16 mars 2010

Conversation avec un libéral... (suite)

Je vous livre la suite et la fin (provisoire) de mes échanges avec LOmiG, le blogueur libéral qui avait réagi à mon billet sur Jean-François Copé publié sur Rue89.

http://www.expressionlibre.net/2010/01/26/pierre-polard-c...

  LOmiG

 

salut,
désolé pour le délai dans ma réponse…

« On peut noter que si la France s’en tire moins mal que ses voisins en cette période de crise, c’est surtout en raison de l’importance de sa dépense publique. »

 

Voilà une affirmation bien péremptoire. La plupart des économistes, libéraux ou non, s’accordent pour dire que plus le niveau de prélèvement est élevé, et plus la création de richesses est désincitée. Ce n’est pas très dur à comprendre, d’ailleurs. L’exemple de la nouvelle zélande le montre : les réformes libérales qui avaient eu lieu là-bas (consistant à diminuer de manière brusque et importante les prélèvements obligatoires) avaient conduits, deux ou trois après à avoir des rentrées par le biais de l’impôt SUPERIEURES à ce qu’elles étaient avant, avec des taux plus importants. L’aumgentation de l’assiette est évidemment l’explication.

 

 

« Mais comme il existe un salaire minimum, il ne me paraît pas illogique de fixer un salaire maximum. »

 

 

Tu as raison, et je considère pour ma part que le salaire minimum est une connerie sans nom qui crée du chômage, et empêche toute une catégorie de personnes de trouver du boulot. Je comprends qu’on soit attaché aux deux ; moi je préfèrerais les supprimer tous les deux.

 

« Ca veut dire quoi « traiter les gens de façon égale » ?  »

 

 

ça veut dire qu’ils soient égaux devant la loi. Strictement. Le reste ne doit pas regarder les pouvoirs publics.

 

Pierre POLARD

 

Salut,

« La plupart des économistes, libéraux ou non, s’accordent pour dire que plus le niveau de prélèvement est élevé, et plus la création de richesses est désincitée. »


Je ne suis pas aussi sûr que toi qu’il y ait consensus parmi les économistes sur ce sujet.
Sauf erreur de ma part, la fameuse « courbe de Laffer », version prétendument scientifique de l’adage « trop d’impôt tue l’impôt », n’a pas été démontrée. J’avoue ne pas connaître dans le détail le cas de la Nouvelle Zélande, mais si on prend le cas des Etats-Unis, les baisses d’impôts de Reagan se sont plutôt traduites pas des déficits publics abyssaux. Quant à la désincitation censée résulter d’un taux d’impôt trop élevé, on peut là aussi prendre le cas des Etats-Unis où le taux marginal d’imposition était de plus de 80% jusqu’à la fin des années 70. Et on ne peut pas dire que les Etats-Unis n’ont pas connu de dynamisme économique pendant les Trente glorieuses.

 

« le salaire minimum est une connerie sans nom qui crée du chômage, et empêche toute une catégorie de personnes de trouver du boulot »

 

Mais alors, il faudra m’expliquer comment on vit avec moins de 1000 € net par mois.
Je crois qu’il n’y a pas de travaux prouvant une corrélation claire entre chômage des personnes non qualifiées et existence d’un salaire minimum. Des études menées aux Etats-Unis sur l’instauration d’un salaire minimum dans le secteur de la restauration rapide ont même plutôt abouti à une amélioration de l’emploi des non qualifiés.
La libéralisation du marché du travail conduit selon les libéraux au plein emploi… mais uniquement pour ceux qui sont prêts à travailler au salaire d’équilibre du marché. Les autres sont censés quitter le marché du travail…pour faire quoi ? Ce n’est pas votre problème, n’est-ce pas ? Ils sont « libres » après tout ? Libres de crever…

Pour illustrer le rôle du SMIC, une petite histoire très simple :
Supposons que, pour planter des arbres, il faille deux ouvriers. Un qui sache creuser les trous (le creuseur) et l’autre qui sache planter l’arbre (le planteur). Un ouvrier ne peut pas être creuseur et planteur à la fois. A la fin de la journée, le patron donne à l’équipe 100 €. Sachant que l’un ne peut pas travailler sans l’autre, les deux ouvriers se partageront la somme « 50-50 ». Supposons à présent qu’un deuxième creuseur vienne proposer ses services au planteur. Il pourra mettre en concurrence les deux creuseurs. Au final, un creuseur acceptera de travailler pour 5 ou 10 €, voire moins…
Les creuseurs sont en fait les travailleurs peu qualifiés, dont le nombre est supérieur aux postes disponibles (d’où l’existence du chômage), ce qui tire leur salaire vers le bas. Le rôle du SMIC est d’implanter une limite à la spirale à la baisse des salaires de ceux pour qui un libre fonctionnement du marché engendrerait une rémunération trop faible.
Lorsqu’il existe du chômage, le problème n’est pas de baisser le prix du travail pour en augmenter la demande, mais d’augmenter le niveau d’activité économique ou de réduire la durée du travail.

 

« Egaux devant la loi »


Cela veut-il dire que vous êtes opposés aux retours des privilèges ? Ouf, je suis rassuré. Un fils d’ouvrier et un fils de PDG sont égaux devant la loi…S’ils tuent, ils iront en prison, s’ils roulent à 180 sur la route, ils perdront leur permis… Mais le premier a 5 ou 10 fois moins de chance que le second d’être lui-même PDG. Et ce n’est pas dû uniquement aux mérites personnels de chacun…mais plutôt que le fils de PDG aura une chambre à lui pour faire ses devoirs, des cours à domicile s’il a des difficultés en maths, l’accès à un meilleur lycée… Cela constitue une véritable forme d’injustice, c’est aussi une forme de servitude et aussi une inefficacité économique, puisque l’on se prive certainement de talents.
A

Pour finir, un lien. C’est du brutal, ne lit pas ça avant de t’endormir, tu vas faire des cauchemars!
http://www.leplanb.org/Pourquoi-Le-Plan-B-n-augmentera.ht...

 

LOmiG

 » Mais le premier a 5 ou 10 fois moins de chance que le second d’être lui-même PDG. »

 

Je le sais bien ; et qu’en déduis-tu ? qu’il faut mettre des bâtons dans les roues au fils du PDG ? qu’il faut faire de la discrimination positive ? cela revient à introduire, justement, des privilèges (lois privées, littéralement, c’est-à-dire ne s’appliquant pas de la même manière pour tous).

Je sais que ton but est probablement plein de bons sentiments et de compassion. Mais c’est bien toute la faiblesse du socialisme que de ne pas s’apercevoir des pensées totalitaires qu’il abrite, et dont il fait la promotion sous couvert d’égalité des chances.

