24 juillet 2008

Les inégalités et la pauvreté se stabilisent

« Les inégalités et la pauvreté se stabilisent », pouvait-on lire dans la presse ces jours derniers.
Cela a l’air d’être une bonne nouvelle, non ? Et bien, non !

La France métropolitaine comptait en 2006 13,2% de la population (7,9 millions de personnes) sous le seuil de pauvreté, un taux qui se stabilise depuis 2002 après avoir reculé pendant les années précédentes

« Ces chiffres confirment la tendance observée depuis 2002 d’une stabilisation des inégalités et de la pauvreté en France, après une baisse régulière » commente l’Insee.

Les 10% les plus aisés disposent d’un revenu d’au moins 33190 € par an (2765 € par mois). Pour cette catégorie, les impôts représentent 18,8% du revenu disponible, contre 20,3% en 2005. Cette baisse résulte pour l’essentiel de la baisse de l’impôt sur le revenu intervenue en 2006.

Qui a dit que la politique économique de la droite n’avait pas de résultats ? Les résultats sont là : en diminuant l’impôt sur le revenu, on prive l’Etat d’une part de ses ressources (d’où affaiblissement des services publics, déficits, dette…) et on favorise le développement des inégalités en réduisant la progressivité de cet impôt.

Au-delà des revenus, il faut également s’intéresser au patrimoine. N’oublions pas également que 10 % des français détiennent 46% du total du patrimoine. Dans ces conditions, l’extension du bouclier fiscal et la réduction des droits de successions ne peuvent que contribuer à favoriser l’avènement d’une société de rentiers… au détriment de la compétitive globale de l’économie française

PP

04 juillet 2008

Action / Réaction

D’habitude, les (trop rares) commentaires que je reçois sur ce blog me laissent penser que les lecteurs partagent mes analyses. Au passage, je les remercie de bien vouloir consacrer un peu de leur temps à la lecture des mes écrits !
Mais hier, j’ai reçu un commentaire d’une toute autre teneur en réponse à la note du 18 juin relative à l’explosion de la pauvreté en Allemagne…

Je vous le livre dans son intégralité, car je suis favorable à la liberté d’expression :
« Bien sur, il faut maintenir l'âge de la retraite dans tous les pays, ignorer superbement l'allongement de la durée de la vie, et accepter de payer plein pot pour des gens qui sont encore tout à fait capable de produire des richesses (peut-être aimeront-ils eux-mêmes travailler plus longtemps quand ils se rendront compte de la diminution de leurs propres retraites).
Il faut aussi minimiser les heures de travail et la production industrielle, pour réduire les rentrées de l'état (oui, les entreprises payent beaucoup d'impôts) et être certain de couper le financement des aides sociales en faveur de plus démunis.
Avez-vous suivi le moindre cours d'économie au lycée? Pourquoi dépenser autant d'énergie à convaincre vos lecteurs alors que vous ne connaissez rien au sujet?
»

Hmmm…Bon…Voilà, voilà...

« Ce qui est excessif est insignifiant » disait Talleyrand. J’aurais donc pu effacer illico ce commentaire, mais je préfère y répondre car les arguments avancés sont malheureusement encore trop répandus.

Avant tout, je l’avoue, je n’ai pas suivi de cours d’économie au lycée. Je me suis un peu rattrapé après le bac, puis par de nombreuses lectures. Mais, je vous raconterai ma vie une autre fois !
Je remercie mon interlocuteur de bien vouloir prendre acte de mon « énergie », c’est déjà ça !
Mais pourquoi est-ce que j’arrêterais de m’exprimer alors que Jacques Marseille et Jean-Marc Sylvestre sévissent toujours ?

Plus sérieusement et pour revenir à l’âge de la retraite, l’allongement de la durée de la vie est l’argument massue pour « vendre » l’allongement de la durée de cotisation.
Sauf que l’âge moyen de sortie du marché du travail en France est toujours de 58,8 ans et que les entreprises sont toujours prêtes à pousser dehors les « seniors » (et 400 000 personnes de plus de 57 ans sont dispensées de rechercher du travail).
Sauf que l’allongement de la durée de la vie n’est pas le même pour tout le monde : un cadre a une espérance de vie supérieure de 6 ans à celle d’un ouvrier.
Sauf que la proportion de salariés contraints de rester longtemps dans une position pénible est passée de 16% à 34% entre 1984 et 2005 et de ceux devant porter des charges lourdes est passée de 21% à 39%. La pénibilité du travail est donc évidemment un paramètre à intégrer dans la réflexion.
Enfin, je ne suis pas sûr, par exemple, que les retraités anglais qui sont obligés de travailler pour échapper à la pauvreté (11% d’entre eux vivent en-dessous du seuil de pauvreté) le font parce qu’ils « aiment travailler plus longtemps ».
Une des conditions pour la pérennité du régime de retraite par répartition est la réduction du chômage par la création d’emplois de bonne qualité (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), ce qui suppose de revenir sur une politique de l’emploi fondée sur le développement de l’emploi peu qualifié.
Au passage, l’Insee a récemment revu à la hausse son scénario d’évolution de la population active: elle estime désormais qu’en 2050 il y aura 1,4 actif pour un retraité contre 1,2 dans sa précédente estimation (qui avait servi de base à la loi Fillon).

