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06 février 2012

La gauche française, pionnière de la dérégulation financière ?

"Régulation financière", "rigueur"…D’après un prof d’Harvard, ces enjeux présentés comme des défis pour les candidats de gauche, ont été, dans les années 80, au cœur de la politique de la gauche française. Par Patrick Fauconnier


Arnaud Montebourg, intervenant devant la rédaction du "Nouvel Observateur" mardi  6 septembre, et exposant son programme de "démondialisation", a cité les travaux de Rawi Abdelal, professeur à Harvard, spécialiste de politique économique.

Ce chercheur très peu connu en France a écrit en 2005 un document de 130 pages titré "Le consensus de Paris, la France et les règles de la finance mondiale", dans lequel il démontre que c’est la gauche française qui a agi avec le plus de ténacité, en Occident, "de façon paradoxale" en faveur de la dérégulation "libérale" des marchés financiers.


Des Français...


"A la fin de la décennie 80, écrit Abdelal,  les dispositions de l’Union Européenne et de l’OCDE, qui avaient ralenti le processus de mondialisation des marchés financiers, sont réécrites pour épouser une forme libérale. Grâce à ce changement, qui concernait  70 à 80 % des transactions de capitaux dans le monde, la mondialisation financière va progresser à grands pas dans le cadre de règles libérales (…) Cette évolution n’a pu se faire que grâce à l’intervention de trois personnages : Jacques Delors, en tant que président de la Commission européenne, Henri Chavranski,  président des mouvements de capitaux à l’OCDE de 1982 à 1994, et Michel Camdessus, président du FMI de 1987 à 2000 ( …) Sans eux, un consensus en faveur de la codification de la norme de la mobilité des capitaux aurait été inconcevable. Ces trois hommes ont beaucoup de points communs, mais il en est un qui saute aux yeux : ils sont Français. Voilà qui est tout à fait curieux car pendant plus de 30 ans la France, plus que tout autre pays, avait multiplié les obstacles à toute modification des textes en faveur de la mobilité des capitaux."

Faisant remarquer que c’est François Mitterrand qui a nommé Camdessus gouverneur de la Banque de France, Abdelal parle de "paradoxe français d’autant  plus fort que Delors était une importante figure socialiste et que (…) les français n’y ont pas été forcés par les Etats Unis, au contraire". Il poursuit : "c’est le 'consensus de Paris' et non celui de Washington, qui est avant tout responsable de l’organisation financière mondiale telle que nous la connaissons aujourd’hui, c'est-à-dire centrée sur des économies donc les codes libéraux constituent le socle institutionnel de la mobilité des capitaux".(…)


"plus le monde se globalise, plus il a besoin de règles"


"Entre 1983 et 1988 les français ont laissé faire l’internationalisation et lui ont même réservé bon accueil. En 1988 (réélection de F. Mitterrand, NDLR) , ils se sont lancés dans une nouvelle mission internationale. Des personnalités françaises (il cite Lamy en plus de Delors et Camdessus) ont alors joué un rôle de premier plan dans le mouvement pour rendre la mondialisation possible"

L’explication d’Abdelal est que les français se sont impliqués de la sorte dans le but non pas de déréguler, mais de maîtriser. Il cite Pascal Lamy qui dit, en 1999 : "l’approche française du problème de la libéralisation, c’est que si on libéralise, il faut organiser". Cette façon de voir les choses est confirmée par un discours de Lionel Jospin, en 1999, devant  l’assemblée générale de l’Onu : "plus le monde se globalise, plus il a besoin de règles". C’est pour contrer la vision américaine d’une "mondialisation incontrôlée" et "la domination écrasante des USA sur les marchés financiers"  que les français, "surtout de gauche" selon Abdelal, ont cherché à promouvoir une mondialisation encadrée . Il montre que cette ambition s’est heurtée à un mur au FMI, où les français ont échoué à modifier les règles. 


"ils ont amené Mitterrand à choisir l’Europe et l’austérité"


Interviewé par l’agence Telos en octobre 2007, lors de la nomination de DSK à la tête du FMI juste apres la chute de Lehman Brothers, Abdelal observe que : "les fonctionnaires français ont emmené dans leurs bagages l’idée que la mondialisation pouvait être maîtrisée, ainsi que les instruments de cette maîtrise. Et pourtant, paradoxalement, en permettant aux organisations internationales de maîtriser la mondialisation, ils ont contribué à forger un monde plus libéral et plus mondialisé".       

Dans le cadre d’une analyse plus politique, il consacre plusieurs pages au tournant de 1983, au cours duquel Delors, alors ministre des Finances, Laurent Fabius, ministre du budget et Pierre Bérégovoy, ministre des Affaires sociales, ont convaincu François Mitterrand  d’accepter les contraintes du Système Monétaire Européen, qui a amorcé une politique de rigueur : "ils ont amené Mitterrand à choisir l’Europe et l’austérité". Pour lui, c’est Camdessus qui a convaincu Fabius du danger qu’il y aurait à laisser flotter le Franc, et qui a ensuite "introduit de la pensée unique au FMI".


"Une ambition de faire ses preuves sur le terrain même de l’opposition"


Selon lui, "Fabius, Bérégovoy et quelques autres avaient de bonnes raisons de se donner un programme libéral : se rallier à l’économie de marché permettait de se doter d’une identité politique attrayante, d’un profil "moderne", "compétent", qui tranchait avec l’image "archaïque" et excessivement idéologique d’un Chevènement ou d’un Marchais".

Il poursuit : "L’ardeur de la gauche française à surpasser la droite ne se borna pas à la finance et s’étendit à tous les domaines de la politique économique. Le programme appliqué par Delors, Fabius, Beregovoy allait bien au-delà d’une suppression du dirigisme". Il cite Serge Halimi, patron du "Monde Diplomatique", qui voit dans cette politique "une ambition de faire ses preuves sur le terrain même de l’opposition, ce qui se traduit par une politique encore plus brutale que celle de la droite quand il s’agit d’appliquer des politiques économiques orthodoxes". 


Patrick Fauconnier - Le Nouvel Observateur

 

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29 décembre 2011

Emmanuel Todd, Frédéric Lordon et Jean-Luc Mélenchon en vidéo

 Quelques vidéos...

Emmanuel Todd et l'avauglement de l'oligarchie :

 

Frédéric Lordon et la socialisation du système de crédit :

 

Sur le plateau de "Revu et corrigé" de France 5, le candidat du Front de Gauche à l'election Présidentielle Jean-Luc Mélenchon et l'ex banquier Olivier de Montety tombent d'accord sur la politique à adopter vis à vis des banques.

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22 novembre 2011

FMI : perseverare diabolicum...

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Le FMI a-t-il tiré tous les enseignements de la crise ?

 

Le propre d’une organisation efficace est d’apprendre de ses erreurs. Or le FMI, dans un rapport sur l’économie chinoise propose  à Pékin de contenir les « risques en libéralisant ses marchés financiers pour accorder plus d'autonomie aux investisseurs, aux banques commerciales et à la banque centrale ».

 

Il est vrai que depuis 2008, on a récolté tous les bénéfices de la libéralisation des marchés financiers depuis 30 ans ! Quelle efficience dans l’allocation des capitaux !

 

Quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes en forme de clous.

