31 juillet 2008

La Chine ? Trop cher, mon bon monsieur !

Le numéro deux mondial des équipements sportifs, l'allemand Adidas , juge le niveau des salaires en Chine dorénavant trop élevé et va transférer une partie de sa production vers des pays encore plus compétitifs, déclare son patron dans un entretien publié lundi.

« Les salaires, qui sont fixés par le gouvernement, sont progressivement devenus trop élevés » en Chine, a dit Herbert Hainer à l'hebdomadaire Wirtschaftswoche de lundi. La part de la production de chaussures Adidas en Chine, qui représente pour l'instant la moitié de la production totale de chaussures du groupe bavarois, « va reculer », prédit le patron.

« Nous avons déjà ouvert une première usine en Inde. Des pays comme le Laos, le Cambodge et le Vietnam s'y ajoutent », a-t-il expliqué. « La production va également revenir dans les pays de l'ex-URSS et en Europe de l'est », mais pas en Allemagne, selon lui.

Si besoin était, voilà encore une preuve du besoin de normes sociales au niveau mondial pour éviter cette mise en concurrence des territoires sans cesse renouvelée par les multinationales.

PP

29 juillet 2008

Au pays du soleil levant...

e9580e54accf61c58e44291f922450c4.jpgL'excédent commercial du Japon s'est établi à 138,6 milliards de yens (816 millions d'euros) en juin, ce qui représente une baisse, plus marquée que prévu, de 88,9% par rapport à il y a un an.

La prévision médiane des économistes était d'un excédent de 503,0 milliards de yens, soit une baisse de 59,6%.

La contraction plus forte que prévu de l'excédent commercial s'explique essentiellement par la baisse, la première en près de cinq ans, des exportations, ce qui laisse à penser que le ralentissement économique provoqué par l'effondrement du marché des "subprime" aux Etats-Unis il y a près d'un an commence à se faire sentir auprès des pays clients du Japon.

Les exportations ont reculé de 1,7% alors que les économistes attendaient une hausse de 3,8%. Les importations ont de leur côté augmenté de 16,2%.

Vers les Etats-Unis, les exportations ont chuté de 15,4%, ce qui représente le dixième mois de baisse consécutive.

A méditer par tous ceux qui croient (ou veulent croire) que la crise est "derrière nous" !

PP

26 juillet 2008

L'efficacité supposée du marché

Je vous livre un extrait d’un article de Robert Boyer (économiste et directeur de recherches au CNRS) :

« Le marché s’est avéré fort efficace pour organiser les échanges de marchandises que sont les matières premières, les produits intermédiaires, les biens de consommation. Surtout si on le compare à la planification centralisée de type soviétique. En revanche, la puissance du marché a été plus problématique lorsqu’il s’est agi d’organiser les échanges en matière de travail, de monnaie et de relation avec la nature. Karl Polanyi qualifiait de fictives les marchandises correspondantes, et à sa suite, une large fraction des sciences sociales s’accorde sur le caractère corrosif du marché concernant leur gestion. Clairement, la vie, support du travail, n’est pas produite en vue du marché ; l’histoire a montré les limites d’une gestion purement marchande de la monnaie et du crédit ; enfin, en l’absence de normes et de règlements spécifiques, l’activité productive conduit à la détérioration de l’environnement.

Paradoxalement, les limites du marché apparaissent le plus dans le domaine de la finance, alors même que l’on semble confronté à la figure emblématique de marchés parfaits agrégeant un ensemble d’offre et de demande au travers de cotations devenues électroniques. Mais cette apparence est trompeuse car, en matière de finance, s’échangent non pas des marchandises typiques mais des promesses et des anticipations d’une valeur future marquée par toutes les incertitudes nées de la conjonction de comportements stratégiques, mais aussi de l’incapacité qu’ont les acteurs à calculer les conséquences de leurs décisions présentes sur leur revenu futur. Voilà pourquoi les acteurs du marché boursier, par exemple, s’avèrent incapables de calculer la valeur fondamentale – celle qui résulterait d’une analyse de l’activité réelle de l’entreprise dans son secteur – des titres qu’ils s’échangent, contrairement à ce que suppose la théorie standard.