Mon propos n’a jamais été de « minimiser les heures de travail ». Je pense simplement que « Travailler plus » doit signifier « être plus nombreux à travailler » et non pas faire en sorte que ceux qui ont déjà un travail travaille plus : c’est le choix des pays scandinaves. Ce qui est important, pour une économie, c’est le nombre d’heures globales travaillées et non pas la durée individuelle du travail.
Au passage on peut noter que, depuis 1960, le PIB de la France a été multiplié par plus de 3, alors que le nombre total d’heures travaillées a légèrement baissé : c’est ce que l’on appelle les gains de productivité. C’est la source principale de la performance d’une économie : « Gagner plus en travaillant un peu moins ». Pour cela, il faut travailler mieux. Il faut donc investir dans l’éducation, la recherche, les nouvelles technologies…autant de secteurs où la France perd du terrain. Les salariés français sont parmi les plus productifs au monde, plus que les allemands, les anglais et même les japonais. Pour combien de temps encore ?

« Les entreprises payent beaucoup d’impôts »… En France, l’impôt sur les sociétés arrive seulement en 4ème position avec 48 milliards d’Euros, derrière la TVA (131 milliards), la CSG (76 milliards) et l’impôt sur le revenu (52 milliards). En Allemagne, de 1995 à 2005, le taux d’impôt sur les sociétés est passé de 55% à 38%...

Ce qui « coupe le financement des aides sociales », c’est aussi et surtout les 20 milliards d’exonérations de cotisations sociales, les 40 milliards des niches fiscales, les 40 milliards de la fraude fiscale, les 10 ou 15 milliards de l’inutile « paquet fiscal ».

PP

02 juillet 2008

Fausse modestie

La semaine dernière, Le Figaro nous annonçait que le bouclier fiscal concernait majoritairement les contribuables « modestes ».
L’administration fiscale a en effet établi que 73% de ces bénéficiaires du "bouclier fiscal" avaient à la fois un revenu inférieur à 42 000 € en 2006 et n'étaient pas concernés par l'ISF, pouvant donc être considérés comme des ménages modestes. 42 000 € par an, cela correspond tout de même à …3500 € par mois. La France est donc un pays très « modeste », puisque 95% des salariés gagnent moins de 3000 € par mois.

En moyenne, chaque bénéficiaire du bouclier fiscal aura touché un chèque de 16.100 euros, pour un coût budgétaire total de 241 millions d'euros.
Le montant élevé de ce remboursement moyen cache évidemment d'importantes disparités. Ainsi, sur les quelques 15000 remboursements, près de 9.300 portent sur des montants inférieurs à 800 € soit un total de 7 millions d’€.
Les 234 millions restants (soit 97% du total) ont donc été répartis sur 5.700 contribuables, soit une moyenne de 41 000 € ! Pas sûr que cela profite majoritairement aux RMIstes et aux Smicards ! Et n’oublions pas qu’une contribuable a reçu à elle seule un chèque de 7 millions d’€ (Léone-Noëlle Meyer, l'héritière des Galeries Lafayette).

Récapitulons :
* 234 millions d’€ (97% du total) pour 5700 bénéficiaires (38 % du total)
* 7 millions d’€ (3 % du total) pour 9300 bénéficiaires (62 % du total)

Voilà un bel exemple de répartition « équilibrée ».

Pour être clair, si les plus « modestes » sont les plus nombreux à bénéficier du bouclier fiscal, cela ne signifie pas pour autant que ce sont eux qui en bénéficie le plus !

PP

15 juin 2008

Etre socialiste…

Alors même que certains responsables du Parti socialistes estiment que le socialisme est désormais une « idée dépassée », être socialiste a-t-il encore une signification ?

