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08 septembre 2013

L'Observateur des inégalités, n°111, septembre 2013

Pourquoi la gauche doit augmenter les impôts

Après avoir réduit les impôts au profit des plus aisés, la France se lance dans une suicidaire baisse des dépenses. La démagogie fiscale règne. L’alternative est un effort national. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

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Les jeunes d’outre-mer : d’énormes difficultés scolaires

10 % de jeunes ont de très importantes difficultés scolaires en France. Mais les écarts sont marqués entre les territoires : 5 % des moins de 18 ans sont dans ce cas en Haute-Savoie contre 48 % en Guyane et 75 % à Mayotte. Une analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Extrait du Centre d’observation de la société.

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« Les inégalités de revenus augmentent dans les pays de l’OCDE », entretien avec Maxime Ladaique de l’OCDE

L’OCDE vient de publier une étude qui montre l’impact des premières années de la crise économique (de 2007 à 2010) sur la distribution des revenus des personnes dans les pays de l’OCDE.

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Prix « Jeunesse pour l’égalité » : c’est parti pour la deuxième édition !

L’Observatoire des inégalités est heureux de vous annoncer le lancement de sa deuxième édition du prix « Jeunesse pour l’égalité », un concours destiné à donner la parole aux jeunes sur les inégalités et les discriminations.

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Sans-domicile : que veulent dire les chiffres ?

L’Insee vient de communiquer les premiers résultats de sa seconde grande enquête, en une dizaine d’années, sur les sans domicile. L’institut compte 141 500 personnes sans domicile, soit une augmentation de près de 50 % en dix ans. Que signifient ces chiffres ? Le point de vue de Julien Damon.

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Vacances des jeunes, les écarts s’accroissent

Si les vacances se sont démocratisées ces cinquante dernières années, un quart des jeunes de moins de 19 ans n’ont pas la possibilité de partir de leur domicile pendant les congés. Les écarts s’accroissent même entre les catégories sociales. Le tour de la question par l’Observatoire des inégalités.

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Professions : qui gagne combien ?

Avec un salaire mensuel net de 4 000 euros en moyenne, les cadres supérieurs gagnent près de 2,5 fois plus que les employés et les ouvriers.


 
L’évolution des inégalités de revenus en Europe

Les inégalités de revenus augmentent en Europe depuis les années 2000 : le coefficient de Gini, qui était de 0,290 en 2000 est passé à 0,308 en 2010. Les écarts restent marqués entre pays. Mais les données d’Eurostat restent très approximatives.

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Les plus grandes fortunes d’Europe en 2013

Les plus grandes fortunes d’Europe valent entre 16 et 40 milliards d’euros. En tête, l’Espagnol Amancio Ortega, propriétaire de Zara, suivi de la famille Kamprad à la tête de Ikéa (Suède) et le Français Bernard Arnault (LVMH).

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Les salaires dans la fonction publique

Les salaires des agents de la fonction publique territoriale sont près de 1,4 fois inférieurs à ceux de la fonction publique d’Etat. Dans la fonction publique hospitalière, les cadres supérieurs gagnent près de trois fois plus que les employés et ouvriers.


 
Revenus et inégalités : le premier bilan de l’impact de la crise pour les communes

A Rennes, les revenus des plus riches ont augmenté de 5,5 % entre 2008 et 2011, ceux des plus pauvres ont diminué de 11,8 %. La crise creuse les inégalités, mais les moyennes nationales masquent des écarts encore plus importants au niveau local.

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Les 10 plus grandes fortunes de France

Le patrimoine professionnel de Bernard Arnault (LVMH), première fortune de France, équivaut à 1,8 million d’années de Smic...

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140 000 sans domicile en France

La France compte 140 000 sans domicile, selon l’Insee, dont 30 000 enfants. 9 % sont des sans abri. Un chiffre en forte augmentation par rapport à 2001.

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07 mars 2013

Contre le syndrome du rasoir à trois lames : la volonté politique

 

austérité,compétitivité,Inégalités,Europe,Crise financière« Austérité, compétitivité, inégalité », telle pourrait être la devise de l’Union européenne et de la plupart des pays qui la composent. Lors du dernier Conseil européen du 8 février 2013, les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont pu se mettre d’accord que sur une baisse du budget de l’Union. L’austérité devient la seule valeur commune d’une Europe sans projet qui n’enthousiasme plus les citoyens. Par delà les grands discours, c’est bien l’austérité qui s’affirme comme dénominateur commun entre tous les pays.

 

Préparer l’avenir en organisant la récession ?

 

Ce qu’on nous présente comme des solutions « courageuses » sont en fait les plus simples à mettre en œuvre. Quoi de plus simple que de couper aveuglément dans les dépenses publiques et les budgets sociaux ? Ca ne marche pas ? C’est que l’on n’est pas assez loin ! Argument habituel des « raisonnables » qui préfèrent nier la réalité plutôt que remettre en cause leurs dogmes. Peu importe que le FMI aie publiquement reconnu que ses modèles économiques étaient erronés. Jusqu’à présent, il affirmait qu’en coupant 10 milliards de dépenses publiques, le PIB ne baissait « que » de 5 milliards. En fait, ce serait plutôt 15 milliards, voire plus. Non, on ne peut pas couper impunément dans la dépense publique ! Même si l’on sait que la croissance n’est pas la solution, ce n’est pas en organisant la récession que l’on prépare l’avenir. Les italiens l’ont rappelé de façon cuisante lors des dernières élections, à Mario Monti, l’insipide technocrate censé « rassurer les marchés ».

