14 juillet 2009

Keynes - Fiches de lecture... (suite)

Ce texte termine la série...J'espère que vous avez apprécié!

L'autosuffisance nationale (juillet 1933)

 

Comme la plupart des Anglais, j'ai été élevé dans le respect du libre-échange, considéré non seulement comme une doctrine économique qu'aucune personne rationnelle et instruite ne saurait mettre en doute, mais aussi comme une composante de la loi morale.

 

Mais qu'un pays consacre une part importante de son effort à la conquête de marchés extérieurs, ou que des capitalistes étrangers en pénètrent la structure économique grâce à leurs ressources et à l'influence qu'elle leur donne, ou que notre vie économique dépende étroitement des politiques économiques fluctuantes de pays étrangers, voilà qui, aujourd'hui, ne paraît plus de façon évidente favoriser ni garantir la paix dans le monde. À la lumière de l'expérience, et avec un peu de prévoyance, on pourrait même soutenir tout le contraire.

 

Il pourrait être plus facile de mettre en œuvre des politiques intérieures judicieuses si l'on pouvait proscrire le phénomène appelé « fuite des capitaux ». Le divorce entre la propriété la responsabilité réelle de la gestion pose déjà un problème sérieux au sein d'un pays quand, en raison de la forme que prend l'entreprise par actions, la propriété se trouve dispersée entre d'innombrables individus qui acquièrent leur participation à jour et la revendent le lendemain et qui, à la fois, ignorent ce qu'ils possèdent momentanément, et ne s'en sentent pas du tout responsable. Mais quand le même principe est appliqué au plan international, il devient, en période de tension, intolérable - je ne suis pas responsable de ce que je possède, et ceux qui gèrent ce que je possède n'en sont pas responsables devant moi. Il se peut qu'un calcul financier montre que j’aurais avantage à investir mon épargne dans un coin quelconque du monde habité offrant la plus grande efficacité marginale du capital ou le taux d'intérêt le plus élevé. L'expérience prouve de plus en plus que la distance entre la propriété et la gestion introduit un poison dans les rapports humains, et que celui-ci, à long terme risque de provoquer ou provoquera à coup sûr des tensions et des inimitiés qui réduiront à néant le calcul financier.

 

Je sympathise, par conséquent, avec ceux qui souhaiteraient réduire au minimum l'interdépendance entre les nations, plutôt qu'avec ceux qui souhaiteraient apporter à son maximum. Les idées, la connaissance, l'art, l'hospitalité, les voyages : ce sont là des choses qui, par nature, doivent être internationales. Mais produisons les marchandises chez nous chaque fois que c'est raisonnablement et pratiquement possible ; et, surtout, faisons en sorte que la finance soit en priorité nationale. Cependant, ceux qui veulent délivrer leur pays des liens internationaux dans lesquelles ils sont pris, devront le faire lentement et prudemment. Il ne s'agit pas de déraciner la plante, mais de l'habituer patiemment à pousser dans une autre direction.

 

Mais, concernant une gamme de plus en plus étendue de produits industriels, et peut-être aussi de produits agricoles, je commence à douter que le coût de l'autosuffisance soit tel qu'il surpasse l'avantage qu'il y aurait à intégrer progressivement producteurs et consommateurs dans l’orbe d'une même organisation économique et financière nationale. L'expérience prouve de plus en plus que la plupart des processus modernes de production de masse peuvent être mis en œuvre dans la plupart des pays et sous des climats très différents avec une efficacité presque identique. Qui plus est, à mesure que la richesse s'accroît, la part des produits du secteur primaire et des biens manufacturés diminuent dans l'économie nationale, en comparaison du logement, des services et des équipements locaux, qui, eux, n'entre pas dans le commerce international ; il en résulte qu'une augmentation modérée du coût réel des produits de la première catégorie, consécutif à un renforcement de l'autosuffisance nationale, peut ne plus tirer sérieusement conséquence lorsqu'elle est contrebalancée par d'autres avantages. En résumé, l'autosuffisance nationale, même si l'on coûte quelque chose, et peut-être en passe de devenir un luxe que nous pouvons-nous offrir, si jamais nous en venons à la désirer.

