Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07 mars 2013

Contre le syndrome du rasoir à trois lames : la volonté politique

 

austérité,compétitivité,Inégalités,Europe,Crise financière« Austérité, compétitivité, inégalité », telle pourrait être la devise de l’Union européenne et de la plupart des pays qui la composent. Lors du dernier Conseil européen du 8 février 2013, les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont pu se mettre d’accord que sur une baisse du budget de l’Union. L’austérité devient la seule valeur commune d’une Europe sans projet qui n’enthousiasme plus les citoyens. Par delà les grands discours, c’est bien l’austérité qui s’affirme comme dénominateur commun entre tous les pays.

 

Préparer l’avenir en organisant la récession ?

 

Ce qu’on nous présente comme des solutions « courageuses » sont en fait les plus simples à mettre en œuvre. Quoi de plus simple que de couper aveuglément dans les dépenses publiques et les budgets sociaux ? Ca ne marche pas ? C’est que l’on n’est pas assez loin ! Argument habituel des « raisonnables » qui préfèrent nier la réalité plutôt que remettre en cause leurs dogmes. Peu importe que le FMI aie publiquement reconnu que ses modèles économiques étaient erronés. Jusqu’à présent, il affirmait qu’en coupant 10 milliards de dépenses publiques, le PIB ne baissait « que » de 5 milliards. En fait, ce serait plutôt 15 milliards, voire plus. Non, on ne peut pas couper impunément dans la dépense publique ! Même si l’on sait que la croissance n’est pas la solution, ce n’est pas en organisant la récession que l’on prépare l’avenir. Les italiens l’ont rappelé de façon cuisante lors des dernières élections, à Mario Monti, l’insipide technocrate censé « rassurer les marchés ».

 

Pour essayer de compenser les stigmates de l’austérité, on agite un autre concept : la compétitivité. Il faut être meilleur (sous-entendu moins cher) que les autres, « exporter plus pour gagner plus », en quelque sorte. Sauf que, pour des pays qui commercent majoritairement entre eux (65 % des exportations de l’UE sont allées vers des pays de l’UE en 2010), les excédents des uns sont les déficits des autres. Cette concurrence sans fin ne peut aboutir qu’à une spirale récessive qui à son tour conduit à l’explosion du chômage, de la précarité et des inégalités.

 

Sortir de la logique comptable et technocratique

 

On pourrait appeler ce processus le « syndrome du rasoir à trois lames ». La première lame, l’austérité, sape les modèles sociaux. La seconde lame, la compétitivité, exacerbe la compétition de tous contre tous. La troisième lame, la montée des inégalités, déchire le contrat social et prépare l’arrivée au pouvoir des extrêmes.

 

Comment échapper au tranchant de ces trois lames ? En sortant de la logique comptable et technocratique. Aujourd’hui, on pourrait croire que la politique se résume à déplacer des milliards d’euros : économiser sur telle dépense, taxer un peu plus cela, exonérer ceci…Oui, mais pour faire quoi ? La tuyauterie fiscale et budgétaire ne saurait tenir lieu de ligne politique. La réduction des déficits ne peut constituer un projet de société. Mais, selon la formule de Mark Twain, « quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes en forme de clous ».

 

Construire la justice sociale

 

Nombre de questions politiques majeures sont désormais vues au travers de leur contribution à la réduction des déficits. Ainsi, au-delà des 7 milliards d’euros que rapporterait la taxation du gasoil au même niveau que l’essence, n’y a-t-il pas des questions plus fondamentales ? Ne faut-il pas s’interroger sur l’étalement urbain qui contraint un nombre grandissant d’entre nous à utiliser leur voiture pour se déplacer ? Faire payer plus cher le carburant sans proposer des modes de transport collectifs adaptés, sans reconfigurer l’urbanisme ne peut conduire qu’à l’incompréhension, l’exaspération et l’échec.

 

La fiscalisation ou non des allocations familiales est-elle le bon angle pour aborder la politique de la famille et la réduction des inégalités entre enfants ? On peut en douter car cela reviendrait à faire perdre du pouvoir d’achat à environ la moitié des familles (celles qui payent des impôts), sans forcément améliorer le sort de l’autre moitié. Comme le souligne Denis Clerc sur son blog, il serait préférable « de réduire les aides indifférenciées aux revenus pour financer davantage de services spécifiques destinés à aider tous les enfants », comme par exemple «  un service municipal de garde d’enfants de sorte que les inégalités d’accès aux modes de garde des enfants soient réduites ».

 

Enfin, en période de montée du chômage de masse, est-il raisonnable de proposer une baisse des allocations chômage, même pour les mieux lotis des chômeurs ? Il est normal que l’Unedic soit en déficit en période de crise : il y a plus de chômeurs à indemniser et moins de cotisations pour financer les indemnités. Il conviendrait plutôt de s’interroger sur les moyens de lutter à grande échelle contre les causes de ces déficits : le chômage ! La politique de l’emploi (indemnisations, allègements,…) représente en France près de 91 milliards d’euros soit, de façon très schématique, l’équivalent de …4,5 millions d’emplois payés au SMIC. Au lieu de payer des indemnités, pourquoi ne pas utiliser ces fonds pour financer une véritable réduction du temps de temps travail ? Une réduction du temps de travail créatrice d’emplois stables, de perspectives pour ceux qui végètent dans la précarité, bref de confiance en l’avenir pour notre société.

 

Ce ne sont pas l’austérité, la compétitivité, ni même la croissance qui nous permettront de construire la justice sociale. En revanche, c’est la justice sociale qui nous permettra de construire la stabilité économique et la prospérité. Et pour construire de la justice sociale, l’ingénierie fiscale et budgétaire ne suffira pas, il faut une réelle volonté politique au service de l’intérêt général.


PP

10:20 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : austérité, compétitivité, inégalités, europe, crise financière | | |  Facebook | | |

12 décembre 2012

Renforçons le pacte de compétitivité par l'économie sociale et solidaire

LE MONDE | 07.12.2012  Par Claude Alphandéry, président du Labo de l'ESS ; François Chérèque, syndicaliste ; Edmond Maire, administrateur de France active

Le coût du travail n'est que l'une des nombreuses causes du déclin industriel de la France (pression excessive du capital financier, manque de coopération, manque de considération pour les salariés, les usagers, les fournisseurs, excès de charges intermédiaires...).


Les entreprises, et d'abord les petites et moyennes, qui constituent le maillage économique du territoire, ne peuvent s'y résigner. Elles ont besoin de traitements de fond pour les redynamiser.


Le "pacte de compétitivité" est donc incontournable, il n'a que trop tardé. Mais, tel qu'il est, il ne se suffit pas à lui-même : la compétitivité crée certes de nouvelles activités, de nouveaux métiers, de nouveaux postes d'emplois.


Mais elle en supprime beaucoup d'autres au nom de l'efficacité. Le solde n'est pas en mesure de réduire sensiblement le gap (fossé) de cinq millions de chômeurs.


Il y a en revanche de grands progrès à réaliser dans la formation, l'accompagnement social et professionnel, les relations du travail, qui peuvent donner aux salariés (mais aussi à ceux qui n'ont pas accès à l'emploi) une plus grande capacité d'adaptation aux mutations économiques, renforçant à la fois la sécurité de l'emploi et les moyens de production, et rendant possible la réduction du chômage.