Car de l’agrégation de leurs anticipations émerge une convention, un sentiment partagé, qui sert de référence à la révision des évaluations privées. Or, lorsque l’incertitude s’accroit, les acteurs sont tentés de faire davantage confiance à la convention du marché qu’à leurs propres évaluations. Dans ce cas, le marché tend à osciller entre deux évaluations extrêmes : soit très optimiste, soit excessivement pessimiste. Le basculement de l’une à l’autre se manifeste souvent par une crise financière. Bref, les marchés financiers sont intrinsèquement soumis à des crises périodiques qui peuvent se diffuser au reste de l’économie, précipitant le passage du krach financier à la récession économique, voire à la dépression. C’est d’autant plus probable que la finance occupe une place importante dans l’économie, comme le montre tant l’histoire financière que les comparaisons internationales. C’est une première explication à la résurgence des crises depuis deux décennies. »

11 juillet 2008

G 7,5

Le G8, le club des pays industrialisés, s’est réuni cette semaine à Toyako au Japon.
Comme d’habitude, pas grand-chose de concret n’est sorti de cette grand’ messe.

Cette réunion a tout de même permis aux japonais de découvrir le vrai visage de Nicolas Sarkozy. D’humeur maussade à son arrivée à l’aéroport, il a tourné le dos à une petite fille qui lui tendait un bouquet de tournesols pour lui souhaiter la bienvenue. Durant les trois jours qu’a duré cette réunion, il est s’est montré peu à son aise, taciturne, voire grognon. Il est parti comme un voleur, sans rencontrer le premier ministre japonais, suscitant un certain émoi dans la classe politique nippone…Même au Japon, ils vont finir par regretter Chirac !
Pourquoi cette mauvaise humeur ? Sans doute parce qu’il s’est dit qu’il ne pouvait pas tirer profit de cette réunion pour faire sa publicité. Pas de déclaration tonitruante, pas d’annonce à l’emporte-pièce…Rien. Lors de la réunion précédente, ça allait encore, puisqu’il était « le petit nouveau », celui vers qui tous les regards se tournaient. Au passage, son frétillement excessif lui avait valu le qualificatif de « petit garçon » par PPDA (ce qui lui a d’ailleurs coûté sa place, mais c’est une autre histoire !). Mais cette fois-ci, c’est Dimitri Medvedev (le nouveau président russe) qui était le chouchou…d’où le vague à l’âme de notre Président…

Pour revenir à cette réunion du G8, elle a été riche en déclarations aussi ronflantes que dépourvues de substance.
Les participants se sont déclarés « fortement préoccupés par l'envolée des prix du pétrole, qui crée des risques pour l'économie mondiale ».
« Les capacités de production et de raffinage devraient être accrues à court terme », ont-ils estimé. Ils ont aussi reconnu que « des efforts supplémentaires pour améliorer l'efficience énergétique » et pour diversifier les sources d'énergie étaient nécessaires dans les grands pays consommateurs.
Les dirigeants du G8 se sont également déclarés optimistes « quant à la résistance à long terme de (leurs) économies et la croissance économique mondiale future ».
Enfin, ils se sont engagés à diminuer de 50 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici …2050. Sans, bien sûr fixer, d’objectif intermédiaire…

Il n'y a pas la moindre référence au problème des « subprime ». Aucune référence non plus aux fonds spéculatifs, aux agences de notation financière ou aux produits dérivés…
Le communiqué final est plus l'expression d'une confiance en soi radieuse qu'une reconnaissance des souffrances économiques réelles des citoyens du G8. Mais il est vrai que, sur les trois jours, seules deux heures ont été consacrées à l’économie !

PP

28 juin 2008

Plongeon estival...

Ca fait longtemps que je n'ai pas donné de nouvelles de nos amis les marchés financiers...

Qui a dit que la crise était derrière nous ? Plus personne à Wall Street en tout cas…
Jeudi 26 juin, l'indice Dow Jones, en terminant en recul de 3,03 %, a effacé la série de records historiques qu'il avait enchaînée depuis septembre 2006. À cette date, le record de la bulle Internet, 11.722,98 points, avait été dépassé, ouvrant la voie à plusieurs nouveaux points hauts jusqu'à celui du 29 septembre dernier à plus de 14.000 points. Jeudi 26 juin, le "Dow" était à 11.453,42 points, passant sous son précédent plus-bas de l'année, touché le 10 mars à 11.740 points. On était alors au plus profond de la crise du crédit, au moment où se profilait l'effondrement de la banque Bear Stearns, finalement sauvée par une action conjointe de JP Morgan et de la Fed. L'embellie des mois d'avril et de mai, où la barre des 13.000 points avait été franchie, est désormais du passé.

