23 juillet 2008

Violence et chômage

Il y a maintenant quelques semaines, une étude sur le taux de violence par ville a été publiée dans la presse. Il s’agit du nombre de faits de violences (coups et blessures, vol avec violence) pour 1000 habitants.
Sans surprise, 7 villes du « 9-3 » apparaissent en tête du classement, la palme revenant à Saint-Denis avec 31,27 faits de violence pour 1000 habitants. A l’autre extrémité du classement, se trouve Marly-le-Roi avec 1,45.

J’ai eu l’idée de mettre en relation ce taux de violence avec le taux de chômage (obtenu sur le site de la Dares). Je n’ai pu faire le rapprochement que pour 200 des quelque 400 villes de l’étude.

Cliquez ici pour consulter le tableau (trié par département)

Franchement, je m’attendais à ce que le taux de violence soit corrélé avec le taux de chômage. Je ne veux pas dire que les chômeurs sont forcément violents, mais le taux de chômage est révélateur des difficultés économiques d’une région, et les difficultés économiques se traduisent par des difficultés sociales.

Avec les données précédentes, j’ai donc tracé un graphique (en excluant Saint-Denis car son taux de violence est trop élevé par rapport aux autres villes).
L’axe horizontal représente le taux de chômage et l’axe vertical le taux de violence. Chaque point représente une ville.
Je m’attendais à ce que, grosso-modo, les points soient alignés.
Mais en fait…pas vraiment !

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Même si 75% des villes qui ont un taux de chômage inférieur à 7,5% ont un taux de violence inférieur à la moyenne (contre 54% pour celles qui ont un taux de chômage supérieur à 7,5%), on trouve beaucoup d’« anomalies ».

Quelques exemples :
Pour un taux de chômage de 6%, le taux de violence varie de 11,94 % à Evry (91) à 2,45% à Moulins (03).
Pour un taux de chômage de 8%, le taux de violence varie de 7,29 % à Vernon (27) à 2,37% à Foix (09).
Pour un taux de chômage de 12%, le taux de violence varie de 12,67 % à Marseille (13) à 3,36% à Tourcoing (59).

Sans doute la ville n’est-elle pas le niveau pertinent pour évaluer ce lien. Sans doute faut-il descendre au niveau du quartier.

Cela signifie qu’une réduction « en moyenne » du chômage n’est pas suffisante pour obtenir une réduction du taux de violence. Le cas le plus significatif est peut-être celui d’Evry où, avec un taux de chômage de 6%, donc relativement faible, on atteint un taux de violence très élevé. Cela provient-il de l’existence de « quartiers difficiles » ou à une violence « importée » d’autres zones voisines. Quoiqu’il en soit, cela met en lumière la nécessité de la réduction des inégalités en général et à l’accès au travail en particulier.

Je reste persuadé que la violence provient majoritairement des inégalités et des frustrations qu’elles engendrent, et du consumérisme proposé comme modèle de société.

On retrouve le mécanisme de la frustration que le sociologue américain Robert Merton avait mis en évidence il y a plus d’un demi-siècle. Merton disait la chose suivante : « nous vivons dans une société de consommation qui créé dans l’ensemble de la jeunesse des aspirations à la jouissance de ces biens de consommation. Cette société s’enrichit globalement mais elle maintient en son sein de fortes inégalités sociales. Dès lors il y aura toujours une partie des jeunes pauvres qui voleront pour posséder les mêmes biens. »
Les décennies passent et l’analyse Merton est toujours plus pertinente.

Contrairement aux résultats des enquêtes sur le sentiment d’insécurité qui montrent que les personnes âgées et les femmes sont globalement plus insécures, les enquêtes de victimation indiquent ici que ce sont les jeunes hommes (15-30 ans) qui sont les principales victimes de ces affrontements. Autrement dit, les jeunes garçons se battent entre eux, dans la rue et dans les parties communes d’immeubles, dans les transports en commun et sur le quai des gares, dans les cours de récréation et à la sortie des écoles (plus de 85 % des victimes d’agressions physiques sont les élèves eux-mêmes et non les enseignants ou les personnels administratifs).