Je ne reviens même pas sur tes raisonnements économiques complètement pipeaux, qui vont à l’encontre des faits : les faits c’est que les salaires augmentent, en moyenne, depuis un siècle. Pas l’inverse ; quand tu parles de la spirale infernale des salaires qui diminuent, c’est tout simplement de l’idéologie. Pour que les creuseurs soient en situation de force, il faut revenir au plein emploi. Le chômage est un choix de société, des économistes comme Michel Godet l’ont montré depuis longtemps. C’est un choix qui est mauvais, à tous les niveaux. Sauf peut-être celui des intentions initiales. Mais l’enfer, comme chacun le sait, est pavé de bonnes intentions…

 

Pierre POLARD

Salut,
Tu croyais m’avoir cloué le bec ?

« et qu’en déduis-tu ? qu’il faut mettre des bâtons dans les roues au fils du PDG ? »


Bien sûr, il faut qu’ils en bavent tous ces fils à papa!
Je plaisante, évidemment. Je suis complètement opposé à la discrimination positive car elle stigmatise ceux qui en bénéficient. Et en cela elle est parfaitement contre-productive.
En revanche, je suis favorable à créer les conditions pour que tout le monde puisse réussir en fonction de son seul mérite et non en raison de sa naissance. Cela devrait plaire au libéral que tu es. En effet, toi qui es attaché à l’égalité de traitement, peux-tu envisager une course ou certains partent avec un poids de 50 kg sur le dos?
C’est pourquoi il faut que la collectivité « donne plus à ceux qui ont moins », selon l’expression consacrée. Mais il ne s’agit pas de distribuer aveuglément des aides financières, il s’agit de créer les conditions pour améliorer le sort des moins favorisés : construction de logements sociaux, création d’un service public de la petite enfance (car c’est dans les toutes premières années que se joue la réussite scolaire), développement des transports en commun…Toutes choses que le « marché » ne pourra jamais prendre en compte correctement.
Une étude de l’OCDE (Intergenerational Social Mobility in OECD European Countries, juillet 2009) montre que la mobilité sociale est facilitée dans les pays où la redistribution des revenus est la plus importante et où les accords entre syndicats et patronat limite les écarts salariaux.
Jette un œil à ça…
http://www.rue89.com/2010/03/08/cest-desormais-officiel-l...

 

« Je ne reviens même pas sur tes raisonnements économiques complètement pipeaux »


Le problème avec vous, les libéraux, c’est que vous êtes convaincus de la rigueur scientifique de vos raisonnements, alors que votre représentation de la réalité est complètement faussée. Vous raisonnez comme si le monde était une juxtaposition d’individus rationnels, en ignorant complètement les rapports de force, les rentes de situation …bref le monde tel qu’il est. Dans ces conditions, pas étonnant que vous considériez le marché du travail comme un marché comme les autres.

 

« les faits c’est que les salaires augmentent, en moyenne, depuis un siècle »


Inflation déduite, le coût salarial moyen (pour un temps plein) a progressé de 44% entre 1976 et 2006, le salaire net moyen de 26%, le salaire net médian (celui tel que la moitié des salariés gagnent plus et l’autre moitié gagnent moins) de 19% et le revenu salarial médian de… 9%. Parce que, entre-temps, le nombre de jours annuellement rémunérés est passé en moyenne de 285 à 264: intérim, CDD et licenciements sont passés par là… 9% en 30 ans, ce n’est pas si glorieux. Il y a fort à parier que sans le SMIC, qui joue le rôle de « voiture balai », cela encore pire…
En Allemagne, où il n’y a pas de salaire minimum, on voit se développer des petits boulots payés 5 € de l’heure. Il faut donc travailler plus de 45 heures par semaine pour espérer gagner 1000 €. En période de chômage de masse, est-ce bien raisonnable ?

 

« Le chômage est un choix de société, des économistes comme Michel Godet l’ont montré depuis longtemps »


Tout d’abord, Michel Godet n’a jamais rien montré, sinon ça se saurait ! C’est gratuit, je te l’accorde d’autant plus que Michel Godet est un peu moins nul que Jacques Marseille ou Pascal Salin (je me souviendrai toujours de ce débat à la télé, où, acculé par un contradicteur, il a dû livrer un exemple de pays où le libéralisme marchait et il a balbutié… « L’Estonie » !).

« Si le Smic n’existait pas, certains travailleurs seraient payés moins, et, [...] du même coup, certains ne sont pas embauchés parce qu’ils coûtent « trop cher  » »
Michel Godet, Emploi: le grand mensonge, éd. Pocket, 1997, p. 152

Voilà la « démonstration » de Michel Godet…Il pourrait conclure par « ma pauvre dame », pour continuer dans la tonalité « café du commerce » !
Aucune étude sérieuse n’a établi de corrélation entre niveau des salaires et emploi, car le salaire est aussi à la source de la demande, qui permet de développer la production et donc la croissance et donc l’emploi. De plus, dans la mesure où une entreprise est avant tout un collectif (eh oui, un COLECTIF), il est très délicat d’identifier l’apport de chacun à la productivité donc de dire que quelqu’un est payé trop cher par rapport à ce qu’il apporte.

A bientôt

 

LOmiG

Je ne pense pas que le mérite soit un critère de justice. Je te renvoie à la discussion sous la dernière citation du dimanche qui reprend en partie celle-ci, mais sans partir dans tous les sens.

Citation du dimanche #171

14 mars 2010

Nous sommes tous des Islandais et des Grecs !

Par Marie-Noëlle Lienemann

Dimanche 7 mars, les Islandais ont voté à 93% contre la loi Icesave. Icesave, c'est le nom d'une banque en ligne créée par l'une des trois principales banques islandaises, la Landsbanski. En octobre 2008, suite à la faillite de Lehman Bro-thers, cette banque est mise en faillite. Afin de récupérer les dépôts des épargnants, principalement britanniques et néerlandais, La Grande-Bretagne et l'Angleterre apportent leur garantie financière. Mais ils réclament aujourd'hui le montant de ce qu'ils ont versé à l'État islandais. La dette créée par ce remboursement représente 12 000 euros par habitant. Des habitants qui n'entendent pas, via l'impôt, payer pour les banquiers ! Il faut dire que fi n 2008, quand la crise fi nancière a éclaté, la dette des trois établissements bancaires islandais représentait plus de 5 fois le PIB annuel du pays...

Les Islandais ont raison d'avoir voté contre le plan de sauvetage des banques. Ils ont raison de refuser de payer et de jouer le jeu d'un système qui se retourne en permanence contre les peuples ! Il est bien dommage qu'il ait fallu attendre cette catastrophe pour qu'ils admettent enfin que c'est la logique même du capitalisme financier qui est en cause. Ils n'ont pas été les seuls à se laisser berner par cette idéologie. Mais désormais leur lucidité devrait être contagieuse. En tout cas, si la gauche européenne et mondiale n'offre pas de perspectives et d'alternatives, chacun se repliera sur son pays, son territoire...

