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19 juillet 2011

«Le Front national est un front antinational»

INTERVIEW

Recueilli par ÉRIC AESCHIMANN Photo BRUNO CHAROY

                  

Démographe et historien, partisan d’un «protectionnisme européen», Emmanuel Todd a été cité comme une référence par Marine Le Pen en début de semaine. Il répond aux questions de Libération.


Voilà que Marine Le Pen se réfère à vos analyses. Comment réagissez-vous ?


Cela m’amuse et m’intéresse, car, dans le débat public français, je suis celui qui a défendu avec le plus de constance, depuis vingt ans, la place des immigrés et de leurs enfants dans la société française. D’ailleurs, au moment même où Marine Le Pen me faisait ces appels du pied, j’ai donné un entretien au site Oumma.com (1), qui a été un énorme succès d’audience. Non pas que je défende un point de vue qui soit très acceptable pour les organisations islamiques, puisque je pointe par exemple la faible pratique religieuse des musulmans de France, ce qui les rapproche des catholiques. Mais ma démonstration consiste justement à souligner que, précisément parce qu’ils se comportent comme des catholiques et qu’ils sont profondément laïcisés, les musulmans de France sont des Français ordinaires. Et, dès lors que les musulmans ne posent pas de problème spécifique à la société française, leur désignation, explicite ou implicite, comme non Français doit être considérée comme une attaque contre la cohésion de la communauté nationale. Le Front national est un front antinational : voilà ce que j’affirme, y compris sur Oumma.com, ce qui rend tout de même assez cocasses les références de Marine Le Pen à mes travaux.


Selon la présidente du Front national, ce qui vous rapproche d’elle, c’est le plaidoyer en faveur de mesures protectionnistes…


C’est qu’elle fait semblant de ne rien comprendre à ma démarche. Il ne s’agit nullement d’un protectionnisme français, mais bien d’instaurer au niveau européen des instruments de régulation des échanges commerciaux, ce qui, par définition, dépasse le cadre national. Protectionnisme européen et défense d’une nation qui intègre sa population musulmane, voilà deux axes radicalement antixénophobes, qui définissent un projet à l’opposé de celui du FN.


Il n’empêche qu’elle vous a cité. N’est-il pas de la responsabilité d’un intellectuel de veiller à ne pas être récupéré par le Front national ?


Pour moi, la vraie question est plutôt : pourquoi Marine Le Pen cherche-t-elle à se revendiquer de moi, alors que je suis en situation de choc frontal avec elle ? Je crois qu’il ne s’agit pas de récupération, mais de neutralisation. On assiste actuellement à l’émergence d’une gauche, autour d’Arnaud Montebourg autant que de Jean-Luc Mélenchon, opérant la synthèse entre le projet économique protectionniste et l’idéal républicain compris dans son véritable sens, c’est-à-dire intégrant les immigrés et leurs enfants à la nation. Fin juin, l’Association pour un débat sur le libre-échange, à laquelle j’appartiens, a fait réaliser par l’Ifop, à ses frais, un sondage qui montre que 80% des Français sont favorables à un protectionnisme européen et 57% à un protectionnisme national si les autres pays européens ne font rien. Cela nous a valu les plus vives critiques de la part des libre-échangistes. On nous a fait passer pour des crétins protectionnistes en nous assimilant au FN. Aujourd’hui, c’est Marine Le Pen qui prend le relais. Pourquoi ? Parce que le FN, qui se targue, à tort, de défendre des intérêts de la classe ouvrière, se sent menacé par l’apparition de cette nouvelle gauche. Ce qui se dévoile par cet épisode, c’est combien FN et libre-échangistes forment un système où chacun a besoin de l’autre.


Un protectionnisme européen vous semble-t-il possible ?


L’accélération de la crise des dettes souveraines nous indique que nous n’aurons pas le temps de mettre en place le protectionnisme européen avant l’explosion de l’euro. Je le regrette, car j’avais voté pour le traité constitutionnel européen et je continue de croire que c’est à l’échelle européenne que nous devons construire des protections. Accepter la sortie de l’euro, ça n’est pas être antieuropéen, c’est seulement faire cesser l’acharnement thérapeutique sur une monnaie dont la classe dirigeante sait qu’elle est condamnée. Sur ce point, je donne raison à l’économiste Jacques Sapir, qui estime depuis plusieurs mois que la France doit désormais agir seule (2). Cela n’obère nullement la perspective d’un protectionnisme européen, au contraire. Car la sortie de l’euro contraindra l’Allemagne à changer d’attitude, et tout le monde constatera que le seul horizon, c’est d’instaurer des mesures communes de régulation des importations. Tel serait pour moi le contenu d’une véritable Europe. Et l’on pourra alors, si l’on veut, reconstruire une vraie monnaie unique, qui ne soit plus sous souveraineté allemande, comme aujourd’hui, mais un véritable bien commun.


Le FN est-il en train d’évoluer vers une droite républicaine un peu musclée, comme le disent certains commentaires ?