Le cœur du risque d’agression met donc en scène des jeunes hommes résidant principalement dans et autour des quartiers populaires, et des victimes dont le profil n’est guère différent. De fait, c’est dans ces quartiers que s’exacerbent les logiques d’honneur et de revalorisation identitaire par le biais du territoire, deux phénomènes qui sont d’autant plus prégnant chez l’individu qu’il n’a par ailleurs pas grand chose de valorisant à quoi se raccrocher dans son histoire personnelle (origine nationale, histoire familiale, parcours scolaire, perspective d’insertion économique). Ce processus est tout à fait classique, mais il s’est incontestablement accentué au cours des quinze dernières années, du fait notamment de la pérennisation des situations de marginalisation de l’école et du monde du travail dans une partie de la jeunesse des quartiers populaires, tout particulièrement en ce qui concerne les jeunes (français ou étrangers) de familles maghrébines.


PP

15 juillet 2008

Jusqu'ici, tout va bien...

Quelques informations prises au hasard dans la presse, à la rubrique « Economie » :
*Usine Goodyear d’Amiens-Nord : La CGT et SUD s’opposent à un projet de réorganisation du travail en quatre équipes au lieu de cinq. La direction menace de supprimer 402 emplois sur le site faute d’accord.
* Groupe public d’armement Nexter : La quasi-totalité des sites à été paralysée à l’initiative de plusieurs syndicats qui réclament de nouvelles négociations sur le temps de travail. La direction du groupe veut allonger la durée du travail à 218 jours par an, contre 205 aujourd’hui.
* Groupe volailler Doux : le groupe a annoncé la fermeture de deux sites de production et la réduction de l’activité d’un troisième, entraînant la suppression de 647 poste de travail dans le Cher et le Morbihan. L’entreprise compte 13000 salariés dont 7000 à l’étranger.
* Imprimerie Quebecor de Blois : le financier néerlandais HHBV va fermer cette imprimerie, qu’il vient de racheter. Environ 150 salariés, qui fabriquaient des suppléments télé pour les journaux et des brochures publicitaires, seront licenciés. HHBV, qui a aussi acquis l’imprimerie Maury à Orléans, se retrouve en surcapacité industrielle et le site de Blois n’est pas assez rentable selon lui.
* Banque Natixis : 200 salariés ont manifesté à Paris contre le plan social qui risque d’entraîner au total 1650 suppressions de postes.

Pas étonnant, dans ces conditions, que la production industrielle ait lourdement chuté en mais (-2.6%), confirmant le ralentissement général de l’économie et laissant présager une très faible croissance au deuxième trimestre.

Ces exemples ne sont malheureusement que quelques pièces d’un puzzle qui se construit jour après jour : la désindustrialisation de la France, accompagnée d’une dramatique régression sociale (augmentation du temps de travail, dégradation des conditions d’emplois, stagnation des salaires…).

Nicolas Sarkozy peut bien faire le fanfaron (activité dans laquelle, il faut bien le reconnaître, il excelle) devant ses petits camarades de l’UMP en constatant qu « ‘il n’y a plus grand monde qui fait la grève et plus grand monde pour manifester dans la rue. »

Cette stratégie de la désinvolture et du mépris ne pourra durer indéfiniment sans risquer une explosion sociale en France.

On ne peut durablement opposer aux revendications des salariés toujours plus de dérégulations, plus de précarité (vendue comme de la « souplesse ») sans que ne se produisent, tôt ou tard, des réactions dont je crains qu’elles ne soient violentes et non maîtrisées…
A suivre.

PP

09 juillet 2008

Otages

La semaine dernière, tout le monde s’est réjoui, à juste titre, de la libération de la « franco-colombienne » Ingrid Betancourt.

Malheureusement, personne ne semble se soucier des 60 millions de franco-français qui sont toujours otage d’un guérillero contre-révolutionnaire à talonnettes !

Je ne vais pas une fois de plus énoncer la longue litanie des « réformes » qui, sous prétexte de « moderniser » la France, constituent autant d’attaques en règle contre la protection sociale, le droit du travail, la justice sociale… Réductions de postes dans l’Education Nationale, sanctions contre les chômeurs, franchises médicales, bouclier fiscal…j’en oublie et des pires.

Aujourd’hui, je souhaite m’attarder sur le démantèlement des 35 heures qui a été entériné mardi à l’Assemblée Nationale. En effet, le texte de loi proposé par Xavier Bertrand, en violation de la position commune trouvée par les syndicats, a été adopté. Selon le lobbyiste en chef de l’UMP, Frédéric Lefebvre, ce texte permettra de « libérer les possibilités de négociation » au sein de l’entreprise. En effet, il est prévu que, désormais, la négociation sur le temps de travail pourra être menée « entreprise par entreprise ». Il sera ainsi possible de déroger aux accords de branche, à condition que l’accord d’entreprise soit signé par des organisations syndicales représentant plus de 30 % du personnel. Mais que se passera-t-il dans les petites entreprises, où il n’y a pas de représentation syndicale ?