 

Pour essayer de compenser les stigmates de l’austérité, on agite un autre concept : la compétitivité. Il faut être meilleur (sous-entendu moins cher) que les autres, « exporter plus pour gagner plus », en quelque sorte. Sauf que, pour des pays qui commercent majoritairement entre eux (65 % des exportations de l’UE sont allées vers des pays de l’UE en 2010), les excédents des uns sont les déficits des autres. Cette concurrence sans fin ne peut aboutir qu’à une spirale récessive qui à son tour conduit à l’explosion du chômage, de la précarité et des inégalités.

 

Sortir de la logique comptable et technocratique

 

On pourrait appeler ce processus le « syndrome du rasoir à trois lames ». La première lame, l’austérité, sape les modèles sociaux. La seconde lame, la compétitivité, exacerbe la compétition de tous contre tous. La troisième lame, la montée des inégalités, déchire le contrat social et prépare l’arrivée au pouvoir des extrêmes.

 

Comment échapper au tranchant de ces trois lames ? En sortant de la logique comptable et technocratique. Aujourd’hui, on pourrait croire que la politique se résume à déplacer des milliards d’euros : économiser sur telle dépense, taxer un peu plus cela, exonérer ceci…Oui, mais pour faire quoi ? La tuyauterie fiscale et budgétaire ne saurait tenir lieu de ligne politique. La réduction des déficits ne peut constituer un projet de société. Mais, selon la formule de Mark Twain, « quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes en forme de clous ».

 

Construire la justice sociale

 

Nombre de questions politiques majeures sont désormais vues au travers de leur contribution à la réduction des déficits. Ainsi, au-delà des 7 milliards d’euros que rapporterait la taxation du gasoil au même niveau que l’essence, n’y a-t-il pas des questions plus fondamentales ? Ne faut-il pas s’interroger sur l’étalement urbain qui contraint un nombre grandissant d’entre nous à utiliser leur voiture pour se déplacer ? Faire payer plus cher le carburant sans proposer des modes de transport collectifs adaptés, sans reconfigurer l’urbanisme ne peut conduire qu’à l’incompréhension, l’exaspération et l’échec.

 

La fiscalisation ou non des allocations familiales est-elle le bon angle pour aborder la politique de la famille et la réduction des inégalités entre enfants ? On peut en douter car cela reviendrait à faire perdre du pouvoir d’achat à environ la moitié des familles (celles qui payent des impôts), sans forcément améliorer le sort de l’autre moitié. Comme le souligne Denis Clerc sur son blog, il serait préférable « de réduire les aides indifférenciées aux revenus pour financer davantage de services spécifiques destinés à aider tous les enfants », comme par exemple «  un service municipal de garde d’enfants de sorte que les inégalités d’accès aux modes de garde des enfants soient réduites ».

 

Enfin, en période de montée du chômage de masse, est-il raisonnable de proposer une baisse des allocations chômage, même pour les mieux lotis des chômeurs ? Il est normal que l’Unedic soit en déficit en période de crise : il y a plus de chômeurs à indemniser et moins de cotisations pour financer les indemnités. Il conviendrait plutôt de s’interroger sur les moyens de lutter à grande échelle contre les causes de ces déficits : le chômage ! La politique de l’emploi (indemnisations, allègements,…) représente en France près de 91 milliards d’euros soit, de façon très schématique, l’équivalent de …4,5 millions d’emplois payés au SMIC. Au lieu de payer des indemnités, pourquoi ne pas utiliser ces fonds pour financer une véritable réduction du temps de temps travail ? Une réduction du temps de travail créatrice d’emplois stables, de perspectives pour ceux qui végètent dans la précarité, bref de confiance en l’avenir pour notre société.

 

Ce ne sont pas l’austérité, la compétitivité, ni même la croissance qui nous permettront de construire la justice sociale. En revanche, c’est la justice sociale qui nous permettra de construire la stabilité économique et la prospérité. Et pour construire de la justice sociale, l’ingénierie fiscale et budgétaire ne suffira pas, il faut une réelle volonté politique au service de l’intérêt général.


PP

10:20 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : austérité, compétitivité, inégalités, europe, crise financière | | |  Facebook | | |

24 décembre 2012

Le grand écart

Un billet paru sur le blog de Denis Clerc...

Pas très joyeux en ces périodes de fêtes, mais malheureusement, la situation actuelle n'est pas un cadeau...


L’Insee vient de mettre en ligne les résultats détaillés de son enquête sur les revenus fiscaux et sociaux des ménages de France métropolitaine. Je ne reviendrai pas sur ce que (je l’espère) tout le monde sait déjà : la progression du nombre de personnes en situation de pauvreté (+ 500 000) entre 2009 et 2010, après + 300 000 entre 2008 et 2009. La crise a donc fait 800 000 victimes de plus.


Ce que je voudrais souligner, c’est que, entre 2009 et 2010, toutes les catégories de la population ont vu leur niveau de vie baisser, plus ou moins sensiblement, à l’exception d’une seule : les 5 % les plus riches ont connu une amélioration de 1,3 % (en euros constants). Surtout, si l’on prend un peu de recul, et que l’on compare les chiffres 2010 avec ceux de 2009, on s’aperçoit que le dixième le plus pauvre a vu sa part dans le revenu de l’ensemble des ménages reculer, celle-ci passant de 3,9 % à 3,5 %, tandis que, au contraire, la part du dixième le plus riche a bondi de 23,4 % à 24,9 %. Dans l’un et l’autre cas, les modifications peuvent paraître faibles. Mais, portant sur un revenu total de près de 1400 milliards d’euros, cela représente des sommes considérables. Si l’on fait le calcul, les « riches » ont capté en huit ans 21 milliards de plus grâce à cette déformation de la répartition du revenu. Quant aux pauvres, ils ont perdu 5 milliards. En gros, ils ont remboursé leur RMI/RSA, tandis que les plus riches encaissaient environ 3 fois les dépenses consenties au titre du RSA. Et l’on entend encore, en écho persistant, la voix d’un Laurent Wauquiez dénonçant « l’assistanat » : sans doute estimait-il que l’on est encore trop bon pour les pauvres, et que ces 5 milliards qui leur ont été piqués n’étaient pas encore assez.