Un accord entre les organisations syndicales et patronales doit donc absolument accompagner le "pacte de compétitivité".


Mais les progrès de la technologie, l'ampleur des forces de travail émanant des pays "du Sud", les bouleversements des modes de production, d'échange et de consommation sont tels qu'aucun retour au plein-emploi n'est possible sans la création d'un nombre considérable d'emplois reposant sur le travail humain, son aptitude à répondre aux problèmes de la société et de l'environnement. Ces emplois se trouvent dans les secteurs de l'économie sociale et solidaire (ESS).


L'ESS est indépendante du capital financier. Elle échappe à la recherche effrénée de profits et privilégie non pas la poursuite de gains maxima et immédiats, mais une finalité sociale, écologique.


Elle crée des emplois que le marché ignore faute de rentabilité suffisante. Elle les crée partout où des besoins insatisfaits s'imposent (services aux personnes dépendantes, recrutement de personnes rejetées du marché du travail, économies d'énergie, recyclage de produits en fin de vie, consommation responsable, etc.).


Elle crée de la valeur ajoutée par sa capacité d'innovation sociale, de coopération, d'écoute, mais aussi par les concours bénévoles qu'elle reçoit, l'épargne solidaire qu'elle suscite, les circuits courts qu'elle met en œuvre.


Elle évite des coûts directs (indemnités et effets immédiats du chômage) et indirects (effets à venir). Elle est en fait un investissement social et humain dont les gains sont à évaluer.


Bien que des progrès aient été réalisés, que les acteurs de l'économie sociale et solidaire tendent à être mieux reconnus, qu'un ministre de gouvernement soit délégué à cet effet, l'ESS n'est pas encore prise pleinement en compte par les pouvoirs publics, non seulement dans ses effets d'assistance, de réparation, mais comme un facteur de transformation, de sortie de crise.


C'est que les milieux dirigeants ont du mal à se projeter hors du modèle dominant, à donner toute sa place, aux côtés du marché et de l'Etat, à une économie de solidarité, de réciprocité, respectueuse de l'humain et de l'environnement. La reconnaissance de cette place est une bataille essentielle.


Claude Alphandéry, président du Labo de l'ESS ; François Chérèque, syndicaliste ; Edmond Maire, administrateur de France active

14:10 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : compétitivité | | |  Facebook | | |

06 décembre 2012

En finir avec la compétitivité...

"En finir avec la compétitivité"...c'est le titre d'un rapport publié il y a peu par Attac et la Fondation Copernic. C'est un document intéressant qui, chiffres à l'appui, montre la vacuité des arguments libéraux qui imputent la perte de compétitivité de notre économie au coût prétendument excessif du travail. Au-delà de cette mise au point salutaire, le document va plus loin en montrant l'impasse dans la laquelle nous conduit cette compétition de tous contre tous...Impasse à la fois économique, sociale et écologique...

En voici la synhèse...

Le thème de la compétitivité est un marronnier des débats de politique économique. C’est une obsession tenace malgré la difficulté à en proposer une définition claire et admise par tous, sinon sous une forme tellement vague qu’elle se prête à toutes les interprétations : « la définition généralement retenue de la compétitivité d’une nation est la capacité à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale », nous dit le CAE. Les auteurs ne cachent pas « les réserves méthodologiques que le concept suscite» et ils rapportent même le propos de Paul Krugman « contre la “dangereuse obsession” de compétitivité de l’administration Clinton et de l’Union européenne » car « la compétitivité est un mot vide de sens lorsqu’il est appliqué aux économies nationales ». vide de sens, mais symbolisant très bien les stratégies patronales de pousser encore plus avant la libéralisation de l’économie et du « marché » du travail en particulier, malgré « l’inscription de la cohésion sociale dans les politiques de compétitivité » affirmée par la Stratégie de Lisbonne.

 

Concernant la France, la rengaine est connue : notre pays souffrirait d’un déficit de compétitivité dû à un coût du travail trop élevé. Les pertes de part de marché et la comparaison avec l’Allemagne sont évoquées pour justifier ce diagnostic, le patronat prônant un « choc de compétitivité » basé sur un allégement massif des cotisations sociales transférées sur les ménages par le biais d’une augmentation de la CSG et/ou de la TVA. Le Journal du Dimanche, dans son édition du 28 octobre, titrait à sa une : « l’ultimatum des grands patrons ». Dans ce journal, le lobby du haut patronat, regroupé dans l’association française des entreprises privées (AFEP), fait valoir haut et fort ces exigences : une baisse massive des dépenses publiques et du coût du travail.

 

Les vraies raisons de la fragilité de l’industrie française

 

Certes, les aspects compétitivité hors-prix, c’est-à-dire liés à la qualité des produits, leur degré d’innovation technologique, l’adaptation à la demande… ne sont pas totalement ignorés. Il serait difficile en effet de ne pas voir, si on en reste à la comparaison avec l’Allemagne, le niveau insuffisant de la R&D en France : 2,1 % du PIB contre 2,8 %. Ce différentiel est également très marqué si l’on considère les dépenses en R&D du secteur privé : 15 milliards d’euros de ce côté-ci du Rhin, contre 31 milliards de l’autre en 2008.

 

De même, tout le monde s’accorde pour pointer le problème des rapports entre les grands groupes industriels et leurs sous-traitants. L’externalisation des activités des grandes firmes a uniquement pour objectif de faire baisser les coûts en les reportant sur les PME sous-traitantes, multipliant ainsi les pratiques abusives. La dépendance par rapport aux grands groupes, qui peuvent les abandonner pour accroître leur rentabilité, explique en partie la difficulté des PME à avoir accès au crédit bancaire. Sur ces points aussi, la différence avec l’Allemagne est patente.

 

Enfin, la sensibilité des exportations françaises au taux de change de l’euro est largement connue. Entre janvier 2002 et avril 2008, l’euro s’est réévalué de 78 % par rapport au dollar. Conséquence, depuis 2002 cette hausse aurait freiné les exportations françaises à la hauteur de 0,3 point en moyenne par trimestre. Le contraste est manifeste avec l’Allemagne qui, se situant sur des créneaux haut de gamme, est moins sensible aux variations de prix.

 

Ces faiblesses de l’industrie française, si elles ne sont pas ignorées, sont de, fait, laissées de côté par la plupart des commentateurs. Les résultats du commerce extérieur sont mobilisés pour dramatiser la situation sans que jamais la validité des chiffres ne soit elle-même interrogée. Ainsi, la stratégie des firmes dans la mondialisation n’est que très rarement évoquée. Le redéploiement des processus productifs a pour conséquence une différence croissante, et variable selon les pays, entre la compétitivité d’un espace national et celle des firmes « nationales ». Dans le cas des firmes allemandes, la sous-traitance internationale est utilisée systématiquement, mais la phase finale d’assemblage se fait en Allemagne. Une part importante des exportations allemandes correspond donc, en fait, à du simple réexport pour une bonne partie du produit fini. A contrario par exemple, les importations vers la France des « Logan » produites dans les usines Renault de Roumanie sont comptées comme exportations roumaines. la contribution à la performance du pays peut se dégrader à partir du moment où les firmes réalisent une partie croissante de leur chiffre d’affaires à l’étranger. C’est le cas des grands groupes français, dont le chiffre d’affaires réalisé en France augmente très lentement, toute la croissance se faisant en Europe et dans le reste du monde.