Etre socialiste…
Etre socialiste, c’est réaffirmer la notion de solidarité : solidarité entre territoires, solidarité entre générations, solidarité entre travailleurs et chômeurs, solidarité entre malades et biens portants, solidarité entre riches et pauvres…
Etre socialiste, c’est comprendre que la force d’une société se mesure à celle de ses éléments les plus faibles. En période de difficultés économiques, il est tentant de faire supporter aux plus vulnérables les efforts d’ajustements. Etre socialiste, c’est s’opposer à cette tendance « naturelle ».
Etre socialiste, c’est refuser de tomber dans l’alternative caricaturale et stérile « assistanat / responsabilisation ».
Etre socialiste, c’est aussi mesurer à quel point les inégalités, loin de dynamiser la société, ne font que susciter des frustrations. Ces frustrations sont par ailleurs exacerbées par un marketing outrancier qui flatte les pulsions consuméristes et érige l’ostentation en valeur fondamentale. Ces frustrations se traduisent de plus en plus par des tensions sociales, qui conduisent à la violence. La violence est une déchirure profonde dans le contrat social.
Etre socialiste, c’est proposer un autre idéal de vie que la seule recherche du « pouvoir d’achat », qui fait du « low cost » un modèle de société.
Etre socialiste, c’est affirmer qu’un pays n’est pas qu’une simple juxtaposition d’entreprises dont il conviendrait d’améliorer à tout prix la compétitivité, au bénéfice de quelques uns seulement.
Etre socialiste, c’est avoir foi dans le développement du capital humain, c’est être convaincu que l’investissement le plus rentable est l’éducation. A cet égard, l’échec scolaire est une perte incommensurable pour le pays. Lorsqu’un enfant quitte l’école sans qualification, nous devons tous nous sentir personnellement concernés.
Etre socialiste, c’est ne pas se désintéresser non plus de l’entreprise, c’est être en faveur d’une vraie politique industrielle tant il est vrai qu’une économie qui ne fabrique plus est condamnée à s’appauvrir, faute d’innovation.
Etre socialiste, c’est être conscient des enjeux internationaux et comprendre que notre futur est indissociable du reste de la planète et notamment de l’Europe.
Etre socialiste enfin, c’est réaffirmer avec force le rôle de l’Etat dans des domaines que le marché ne peut prendre en compte de façon satisfaisante : l’éducation, la santé, la justice, l’énergie, les infrastructures, la protection sociale,…

Etat et impôt : deux concepts si modernes…
Pour que l’Etat soit fort, que son rôle soit incontestable, il doit être efficace. Mais, contrairement à ce que veulent faire croire les libéraux, « efficacité » n’est pas forcément synonyme de « réduction des moyens ». L’efficacité, c’est atteindre ses objectifs. Il est donc nécessaire au préalable, de définir précisément les objectifs de l’Etat.
Non seulement l’Etat doit être efficace, mais il doit être efficient. C’est-à-dire qu’il doit utiliser au mieux ses ressources pour atteindre ses objectifs. C’est à ce prix que le consentement à l’impôt sera renforcé. Car le bon niveau de l’impôt, ce n’est pas « le moins possible » comme l’affirment tous les démagogues. C’est le niveau qui permet de mettre en œuvre dans de bonnes conditions les biens et services publics, les politiques de protection sociale et de redistribution. Loin d’être un débat purement technique, la réflexion sur la fiscalité est éminemment politique. Une fiscalité plus juste et plus redistributrice est un impératif pour affronter les défis de demain : mondialisation, protection de l’environnement, vieillissement de la population…
La fiscalité est la traduction chiffrée du choix de société, l’incontournable corollaire des politiques publiques.

PP

12 juin 2008

Impôt progressif...

Dans le courrier des lecteurs du journal Midi Libre du 10 juin, un lecteur évoque le côté « excessif et punitif » de la progressivité des taux de l’impôt sur le revenu. Il souhaite également « la mise en place d’un impôt proportionnel ».

En France, l’impôt sur le revenu représente (seulement) 11% du PIB contre près de 17% au Royaume Uni. Si les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France, c’est principalement dû au financement de la protection sociale, qui est essentiellement privé au Royaume-Uni.
Le taux moyen de l’impôt sur le revenu dépasse 20% pour à peine 1% des contribuables, de là à parler d’excessive progressivité ! D’autant plus que les mesures visant à le « simplifier » ont réduit le nombre de tranches et ramené le taux supérieur à moins de 50%...
N’oublions pas que, jusque dans les années 70-80 les taux supérieurs de l’impôt atteignaient …90% (même aux Etats-Unis) et que cela n’a pas empêché l’essor des Trente Glorieuses.

L’impôt doit avoir un rôle redistributif fort pour réduire les inégalités, sources de tensions sociales et nuisibles au bon fonctionnement de l’économie. C’est pourquoi il doit être progressif et pas proportionnel.
Le débat sur la progressivité de l’impôt est d'ailleurs très ancien.
Ecoutons Montesquieu dans L’esprit des lois : « Dans l’impôt de la personne, la proportion injuste serait celle qui suivrait exactement la proportion des biens. On avait divisé à Athènes les citoyens en quatre classes. Ceux qui retiraient de leurs biens cinq cents mesures de fruit, liquides ou secs, payaient au public un talent ; ceux qui en retiraient trois cents mesures devaient un demi-talent ; ceux qui avaient deux cents mesures payaient un sixième de talent ; ceux de la quatrième classe ne donnaient rien. La taxe était juste quoiqu’elle ne fût point proportionnelle ; si elle ne suivait pas la proportion des biens, elle suivait la proportion des besoins. On jugea que chacun avait un nécessaire physique égal ; que ce nécessaire physique ne devait point être taxé ; que l’utile venait ensuite et qu’il devait être taxé, mais moins que le superflu ;que la grandeur de la taxe sur le superflu empêchait le superflu. »