Je crois que l’on assiste à la tendance exactement inverse. Le FN version Jean-Marie Le Pen avait quelque chose de folklorique, puisque son programme alliait la stigmatisation des immigrés et le libéralisme économique (dénonciation du «fiscalisme», des fonctionnaires, etc.). A partir du moment où il associe xénophobie et étatisme, il se rapproche des fascismes d’avant-guerre. Il était national et libéral, le voici national et social, et c’est pour ça que, lors de la présentation du sondage sur le protectionnisme, j’ai spontanément établi une comparaison entre le FN et le nazisme. Cela dit, il y a des choses qui bougent et, en tant qu’historien du présent, j’essaie de comprendre ce qui se passe, sans partir du principe que je comprends tout ce qui se passe - ce qui me distingue de certains. Je constate que, d’un côté, le FN est dans le système, mais que, de l’autre, il possède une potentialité «hors système» qui peut être très dangereuse - d’autant plus dangereuse qu’elle converge avec des tendances fascisantes à l’intérieur même de l’UMP. En 1932, le parti nazi était de la même façon hors et dans le système. Nous n’en sommes pas là, mais il faut agir avec à l’esprit tous les scénarios, dont celui du pire.


Des tendances fascisantes à l’UMP ?


Pour moi, aujourd’hui, le danger vient moins du FN que de l’émergence, dans la droite dite classique, de tendances protofascistes, comme les historiens parlent de proto-industrie. Depuis quatre ans, l’impulsion des campagnes anti-immigrés, antiRoms et anti-islam a été donnée par le gouvernement. Les thématiques ethnique et autoritaire, c’est bien le sarkozysme qui les a portées. La stratégie, si caractéristique du fascisme, consistant à dire une chose et son contraire - par exemple, à se dire de gauche et de droite à la fois, ou à mélanger le social et le national - existe certes au FN, mais encore plus dans les discours écrits par Henri Guaino, où Nicolas Sarkozy en appelle aux figures historiques de la gauche au moment même où il confère des avantages fiscaux aux plus riches. Aujourd’hui, il délègue à Claude Guéant la charge de faire des «clins d’œil» à l’électorat frontiste. Pourquoi soupçonner toujours les gens de cynisme ? Peut-être est-il sincère, peut-être est-il d’extrême droite.


Le PS est-il en mesure d’éviter que la campagne de 2012 ne se focalise à nouveau sur la triade sécurité-identité nationale-immigration ?


Le Parti socialiste représente la vieille culture raisonnable de la France. Ce sont des gens polis, qui continuent de penser que, si l’on ne fait pas trop de vagues, «ça va passer». L’idée de la présidence normale est symptomatique : au fond, il suffirait de gérer les affaires de l’Etat de façon raisonnable pour se poser en alternative à la montée de folie et de violence qui caractérise les droites. J’aimerais que cela soit vrai, et les sondages d’opinion, où Sarkozy apparaît comme profondément méprisé par les Français, semblent indiquer que cela peut suffire. Mais quand bien même l’Elysée reviendrait à François Hollande ou Martine Aubry, une présidence normale n’est pas ce dont la France a besoin pour une période anormale. Il lui faut une gauche capable d’affronter un capitalisme de plus en plus inégalitaire et de plus en plus violent. Une gauche qui rende coup pour coup, qui ne fasse pas comme si tout était normal, justement. Qui désigne les adversaires de classe : les ultrariches. La gauche ne doit pas avoir peur de les taxer, de mettre en place un protectionnisme européenne, de prendre le contrôle de la gestion des banques. Elle doit parler en maître à la nouvelle aristocratie financière - le mot est de Lionel Jospin, je vous le rappelle. Et c’est là que l’escroquerie de Marine Le Pen sera dévoilée. Le FN fait semblant d’avoir deux adversaires : les immigrés et l’establishment, mais la réalité est que la dénonciation des immigrés lui permet de garder le plus grand flou sur ce fameux establishment qu’elle prétend combattre. Si je devais résumer d’une seule formule ma pensée, je dirais ceci : en triant les Français selon leurs origines, le Front national divise les classes populaires et protège l’oligarchie financière.


(1) Site internet sur l’islam en France.

(2) Auteur de «la Démondialisation», Seuil.

08:48 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gauche, euro, europe, protectionnisme | | |  Facebook | | |

14 juillet 2011

Pour sauver l'euro il faudra le refonder

Point de vue | LEMONDE.FR | 29.06.11

par Thomas Coutrot, Michel Husson, Pierre Khalfa, membres du Conseil scientifique d'Attac et de la Fondation Copernic



Quarante huit "industriels" allemands et français (parmi lesquels plusieurs banquiers) ont fermement pris position dans une tribune publiée dans Le Monde daté 21 juin, en soutien à la réforme de la gouvernance économique européenne en voie d'adoption par le Conseil et le Parlement européens. Pour ces patrons, "l'exclusion de pays membres de la zone euro ou la scission entre une Union des pays du Nord et du Sud" sont des "propositions démagogiques", et "un échec pour l'euro serait un revers fatal pour l'Europe". Mais ces dirigeants sauveront-ils l'euro en renforçant les règles qui l'ont amenée au bord du gouffre ? Ne faut-il pas plutôt changer les règles fondamentales de la monnaie unique si on veut la sauver ?