Quoiqu’on en dise, et même si bon nombre de patrons ne sont pas des exploiteurs, il n’en demeure pas moins que salariés et employeurs ne sont pas sur un pied d’égalité en matière de négociation, dans la mesure où il existe un lien de subordination entre eux.

Dans un contexte économique tendu, le chantage à la délocalisation est une arme que les entreprises n’hésitent plus à employer comme argument de « négociation ». Les exemples ne manquent pas : Bosch, Goodyear… Par son texte rétrograde, le gouvernement donne un signal d’encouragement aux tenants de ces pratiques.

Jusqu’à présent, les cadres étaient (un peu) épargnés par la « modernisation ». Ils étaient sans doute les principaux bénéficiaires de la RTT. Compte tenu de l’impossibilité de comptabiliser précisément leur temps de travail, les lois Aubry avaient introduits les « forfaits en jour ». Actuellement, les 35 heures équivalent, sur l'année, à des forfaits de 218 jours. Une très grande majorité d'entreprises ont négocié des forfaits entre 200 et 210 jours. Désormais, le plafond officiel est de 235 jours, mais des accords d’entreprise pourront porter ce maximum à …282 jours.

235 jours, cela signifie travailler du lundi au vendredi, sauf pendant les 25 jours de congé et le 1er mai. Plus de RTT, bien sûr, mais plus de jours fériés non plus !

282 jours, cela signifie travailler du lundi au vendredi toute l’année…plus 21 samedis ! Plus de RTT, plus de jours fériés, plus de vacances !

De plus, ces forfaits en jours ne s’appliquent pas qu’aux cadres, mais également à d’autres salariés « autonomes ». Or, les députés UMP ont renoncé à l'un de leurs engagements vis-à-vis des syndicats, à savoir une définition plus précise des salariés autonomes (ceux "dont la durée du temps de travail ne peut être prédéterminée"). Vous voyez la suite !

Vous pourriez être tenté de me dire : « Y en a marre de se plaindre tout le temps ! Il faut avancer, prendre des risques ! Le chômage baisse, ce la veut dire qu’il y a des opportunités de trouver du boulot. »
Certes, le chômage baisse, mais c’est en partie dû à un changement de méthode statistique, pour se rapprocher de la mesure du Bureau International du Travail (BIT). Le chômage baisse, mais le sous-emploi augmente ainsi que les « formes particulières d’emploi ». Ainsi, le nombre de personne déclarant travailler moins qu’elles ne le souhaitent a augmenté de 420 000 entre 1990 et 2006. Le nombre de ceux qui subissent des « formes particulières d’emploi » (CDD, intérim, contrat aidé,…) est passé de 1 million à 2,7 millions depuis 1982. Dans ces conditions, il semble difficile de croire que les salariés soient en position de force pour négocier avec leurs employeurs.
Quant à la prise de risque, encore faudrait-il qu’elle ait une chance de porter ses fruits et que les efforts soient justement répartis. Entre 1998 et 2005, les revenus des 1% le plus riches ont augmenté de presque 20%, alors que ceux du reste de la population ont augmenté de moins de …4% !

PP

04 juillet 2008

Action / Réaction

D’habitude, les (trop rares) commentaires que je reçois sur ce blog me laissent penser que les lecteurs partagent mes analyses. Au passage, je les remercie de bien vouloir consacrer un peu de leur temps à la lecture des mes écrits !
Mais hier, j’ai reçu un commentaire d’une toute autre teneur en réponse à la note du 18 juin relative à l’explosion de la pauvreté en Allemagne…

Je vous le livre dans son intégralité, car je suis favorable à la liberté d’expression :
« Bien sur, il faut maintenir l'âge de la retraite dans tous les pays, ignorer superbement l'allongement de la durée de la vie, et accepter de payer plein pot pour des gens qui sont encore tout à fait capable de produire des richesses (peut-être aimeront-ils eux-mêmes travailler plus longtemps quand ils se rendront compte de la diminution de leurs propres retraites).
Il faut aussi minimiser les heures de travail et la production industrielle, pour réduire les rentrées de l'état (oui, les entreprises payent beaucoup d'impôts) et être certain de couper le financement des aides sociales en faveur de plus démunis.
Avez-vous suivi le moindre cours d'économie au lycée? Pourquoi dépenser autant d'énergie à convaincre vos lecteurs alors que vous ne connaissez rien au sujet?
»

Hmmm…Bon…Voilà, voilà...