C’est une bonne illustration de ce que les économistes appellent « la décroissance de l’utilité marginale du revenu ». Les 1000 premiers euros de mon salaire me sont nécessaires pour manger, me loger, m’habiller, me déplacer….Leur utilité est donc vitale, il me les faut absolument (donc pas d’impôt !). Les 1500 euros suivants vont me servir à acheter des livres, aller au cinéma, au restaurant, en vacances…Leur utilité est donc moindre, je peux éventuellement n’en passer (donc taux d’imposition « raisonnable »). Les 1500 euros suivants vont me servir à aller dans de plus beaux restaurants, à acheter une belle voiture, à épargner…Il s’agit du superflu (donc taux d’imposition plus élevé). Que dire alors lorsque le salaire est de plusieurs dizaines milliers d’euros ? Rappelons aussi que les « prélèvements » servent à financer des biens et des services publics (éducation, santé, sécurité…) sans lesquels je ne pourrais pas travailler correctement et gagner ma vie.

Pour enfoncer le clou, citons Jean-Jacques Rousseau : « Celui qui n’a que le simple nécessaire ne doit rien payer du tout ; la taxe de celui qui a du superflu peut aller au besoin jusqu’à la concurrence de tout ce qui excède son nécessaire. »

Pour terminer, citons également Jean-Baptiste Say : « Une contribution simplement proportionnelle n’est-elle pas plus lourde pour le peuple que pour le riche ?»

PP

05 juin 2008

Déguisements...

"La dépense publique, en somme, c'est un impôt déguisé."

Qui est l'auteur de cette forte maxime ? Hubert Falco (dans Les Echos du 30 mai)
Or, il se trouve que Mr Falco est accessoirement Secrétaire d'Etat à l'Aménagement du Territoire.
Son ambition devrait être, selon moi, de valoriser (au propre, comme au figuré) la dépense publique, dans la mesure où c'est elle qui sert, justement, à aménager le territoire, et donc à préparer l'avenir, à réduire les inégalités territoriales...

La dépense publique, c'est le "bras armé" de l'Etat, c'est elle qui lui permet d'assumer son rôle dans des domaines que le marché ne peut prendre en compte de façon satisfaisante : l’éducation, la santé, la justice, l’énergie, les infrastructures, la protection sociale,…

Dans le propos d'Hubert Falco, transparaît aussi toute l'estime qu'il semble porter à l'impôt.
Au risque d'être mesquin, on pourrait rappeler à ce monsieur que ce sont les impôts qui le nourrissent (avec quoi est payé son salaire?) et qu'il pourrait au moins avoir la reconnaissance du ventre !
Plus sérieusement, loin d’être un débat purement technique avec en point de mire la seule diminution de l'impôt, la réflexion sur la fiscalité est éminemment politique. Une fiscalité plus juste et plus redistributrice est un impératif pour affronter les défis de demain : mondialisation, protection de l’environnement, vieillissement de la population…
La fiscalité est la traduction chiffrée du choix de société, l’incontournable corollaire des politiques publiques.

Ne soyons pas dupes des slogans des idéologues du "moins d'impôt", même "déguisés" en ministres !

PP

31 mai 2008

Les socialistes et le marché (1/2)

J’ai consulté le blog de la rénovation du Parti Socialiste ! Eh oui, ça existe !
Ainsi, j’ai pu parcourir le compte-rendu du forum de la rénovation autour du thème « LES SOCIALISTES ET LE MARCHÉ », qui s’est déroulé le 15 décembre 2007 à La Villette.

Pour ceux que ça intéresse, voici l'intégralité du forum en vidéo:



Je vous épargne les poncifs habituels sur la « nécessaire régulation du marché ».
En revanche, je vous livre ci-dessous la contribution de Liêm Hoang-Ngoc. Cet économiste est membre du Conseil National du PS et maître de conférences à Paris I-Sorbonne. Il a écrit plusieurs ouvrages, le dernier en date est « Sarkonomics » aux éditions Grasset.

Il a un discours qui détonne avec le conformisme ambiant. Je le trouve particulièrement intéressant, mais je vous laisse juges…

Liêm Hoang-Ngoc :
Une offensive idéologique sans précédent tente de discréditer les idées socialistes. Elle assimile encore le socialisme au modèle soviétique. Elle somme la gauche de se convertir à l’économie de marché qu’elle réduit au capitalisme anglo-saxon. Les socialistes n’ont jamais eu de problème avec le marché. Ils ont toujours été fâchés avec le capitalisme, surtout lorsqu’il planifie le pouvoir économique des nouveaux rentiers. Ce débat est déjà ancien. Un futur jeune Premier ministre en avait fait la synthèse, il y a près de trente ans, en proclamant qu’entre le plan et le marché, il y a le socialisme !
Depuis le congrès de Metz, de l’eau a coulé sous les ponts. C’est un euphémisme, la France de Nicolas Sarkozy est moins socialiste que celle dont Laurent Fabius hérita en 1984… Mais elle l’est aussi moins que la France du Général de Gaulle… qui, à bien des égards, était bien plus socialiste que l’Angleterre de Tony Blair.