 

Nous le croyons profondément. L'erreur radicale de diagnostic est fort bien résumée dans le titre même de leur tribune : "La crise européenne est une crise de la dette, pas de l'euro". Car d'où vient la dette selon eux ? D'une part, du "ralentissement de l'économie mondiale" ; d'autre part, de l'absence de "règles de stabilité plus strictes" – sous-entendu, d'une dérive des dépenses publiques. Passons sur le "ralentissement", délicieux euphémisme qui désigne la récession de 2008-2009, la plus brutale depuis les années 1930. Mais il est surtout erroné d'attribuer la crise européenne à un excès de dépenses publiques. Le Portugal, l'Espagne et l'Irlande étaient jusqu'en 2008 des modèles de vertu budgétaire ; et la part des dépenses publiques dans la richesse européenne a substantiellement baissé depuis 1990, y compris en France.


C'est maintenant bien établi, la concurrence fiscale entre pays européens, avec l'érosion organisée des contributions des entreprises et des classes aisées, explique la montée des déficits et de la dette jusqu'en 2008. Les excédents commerciaux gigantesques de l'Allemagne, obtenus par une excellente spécialisation internationale mais surtout, depuis dix ans, par la régression des salaires et des dépenses sociales, ont mécaniquement creusé les déficits commerciaux des pays du Sud. Quant au séisme de 2008-2009, qui a fait bondir l'endettement des Etats, il résulte de l'irresponsabilité de l'industrie financière, prise au piège de son appétit féroce de profits.


Concurrence fiscale et salariale, liberté absolue de circulation (et de spéculation) des capitaux : voilà les vraies racines de la crise actuelle. Elles découlent directement du traité de Maastricht et de la logique des institutions fondatrices de l'euro. Peut-on espérer sortir de la crise en aggravant ses causes ?


Ainsi procédaient, par la saignée, les médecins de Molière, et ainsi le veulent les signataires de la tribune. Il faut une "aide" aux pays endettés, qui "coûtera de nombreux milliards d'euros", "en contrepartie de mesures efficaces". Nous connaissons ces mesures, imposées par l'Union européenne et le FMI dans plusieurs pays : baisse des salaires et des retraites, privatisations, licenciements de fonctionnaires, réduction de la protection des salariés contre les licenciements… Les "nombreux milliards d'euros" seront donc prélevés sur les populations, pour payer les échéances de la dette publique aux créanciers des États endettés : les banques. Pire encore, les "aides" accordées sont des sommes empruntées par l'Union sur les marchés financiers puis prêtées aux pays "aidés" à un taux d'intérêt bien supérieur…


Mais la Grèce et les autres pays visés sortiront-ils ainsi la tête de l'eau ? Pas sans une réduction considérable – de l'ordre de 25 % – des salaires et des dépenses sociales, ce que le FMI appelle une "dévaluation interne". Ce serait la condition pour dégager les excédents budgétaires et commerciaux nécessaires pour payer la dette. Mais au risque d'une spirale dépressive qui menace aussi le continent.


Il serait moins absurde – et plus juste et acceptable socialement – de rechercher une convergence par en haut plutôt qu'un alignement par le bas ; par exemple, de rééquilibrer les économies européennes par une hausse des salaires en Allemagne. Nul doute que les salariés allemands qui luttent déjà pour des augmentations de salaires y souscriraient. Mais on comprend que les grands patrons signataires de cette tribune ne proposent pas cette solution. Après tout, pourquoi changer de logique, alors que celle-ci a créé, comme ils l'écrivent dans un savoureux lapsus, "prospérité et richesse pour nous tous" ?


Mais les peuples européens commencent à s'indigner de leurs prétentions. Au Royaume-Uni, en Espagne, en Grèce, bientôt ailleurs, les résistances citoyennes à la destruction de l'Etat social prennent des formes nouvelles, massives, spontanées, pacifiques, radicalement démocratiques, qui sortent des cadres traditionnels. Cela inquiète manifestement en haut lieu : il est difficile de comprendre autrement l'inflexibilité de la Banque centrale européenne, qui maintient contre toute vraisemblance la fiction d'un remboursement intégral de la dette grecque. Tous les analystes financiers et même les autorités allemandes disent pourtant clairement que ce sera impossible. Mais à court terme il s'agit d'envoyer un message très clair aux populations européennes qui feraient mine de s'indigner elles aussi : comme les Grecs, vous rembourserez les banques jusqu'au dernier centime. Quel qu'en soient les conséquences pour vos écoles, vos hôpitaux, vos solidarités et vos écosystèmes.


Souhaitons au contraire que les mouvements sociaux, en Grèce et en Espagne pour commencer, obligent leurs gouvernants à refuser l'hyper-austérité. Etant donné les tensions accumulées, la seule chose aujourd'hui certaine est que les mois et années à venir seront fertiles en rebondissements économiques et politiques imprévus. Des gouvernements de rupture avec le néolibéralisme pourraient fort bien arriver au pouvoir dans un ou plusieurs pays. Leur tâche sera de rompre avec les exigences de la finance, pas de défaire l'Europe.