Va-t-il falloir que des gens meurent de faim (certains meurent déjà de froid) pour que l’opinion comprenne que les victimes de la crise se trouvent en rang serré dans les rangs des pauvres, et qu’elles n’ont qu’un désir : avoir un emploi leur permettant de vivre dignement ? Deux constats chiffrés suffiront. Le premier, dans la  tranche des 30-39 ans, ceux qui, dans leur grande majorité, travaillent. Entre 2009 et 2010, le dixième le plus favorisé de cette tranche d’âge a vu son niveau de vie (en euros 2010) progresser de 7 %. Et le dixième le moins favorisé de cette même tranche d’âge l’a vu reculer de 7 % également. Quant au deuxième constat, parmi les 15 ans et plus, on trouve 6,4 millions de personnes en situation de pauvreté. Enlevons les retraités : il reste alors 5 millions de personnes d’âge actif. Qui sont-elles ? Des personnes en emploi pour 1,9 millions, des chômeurs pour 1 million. En d’autres termes, sur ces millions de personnes, les trois cinquièmes sont en emploi ou en recherche d’emploi. Et l’on voudrait laisser penser que les personnes en situation de pauvreté sont majoritairement des assistés qui n’en foutent pas la rame, comme le sous-entendait le Figaro-Magazine du 4 juin 2011, avec une couverture au titre explicite (« La France des assistés ») et une photo d’un homme confortablement endormi dans un hamac ?


Si je voulais être méchante langue, je ferais évidemment un lien entre la progression des revenus des riches et la baisse de ceux des pauvres : plus les riches sont riches, plus la crise appauvrit le pays tout entier. Je crois bien que je vais finir par être méchante langue.

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19 décembre 2012

Réforme bancaire : plus de simplicité pour plus d'efficacité !

 

C'est aujourd'hui que le Ministre de l'Economie et des Finances Pierre Moscovici doit présenter en Conseil des Minisitre le projet de loi portant sur la réforme bancaire.

 

Le 15 novembre 2012, en conclusion des entretiens de l’AMF, Pierre Moscovici avait affirmé que la loi bancaire serait un « grand marqueur de l’action gouvernementale ».

 

Nous ne pouvons que nous féliciter de l’importance accordée par le gouvernement à cette réforme dont il est inutile ici de rappeler la nécessité, compte tenu des répercussions qu’ont eu les agissements des grandes banques dans le déroulement de la crise financière.

 

La loi repose principalement sur le principe suivant : séparer les activités « économiquement utiles » de la spéculation.

 

On est en droit de s'interroger sur la pertinence de la distinction entre activités bancaires utiles et activités bancaires spéculatives. Il y a en effet fort à craindre qu’il soit difficile, voire impossible d’arriver à un consensus sur le périmètre recouvert par les « activités utiles ». Et ce d’autant plus dans un secteur où l’innovation débridée chamboule en permanence les certitudes, brouille la lisibilité des frontière entre activités. (Certains experts estiment que le projet ne va isoler que 2 % de l’activité des banques, alors que les activités de marché pèsent 15 à 25 fois plus).

 

Il semble préférable de revenir à une distinction plus simple et surtout plus fondamentale : à savoir la distinction entre banque de dépôt et banque de marché.

 

Car combiner ces deux activités au sein d’une même banque a pour conséquence de permettre à l’activité de prêt d’argent et de collecte des dépôts de nourrir artificiellement l’activité de négoce d’instruments financiers. Dans une configuration de ce type, les dépôts de la clientèle sont exposés aux risques pris dans le cadre des activités de marché, les activités de marché voient leur volume artificiellement gonflé par les dépôts et l’Etat apporte à la fois une garantie explicite à l’activité de dépôts et une garantie implicite aux activités de marché.

 

Aux lobbys bancaires qui claironnent qu’une telle séparation engendrerait le déclin du secteur, on peut rappeler que le secteur bancaire américain a prospéré malgré (grâce) au Glass Steagall Act qui a imposé une stricte séparation des activités de 1933 à 1999.

 

La simplification qui résulterait de l’application d’un tel principe permettrait également de faciliter la mise en place d’un système de résolution bancaire plus efficace car il s’adresserait à des banques plus « simples » et de taille raisonnable.

 

En ce domaine comme dans bien d’autres, il est nécessaire de montrer la voie…et surtout d’oser !

PP

 

 

 

 

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24 novembre 2012

Perte du AAA : les 4 bonnes et les 4 mauvaises raisons de Moody’s

Article paru sur le blog de Christian CHAVAGNEUX


Moody’s justifie sa dégradation de la note de la dette publique française par pas moins de huit raisons. La moitié ressortent de vrais sujets d’inquiétude, l’autre moitié d’un mélange de présupposés idéologiques et de scénarios catastrophes dignes des accès de peur des marchés financiers. Au final, la dégradation parait inopportune.