Dans la France néo-conservatrice, la rénovation du PS passe en premier lieu par la rénovation de son diagnostic économique. Notre diagnostic devrait diverger de celui de Jacques Attali, notre déjà bien ancien camarade. Son diagnostic est d’ailleurs le même celui que vient de publier le FMI. Attali nous dira dans quelques jours que les freins à la croissance sont à rechercher du côté de la concurrence faussée, des rigidités du marché du travail et du poids de l’Etat. Le monde dont il rêve, avec tous ceux qui usurpent le trône de la modernité, est le monde néo-conservateur qui régnait au début du siècle dernier. Un monde dont Keynes (qui n’était pas socialiste) écrivait en 1936 qu’il était habité par deux vices marquants : le chômage et les inégalités.

Nous sommes aujourd’hui revenus un siècle en arrière. Les chiffres récemment publiés sont têtus. Au cours de ces dix dernières années, les revenus des nouveaux rentiers et des dirigeants du capitalisme financier ont explosé, alors que le pouvoir d’achat de l’immense partie de la population baissait. La moitié de la population gagne moins de 1480 euros par mois. 7 millions de pauvres survivent avec moins de 817 euros.
Les efforts demandés aux salariés ont-ils pour contrepartie les retombées économiques annoncées !?... Même pas ! L’économie de rentier dans laquelle nous vivons est incapable d’assurer le plein-emploi. La consommation est menacée par la baisse du pouvoir d’achat. Mais surtout, les profits et l’épargne d’hier ne sont pas les investissements d’aujourd’hui, qui ne seront pas l’emploi de demain ! L’investissement ne souffre aucunement du droit du travail et du coût du travail. Il est entravé par la hausse du coût du capital consécutive aux privatisations afin d’assurer les dividendes des nouveaux rentiers. L’investissement dans les nouvelles technologies et dans les énergies renouvelables devrait être une priorité nationale ! Il est inexistant ! Nos industries ne sont pas compétitives, faute d’avoir investi ! Le commerce extérieur est chroniquement déficitaire.

Dans ce marasme, le défi que doivent relever les socialistes est de montrer que la politique peut encore agir sur la production et la répartition des richesses. La politique, c’est en premier lieu l’Etat, que nous aspirons à diriger. Un Etat que les néo-conservateurs et les néo-conservatrices veulent littéralement castrer !
L’Etat jacobin et centralisateur n’est heureusement pas devenu complètement impuissant. Il n’a jamais été en faillite et ne vit aucunement aux crochets des générations futures. Les épargnants se ruent sur ses bons du Trésor si bien qu’il peut s’endetter à des taux d’intérêt très bas. Romano Prodi a raison de le dire : le pacte de stabilité est, à cet égard, une belle stupidité. Malheureusement, la droite a gâché les marges de manœuvre dont elle disposait. Les 15 milliards du paquet fiscal auraient pu être consacrés à la politique industrielle, à la redistribution et au développement des services publics. Ils nourriront une fois de plus la spéculation boursière et immobilière.

Bien évidemment, une autre réforme fiscale était possible ! Une réforme qui rendrait l’impôt juste en étendant la sphère de l’impôt direct et progressif. Cette réforme commencerait par réduire la TVA, que la droite voulait augmenter. La baisse de 1 point de la TVA, que nos députés viennent de proposer, améliorerait immédiatement le pouvoir d’achat. Cette mesure permettrait d’injecter 6 milliards pour relancer la consommation. Son coût est 2 fois et demi inférieur à celui du paquet fiscal.

Mais, pour s’attaquer véritablement au problème du pouvoir d’achat, il faudra rompre le tabou des salaires, bloqués dans notre pays depuis 1983. Nos aînés ont su « techniquement » organiser la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. L’inflation salariale est désormais vaincue. Les travailleurs français détiennent la médaille de bronze de la productivité mondiale ! Dès lors, une hausse des salaires est possible, sans détériorer la situation des PME, qui bénéficieraient en outre de notre réforme des cotisations patronales ! Qu’on cesse de tourner autour du pot ! Notre génération, qui ne manque pas de réparateurs de logiciels socialistes en panne, saurait, « techniquement », organiser la hausse des salaires. De plus, parce la productivité s’élève avec l’économie de la connaissance, les salariés ont aussi droit à une réduction de leur peine au travail, sous forme de retraite ou de réduction du temps de travail ! Telle est la version socialiste de la théorie de la valeur-travail. Elle s’oppose aux thèses les plus éculées, refusant jusque 1848 toute législation sur la durée du travail. Celles-ci proposent aujourd’hui d’aggraver l’exploitation, d’augmenter le taux d’emploi des vieux et accusent les victimes du capitalisme d’avoir choisi d’être des assistés volontaires !