 

Ce phénomène de croissance sur le marché mondial peut se combiner avec l’utilisation des prix de transfert entre sociétés membres d’un même groupe, de manière à localiser le bénéfice final dans un pays à fiscalité avantageuse, voire dans un paradis fiscal. Rappelons que le commerce entre filiales d’un même groupe représente environ un tiers des échanges de la France. Les statistiques des exportations nationales s’en trouvent donc largement biaisées. ainsi, plus de la moitié du déficit commercial de la France vis-à-vis de l’Allemagne (10 milliards d’euros) serait due à une manipulation des prix de transferts.

 

Le coût du travail, bouc émissaire

 

Le débat public se concentre sur le coût du travail sur la base de données souvent discutables. En effet, les données de référence d’Eurostat posent problème tant sur la comptabilisation des heures de travail qui sous-estime la durée du travail en France, que sur le calcul de la masse salariale qui surestime le poids, en France, de la formation professionnelle dans le coût du travail. De plus, ce débat est en général biaisé. D’une part, il ne prend que rarement en compte la productivité du travail, c’est-à-dire le coût salarial unitaire. Or les écarts de productivité entre pays sont plus grands que les écarts de coût horaire. D’autre part, il mêle allégrement coût du travail dans l’industrie et dans les services marchands. Or la productivité augmente plus faiblement dans les services que dans l’industrie.

 

Le coût salarial unitaire baisse en moyenne dans la zone Euro sauf pour le Royaume-Uni, le Danemark, l’Italie, l’Espagne et la Grèce. En France, il baisse de 0,5 % par an de 1996 à 2008, en Allemagne de 0,7 %. Globalement, on constate une tendance à la convergence des coûts salariaux unitaires dans la zone euro, avec une baisse dans l’industrie et une hausse dans les services. Ces constats, combinés au caractère biaisé de certaines données statistiques, démentent l’affirmation selon laquelle il y a eu en France une dérive du coût du travail qui plomberait la compétitivité des entreprises

 

Le coût du capital passé sous silence

 

Mais surtout, on met toujours en avant le coût du travail alors que le coût du capital n’est quasiment jamais évoqué. Pourtant, les revenus nets distribués représentent aujourd’hui 9 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières, niveau historique record depuis la Seconde Guerre mondiale, contre 5,6% en 1999. La part dévolue aux actionnaires a donc crû dans des proportions considérables ces douze dernières années. Autrement dit, la complainte patronale faisant de la baisse du taux de marge la raison profonde des faibles investissements et du moindre effort en matière de recherche et développement, passe sous silence le fait que, crise ou pas crise, la part de plus en plus lourde que les entreprises choisissent de distribuer aux propriétaires du capital affaiblit leur capacité à faire face à tous les aspects de la compétitivité.

 

Dans cette situation, l’exigence patronale d’un transfert massif des cotisations sociales vers les ménages (en grande majorité salariés) apparaît pour ce qu’elle est : le refus de toucher aux dividendes versés aux actionnaires. Cette demande est d’autant moins fondée que le bilan des exonérations actuelles de cotisations sociales est pour le moins problématique. Voici ce qu’en dit la cour des comptes en 2009 : « la cour avait relevé que les nombreux dispositifs d’allègement des charges sociales étaient insuffisamment évalués en dépit de la charge financière croissante qu’ils représentaient pour les finances publiques (27,8 milliards d’euros en 2007, soit 1,5 % du piB). S’agissant des allègements généraux sur les bas salaires, leur efficacité sur l’emploi était trop incertaine pour ne pas amener à reconsidérer leur ampleur, voire leur pérennité. »

 

Pourtant, c’est une nouvelle baisse de cotisations sociales que préconise le rapport Gallois. L’argument de l’emploi est laissé de côté au profit de celui de la compétitivité. Les 30 milliards d’allégements qu’il prône se décomposeraient en 20 milliards d’allègements de cotisations patronales et, plus inédit, 10 milliards d’allègements de cotisations salariales. Dans le cas d’une baisse des cotisations employeurs, il y a gain pour les employeurs, neutralité pour les salariés en termes de salaire direct et baisse de pouvoir d’achat des ménages, s’il y a compensation par la fiscalité et si celle-ci prend la forme d’une augmentation de la CSG et/ou de la tva.

 

Dans le cas d’une baisse des cotisations salariales, il y a, en instantané, neutralité pour les employeurs et gain de salaire direct pour les salariés, ce gain pouvant toutefois être plus ou moins annulé par une augmentation correspondante de la fiscalité. au total, il s’agit bien de faire payer aux salariés et aux ménages une prétendue déficience de compétitivité, le niveau des profits, surtout celui des profits distribués, restant bien sûr incontesté.

 

La compétitivité au détriment du travail est une voie non coopérative sans issue

 

La baisse du coût du travail ne prend pas comme seule forme celle des allégements de cotisations sociales. S’y combine un accroissement de la flexibilité du travail. La déréglementation brutale du marché du travail est un élément essentiel des politiques de compétitivité. Assouplissement des conditions de licenciements, modulation de la durée du travail, temps partiel imposé touchant essentiellement les femmes, remise en cause de la durée légale du travail…, la liste est longue des mesures visant à remettre en cause la norme du contrat de travail à durée indéterminée. On assiste partout en Europe à une attaque sans précédent des droits des salariés.

 

Il s’agit en théorie avec ces politiques de favoriser les exportations. Comprimer les coûts pour gagner des parts de marché à l’export, tel est l’impératif catégorique que l’on veut nous imposer. Mais cette logique est prise dans des contradictions dont elle ne peut sortir. En effet, l’essentiel des relations commerciales des pays de l’Union européenne a lieu à l’intérieur de l’Union. Les clients des uns sont les fournisseurs des autres et les déficits des uns font les excédents commerciaux des autres. Vouloir, dans cette situation, que tous les pays copient le modèle allemand et se transforment en exportateurs est impossible. La contraction de la demande interne dans tous les pays, produite par la réduction des coûts salariaux et les coupes dans les dépenses publiques, pèse sur le commerce extérieur de tous. Où exporter lorsque tous les pays réduisent leur demande ? La baisse de la demande interne ne peut qu’entraîner une réduction des exportations et aboutir à une récession généralisée. C’est la situation actuelle en Europe qui voit même l’Allemagne aujourd’hui touchée par la contraction économique.

 

Vers un autre modèle de développement

 

La compétitivité est donc une voie sans issue, économiquement absurde et socialement destructrice. C’est un autre modèle de développement qu’il faut aujourd’hui promouvoir tant pour des raisons écologiques que pour des raisons sociales. Il faut en finir avec la logique même de la compétitivité qui, basée sur la concurrence de tous contre tous, aboutit à un état de guerre économique permanent qui appauvrit les populations et détruit les équilibres écologiques. Ce nouveau modèle de développement doit être fondé sur les principes de la coopération, de la rupture avec un consumérisme destructeur, de la réponse aux besoins sociaux, de la réduction des inégalités et de l’ouverture d’une transition écologique. Cette dernière suppose notamment une véritable révolution énergétique aux antipodes de la fuite en avant dans le nucléaire, dans les combustibles non conventionnels tels que les gaz de schiste, comme le préconise, de fait, le rapport Gallois, ou dans des projets d’infrastructures inutiles et destructrices et de surcroît rejetées par les populations.