Bon sang ! Mais que fait l'Internationale Socialiste ? Rien sur l'Islande, rien sur la Grèce. Silence les basses sur la Hongrie et autres pays de l'Est européen, qui retardent les départs en retraite, réduisent les salaires, le nombre de fonctionnaires et les services publics sous les injonctions du FMI ou de la commission européenne. Quand les nationalismes viendront occuper l'espace vacant de l'espérance, il sera trop tard pour verser des larmes de crocodile. Comment accepter, les bras ballants, cette généralisation de la misère, de la pauvreté, du chômage ?

Avant la crise, au nom de je ne sais quelle modernité et des bienfaits supposés du libre échange, les peuples devaient payer, en termes de réduction des droits sociaux, de remise en cause de l'intervention publique pour défendre le long terme et l'intérêt général. Après le coup de tempête fi nancier, c'est la même chose, en plus brutal encore. Les Français avaient vu venir le danger de ce libéralisme et de la financiarisation : ce fut tout le sens du vote NON , contre le projet de constitution européenne qui consacrait cette logique.

Nous revendiquions ainsi de demeurer maître de notre destin, ce qui n'enlevait rien à notre volonté de construire l'Europe... Les grands donneurs de leçons qui soutenaient le OUI, évoquant la main sur le cœur « la grande œuvre européenne », « la réconciliation, la paix, la solidarité entre les peuples » font preuve aujourd'hui, d'un égoïsme national nauséabond, en refusant d'aider sérieusement la Grèce, de construire un cadre protecteur commun, de partager droits et progrès sociaux, de tracer un chemin vers plus d'égalité entre et dans nos pays.

Les Grecs qui manifestent et refusent de payer les pots cassés ont raison. Il faut refuser les diktats, les lois antisociales, créer une crise politique européenne afin d'imposer de nouveaux choix. Nous devons être à leur coté, et proposer une alternative pour une réorientation rapide de la construction européenne..

28 février 2010

Conversation avec un libéral...

Je vous livre la suite de mes échanges avec LOmiG, le blogueur libéral qui avait réagi à mon billet sur Jean-François Copé publié sur Rue89.

http://www.expressionlibre.net/2010/01/26/pierre-polard-c...

 

Son dernier message:

re-salut,

1) sur les exemples de pays où le capitalisme et le libéralisme ont créé de la richesse, tu peux prendre l'ensemble des pays occidentaux depuis plus d'un siècle, ainsi qu'une bonne partie des pays en voie de développement, ça fait du monde quand même. Des centaines de millions de personnes sortent peu à peu de la pauvreté grâce au respect des droits individuels et de la propriété privée

2) sur le chiffre : peu importe le chiffre. Il restera arbitraire. Je pense pour ma part qu'il n'y a pas lieu de limiter les salaires. C'est à ceux qui font un échange (travail contre argent) de décider librement le montant du salaire. Laissons les individus décider ce qui les concerne. Si deux personnes se mettent d'accord sur un salaire, en quoi Pierre Polard - ou qui que ce soit d'autre - aurait-il son mot à dire ?

3) Tu n'as pas répondu sur le « pour quoi faire » ? Je note avec amusement que tu cites les classements PISA, que je connais un peu, ainsi que le système scolaire finlandais. Les écoles finlandaises pour rappel appliquent les principes suivants :

- Chaque élève est important

- Des professeurs experts

- L'évaluation comme levier de changement

L'intervention de Paul Robert à la radio rappelait les points suivants :

- Pas de statut de fonctionnaire pour les professeurs (le chef de l'établissement peut les virer)

- Décentralisation réelle, et autonomie très forte des établissements y compris dans le recrutement des professeurs

- Education orientée vers l'enfant et sa réussite (moins de notes, plus grande liberté de choix dans les orientations, fort taux d'encadrement)

- Evaluation permanente des établissements

- Mise en concurrence des établissements

 

J'attends avec impatience de voir un tel système égalitaire arriver en France. Au passage les libéraux aiment l'égalité, mais l'égalité de droit. Une petite phrase d'Hayek, grand penseur : « Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de façon égale et tenter de les rendre égaux. Si le premier est la condition d'une société libre, le second n'est qu'une forme de servitude. - Hayek » Cela résume très bien ma position.

 

4) Pas anarchiste, libéral. La différence étant de taille : les libéraux repectent la propriété privée (qui inclut la propriété de soi, du fruit de son travail, de ce qu'on possède par le libre échange). C'est un simple respect des droits naturels des êtres humains. Au nom de quoi voudrais-tu contraindre ceux qui ne font de mal à personne ?

 

 Ma réponse:

« sur les exemples de pays où le capitalisme et le libéralisme ont créé de la richesse, tu peux prendre l'ensemble des pays occidentaux depuis plus d'un siècle »

 

Pour un idéaliste libéral, je te trouve peu regardant sur les conditions de réalisation de ton idéal...et c'est peut-être plus prudent. Dans les pays occidentaux que tu évoques, la dépense publique représente en moyenne plus de 40% du PIB. On est donc loin de l'idéal libéral...et c'est tant mieux. On peut noter que si la France s'en tire moins mal que ses voisins en cette période de crise, c'est surtout en raison de l'importance de sa dépense publique.

Aux Etats-Unis, la crise ne provient pas uniquement de la prolifération de produits dérivés toxiques. Elle relève de l'épuisement d'un modèle économique et social qui creuse les inégalités de revenu. La stagnation du revenu médian et la hausse du revenu moyen de 3% signifie que seules les classes à hauts revenus ont bénéficié de la croissance des années 2002-2006.

 

« Des centaines de millions de personnes sortent peu à peu de la pauvreté grâce au respect des droits individuels et de la propriété privée »

 

En Corée du Sud, le revenu par habitant ne s'élevait en 1960 qu'à 13% de celui des pays riches. Il dépasse désormais les 50%. Et en Chine, qui pèse à elle seule le quart de l'humanité, le revenu par tête n'était que de 1% de celui des pays riches en 1960. Il est monté à 6% aujourd'hui. La progression est spectaculaire, même si l'écart reste énorme...

Mais ce n'est pas en appliquant la vulgate libérale à la mode depuis trente ans que les pays asiatiques ont réussi leur décollage. Ils lui ont résisté au contraire tout en sachant tirer profit de la libéralisation des échanges. Ils ont su, et pu, protéger leurs marchés et leurs entreprises en appliquant des politiques industrielles volontaristes, selon les préceptes mercantilistes les plus traditionnels.

