09 mai 2008

Eloge de la concurrence

Dans Les Echos datés du 30 avril, Pascal Salin, professeur à l’université Paris-Dauphine, nous gratifie d’une chronique intitulée « Eloge de la concurrence ». Tout un programme !
J’avais déjà entendu Mr Salin dans l’émission tardive de Frédéric Tadéi sur France 3 (« Ce soir ou jamais », je crois). Il s’était illustré en défendant béatement le libéralisme. Titillé par un des interlocuteurs qui lui demandait un exemple d’un pays où le libéralisme avait été couronné de succès, il avait répondu…l’Estonie. Pourquoi pas le Vatican, pendant qu’on y est ?
Comme disait Pierre Desproges (à propos de Marguerite Duras), il ne « fait pas qu’écrire des conneries, il en dit aussi ».
Vous comprendrez donc que je ne pouvais pas résister au plaisir de vous livrer quelques passages de cette petite merveille (pour les plus courageux, cliquez ici pour la version intégrale !).

« Devant les craintes que ferait naître une concurrence « excessive », on demande alors de la limiter, de la « réguler » (c'est-à-dire en fait de la réglementer). (…) Mais il faut bien évaluer la portée de ces appels à la modération de la compétition. En effet, la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). Accepter la concurrence, c'est donc accepter la liberté d'agir ; limiter la concurrence, c'est limiter la liberté. C'est la raison pour laquelle, je pense que, par principe, « la concurrence est toujours bonne » : elle consiste, pour chacun, à exercer sa liberté dans le respect de la liberté d'autrui.
(…)
« Le respect de la liberté d'entrer sur un marché, pour un producteur comme pour un consommateur, est un principe absolu de nature morale. Or un principe n'admet pas de compromis, il ne peut pas être plus ou moins valable. »
(…)
« Lorsqu'on dit que la liberté d'agir ne doit pas rencontrer de limites, cela signifie qu'on ne doit pas limiter par la contrainte l'exercice de cette liberté. Mais il est par ailleurs évident que ce dernier rencontre une limite naturelle : la liberté d'agir d'un individu ne doit pas porter atteinte à la liberté d'agir des autres.
Il est aujourd'hui à la mode de réclamer une « régulation » de la concurrence, à cause de ses excès supposés et de la responsabilité qu'on lui attribue, à tort, dans l'instabilité économique et financière. »
(…)
« Mais c'est oublier que la meilleure régulation est assurée, précisément, par la liberté et la concurrence, c'est-à-dire un système où les individus adaptent continuellement leurs décisions à celles des autres. »
(…)
« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
(…)
« Il est donc absurde - mais aussi immoral - de vouloir confier à quelques personnes la tâche d'imposer aux autres de manière arbitraire des limites à l'exercice de leur liberté. Oui, cela est certain, il n'y a rien de mieux que la concurrence et la liberté d'agir. »


Ouf ! C'est du brutal...
On est plus proche de la lettre au Père Noël ou du poème de Fête des Mères que du Prix Nobel d’économie !
Bon, par où commencer ?

« la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). »
C’est une bien belle théorie…Comment prend-elle en compte les pratiques telles que les ententes entre opérateurs de téléphonie mobile pour les prix des abonnements, entre les banques pour les taux des crédits immobiliers, entre les grandes surfaces pour le partage des zones de chalandises, entre grandes surfaces spécialisées telles Darty et la FNAC pour la fixation des prix... ?
Dans une économie où la concentration s’accélère, il est faux de croire que les consommateurs ont le choix. Les entreprises complexifient à loisir leurs offres pour rendre impossible toute comparaison (avez-vous déjà essayé de comparer des offres d’abonnement téléphonique ?).

« La concurrence est toujours bonne ». Que dire alors de l’ouverture à la concurrence des marchés de l’énergie, qui se solde dans tous les pays par une hausse des tarifs ? Mr Salin semble oublier le concept de « monopole naturel » : pour certaines activités nécessitant de forts investissements (énergie notamment), la théorie économique démontre que l’optimum économique est atteint avec un seul fournisseur.
On peut citer aussi l’exemple risible de l’ouverture à la concurrence des renseignements téléphoniques qui conduit dans tous les pays à une dégradation de la qualité de services, une augmentation des coûts…et à un déferlement de publicités débiles (118-218).

Pour Mr Salin, « réglementer » semble être un gros mot. Oublie-t-il par exemple que partout dans le monde, il existe des lois pour encadrer la concurrence et ses conséquences ? Même aux Etats-Unis, il existe une loi dite « anti-trust » pour justement rendre possible la concurrence qui, sans cela, serait mise à mal par la constitution d’empires tels que Standard Oil au début du XXème siècle ou…Microsoft aujourd’hui. Avec plus ou moins de succès, puisque les firmes déploient des trésors d’habilité pour contourner ces lois.
Dans une économie où les investissements sont de plus en plus importants, la concurrence libre aboutit à une concentration, à une « prime au plus gros »…donc à l’inverse de la concurrence idéale !! (Voir le rapprochement probable entre Rio Tinto et BHP Billiton qui conduirait à un groupe détenant 70 % de la production de minerais de fer).

« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
Il paraît qu’il existe un système qui s’appelle la démocratie et où les élections permettent de sanctionner les hommes « chargés de contrôler les libertés ». Laisser libre cours à la liberté individuelle de chacun comme le souhaite Mr Salin, c’est en quelque sorte remplacer le citoyen par le consommateur, remplacer le pouvoir des urnes par le pouvoir d’achat…

Pour terminer, deux citations à méditer :
« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère » (Henri Lacordaire)
« La vertu est le juste milieu entre deux vices » (Aristote, Éthique à Nicomaque)

PP

24 avril 2008

OGM et Marché du travail

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Dans une précédente note, j’évoquais l’indignation de Bernard Accoyer (président de l’Assemblée Nationale) qui s’en prenait à ceux qui « veulent une France sans aucun OGM, sans progrès ». Selon lui, on a « rarement vu un lobby, celui des anti-OGM, agir avec autant d’intensité ». Celui qui se présente comme un « scientifique » (on ne rigole pas) oubliait de rappeler les propos édifiants de Jean-François Le Grand (sénateur UMP) : « Certains ont fait main basse sur l’UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques(…) La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale ». A lobby, lobby et demi !
Et ce n’est pas tout, dans le Canard Enchaîné de cette semaine, on apprend qu’un certain nombre de députés ont reçu une lettre (datée du 14 mars) et signée par tous les syndicats de défense des intérêts des semenciers (Monsanto et Limagrain en tête). Cette missive avait pour objectif d’inciter ces députés, choisis pour leur « compréhension du sujet », à proposer des amendements aux petits oignons (génétiquement modifiés). On peut citer l’abandon de « l’obligation faite à l’exploitant d’informer préalablement aux semis, les exploitants des parcelles entourant les cultures OGM ». Sans doute pour favoriser les relations de bon voisinage entre agriculteurs ! Pour les mêmes raisons, la publication de l’emplacement des parcelles OGM est désormais oubliée. Bien sûr, le fait que les amendements proposés par les députés UMP reprennent mot pour mot le texte de la lettre des semenciers n’est que pure coïncidence. C’est bien connu, les grands scientifiques utilisent tous les mêmes mots !

Autre sujet d’énervement (hélas, ils sont nombreux ces temps-ci) : les propos de Laurence Parisot (présidente du Medef) sur la modernisation du marché du travail. Selon elle, le processus « n’en est qu’au début. Il va falloir continuer à s’adapter à la globalisation. » Et quand est-ce qu’on s’arrête ? Au niveau des chinois, des indiens, des philippins…
Concernant l’indemnisation des demandeurs d’emplois : « On sait très bien qu’il y a des abus. La question est de savoir quels sont les procédures, les contrôles et les sanctions qu’on doit mettre en place pour mettre fin à ces abus ? ». Tiens, c’est bizarre, je me pose la même question pour la caisse noire de l’UIMM ! Mais c’est vrai que le Medef n’a rien à voir avec ces gens-là. Le Medef ce sont des patrons bio et l’UIMM, des patrons OGM (Obsédés par le Gros Magot).
Pour augmenter le pourvoir d’achat, il faut « baisser le niveau des prélèvements obligatoires qui est en train d’étouffer la compétitivité des entreprises ». La répétition mécanique de ce discours convenu a quelque chose de pathétique.
Et si c’était le manque d’investissement qui dégradait la compétitivité des entreprises ? Et si c’était le manque de vision de nos « grands » patrons, obsédés par la compétitivité fondée sur les coûts ? Ne pourrait-on pas envisager de s’en sortir par le haut, par la recherche, par l’innovation plutôt que d’essayer de lutter sur leur terrain avec les pays à bas salaire ?

PP

21 avril 2008

Assistés, ne parlez plus la bouche pleine...c'est très impoli!

Ca faisait quelque temps que ça ne m’était pas arrivé… La lecture de la chronique de Claude Imbert dans Midi Libre de dimanche 20 avril m’a fait bouillir, bondir…
Cette chronique, consacrée aux émeutes de la faim, démarre très fort : « Ces pauvres-là n’ont pas, comme nos assistés, la bouche pleine pour crier leur énième rouspétance. »
Tout est dans le choix des mots… Qui sont donc les « assistés » dont il parle ? On peut penser qu’il s’agit des bénéficiaires de minimum sociaux, voire des chômeurs indemnisés… Dans le jargon des ultralibéraux comme Mr Imbert, c’est en général cette frange de la population que l’on désigne par le terme « assistés », avec bien entendu beaucoup de mépris pour ces « fainéants dorlotés par l’Etat-Providence ». Mais, que je sache, il n’y a jamais eu beaucoup de manifestations de RMIstes, ni de chômeurs… Qui sont donc ces « assistés à la bouche pleine » ? Les fonctionnaires, les lycéens, les salariés qui luttent pour leur emploi ou leurs conditions de travail ?
Au fait, Mr Imbert estime-t-il qu’il faudrait couper les vivres a ces « assistés » trop bien nourris ? Pourquoi toujours rester dans l’insinuation ?