 

C’est dire que le débat sur la compétitivité ne peut se réduire à une discussion étriquée sur des recettes, inefficaces au demeurant, pour soi-disant relancer la croissance, mais doit poser la question de la société dans laquelle nous voulons vivre.


Pour lire le rapport dans son intégralité : en_finir_avec_la_competitivite.pdf

10:28 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : compétitivité, fiscalité, industrie, allemagne | | |  Facebook | | |

20 novembre 2012

Dix ans de dérégulation sociale en Allemagne

Article paru sur Alternatives Economiques

 

A méditer par ceux qui ne jurent que par le "modèle" allemand...

 

Dix ans de dérégulation sociale et de promotion des « mini-jobs » (emplois flexibles, subventionnés et mal payés) ont fortement détérioré la qualité de l'emploi en Allemagne. La croissance de l'emploi dans les années 2000 s'est en effet centrée sur les emplois à durée déterminée et à temps partiel et s'est accompagnée d'une montée des inégalités. Résultat: la consommation n’a progressé que de 5 % outre-Rhin entre 2002 et 2012, contre 16 % en France.

 

Neutre au plan budgétaire, une politique salariale plus volontariste aurait l’avantage de montrer un visage plus coopératif vis-à-vis de l’extérieur, tout en répondant aux attentes de la population.


Cliquez sur les boutons à côté des années pour afficher les chiffres correspondants. Au départ, c'est l'année 1995 qui est affichée.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, compétitivité, emploi, temps partiel, précarité, salaires | | |  Facebook | | |

19 novembre 2012

Mon intervention au Conseil national du Parti Socialiste

Voici la vidéo de mon intervention au Conseil national du PS du samedi 17 novembre à la Mutualité à Paris...


Un baptème du feu un peu stressant et qui permet de mesurer les difficultés de capter l'attention d'une assemblée sur des sujets austères !


Il y aussi cette obsession du chronomètre dans les interventions...Mon temps de parole était limité à 5 minutes...Difficile de développer une pensée construite sur des sujets importants en si peu de temps. A ce propos, je me souviens de la tête qu'a fait Paul Quilès (ancien Ministre de la Défense) au Congrès de Toulouse au moment où on lui a dit qu'il avait moins de 10 minutes pour parler de la problématique de la défense européenne et de la dissuasion nucléaire !


En fait, les temps de paroles sont distribués au prorata du poids des différentes Motion (les "tendances" du PS). Ce qui revient à dire que la "ligne officielle" a plus de temps pour s'exprimer...alors que ses idées sont déjà majoritaires et largement diffusées. Pour un réel débat, il conviendrait de rééquilibrer les temps de paroles au profit des "minorités", afin qu'elles puissent argumenter correctement et faire valoir leurs apports à la pensée commune. Après tout, la logique de la gauche, c'est que le "fort" doit être encadré, contrôlé pour ne pas écraser le "faible" !



Discours de Pierre Polard au conseil national du... par PartiSocialiste


Voici le texte intégral, sans les coupures sauvages que j'ai dû faire à la tribune...


Chers camarades,

 

Au lendemain de la remise du rapport de Louis Gallois, le premier ministre Jean-Marc Ayrault, a annoncé le 6 novembre un « pacte de compétitivité », une série de mesures pour améliorer la compétitivité de la France. Mesures qui seront intégrées dans « plusieurs projets de loi » présentés au début de l’année 2013. La plus emblématique et la plus commentée est bien sûr le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) d’un montant de 20 milliards d’€, financé à la fois par une hausse de la TVA et une diminution de la dépense publique.

 

Il ne s’agit pas ici de faire un mauvais procès. Non, la hausse de la TVA telle qu’elle est proposée n’est pas une réintroduction de la TVA dite sociale récemment abrogée ! A la place d’une hausse brutale et aveugle des taux que proposait la droite, le gouvernement propose une hausse du taux normal, associée à une baisse du taux réduit, qui profitera principalement aux plus pauvres. A condition, bien sûr, que cette baisse soit répercutée sur les prix. A cet égard, l’expérience de la baisse de la TVA dans l’hôtellerie-restauration doit nous inciter à la prudence, voire à la vigilance.

 

Pour autant, nous pouvons nous interroger sur le bien fondé de la création d’une nouvelle aide aux entreprises, sans réelle contrepartie en termes d’emplois ou d’investissement et insuffisamment ciblée. En effet, en l’état actuel des choses, elle profitera indifféremment aux petites entreprises comme aux grandes, à celles qui sont soumises à la concurrence internationales comme à celles qui en sont largement préservées.

 

Trois rapports publics ont déjà souligné le manque d’évaluation de l’efficacité des aides publiques dont bénéficient déjà les entreprises :

Le rapport du Conseil d’orientation pour l’emploi de février 2006

Le rapport du CESE sur la compétitivité de l’économie française d’octobre 2011

Le rapport de la Cour des comptes sur le financement de l’économie de juillet 2012

 

Ce pacte de compétitivité aurait pu être l’occasion de mettre en œuvre les propositions 3 et 24 du candidat François Hollande, à savoir la mise en place de trois taux d’imposition sur les sociétés (35% pour les grandes, 30% pour les petites et moyennes, 15% pour les très petites), la distinction entre bénéfices réinvestis et ceux distribués aux actionnaires et l’augmentation des cotisations chômage sur les entreprises qui abusent des emplois précaires.

 

Ne nous y trompons pas, ce qui apparaît en filigrane derrière ce pacte de compétitivité, c’est la question de la concurrence que se livrent entre eux les pays européens. Car, rappelons-le, la balance commerciale de la zone Euro est positive. Pourquoi baisser le coût du travail en France ? Parce qu’il a beaucoup baissé en Allemagne ! Ce qui a permis à ce pays de gagner des parts de marché par rapport à ses voisins européens, au prix de ce que certains appellent une « glaciation salariale » depuis plus de dix ans et au prix d’une explosion de la pauvreté et de la précarité.

 

Devons-nous faire un pas de plus, même s’il reste de faible ampleur et n’impactera pas la consommation en 2013, vers cette spirale qui ne peut que prolonger et aggraver la crise européenne en alimentant la dépression qui entraîne l’Europe vers le fond ?

 

Dans son adresse aux français, le 13 novembre, François Hollande a déclaré que «nous vivons plus qu’une crise, nous vivons un changement de monde ». Il a entièrement raison !

 

Et les socialistes français se doivent de faire partie des architectes de ce nouveau monde qui vient. Ce monde nouveau doit notamment reposer sur la construction d’une Europe réellement sociale et démocratique, une plus grande justice sociale et une transformation écologique de notre modèle économique.