 

L’économie chinoise connaît des difficultés, mais ce n’est sûrement pas en libéralisant els marchés financiers qu’on les résoudra. Le premier problème est sans doute la faiblesse de la consommation intérieure chinoise qui ne représente que 34% du PIB contre 70% dans les pays occidentaux. Cela est dû à la faiblesse des salaires des travailleurs chinois, mais aussi à la faiblesse de la protection sociale qui les conduit à mettre de côté une partie de leur maigre pécule en cas de coup dur. Cette épargne accumulée concourt à développer les bulles spéculatives, notamment dans l’immobilier. Bulles spéculatives entretenues par une croissance excessive du crédit.

 

De plus, l’économie chinoise doit faire face à une inflation de l’ordre de 5%, qui contribue à rogner les augmentations de salaires que les salariés parviennent à obtenir. Les entreprises chinoises seront-elles conduites à augmenter encore les prix pour maintenir leurs marges ? Ce qui entretiendrait l’inflation et conduirait les salariés à revendiquer de nouvelles hausses de salaires…

 

Développer la consommation intérieure, renforcer la protection sociale, dégonfler la bulle immobilière, éviter la spirale inflationniste…Les enjeux de l’économie chinoise sont énormes et on voit mal en quoi les préconisations du FMI pourraient être d’une quelconque utilité. Leur application pourrait même conduire à mettre en place les conditions d’une nouvelle catastrophe…

PP

 

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14 septembre 2011

L’heure de la démondialisation est venue

Par Bernard Cassen

 

Face à un phénomène nouveau, les mots se bousculent pour le désigner jusqu’à ce que l’un d’entre eux finisse par s’imposer. C’est ce qui est arrivé, en français, avec le terme « altermondialisme ». Il est entré dans le champ politique en 2001-2002. Il désigne la nébuleuse mondiale d’organisations et de réseaux qui se sont reconnus peu ou prou dans le slogan des Forums sociaux mondiaux, « Un autre monde est possible », repris de l’association Attac (créée en juin 1998) qui l’avait elle-même emprunté au titre d’un article d’Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique de mai 1998. Il est intimement lié aux moments de haute visibilité médiatique qu’ont été les Forums, depuis celui de Porto Alegre de 2001, et les grandes manifestations contre l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, etc., depuis Seattle en décembre 1999.


« Altermondialisme » a succédé à « anti-mondialisme », concrétisant le passage d’une posture de simple refus de la mondialisation libérale à la mise en avant de politiques alternatives. Une façon de démentir le fameux TINA ( There is no alternative) de Margaret Thatcher.


En janvier 2008, la revue Utopie critique et Mémoire des luttes ont proposé le concept de « post-altermondialisme » pour désigner les articulations possibles entre mouvements sociaux, partis et gouvernements progressistes sur des objectifs précis, comme la lutte contre le changement climatique. Le Sommet de Cochabamba, convoqué par le président bolivien Evo Morales en 2010, en a constitué un bon exemple. Le post-altermondialisme ne s’oppose pas à l’altermondialisme : il en est seulement un des prolongements possibles.


Un concept nouveau, et qui dérange


Et voilà qu’un nouveau concept de la même lignée vient de faire irruption dans le lexique politique français : celui de « démondialisation ». Il est développé dans au moins trois livres récents : celui de Georges Corm, Le Nouveau Gouvernement du monde (La Découverte, 2010) ; celui de Jacques Sapir, La Démondialisation (Seuil, 2011) ; et celui d’Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation, préfacé par Emmanuel Todd (Flammarion, 2011). Ces deux derniers auteurs font remonter le concept au Philippin Walden Bello, figure de proue des Forums sociaux mondiaux, dans son livre publié en 2002 Deglobalization : Ideas for a New World Economy.


En fait, il avait déjà été proposé par l’auteur de ces lignes dans un article publié en novembre 1996 « Et maintenant… démondialiser pour internationaliser », publié dans le n° 32 (novembre 1996) de Manière de voir, publication bimestrielle du Monde diplomatique. A l’époque, il n’avait pas pris pied dans le débat public. Les mots aussi doivent attendre leur heure… Et celle de la démondialisation semble venue…


Si l’on en doutait, il suffit de voir la virulence des réactions que ce concept a suscitées dans des secteurs que l’on attendait (les libéraux de toute obédience), mais aussi dans d’autres que l’on n’attendait pas (certains altermondialistes d’Attac). La raison est la même dans les deux cas : dans la mesure où Arnaud Montebourg en a fait l’un des mots d’ordre de sa campagne des « primaires » du Parti socialiste en vue de la désignation de son candidat à l’Elysée, le thème de la démondialisation cesse d’être confiné aux débats au sein de la gauche critique pour s’installer dans le panorama électoral national et acquérir ainsi une légitimité et une « respectabilité » politiques dépassant le cercle des convaincus.


 On peut se demander si ce n’est pas la raison pour laquelle, dans une tribune publiée le 6 juin 2011 sur le site Médiapart et intitulée « Démondialisation et altermondialisme sont deux projets antagoniques », neuf membres du Conseil scientifique d’Attac - en fait les principales figures de la direction de l’association -, ont cru pouvoir affirmer, sur un ton polémique et sentencieux, que la démondialisation était « un concept superficiel et simpliste ». En n’hésitant pas, au passage, à mettre en scène la grosse – et scandaleuse - ficelle d’une prétendue convergence avec les thèses du Front national.


Sans jamais les nommer ou les citer, ils s’en prenaient, en les travestissant, aux thèses de Jacques Sapir, Arnaud Montebourg et Emmanuel Todd. Ce qui leur a valu deux répliques d’un nouvel intervenant dans le débat, Frédéric Lordon : l’une dans son blog du Monde diplomatique, « Qui a peur de la démondialisation » ; l’autre dans le numéro d’août 2011 du mensuel : « La démondialisation et ses ennemis ».


Derrière un mot, une orientation stratégique


Contrairement à ce qu’affirment les dirigeants d’Attac, altermondialisme et démondialisation ne sont pas des concepts antagoniques, mais appartiennent à la même famille. Dans le premier cas, il s’agit d’un faisceau de revendications et de propositions très diverses (en raison même de l’hétérogénéité des protagonistes) et dont le principal dénominateur commun, tel qu’on peut le reconstituer de l’extérieur, est l’impératif de l’accès universel aux droits.


La démondialisation, elle, est une orientation stratégique visant, par l’action aussi bien politique (élections, institutions et gouvernements) que citoyenne (luttes des mouvements sociaux notamment), à reprendre concrètement à la sphère économique et financière les énormes pouvoirs que l’instance politique lui a délibérément abandonnés, et qui sont à la source de la crise systémique actuelle du capitalisme. Sans cette orientation, pratiquement aucune des propositions altermondialistes n’a la moindre chance d’aboutir.


L’objectif de la démondialisation est simple à formuler, mais autrement difficile à atteindre : tendre à ce que le périmètre de la prise de décision démocratique coïncide le plus possible avec celui de la capacité de régulation des flux économiques et financiers. Ce qui pose la question du statut de l’espace national.


Le national : un levier et pas un « repli »


Même s’il faut s’efforcer de se donner des objectifs convergents pour des mobilisations sociales à l’échelle régionale (européenne pour nous) et mondiale, ce périmètre est seulement national pour l’instant. Il faut en exploiter toutes les potentialités en utilisant les failles ou les faiblesses de l’adversaire. Et cela sans se laisser impressionner par la dénonciation de l’ « unilatéralisme », poncif d’une partie de l’extrême-gauche et du mouvement altermondialiste, et qui revient à reporter tout changement de cap en France aux calendes européennes ou mondiales, c’est-à-dire à un futur dont on sait qu’il n’adviendra pas. Après tout, le 29 mai 2005, les citoyens français n’ont pas attendu que les autres le fassent pour voter « non ».