Selon les analystes, aucun élément ne permet de penser que les marchés actions pourraient se redresser dans les prochains mois. Tout particulièrement concernée, Citigroup, déjà la banque la plus touchée par la crise, devrait procéder à de nouvelles dépréciations d'actifs de 9 milliards sur le trimestre en cours. Le secteur bancaire n’est pas le seul touché, l’industrie et même les nouvelles technologies commencent à fléchir.

Il apparaît désormais évident que les sociétés américaines pâtissent durement du ralentissement économique. Et Wall Street en tire les conséquences en termes de prévisions de résultats. Selon Thomson Reuters, les résultats des sociétés du S& P 500 sont attendus en baisse de 9 % au deuxième trimestre. En avril, cette baisse ne devait être que de 2 %. Les sociétés financières et de biens de consommations sont en première ligne, mais les craintes pourraient faire tache d'huile alors que le prix du pétrole continue de rester élevé, que les coûts de production grimpent et que la Fed a déjà annoncé la fin de la séquence de baisses des taux. Décidément, l'ivresse des cimes a abandonné Wall Street...

A Londres, ça ne va pas fort non plus puisque Barclays pourrait avoir besoin de lever neuf milliards de livres supplémentaires en capital (11 milliards d'euros) et passer de nouvelles dépréciations alors que les conditions du marché du crédit continuent de se détériorer.
Barclays a annoncé mercredi dernier avoir levé 4,5 milliards de livres auprès d'investisseurs dont le Qatar et le japonais Sumitomo Mitsui.
Barclays, qui a perdu plus de cinq milliards de dollars d'actifs en raison de la crise des subprimes et du crédit, a indiqué la semaine dernière qu'il prévoyait de lever des milliards de livres pour réaménager sa base en capital (en gros, ça veut dire « sauver les meubles »).

Tout est sous contrôle, la « main invisible » du marché s’occupe de tout…

PP

05 juin 2008

Pouvoir d'achat...

Kathleen Evin, dans sa toujours excellente chronique Saute d'humeur sur France Inter, fait référence au cas un tout petit peu choquant de Patricia Russo, la directrice générale de Alcatel-Lucent.

Malgré des pertes de 3,5 milliards d'euros, une baisse du cours de l'action de 50% depuis fin 2006, Mme Russo a jugé opportun de se faire voter des indemnités de départ correspondant à deux ans de rémunération (les temps sont durs, ma bonne dame!). La rémunération de Mme Russo en 2007 s'est élevée à 1,8 million d'euros (dont un bonus de 600.000 euros) et devrait être équivalente en 2008 pour la partie fixe. En outre elle a reçu 800.000 stock-options à un prix d'exercice de 3,80 euros (l'action cote aujourd'hui 4,875€).

Au fait, la loi TEPA (Travail Emploi Pouvoir d'acahat, autrement dit le paquet fiscal) ne prévoyait-elle pas de conditionner les golden parachutes à la réalisation de critère de performances ?
Nicolas Sarkozy, qui voulait moraliser le capitalisme, a encore un peu de travail !


podcast


PP

09 mai 2008

Eloge de la concurrence

Dans Les Echos datés du 30 avril, Pascal Salin, professeur à l’université Paris-Dauphine, nous gratifie d’une chronique intitulée « Eloge de la concurrence ». Tout un programme !
J’avais déjà entendu Mr Salin dans l’émission tardive de Frédéric Tadéi sur France 3 (« Ce soir ou jamais », je crois). Il s’était illustré en défendant béatement le libéralisme. Titillé par un des interlocuteurs qui lui demandait un exemple d’un pays où le libéralisme avait été couronné de succès, il avait répondu…l’Estonie. Pourquoi pas le Vatican, pendant qu’on y est ?
Comme disait Pierre Desproges (à propos de Marguerite Duras), il ne « fait pas qu’écrire des conneries, il en dit aussi ».
Vous comprendrez donc que je ne pouvais pas résister au plaisir de vous livrer quelques passages de cette petite merveille (pour les plus courageux, cliquez ici pour la version intégrale !).