 

J'ai acquis la conviction que maintenir la structure de l'entreprise privée est incompatible avec le niveau de bien-être matériel auquel nous pouvons prétendre grâce à notre développement, à moins que le taux d'intérêt ne tombe un niveau bien plus bas que celui auquel il est susceptible de s'établir par le jeu des forces naturelles opérant sur le modèle ancien.

 

Le XIXe siècle a excessivement étendu le champ d'application de ce qu'on peut appeler, pour faire bref, le critère du résultat financier, au point de mesurer à son aune l'opportunité de toute forme d'action, qu'elle relevât de l'entreprise privée ou de l'action collective. L'existence tout entière semblait la parodie d'un cauchemar de comptable.

 

C'est la méthode moderne : s'appuyer sur la propagande et prendre le contrôle des organes d'opinion, en pensant qu'il est habile et efficace d'anesthésier la pensée et d'utiliser tous les moyens que confère l'autorité en vue de paralyser la réflexion.

 

 

 

12 juillet 2009

Keynes - Fiches de lecture... (suite)

Je vous propose, pendant quelques jours, des extraits de textes parus dans un recueil intitulé « La pauvreté dans l’abondance » paru dans la collection Tel des éditions Gallimard.

Les moyens de restaurer la prospérité (mars 1933)

 

Nous sommes donc amenés à conclure que le seul moyen de faire monter les prix mondiaux et d'accroître la dépense financée par l'emprunt.

 

En conséquence, c'est aux pouvoirs publics qu'il appartient de franchir le premier pas. L'initiative devra probablement être de grande ampleur est menée avec détermination si l'on veut qu'elle suffise à briser le cercle vicieux dont nous sommes prisonniers, et à enrayer le dépérissement progressif qui fait que les firmes jettent l'éponge les unes après les autres, et cessent de produire à perte puisque l'espoir de voir la persévérance récompensée se révèle fin.

 

Quelques cyniques, ayant suivi le raisonnement jusqu'à ce point, concluront que seule une guerre peut mettre fin à une crise majeure. Jusqu'à présent, en effet, il n'y a que la guerre que les gouvernements ont jugé respectable de financer, à grande échelle, par l'emprunt. En temps de paix, timides, timorés, hésitants, manquant de persévérance et de détermination, ils pensent qu'un emprunt n'est qu'une dette, et non un moyen de transformer en actifs utiles un surplus de ressources qui autrement seraient gaspillées.

 

Car la pression sur sa balance commerciale, que chaque pays redoute en conséquence de l'accroissement de sa propre dépense sur emprunts, sera neutralisée si d'autres pays poursuivent la même politique en même temps. Une action isolée pourrait être imprudente. Une action générale ne présentera aucun danger.

 

 

 

10 juillet 2009

Keynes - Fiches de lecture... (suite)

Je vous propose, pendant quelques jours, des extraits de textes parus dans un recueil intitulé « La pauvreté dans l’abondance » paru dans la collection Tel des éditions Gallimard.

La grande récession de 1930 (décembre 1930)

 

Dans ce genre de dilemme, chaque producteur individuellement fonde des espoirs illusoires sur des mesures qui aideraient un producteur ou un groupe de producteurs particuliers, tant qu'il serait seul à agir de la sorte, mais qui ne peuvent profiter à personne si tout le monde s'applique. Par exemple, restreindre la production d'un bien primaire particulier accroît son prix, tant que la production des industries qui utilisent ce bien n'est pas réduite ; mais si la production est partout réduite, la demande du bien primaire diminue dans la même proportion que l'offre et personne sont trop avancées. Ou encore, si un producteur ou un pays particulier diminue les salaires, alors, tant que les autres ne suivent pas son exemple, ce producteur ou ce pays peut accroître sa part de marché. Mais si la réduction des salaires est générale, le pouvoir d'achat de la collectivité est réduit dans la même mesure que les coûts ; et, de nouveau, personne ne s'en trouve plus avancé.

Ainsi ni les restrictions de la production, ni les réductions de salaires ne contribuent, en elle-même, au rétablissement de l'équilibre.

 

Si donc j'ai raison, la cause fondamentale des difficultés réside dans le manque d’entreprises nouvelles dû au fonctionnement insatisfaisant du marché des capitaux.

Pour diverses raisons, les prêteurs exigeaient et exigent encore des rendements que les nouveaux investissements ne peuvent assurer.