Se sachant attendue, l’agence de notation a voulu justifier sa décision de faire perdre à la France son AAA, en avançant pas moins de 8 raisons.


Les 4 bonnes raisons


Moody’s s’inquiète de la capacité de la France à rembourser sa dette publique car elle pense que :


- Les prévisions de croissance du gouvernement sont trop optimistes : de ce fait le déficit public a peu de chance d’être à 3 % à la fin 2013. On ne peut que donner raison à l’agence. Lorsqu’à la rigueur juste le gouvernement a ajouté le privilège donné aux entreprises de voir leurs impôts diminués sans condition et qu’en contrepartie les dépenses publiques vont être fortement réduites et le pouvoir d‘achat des ménages amputé par les hausses de TVA, alors il était certain que les 0,8 % de croissance du PIB et le 3 % de déficit public ne pouvaient pas être atteints.


- Moody’s souligne la faible intensité de R&D des entreprises privées françaises qui plombent ses perspectives de croissance à moyen terme. Là encore, on ne peut que suivre l’agence.


- Celle-ci appuie également son diagnostic sur le fait qu’elle voit les banques françaises toujours en mauvaise posture : elles sont très exposées au risque italien et elles dépendent encore trop de refinancements de court terme sur les marchés. On peut penser que Moody’s surévalue les risques de crise en Italie (et dans le reste de l’Europe, cf. infra) mais la problématique de la trop grande transformation réalisée par les banques françaises (trop de ressources de court terme pour financer ses crédits de moyen long terme) mérite d’être posée.


- Enfin, contrairement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, la France ne dispose pas d’une banque centrale capable d’acheter instantanément ses titres de dette publique en cas de panique. C’est vrai. Même si on peut penser que la BCE serait prête à intervenir en cas de panique généralisée.


Les 4 mauvaises raisons


- L’agence s’inquiète des perspectives de croissance à moyen long terme de la France car le travail est trop taxé et les entreprises ne peuvent pas licencier comme elles le souhaitent. Elle reprend là point pour point l’argumentation du Medef dans un combat plus idéologique qu’analytique. Comment oser écrire que les entreprises françaises ne peuvent pas licencier facilement avec plus de 10 % de chômeurs ?


- De la même façon, Moody’s se plaint du manque de concurrence dans le secteur des services, sans autre précision. Comme on ne voit pas l’agence réclamer une police ou une éducation privées, on est enclin à penser que l’absence de fonds de pension en France et la volonté de remettre en cause l’Etat providence sont ses principales motivations. Cela correspond au même choix purement idéologique que l’argumentation précédente.


- Moody’s justifie aussi sa décision par le fait que la France est un gros contributeur aux mécanismes de solidarité financière européens. Mais alors que dire de l’Allemagne ? L’agence aurait dû indiquer que, pour les mêmes raisons, l’Allemagne suscitait des inquiétudes.


- Enfin, l’agence s’embarque dans un développement fondé sur un scénario catastrophe de panique en Europe dont la France ne sortirait pas indemne. Mais, dans l’hypothèse d’un tel scénario, aucun pays n’en sortirait indemne !


Au final, Moody’s envoie le message selon lequel il n’y a pas 100 % de chances pour que la France rembourse demain l’intégralité de sa dette publique. Qui peut croire à cela ? Personne, à part les agences elles-mêmes (pas encore pour Fitch). D’ailleurs les investisseurs semblent ne pas y croire non plus car la France ne semblait pas embarquer dans une dégradation forte et durable des taux d’intérêt sur sa dette le 20 novembre avec une hausse de 8 points de base (de 2,07 à 2,15 % des taux français à 10 ans en même temps que l’Allemagne connaissait une hausse de 6 points de base). Attendons les prochains jours pour voir. Mais s’ils devaient vendre en masse leur dette française, ils seraient sûrement bien embêtés : dans la mesure où nombre d’entre eux doivent conserver une part de dette publique et qu’ils sont déjà surchargés en dette allemande, que pourraient-ils acheter à la place de la dette française dans le contexte actuel ?

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21 novembre 2012

Les Chiffres de la dette 2012

Via internet, le CADTM est très heureux de mettre à disposition d’un vaste public cet ouvrage qui a été entièrement actualisé et augmenté par les auteurs. Cet ouvrage peut être repris librement par d’autres sites à condition de prévenir les auteurs et de faire un lien vers le site www.cadtm.org. Il peut être reproduit pour un usage strictement non commercial. N’hésitez pas à envoyer vos commentaires et des informations sur l’usage personnel ou collectif que vous faites de ce livre à info@cadtm.org. Vos messages seront transmis aux auteurs.


 

Pour comprendre la multiplicité des crises en cours, Damien Millet, Eric Toussaint et Daniel Munevar (CADTM) mettent à disposition un ensemble de données liées à la dette et à des thèmes connexes.


 

Crise économique, crise financière, crise alimentaire et crise de la dette s’éclairent et se connectent à la lecture de cette brochure parsemée de tableaux et d’infographies qui permettent de mettre en lumière les éléments du puzzle.


 

De la crise de la dette des pays du Sud en 1982 à la crise actuelle en Europe, en passant par les dettes odieuses dans le monde et les chiffres du FMI et de la Banque mondiale, l’analyse des statistiques permet d’identifier les véritables enjeux.


 

Les auteurs posent un regard critique sur l’économie mondiale et les mécanismes de domination qui sont en jeu. Ils proposent un éclairage cru sur les réalités chiffrées d’un monde qui vacille.