Toutes les expériences de rupture concrètes de ces dernières années ont montré que ce n’est pas aux niveaux mondial ou régional, mais bien au niveau national, qu’il a été possible de faire bouger les lignes et même de remporter des victoires. Cela, soit par les actions de gouvernements soutenus par les mouvements sociaux (comme en Amérique latine), soit par la pression sur des Etats de mouvements populaires capables de mobiliser les populations (comme dans le monde arabe).


Les trois moteurs de la mondialisation libérale – également promus par les traités européens au statut de « libertés fondamentales » - sont la liberté de circulation des capitaux, la liberté des investissements et la le libre-échange des biens et des marchandises. Et cela non seulement au sein de l’UE, mais aussi entre l’UE et le reste du monde. Ce sont donc ces trois moteurs qu’il faut brider et soumettre au contrôle démocratique.


Le néolibéralisme a défini son terrain d’intervention : c’est la planète tout entière, sans frontières d’aucune sorte. La question est de savoir si, pour le combattre, il convient de se placer sur ce même terrain ou s’il faut en choisir d’autres et, au lieu d’une guerre de tranchées au niveau mondial, mener une guerre de mouvement, voire une guérilla aux échelons inférieurs. Tout dépend du rapport de forces.


C’est précisément pour le verrouiller à leur avantage que les organisations multilatérales comme la Banque mondiale, le FMI, l’OMC, l’OCDE, ainsi que les institutions européennes, sans oublier les G7, 8 ou 20, ont été créés. Elles savent n’avoir strictement rien à craindre d’une confrontation avec leurs adversaires à ce niveau. Elles peuvent même se payer le luxe de « dialoguer » publiquement avec eux, comme certains de leurs membres l’on fait lors de la téléconférence-débat « Porto Alegre contre Davos » organisée lors du premier Forum social mondial en 2001, et à laquelle participa notamment le méga-spéculateur George Soros en personne.


En revanche, les habitués de Davos ne prendront jamais ce risque au niveau « régional », par exemple européen – imagine-t-on un dialogue télévisé entre Carlos Ghosn et le comité d’entreprise européen de Renault ?- et encore moins au niveau national, c’est-à-dire là où des capacités militantes peuvent être réellement mises en mouvement. Les forces du capital ont parfaitement compris qu’une contestation sociale dans un Forum mondial perdait rapidement de sa puissance au fur et à mesure qu’elle d’éloignait de son « épicentre », jusqu’à n’avoir pratiquement plus d’existence lorsqu’elle arrivait au niveau national.


A l’inverse, l’expérience nous enseigne que des luttes sociales et politiques dans un pays donné peuvent avoir un effet de « contagion » dans d’autres, et ainsi se régionaliser et s’internationaliser. C’est ce que montrent les soulèvements arabes partis de la situation en Tunisie, et les manifestations de masse contre les inégalités en Israël qui s’inspirent directement de l’expérience des Indignés de la Puerta del Sol, eux-mêmes – et la boucle est bouclée – réplique des occupations de places publiques à Tunis et au Caire…


Le « national » n’est donc en aucune manière un substitut de l’ « international » ou de l’ « européen ». Loin de constituer un « repli », il en est au contraire la condition préalable dans une stratégie du faible au fort. On ne comprend pas que de telles évidences, par ailleurs validées par les faits, échappent à l’entendement des « anti-démondialisation » se réclamant de la gauche critique, en particulier au sein d’une partie de l’altermondialisme.


La démondialisation n’est nullement un concept figé, mais dynamique, pouvant se traduire par une série de mesures politiques pratiques, telles, entre autres, celles proposées par les auteurs cités plus haut, et qui ne se réduisent pas à la nécessité d’un protectionnisme européen. Son « carburant » est l’exigence démocratique visant à récupérer la souveraineté populaire dans le périmètre où elle peut s’exercer réellement pour réguler les flux économiques et financiers.


En théorie, deux solutions extrêmes sont possibles : ou bien « renationaliser » ces flux, afin qu’ils répondent à une volonté politique nationale exprimée par le suffrage universel - lorsqu’il existe -, ou bien élargir à la totalité de la planète l’espace public démocratique, afin d’exercer un contrôle effectif sur ce qui est déjà mondialisé. On voit bien qu’aucune de ces positions n’est tenable dans son intégralité. D’un côté, en effet, il existe nombre de domaines - ne serait-ce que celui de la lutte contre le changement climatique - qui échappent par nature au bornage des frontières, et, de l’autre, un gouvernement mondial doté de toutes les compétences d’un actuel exécutif national n’est pas envisageable à terme historique prévisible. C’est donc sur l’ensemble des solutions, extrêmes et intermédiaires, qu’il convient, au cas par cas, de jouer.


Ces solutions intermédiaires peuvent prendre deux formes. On peut, à partir des Etats constitués, construire de l’international, c’est-à-dire mettre en commun, graduellement, des fragments de souverainetés nationales sur des questions faisant l’objet d’une délégation librement décidée, limitée, contrôlée - et révocable dans des conditions fixées à l’avance.


L’autre terme de l’alternative consiste à faire évoluer les cadres étatiques vers des ensembles de souveraineté populaire plus vastes. Il ne faut cependant pas confondre cette idée avec celle de regroupements régionaux fondés sur le libre-échange et la « concurrence libre et non faussée ». Ce qui fait la différence, c’est l’existence ou non de mécanismes de régulation politique à fondements démocratiques, susceptibles de faire contrepoids au marché.


L’Union européenne (UE), qui aurait théoriquement pu entrer dans cette catégorie, est au contraire un agent actif de la mondialisation libérale, une véritable machine à libéraliser. Donc un terrain majeur pour une contre-offensive démondialisatrice.


Un « Grenelle » de l’UE pour faire sauter le verrou européen


Dans la mesure où les décisions européennes surplombent et encadrent toutes les autres, et que 75 % des textes qui nous régissent ne sont que des transpositions d’actes législatifs décidés par les instances de l’Union, la question européenne se situe en première ligne de toute démarche de démondialisation.


Dans la perspective des élections présidentielle et législatives, le citoyen doit savoir quelles marges d’action tel parti ou tel candidat voudront bien se donner pour mettre en œuvre un véritable programme de transformation sociale, donc incompatible avec le traité de Lisbonne.


En cas de verrouillage par les institutions européennes, sont-ils oui ou non disposés à prendre des décisions unilatérales de rupture ou au moins, afin d’imposer une négociation, à menacer de les prendre à une date proche et annoncée à l’avance ? Le tollé à attendre de la Commission, de la Cour de justice et de la plupart des dirigeants de l’UE pourrait être rapidement compensé, et au-delà, par le ralliement de nombreux mouvements sociaux d’autres pays, qui feraient à leur tour pression sur leurs gouvernements.


Tout ce qui fait de l’UE un agent actif de la mondialisation libérale devrait être mis sur la table : liberté de circulation des capitaux ; libre-échange ; appartenance à la zone euro, plans de « sauvetage » ; pouvoirs de la Commission et de la Cour de justice de Luxembourg ; statut de la Banque centrale européenne ; dumping social, fiscal et écologique ; primauté de la concurrence, etc. Pour aller, vers une sorte de « Grenelle » (version 1968) au niveau européen.


On objectera, non sans raison, que cela ferait entrer l’UE dans une zone de turbulences sans précédent, et dont les débouchés ne sont pas garantis à l’avance. Ce qui, en revanche, est garanti à l’avance en l’absence de correction de trajectoire à 180 degrés de la construction européenne, c’est l’austérité à perpétuité, l’explosion des inégalités et de la précarité, la dislocation accélérée du tissu social, la poussée de l’extrême-droite et de la xénophobie.