Plutôt que de décider a priori de sortir de l'euro pour revenir à la drachme, la peseta ou le franc, ils seront bien inspirés de prendre des mesures unilatérales pour montrer aux peuples européens qu'une autre Europe est possible. Audit public puis défaut partiel sur la dette, contrôle et taxation des capitaux, reprise en main du système bancaire par la société : gouvernements progressistes et mouvements sociaux européens devront engager un bras de fer avec la BCE, les grands patrons européens et leurs représentants politiques. Pour une refondation démocratique de l'Union et de l'euro, seule manière de leur redonner une légitimité et un avenir.

19:35 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : euro, europe, finance, crise, libéralisation | | |  Facebook | | |

16 février 2011

La force des faibles

par Jacques Sapir

Directeur d’études à l’EHESS et directeur du CEMI-EHESS

publié : le 13 février 2011

 


La zone euro se révèle être un véritable problème pour la croissance des pays qui la composent. Nous ne traiterons pas ici du problème posé par les plans d’ajustement budgétaire décidés au cours de l’année 2010, et dont l’effet cumulé se fera sentir à partir du second semestre 2011. On se concentrera sur les problèmes structurels posés par cette zone pour un pays comme la France. D’une part, l’euro impose des contraintes sur son commerce extérieur hors zone, tant pour des raisons de taux de change que du fait d’un manque de réglementation. D’autre part, il exerce sur elle des contraintes fortes, cette fois-ci dans le cadre de la zone, en l’empêchant de dévaluer. Ces deux types de problèmes sont très souvent mélangés. On tentera ici de les séparer pour en étudier les effets.

 

1. Les contraintes sur le commerce hors zone

 

La France fait partie des pays de la zone euro dont le commerce avec l’extérieur de la zone est le plus important. Les variations de ces parts sont très importantes entre pays de la zone, et certains pays non membres ont même un commerce plus important avec elle que certains pays membres.

 

Part du commerce libellé en euros

 

Exportations

Importations

Moyenne

Slovénie

86,9%

82,8%

84,9%

Hongrie

83,1%

73,1%

78,1%

Italie

74,9%

70,2%

72,6%

République Tchèque

69,5%

66,4%

68,0%

Slovaquie

73,9%

60,1%

67,0%

Bulgarie

62,4%

63,5%

63,0%

Pologne

63,6%

58,8%

61,2%

Espagne

60,8%

60,3%

60,6%

Allemagne

63,0%

55,2%

59,1%

Portugal

54,6%

60,2%

57,4%

Belgique

55,3%

57,0%

56,2%

Lettonie

57,4%

48,9%

53,2%

France

52,4%

45,1%

48,8%

Luxembourg

52,7%

41,7%

47,2%

Grèce

47,3%

39,6%

43,5%

Estonie

8,5%

61,7%

35,1%

Royaume-Uni

21,0%

27,0%

24,0%

 

Alors que le commerce libellé en euros représente 74% des exportations de l’Italie, 63% de celles de l’Allemagne et 60,8% de celles de l’Espagne, on tombe à 52,4% pour la France. Calculée, cette fois, en moyenne des importations et des exportations, la part du commerce libellé en euros est de 60,6% pour l’Allemagne et de 48,8% pour la France.

 

Ceci explique la très grande sensibilité de l’économie française à une surévaluation de la monnaie européenne. Rappelons que, dans son étude, F. Cachia (2008) montrait que, par tranche de 10 % de surévaluation par rapport à un taux de change d’équilibre, la France perdait entre 0,5% et 0,7% de croissance.

 

Si l’on admet que ce taux correspondrait à 1,05 USD - qui ne fut plus retrouvé depuis le début de 2003, alors que nous sommes à 1,35 USD -, la surévaluation se monte à 30% (Graphique 1).

 

Graphique 1

JPG - 31.8 ko

Source : Banque centrale européenne

 

Le manque de réglementation interne de la zone euro est aussi un facteur préoccupant, dans la mesure où les législations bancaires (banque de détail) sont largement différentes. D’où une exposition plus importante des banques de certains pays au risque de crédit en 2006-2008. Les banques allemandes, espagnoles et françaises ont ainsi développé une importante activité hors zone - liée au manque de dynamisme de la zone euro avant 2008 - et ont été des facteurs importants d’introduction des produits « toxiques » en son sein. On aurait ainsi pu croire que la création de la zone s’accompagnerait du recentrage des activités des banques. Il n’en a rien été : une partie de l’épargne (importante) des pays de la zone sert ainsi, en fait, à irriguer d’autres espaces économiques, dans des conditions de sécurité souvent très douteuses.

 

Si la zone euro, par son laxisme, a permis un grand développement à l’international des banques françaises et allemandes, ceci s’est aussi traduit par une raréfaction du crédit pour l’économie réelle dans cette zone et par un détournement. de l’activité des services bancaires en faveur des pays hors zone.

 

2.- Les contraintes sur le commerce intra-zone

 

Les pays de la zone euro ont des inflations structurelles très différentes. Il en découle une divergence importante de la compétitivité à l’intérieur de la zone, que des dévaluations ne peuvent plus venir équilibrer.

Graphique 2

JPG - 44 ko

Source : OCDE

 

Calculé sur la base de l’indice des prix à la consommation, l’écart qui était par construction de 0% lors de la création de la zone s’établit désormais à plus de 20% (écart Allemagne/Irlande) ; plus de 15% (écart Allemagne/Espagne, Grèce) plus de 10% (écart Allemagne / Belgique, Italie).