En dehors de l'Asie de l'Est, les réussites économiques sont en revanche bien rares. L'Inde a elle aussi connu une croissance soutenue au cours de la dernière décennie. Mais pour l'instant, le revenu moyen d'un Indien, qui représentait 2,1% de celui d'un habitant des pays riches en 1960, n'en pèse toujours que 2,4% aujourd'hui. Pas de quoi pavoiser. Quant au Brésil, autre candidat récurrent au statut de locomotive économique, il a vu son niveau de vie relatif régresser: chaque Brésilien gagnait en moyenne 17% de ce que gagnait un habitant des pays riches en 1960, ce ratio est tombé à 15% en 2007. Le Mexique, voisin direct des Etats-Unis et lié à eux depuis 1994 par un accord de libre-échange, a vu la situation relative de ses habitants se dégrader encore plus nettement: en 1980, un Mexicain touchait en moyenne 30% du revenu d'un habitant des pays riches; en 2007, ce n'était plus que 23%. Le constat est encore plus net en Afrique. Au Nigeria, par exemple, le géant du continent avec ses 147 millions d'habitants: chaque Nigérian disposait en moyenne en 1960 de 3,5% du revenu d'un habitant des pays riches; en 2007, ce pourcentage n'était plus que de 1,5%, malgré l'envolée déjà engagée des cours du pétrole. Même tendance en Afrique du Sud.

 

« sur le chiffre : peu importe le chiffre. Il restera arbitraire. »

Il ne s'agit pour moi d'imposer quoi que ce soit...ce dont je serais bien incapable, d'ailleurs. Il s'agit de soumettre au débat démocratique des propositions. Même si le fonctionnement de la démocratie en France et dans les pays développés n'est pas exempt de tout reproche, comme toute institution humaine, je pense que ça reste le meilleur moyen de décider de nos lois communes. En effet, sans loi commune, il n'y a pas d'exercice serein de la liberté...sauf celle du renard libre dans le poulailler libre ! Une société sans loi, et sans Etat pour l'appliquer, est livrée à la sauvagerie des rapports de forces, qui ne risque pas d'instaurer l'égale et pleine liberté.

 

« Si deux personnes se mettent d'accord sur un salaire, en quoi Pierre Polard - ou qui que ce soit d'autre - aurait-il son mot à dire »

Je ne veux pas fixer de façon autoritaire les salaires pour tout le monde. Mais comme il existe un salaire minimum, il ne me paraît pas illogique de fixer un salaire maximum. En effet, si l'on prend l'exemple des revenus des PDG, ils sont soi-disant fixés par des comités de rémunération indépendants, mais dont la consanguinité est telle que Machin se retrouve à fixer le salaire de Truc alors que Truc siège au comité de rémunération qui doit statuer sur le salaire de Machin... Plutôt propice aux petits arrangements entre amis qu'à l'exercice d'une concurrence libre et non faussée, non ? Enfin, si on considère la rémunération comme étant la contrepartie de la productivité, il faudrait pouvoir justifier que quelqu'un qui gagne 150 000 € par mois apporte plus à la collectivité en un mois qu'un salarié payé au SMIC en 10 ans.

 

Le système finlandais n'est possible que parce que les inégalités sont plus faibles. La mise en concurrence n'est efficace qu'en égaux. En France, si on met les établissements scolaires en concurrence en l'état, cela ne peut se traduire que par un renforcement de la position des meilleurs et par une dégradation des moins bien lotis. C'est ce qu'atteste d'ailleurs une récente étude de la Cour des Compte sur l'assouplissement de la carte scolaire : cela profite aux établissements les plus réputés.

 

« Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de façon égale et tenter de les rendre égaux. Si le premier est la condition d'une société libre, le second n'est qu'une forme de servitude. - Hayek »

Ca veut dire quoi « traiter les gens de façon égale » ? Dans un pays riche comme la France où 8 millions (dont 2 millions de salariés) vivent en dessous du seuil de pauvreté, cette pauvreté n'est-elle pas une vraie forme de servitude ? N'est-ce pas renverser les choses que de dire que c'est une forme de servitude de tenter d'améliorer leur sort, via notamment la redistribution ? Si on ne les aide pas (je ne parle pas forcément que d'aide financière, mais aussi d'accompagnement, de formation), combien d'entre eux pourront s'en sortir ?

 

« Tu n'as pas répondu sur le « pour quoi faire » »

Je pense que la seule finalité légitime est la qualité de vie (dignité, paix, sécurité, liberté, santé, éducation, logement, loisir,...) des hommes et des femmes, et notamment les plus démunis. La force d'une société se mesure à celle de ses maillons les plus faibles. Toute l'histoire du progrès humain a consisté à améliorer la situation des plus faibles, via ce que l'on appelle la « protection sociale », qui passe par la redistribution des richesses.

 

A suivre ?

PP

15 février 2010

-30% de CO2 = +684 000 emplois

Pour éviter les pires impacts du changement climatique, la France et l'Europe doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 30% d'ici à 2020, par rapport à 1990, sur leurs propres territoires. Afin d'atteindre cet objectif, elles doivent modifier en profondeur leurs économies : certains secteurs verront leur activité diminuer, alors que d'autres bénéficieront de cette nouvelle donne écologique. Quel sera le bilan pour l'emploi en France ?

L'étude pilotée par le WWF-France évalue les créations et les destructions d'emploi relatives à une stratégie axée sur la sobriété énergétique, l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables, permettant de réduire les émissions françaises de CO2 de 30% en 2020. Cette stratégie correspond au scénario développé par l'association négaWatt. L'évaluation du bilan sur l'emploi prend en compte les créations et destructions d'emplois directs et indirects, ainsi que ceux « induits » par le surcoût (ou le gain) économique de la stratégie de réduction des émissions.

Il apparaît que l'effet sur l'emploi est extrêmement positif puisque 684 000 emplois nets sont créés d'ici à 2020. D'une part, les emplois créés par les énergies renouvelables (316 000) et surtout l'efficacité énergétique (564 000) sont beaucoup plus nombreux que ceux détruits dans les filières énergétiques (138 000) et automobiles (107 000). D'autre part, avec un baril à 100$ en 2020, le scénario négaWatt entraîne une économie nette pour les ménages, d'où une hausse de leur consommation et un gain supplémentaire de 48 000 emplois.

Notons que, avec un baril à 150 euros, l'effet induit positif aurait été beaucoup plus fort (467 000 emplois), soit la création nette de 1,1 million d'emplois.

Pour en savoir plus...

quirion_emploi_wwf[1].pdf

13 février 2010

Finance carbone...mais finance avant tout !

Sur les marchés financiers, effectuer un arbitrage consiste à tenter de tirer partie d'écarts éventuels de cours entre des actifs proches, cotés sur différents marchés. La finance carbone ne déroge pas à cette règle d'or de la finance. Ainsi, en décembre dernier, on a découvert que des petits malins intervenant sur le marché des quotas de CO2 profitaient du système de régularisation de la TVA en Europe. Ils achetaient des quotas hors taxe dans un pays pour les revendre avec TVA dans un autre pays, en encaissant bien sûr la différence. Manque à gagner pour le fisc des pats européens : 5 milliards d'€. Du coup, la France a supprimé la TVA sur les quotas d'émission, provoquant une chute brutale des transactions. Preuve de l'importance des activités spéculatives sur ce marché.

