir au plus vite de leurs prérogatives telles que, par exemple, la politique monétaire, d’où l’indépendance des banques centrales. Aujourd’hui, le seul et unique mandat de la BCE est de lutter contre l’inflation. En des temps de croissance faible, de chômage élevé, la lutte contre l’inflation pourrait peut-être passer au second plan au bénéfice de la croissance…
Quoiqu’il en soit, ce débat complexe doit être mené dans le calme et le consensus. Il va de pair avec la mise en place d’une politique économique et budgétaire européenne. Ce n’est donc pas en braquant nos partenaires que l’on avancera sur ce dossier.

Entrepreneurs et Spéculateurs
Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy nous propose une vision du monde très manichéenne : d’un côté les méchants spéculateurs et de l’autre, les gentils entrepreneurs. Sa recherche constante de boucs-émissaires l’a conduit a stigmatiser les « quelques dizaines de spéculateurs » qu’il faudrait sanctionner et qui seraient cause de tous les maux. Sauf que la crise n’est pas due aux errements de quelques requins de la finance, il s’agit d’une dérive de l’ensemble du système, de la course au rendement effrénée que se livrent les établissements financiers. Les dérivés de crédit, à l'origine de la crise, étaient la création de petits génies de l’ingénierie financière : ils devaient permettre de répartir les risques de crédits immobiliers de mauvaise qualité (les fameux « subprime ») sur un grand nombre d’intervenants. Ils assuraient des rendements importants, faisant presque oublier qu’un rendement élevé est la contrepartie d’un risque lui-même plus élevé. Or, le monde réel est venu rappeler ce principe immuable : les défaillances des emprunteurs « risqués » (appâtés à coup de taux promotionnels et autres artifices marketing) ont fait vaciller ce château de cartes. Désormais, on se rend compte que personne ne sait qui porte le risque et à quelle hauteur. Cela engendre une spirale infernale, une course au cash qui entraîne à la baisse même les actifs de bonne qualité. Bref, le schéma classique de la crise boursière due à une perte de confiance et au renversement de la croyance centrale : les opérateurs sont passés de « haussier » (optimiste) à « baissier » (pessimiste).
On est bien loin de quelques « spéculateurs », qu’il faudrait « aller chercher » (l’expression favorite de Nicolas Sarkozy en ce moment) pour les punir. C’est à une régulation d’ensemble du système financier qu’il faut réfléchir. Malheureusement, je crains qu’encore une fois, on nous fasse le coup de la « transparence », censée remédier à tous les maux.

Rideau de fumée…
Les critiques de Nicols Sarkozy sur la BCE n’ont pas manqué de faire une polémique. Bizarrement, ces propos sont intervenus le jour même où M. Juncker, au nom de l'Eurogroupe, a publiquement rappelé à l'ordre la France à Porto pour son manque d'efforts dans la réduction de ses déficits, lors d'une réunion du forum. Notre Président aurait-il à nouveau utilisé sa technique habituelle du « rideau de fumée » :susciter une polémique pour masquer des sujets importants. Mais non, voyons ! Quel mauvais esprit !
Alors que la croissance française est anémique, que le paquet fiscal va aggraver en pure perte les déficits publics, que les français commencent à s’apercevoir de l’ineptie de ses solutions, Nicolas Sarkozy rejette la faute sur la BCE et l’Europe…A défaut de régler les problèmes, cela lui permet de gagner un peu de temps.
Si le chômage repart à la hausse, il pourra toujours aller bombarder l’Iran !

PP

17:39 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Sarkozy, Finance, BCE, Europe, Paquet fiscal | | |  Facebook | | |