« Ce qui est excessif est insignifiant » disait Talleyrand. J’aurais donc pu effacer illico ce commentaire, mais je préfère y répondre car les arguments avancés sont malheureusement encore trop répandus.

Avant tout, je l’avoue, je n’ai pas suivi de cours d’économie au lycée. Je me suis un peu rattrapé après le bac, puis par de nombreuses lectures. Mais, je vous raconterai ma vie une autre fois !
Je remercie mon interlocuteur de bien vouloir prendre acte de mon « énergie », c’est déjà ça !
Mais pourquoi est-ce que j’arrêterais de m’exprimer alors que Jacques Marseille et Jean-Marc Sylvestre sévissent toujours ?

Plus sérieusement et pour revenir à l’âge de la retraite, l’allongement de la durée de la vie est l’argument massue pour « vendre » l’allongement de la durée de cotisation.
Sauf que l’âge moyen de sortie du marché du travail en France est toujours de 58,8 ans et que les entreprises sont toujours prêtes à pousser dehors les « seniors » (et 400 000 personnes de plus de 57 ans sont dispensées de rechercher du travail).
Sauf que l’allongement de la durée de la vie n’est pas le même pour tout le monde : un cadre a une espérance de vie supérieure de 6 ans à celle d’un ouvrier.
Sauf que la proportion de salariés contraints de rester longtemps dans une position pénible est passée de 16% à 34% entre 1984 et 2005 et de ceux devant porter des charges lourdes est passée de 21% à 39%. La pénibilité du travail est donc évidemment un paramètre à intégrer dans la réflexion.
Enfin, je ne suis pas sûr, par exemple, que les retraités anglais qui sont obligés de travailler pour échapper à la pauvreté (11% d’entre eux vivent en-dessous du seuil de pauvreté) le font parce qu’ils « aiment travailler plus longtemps ».
Une des conditions pour la pérennité du régime de retraite par répartition est la réduction du chômage par la création d’emplois de bonne qualité (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), ce qui suppose de revenir sur une politique de l’emploi fondée sur le développement de l’emploi peu qualifié.
Au passage, l’Insee a récemment revu à la hausse son scénario d’évolution de la population active: elle estime désormais qu’en 2050 il y aura 1,4 actif pour un retraité contre 1,2 dans sa précédente estimation (qui avait servi de base à la loi Fillon).

Mon propos n’a jamais été de « minimiser les heures de travail ». Je pense simplement que « Travailler plus » doit signifier « être plus nombreux à travailler » et non pas faire en sorte que ceux qui ont déjà un travail travaille plus : c’est le choix des pays scandinaves. Ce qui est important, pour une économie, c’est le nombre d’heures globales travaillées et non pas la durée individuelle du travail.
Au passage on peut noter que, depuis 1960, le PIB de la France a été multiplié par plus de 3, alors que le nombre total d’heures travaillées a légèrement baissé : c’est ce que l’on appelle les gains de productivité. C’est la source principale de la performance d’une économie : « Gagner plus en travaillant un peu moins ». Pour cela, il faut travailler mieux. Il faut donc investir dans l’éducation, la recherche, les nouvelles technologies…autant de secteurs où la France perd du terrain. Les salariés français sont parmi les plus productifs au monde, plus que les allemands, les anglais et même les japonais. Pour combien de temps encore ?

« Les entreprises payent beaucoup d’impôts »… En France, l’impôt sur les sociétés arrive seulement en 4ème position avec 48 milliards d’Euros, derrière la TVA (131 milliards), la CSG (76 milliards) et l’impôt sur le revenu (52 milliards). En Allemagne, de 1995 à 2005, le taux d’impôt sur les sociétés est passé de 55% à 38%...

Ce qui « coupe le financement des aides sociales », c’est aussi et surtout les 20 milliards d’exonérations de cotisations sociales, les 40 milliards des niches fiscales, les 40 milliards de la fraude fiscale, les 10 ou 15 milliards de l’inutile « paquet fiscal ».