 

Au-delà de l'astuce de ces petits malins, le marché européen des quotas de CO2 (ETS : Emission Trading Scheme) présente un gros défaut de conception : il a permis la formation de profits indus pour des entreprises du secteur énergétique. Cela a occasionné un vif débat, en Grande-Bretagne notamment.

 

Dans sa phase actuelle, le système regroupe environ 12 000 installations industrielles représentant plus de 40% des émissions européennes de gaz à effet de serre, soit environ 2,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, dont près de 60% pour le seul secteur énergétique (45% pour la production électrique) : c'est aujourd'hui le premier système international d'échanges de droits d'émission de gaz à effet de serre au monde par sa taille. Le prix ainsi obtenu sur le marché s'impose de plus en plus comme la référence mondiale pour les échanges de carbone. Si ce système avait été envisagé dès l'année 2000 par un livre vert de la Commission, sa mise en oeuvre dans une première phase s'étendant de janvier 2005 à décembre 2007 résulte de la directive 2003/87/CE. La deuxième phase correspond aux années 2008-2012 en parallèle de la première période d'engagement du protocole de Kyoto.

 

Lors de la création de ce marché, en 2005, les Etats européens ont attribué gratuitement et très largement des quotas aux entreprises concernées. Ces entreprises ont ensuite pu s'échanger ces quotas. Celles qui avaient des émissions supérieures à leurs quotas ont acheté des quotas à celles qui en avaient trop. Ainsi, un prix de la tonne de CO2 a été déterminé. Après une période durant laquelle le prix du CO2 n'était que partiellement ajouté au prix spot de l'électricité, on a observé sur les marchés organisés une répercussion à peu près intégrale. Or, ces coûts sont virtuels dans la mesure où les quotas ont été attribués gratuitement par les Etats, d'où la création d'une rente indue. Les anglo-saxons parlent à sujet de « windfall profits » (profits tombés du ciel).

 

Consciente de ce problème l'Union européenne a décidé de mettre aux enchères les nouveaux quotas distribués à partir de 2012, lors de la phase III du marché ETS. Mais elle ne dit rien sur l'éventuelle taxation des « windfall profits ». Il ne faut pas contrarier l'efficience des marchés ! Car, n'en doutons pas, ces « windfall profits » ont bien sûr été investi dans des projets visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre...

 

Au-delà de ces questions de « technique », des questions plus fondamentales sur l'efficacité même du principe d'un marché des quotas d'émission de CO2 pour faire face aux enjeux du changement climatique. Le très respecté Comité sur le changement climatique britannique (Committee on Climate Change) a récemment confirmé cette idée : « Nous ne pouvons donc pas espérer que le système communautaire d'échange des quotas d'émissions garantisse les investissements en solutions à faible émission de carbone exigés pour la décarbonisation du secteur ayant fait l'objet des échanges, d'ici les années 2020. Compte tenu de ce risque, le Comité recommande d'envisager sérieusement toute une série d'options, telles que la règlementation ou la taxation, afin d'intervenir sur les marchés de l'électricité et du carbone

 

Réglementation (souvenons-nous de l'interdiction des CFC dans les aérosols), taxes, politiques volontaristes notamment en faveur de l'isolation des logements, des transports en commun, des énergies renouvelables... voilà qui serait sûrement plus efficace plutôt que de confier l'avenir de la planète à « l'efficience des marchés »....

 

PP

 

Pour aller plus loin...

FOE_UK_Synthese_Une_obsession_dangereuse_Nov09[1].pdf

 

01 février 2010

Sarkozy à Davos : l'insoutenable légèreté des mots

Par ATTAC France

Plus d'informations : http://www.france.attac.org/spip.php?rubrique33

 

Tout changer pour que rien ne change : tel est le message que Nicolas Sarkozy a martelé devant ses amis de Davos.


sarko_davos-2fb81.jpgEntonnant son habituel couplet pseudo-altermondialiste – avec un hommage inédit au « nouveau citoyen mondial » - il a stigmatisé « le rentier qui l’emporte sur le travailleur », la « flambée des inégalités » et les « profits excessifs qui ne sont plus supportés ». Dénonçant le dumping social et environnemental dû à la prédominance des règles du libre-échange sur les droits sociaux, il a reconnu la duplicité des gouvernements, le sien inclus : « nous rognons à l’OMC et au FMI ce que nous décidons à l’OIT et à l’OMS ».

Après cette douche froide, les artisans – à Davos depuis 40 ans - de cet infâme « capitalisme financier » qui « dénature le capitalisme » se sont vite consolés. Car Nicolas Sarkozy a rapidement prouvé combien il s’agissait de mots creux. Il s’est contenté de demander qu’on applique les décisions ultra-techniques déjà prises par le G20 (« c’est bien beau de prendre des décisions mais encore faut-il qu’elles soient mises en œuvre ») : révision des normes comptables, harmonisation des règles prudentielles, accroissement des réserves des banques en cas de titrisation. Au moins deux oublis dans sa liste des décisions prises et non appliquées : la limitation des hauts revenus, la suppression des paradis fiscaux...

Message subliminal du discours : la France ne propose aucune initiative nouvelle. À peine un bref coup de chapeau à Gordon Brown qui prône une taxe sur la spéculation pour financer le développement, et à Barack Obama qui propose d’interdire aux banques de dépôt de spéculer pour leur compte. Et une nouvelle fanfaronnade : un « nouveau Bretton Woods » l’an prochain pour réformer le système monétaire international quand la France présidera le G20.

En arrière-plan de ce discours, la crainte avouée des réactions populaires : « si nous ne changeons pas, les changements nous seront imposés par les crises économiques, politiques, sociales ». Mais Sarkozy est moins inquiet que Brown – à la veille d’élections législatives qui semblent perdues d’avance – et Obama – qui vient de perdre sa majorité qualifiée au Sénat. C’est pourquoi il importe de faire monter la pression sur lui avant le G20 de juin prochain à Toronto. Dominique Strauss-Kahn y présentera les propositions du FMI sur les moyens de faire payer par la finance les coûts de son sauvetage, et les chefs d’État ou de gouvernement décideront.

Dans le cadre d’une campagne mondiale en cours de préparation, Attac-France va proposer à tous les syndicats et associations qui le souhaitent l’organisation de mobilisations citoyennes pour imposer une véritable taxe sur l’ensemble des transactions financières. Pas une taxe « Canada Dry », mais une taxe qui permette de couper définitivement les ailes de la spéculation, et de financer les urgences sociales et écologiques - la lutte contre la pauvreté au Nord comme au Sud et contre le réchauffement climatique.

Photo : worldeconomicforum Flickr

 

22 janvier 2010

Une incroyable myopie

Par Pierre-Yves Gomez : professeur à l'EM Lyon (paru dans Alternatives Economiques)

 

Pour nombre d'entre nous, la crise économique devait évidemment marquer la fin des surrémunérations que certains acteurs de la finance prélevaient sur le fonctionnement de l'économie. Depuis des années, on avait assisté en effet à l'accroissement démesuré des primes versées aux traders et aux dirigeants de grandes entreprises cotées. Ce qui, en accélérant les effets pervers de la financiarisation de l'économie, a été une des causes de la crise. Or, contre toute attente, les banques ont annoncé dans le courant de l'année dernière qu'elles verseraient de nouveau des bonus importants dès l'année 2009.