Il faut rétablir la vérité ! La durée effective du travail en France se situe dans la moyenne européenne (41h. hebdomadaires, à peu près comme en Allemagne). Les 35 h ont créé 500000 emplois sans détériorer la productivité ! Au contraire l’allongement de la durée du travail, proposé par Sarkozy, ne créera pas un emploi et ne modifiera en rien le partage du gâteau pour revaloriser le travail ! Le rachat des RTT est une véritable entourloupe. Il revient à proposer des heures supplémentaires sous-payées !

Enfin, nous aurions tort de laisser à Sarkozy et aux souverainistes le monopole de la critique de la politique économique européenne. Il n’y a pas de politique budgétaire, faute de budget européen ! Il n’y a pas d’harmonisation fiscale faute d’Europe politique ! Quant à la politique monétaire, il a fallu que Louis Gallois le reconnaisse pour que l’on se rende enfin compte que l’euro fort est source de délocalisations ! La BCE doit baisser ses taux pour que l’euro cesse de s’apprécier ! En matière de libre-échange, il faut cesser d’être dogmatique : Le tarif extérieur commun doit être relevé pour protéger nos industries et nos emplois !

La gauche ne doit pas commettre l’erreur de se contenter d’une simple opposition méthode. Un bon socialiste n’est pas un socialiste de droite ! Il a le droit et le devoir de défendre son camp, lui aussi, sans complexe. Pour contrer une vraie politique de droite, nos électeurs attendent une véritable opposition de gauche.

C’est à cette condition que nous redonnerons vie au vrai débat politique !

23 mai 2008

L’œuf ou la poule ?

Qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf ou la poule ?
Cette éternelle question me fait penser à la situation actuelle du Parti Socialiste !
Faut-il d’abord se mettre d’accord sur les idées ou choisir un chef ?
Est-ce le « chef » qui doit imposer ses idées ou les idées qui doivent aboutir au choix de celui (ou celle) qui sera le mieux à même de les incarner ? La droite a réglé la question depuis belle lurette en choisissant un chef. Même s’il est de plus en plus contesté, personne n’ose ouvertement s’opposer à lui.

Les idées d’abord ou le chef ? Au PS, si on a du mal à discerner des propositions cohérentes sur les grands sujets, ce ne sont pas les chefs potentiels qui manquent : Royal, Delanoë, Aubry, Valls, Dray, Moscovici, Fabius, Strauss-Kahn… Que ceux que j’ai oubliés veuillent bien m’excuser !
Toujours prompts à expliquer les raisons des échecs, à dire ce qu’il n’aurait pas fallu faire, ils sont moins loquaces lorsqu’il s’agit de proposer une vision de la société.

Qu’est-ce qui fait la légitimité d’un chef ? Quelle est cette étrange alchimie qui fait dire, sans hésitation, « c’est lui » ? Pourquoi est-il si difficile aujourd'hui d’identifier un leader ? Par exemple, aux Etats-Unis, c’est la première fois qu’il est si difficile de départager les candidats à l’investiture démocrate. Cette tendance serait-elle l’apanage de la gauche ? Pas si sûr… Si Nicolas Sarkozy se retirait de la vie politique demain (on peut rêver), le bal des prétendants à sa succession ne serait pas triste : Fillon, Copé, Bertrand, pourquoi pas Villepin, le retour ?
La raison à tout cela ne réside-t-elle pas dans la recherche systématique du consensus : à vouloir contenter tout le monde, on ne satisfait personne. La médiocrité des propositions (on dit aujourd’hui, « l’offre politique ») induit la tiédeur des réactions. A quoi bon se prononcer pour tel ou telle, s’ils sont interchangeables ? Si leurs idées ne diffèrent qu’à la marge ?
Si Nicolas Sarkozy a gagné l’élection présidentielle, c’est qu’il a réussi un « hold-up » idéologique en faisant croire qu’il apportait des idées nouvelles. Il s’avère aujourd’hui, et ce n’est guère surprenant, qu’elles sont inefficaces et d’ailleurs pas forcément nouvelles, mais c’est une autre histoire !

Quoiqu’il en soit, nous avons le sentiment que nous devons faire face à des changements, des bouleversements majeurs dans la marche du monde, et que nous propose-t-on ? Des petits bricolages : un an de cotisation en plus par là, ou encore des heures supp. ou des franchises médicales par ici …
Alors que les grands enjeux sont européens, voire planétaires : protection de l’environnement, montée en puissance des pays émergents, régulation de la finance mondiale…
Alors que le bon sens milite pour une harmonisation fiscale et sociale de l’Europe, on veut nous faire croire que la France peut s’en sortir seule, voire au détriment de ses voisins (comme l’a fait l’Allemagne du social-démocrate Schroeder, d’ailleurs).