 

Nous, militants de la motion 4, proposons d’organiser au plus vite un séminaire de travail de trois jours à Strasbourg  qui réunira toutes celles et ceux qui veulent construire une Europe démocratique et sociale. Invitons tous les socialistes d’Europe mais aussi les syndicats et des ONG à se retrouver pour travailler ensemble sur l’Europe démocratique, l’Europe sociale, l’impôt européen sur les dividendes, une Europe qui s’attaque enfin aux paradis fiscaux et au dérèglement climatique. L’Europe est à la croisée des chemins. Nous devons rassembler nos forces pour faire naitre une Europe nouvelle, capable d’humaniser la mondialisation.

 

Concernant la justice sociale, comme le rappelle le député socialiste de Meurthe-et-Moselle Christian Eckert (rapporteur général de la Commission des Finances, de l'Économie générale et du Contrôle budgétaire), la France n’a jamais été aussi riche, mais cette richesse n’a jamais été aussi mal partagée entre salariés et actionnaires comme entre salariés eux-mêmes. En proportion de leur valeur ajoutée brute, la part que les sociétés non financières versent à leurs actionnaires est passée de 5,6% en 1999 à 9% en 2011. Les derniers chiffres de l’Insee dévoilent la très forte progression des inégalités. En 2002, le cinquième le plus pauvre de la population percevait 9,3% du niveau de vie total. Il en perçoit désormais 8,7% soit 6 milliards de moins. Dans le même temps, la part du  cinquième le plus riche est passée de 37,7% à 39%, soit 12 milliards de plus. Cette montée des inégalités ne peut qu’engendrer des frustrations délétères chez une part grandissante de nos concitoyens, frustrations génératrices de tensions sociales, terreau sur lequel se développe le Front National.

 

Le rétablissement de la justice sociale passe par au moins deux points : la lutte contre le chômage de masse qui déséquilibre les négociations salariales et une réforme fiscale vers plus de progressivité.

 

Pour lutter contre le chômage, pouvons-nous encore tout miser sur la croissance ?  L’OCDE annonce une croissance atone pour la plupart des pays européens dans les années à venir. Avant même la crise des subprimes, la croissance moyenne de la France n’a cessé de diminuer, décennie après décennie, comme celle de tous les pays de l’OCDE d’ailleurs.

 

Pour lutter contre le chômage, pouvons-nous compter sur la recherche et l’innovation, un des axes important du rapport Gallois ? Pour nous la racine du chômage de masse, c’est avant tout une mauvaise gestion des progrès techniques qui ont conduit à toujours produire plus avec moins de travail humain. Un actif d’aujourd’hui produit 5 fois plus de richesses par heure qu’un actif de 1960 ! Entre 1970 et 2008, le PIB de la France, a plus que doublé alors que le nombre total d’heures nécessaires à la production a baissé de 7%, alors que le nombre d’actifs voulant travailler augmentait de 33%. Il faut en finir avec les faux débats : si l’on intègre les gains de productivité colossaux réalisés dans toutes nos économies depuis quarante ans, le débat n’est plus « pour ou contre la RTT ? » mais plutôt « quelle RTT ?». RTT organisée par le marché (précarité, stress et concurrence permanente) ou RTT organisée par le débat, le référendum et la négociation ?

 

C’est pourquoi nous proposons d’organiser les Etats généraux de l’emploi avec tous les partis de gauche, les syndicats, les associations, les ONG et les personnels de Pôle Emploi pour faire des propositions innovantes  . Pour donner envie aux partenaires sociaux d’aller plus loin et plus vite dans la lutte contre le chômage et la précarité, organisons ces états généraux au niveau national et dans chaque région pour "tout mettre sur la table" et montrer que l’innovation est possible pour sortir du chômage de masse.

 

Concernant la réforme fiscale, nous pensons qu’il est temps de mettre en œuvre une « révolution fiscale », à savoir une grande réforme permettant la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG dans le cadre d’un prélèvement simplifié et progressif sur l’ensemble des revenus.

 

Enfin, sur la transformation écologique, ne serait-il pas préférable d’utiliser les 20 milliards d’€ du CICE pour lancer un programme ambitieux de rénovation thermique des bâtiments, d’énergies renouvelables décentralisées économisant à terme des milliards d’importations de pétrole et de gaz, de transports collectifs propres, de services de bien-être pour les personnes âgées, la petite enfance et les personnes handicapées, des programme d’appui à l’économie sociale et solidaire et aux circuits courts… Et bien d’autres choses pour réduire la dépendance aux importations et l’impératif d’exportation à tout prix, pour favoriser des dynamiques de territoires, pour protéger la société et l’environnement sans privilégier le protectionnisme. De favoriser la construction de logements neufs de type Kyoto qui produisent leur propre énergie.

 

C’est le sens du volet écologique de la Motion 4, que nous n’allons bien sûr pas détailler ici, mais qui contient des propositions concrètes et financées.

 

Le changement de monde, c’est maintenant !

 

Il faut oser plus loin, plus vite pour aller vers un monde régi par la coopération plutôt que la compétition, un monde de progrès social et écologique !


PP

 

 

11:11 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : compétitivité, chômage, rtt, fiscalité, écologie | | |  Facebook | | |

18 novembre 2012

Compétitivité : 3 oublis et 1 erreur de diagnostic

Article paru sur le blog de Gilles RAVEAUD


C’est fait, le gouvernement est tombé dans le piège : il pense que le problème en France est le coût du travail, et il va faire en sorte de le réduire. Les entreprises vont payer moins d’impôts, ce qui sera compensé par une hausse de la TVA et une baisse des dépenses publiques.


Ce faisant, la majorité au pouvoir fait une grosse erreur de diagnostic : le coût du travail n’est pas le problème.


Et elle oublie trois choses : la solidarité européenne, la justice sociale (notamment fiscale), et l’environnement.


Le coût du travail n’est pas le coupable

Sur ce point, la référence est ce très bon billet de Jean-Marc Harribey, qui nous rappelle deux points essentiels. Tout d’abord, le coût du travail est grosso modo le même en France et en Allemagne, et même nettement supérieur dans l’industrie automobile allemande !


Ensuite, ce qui a augmenté ces dernières années, c’est la part non réinvestie des profits des entreprises. Comme le note Jean-Marie Harribey :

Qu’il y ait crise ou pas, la part prélevée par le capital est de plus en plus élevée.

En proportion de leur valeur ajoutée brute, la part que les sociétés non financières versent à leurs actionnaires est passée de 5,6 % en 1999 à 9 % en 2011.

On ne s’étonnera pas alors que les efforts en matière d’investissements, de recherche et développement soient insuffisants pour améliorer la compétitivité dite hors prix.


Conclusion : ce n’est pas du côté du travail qu’il faut chercher l’origine de nos problèmes, camarades socialistes, c’est du côté du capital (mais si, vous vous souvenez, le capital… non, vraiment, ça ne nous rappelle rien ? Ah mince).


Pas de sortie de crise sans solidarité européenne

Mais au fait, pourquoi baisser le coût du travail en France ? Parce qu’il a beaucoup baissé en Allemagne. Ce n’est pas que les salaires aient beaucoup augmenté en France - nous nous en serions aperçus. C’est qu’ils ont, très souvent, baissé en Allemagne, où la pauvreté connaît une formidable croissance.