PP

01 juillet 2008

Le chômage repart à la hausse en mai

Le chômage repart à la hausse en mai : le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie 1 (disponibles immédiatement et à la recherche d’un CDI à temps plein) a augmenté de 0,3% par rapport à avril, repassant au-dessus de 1,9 millions.

Depuis le début de l’année (voit aussi la note du 9 juin 2008), la tendance à la baisse est très largement remise en cause. On peut noter que cela coïncide avec l’entrée en vigueur des heures supplémentaires défiscalisées.
Bizarrement, d’ailleurs, les inscriptions à l’ANPE pour cause de fin de mission d’intérim ont beaucoup augmenté (+9.2%) ! Si une entreprise a recours aux heures supp, elle n’a plus besoin d’intérim. C’est d'autant plus fâcheux que l’intérim constituait souvent un tremplin vers l’emploi pour les jeunes. Le chômage des moins de 25 ans a d'ailleurs augmenté de 1,3% en mai…Pure coïncidence.

Enfin, les reprises d’emploi ont baissé de 2,3% alors que les radiations administratives ont augmenté de 3,2 %.
A défaut de faire baisser le chômage, ça fait au moins baisser les chiffres du chômage ! C’est déjà ça !

PP

13 juin 2008

A vous de juger...

L'émission à laquelle a participé François Fillon ce soir aurait dû s'appeler "L'école des fans"!
Ils étaient tous là, ou presque : Devedjian, Estrosi, Dati, Alliot-Marie, Amara, Hirsch, Kosciusko-Moriset, Woerth, Yade, et bien sûr le grand copain Bertrand, qui n'a pas desseré les mâchoires de la soirée...

Nous pouvons être rassurés : les relations entre le Président et le Premier Ministre sont bonnes, au moins aussi bonnes qu'entre Giscard et Chirac, Mitterrand et Rocard voire De Gaulle et Pompidou sur la fin! Tout va bien !

Comme on pouvait s'y attendre, pas d'annonces nouvelles. L'émission avait sûrement pour objectif de montrer que François Fillon avait plein de copines et de copains.

J'ai noté deux ou trois erreurs:
* Selon François Fillon, plus de 500 000 emplois auraient été créés en 2007. En fait c'est envirion 300 000.

* Selon lui, le pouvoir d'achat aurait augmenté de 0,7% entre 1998 et 2002, la faute bien sûr...aux 35 heures.
Dans un rapport du Sénat datant de décembre 2006, on peut lire que : "Deux phases se succèdent dans l’évolution du pouvoir d’achat des ménages entre 1998 et 2006 : entre 1998 et 2002, le pouvoir d’achat augmente fortement et régulièrement (+ 3,4 % en moyenne par an) ; par la suite, son évolution est plus heurtée."
Il est vrai que le Sénat est connu pour ses tendances bolchéviques...

* Enfin, il s'est selon moi un peu emmêlé les crayons sur l'impact de la TIPP et la TVA sur le prix du carburant. Opposé à François Hollande sur le sujet, il a d'abord dit que la TVA augmentait "exponentiellement" avec le prix du carburant. Proportionnellement, ça suffira!
Ensuite, si l'on regarde la décomposition du prix d'un litre d'essence on a (grosso modo) :
* Carburant : 0,69 €
* TIPP : 0,61 €
* TVA : 0,25 €
* Total : 1,55 €
Certes, la TIPP est fixe et n'augmente pas si le prix du carburant augmente (contrairement à la TVA qui est proportionnelle et s'applique également sur la TIPP). Mais son poids dans le prix total est nettement supérieur à celui de la TVA. Il faudrait que le prix du carburant augmente de...260 % pour que la TVA atteigne le niveau de la TIPP. Donc, si on veut agir rapidement sur le prix du carburant, l'idée de la "TIPP flottante" n'est pas si mauvaise que ça.

Pour finir, il a dit que les socialistes avaient une vision simpliste de l'économie. Il est vrai que "Travailler plus pour gagner plus", c'est d'une finesse rare!

PP

09 juin 2008

7,2 % !

7,2 % ! Le taux de chômage le plus bas depuis 25 ans. Cela semble justifier la politique de Nicolas Sarkozy.
Sauf que…la baisse est amorcée depuis avril 2005.