Mais revenons à la problématique initiale : le chef ou les idées ?
J’ai du mal à imaginer une réflexion sereine sur fond de combat à fleuret moucheté voire à couteaux tirés !
Qu’est-ce qui fait que l’on veuille devenir un responsable politique ; la volonté de servir ses concitoyens ou la satisfaction de son ego ? Il y a forcément un peu des deux, le problème, c’est que de plus en plus souvent, c’est la deuxième motivation qui prend largement le pas sur la première. Lorsque la quête du pouvoir est vécue comme une fin en soi, il n’est pas surprenant que la question des idées soit reléguée au second plan, et que finalement, tout le monde pense plus ou moins la même chose sur la plupart des sujets. Certes, lorsque l’on est dans l’opposition, il y a bien quelques effets de manche, mais c’est tout.
L’idéal, ce serait un chef avec des idées !

Etre socialiste, qu’est-ce que ça signifie ?
Etre socialiste, c’est lutter farouchement contre les inégalités. C’est refuser de croire que la situation de chacun est le résultat exclusif de ses actes. La société a des responsabilités, notamment vis-à-vis des plus fragiles de ses membres.
Les inégalités, elles existent, parfois sournoises et indicibles, parfois criantes et concrètes : l’obésité touche 25% des plus pauvres, un ouvrier a une espérance de vie 6 ans inférieure à celle d’un cadre… La France est un des pays développés où les inégalités se transmettent le plus d’une génération à l’autre.
On nous dit que faisons tous plus ou moins partie d’une « classe moyenne », qu’il n’y a plus lieu de raisonner en termes de classes sociales, que nous avons tous les mêmes intérêts. Les intérêts des 10% des français qui possèdent 46% du patrimoine sont-ils a priori les mêmes que ceux du reste de la population ? Pourquoi alors le business de « l’optimisation fiscale » est-il si florissant ? Tant de trésors d’ingéniosité et d’astuce déployés pour s’affranchir de la solidarité nationale…Malgré tous les progrès humains, les instincts, eux, n’évoluent pas. La cupidité, l’égoïsme sont toujours d’actualité, renforcés même par la glorification de l’individualisme (« responsabilisation ») prôné par les libéraux de tous bords.
Plus que jamais, la lutte est nécessaire pour réaffirmer la suprématie de la coopération sur la compétition, de la solidarité sur l’individualisme.
Mais au-delà des engagements sur les principes et les valeurs, il est nécessaire d’avoir des réponses fortes, précises et cohérentes sur des sujets concrets.

Je vous en livre, en vrac, quelques uns :
* le rôle de l’Etat et des servies publics
* le financement de la protection sociale et des retraites
* l’indemnisation du chômage et la formation des chômeurs
* la formation continue
* la politique industrielle
* la réforme des collectivités territoriales (régions, départements, intercommunalité)
* le projet européen
* la régulation de la finance mondiale
* la fiscalité (des personnes physiques, des entreprises, du patrimoine, …)
* le système éducatif (de l’école primaire à l’université)
* la protection de l’environnement et la fiscalité environnementale (taxe carbone,…)
* le système de santé
* l’assurance maladie
* la justice (et ses moyens)
* la sécurité (violence, agressions physiques…)
* l’impact des normes comptables IFRS sur les entreprises
* le développement des PME
* la rémunération et l’implantation des professionnels de santé
* l’immigration
* le logement
* la surpopulation carcérale
* …

Sur tous ces sujets (et bien d’autres), le PS n’a pas de propositions audibles. Nous ne pouvons pas nous contenter « d’adapter ce qui marche ailleurs », ce qui semble être (à droite comme à gauche) le nec plus ultra en matière « d’offre politique ». C’est oublier qu’une loi n’est pas qu’une mesure technique, elle s’insère dans un ensemble global, elle est issue d’une histoire collective…
La France est toujours l’une des toutes premières puissances économiques mondiales, elle a forcément les ressources pour proposer des solutions originales (ce qui n’interdit pas de regarder ce qui se passe ailleurs) ; des solutions dont les autres pays pourraient, pourquoi pas, s’inspirer par la suite !
PP

14 mai 2008

Golden Président

Lors de sa dernière réunion, l’Eurogroupe (ministres des finances des pays de la zone Euro) s’est inquiété de la dérive des rémunérations des « grands » patrons.
En France, les trois quarts des patrons de grandes entreprises ont gagné 40% de plus en 2007 qu’en 2006…
De plus, les petites gâteries tels que les « golden hellos » (bonjour doré ou prime de bienvenue) et les « golden parachutes » (parachutes dorés en cas de départ anticipé) échappent en grande partie à l’impôt sur le revenu !
Devant la montée des revendications relatives au pouvoir d’achat, les ministres des finances ont dit vouloir envoyer un signal en direction du « peuple » et mettre fin à ces dérives.
Les Pays-Bas ont d’ailleurs commencé à taxer (modérément) les « golden machin-choses »
Il s’agira donc de réfléchir à une harmonisation des politiques fiscales sur les très hauts revenus. En juin, la France prendra la présidence tournante de l’Union Européenne. Nicolas Sarkozy, notre « golden président » sera donc président de l’Europe.
Gageons qu’il fera son maximum pour faire avancer ce dossier épineux.
Gageons aussi qu’il fera comprendre à Sarkozy Nicolas, le président français, à quel point son bouclier fiscal, et plus généralement ses baisses d’impôts en direction des plus fortunés, sont des aberrations économiques !