 

A toutes les échelles, les inégalités sont criantes et continuent de se creuser. Les chiffres de la dette 2012 parlent d’eux-mêmes et démontrent à quel point il est nécessaire et urgent de changer radicalement de système.


 

C’est à la lumière de cette compréhension que pourra se dessiner un horizon de résistance collective dans lequel les exclus, où qu’ils soient, prendront conscience que leur souffrance provient des mêmes maux, des mêmes mécanismes et des mêmes acteurs et s’identifieront comme un tout solidaire : les 99 %.


Les Chiffres de la dette 2012


chiffresdeladette_2012

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14 novembre 2012

La croissance, c’est foutu foutu

Paru sur le blog de Gilles Raveaud


L’OFCE vient de publier ses prévisions de “croissance” pour 2013. Dans la plupart des pays européens, l’activité va plonger ou, au mieux, stagner ; il n’y aura pas suffisamment de nouveaux emplois pour absorber les nouvelles demandes ; le chômage et la pauvreté vont s’accroître.


Heureusement que l’Europe a eu le prix Nobel de la paix, sinon il y aurait de quoi s’inquiéter pour l’avenir du continent.


Voici le joli petit tableau de l’OFCE :

Ainsi que l’explique Xavier Timbeau, cette situation résulte d’une énorme boulette des dirigeants, qui ont cru pouvoir réduire les dépenses sans nuire à l’économie :

A l’impréparation des institutions européennes à une crise financière s’est ajoutée une erreur d’appréciation quant au fonctionnement des économies. Le cœur de cette erreur est l’évaluation erronée de la valeur des multiplicateurs qui permet de mesurer l’impact des politiques d’assainissement des finances publiques sur l’activité. En sous-estimant les multiplicateurs budgétaires, les gouvernements européens ont cru pouvoir rétablir rapidement et sans dommage l’équilibre de leurs finances publiques par une restriction rapide et violente.

Influencés par une abondante littérature économique qui pouvait même laisser croire qu’une austérité pouvait être source de croissance, ils se sont engagés dans un programme de restriction budgétaire sans précédent.

Cependant, aujourd’hui, comme l’illustrent les spectaculaires révisions du FMI ou de la Commission européenne, les multiplicateurs budgétaires seraient bien plus importants. (…) Aussi estimons-nous le multiplicateur pour l’ensemble de la zone euro en 2012 à 1,6, soit une évaluation comparable à celles établies pour les Etats Unis et le Royaume Uni.


Explications : idéalement, pour réduire le ratio déficit/PIB, il faudrait que les deux variables soient indépendantes : je baisse le déficit, le PIB ne bouge pas, et donc le rapport entre les deux diminue. ça, c’est ce qu’il semble y avoir dans la tête de nos dirigeants.


Problème : ça ne se passe pas comme ça, mais alors pas du tout. Selon l’OFCE, quand les dépenses publiques baissent de 10 milliards, le PIB se contracte de 16 milliards. (C’est ce que signifie la phrase relative à l’effet “multiplicateur” de la réduction des dépenses publiques égal à 1,6).


Autrement dit, non seulement le PIB ne reste pas inchangé quand les dépenses publiques baissent, mais il diminue même plus vite que les dépenses budgétaires : plus on réduit les dépenses, plus le ratio déficit/PIB augmente ! Plus l’effort de rigueur est fort, plus la cible s’éloigne.


L’Espagne illustre malheureusement à merveille cette situation tout à fait dingue :

C’est de cette mauvaise combinaison que résulte la débâcle par l’austérité qui compromet la perspective du retour à l’équilibre des finances publiques. L’Espagne illustre parfaitement cette implacable logique menée jusqu’à l’absurde d’une économie où un quart de la population active est sans emploi et qui risque la désintégration politique comme sociale.

Mais l’existence d’un multiplicateur élevé indique également la marche à suivre pour sortir du cercle vicieux de l’austérité. Il faut, au lieu de chercher à réduire à court terme à n’importe quel coût le déficit public, laisser l’économie revenir dans une zone de fonctionnement où les multiplicateurs sont plus faibles en retrouvant leur configuration usuelle. Il s’agit donc de reporter l’ajustement budgétaire à un moment où le chômage sera significativement réduit pour que la restriction budgétaire puisse produire son effet.

Reporter l’ajustement à plus tard suppose que la pression des marchés soit contenue par une banque centrale qui apporte la garantie nécessaire à la dette publique. Cela suppose également que les taux d’intérêt sur cette dette publique soient les plus bas possibles (…). Cela suppose également en zone euro que la mutualisation des dettes publiques soit associée à une forme de contrôle sur la soutenabilité dans le long terme des finances publiques de chacun des Etats membres, autrement dit, d’un abandon partiel d’une souveraineté nationale devenue inopérante, au profit d’une souveraineté supranationale, seule à même de dégager des marges de manœuvre nouvelles qui permettent de sortir de la crise.


Selon l’OFCE, les seuls pays de la zone euro à éviter une franche récession sen 2013 seraient, dans l’ordre, la Finlande (+ 1,1 %), la Belgique (0,9), l’Allemagne (0,6), l’Autriche (0,5) et les Pays-Bas (0,3).


Par contre, le cauchemar continue pour l’Italie (-1,1) et l’Espagne (-1,2), et surtout en Grèce, où l’économie poursuit son effondrement (-3,7). Nous assistons à la destruction de ce pays sans rien faire - ou plutôt si, en l’aggravant -, c’est invraisemblable.