« Devant les craintes que ferait naître une concurrence « excessive », on demande alors de la limiter, de la « réguler » (c'est-à-dire en fait de la réglementer). (…) Mais il faut bien évaluer la portée de ces appels à la modération de la compétition. En effet, la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). Accepter la concurrence, c'est donc accepter la liberté d'agir ; limiter la concurrence, c'est limiter la liberté. C'est la raison pour laquelle, je pense que, par principe, « la concurrence est toujours bonne » : elle consiste, pour chacun, à exercer sa liberté dans le respect de la liberté d'autrui.
(…)
« Le respect de la liberté d'entrer sur un marché, pour un producteur comme pour un consommateur, est un principe absolu de nature morale. Or un principe n'admet pas de compromis, il ne peut pas être plus ou moins valable. »
(…)
« Lorsqu'on dit que la liberté d'agir ne doit pas rencontrer de limites, cela signifie qu'on ne doit pas limiter par la contrainte l'exercice de cette liberté. Mais il est par ailleurs évident que ce dernier rencontre une limite naturelle : la liberté d'agir d'un individu ne doit pas porter atteinte à la liberté d'agir des autres.
Il est aujourd'hui à la mode de réclamer une « régulation » de la concurrence, à cause de ses excès supposés et de la responsabilité qu'on lui attribue, à tort, dans l'instabilité économique et financière. »
(…)
« Mais c'est oublier que la meilleure régulation est assurée, précisément, par la liberté et la concurrence, c'est-à-dire un système où les individus adaptent continuellement leurs décisions à celles des autres. »
(…)
« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
(…)
« Il est donc absurde - mais aussi immoral - de vouloir confier à quelques personnes la tâche d'imposer aux autres de manière arbitraire des limites à l'exercice de leur liberté. Oui, cela est certain, il n'y a rien de mieux que la concurrence et la liberté d'agir. »


Ouf ! C'est du brutal...
On est plus proche de la lettre au Père Noël ou du poème de Fête des Mères que du Prix Nobel d’économie !
Bon, par où commencer ?

« la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). »
C’est une bien belle théorie…Comment prend-elle en compte les pratiques telles que les ententes entre opérateurs de téléphonie mobile pour les prix des abonnements, entre les banques pour les taux des crédits immobiliers, entre les grandes surfaces pour le partage des zones de chalandises, entre grandes surfaces spécialisées telles Darty et la FNAC pour la fixation des prix... ?
Dans une économie où la concentration s’accélère, il est faux de croire que les consommateurs ont le choix. Les entreprises complexifient à loisir leurs offres pour rendre impossible toute comparaison (avez-vous déjà essayé de comparer des offres d’abonnement téléphonique ?).

« La concurrence est toujours bonne ». Que dire alors de l’ouverture à la concurrence des marchés de l’énergie, qui se solde dans tous les pays par une hausse des tarifs ? Mr Salin semble oublier le concept de « monopole naturel » : pour certaines activités nécessitant de forts investissements (énergie notamment), la théorie économique démontre que l’optimum économique est atteint avec un seul fournisseur.
On peut citer aussi l’exemple risible de l’ouverture à la concurrence des renseignements téléphoniques qui conduit dans tous les pays à une dégradation de la qualité de services, une augmentation des coûts…et à un déferlement de publicités débiles (118-218).

Pour Mr Salin, « réglementer » semble être un gros mot. Oublie-t-il par exemple que partout dans le monde, il existe des lois pour encadrer la concurrence et ses conséquences ? Même aux Etats-Unis, il existe une loi dite « anti-trust » pour justement rendre possible la concurrence qui, sans cela, serait mise à mal par la constitution d’empires tels que Standard Oil au début du XXème siècle ou…Microsoft aujourd’hui. Avec plus ou moins de succès, puisque les firmes déploient des trésors d’habilité pour contourner ces lois.
Dans une économie où les investissements sont de plus en plus importants, la concurrence libre aboutit à une concentration, à une « prime au plus gros »…donc à l’inverse de la concurrence idéale !! (Voir le rapprochement probable entre Rio Tinto et BHP Billiton qui conduirait à un groupe détenant 70 % de la production de minerais de fer).

« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
Il paraît qu’il existe un système qui s’appelle la démocratie et où les élections permettent de sanctionner les hommes « chargés de contrôler les libertés ». Laisser libre cours à la liberté individuelle de chacun comme le souhaite Mr Salin, c’est en quelque sorte remplacer le citoyen par le consommateur, remplacer le pouvoir des urnes par le pouvoir d’achat…

Pour terminer, deux citations à méditer :
« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère » (Henri Lacordaire)
« La vertu est le juste milieu entre deux vices » (Aristote, Éthique à Nicomaque)

PP

21 avril 2008

Assistés, ne parlez plus la bouche pleine...c'est très impoli!

Ca faisait quelque temps que ça ne m’était pas arrivé… La lecture de la chronique de Claude Imbert dans Midi Libre de dimanche 20 avril m’a fait bouillir, bondir…
Cette chronique, consacrée aux émeutes de la faim, démarre très fort : « Ces pauvres-là n’ont pas, comme nos assistés, la bouche pleine pour crier leur énième rouspétance. »
Tout est dans le choix des mots… Qui sont donc les « assistés » dont il parle ? On peut penser qu’il s’agit des bénéficiaires de minimum sociaux, voire des chômeurs indemnisés… Dans le jargon des ultralibéraux comme Mr Imbert, c’est en général cette frange de la population que l’on désigne par le terme « assistés », avec bien entendu beaucoup de mépris pour ces « fainéants dorlotés par l’Etat-Providence ». Mais, que je sache, il n’y a jamais eu beaucoup de manifestations de RMIstes, ni de chômeurs… Qui sont donc ces « assistés à la bouche pleine » ? Les fonctionnaires, les lycéens, les salariés qui luttent pour leur emploi ou leurs conditions de travail ?
Au fait, Mr Imbert estime-t-il qu’il faudrait couper les vivres a ces « assistés » trop bien nourris ? Pourquoi toujours rester dans l’insinuation ?

Cela fait des décennies que Mr Imbert bougonne, s’impatiente, fulmine, radote contre tous ces « parasites ». Régulièrement, il fait les gros yeux aux français soupçonnés d’être rétifs à la mondialisation et à ses bienfaits, d’être réfractaires au libéralisme « qui marche partout ailleurs » (je cite), bref d’être d’incorrigibles feignasses qu’il faudrait dare-dare remettre eu boulot dans des entreprises débarrassées de tout ce fatras de réglementation qui bride les entrepreneurs.
Lui qui glorifie la prise de risque, quand en a-t-il pris pour la dernière fois ? Bien au chaud dans son bureau, à l’abri de la concurrence dans son petit cénacle de chroniqueurs, il est facile de prôner le démantèlement de la protection sociale pour « s’adapter à la compétition internationale ». Ce dont je rêve, pour ma part, c’est de voir débouler dans la presse française des chroniqueurs chinois, indiens, roumains…qui viendraient marcher sur les plates-bandes de nos bardes de la mondialisation. On verrait alors si la mondialisation est toujours aussi « inévitable ».

Pour revenir à la chronique de dimanche... « La faim, on la savait peu à peu réduite par le progrès humain à des confins désertiques ». Tout de même, plus de 800 millions d’êtres humains souffrent toujours de malnutrition, voire de famine, dont une bonne partie en Asie du Sud-Est…Pour les confins désertiques, on repassera ! Il faudrait penser à refermer l’album d’images d’Epinal !

La crise financière a eu peut-être un effet positif : Mr Imbert réclame désormais « une maîtrise mondiale de la mondialisation.» Que de chemin parcouru ! Alors que jusqu’à présent, sa marque de fabrique était l’éloge « reptilien » (le cerveau reptilien est la source des comportements primitifs qui répondent à des besoins fondamentaux) des bénéfices de la mondialisation et du libéralisme, voilà que Mr Imbert réclame une régulation. On croit rêver !

Attention à ne pas devenir un « assisté » !