PP

06 mai 2008

Manuel Valls, franchement réformiste...

3f66fc9cb39899db308aa0e2015ae949.jpgDans un entretien accordé au journal Le Parisien, Manuel Valls (député PS) appelle de ses vœux une gauche « franchement réformiste». Il est très incisif sur les retraites : « Aujourd’hui, on vit plus longtemps en meilleure santé…Sous certaines conditions – travail des seniors, augmentation des petites retraites, pénibilité – cotiser et travailler plus longtemps est donc inévitable. Dire le contraire, c’est mentir. »

Non, Mr Valls, ne vous en déplaise, dire le contraire c’est ne pas être d’accord avec vous et avec tous les partisans de la « seule politique possible ». Quelle drôle de conception du débat que de disqualifier d’emblée ceux qui n’ont pas le même avis que vous ! La démocratie, c’est la confrontation des opinions, ce n’est pas la confiscation du débat par ceux qui savent ou du moins qui prétendent savoir ! Cette façon de faire, d’ailleurs très en vogue parmi les « modernes » s’apparente tout simplement au totalitarisme.

Mr Valls, la gauche « moderne » que vous appelez de vos vœux a échoué partout. Il suffit par exemple de regarder les résultats des élections locales au Royaume Uni où le parti travailliste arrive en 3ème position avec seulement 24% des suffrages. On peut aussi se tourner vers l’Allemagne où la gauche « franchement réformiste » est contrainte de gouverner avec les conservateurs du CDU. Et l’Italie, où le moderne Veltroni a été battu par le dinosaure Berlusconi, malgré ses multiples casseroles et son incompétence avérée…

Pour revenir à la problématique des retraites, certes on vit plus longtemps, mais un ouvrier a une espérance de vie inférieure d’environ 6 ans à celle d’un cadre. On vit plus longtemps mais la France est un des pays européens où les risques de handicap majeurs après 65 ans sont les plus élevés. On vit plus longtemps, mais l’âge moyen de la retraite est toujours de 58,8 ans.
De plus, la réforme de 2003 était fondée sur des prévisions démographiques qui ont été largement modifiées depuis. On devait, selon les projections initiales, passer d’un ratio de 2,2 actifs pour un inactifs de plus de 60 ans à 1,1 actif pour un inactif en 2050. On devrait finalement aboutir à 1,4. Ce qui, selon l’OFCE, divise par deux le surcoût lié au financement des retraites. Cela change profondément la donne…
Et puis, tant que le chômage est élevé, il n’est pas absurde de continuer à faire partir en priorité les salariés les plus âgés pour laisser la place aux jeunes.

Mr Valls, comme vous le répétez mécaniquement à longueur d’interview, « l’Etat Providence traverse une crise », mais ce n’est pas en bricolant des économies de bouts de chandelles que l’on réglera le problème. La solution passe une politique économique et industrielle ambitieuse, favorisant l’innovation et l’investissement, associée à une fiscalité plus juste (donc visant à réduire les inégalités).

Car ce qui mine la France, c’est le chômage et les inégalités.

Le chômage est lié à la spécialisation « milieu de gamme » de l’économie française, qui n’a pas su prendre suffisamment le virage des nouvelles technologies. Il est vrai que les politiques de l’emploi ont privilégié la création d’emplois faiblement qualifiés, notamment dans les services, qui ne favorisent pas l’innovation et la croissance. Quoiqu’on en dise, l’avenir d’une économie, c’est l’industrie.
Quant aux inégalités, leur augmentation est issue des réformes fiscales qui ont contribué à diminuer l’impôt des plus riches (réforme de 2005/2006 notamment et bouclier fiscal) et à privilégier une France de « rentiers » (diminution des droits de successions, faiblesse de l’impôt sur les revenus du patrimoine).

Même si pour vous, Mr Valls, le socialisme est « vidé de sa substance », il a toujours sa raison d’être. Il a pour vocation de proposer un modèle de société fondé sur une répartition plus juste des richesses, en partant du principe que la force d’une société se juge à celle de ses éléments les plus faibles. Dans les moments difficiles, il est tentant de faire supporter aux plus fragiles la majeure partie des efforts (franchises médicales, contrôle des chômeurs, allongements de la durée de cotisation…). La « substance » du socialisme, c’est justement de s’opposer à cette tendance naturelle et de s’attacher à renouer les liens du contrat social pour éviter l’émergence d’une société « duale », où les très riches cohabitent (mal) avec les très pauvres, en cherchant par tous les moyens à s’affranchir de la plus élémentaire solidarité.

PP

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