Les libéraux n’ont aucun état d’âme à ce sujet et ils ont déjà fait leur choix, avec comme seul garde-fou la crainte de troubles sociaux majeurs. Par pusillanimité, par confusion mentale entre nation et nationalisme et par européisme béat, la majorité de la gauche social-démocrate et une partie de la gauche critique semblent bien parties pour faire le même, mais par défaut. Elles libèrent ainsi un vaste espace pour les forces qui refusent de se laisser enfermer dans le piège d’une alternance factice.

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12 septembre 2011

La crise des ânes

Une amie m'a envoyé ce texte. Je n'en connais pas l'auteur, mais je trouve que c'est un excellent résumé de la situation actuelle.

 

images?q=tbn:ANd9GcTC5KCXjHq8ZjECElTKfQPBDRsdJz23LSx7XZZiFghbHMidIfM7Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village.

 

Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.

 

Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent

 

Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.

 

Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.

 

Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.

 

 

Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.

 

Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale... On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

 

Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front. On les appelle les frères Marchés.

 

Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants.

 

Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois. Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place ? Que ferez-vous ?

 

Pour nous retrouver tous sur la place du village

 

Samedi 15 octobre 2011

(Journée internationale des indignés)

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08 août 2011

Zéro de conduite pour le FMI

par François Sana, Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde

 

Beaucoup d’élus, d’économistes et de journalistes louent le rôle du FMI dans la crise internationale qui a démarré en 2007. Pourtant, le FMI revient de loin. A partir de 2004, l’augmentation importante des cours des matières premières a provoqué un net accroissement des réserves de change des pays en développement qui atteignaient en 2008 le triple de celles du Japon, de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord réunis. Nombre de pays du Sud les ont utilisées pour rembourser de manière anticipée le FMI, réduisant ainsi leur dépendance à son égard. Discrédité par le désastre social des politiques qu’il a imposées au Sud, le FMI a néanmoins profité de la crise qui a éclaté en 2007-2008 pour reprendre pied et généraliser au Nord les mêmes politiques néfastes.


Profitant de cette crise, le FMI ne l’a absolument pas anticipée. L’examen des rapports semestriels intitulés Perspectives de l’économie mondiale dans lesquels le FMI dévoile ses prévisions sur l’état futur de l’économie globale est édifiant.

 

 

D’une manière globale, au moins jusqu’au mois d’octobre 2007, les messages généraux du FMI étaient optimistes. Ils confortaient l’opinion dominante du moment : l’idée que le monde était entré dans une période de « grande modération » caractérisée par une forte croissance mondiale et une faible volatilité financière, les récessions graves pouvant désormais être évitées. Ainsi, le FMI prévoyait en avril 2007 que « la croissance mondiale devrait rester vigoureuse en 2007 et 2008 » (Perspectives de l’économie mondiale, avril 2007, p.15). Alors que ce rapport prévoyait une croissance mondiale de 4,9% pour les années 2007-2008, sa mise à jour de juillet se montrait encore plus optimiste : 5,2% ! En réalité, la croissance mondiale s’est élevée à 3,9% en 2007 et 1,9% en 2008. On pouvait aussi lire : « Globalement, les perspectives semblent moins menacées qu’il y a 6 mois » (Perspectives de l’économie mondiale, avril 2007, p.15). Saluons l’exploit du FMI et de sa troupe d’experts économistes qui n’entrevoient aucunement les prémices de la crise qu’ils ont pourtant sous les yeux.

 

 

Non content de n’avoir pas prévu la crise, le FMI est de plus resté très optimiste lors de son éclatement et n’a pas anticipé qu’elle allait se propager des Etats-Unis à l’Europe et affecterait la santé économique de la planète. A ce sujet, l’examen des différents rapports du FMI ainsi que des déclarations de ses plus hauts dirigeants prêteraient à sourire si on pouvait faire abstraction du mal qu’a causé indirectement le FMI en ne voyant rien venir et en ne prévenant pas ses 187 pays membres des risques de contagion de la crise américaine.

 

 

Jusqu’en août 2007, la direction du FMI estimait que les perspectives économiques mondiales étaient « très bien orientées ». Dix mois plus tard, le directeur du FMI de l’époque Dominique Strauss-Kahn déclarait au sujet du secteur financier : « les pires nouvelles sont derrières nous ». En septembre 2008, la banque d’affaires américaine Lehman Brothers était déclarée en faillite. Le paroxysme de la crise fut atteint à ce moment-là. En effet, dans le mois qui a suivi cette faillite, les gouvernants et les banques centrales des Etats-Unis et de l’Europe ont vivement réagi en injectant des centaines de milliards de dollars et d’euros pour empêcher que le système financier des pays les plus industrialisés ne s’effondre.

 

 

Revenons un an en arrière. En juillet 2007, le FMI revoyait ses perspectives de croissance mondiale à la hausse. Il affirmait : « Tandis que la correction du secteur immobilier se poursuit, les risques globalement baissiers liés à la demande intérieure américaine se sont un peu estompés. Les risques haussiers pour la croissance dans la zone euro et dans les pays émergents signalés en avril se sont en partie matérialisés et ont été intégrés dans les projections de base. De plus, des progrès ont été faits qui ont réduit le risque de correction désordonnée des déséquilibres mondiaux (…) » (Perspectives de l’économie mondiale, mise à jour juillet 2007, p.1). En totale contradiction avec ceci, le secteur immobilier américain a bien continué à dégringoler à l’automne 2007. Des centaines de milliers de gens se sont retrouvés à la rue. Parler de « risques haussiers pour la zone euro » révèle un manque complet d’anticipation de la transmission de la crise américaine à l’Europe. La prétendue réduction du « risque de correction désordonnée des déséquilibres mondiaux » laisse sans voix au regard de ce qui s’est produit peu de temps après.

 

 

Le constat général que nous pouvons tirer est le suivant : le FMI, l’institution internationale chargée de veiller à la stabilité financière mondiale, n’a pas anticipé la crise de 2007-2008. Il n’a pas prévu que la crise allait éclater en 2007 aux Etats-Unis ni qu’elle allait par la suite s’étendre au monde entier. DSK lui-même a admis en début 2011 que son institution « avait vu ses prévisions économiques et financières mises en échec par la crise mondiale ».

 

 

Etats-Unis : Le FMI a chanté les louanges du secteur financier qui a déclenché la crise

 

 

Non seulement le FMI n’a pas pressenti la crise aux Etats-Unis mais en plus il a souvent mis en avant et pris en exemple le modèle financier américain. Une série d’affirmations écrites dans les rapports du FMI l’illustre très clairement. Alors qu’à la mi-2006 la bulle immobilière était sur le point d’éclater, le FMI a nié les dangers qui menaçaient l’économie des Etats-Unis : « Les taux de défaillance sur crédits hypothécaires ont, de tout temps, été bas. Ajouté à la titrisation du marché hypothécaire, ceci permet de penser que l’impact d’un ralentissement du marché immobilier sur le secteur financier serait limité |1| » (Perspectives de l’économie mondiale, avril 2006, p. 18). Pour bien comprendre ce passage, il faut savoir que selon le FMI, la titrisation réduit les risques ! Nombre d’affirmations en témoignent. En voici une extraite du rapport sur la stabilité financière dans le monde : « La titrisation et, plus généralement, l’innovation financière ont rendu les marchés plus efficaces en répartissant mieux les risques » (FMI, Rapport sur la stabilité dans le monde, septembre 2007, p.7). Ainsi, d’après le FMI, le fait pour les banques d’intégrer les crédits à haut risque (subprime) à des produits structurés (Collateralised Debt Obligation, CDO) pour les vendre sur les marchés financiers (opération qui, au passage, leur permettait de sortir ces créances douteuses de leurs bilans) est une pratique exemplaire et permet de diluer les risques ! A noter aussi au passage que les agences de notation ne faisaient pas mieux en attribuant la note maximale AAA aux CDO et autres produits structurés.