 

Une analyse économique du chômage (mai 1931)

 

Ce qui risque d'être plus long que prévu, ce n'est pas, bien sûr, la phase aiguë de la crise, mais la situation de semi-crise ou au moins de prospérité inférieure à la normale, qui risque de lui succéder.

 

Le traitement du chômage passe par l'accroissement des profits. Cet accroissement des profits ne peut provenir que d'une augmentation de l'investissement nouveau par rapport à l'épargne.

 

Des programmes de grands travaux sous les auspices du gouvernement ou de quelque autre autorité publique constituent la deuxième façon possible de traiter le problème. Sur le plan théorique, il me semble que tout reste encore à dire en faveur de ce type d'actions. Le gouvernement peut en effet emprunter à bon marché et ne doit pas se laisser paralyser par des calculs trop pointilleux concernant les rendements escomptés. J'ai plaidé fortement pour que de telles mesures soient adoptées en Grande-Bretagne, et je suis persuadé qu'elles peuvent également jouer partout ailleurs un rôle extrêmement important pour briser le cercle vicieux. Un programme gouvernemental est en effet conçu pour restaurer les profits et accroître les chances de voir l'entreprise privée redresse la tête. La seule difficulté que représente les programmes gouvernementaux me semble être d'ordre pratique. Il n'est pas facile d'élaborer à bref délai des projets à la fois judicieux et efficaces qui puissent être mis en œuvre rapidement sur une grande échelle. J'applaudis donc à cette idée et j'hésiterais seulement en pratique à dépendre trop strictement de cette méthode, si elle n'était complétée par d'autres. Je ne suis pas sûr qu'au fil du temps nous ne devrons pas essayer de concevoir ce type d'action gouvernementale directe de façon plus délibérée que jusqu'à présent et que celles-ci n’en viendront pas à jouer un rôle croissant dans la vie économique.

 

 

08 juillet 2009

Keynes - Fiches de lecture... (suite)

Je vous propose, pendant quelques jours, des extraits de textes parus dans un recueil intitulé « La pauvreté dans l’abondance » paru dans la collection Tel des éditions Gallimard.

Perspectives économiques pour nos petits-enfants (octobre 1930)

 

Nous souffrons en ce moment précis d'un grave accès de pessimisme économique.

 

La dépression mondiale actuelle, l'anomalie monstrueuse du chômage dans un monde rempli de besoins insatisfaits, les erreurs désastreuses que nous avons commis, nous empêche de voir ce qui se passe sous la surface des choses et d'interpréter leur tendance véritable. Je prédis quant à moi que les deux versions opposées du pessimisme qui font aujourd'hui tant de bruit dans le monde seront contredites de notre vivant : le pessimisme des révolutionnaires qui pensent que les choses vont si mal que seul un changement violent peut nous sauver, et le pessimisme des réactionnaires qui considèrent que l'équilibre de notre vie économique et sociale est si précaire que nous ne devons tenter aucune expérience nouvelle.

 

Il est vrai que les besoins des êtres humains peuvent paraître insatiables. Mais ils entrent dans deux catégories : les besoins qui ont un caractère absolu, en ce sens que nous les éprouvons quelques puissent être la situation de nos semblables, et ceux qui ont un caractère relatif, car nous ne les ressentons que si leur satisfaction nous hisse au-dessus de nos semblables, nous donne le sentiment de leur être supérieur. Les besoins qui entrent dans la seconde catégorie, ceux qui répondent au désir de supériorité, peuvent être en effet insatiables ; car plus le niveau général s'élève, plus ils continuent de croître mais cela est beaucoup moins vrai pour les besoins qui ont un caractère absolu : nous pouvons atteindre rapidement, peut-être plus rapidement que tous n'en avons consciences, un point ces besoins seront satisfaits, au sens où nous préférons consacrer nos énergies nouvelles à des buts non économiques.

 

L'amour de l'argent comme objet de possession sera reconnu pour ce qu'il est, une passion morbide plutôt répugnante, une de ses inclinations à moitié criminelles, à moitié pathologique, dont on confie le soin en frissonnant aux spécialistes des maladies mentales.