On pourra en lire plus dans le chapitre consacré à la zone euro, voire en consultant le numéro dans son entier.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : croissance, europe, crise financière | | |  Facebook | | |

10 novembre 2012

Quatre ans après, l'Islande nargue l'Europe

Article paru sur La Tribune


Le 6 octobre 2008, les trois grandes banques islandaises faisaient faillite, provoquant une grave crise dans ce petit pays. Mais à présent, l'économie va beaucoup mieux grâce à une méthode inverse de celle suivie dans la zone euro.


Voici quatre ans, le 6 octobre 2008, le premier ministre islandais d'alors, Geir Haarde, provoque une onde de choc sur ce petit pays de 320.000 habitants. Trois semaines après la faillite de Lehman Brothers, il annonce que les trois grandes banques du pays, Kaupthing, Glitnir et Landsbanki, sont désormais incapables de faire face à leurs engagements. L'île nordique entre alors dans une des crises économiques les plus sévères de son histoire.


Un pays redressé

Quatre ans plus tard, l'économie islandaise affiche de nouveau une santé des plus robustes. Le PIB, qui avait reculé de 6,6% en 2009 et de 4% en 2010, devrait croître de 2,1% cette année, bien plus que le niveau de la plupart des pays européens. Le déficit budgétaire, de 13,5% du PIB en 2008 devrait être équilibré l'an prochain. Le chômage, qui était monté à près de 8% de la population active en 2010 devrait redescendre en 2013 à près de 5%. Enfin, le prêt d'urgence du FMI, de 2,1 milliards d'euros a été remboursé en avance.


Pas de pitié pour les banques et les créanciers

Comment l'Islande a-t-elle réalisée ce «miracle»? En suivant, il faut bien le dire, le chemin inverse de celui où s'est engagée la zone euro depuis 2010. Première clé du succès islandais : Reykjavik n'a «jamais essayé de sauver ses banques», comme le remarquait récemment le ministre de l'Industrie, Steingrimur Sigfusson au quotidien allemand FAZ. Les trois géants bancaires, dont les bilans cumulés étaient 10 fois supérieurs au PIB du pays, n'ont pas été recapitalisés. Les créanciers étrangers ont été mis à contribution d'emblée. Reykjavik n'a jamais tenté de sauver leur mise, comme cela a été le cas pour les créanciers islandais. Ainsi, il n'y a pas eu, comme en Espagne, de transfert du risque bancaire vers les finances publiques.


Une dévaluation réussie

Mais la vraie raison du succès islandais, c'est la dévaluation de la couronne qui a atteint jusqu'à 70%. Certes, cette baisse de la monnaie dans une économie si dépendante de l'étranger a provoqué une inflation qui a frôlé les 18% en rythme annuel au cours de l'année 2009 (elle atteint encore 4,3%). Il a fallu ralentir la hausse des salaires en 2009 et 2010. Mais cette baisse de la monnaie nationale a permis aux «parties saines» de l'économie nationale de profiter à plein de la reprise de l'économie mondiale. Ces parties saines sont principalement la pêche et le tourisme (le nombre de touristes est en hausse de 16% sur un an en 2012). Deux éléments qui ont permis au pays de bénéficier d'un fort et constant excédent courant. Au final, cet argent réinvesti dans l'économie nationale a créé un cercle vertueux en relançant les investissements.


Mécontentement

L'histoire du redressement islandais n'est certes pas un conte de fées. La population a été traumatisée par l'apparition d'une pauvreté et d'une précarité jusqu'ici inconnues. Reykjavik a fortement augmenté ses impôts, notamment sur les entrepreneurs, comme nul autre pays d'Europe depuis 2008. Du reste, le gouvernement social-démocrate qui avait déboulonné les conservateurs en 2009 après la crise est aujourd'hui au plus bas dans les sondages. Le pays est également très divisé sur la question de l'adhésion à l'UE et l'adoption de l'euro, vantée récemment par la banque centrale. Il est vrai que cette perspective, attractive voici quatre ans, l'est beaucoup moins aujourd'hui.


Un modèle?

L'Islande peut-elle être un modèle? Difficilement. La taille du pays rend la transposition de cette expérience difficile. Mais elle montre que la voie européenne qui consiste à se préoccuper d'abord des intérêts des créanciers et des banques n'est pas sans alternative. De même, elle prouve qu'il peut y avoir des expériences de dévaluations réussies, alors que l'on prétend que toute sortie de l'euro provoquerait la ruine des pays concernés.

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11 juillet 2012

A rebrousse-poil, des économistes lancent un manifeste contre la rigueur

Paru sur Rue89


Deux économistes de renom, qui en ont assez de voir les hommes politiques vanter sans relâche la rigueur budgétaire, ont décidé de pousser un coup de gueule. Publié dans le Financial Times [lien payant] et titré « Manifeste pour le retour à la raison économique », ce texte fait l’objet d’une pétition que tous les économistes sont invités à signer. La liste des signataires, des universitaires de nombreux pays, s’allonge très rapidement depuis jeudi.

Les deux signataires du texte sont :

Leur texte est un véritable plaidoyer pour la relance de la dépense publique, une politique keynésienne assez classique en période de crise mais qui, ces temps-ci, n’a pas beaucoup de succès parmi les gouvernements occidentaux – c’est une litote.

Voici leur texte, traduit par nos soins. Pascal Riché

Manifeste pour le retour à la raison économique

Plus de quatre ans après le début de la crise financière, les économies les plus avancées restent profondément déprimées, dans un contexte qui rappelle hélas trop les années 1930.