 

 

Mais le FMI ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Il a fait plus fort encore. En effet, non content de saluer la titrisation comme un procédé modèle (qui, faut-il le rappeler, a mené à la plus grande crise que le monde ait connu depuis les années 1930), le FMI a encouragé d’autres pays à adopter ce genre de pratiques qui étaient censées booster la rentabilité des actifs financiers. Ainsi, par exemple, le FMI conseillait au Canada d’imiter la dérégulation financière made in USA : « Les stratégies timorées du système bancaire canadien donne des rendements sur actifs beaucoup plus faibles qu’aux Etats-Unis » (FMI, Rapport pour les consultations de 2007 au titre de l’article 4 avec le Canada). Il conseillait aussi à l’Allemagne de s’aligner sur le modèle financier américain. L’Allemagne et le Canada étaient classés par le FMI dans un groupe de pays où « la rentabilité n’a pas encore atteint les niveaux internationaux et où l’innovation doit encore progresser » (FMI, Rapport pour les consultations de 2006 au titre de l’article 4 avec l’Allemagne). Dans ces pays, les conseils du FMI ont mis l’accent sur la nécessité de réformes axées sur le marché afin de surmonter les soi-disant entraves structurelles alors que ce sont justement certaines d’entre elles qui ont contribué à protéger ces pays de la crise. En clair, le FMI a conseillé au Canada et à l’Allemagne, entre autres, des mesures qui, si elles avaient été appliquées, auraient aggravé la crise. L’Allemagne et le Canada ont donc été protégés de la crise parce qu’ils n’ont pas accepté les recommandations du FMI. Mais tous les pays n’ont pas refusé les réformes proposées par cette organisation. Aussi, non content de ne pas avoir prévu la crise aux Etats-Unis ni son extension planétaire, le FMI a contribué au renforcement de cette dernière en conseillant à ses pays membres de déréglementer leurs marchés financiers selon le « modèle » états-unien !

 

 

D’une manière générale, le FMI a évalué très positivement le système bancaire et financier des Etats-Unis jusqu’en 2007, année du début de la débâcle économique américaine. Nous nous contenterons de mentionner deux messages clés révélateurs de cet état de fait. Voici ce que déclaraient les responsables du FMI au sujet des Etats-Unis en 2007 : « Les banques commerciales et d’investissement proprement dites sont foncièrement en bonne santé financière et les risques systémiques semblent faibles » (FMI, Rapport pour les consultations de 2007 au titre de l’article 4 avec les Etats-Unis). Toujours en 2007 et à propos des Etats-Unis, les mêmes responsables affirmaient : « Bien qu’il n’y ait pas de place pour la complaisance, il semble que l’innovation ait épaulé la solidité du système financier. Les nouveaux marchés de transfert des risques ont favorisé la dispersion du risque de crédit, d’un noyau où l’aléa moral est concentré, vers la périphérie où la discipline de marché est le principal frein à la prise de risques. (…) Si l’alternance des périodes d’euphorie et de panique n’ont pas disparu — les phases d’expansion–récession du crédit hypothécaire à risque en étant la dernière illustration — les marchés ont montré leur capacité à s’autoréguler » (FMI, Rapport pour les consultations de 2007 au titre de l’article 4 avec les Etats-Unis).

 

 

L’Union européenne, « vers une expansion durable » selon le FMI en 2007

 

 

Nous avons vu que le FMI n’a pas anticipé la crise aux Etats-Unis ni son extension à l’Europe. Tournons-nous vers le vieux continent. Sans surprise, avant la crise le FMI était positif et optimiste au sujet de l’Union européenne : « Les perspectives sont les plus favorables depuis plusieurs années. L’économie s’oriente vers une expansion durable, imputable pour partie à des considérations cycliques, mais aussi aux politiques mises en œuvre. (…) L’environnement extérieur est jugé globalement propice » (FMI, Rapport pour les consultations de 2007 au titre de l’article 4 avec la zone euro). Le FMI était aussi confiant vis-à-vis des marchés financiers européens. Il était rassuré que « la volatilité du marché financier et les primes de risque soient à leur plus bas niveau historique » (FMI, Rapport pour les consultations de 2007 au titre de l’article 4 avec la zone euro). La naïveté et l’aveuglement du FMI prêteraient à sourire si les conséquences de la crise pour l’Europe n’avaient pas été aussi désastreuses.

 

 

Le FMI, supporter enthousiaste du Tigre celtique

 

 

Beaucoup de prévisions du FMI se sont révélées inexactes mais peu semblent aussi ridicules que celles adressées à l’Irlande, le « tigre celtique » dont le FMI a fait l’éloge pendant des années. Extraits choisis des louanges et prédictions : « L’économie irlandaise a été remarquablement performante au cours des dix dernières années. Le taux moyen de croissance du PIB réel a été d’environ 7 % par an au cours de la période 1995–2004. (…) Ces résultats impressionnants sont pour une large part attribuables à la politique économique avisée des autorités, y compris une politique budgétaire prudente, une fiscalité légère sur la main-d’œuvre et les revenus des entreprises et des accords de partenariat social qui ont contribué à la modération salariale. L’économie reste très performante. (…) La hausse des prix de l’immobilier, qui s’était ralentie jusqu’au milieu de 2005, a repris sur fond d’expansion rapide du crédit. En réponse au relâchement des règles de prêt, les autorités ont accru la pondération des risques des hypothèques résidentielles. En mars 2006, une équipe du FMI s’est rendue à Dublin pour actualiser le Programme d’évaluation du secteur financier de 2000 (PESF). L’équipe a constaté que le système financier irlandais demeure robuste » (FMI, Rapport annuel 2006, p.51). En effet, on retrouve ceci dans les conclusions de la mise à jour du programme d’évaluation de la stabilité financière de l’Irlande : « Les perspectives du système financier sont positives, les institutions financières disposant de marges suffisantes pour amortir une série de chocs » (FMI, Programme d’évaluation du secteur financier de l’Irlande, 2006).

En résumé, selon le FMI tout allait bien pour l’Irlande. Les prix de l’immobilier étaient en hausse, une bulle spéculative se formait… Pas de problème, répondait le FMI puisque les autorités ont augmenté « la pondération des risques des hypothèques résidentielles ». Le FMI ne s’est pas inquiété outre mesure de l’endettement exceptionnel des ménages encouragé par la déréglementation financière, notamment via des emprunts hypothécaires, qui avait pourtant atteint 190% du PIB avant la crise. Le fait que le secteur bancaire irlandais était surdimensionné avec un total des capitalisations boursières, des émissions d’obligation et des actifs des banques équivalant à 14 fois le PIB de ce pays n’a pas non plus semblé déranger le FMI |2|. Les bulles immobilières et boursières qui s’étaient développées dans les années 2000 au nez et à la barbe du FMI éclatèrent en septembre-octobre 2008. Elles causèrent un véritable chaos social dont l’Irlande ne s’est toujours pas remise, avec notamment un taux de chômage qui est passé de 0% en 2008 à 14% début 2010.