 

 

 

06 juillet 2009

Keynes - Fiches de lecture... (suite)

Je vous propose, pendant quelques jours, des extraits de textes parus dans un recueil intitulé « La pauvreté dans l’abondance » paru dans la collection Tel des éditions Gallimard.

Sur la distinction entre épargne et investissement (décembre 1930)

 

L’épargne est le fait du consommateur individuel ; c'est un acte négatif qui consiste à s'abstenir de dépenser l'ensemble de son revenu courant en consommation.

L'investissement, quant à lui, est le fait de l'entrepreneur dont le rôle consiste à prendre les décisions qui déterminent le montant de la production non disponible ; c'est un acte positif qui consiste à mettre en place ou à entretenir un processus de production ou à constituer des stocks.

 

Qu'il puisse exister une épargne à laquelle ne corresponde aucun investissement est une évidence. L’acte d'épargner, en soi, ne garantit nullement que le stock de biens capitaux sera accru de façon correspondante.

 

Une parabole ou une illustration peut rendre plus claire, ou du moins plus frappante, cette conclusion. Considérons une collectivité qui possède des plantations de bananes, qui travaille dur uniquement pour cultiver et récolter des bananes et qui ne consomment que des bananes. Supposons de plus qu'il y a un équilibre entre l'investissement épargne, au sens où le revenu monétaire de la collectivité qui n'est pas dépensée pour consommer les bananes, mais est épargné est égal au coût de production de l'investissement pour développer des plantations ; le prix de vente des bananes est égal à leur coût de production en y incluant la rémunération normale des entrepreneurs. Finalement, supposons, ce qui est plausible, que les bananes mûres ne peuvent pas être conservées plus d'une semaine ou deux.

Dans cet éden, une campagne d'économies est lancée pour inciter le public à modérer le comportement imprévoyant qui lui fait consacrer presque tous ses revenus courant acheter des bananes pour son alimentation quotidienne. Mais dans le même temps, le développement de nouvelles plantations ne connaît pas d'accélération correspondante pour l'une ou l'autre des raisons suivantes : il se peut que les conseils de prévoyance influencent autant les entrepreneurs que les épargnants si bien que, par crainte d'une surproduction future de bananes et d'une baisse des prix, les premiers soient découragés d'en installer de nouvelles ; des raisons techniques peuvent empêcher un nouveau développement un rythme plus rapide ; ou encore, un tel développement pour réclamer une main-d’œuvre hautement spécialisée qu'on ne peut trouver parmi la main-d’œuvre habituellement occupée et récolter des bananes ; il se peut encore qu'il y ait un intervalle de temps considérable entre les travaux préparatoires requit par ce développement est la date à laquelle interviendra l'essentiel des dépenses éventuellement nécessaires. Que se passera-t-il dans un tel cas ?

La même quantité de bananes continuera à être mise sur le marché, alors que le montant du revenu courant consacré à leur achat aura diminué du fait de la campagne d'économies. Comme les bananes sont périssables, leur prix doit baisser ; il baissera en proportion de l'excédent de l'épargne sur l'investissement. Ainsi, le public ne consommera comme auparavant l'ensemble de la récolte de bananes mais à un prix inférieur. C'est formidable, où cela semble être. La campagne d'économie n'aura pas seulement fait augmenter l'épargne ; elle aura aussi fait baisser le coût de la vie. La collectivité aura épargné de l'argent sans rien se refuser. Elle consommera autant qu'avant et la vertu sera ainsi merveilleusement récompensée.

Mais ce n'est pas tout. Comme les salaires sont toujours les mêmes, seul le prix de vente des bananes aura baissé, pas leur coût de production ; les entrepreneurs subissant des pertes anormales. L'augmentation de l'épargne n'a donc pas le moins du monde augmenté la richesse totale de la collectivité ; elle a seulement provoqué un transfert de richesses les poches des entrepreneurs vers celle du public. Les économies des consommateurs seront mobilisées pour combler les pertes des entrepreneurs, directement ou par l'intermédiaire du système bancaire. La poursuite de ce mouvement incitera les entrepreneurs à se protéger en licenciant des employés ou en diminuant les salaires. Mais, même cela n'améliorera pas leur situation, puisque la capacité de dépense du public sera réduite à la même mesure que la somme des coûts de production. Quelle que soit la réduction des salaires et le nombre de licenciés, les entrepreneurs continueront à subir des pertes de temps que l'épargne de la collectivité excédera l'investissement nouveau. Il n'y aura donc aucune situation d'équilibre jusqu'à ce que toute production cesse et que la population meurt de faim ; ou que la campagne en faveur de l'épargne soit suspendue ou ne tourne court à cause de la pauvreté grandissante ; ou que l'investissement soit stimulé d'une façon ou d'une autre, de sorte que son coût ne soit plus inférieur au montant de l'épargne

 

 

04 juillet 2009

Keynes - Fiches de lecture...