 

Cependant, la compétitivité ne se mesure que très imparfaitement par l’indice des prix à la consommation. L’utilisation des prix à la production, et donc du déflateur du PIB, est une mesure plus robuste. On constate que les écarts sont encore plus grands en utilisant cet indicateur.

Graphique 3

JPG - 39.7 ko

Source : OCDE

 

L’écart absolu apparaît de 30 points (en base 100) et il est le plus important pour l’Espagne (30 points d’écart avec l’Allemagne). Ce pays est suivi par la Grèce (22 points d’écart) ; le Portugal, l’Irlande et les Pays-Bas (entre 18 et 16 points d’écart) ; enfin la Belgique et la France (de 12 à 10 points d’écart).

 

L’introduction des gains de productivité permet d’affiner encore le raisonnement. L’indice de coût salarial réel fait intervenir, outre la hausse des prix, les gains de productivité de chaque pays, mais aussi les charges qui pèsent sur le travail. On constate alors que l’on a une différence de 25 points entre l’Allemagne et les pays comme l’Italie, l’Espagne ou la Grèce. De plus, de manière générale, l’Allemagne a un coût salarial réel inférieur de 15 points à la majorité des pays de la zone euro, et ceci alors que la productivité du travail en Allemagne est inférieure à celle de la France (de même que le temps de travail annuel…).

 

Ainsi s’explique, par une combinaison de faible inflation et de transfert d’une partie des coûts fiscaux sur les ménages, l’énorme avantage compétitif que l’Allemagne a acquis sur l’ensemble des pays de la zone euro.

Graphique 4

JPG - 40.6 ko

Source : OCDE

 

En fait, l’excédent commercial de l’Allemagne sur la zone euro représente 60,5% de son excédent total, et globalement elle réalise 75% de son excédent sur les pays de l’Union européenne. Le gain de commerce extérieur de l’Allemagne a tendu à se réduire avec les pays hors UE depuis 2002/2003, et elle a compensé par un surcroît de compétitivité dans la zone euro.

 

En fait, la zone euro apparaît comme un instrument qui permet à l’Allemagne de maintenir sa politique néo-mercantiliste en dépit de la surévaluation de l’euro, en compensant les parts de marché qu’elle perd dans le reste du monde par ce qu’elle gagne sur ses partenaires de la zone, qui ne peuvent dévaluer.

 

Dans ces conditions, et compte tenu de la relativement faible exposition de l’économie française (relativement s’entend) au commerce libellé en euros, on voit qu’il existe deux options stratégiques. Dans le même temps, il faut poser les termes de ce que l’on peut appeler l’« économie politique » de la zone.

 

3.- Quelles options pour la France ?

 

Deux options sont possibles, l’une à l’intérieur de la zone et l’autre à l’extérieur.

 

(i) Faire baisser l’euro.
Le retour de l’euro à une parité plus en accord avec les déterminants de l’industrie française (1,00 USD / 1,05 USD) permettrait à notre pays de recouvrer la croissance forte qui lui fait défaut actuellement. Le gain potentiel, de 1,5% à 2%, est égal ou supérieur au montant de la croissance estimée pour 2011. À noter qu’une croissance supérieure de 1,5% (soit 3% à 3,2%) permettrait de stabiliser la dette publique avec un choc budgétaire considérablement moindre que dans le cas d’une croissance à 1,5% / 1,7%. De même, assurant un retour à l’emploi plus important, une telle croissance ferait baisser les pressions qui s’exercent sur les comptes sociaux.

 

(ii) Sortir de l’euro.
Cette mesure combinerait un effet de baisse du taux de change avec les pays hors zone et une dévaluation avec l’Allemagne. Le gain serait donc plus important, mais il impliquerait des mesures de politique économique plus ambitieuses et plus profondes pour être exploité dans sa totalité. Une dévaluation de la monnaie française (retrouvée) de 25% à 30% impliquerait un gain non seulement vis-à-vis des pays de la zone dollar, mais aussi des pays de la zone euro. Une telle sortie imposerait presque certainement à des pays comme l’Italie et l’Espagne d’en faire autant. On peut donc considérer que le gain total en croissance serait loin d’être égal au gain potentiel et devrait se situer à 2,5% / 3,0%. Une sortie unilatérale de l’euro ne donnerait qu’un gain de 1% en croissance par rapport à une forte baisse de la monnaie unique. Ceci pénaliserait très fortement l’Allemagne.

 

Il apparaît ainsi que, théoriquement, la baisse de l’euro sans en sortir est celle qui offre le plus d’avantages. Le gain en croissance de l’option « sortie » par rapport à l’option « dévaluation » apparaît faible, et le coût institutionnel élevé. Une partie de l’écart de compétitivité avec l’Allemagne pourrait être réduit par l’adoption de mesures fiscales calquées sur ce qui existe outre-Rhin. Il faut cependant souligner que la tentative de rapprocher les deux pays tournerait court rapidement du fait des différences démographiques – la France compte 50% de plus de jeunes que l’Allemagne, avec une population moindre de près de 10 millions -, sociologiques et structurelles. Une stratégie basée sur le rapprochement des structures fiscales ne pourrait jouer que 5 à 7 ans. Le problème de la zone euro se reposerait donc à terme. En un sens l’opposition entre ces deux options recouvre un opposition entre le court et le long terme.