PP

09 avril 2008

Chevaliers blancs

La semaine dernière, les bourses mondiales ont « rebondi », grâce notamment aux valeurs bancaires. Pourquoi un tel revirement par rapport à la morosité qui prévalait jusqu’alors ?
En grande partie parce qu’UBS (1ère banque Suisse) et Lehman Brothers (Etats-U7nis) ont réussi leur recapitalisation. Les investisseurs « veulent croire » (toujours la bonne vieille méthode Coué !) à la fin du tunnel sur les marchés boursiers. Toutefois, on peut penser que ce rebond n’est que le résultat de spéculations à court terme. En effet, même si la visibilité est un peu meilleure, le ménage n’a pas encore été fait dans les comptes. Ainsi UBS serait encore exposée à hauteur d’environ 80 milliards de dollars.

Pourtant, cette même UBS a été capable de lever 28 milliards de francs suisses en quelques semaines.
Mais d’où viennent donc ces 28 milliards ? Qui est prêt à injecter de telles sommes dans une banque en difficulté ? Il s’agit du fonds d’investissement GIC de Singapour et d’un investisseur du Moyen-Orient.
En l’espace de quelques semaines, près de 80 milliards de dollars ont été mobilisés en provenance de fonds souverains d’Abu Dhabi, d’Arabie Saoudite, du Koweït, de Chine et de Singapour. Plusieurs fleurons de la finance mondiale ont été « sauvés » : Citigroup, UBS, Morgan Stanley, Merrill Lynch, Bear Sterns…
Les fonds souverains sont des fonds d’investissement gérés par des Etats et destinés à faire fructifier les montants colossaux issus de la vente du pétrole (pour les pays du Moyen Orient et même pour…la Norvège) ou des réserves de change (pour les pays d’Asie).

On peut se réjouir, comme le font les marchés financiers, de cet apport d’argent frais par ceux qui sont considérés comme des « chevaliers blancs ». On peut aussi s’interroger sur les conséquences de cette vaste redistribution des cartes au sein de la finance mondiale. Ces fonds souverains (qui représentent 3000 milliards de dollars) vont-ils longtemps rester des actionnaires « passifs » ou seront-ils le bras armé de leurs Etats de tutelle pour appuyer des pressions politiques ?
Quoiqu’il en soit le versement de dividendes liés à ces prises de participation vont se traduire dans les années qui viennent par des transferts financiers importants vers le Moyen Orient et l’Asie.

PP

29 mars 2008

Régulation

L'administration Bush propose de réformer en profondeur le mode de régulation de l'industrie financière américaine en donnant des pouvoirs accrus à la Réserve fédérale.
Selon un document de 26 pages que s'est procuré vendredi l'Associated Press, ce plan propose de faire de la Fed le premier régulateur de la stabilité du marché en étendant considérablement ses compétences. La banque centrale américaine pourrait désormais examiner non plus seulement les banques commerciales, mais tous les segments de l'industrie des services financiers.

Le plan, qui doit être officiellement dévoilé lundi lors d'un discours du Secrétaire au Trésor Henry Paulson, propose également de consolider l'actuel système de régulation bancaire.
La Fed deviendrait le "régulateur de la stabilité du marché" et disposerait de nouveaux pouvoirs pour rassembler des informations sur une vaste chaîne d'institutions afin que la banque centrale puisse mieux détecter d'éventuels menaces pour l'économie américaine.
Un organisme de régulation serait également chargé de surveiller les institutions financières fonctionnant à l'aide de garanties du gouvernement, tels que les assurances de dépôt pour les banques. Un autre régulateur serait chargé des questions de protection du consommateur.

Le plan prévoit enfin la fermeture de l'Office de supervision économique, chargé de contrôler les institutions économiques, et le transfert de ses fonctions à l'Office du contrôleur de la monnaie, qui régule les banques. La distinction entre les banques et les institutions économiques disparaîtrait également.

Ce plan ne devrait pas manquer d'être décortiqué par le Congrès et le monde de la finance, qui ont par le passé résisté aux précédents plans de réforme des mécanismes de régulation.
Le monde de la finance serait-il arc-bouté sur ses avantages acquis ? Moi qui croyais que le corporatisme était réservé aux syndicalistes obtus !

PP

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