Du fait de la crise, la Bourse était en effet tombée assez bas pour que les spéculations sur les marchés redeviennent très rentables et, donc, sources de nouveaux profits privés. La déconnexion n'a jamais été aussi frappante entre une économie de la finance, ludique et lucrative, et une économie de la production, soumise à une terrible compétition globale: alors que les banquiers décrochent de nouveaux bonus, le chômage s'accroît dans tous les pays occidentaux. La logique de ce modèle économique devient dès lors insoutenable. Et on assiste à un retour du politique: certains Etats comme le Royaume-Uni ou la France se sont résolus à taxer lourdement les bonus. Ceux qui, il y a quelques mois encore, regardaient une telle fiscalisation comme un crime contre la libre économie ont dû y souscrire, au moins pour cette année, devant le non-sens de la situation.

Le plus étonnant dans cette affaire, ce n'est pas le revirement des politiques, ni la découverte de la fracture entre finance et production. Le plus étrange, c'est que les banquiers eux-mêmes n'aient pas anticipé que l'annonce de tels bonus allait créer un scandale insupportable. Il faut en effet avoir singulièrement perdu le sens du réel pour considérer comme légitime de verser une super rémunération à ceux que l'on considère comme responsables de la crise actuelle. Les dirigeants des banques n'ont toujours pas perçu que les bonus posent une question politique majeure à l'heure où la société s'interroge sur son avenir économique et social.

Egoïsme, stupidité ou aveuglement collectif? Sans doute une grande myopie. La crise montre que même dans une situation dramatique, les élites peuvent rester enfermées dans leurs modèles, faute de culture alternative pour être capables de penser un changement pourtant devenu incontournable. C'est pourquoi on ne pourra pas soutenir de solutions économiques nouvelles sans que soit aussi renouvelée la population des personnes qui gouvernent les plus puissantes de nos entreprises et de nos banques.

 

 

18 janvier 2010

Business as usual...

Convocation à l'Elysée, discours avec froncement de sourcils... Nicolas Sarkozy a vraiment utilisé tous les moyens en son pouvoir pour intimider le PDG de Renault et le convaincre de renoncer à délocaliser la fabrication de la Clio IV en Turquie. Mais au final, Carlos Ghosn fera bien ce qu'il voudra ! Pourtant, c'est bien vers le gouvernement français qu'il s'est tourné pour obtenir un prêt à taux préférentiel de 3 milliards d'€ . Pourtant, c'est grâce à la prime à la casse financé par le budget de l'Etat que les ventes de Renault ont redécollé en 2009. Pourtant, c'est bien l'Etat qui finance les conditions préférentielles du chômage partiel dans le secteur automobile...Mais peu importe, Renault n'a aucune obligation sérieuse envers l'Etat. En effet, le « pacte automobile » conclu lors de l'octroi du prêt prévoyait seulement : « pas de plans sociaux en 2009 » et « pas de fermeture de site d'assemblage pendant la durée du prêt ».

On le voit, ce « pacte » est à peu près aussi contraignant que le « contrat d'avenir » passé avec les restaurateurs lors de la baisse de la TVA...Et tous aussi efficace !

 

Il est bien loin le temps de la Régie Nationale des Usines Renault ! Aujourd'hui, l'Etat français ne détient plus que 15% du capital, donc pas assez pour imposer ses vues à l'entreprise. De plus, la Commission Européenne s'empresse de faire les gros yeux aux Etats européens dès qu'ils parlent de conditionnalité pour les aides publiques ...ou même seulement d'aides publiques. Dans ces conditions, Renault comme toute autre entreprise, suit sa logique qui est de maximiser son profit, notamment en produisant là où c'est le moins cher.

 

Désormais, le périmètre d'action des grandes entreprises dépasse les frontières des Etats. Dès lors qu'une entreprise produit pour un marché mondial, elle se met à concevoir les salaires qu'elle distribue purement et simplement comme un coût  et non comme de la demande dans une économie nationale et donc finalement pour elle-même. Ce raisonnement est tout à fait logique, raisonnable et légitime du point de vue de l'entreprise.

 

La question à se poser, toutefois, est la suivante : quelle doit être l'institution dominante ? L'entreprise privée ou l'Etat ? Depuis la deuxième moitié du XXème siècle, il semblerait bien que ce soit l'entreprise privée ou plutôt la grande entreprise privée. Elle a la possibilité de mettre en concurrence les hommes, les territoires, les systèmes de protection sociale avec une arme imparable : le chantage à l'emploi.

 

Il y a même des voix raisonnables pour nous dire que c'est tout à fait logique. On les entendait un peu moins ces derniers temps, mais elles commencent à refaire surface. Ainsi, Elie Cohen interrogé dans le Parisien nous dit ceci, à propos des gesticulations du gouvernement français dans le dossier Renault: «  Cela nous met en porte-à-faux vis-à-vis de la Commission européenne, car le gouvernement s'était engagé à ne pas conditionner les aides financières accordées aux constructeurs automobiles. »

 

Il poursuit sur l'attractivité du territoire français :

« Dans l'automobile, il y a un différentiel de compétitivité important entre la France et les pays d'Europe de l'Est ou orientale. Soit le gouvernement donne les moyens à Renault, ou à tout autre grand groupe français, de relocaliser une partie de sa production sur le territoire nationale en diminuant les charges fiscales ou  sociales. Soit on admet que notre territoire est moins attractif pour l'industrie ».

 

Baisser les charges fiscales ou sociales... On avait un peu oublié cette litanie. Ces derniers temps, on était plutôt content que les charges fiscales et sociales financent les fameux « stabilisateurs automatiques » dont Nicolas Sarkozy se montre désormais si fier !

 

On pourrait renvoyer ce cher Elie Cohen au dernier rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, selon lequel les entreprises françaises sont très loin d'acquitter le taux officiel d'imposition de leurs bénéfices fixé à 33,3%. Le taux moyen se situe en effet en moyenne à 18% ! On pourrait penser que la moyenne est tirée vers le bas par les PME qui bénéficient d'une imposition allégée. Il n'en est rien. Ce sont en effet les plus grosses entreprises, celles du CAC 40, qui bénéficient du taux d'imposition le plus faible: 8% seulement. Les grandes entreprises réduisent leur fiscalité... en appliquant la loi, grâce aux nombreuses dérogations disponibles. Elles le font également, souligne le rapport, par une utilisation abusive des prix de transferts - les prix auxquels les filiales d'une même entreprise s'échangent des biens et des services.