 

4.- L’ « économie politique » d’une mutation de la zone

 

Entrent ici en jeu des éléments de stratégie politique, et ce que l’on peut appeler l’« économie politique » d’une mutation de la zone euro. L’Allemagne, si elle a accepté d’importants assouplissements des règles de la Banque centrale européenne (BCE), maintient l’idée qu’ils doivent être temporaires et elle se refuse à l’équivalent du quantitative easing  (assouplissement quantitatif) de la Réserve fédérale américaine (600 milliards de dollars d’augmentation de la masse monétaire par l’acquisition de titres détenus par des institutions financières) qui pourrait provoquer une forte baisse de l’euro. On sait que l’inflation est aujourd’hui un peu plus forte en Allemagne, ce qui fournit des arguments à son gouvernement pour refuser le principe d’un quantitative easing à l’européenne.

 

Dans le cadre institutionnel actuel, deux éléments sont déterminants :

  • la règle de l’unanimité pour les décisions dans la zone euro
  • l’absence de procédures formelles permettant d’exclure un pays une fois entré dans la zone.

 

Le premier de ces éléments rend extrêmement peu probable - et à vrai dire impossible - un accord sur une baisse du taux de change de l’euro, compte tenu des oppositions de politiques économiques qui existent entre pays membres. Le second désarme la zone euro contre une action unilatérale de l’un des pays membres.

 

En exploitant les défauts des dispositions du traité de Maastricht sur l’Union économique et monétaire (UEM) on peut imaginer que le gouvernement français, réquisitionnant la Banque de France (en application de l’article 16 de la Constitution) impose à cette dernière de reprendre les avances au Trésor et le principe d’un plancher minimal d’effets publics pour les banques opérant sur le territoire français. La monétisation immédiate du déficit et d’une partie de la dette (disons pour un montant de 400 milliards d’euros) s’accompagnerait de l’obligation, pour les banques françaises, de racheter les titres français restants, assurant rapidement une « re-nationalisation » de la dette du pays. Notons que l’épargne de la France suffit amplement pour assurer un flux régulier de financement au Trésor public.

 

Confrontées à une telle politique, les options des autres membres de la zone sont très limitées.

  • La BCE peut décider d’augmenter brutalement ses taux pour « combattre » le risque inflationniste français. Mais, d’une part, une telle position se heurterait à l’opposition de très nombreux pays et, de l’autre, le gouvernement aurait toujours la possibilité de faire escompter des obligations privées par la Banque de France à un taux préférentiel. Ceci établirait un taux d’intérêt « français ».
  • Une condamnation de la politique française est possible, mais ne serait d’aucun effet. L’imposition d’amendes (qui devraient être entérinées par la Cour de justice de Luxembourg) pourraient être immédiatement compensées par des retenues sur la contribution française au budget européen.
  • Des mesures « protectionnistes » contre la France pourraient être envisagées. Cependant, outre qu’elles iraient à l’encontre de toute la politique de l’Union européenne et de sa philosophie même, elles attireraient immédiatement des mesures similaires du gouvernement français. N’oublions pas que la France est un point de passage obligé pour une partie du commerce intra-européen. Un effet de dissuasion empêcherait la mise en application de telles mesures.

 

On s’aperçoit rapidement que la zone euro est impuissante face à une telle politique (sans parler des effets d’imitation qu’elle pourrait engendrer). En fait, ce serait une réédition de la situation de 1992-1993 lors de la dissolution de l’URSS : la Banque centrale de Russie (BCR) s’est trouvée désarmée face à la politique menée par les banques centrales des autres pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI) au sein de la zone rouble. La solution de la BCR a été de dissoudre cette zone.

 

De fait, la menace la plus importante serait celle d’une sortie de l’euro de l’Allemagne et de ses alliés (Autriche, Danemark, Pays-Bas, Finlande). Quelle en serait la conséquence ? Si l’Allemagne mettait à exécution sa menace, c’est elle qui dissoudrait la zone euro et qui se priverait de l’accès garanti aux marchés des grands pays (Espagne, France et Italie) sans risque de dévaluation. Notons qu’une zone mark reconstituée serait affectée par un fort mouvement haussier de son taux de change par rapport au dollar et aux autres devises…. Il y a donc gros à parier que le gouvernement allemand réfléchirait à deux fois avant de mettre sa menace à exécution. Mais, s’il passait à l’acte, la France resterait néanmoins gagnante (option 2).

 

Il convient dès lors de se préparer à une possible explosion de la zone euro par l’introduction de contrôles de capitaux importants, en mettant à contribution pour ce faire la cellule TRACFIN du ministère des finances. Si cette explosion advenait, le gouvernement pratiquerait des taux d’intérêts administrés.De ce point de vue, le discours qui commence à se répandre sur une « sortie de l’euro » est très avantageux car il conforte les partenaires de la France dans l’opinion qu’elle est réellement prête à assumer un éclatement de la zone. Il contribue à construire sa crédibilité.