La baisse n’est donc pas à mettre au crédit du gouvernement actuel. Ses mesures phares (fusion UNEDIC/ANPE, sanctions contre les chômeurs) ne sont d’ailleurs pas encore effectives.
Si le chômage baisse, c’est principalement dû à un surcroît de départs en retraite.

N’oublions pas également que, désormais, c’est le taux au sens du BIT qui est publié. Pour être comptabilisé, un chômeur doit avoir entrepris des « démarches actives de recherche d’emploi ». Ce critère subjectif permet d’en faire « disparaître » quelques uns.
Selon ces chiffres, le nombre de chômeurs a baissé de près de 15 % en un an :
* Chômeurs « BIT » en avril 2007 : 2 341 000
* Chômeurs « BIT » en avril 2008 : 2 001 000

Les chiffres de l’ANPE montrent une baisse de seulement 4% …
* Chômeurs « catégories 1+6 » en avril 2007 : 2 469 600
* Chômeurs « catégories 1+6 » en avril 2008 : 2 361 200

Et surtout un net ralentissement de la baisse depuis l’entrée en vigueur des « heures supp » !

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De plus les créations d’emploi sont majoritairement de mauvaise qualité (temps partiel, CDD…).
Il est donc trop tôt pour se réjouir…et basculer vers les retraites les excédents de l’UNEDIC (qui indemnise moins d'un chômeur sur deux, 48 % exactement).

PP

04 juin 2008

Sarkozy un an après...

Sarkozy un an après : quand communication…
…rime avec désillusion et mobilisation


Par Claude NAYRAL (Secrétaire de la Section Socialiste de Capestang)

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Un an après l’élection présidentielle, l’illusion de la « rupture » s’est dissipée. La crise économique et la crise sociale s’approfondissent. Le « grand communicateur » d’hier est perçu aujourd’hui comme un histrion.
La présidence bling-bling et les couacs gouvernementaux ne doivent pas faire oublier l’essentiel d’un programme qui est mis en œuvre sans aucunes concessions : nouvelles réductions des droits sociaux (franchises médicales, retraites…), traque des sans-papiers, stigmatisation des chômeurs, nouveau code du travail (remise en cause des 35 heures), banalisation de la culture des OGM après le Grenelle de l’environnement, alignement international de la France sur les Etats-Unis… sans oublier les attaques contre tous les services publics : justice, hôpitaux et bien sûr mesures régressives tous azimuts pour l’Education.

Détournement du sens des mots ? Détournements du sens de l’histoire ?
L’organisation de la « communication gouvernementale » est au point.
Sauf que… la suppression « raisonnable » d’emplois pour améliorer la qualité des services publics, ça ne soulève pas un grand enthousiasme !
Sauf que… « caisses vides » a du mal à être compris après les dons importants à ceux qui n’en n’ont pas particulièrement besoin (bouclier fiscal, exonérations diverses…).
Sauf que… les mesures relatives aux « heures supplémentaires » sont, d’un point de vue macro-économique, inefficaces : selon une étude de la commission des finances de l’Assemblée, elles coûtent plus cher à l’Etat que le surplus de pouvoir d’achat distribué !
Sauf que… « déficits » n’empêchent pas nombres d’Etats (Royaume-Uni, Etats-Unis) de continuer à avoir une croissance positive de leur PIB.
Sauf que… « rénovation de la fonction publique » ça ne passe vraiment pas quand il s’agit de la détruire en privilégiant les « partenariats public-privé », les contrats précaires ou encore la mobilité forcée des personnels.
Sauf que… « concertation » n’a plus de sens quand – que ce soit pour la retraite, pour les nouveaux cadres d’emploi dans la fonction publique – les conclusions sont tirées d’avance.

Le président de la République, comme son gouvernement, avait fait le choix de dire crûment les choses pendant les premiers mois de son mandat. Mais depuis janvier 2008 les choses ont changé. L’opinion pense que les arguments utilisés ne correspondent pas à la réalité du vécu et, avec juste raison, que la direction prise ne paraît pas être la bonne. Heureusement face à ces attaques la riposte s’organise :
- des caissières de supermarché se mettent en grève faute de gagner de quoi vivre en travaillant,
- des métallurgistes font de même et refusent la destruction de leur outil de travail,
- des enseignants, des élèves et leurs parents se mobilisent pour défendre le droit à l’éducation,
- des pêcheurs, des agriculteurs et des routiers maintiennent la pression sur le gouvernement face à la hausse du prix des carburants…