 

Plus rien ne devait être comme avant, un monde nouveau devait débuter... Cette affaire et les réactions qu'elle suscite montrent bien que rien n'a vraiment changé malgré la crise. La concurrence fiscale et sociale entre les Etats a encore de beaux jours devant elle, avec toujours autant « d'experts » pour la justifier...

 

Il est temps de savoir quel est l'objectif prépondérant « Permettre aux entreprises de maximiser leur profit à tout prix » ou bien « Assurer aux hommes les moyens de se nourri, de se loger, de s'éduquer, de se soigner convenablement et dignement. »

 

PP

14 janvier 2010

Le capitalisme français reste aux mains d'un club très fermé

Par Annie Kahn - LE MONDE | 11.01.10

 

L'année 2010 sera-t-elle celle des grands changements au sein des conseils d'administration ou des conseils de surveillance des sociétés du CAC 40 ? Pour l'instant, ni la crise ni les recommandations du code de bonnes pratiques du Medef et de l'Association française des entreprises privées (AFEP), édictées fin 2000, n'ont provoqué de modifications majeures : les instances continuent d'être globalement très homogènes et consanguines.

Le cumul des mandats demeure une pratique régulière. Une petite centaine de personnes (98 exactement), soit 22 % des administrateurs, détient 43 % des droits de vote des sociétés du CAC 40, selon le cabinet Ernst & Young. Ces conseils - ils comptent en moyenne 14 membres - n'accueillent que 21 % d'étrangers quand ceux-ci détiennent 40 % du capital des groupes du CAC 40 et que l'activité à l'international assure désormais l'essentiel de la croissance de leur chiffre d'affaires. Enfin, les femmes occupent moins de 10 % des sièges d'administrateurs.

Nominations croisées

Une entreprise, la banque BNP Paribas, illustre cette concentration des pouvoirs au cœur de la gouvernance des entreprises du CAC 40 : quatre personnes - trois dirigeants de la banque et un ex-dirigeant encore influent dans le groupe - sont répartis dans les conseils de douze sociétés de l'indice phare de la Bourse de Paris.

Il s'agit du pétrolier Total, du constructeur aéronautique EADS, de l'assureur Axa, du groupe de matériaux Saint-Gobain et du cimentier Lafarge, pour le président de la banque, Michel Pébereau ; du spécialiste des services aux collectivités Veolia et du groupe de distribution et de luxe PPR, pour son directeur général, Baudouin Prot ; du groupe de services aux collectivités Suez Environnement et du distributeur Carrefour, pour Amaury de Sèze - ex-membre du directoire de Paribas, il devrait reprendre, sous peu, ses fonctions de président de PAI, un fonds d'investissement autrefois dans le giron de Paribas - ; du groupe de BTP et de télécommunications Bouygues, du fabricant de turbines et matériaux ferroviaires Alstom et du Groupe Lagardère pour Georges Chodron de Courcel, le directeur général délégué - il siège aussi au conseil de la société Foncière financière et de participations (FFP), holding familiale de la famille Peugeot, détentrice de 22 % de PSA Peugeot-Citroën.

Si l'on ajoute que deux d'entre eux - MM. de Sèze et Chodron de Courcel - siègent aussi au conseil du Groupe Bruxelles Lambert (GBL), actionnaire de GDF Suez, de Total, de Lafarge, du groupe de vins et spiritueux Pernod Ricard et de Suez Environnement, on voit qu'indirectement ce ne sont plus douze, mais quinze sociétés du CAC 40 dont les conseils sont sous l'influence du groupe bancaire.

"Il n'est pas sain que la BNP soit autant impliquée dans les conseils", juge Frédéric Genevrier, fondateur, avec Olivia Flahault, du cabinet OFG-Recherche. Ces deux spécialistes accordent de l'importance à la composition des conseils d'administration ou de surveillance, dans leurs analyses. Leur base de données, disponible en ligne pour leurs clients, traque les mouvements au sein de ces instances dirigeantes. Et témoigne de leur plus ou moins grand respect des règles de bonne gouvernance. La qualité d'"administrateur indépendant" attribuée à M. Pébereau chez Lafarge fait sourire ces analystes : "BNP est l'une des principales banques de Lafarge !", rappellent-ils.

Les nominations croisées témoignent de la consanguinité dénoncée. M. Pébereau siège chez Saint-Gobain, société dont le président, Jean-Louis Beffa, est au conseil de BNP Paribas. M. Beffa siège au conseil de GDF Suez, dont le PDG, Gérard Mestrallet, est au conseil de Saint-Gobain. Claude Bébéar, président d'Axa, est au conseil de BNP Paribas quand M. Pébereau siège à celui d'Axa - ces deux institutions financières ont aussi des participations croisées. Les exemples sont multiples.

Moins d'indépendance

La consanguinité a donc toujours cours au sein des conseils, au détriment de leur indépendance. Car, et c'est une autre spécificité française, les conseils d'administration des sociétés du CAC 40 ne se sont alignés ni sur "le modèle anglais, où les actionnaires ont des pouvoirs étendus, (ni sur) le modèle des Etats-Unis, pour ne pas citer le modèle allemand, où conseils d'administration et de surveillance sont plus indépendants et conçus comme arbitres des intérêts divergents des parties prenantes", expliquent Xavier Ragot, chercheur au CNRS, et M. Beffa, dans un article cosigné dans l'ouvrage A quoi servent les actionnaires ? (Albin Michel, 2009).

De fait, environ 60 % des sociétés du CAC 40 ont un conseil aux mains des dirigeants ; et 40 % aux mains des actionnaires, qu'il s'agisse de fonds d'investissement, d'investisseurs industriels ou de familles. Dans quatre groupes seulement, les salariés ont les moyens de faire entendre leur voix. "La vulnérabilité des sociétés françaises provient de l'absence d'un choix politique clair en termes de pouvoir actionnarial", concluent MM. Beffa et Ragot. Une raison de plus en faveur de nouvelles pratiques.

 

11 décembre 2009

Identité nationale, Histoire, leadr mondial et clip culte...

 Identité Nationale

 

Christian Estrosi, Ministre de l'Industrie rappelons-le, a cru bon de déclarer à propos du débat sur l'Identité Nationale :

« Si, à la veille du second conflit mondial, dans un temps où la crise économique envahissait tout, le peuple allemand avait entrepris de s'interroger sur ce qui fonde réellement l'identité allemande, héritière des Lumières, patrie de Goethe et du romantisme, alors peut-être aurions nous évité l'atroce et douloureux naufrage de la civilisation européenne. »

 

La preuve en images ....

 

 

Il fallait oser...Mais tout oser n'est-il pas le propre d'une certaine catégorie de population dont Mr Estrosi semble être un membre éminent (il l'a prouvé à maintes reprises) ? Pour plus de précisions, vous pouvez vous référer à Michel Audiard.

 

 

La chronique de Didier Porte, consacrée à cette sortie estrosienne, n'est pas mal du tout...

 
podcast

 

Je me demande à quoi va aboutir ce débat sur l'identité nationale. Une loi ? Pour dire quoi ?