Il nous faut donc faire aussi bien, c’est-à-dire aussi mal, que notre voisin, pour ne pas continuer à perdre des parts de marché. Et le temps presse, comme le dit Elie Cohen, chercheur hautement rémunéré par le CNRS, et l’un de nos économistes officiels de la pensée unique : “Il faut agir vite, car l’Espagne et l’Italie ont d’ores et déjà entamé une baisse du coût du travail et risquent de peu à peu prendre des parts de marché” (Le Monde, 6 novembre).


“Risquent” ? Mais je croyais que le but des politiques de répression salariale en cours dans le sud de l’Europe était de permettre à ces pays de redevenir compétitifs et donc de gagner des parts de marché… Mais non : il faut les enfoncer toujours plus bas, leur maintenir la tête sous l’eau, sinon ce sont nos emplois à nous qui partiront ! Mais à ce jeu là, la dépression sera sans fin en Europe, et donc ce sont nos emplois à nous aussi qui seront détruits.


Que faut-il faire ? Augmenter les salaires dans les pays qui vont moins mal que les autres, à commencer par la France et, bien sûr, l’Allemagne (comme je le proposais en avril 2010). Ce n’est que comme cela que l’Espagne, la Grèce et l’Italie pourront combler leur écart de compétitivité, le rattrapage se faisant “par le haut” (stagnation des salaires dans ces pays, hausses dans les pays du centre de la zone) plutôt que “par le bas” comme actuellement (baisse des salaires dans la périphérie et stagnation au cœur). Là est la seule sortie de crise possible de la zone euro.


La justice sociale

Une fois encore, nos dirigeants prennent une mesure qu’ils estiment juste, et ils vont chougner parce qu’on ne sera pas contents. Mais c’est parce qu’ils oublient une chose : nous ne raisonnons pas sur chaque mesure isolément, mais à partir de l’ensemble de la situation.


Or, pardon de le rappeler, mais nous vivons dans une société effroyablement inégalitaire. La moindre des choses, surtout pour un gouvernement socialiste, aurait été de réduire fortement les inégalités pour commencer. On peut par exemple penser à une taxation élevée des patrimoines, ainsi que par la réduction des rentes, comme le plafonnement des honoraires médicaux ou la baisse des loyers. Mais cela n’a pas été fait.


Concernant la mesure elle-même, on retrouve cette absence flagrante de préoccupation pour la justice fiscale : 20 milliards d’euro de réduction d’impôts sont accordées aux entreprises, en contrepartie de… rien du tout ! Elles pourront faire ce qu’elles voudront de cet argent. Si la plupart en feront un usage raisonnable (investissement, reconstitution de trésorerie, etc.), il n’est pas douteux que cet argent représentera, pour certaines d’entre elles (celles qui vont bien), un pur cadeau sans contrepartie (on parle “d’effet d’aubaine”).


Il existe pourtant des instruments permettant de lier l’obtention d’un gain (baisse d’impôt) à un comportement. Ainsi, il serait possible de réduire les cotisations sociales pour les entreprises qui développent les emplois stables, et de les augmenter pour celles qui accumulent les contrats en intérim ou en CDD. De la même façon, on peut baisser l’impôt sur les sociétés des entreprises qui investissent, et l’augmenter pour celles qui versent une part importante de leurs profits sous forme de dividendes.


Toute réforme fiscale doit reposer sur un principe de justice. Si ce n’est pas le cas, elle ne peut être légitime.


L’environnement

Et la planète dans tout ça, messieurs mesdames ? Pas besoin d’en faire des tartines, mais il faut le rappeler : ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’un plan écologique global, qui conduise à une transformation radicale de notre système économique.


La première tâche de notre gouvernement, c’est celle-là : rendre notre économie moins polluante, plus douce, respectueuse de son habitat naturel. Ne pas commencer par là est parfaitement irresponsable.

Comme le souligne Eva Sas :

L’économie de demain, c’est celle des économies d’énergie, des énergies renouvelables, de la mobilité durable, des technologies propres,… Or les propositions annoncées par Jean-Marc Ayrault sont symptomatiques d’une vision non pas anti-écologique, mais a-écologique de l’économie. La question de l’épuisement des ressources, du renchérissement du coût de l’énergie et des matières premières y sont à peine abordées.

Tout cela ne semble pas difficile à comprendre. Sauf que si : pour prendre en comprendre les effets négatifs de notre stratégie sur l’Europe, intégrer l’impératif de justice sociale, et mettre l’environnement en haut de toutes les priorités il faut d’abord sortir de la pensée de marché qui habite nos dirigeants.

Or, comme l’expliquait déjà Keynes,

La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, elle est d’échapper aux idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l’esprit des personnes ayant reçu la même formation que la plupart d’entre nous.

(Préface à la Théorie générale, accessible ici, page 11)

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : compétitivité | | |  Facebook | | |

15 novembre 2012

Ras-le-bol de LA compétitivité (néolibérale) !

Paru sur le blog de Jean GADREY


On a eu droit avec le rapport Attali (début 2008) à un hymne à la « libération de la croissance ». Voici venu le temps de l’invocation de LA compétitivité, source majeure, selon notre Président, de croissance et d’emploi. Tout se passe comme s’il n’en existait qu’une modalité : LA compétitivité. Celle que nous dicte l’univers impitoyable de la guerre économique néolibérale de tous contre tous par tous les moyens, y compris les plus destructeurs de la société et de la planète.


Une telle vision signe la défaite du politique, dont l’une des missions devrait être la détermination des règles du jeu économique, donc des règles de la compétition dans la sphère marchande (qui n’est pas la seule, et dont le politique doit aussi circonscrire le périmètre pour préserver des biens communs hors marchés). La concurrence marchande peut, selon les cas, être raisonnable, équitable, loyale, ou se transformer en jungle où les plus faibles trinquent. LE marché n’existe pas, ni LA compétitivité. Les marchés sont des constructions politiques qui ont évolué dans le temps, et qui diffèrent selon les secteurs en dépit de l’invasion des normes néolibérales axées sur la « valeur pour l’actionnaire ». Or ce sont ces dernières qui sont prises aujourd’hui comme références incontournables pour concevoir LA compétitivité. À pensée unique, concept unique.


Or il existe autant de modalités de concurrence, compétition ou émulation, autant de formes de marchés, qu’il existe de :
1) Règles encadrant les marchés (y compris celui du travail), des marchés locaux aux marchés mondiaux.
2) Structures de la demande, et en particulier structures des inégalités.
3) Structures de la production, secteurs et branches, degrés de concentration des pouvoirs, normes de gestion (pour l’actionnaire, pour les sociétaires, pour les coopérateurs, pour l’intérêt général et l’utilité sociale…), etc.


Si la compétitivité des entreprises désignait leur capacité à survivre honorablement (avec évidemment des cas non viables mais gérés selon des règles sociales) dans une concurrence bien encadrée socialement et écologiquement, si elle désignait leur capacité à innover, à s’adapter, à répondre à des besoins d’émancipation humaine, j’aurais peu de raison d’écrire « ras-le-bol ».


Mais on est à l’opposé. En dépit des couplets de Louis Gallois sur l’innovation et sur d’autres coûts, c’est bel et bien la baisse du coût du travail qui est visée, ainsi que sa flexibilité (comme si elle n’était pas déjà partout). Il s’agit de tout faire pour que les entreprises françaises, essentiellement les multinationales, s’adaptent encore plus aux règles néolibérales du dumping social et écologique mondial, quitte, pour un gouvernement de gauche, à tenter de limiter la casse sociale un peu plus que ne l’aurait fait son homologue de droite. Il s’agit de s’inscrire dans la guerre commerciale de tous contre tous mais en mettant une touche de social dans la marche des fantassins.