La raison en est simple : nous suivons les mêmes idées qui ont inspiré les politiques des années 1930. Ces idées, qui ont été invalidées depuis longtemps, reposent sur des erreurs d’analyse profondes, tant sur les causes de la crise que sur sa nature, ainsi que sur la réponse qu’il serait approprié de lui apporter.


Ces erreurs ont pris profondément racine dans l’opinion publique et elles servent d’appui pour justifier, dans de nombreux pays, une austérité excessive dans la conduite des politiques budgétaires. Il est temps de publier un manifeste dans lequel des économistes sérieux exposent au grand public une analyse plus solidement étayée de nos problèmes.


  • Les causes


De nombreux décideurs politiques répètent que la crise a été provoquée par des emprunts publics irresponsables. A quelques rares exceptions près – autres que la Grèce –, c’est faux. Les conditions de crise ont été créées par des emprunts et les prêts excessifs au sein du secteur privé, notamment par les banques.


L’explosion de cette bulle a conduit à une chute massive de la production et donc des recettes fiscales. Les déficits publics importants auxquels nous assistons aujourd’hui sont la conséquence de la crise, pas sa cause.


  • La nature de la crise


Lorsque la bulle du crédit immobilier, de part et d’autre de l’Atlantique, a éclaté, de nombreux acteurs du secteur privé ont réduit leurs dépenses pour tenter de rembourser leurs dettes. D’un point de vue individuel, il s’agissait certes, de leur part, d’une réponse rationnelle. Mais, à l’image du comportement similaire des débiteurs dans les années 1930, cette réponse s’est avérée collectivement destructrice. Pour une raison simple : les dépenses d’une personne, ce sont les revenus d’une autre.


La chute des dépenses a entraîné une crise économique, qui a aggravé du même coup le problème de la dette publique.


  • La réponse appropriée


Alors que le secteur privé est engagé dans un effort collectif pour dépenser moins, les politiques publiques devraient, à l’inverse, agir comme une force stabilisatrice, en essayant de soutenir la demande.


A tout le moins, nous ne devrions pas aggraver la situation par des coupes drastiques dans les dépenses publiques ou de fortes augmentations des taux d’imposition sur les ménages ordinaires. Malheureusement, c’est précisément ce que de nombreux gouvernements sont en train de faire.


  • L’énorme erreur


Après avoir répondu correctement à la crise dans un premier temps, pendant sa phase aiguë, les politiques ont pris, au nom du « bon sens », un mauvais tournant. Elles se sont concentrées sur les déficits publics, qui résultent principalement d’une chute des recettes provoquée par la crise des revenus ; elles font valoir que le secteur public doit tenter de réduire ses dettes de conserve avec le secteur privé.


En conséquence, au lieu de jouer un rôle stabilisateur, la politique budgétaire a fini par renforcer les effets récessifs des réductions des dépenses du secteur privé.


Les risques d’un plan trop brutal

Si le choc économique était moins grave, la politique monétaire pourrait prendre le relais. La politique monétaire doit être utilisée au maximum, mais avec des taux d’intérêt proches de zéro, cela ne suffira pas.


Il faut, bien sûr, se doter d’un plan à moyen terme pour réduire le déficit public. Mais s’il est trop brutal, ce dernier peut faire avorter la reprise économique, et donc devenir contre-productif.


Une des priorités essentielles, aujourd’hui, est de réduire le chômage avant qu’il ne devienne endémique, ce qui rendrait plus difficile encore la reprise économique et donc la réduction du déficit public.


Comment ceux qui défendent les politiques actuelles répondent-ils à l’argumentaire nous venons de dérouler ? Ils insistent sur deux points, très différents l’un de l’autre.


  • L’argument de la confiance des marchés


Leur premier argument est que les déficits publics vont entraîner une hausse des taux d’intérêt et donc empêcher la reprise. Symétriquement, affirment-ils, l’austérité permettra d’accroître la confiance et donc de favoriser le redémarrage.


Mais aucune preuve ne vient en appui à cet argument. Tout d’abord, malgré des déficits exceptionnellement élevés, les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi faibles qu’aujourd’hui, dans tous les grands pays dotés d’une banque centrale qui fonctionne normalement.


C’est même vrai du Japon où la dette publique dépasse désormais 200% du PIB annuel. Les dégradations de la dette japonaise, décidées par les agences de notation, n’ont eu aucun effet sur les taux d’intérêt locaux.


Si les taux d’intérêt se sont élevés dans certains pays de la zone euro, c’est parce que la BCE n’est pas autorisée à agir comme prêteur de dernier ressort aux gouvernements. Ailleurs, la banque centrale peut toujours, si nécessaire, financer le déficit public, laissant le marché obligataire de marbre.


En outre, si l’on examine l’expérience passée, il n’existe pas d’exemple probant où des compressions budgétaires ont conduit à une activité économique accrue. Le FMI, qui a étudié 173 cas de politiques d’austérité budgétaire dans différents pays, a constaté que celles-ci débouchent quasiment toujours sur une contraction de l’économie.


Dans la poignée de cas dans lesquels la réduction des déficits budgétaires a été suivie par une croissance, cette reprise s’explique par d’autres facteurs, comme une dévaluation de la monnaie dans un marché mondial porteur – ce qui n’est pas envisageable aujourd’hui.


La leçon de l’étude du FMI est claire : les coupes budgétaires retardent la reprise. C’est ce qui se passe aujourd’hui : les pays qui ont le plus réduit leurs dépenses publiques sont ceux qui ont connu des reculs de la production les plus forts.