Depuis quelque temps, l’économiste anglais du début du XXème siècle John Maynard Keynes revient à la mode. L’inventeur du keynésianisme n’était pas un gauchiste, il se plaisait à répéter : « la lutte des classes me trouvera toujours du coté de la bourgeoisie cultivée ». Mais il avait compris qu'il faut que les "pauvres"

Brillant intellectuel, habile contradicteur, sa solide confiance en lui-même confinait souvent à l’arrogance…

Quoiqu’il en soit, il avait une haute opinion du rôle de l’économiste dans la société, qui ne se réduisait pas à aligner des kilomètres d’équations ! Il s’est évertué à démontrer la vacuité des théories de la concurrence parfaite et du libéralisme économique (le « laissez-faire »).

On a souvent réduit sa théorie à la stimulation de la demande par l’investissement public. Certes, c’est un aspect auquel il tenait beaucoup, mais sa réflexion allait bien au-delà.

 

Je vous propose, pendant quelques jours, des extraits de textes parus dans un recueil intitulé « La pauvreté dans l’abondance » paru dans la collection Tel des éditions Gallimard.

La fin du laissez-faire (novembre 1924)

 

La beauté et la simplicité de ces théories [du libéralisme économique et de la concurrence pure] sont telles qu'on oublie aisément qu'elles découlent non pas de faits réels mais d'une hypothèse incomplète introduite par souci de simplicité.

Car les économistes réservent généralement à une étape ultérieure de leurs raisonnements les complications qui surviennent

  1. quand les unités de production efficientes sont de grande taille relativement aux unités de consommation,
  2. quand il y a des frais généraux ou des coûts liés,
  3. quand des économies internes poussent à la concentration de la production,
  4. quand les ajustements s'opèrent lentement,
  5. quand l'ignorance emporte sur la connaissance et
  6. quand monopoles et ententes contrarient l'égalité dans les négociations

Ils réservent, pour ainsi dire, à une étape ultérieure leur analyse des faits réels.

 

L'individualisme et le laissez-faire n'aurait pu conserver une emprise durable sur la conduite des affaires publiques, s'il n'avait été en conformité avec les besoins et les souhaits du monde des affaires de l'époque

 

Trions tout à fait au clair les principes métaphysiques ou généraux sur lesquels on a parfois fondé le laissez-faire. Il n'est pas vrai que les individus possèdent à titre prescriptif une liberté naturelle dans leurs activités économiques. Il n'existe pas de contrat conférant des droits perpétuels à ceux qui possèdent ou à ceux qui acquièrent. Le monde n'est pas gouverné d’en- haut de sorte que l'intérêt privé et l'intérêt social coïncident toujours. Il n'est pas dirigé d'ici-bas de sorte qu'ils coïncident dans la pratique. Il n'est pas correct de déduire des principes de l'économie que l'intérêt personnel éclairé œuvre toujours à l'intérêt public. Il n'est pas vrai non plus que l'intérêt personnel soit généralement éclairé ; le plus souvent les individus qui agissent séparément pour parvenir à leurs propres fins sont trop ignorants ou trop faibles pour même les atteindre. L'expérience ne montre pas que les individus sont toujours moins clairvoyants lorsqu'il compose une unité sociale, que lorsqu'ils agissent isolément.

 

Il est indéniable qu'il faudrait que bien des grandes entreprises, en particulier celles qui sont d'utilité publique et d'autres qui requièrent un capital fixe considérable, soient semi-socialisées.

 

L'important pour le gouvernement et l'administration n'est pas de faire un peu mieux ou un peu plus mal ce que les individus font déjà, mais de faire ce qui actuellement n'est pas fait du tout.