On me dira : oui, mais cette guerre existe et ce n’est pas un gouvernement français qui va en changer les règles ! Je demande à voir. Certes, ce gouvernement n’est pas capable de transformer l’OMC en OCM (organisation de la coopération mondiale) ni le FMI en banque solidaire. Mais là n’est pas le problème urgent en France, même si cela reste un grand problème mondial. Les politiques nationales et européennes restent très importantes.


Supposons qu’on décide d’utiliser autrement les quelques dizaines de milliards qu’on s’apprête à offrir aux entreprises. Supposons qu’on lance des programmes ambitieux (et bien meilleurs pour l’emploi) favorisant toutes les activités locales ou relocalisables de réhabilitation thermique de millions de logements en dix ans, d’énergies renouvelables décentralisées économisant à terme des milliards d’importations de pétrole et de gaz, de transports collectifs « propres », de services de bien-être pour les personnes âgées, la petite enfance et les personnes handicapées, la santé et l’éducation.


Supposons un appui résolu à tous les circuits courts, aux PME de proximité et à l’agriculture alimentaire de proximité, ainsi qu’à une filière bois-forêt. Supposons qu’on privilégie la recherche et l’innovation (technologique et sociale) dans les procédés et productions soutenables dans tous les secteurs.


Supposons qu’on décide, ce que propose Attac, d’une taxe kilométrique sur toutes les importations et toutes les exportations, avec des taux initiaux faibles mais destinés à progresser, avec des taux différents selon les modes de transport en fonction du « contenu carbone ». Supposons bien d’autres choses encore pour REDUIRE LA DEPENDANCE AUX IMPORTATIONS ET L’IMPERATIF D’EXPORTATION A TOUT PRIX, pour favoriser des dynamiques de territoires et des coopérations « endogènes ». Pour protéger la société et l’environnement sans privilégier le protectionnisme unilatéral.


Rien de tout cela n’est impossible, et cette liste peut être beaucoup allongée, en y intégrant une vraie révolution fiscale réductrice d’inégalités. Mais on ne risque pas de trouver ces mesures en nommant un grand patron pour rédiger un rapport sur LA compétitivité comme simple adaptation à la guerre économique mondiale existante, prise comme cadre incontournable.


Madame Parisot était très satisfaite hier soir à la télé. Elle a bien raison de l’être. Ce gouvernement lui a déroulé le tapis rouge, avec quelques touches de rose. Jamais le MEDEF n’a obtenu autant d’un gouvernement, quel qu’il soit. Ceux qui vont payer ce cadeau, un authentique dumping fiscal, seront les salariés, les retraités, les services publics et les associations. Et comme c’est un cadeau sans contreparties, il ne fera pas reculer le chômage. Mais les dividendes continueront à bien se porter.


Quand on fera le bilan du montant des dépenses publiques par emploi créé, on s’apercevra qu’il est exorbitant, sans commune mesure avec le coût complet d’un emploi de bonne qualité, public, associatif ou privé. J’en fais le pari, et je suis certain de le gagner, vu l’énormité de l’effet d’aubaine et l’absence de contreparties.


Pour information, Attac et la Fondation Copernic s’apprêtent à sortir un très bon livret « en finir avec la compétitivité ». J’en reparlerai.


RETROSPECTIVE DE LA COMPETITIVITE DEPUIS LES ANNEES 1960


Dans un super article http://tinyurl.com/adsorv8, Frédéric Lemaire propose une rétrospective de la façon dont la compétitivité a fait son entrée comme slogan politique avant de s’imposer depuis 2000. Voici de courts extraits, mais une lecture complète ne vous décevra pas, et ne manquez pas une minute trente de vidéo de Pompidou en 1967.


« … C’est à partir des années 80 que prend forme une véritable doctrine européenne de la compétitivité, sous l’impulsion décisive de la Table ronde des industriels européens, puissant lobby industriel… qui participera activement à l’élaboration de l’Acte unique européen. Le traité se basait sur le Livre Blanc publié par la commission Delors en 1985. Ce document était, comme le reconnurent ses auteurs, lui-même directement inspiré du rapport « Europe 1990 » rédigé par le lobby industriel.


Le marché unique sera un premier pas dans l’imposition de la compétitivité comme impératif catégorique… Ce n’était qu’un début : lorsque Delors rend en 1993 son Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et l’emploi, il remercie les industriels pour leur soutien lors de sa préparation…


La stratégie de Lisbonne adoptée en mars 2000 apparaît comme l’aboutissement de cette symbiose entre la commission et le lobby industriel. Elle sacrait pour dix ans la compétitivité comme objectif n°1 de l’Union européenne, appelée à devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 ». Pour les lobbies industriels, le rêve se réalisait : l’Union européenne, dévouée toute entière au bien-être des grands groupes privés. »

 

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : compétitivité | | |  Facebook | | |

14 mai 2012

Faut-il baisser les salaires pour faire gagner de la compétitivité aux pays de la zone euro en difficulté ?

Article paru sur le blog de Christian Chavagneux

 

Très intéressante petite synthèse de Patrick Artus de Natixis qui montre l’inefficacité des politiques de « dévaluation interne » (baisses de salaires) censées redonner de la compétitivité à la Grèce, au Portugal, etc. Leur seul résultat est de tuer la demande interne.


La crise des dettes publiques a souligné l’hétérogénéité des pays de la zone euro, ceux du Sud de la zone affichant des déficits extérieurs, et donc des besoins de financement, importants. C’est pourquoi il leur est demandé aujourd’hui par les instances européennes de diminuer leurs salaires afin de regagner en compétitivité. Et les salaires baissent effectivement. Mais quel en est le résultat macroéconomique ?


Les économies y gagnent en compétitivité si elles avaient auparavant un problème de compétitivité prix. Celui est souvent diagnostiqué par le fait que pour un coût salarial unitaire de 100 en 1999 (au moment de la création de l’euro), il se situe à un peu moins de 110 en Allemagne et autour de 135-140 pour l’Espagne, la Grèce, l’Italie et le Portugal. Sauf que, partant de niveaux bien plus faibles que celui de l’Allemagne en 1999, même avec une progression rapide, ils restent inférieurs au coût allemand (28,80 dollars par heure dans l’industrie, cotisations sociales comprises en Espagne, contre 43,9 en Allemagne et d’ailleurs 45,3 en France pas vraiment plus chère, mais c’est un autre débat).
D’après les calculs d’Artus, seule l’Italie a un problème de prix qui se lit dans le fait qu’elle est le pays qui a le plus perdu de parts de marché à l’exportation.


Mais, peu importe, même dans les pays où le prix des exportations n’est pas un problème, une baisse des coûts ne peut pas faire de mal et aider à soutenir la croissance ? Non, répond Patrick Artus. Dans les quatre pays en difficulté, la baisse des salaires a amélioré la profitabilité des entreprises mais sans effet favorable sur la compétitivité et sur l’investissement. En fait, l’effet direct de ces baisses de salaire est de tuer la demande des ménages et donc de ne pas inciter les entreprises à investir, le tout plombant la demande interne dans des pays où la politique budgétaire est déjà orientée du côté de l’extrême rigueur.