Malgré ce front syndical, le gouvernement continue de « réformer », de « moderniser », d’« encourager »… mais derrière le paravent des mots détournés la réalité apparaît bien nue.
Quelle logique à casser les services publics alors que la libéralisation de la société est totale avec « subprime », avec spéculation sur les denrées alimentaires ou sur l’énergie, avec destructions environnementales ?
Ce gouvernement est bien à contre courant des besoins de notre pays, de notre planète ! Sa volonté d’appliquer la « rupture » l’empêche d’entendre les voix qui montent de tous les bords.
Les seules vraies économies passent par des dépenses socialisées, que ce soit en matière d’éducation, de santé, de retraite, de transport…
Les mobilisations multiples et unitaires de ce premier semestre 2008 marquent un tournant important dans la situation de notre pays. Liées à la baisse générale de popularité de nos gouvernants, au mécontentement grandissant, elles redonnent cohésion au mouvement social et font la démonstration que l’histoire n’est pas vraiment écrite.
Pour autant ces mobilisations ne constituent pas une fin en soi, seule une réponse politique apportera tout espoir de changement. Cette tâche incombe aux partis politiques de gauche et plus particulièrement au Parti Socialiste. Ce dernier devra proposer en temps voulu un projet d’avenir alternatif à celui conduit aujourd’hui par l’UMP.
Alors et seulement alors, la gauche dans son ensemble utilisera à son tour la « communication » comme un outil de « conviction » de l’opinion en guise d’une « amélioration » de la société.

02 juin 2008

Le refrain imperturbable du radoteur

La chronique dominicale de Claude Imbert dans Midi Libre a au moins une vertu…mais une vertu laxative ! En tout cas, chez moi, l’effet est immédiat !

Dans son dernier opus intitulé « Le destin impopulaire du réformiste », il fustige, comme à son habitude, les « intégristes de l’avantage acquis », vitupère contre notre soi-disant fainéantise congénitale qui nous condamneraient irrémédiablement à la stagnation, bref la routine « imbertienne »…

Lui qui, d’habitude, se contente de généralités incantatoires, de poncifs ultralibéraux usés jusqu’à la corde, voilà qu’il nous jette à la figure notre « record de la plus faible durée annuelle du travail, qui nous laisse à 125 heures de la moyenne britannique et à 220 de la moyenne américaine. Ce déficit national de travail reste la raison simplissime mai principale de notre débilité de croissance. »
Pour ce qui est de la débilité, Claude Imbert est sans aucun doute un expert, mais pour le maniement des chiffres, il faut voir…

Essayons d'expliciter les propos précédents: les 125 heures d’écart avec la moyenne britannique signifient qu’un britannique travaille en moyenne 125 heures de plus par an qu’un français…soit un peu plus de 2 heures par semaine. Cela est vrai pour les salariés à temps plein. En effet, selon l’institut européen Eurostat, un salarié français à temps plein travaillait en 2007 en moyenne…41 heures par semaine (au fait, où est le carcan des 35 heures ?) contre plus de 43 heures pour son homologue britannique. Dont acte.

Sauf que…n’oublions pas qu’au Royaume-Uni, il y a beaucoup de salariés qui travaillent à temps (très, voire très, très) partiel. Si bien qu’au global, et toujours selon Eurostat, la durée moyenne hebdomadaire de travail au Royaume-Uni en 2007 était de 36.9 heures contre…38.1 heures pour nous autres les fainéants. Il n’y a guère que l’Italie, l’Espagne et les pays d’Europe de l’Est qui travaillent plus (pas forcément pour gagner plus, d’ailleurs !).
Les chiffres, c’est un peu comme les explosifs, il faut les manier avec précautions, sinon ça peut se retourner contre vous !

De toute façon, la supposée « performance » britannique n’est pas due à l’acharnement des travailleurs, mais à l’explosion de l’endettement et à la bulle immobilière qui ont soutenu la consommation (au prix d’une balance commerciale plus déficitaire que celle de la France, d’ailleurs). La baisse du marché immobilier, le durcissement des conditions de crédit lié à la crise financière, ont largement compromis le « modèle » de croissance britannique : 1,6 % en 2008, peut-être moins en 2009…Les britannique sont donc aussi « débiles » que nous.