 

 

Conclusion

 

 

Le rapport du bureau indépendant d’évaluation (BEI) du FMI souligne : « L’opinion dominante au sein des services du FMI — groupe cohésif de macroéconomistes — était que la discipline et l’auto-régulation du marché suffiraient à écarter tout problème majeur des institutions financières. Toujours selon la pensée dominante, les crises étaient peu probables dans les pays avancés dont le degré de « sophistication » des marchés financiers leur permettrait de progresser sans encombres avec une régulation minimale d’une part importante et croissante du système financier » (Évaluation de l’action du FMI au cours de la période qui a précédé la crise financière et économique mondiale, BEI, janvier 2011, p.29 http://www.ieo-imf.org/ieo/pages/IE...).

 

 

Un rapport plus récent réalisé par le même organisme révèle que : « Parmi les autorités interrogées, beaucoup ont estimé que les études du FMI étaient hautement prévisibles et ne permettaient pas l’expression de points de vue alternatifs. Cette opinion concernait l’ensemble des productions analytiques du Fonds » (BEI, « Research at the IMF : Relevance and utilization », Washington, DC, 20 mai 2011 en ligne sur www.ieo-imf.org).

 

 

Comme l’affirmait, Joseph Stiglitz, ancien n°2 de la Banque mondiale entre 1997 et 2000 : « Si l’on examine le FMI comme si son objectif était de servir les intérêts de la communauté financière, on trouve un sens à des actes qui, sans cela, paraîtraient contradictoires et intellectuellement incohérents » |3|. Loin de servir l’intérêt des populations affectées par la crise, loin d’agir pour le plein emploi comme ses statuts l’exigent, le FMI est au service des grandes puissances et des entreprises transnationales parmi lesquelles les grandes sociétés financières privées jouent un rôle fondamental. Dans ce contexte, à l’aune des conditions de vie des plus démunis dont l’amélioration devrait guider toute politique digne de ce nom, il est nécessaire d’agir pour sa dissolution et son remplacement par une institution démocratique et centrée sur la garantie des droits fondamentaux, en un mot une institution « utile ». Tout le contraire du FMI actuel…

 

 

Notes

|1| Chaque passage en gras dans le texte est dû au surlignage par l’auteur de cet article.

|2| Voir La dette ou la vie, sous la direction de Damien Millet et Eric Toussaint, 2011, p. 99-101.

|3| Joseph Stiglitz, La grande désillusion, Fayard, 2002, p. 269.

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14 juillet 2011

Pour sauver l'euro il faudra le refonder

Point de vue | LEMONDE.FR | 29.06.11

par Thomas Coutrot, Michel Husson, Pierre Khalfa, membres du Conseil scientifique d'Attac et de la Fondation Copernic



Quarante huit "industriels" allemands et français (parmi lesquels plusieurs banquiers) ont fermement pris position dans une tribune publiée dans Le Monde daté 21 juin, en soutien à la réforme de la gouvernance économique européenne en voie d'adoption par le Conseil et le Parlement européens. Pour ces patrons, "l'exclusion de pays membres de la zone euro ou la scission entre une Union des pays du Nord et du Sud" sont des "propositions démagogiques", et "un échec pour l'euro serait un revers fatal pour l'Europe". Mais ces dirigeants sauveront-ils l'euro en renforçant les règles qui l'ont amenée au bord du gouffre ? Ne faut-il pas plutôt changer les règles fondamentales de la monnaie unique si on veut la sauver ?

 

Nous le croyons profondément. L'erreur radicale de diagnostic est fort bien résumée dans le titre même de leur tribune : "La crise européenne est une crise de la dette, pas de l'euro". Car d'où vient la dette selon eux ? D'une part, du "ralentissement de l'économie mondiale" ; d'autre part, de l'absence de "règles de stabilité plus strictes" – sous-entendu, d'une dérive des dépenses publiques. Passons sur le "ralentissement", délicieux euphémisme qui désigne la récession de 2008-2009, la plus brutale depuis les années 1930. Mais il est surtout erroné d'attribuer la crise européenne à un excès de dépenses publiques. Le Portugal, l'Espagne et l'Irlande étaient jusqu'en 2008 des modèles de vertu budgétaire ; et la part des dépenses publiques dans la richesse européenne a substantiellement baissé depuis 1990, y compris en France.


C'est maintenant bien établi, la concurrence fiscale entre pays européens, avec l'érosion organisée des contributions des entreprises et des classes aisées, explique la montée des déficits et de la dette jusqu'en 2008. Les excédents commerciaux gigantesques de l'Allemagne, obtenus par une excellente spécialisation internationale mais surtout, depuis dix ans, par la régression des salaires et des dépenses sociales, ont mécaniquement creusé les déficits commerciaux des pays du Sud. Quant au séisme de 2008-2009, qui a fait bondir l'endettement des Etats, il résulte de l'irresponsabilité de l'industrie financière, prise au piège de son appétit féroce de profits.


Concurrence fiscale et salariale, liberté absolue de circulation (et de spéculation) des capitaux : voilà les vraies racines de la crise actuelle. Elles découlent directement du traité de Maastricht et de la logique des institutions fondatrices de l'euro. Peut-on espérer sortir de la crise en aggravant ses causes ?


Ainsi procédaient, par la saignée, les médecins de Molière, et ainsi le veulent les signataires de la tribune. Il faut une "aide" aux pays endettés, qui "coûtera de nombreux milliards d'euros", "en contrepartie de mesures efficaces". Nous connaissons ces mesures, imposées par l'Union européenne et le FMI dans plusieurs pays : baisse des salaires et des retraites, privatisations, licenciements de fonctionnaires, réduction de la protection des salariés contre les licenciements… Les "nombreux milliards d'euros" seront donc prélevés sur les populations, pour payer les échéances de la dette publique aux créanciers des États endettés : les banques. Pire encore, les "aides" accordées sont des sommes empruntées par l'Union sur les marchés financiers puis prêtées aux pays "aidés" à un taux d'intérêt bien supérieur…


Mais la Grèce et les autres pays visés sortiront-ils ainsi la tête de l'eau ? Pas sans une réduction considérable – de l'ordre de 25 % – des salaires et des dépenses sociales, ce que le FMI appelle une "dévaluation interne". Ce serait la condition pour dégager les excédents budgétaires et commerciaux nécessaires pour payer la dette. Mais au risque d'une spirale dépressive qui menace aussi le continent.


Il serait moins absurde – et plus juste et acceptable socialement – de rechercher une convergence par en haut plutôt qu'un alignement par le bas ; par exemple, de rééquilibrer les économies européennes par une hausse des salaires en Allemagne. Nul doute que les salariés allemands qui luttent déjà pour des augmentations de salaires y souscriraient. Mais on comprend que les grands patrons signataires de cette tribune ne proposent pas cette solution. Après tout, pourquoi changer de logique, alors que celle-ci a créé, comme ils l'écrivent dans un savoureux lapsus, "prospérité et richesse pour nous tous" ?


Mais les peuples européens commencent à s'indigner de leurs prétentions. Au Royaume-Uni, en Espagne, en Grèce, bientôt ailleurs, les résistances citoyennes à la destruction de l'Etat social prennent des formes nouvelles, massives, spontanées, pacifiques, radicalement démocratiques, qui sortent des cadres traditionnels. Cela inquiète manifestement en haut lieu : il est difficile de comprendre autrement l'inflexibilité de la Banque centrale européenne, qui maintient contre toute vraisemblance la fiction d'un remboursement intégral de la dette grecque. Tous les analystes financiers et même les autorités allemandes disent pourtant clairement que ce sera impossible. Mais à court terme il s'agit d'envoyer un message très clair aux populations européennes qui feraient mine de s'indigner elles aussi : comme les Grecs, vous rembourserez les banques jusqu'au dernier centime. Quel qu'en soient les conséquences pour vos écoles, vos hôpitaux, vos solidarités et vos écosystèmes.