Bref, en contribuant aux forces déflationnistes, ces politiques aggravent les problèmes de dette publique de ces pays et nourrissent les tensions dans la zone euro. Il ne faut pas chercher plus loin la raison pour laquelle après l’Espagne, l’Italie a annoncé qu’il lui faudrait plus de temps que prévu pour maîtriser son déficit budgétaire. Sans soutien à l’activité, l’Europe ne s’en sortira pas.

08:06 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : salaire, compétitivité | | |  Facebook | | |

05 janvier 2012

Nadine Morano la « gazouilleuse » et la TVA sociale (suite)

rue89-eco.pngMon billet de ce jour a été publiée sur Rue89 Eco, le site économique de Rue89.

 

====> Lire ici...

 

Voir sur le même sujet, la brillante intervention de Nadine "The brain" Morano chez Jean-Jacques Bourdin.

 

PP

Nadine Morano la « gazouilleuse » et la TVA sociale.

nadine_morano-guignols.pngHier matin Nadine Morano, ministre chargée de l’apprentissage et de la formation professionnelle, était l’invitée de France Inter. Elle a été interrogée sur sa passion pour le réseau social Twitter. Il est vrai qu’elle est très prolixe en « tweets », avec pas moins de 200 messages pendant la semaine de Noël. Rappelons que « tweet » signifie « gazoullis ». Pour ma part, quand je pense à Nadine Morano, c’est plutôt « aboiement » qui me vient à l’esprit !

 

Mais enfin, peu importe. Le sujet majeur de l’intervention de la gazouilleuse était la défense du nouveau Graal de son mentor (Nicolas Sarkozy), à savoir la TVA « sociale », ou « anti-délocalisation », c’est selon. Depuis les vœux présidentiels, les ministres se répandent dans les médias, de Nathalie Kosciusko-Morizet à Valérie Pécresse, en passant par Xavier Bertrand. Quitte pour ce dernier à avaler goulument son chapeau, puisqu’il y a moins d’un an, il était très opposé à ce dispositif ! Rappelons qu’il s’agit de transférer une partie des cotisations sociales (patronales et peut-être salariale) sur la TVA (en augmentant son taux), afin de réduire le coût du travail.

 

Nadine Morano a ainsi affirmé qu’en Allemagne pour 100 € de masse salariale, 39 € étaient destinés aux cotisations sociales, contre 50 € en France. Dans ces conditions, « comment voulez-vous que notre balance commerciale soit équilibrée » ?

Cette affirmation appelle plusieurs commentaires. Tout d’abord, il convient de rappeler que dans l’industrie (la balance commerciale ne prend pas en compte les services), les coûts horaires allemands et français sont très voisins. Selon l’institut COE-Rexecode, réputé proche du patronat, à fin 2011, une heure coûtait en Allemagne 34,94€ contre 35,71 € en France, soit un écart de 2%.

 

Donc la comparaison entre le niveau des cotisations sociales, si les chiffres avancés par la ministre sont avérés, revient à dire que les salaires nets sont supérieurs en Allemagne qu’en France. La contrepartie étant que les allemands financent une part grandissante de leur protection sociale à tire individuel.

 

Quant au niveau des cotisations sociales françaises de 50% (50 € sur 100€), cela n’est pas vrai pour les bas salaires. Car la réduction des cotisations sociales n’est pas une nouveauté. Depuis 1993, les exonérations de cotisations sociales ont été systématiquement utilisées pour faire baisser le coût du travail au niveau des bas salaires. Depuis 1993, on constate ainsi un décrochage du taux de prélèvement au niveau du SMIC. Ainsi, depuis cette période, les cotisations patronales de Sécurité sociales au niveau du SMIC sont passées de 30% à …4,48% du salaire brut.

 

Mais en admettant qu’une nouvelle baisse des cotisations sociales puisse aligner le coût du travail français sur le niveau allemand, il n’est pas sûr que cela suffise à rééquilibrer notre balance commerciale avec nos voisins d’outre-Rhin, car leur compétitivité est principalement fondée sur des critères « hors coût ». Rappelons aussi que la France présente un excédent commercial avec le Royaume-Uni de 6 milliards d’€ alors que les coûts horaires français sont supérieurs de …70% à ceux des sujets de sa Royale Majesté.

 

De plus les excédents commerciaux allemands sont également fondés sur la compression de leur demande intérieure. En effet, en 2000 les coûts horaires en Allemagne étaient de 28,48€ contre 24,01€ en France donc supérieurs de plus de 18%, alors que nous avons vu plus haut que les coûts français sont désormais légèrement supérieurs. N’oublions pas que les coûts de la main d’œuvre sont aussi les revenus des salariés et que les économies des grands pays reposent avant tout sur la consommation intérieure.

 

Si l’effet d’une baisse des cotisations sociales est douteux dans la « compétition » entre la France et l’Allemagne, que dire alors de son impact face à des pays comme la Hongrie, la Pologne ou la Roumanie où les coûts horaires sont respectivement de 7,50 €, 6,39€ et 3,77 € (toujours selon COE-Rexecode) ? Et la Chine, le Vietnam ? Et ce d’autant plus qu’avec des pays hors zone euro les fluctuations de taux de changes peuvent avoir des impacts beaucoup plus importants que les quelques % grappillés sur les cotisations sociales…

 

Cette course à la baisse du coût du travail ne peut que contribuer à un positionnement « bas de gamme » de la France dans la mondialisation, terrain sur lequel elle ne peut plus concurrencer les pays émergents que ce soit en Asie en Europe de l’Est. De plus, une étude de l’Insee attribue la baisse de la productivité de l’économie française, toutes branches confondues, aux politiques de baisses successives du coût du travail peu qualifié, qui ont déformé la structure de l'économie en soutenant les activités les moins productives.

 

L’autre argument massue en faveur de la TVA « sociale » consiste à dire qu’elle permet de financer notre protection sociale par les importations. On voudrait nous faire croire que ce seront les industriels allemands ou chinois qui financeraient la Sécu ? Non, bien sûr, la TVA reste payées par les consommateurs français ! Elle s’apparente au mieux à une mini dévaluation dans la mesure où elle renchérit le coût des produits importés, ce qui favoriserait les produits français. Mais encore faut-il qu’il existe des produits français capables de concurrencer ces produits importés. Dans le cas inverse, cela veut dire qu’il y aura une perte de pouvoir d’achat pour les français.

 

Et puis qui dit que les entreprises françaises répercuteront les baisses de cotisations sur leurs prix ? On a vu dans le cas de la baisse de la TVA sur la restauration que cela n’a rien d’automatique !

 

Ce graphique d’Alternatives Economiques (cliquez pour l'agrandir) résume très bien les effets contradictoires de ce dispositif :

 

A299029A.GIF

 

 

Les effets de la TVA « sociale » ou « anti-délocalisation » sont donc pour le moins aléatoires et imprévisibles…

 

Tout cela est plutôt un nouveau petit bricolage imprudent qui n’est absolument pas à la hauteur des enjeux de notre économie et de la pérennisation de notre protection sociale.

 

PP