Pour ma part, je pense que l'Education nationale et la Sécurité sociale contribuent concrètement et quotidiennement à forger notre identité nationale, bien plus que n'importe quel « débat », plutôt propice au défoulement de ceux qui « disent tout haut ce que tout le monde pense tout bas »... Malheureusement, force est de constater que les politiques menées par ce gouvernement sapent chaque jour un peu plus ces deux piliers de notre identité.

 

Je trouve particulièrement malsain que ce débat soir focalisé sur l'immigration et ses conséquences. C'est probablement un aspect de la question, mais ce n'est pas le seul sauf à croire qu'il s'agit de défendre une identité « franco-française », menacée par l'arriveé sur notre sol d'immigrants, principalement musulmans...

 

C'est un peu la tonalité générale de la tribune de Nicolas Sarkozy publiée dans Le Monde.

 

« Les peuples d'Europe sont accueillants, sont tolérants, c'est dans leur nature et dans leur culture. Mais ils ne veulent pas que leur cadre de vie, leur mode de pensée et de relations sociales soient dénaturés. »

 

« C'est de la part de celui qui accueille la reconnaissance de ce que l'autre peut lui apporter. C'est de la part de celui qui arrive le respect de ce qui était là avant lui. »

 

« Je m'adresse à mes compatriotes musulmans pour leur dire que je ferai tout pour qu'ils se sentent des citoyens comme les autres, jouissant des mêmes droits que tous les autres à vivre leur foi, à pratiquer leur religion avec la même liberté et la même dignité. Je combattrai toute forme de discrimination.

 

Mais je veux leur dire aussi que, dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale, tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l'échec l'instauration si nécessaire d'un islam de France qui, sans rien renier de ce qui le fonde, aura su trouver en lui-même les voies par lesquelles il s'inclura sans heurt dans notre pacte social et notre pacte civique. »

 

Alors que la laïcité est un des fondements de notre République, parler de « civilisation chrétienne » me semble hors sujet. Et puis, pourquoi s'adresser spécialement aux « compatriotes musulmans » ? Poseraient-ils des problèmes si particuliers ? Et puis parle-ton des « musulmans » ou des personnes originaires du Maghreb (même si cette origine est lointaine) ?

 

Tout cela ne semble pas contribuer à la clarté du débat et à préciser ses finalités...si ce n'est de récupérer une frange droite-droite de l'électorat en vue des Régionales !

 

Histoire en Terminale S

Dans sa réforme du lycée, le Ministre de l'Education Nationale, Luc Chatel, a annoncé que l'Histoire serait désormais optionnelle en Terminale S. Les élèves passeront les épreuves du bac relatives à cette matière en Première où l'horaire passera de 2h30 à 4h.

 

Ma première réaction a été de me dire que c'était une nouvelle manifestation de la volonté du gouvernement de transformer l'Education nationale en machine à former la main d'œuvre pour les entreprises alors qu'elle devrait être le lieu de la formation de citoyens éclairés, capables de mieux décrypter le présent en s'appuyant notamment sur les leçons du passé.

 

Mais la lecture d'un document édité par la FCPE m'a conduit à relativiser mon point de vue. Je vous propose un passage de ce document :

 

« Nous sommes bien là dans un débat a priori lancé par ceux qui souhaitent maintenir à tout prix l'élitisme de la série S au détriment des autres. L'éditorial de Libération le 8 décembre en est une preuve manifeste, qui considère qu' "écartée de la terminale pour les sections les plus prestigieuses, l'histoire, par la force des choses, s'en trouvera déclassée. On comprendra qu'elle est seconde dans la formation des futurs responsables." Ceci ne fait rien d'autre qu'entériner le fait que la série S est une série d'élite et que ce serait très bien comme ça.

 

De fait, l'Observatoire des inégalités relève qu'en 2002, alors que les enfants de cadres représentaient 13,8% des élèves de 6ème, ils étaient 24% à obtenir un baccalauréat : 8,2% un bac professionnel, 14,3 un bac technologique et 34,8% un baccalauréat général, dont 29% en série L, 30% en ES et 40,2% en S. En 2008, on atteignait même 42,1% d'enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures en série S, alors que ces mêmes catégories représentaient 15% de la population active.

 

Rappelons au passage que personne ne s'offusque de ce que l'histoire-géographie, si indispensable pour la formation du citoyen, soit absente des enseignements obligatoires dans d'autres terminales, technologiques ou professionnelles...

 

Enfin, en principe, la formation civique du jeune est l'affaire du socle commun, de sorte que l'argument selon lequel l'histoire est nécessaire à la construction de la citoyenneté et donc indispensable pour tous les élèves ne peut valoir pour le Lycée. Autant on peut laisser à des jeunes qui s'intéressent à l'histoire la possibilité de l'étudier, autant il n'est certainement pas justifié de l'imposer à tous. »

 

Cela renforce la nécessité d'une réflexion globale sur les parcours éducatifs de la maternelle au Lycée en passant par le collège, le grand oublié dont le rôle serait pourtant fondamental dans la lutte contre la reproduction des inégalités sociales. Cela relativise aussi la portée des débats épidermiques sur des points particuliers qui ont l'avantage de permettre de grands effets de manches et de reléguer en arrière-plan les vraies réflexions de fond...

 

Nicolas Sarkozy le suiveur...

Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique Gordon Brown ont signé une tribune dans le Wall Street Journal jeudi 10 décembre, sur le traitement de la crise financière dans l'Union européenne. « C'est l'Europe qui a montré la voie lors de la crise financière mondiale », estiment les deux dirigeants, en s'attelant à la restructuration du système financier et au renforcement du système financier mondial. Les deux dirigeants concluent en proposant un pacte entre les banques internationales et la société, qui reconnaisse les risques pour le contribuable, et le déséquilibre entre rémunérations et risques dans le système bancaire. Des propositions sont évoquées, comme le prélèvement sur les transactions financières, évoqué par Bernard Kouchner, et un impôt exceptionnel sur les primes, que la Grande-Bretagne vient de mettre en place.

 

Nicolas Sarkozy a vraiment un talent hors du commun pour se pousser du col. Alors qu'il a attendu que Gordon Brown mette en place cet impôt exceptionnel (de 50% sur les bonus 2009 supérieurs à 27000€) pour l'évoquer en France, il ose se présenter comme un leader en la matière !

 

Il semble oublier qu'en France la taxe exceptionnelle de 10% sur les bénéfices des banques a été enterrée et que le bouclier fiscal existe toujours... La dernière nouveauté fiscale est l'assujettissement à l'impôt sur le revenu des indemnités journalières d'accidents du travail (au nom de «l'équité » selon Jean-François Copé)...

 

Et pour finir, le déjà cultissime clip des « Jeunes Pop' »

Rions un peu avant le week-end...

 

 

 

PP

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