 

Les failles du traité de Maastricht sur l’UEM sont aujourd’hui évidentes. Les défauts de l’euro sont bien connus et ne sont pas contestables. La France a la possibilité de forcer la main à ses partenaires pour réviser en profondeur le fonctionnement de la zone euro et, à terme, transformer la monnaie unique en monnaie commune. Elle doit mettre la crise de son côté en menant une politique qui ne laisse à ses partenaires qu’une alternative : soit accepter ses positions, soit provoquer la dissolution de la zone euro dans des conditions qui leur seraient très défavorables.

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10 août 2007

Déficit commercial : révélateur de difficultés profondes

Sur les six premiers mois de l'année, le déficit commercial de la France s'établit à 15 milliards d'euros contre environ 13 milliards sur la même période de l'an dernier. Pour le seul mois de juin, le déficit est de 3 milliards d'euros, après 3,2 milliards en mai.
Est-ce la faute de « l’Euro fort », comme semble le penser notre OmniPrésident ? L’explication semble un peu courte dans la mesure où près des deux tiers des échanges de la France sont réalisés au sein de l’Union Européenne, donc majoritairement facturés en euros. Avec la même monnaie, l’Allemagne réalise d’ailleurs un excédent commercial de 73 milliards d’euros, disputant toujours à la Chine la place de premier exportateur mondial.
Le déficit commercial de la France avec ces deux pays est d’ailleurs du même ordre de grandeur, soit environ 6 milliards d’Euros.

Allemagne – France : 1 - 0
Les causes du déficit de la France sont à rechercher…en France. L’Allemagne est positionnée sur des secteurs tels que l’automobile haut de gamme, les machines-outils, qu'elle est quasiment la seule à fabriquer. Dans ces secteurs, l'impact de la hausse des prix joue traditionnellement un rôle marginal sur les exportations. Au-delà de cette meilleure spécialisation sectorielle, l’Allemagne a conduit une politique fiscale agressive : hausse de la TVA finançant une baisse des cotisations sociales, baisse importante de l’impôt sur les sociétés… Parallèlement à cela, les entreprises allemandes ont massivement délocalisé leur production vers les pays de l’Est (la valeur ajoutée industrielle a chuté de façon plus importante qu’en France). Par ailleurs, elles ont conduit une politique de rigueur salariale sans précédent, condamnant la demande intérieure à une stagnation contribuant à entretenir la faible croissance de la zone Euro. Cette logique « combative » a, pour l’instant, porté ses fruits, même si des tensions apparaissent : les salariés, qui ont été largement mis à contribution, veulent leur « part du gâteau » et des conflits sociaux sur les salaires pointent leur nez…
Quoiqu’il en soit, l’Allemagne a réussi à grignoter des parts de marchés, principalement au détriment de ses « partenaires » européens, en particulier la France.
Avec l’instauration prochaine de la TVA « sociale » en France, nous assisterons à la poursuite de cette guerre intra-européenne. Cette mesure se propagera dans la zone euro, notamment à des pays comme l'Espagne et l'Italie, qui chercheront ainsi à en contrebalancer les effets. Ce qui se traduira par un jeu à somme nulle, car la majorité des échanges commerciaux des pays de la zone euro ont lieu dans la zone. Il faudra alors repartir pour un tour de piste de « créativité fiscale ». Au final, tous les pays seront perdants…et surtout ceux qui y vivent !

Quelles sont nos priorités ?
Mais revenons au déficit commercial de la France… Au fait que propose le gouvernement ?
Le secrétaire d'Etat chargé des entreprises et du commerce extérieur et sa ministre de tutelle, Christine Lagarde, veulent simplifier les procédures pour les entreprises, soutenir l'innovation, baisser la fiscalité, favoriser le financement des PME et relancer les exportations. Ils présenteront un plan dès septembre.
« Baisser la fiscalité » : le paquet fiscal a déjà coûté 15 milliards d’euros. Où sont les marges de manœuvre ?
« Soutenir l’innovation » : comment ? Les pôles de compétitivité créés par le gouvernement Villepin n’ont bénéficié que de 500 millions d’euros saupoudrés sur 66 pôles.

Depuis des années, la France a décidé, sous prétexte de baisse du coût du travail, de favoriser le développement de l’emploi peu qualifié en y consacrant des milliards d’euros chaque année (notamment par l’intermédiaire des allègements de cotisations sociales). Il ne faut pas ensuite s’étonner de la perte de vitesse de notre économie.
En conclusion, je citerai les propos de Pierre Concialdi (économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales) : « Une frange croissante du patronat devient non performante parce que trop accoutumée à la drogue de la baisse du coût du travail qui a constitué, au-delà des alternances politiques, le socle des politiques publiques. »

PP

10:54 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Sarkozy, euro, Allemagne, déficit commercial | | |  Facebook | | |

12 mars 2007

L’Euro : la cause de tous nos maux ?