La vérité, comme on peut aujourd’hui le constater, c’est que les compressions budgétaires n’inspirent pas la confiance des entreprises et des marchés. Les entreprises n’investissent que si elles anticipent un nombre suffisant de clients, recevant des revenus suffisants pour alimenter leurs dépenses. L’austérité décourage l’investissement.


Il existe des preuves massives contre l’argument de la « confiance des marchés » : tous les éléments allégués pour le soutenir s’évaporent quand on les soumet à un examen approfondi.


  • L’argument structurel


Deuxième argument avancé contre la relance de la demande : la production serait limitée, du côté de l’offre, par des déséquilibres structurels.


Si cette théorie était exacte, cependant, certains secteurs de nos économies seraient déjà au maximum de leurs capacités de production.


Dans la plupart des pays, ça n’est tout simplement pas le cas. Tous les secteurs majeurs de nos économies sont en difficulté, et chaque profession connaît un chômage plus élevé que d’habitude.


Donc, le problème est forcément une insuffisance générale de la demande.


Dans les années 1930, aux Etats-Unis, le même argument structurel avait été utilisé contre des politiques de relance par la dépense publique.


Mais les dépenses se sont accrues entre 1940 et 1942 et la production a alors augmenté de 20%. Le problème, dans les années 1930, était une pénurie de la demande, pas de l’offre. C’est le cas également aujourd’hui.


Des souffrances inutiles

En raison de leurs idées fausses, de nombreux décideurs occidentaux infligent des souffrances massives à leurs peuples.


Pourtant, les idées qu’ils défendent pour gérer les récessions ont, depuis les catastrophes des années 1930, été rejetées par presque tous les économistes . Et pendant les quarante années qui ont suivi, ou à peu près, l’Ouest a connu une période de stabilité économique sans précédent, avec un chômage faible.


Il est tragique de constater que, ces dernières années, les vieilles idées erronées ont de nouveau pris racine. Nous ne pouvons plus accepter une situation dans laquelle les décideurs politiques sont davantage guidés par la crainte erronée d’une hausse des taux d’intérêt que par les horreurs du chômage de masse.


Les politiques doivent, pour être plus efficaces, être différenciées selon les pays et nécessitent un débat approfondi. Mais elles doivent reposer sur une analyse correcte des problèmes. Nous exhortons donc tous les économistes et tous ceux qui sont d’accord avec l’orientation générale de ce manifeste à l’approuver sur le site ManifestoForEconomicSense.org, et à se mobiliser pour une approche plus saine.


Le monde entier souffre quand des hommes et les femmes gardent le silence sur ce qu’ils savent être faux.

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07 juillet 2012

Avis de tempête sur l’économie mondiale

Histoire de se donner le moral avant de partir en vacances ...

Article paru sur le blog Café de la Bourse

Où que l'on regarde, les nuages noirs s'accumulent à l'horizon. Ils arrivent de toutes part : d'Europe, des Etats-Unis, de Chine et d'ailleurs. L'économie mondiale pourrait tomber en récession dès 2013.


La crise de la zone euro s'aggrave


En dépit des récentes avancées du dernier sommet européen, les taux d'emprunt de l'Espagne et de l'Italie restent élevés (6,39% et 5,73% respectivement).

Les pays de la zone euro auraient besoin d'un euro faible pour amortir les effets de la récession et rendre les réformes budgétaires moins douloureuses. Mais la présence de l'Allemagne dans la zone monétaire alimente la force de l'euro et étouffe toute reprise économique de ses voisins.

Le tout sur fond de crise bancaire : les banques se replient sur leurs pays d'origine et les capitaux fuient de la périphérie et augmentent les risques de panique bancaire.


L'économie américaine s'affaiblit


Le PIB américain est en hausse de seulement 1,9% au T1 2012, contre +3% au trimestre précédent. En mai, l'économie américaine a créé moins d'emplois que le mois précédent.

L'accroissement de la dette va conduire le pays tout droit vers un nouveau conflit tragicomique sur le relèvement du plafond de la dette par le Congrès.

Pour assainir les comptes publics, le prochain président sera obligé d'augmenter fortement les impôts. Ce choc fiscal va refroidir la consommation, déjà faible.


La modèle chinois est à bout de souffle


Les investissements pèsent très lourd dans le PIB chinois, et ils sont en forte baisse. La consommation représente une part trop faible de la demande pour compenser. Pour aggraver le tout, la transition politique va ralentir ou reporter les réformes économiques.

→ Lire : 5 raisons de s'inquiéter pour l'économie chinoise


La crise des pays riches va contaminer les émergents


Les pays développés vont entraîner les pays émergents dans la crise, via leurs liens commerciaux. Le fameux découplage n'a pas eu lieu.


Le Moyen-Orient est une poudrière


De nombreuses tensions couvent depuis longtemps au Moyen-Orient (Syrie, Iran). Si les USA et Israël ne parviennent pas à dissuader l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, une probable guerre en 2013 conduirait à un bond du prix du pétrole, puis à une récession mondiale.


Nos dirigeants n'ont plus de munitions


Les dirigeants, européens en particulier, ont grillé toutes leurs cartouches. En 2008, les pouvoirs publics avaient un peu de marge de manoeuvre, mais ils n'ont désormais plus aucun lapin dans leurs chapeaux. Les banques centrales ne peuvent plus baisser les taux d'intérêts, déjà proches de zéro.

Surendettés, les gouvernements n'ont plus les moyens d'utiliser la dépense publique pour stimuler l'économie. Quand bien même elles auraient les moyens, les politiques keynésiennes de relance de l'économie ne fonctionnent plus.


Laurent Curau

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