Souhaitons au contraire que les mouvements sociaux, en Grèce et en Espagne pour commencer, obligent leurs gouvernants à refuser l'hyper-austérité. Etant donné les tensions accumulées, la seule chose aujourd'hui certaine est que les mois et années à venir seront fertiles en rebondissements économiques et politiques imprévus. Des gouvernements de rupture avec le néolibéralisme pourraient fort bien arriver au pouvoir dans un ou plusieurs pays. Leur tâche sera de rompre avec les exigences de la finance, pas de défaire l'Europe.


Plutôt que de décider a priori de sortir de l'euro pour revenir à la drachme, la peseta ou le franc, ils seront bien inspirés de prendre des mesures unilatérales pour montrer aux peuples européens qu'une autre Europe est possible. Audit public puis défaut partiel sur la dette, contrôle et taxation des capitaux, reprise en main du système bancaire par la société : gouvernements progressistes et mouvements sociaux européens devront engager un bras de fer avec la BCE, les grands patrons européens et leurs représentants politiques. Pour une refondation démocratique de l'Union et de l'euro, seule manière de leur redonner une légitimité et un avenir.

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27 mars 2011

L'esprit de Munich a envahi les têtes qui nous gouvernent - Jacques Généreux

Cette interview déjà ancienne de Jacques Généreux n'a pas perdu de son actualité, à la lumière des nouveaux développements de la crise européenne après le refus du plan d'austérité au Portugal.

 

Une analyse claire, précise, qui va au fond des choses.

 

Quand on pense qu'il a quitté le PS...et que Manuel Valls est resté !

 


J. Généreux L'esprit de Munich a envahi les... par FranceInfo

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27 février 2011

Leçons islandaises

 Jacques Adda

Alternatives Economiques n° 299 - février 2011

 

L'économie de l'Islande a commencé à sortir du marasme dans lequel elle se trouvait depuis deux ans. Elle a en effet pu résoudre sa crise bancaire, en ne bridant ni la consommation ni la reprise de la croissance. Un exemple dont ferait bien de s'inspirer la zone euro.

 

 

L'Irlande aurait-elle quelque chose à apprendre de l'Islande? Deux ans après la faillite spectaculaire des trois principales banques du pays et l'intervention du Fonds monétaire international (FMI), l'Islande renoue depuis le milieu de 2010 avec la croissance. Son inflation est maîtrisée, ses taux d'intérêt sont orientés à la baisse et ses échanges extérieurs excédentaires. Plus surprenant encore, sa dette extérieure brute, qui dépassait 600% du produit intérieur brut (PIB) en 2007, a été divisée de moitié et ses comptes publics, hors charges d'intérêt, devraient être excédentaires en 2011. A 300 points, le niveau des credit default swaps (CDS), qui mesure le coût d'une assurance sur le risque de défaillance de l'Etat islandais, était deux fois moins élevé début 2010 que celui observé sur la dette publique irlandaise. Le taux de chômage, qui dépasse 13% en Irlande, plafonne à 8% en Islande.

 

"Too big to save"

Petite économie fortement internationalisée et exposée, tout comme l'Irlande, à la démesure de son secteur financier et à une gigantesque bulle immobilière, l'Islande a été frappée à l'automne 2008 par l'une des crises les plus violentes de l'histoire financière contemporaine (1). A la différence de l'Irlande, elle n'a pas tenté de sauver ses banques en faillite. En lieu et place de l'axiome "too big to fail" (trop grosse pour tomber), en vigueur de part et d'autre de l'Atlantique - l'exception de Lehman Brothers confirmant la règle -, elle semble avoir fait sien le principe "too big to save" (trop grosse pour être sauvée): la taille de ses banques, avec des actifs équivalents à six fois le PIB, ne lui laissait sans doute pas le choix.

 

Plutôt que de socialiser les pertes, en transférant les créances toxiques dans une bad bank financée par l'Etat, comme en Irlande, le gouvernement a fait racheter à bon prix les actifs internes des banques en faillite (prêts aux entreprises et prêts immobiliers) par de nouvelles banques créées à cet effet. La charge des pertes sur les actifs étrangers des anciennes banques, produits de leur internationalisation accélérée dans les années 2000, a été laissée à leurs actionnaires et à leurs créanciers.

 

Parallèlement, les dépôts du public ont été transférés vers les nouvelles banques. La situation financière des ménages a été allégée par un programme de restructuration de leurs dettes, tandis qu'un moratoire était mis en place sur les saisies immobilières. Au printemps 2010, la recapitalisation de l'ensemble du secteur bancaire était pratiquement achevée, pour un coût net estimé à 13% du PIB.

 

Un contrôle des changes efficace

Seconde différence majeure avec l'Irlande ou la Grèce, la couronne islandaise, nettement surévaluée avant la crise, a perdu environ 40% de sa valeur en termes réels en 2008. Grâce à un sévère contrôle des changes (*) , la parité a pu être stabilisée à un niveau compétitif, rendant possible la reprise des exportations (pêche et aluminium pour l'essentiel) dès 2009. Ajouté aux effets de la récession et de l'austérité salariale, le renchérissement des prix des biens importés contribuait à la chute des importations, ce qui permettait à la balance commerciale de devenir excédentaire.

 

Le refus du gouvernement d'assumer les engagements internationaux des banques en faillite entraînait un dégonflement immédiat de la dette extérieure. Celle-ci était en outre allégée par des opérations dites de buyback par lesquelles la banque centrale rachète, à leur valeur de marché, autrement dit très en dessous de leur valeur faciale, des titres de la dette publique islandaise.

 

La stabilisation de la monnaie, suivie d'un début de redressement de la couronne islandaise en 2010, rendait possible la décrue du taux d'inflation, qui revenait de 18% début 2009 à 2,5% en décembre 2010. Du coup, la banque centrale pouvait baisser le taux d'intérêt: de 18% en mars 2009 à 4,5% en décembre 2010, réduisant considérablement les charges financières supportées par les ménages et les entreprises. L'amélioration du climat financier favorisait à son tour une détente des taux d'intérêt à long terme. Là encore, le contrôle des changes, en bloquant les sorties de fonds, canalisait l'épargne nationale vers les titres de la dette publique, ce qui facilitait le financement du déficit budgétaire tout en réduisant le poids des intérêts pour l'Etat.

 

L'austérité épargne le social

Troisième différence: l'ajustement budgétaire a été mené de façon progressive, sélective et concertée, après conclusion d'un pacte de stabilité sociale en juin 2009 avec les partenaires sociaux. Après avoir laissé le déficit se creuser à 12,6% du PIB en 2009, le gouvernement n'a inséré le gros des mesures d'austérité délibérées (5,4% du PIB sur un total de 10% en trois ans) que dans le budget de 2010, donnant à l'économie le temps d'absorber le choc financier de 2008. Centrées sur les dépenses d'investissement et de fonctionnement, les coupes budgétaires ont préservé pour l'essentiel les programmes sociaux, tandis que les cotisations sociales et la TVA étaient relevées. Après avoir atteint un sommet à 116% du PIB en 2010, la dette publique devrait, selon les projections du FMI, revenir à 75% du PIB en 2015, contre 134% pour la Grèce et 114% pour l'Irlande.