Si Airbus a des soucis, c’est à cause de l’Euro fort. Voilà, en substance, ce qu’a dit Nicolas Sarkozy. Un petit coup de karcher sur l’Euro et hop, voilà Airbus reparti comme si de rien n’était ! La guéguerre entre les dirigeants d’EADS et d’Airbus, plus soucieux de s’étriper entre eux que de veiller au bon déroulement du projet de l’A380 n’a sans doute aucun impact. Le fiasco du projet de l’A350, mal ficelé, est complètement étranger à l’affaire…
En 2006, les comptes d'Airbus ont été plombés par 2,5 milliards de charges liées à l'A380, qui a pris deux ans de retard. L'avionneur a également passé dans ses comptes 500 millions d'euros de charges liées à l'A350, ainsi qu'une provision de 352 millions "au titre d'imprévus liés à l'A400M", le programme d'avion de transport militaire dont l'assemblage affiche trois mois de retard. Ce sont ces charges qui ont plombé les comptes, car sur le plan commercial, Airbus a enregistré une hausse de 14% de son chiffre d'affaires à 25,19 milliards d'euros (sur un chiffre d'affaires total de 39,4 milliards d'euros pour EADS), après avoir livré un record de 434 appareils commerciaux. L'avionneur prévoit "entre 440 et 450 livraisons" cette année et un chiffre d'affaires stable. Les performances commerciales actuelles ne semblent donc pas être en cause, malgré l’Euro fort. Les problèmes sont plutôt à rechercher du côté de la stratégie future et surtout de sa mise en œuvre.
Plutôt que de fustiger l’impéritie de dirigeants et d’actionnaires incompétents (surtout si, comme Arnaud Lagardère, il font partie de vos intimes), il est plus consensuel de cogner sur l’Euro.
D’autant plus que Nicolas Sarkozy n’en est pas à son coup d’essai. Il y a quelques mois, lors d’un de ses shows télévisés, il avait révélé que l’Euro avait engendré une augmentation assez massive des prix. C’est oublier que, parmi les postes les plus importants dans le budget des français, figurent le logement et l’essence dont la hausse n’a que peu à voir avec l’Euro.
Mais là aussi, l’Euro est une cible facile…
L’Euro présente pourtant certains avantages. Le premier d’entre eux est la disparition des crises de change entre monnaies européennes. Avant cela, à chaque fois que le dollar faiblissait, les capitaux se reportaient sur le mark, ce qui le poussait à la hausse, donc affaiblissait le franc. Cela conduisait l’économie française à subir des taux d’intérêts élevés, donc renchérissait l’investissement et pénalisait la croissance (aujourd’hui le taux directeur de la Banque Centrale Européenne (BCE) est de 2%, ce qui beaucoup plus faible que les taux pratiqués jadis par la Banque de France).
Disposer d’une monnaie forte diminue les risques d’inflation importée (inflation provoquée par des importations de biens dont le prix est fixé dans une autre monnaie et qui peut s’apprécier si la monnaie locale fléchit).
L’Euro progresse comme monnaie de facturation dans les transactions vers des pays hors de l’eurozone. Cela met donc les entreprises exportatrices à l’abri des fluctuations du dollar. Ainsi la France facture en Euros pour plus de la moitié de ses exportations.
Au passage, il est bon de noter que l’Allemagne est le premier pays exportateur de biens manufacturés, malgré ce satané Euro fort. Nous reviendrons un autre jour sur la stratégie de « cavalier seul » de l’Allemagne qui à mis en œuvre une stratégie de moins-disant fiscal et social pour gagner des parts de marchés au détriment des « amis » européens. Quoiqu’il en soit, l’Euro fort est plutôt un révélateur des difficultés françaises à l’exportations qu’une cause de ces difficultés. En d’autres termes, nous ne vendons pas les bons produits sur les bons marchés et sommes trop tributaires de gros « exportateurs » (aéronautique, automobiles notamment) qui connaissent des difficultés.
Même s’il ne faut pas mettre toutes nos difficultés sur le dos de l’Euro, il convient de s’attarder sur quelques problèmes persistants. Même si une part importante des exportations des pays de l’eurozone se fait en direction d’autres pays de l’eurozone, une trop forte appréciation de l’Euro pénalisera à terme la compétitivité-prix des exportateurs de la zone. C’est la raison pour laquelle, la zone Euro doit se doter d’une réelle politique de change. En effet, actuellement la BCE n’a pas d’interlocuteur politique structuré, elle suit donc sa feuille de route : la lutte exclusive contre l’inflation. Or, de ce point de vue, un Euro cher est bienvenu.
Les différences d’inflation au sein de la zone rendent difficiles les décisions de politique monétaires : les taux d’intérêt réels (déduction faite de l’inflation) sont trop élevés en Allemagne et trop faibles en Espagne.
Une politique économique efficace est un subtil dosage entre politique monétaire et politique budgétaire. Or, en Europe, la politique budgétaire est strictement encadrée par le pacte de stabilité qui limite à 3% du PIB le déficit public.
En résumé, l’Euro n’est pas aussi noir qu’on veut bien nous le présenter. Pour autant, il reste un chantier politique complexe à mener : la création d’une instance politique capable de dialoguer avec une BCE aujourd’hui livrée à elle-même et qui outrepasse ses prérogatives. Encore faut-il que les dirigeants politiques acceptent de se lancer dans une démarche complexe et qui nécessite plus de finesse que la simple recherche de boucs-émissaires.

PP

06:35 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Euro, Sarkozy, Airbus | | |  Facebook | | |