Sur les retraites, Claude Imbert semble oublier qu’il ne sert à rien d’allonger la durée de cotisation tant que l’âge moyen de départ reste scotché à 58,8 ans. Enfin, si… ça sert à faire baisser le niveau des pensions !

Claude Imbert est au bord de l’évanouissement de bonheur lorsqu’il évoque « la révolution silencieuse dans le champ des relations sociale » impulsée par Nicolas Sarkozy. Parlons-en de cette « révolution » ! Tout ce qu’on peut constater c’est que le gouvernement, à au moins trois reprises, s’est essuyé les pieds sur la négociation entre partenaires sociaux :
* sur les retraites : la loi Fillon de 2003 prévoyait un réexamen global de la situation en 2008 par les partenaires sociaux. En guise de réexamen, le gouvernement a imposé l’allongement à 41 ans de cotisations.
* sur le temps de travail : le gouvernement est passé outre la position commune des syndicats en imposant la négociation « entreprise par entreprise » du temps de travail.
* sur l’assurance-chômage : le gouvernement a pris de court les partenaires sociaux en définissant un système de sanctions contre les chômeurs refusant plusieurs offres « raisonnables » d’emploi. Alors que plus de la moitié des chômeurs ne sont pas indemnisés par l’Unedic, que ceux qui le sont touchent en moyenne 1000 € par mois, il était vraiement urgent de mettre au pas ces « privilégiés » !

Claude Imbert peut fulminer contre ceux qui quittent « le droit chemin démocratique en demandant à la grève et à la rue de censurer la volonté des urnes ». Ce n’est peut-être qu’un début !

PP

22 mai 2008

Puisqu'on vous dit que ça marche !!

Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, Laurent Wauquiez le répètent en chœur : « les heures supplémentaires, ça marche ! »
En effet, selon les chiffres de l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (ACOSS) 59% des entreprises auraient eu recours à ce dispositif en mars 2008, contre 51% en décembre 2007.
Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Sauf que…
Pourquoi le gouvernement ne communique-t-il pas tout simplement sur le nombre d’heures supplémentaires ? En effet, pour vraiment juger de l’efficacité de la mesure, le bon indicateur c’est le nombre d’heures supplémentaires effectuées et pas le nombre d’entreprises qui ont recours au dispositif. Cette question me tarabustait, jusqu’à ce que je trouve la réponse dans « Aujourd’hui en France » daté du 21 mai. Selon l’ACOSS, voici le nombre d’heures supplémentaires effectuées dans les entreprises de plus de dix salariés dans les derniers mois :
* Décembre 2007 : 47 millions
* Janvier 2008 : 44 millions
* Février 2008 : 42 millions
* Mars 2008 : 42 millions
Ce n’est pas vraiment une montée en puissance exubérante !

Toujours selon l’ACOSS, voici le montant actuellement déclaré des exonérations
* Décembre 2007 : 165 millions d’€
* Janvier 2008 : 156 millions d’€
* Février 2008 : 152 millions d’€
* Mars 2008 : 156 millions d’€
Ces chiffres confirment bien l’essoufflement.

Au passage, on peut noter que chaque heure supplémentaire coûte au contribuable environ 3,60 €. A cela, il faut ajouter le manque à gagner (pour l’Etat !) en termes d’impôt sur le revenu, bien que ceci soit compensé par une diminution de la prime pour l’emploi pour certains bénéficiaires du dispositif.

De l’aveu même du sous-ministre à l’Emploi, l’inénarrable Laurent Wauquiez, le nombre d’heures supplémentaire est en moyenne de six heures par mois et par personne. On est loin des quatre heures par semaine mentionnés dans les simulations du ministère de l’Economie!

Au final, si plus d’entreprises ont recours au dispositif, ce n’est pas forcément le signe d’un succès du dispositif, cela traduit plutôt un saupoudrage où chaque bénéficiaire récupère quelques « miettes » sans que cela change fondamentalement sa situation.

En dernier recours, le ministère de l’Economie nous assène que le dispositif des heures supplémentaires va injecter 5 milliards d’€ de pouvoir d’achat. Ca a tout l’air d’un argument « massue » tant le chiffre est imposant ! Mais…si l’on rapporte ce chiffre à l’ensemble des salaires bruts, ça fait rapidement « pschitt ». En effet, les salaires bruts s’élèvent à environ 700 milliards d’€ par an. Les 5 milliards de « pouvoir d’achat » représentent donc…0,7% du total !!

On est loin du choc de croissance promis !
PP

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