 

Soutenue par la restructuration de la dette des ménages, la baisse des taux d'intérêt et des mesures ciblées d'aide aux chômeurs et aux familles en difficulté, la consommation est repartie en 2010, permettant le redémarrage de l'activité en dépit de l'irruption volcanique du début d'année, qui pénalisait notamment le tourisme. Impressionnant, le recul du PIB sur trois ans (- 10%) est du même ordre que celui enregistré en Irlande. A ceci près que cette dernière n'a toujours pas résolu la crise de son système bancaire et qu'elle est désormais confrontée à une crise au moins aussi grave de ses finances publiques.

 

Pourquoi ça coince dans la zone euro

L'Islande ne sort cependant pas indemne de la crise. La consommation privée se situe encore à 20% en dessous de son niveau d'avant-crise. L'effondrement de l'investissement (- 65% en volume en trois ans) limite les capacités de production des firmes et freine la reprise des exportations. Le contrôle des changes dissuade les firmes étrangères d'investir dans le pays et de développer ses énormes ressources thermales et hydroélectriques. La situation islandaise est toutefois aujourd'hui beaucoup plus favorable que celle de la périphérie de la zone euro. Après avoir payé le prix de sa souveraineté monétaire en 2008 lorsque, privées d'accès au marché financier international, les banques n'avaient pu bénéficier d'un refinancement en dollars ou en euros, l'Islande en a pleinement tiré parti en 2009 et 2010, grâce à la dévaluation de sa monnaie, au contrôle des changes et à la baisse des taux d'intérêt.

 

Si elle avait été membre de la zone euro, il n'est pas sûr que l'Islande aurait eu la latitude de forcer ses créanciers étrangers - largement européens - à assumer les pertes de ses banques en faillite. La socialisation des pertes au niveau national est en effet l'une des règles implicites de l'intégration financière européenne. Une règle qui a conduit l'Allemagne et la France à soutenir la Grèce et l'Irlande pour éviter que leurs propres banques ne soient affectées par une faillite de ces pays. Cette règle entretient cependant la fiction que la totalité du coût de l'ajustement peut être supporté par les populations des pays débiteurs, au risque d'entraîner les économies débitrices dans une spirale récessive et d'entretenir ainsi la défiance vis-à-vis du futur de la zone euro.

 

 

* Contrôle des changes : limitation de la convertibilité de la monnaie nationale afin de restreindre la demande de devises étrangères pour mieux contrôler les flux monétaires et les sorties de capitaux.

 

 

En savoir plus

 

"Iceland: 2010 Article IV Consultation", IMF Country Report n° 10/305, octobre 2010 (www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2010/cr10305.pdf.

"Lessons from a Collapse of a Financial System", par Sigridur Benediktsdottir, Jon Danielsson et Gylfi Zoega, EIEF-CEPR, 22-23 octobre 2010, accessible sur www.cepr.org/meets/wkcn/9/979/papers/benediktsdottir_etal.pdf

"The Corporatist Model and its Value in Understanding Small European States in the Neo-Liberal World of the Twenty-First Century: The Case of Iceland", par Baldur Thorhallsson, European Political Science n° 9, septembre 2010.

 

 

 

(1)

 

Voir "Islande: une faillite peu ordinaire", Alternatives Economiques n° 277, février 2009, disponible dans nos archives en ligne.

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08 février 2011

Oubliée la crise : vive « le pacte de compétitivité », vive le capitalisme !

LE 7 février PAR Henri Emmanuelli

 

Oubliées les « sub-primes », la crise du système bancaire et du crédit, les errements très intéressés des acteurs financiers. Effacée la cupidité, les effets de leviers excessifs, la titrisation sans limite, les défaillances des régulateurs, les errements des agences de notation. Occultés les 700 000 milliards de dollar d’OTC, représentant douze fois le PIB mondial, qui se promènent dans les « darkpools », les plateformes parallèles et les paradis fiscaux n’ayant jamais cessés d’être prospères.

 

Envolées les belles et nobles déclarations sur la réforme du capitalisme...

 

L’ouragan passé, ayant fait d’innombrables victimes parmi les peuples, ne subsiste que les déficits publics, la crise des dettes souveraines et les plans d’austérité. Et les marchés financiers, plus puissants qu’ils ne l’étaient avant la tornade, puisque les voici désormais en situation de dicter leur conduite aux Etats !

 

Non seulement les naïfs ou les crédules qui avaient cru aux promesses « sur la réforme du capitalisme » en seront pour leur frais, mais de surcroît, ils vont écoper « du pacte de compétitivité » à leurs dépends.

 

Déjà, la semaine dernière, de passage a Bruxelles pour une audition devant des parlementaires européens, j’avais été alarmé par les déclarations de députés libéraux qui semblaient rejeter sur le laxisme dépensier des gouvernements européens les difficultés que rencontre l’Euro. Dans leur propos, la crise financière n’avait aucune responsabilité, comme si elle n’avait jamais existé. J’en ai conclu que l’idéologie libérale avait été très rapide à ré-écrire un récit à son avantage. Un récit qui non seulement l’exonère de toute responsabilité, mais qui de surcroît lui permet de reprendre l’initiative. Je n’imaginais pas que la droite gouvernementale, en France comme en Allemagne, était déjà inscrite dans cet incroyable scénario.

 

Je l’ai constaté deux jours après, en lisant dans un grand quotidien du soir que « Berlin et Paris s’entendent pour proposer un pacte de compétitivité », l’Allemagne voyant dans ce projet la condition pour renforcer le fonds de sauvetage de la zone euro. Berlin entend demander aux autres pays de s’engager a réaliser les réformes structurelles qui accroîtront leur compétitivité et donc la solidité de la zone euro. Fermez le ban. Et de quoi s’agit-il ? De donner à la BCE la possibilité de racheter en direct de la dette souveraine pour soustraire les états au dictat des marchés ? D’émettre des Euro-bonds pour consolider une partie de cette dette ?

 

Pas du tout. Ce serait pour les libéraux rater l’occasion d’atteindre leurs objectifs. Figure au contraire dans ce pacte la politique salariale- supprimer l’indexation dans les pays où elle existe encore- l’âge de la retraite (si possible a 67 Ans) , la limitation de l’endettement public gravé dans le marbre, la flexibilité du travail (faciliter les licenciements) et, in fine des régimes de résolution de crises bancaires...Au moment où les salaires stagnent et où le chômage plafonne.

 

Curieusement et simultanément, le président de l’Assemblée Nationale, Monsieur Bernard Accoyer, propose une « Mission d’Information parlementaire su la compétitivité française »... Je voudrais être sur qu’il a trouvé ça tout seul !

 

Ainsi donc, au bout du bout, la crise, par le biais de la défense de l’Euro et au nom de l’Europe, permettrait d’imposer aux opinions publiques qui en font déjà les frais, des sacrifices supplémentaires en liquidant ce qui perdure du pacte social européen. Des sacrifices imposés par le haut, au nom du gouvernement économique, de l’orthodoxie monétariste et pour la gloire du capital ! L’Europe démocratique, déjà si souffrante, va encore progresser !

 

Si l’on ajoute à ces brillantes perspective le fait que la Commission Européenne négocie, en ce moment même, avec la Corée du Sud et le Canada (donc l’ALENA) une libéralisation des échanges, sans doute pour améliorer le taux de chômage en Europe, on peut s’interroger avec gravité sur notre avenir et les motivations véritables de ceux qui nous gouvernent.

 

J’ose espérer que les progressistes de tout poil ne laisseront pas faire. Sinon, le pire est à craindre. Car viendra un moment ou le désenchantement engendrera la colère qui emportera tout...

10:17 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation, europe | | |  Facebook | | |