Cela fait des décennies que Mr Imbert bougonne, s’impatiente, fulmine, radote contre tous ces « parasites ». Régulièrement, il fait les gros yeux aux français soupçonnés d’être rétifs à la mondialisation et à ses bienfaits, d’être réfractaires au libéralisme « qui marche partout ailleurs » (je cite), bref d’être d’incorrigibles feignasses qu’il faudrait dare-dare remettre eu boulot dans des entreprises débarrassées de tout ce fatras de réglementation qui bride les entrepreneurs.
Lui qui glorifie la prise de risque, quand en a-t-il pris pour la dernière fois ? Bien au chaud dans son bureau, à l’abri de la concurrence dans son petit cénacle de chroniqueurs, il est facile de prôner le démantèlement de la protection sociale pour « s’adapter à la compétition internationale ». Ce dont je rêve, pour ma part, c’est de voir débouler dans la presse française des chroniqueurs chinois, indiens, roumains…qui viendraient marcher sur les plates-bandes de nos bardes de la mondialisation. On verrait alors si la mondialisation est toujours aussi « inévitable ».

Pour revenir à la chronique de dimanche... « La faim, on la savait peu à peu réduite par le progrès humain à des confins désertiques ». Tout de même, plus de 800 millions d’êtres humains souffrent toujours de malnutrition, voire de famine, dont une bonne partie en Asie du Sud-Est…Pour les confins désertiques, on repassera ! Il faudrait penser à refermer l’album d’images d’Epinal !

La crise financière a eu peut-être un effet positif : Mr Imbert réclame désormais « une maîtrise mondiale de la mondialisation.» Que de chemin parcouru ! Alors que jusqu’à présent, sa marque de fabrique était l’éloge « reptilien » (le cerveau reptilien est la source des comportements primitifs qui répondent à des besoins fondamentaux) des bénéfices de la mondialisation et du libéralisme, voilà que Mr Imbert réclame une régulation. On croit rêver !

Attention à ne pas devenir un « assisté » !

PP

09 avril 2008

Chevaliers blancs

La semaine dernière, les bourses mondiales ont « rebondi », grâce notamment aux valeurs bancaires. Pourquoi un tel revirement par rapport à la morosité qui prévalait jusqu’alors ?
En grande partie parce qu’UBS (1ère banque Suisse) et Lehman Brothers (Etats-U7nis) ont réussi leur recapitalisation. Les investisseurs « veulent croire » (toujours la bonne vieille méthode Coué !) à la fin du tunnel sur les marchés boursiers. Toutefois, on peut penser que ce rebond n’est que le résultat de spéculations à court terme. En effet, même si la visibilité est un peu meilleure, le ménage n’a pas encore été fait dans les comptes. Ainsi UBS serait encore exposée à hauteur d’environ 80 milliards de dollars.

Pourtant, cette même UBS a été capable de lever 28 milliards de francs suisses en quelques semaines.
Mais d’où viennent donc ces 28 milliards ? Qui est prêt à injecter de telles sommes dans une banque en difficulté ? Il s’agit du fonds d’investissement GIC de Singapour et d’un investisseur du Moyen-Orient.
En l’espace de quelques semaines, près de 80 milliards de dollars ont été mobilisés en provenance de fonds souverains d’Abu Dhabi, d’Arabie Saoudite, du Koweït, de Chine et de Singapour. Plusieurs fleurons de la finance mondiale ont été « sauvés » : Citigroup, UBS, Morgan Stanley, Merrill Lynch, Bear Sterns…
Les fonds souverains sont des fonds d’investissement gérés par des Etats et destinés à faire fructifier les montants colossaux issus de la vente du pétrole (pour les pays du Moyen Orient et même pour…la Norvège) ou des réserves de change (pour les pays d’Asie).

On peut se réjouir, comme le font les marchés financiers, de cet apport d’argent frais par ceux qui sont considérés comme des « chevaliers blancs ». On peut aussi s’interroger sur les conséquences de cette vaste redistribution des cartes au sein de la finance mondiale. Ces fonds souverains (qui représentent 3000 milliards de dollars) vont-ils longtemps rester des actionnaires « passifs » ou seront-ils le bras armé de leurs Etats de tutelle pour appuyer des pressions politiques ?
Quoiqu’il en soit le versement de dividendes liés à ces prises de participation vont se traduire dans les années qui viennent par des transferts financiers importants vers le Moyen Orient et l’Asie.

PP

28 mars 2008

Spéculation et crise ça suffit

« Spéculation et crise ça suffit », tel est le titre d’une pétition initiée par un groupe d’économistes européens, parmi lesquels Frédéric Lordon (dont vous pouvez retrouver les références de quelques ouvrages dans la liste se trouvant à droite de l’écran).

L’objectif de cette pétition est l’abrogation de l’article 56 du Traité européen. Cet article dit la chose suivante :
« Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites. »
Plus largement, il s’agit de faire de la reprise en main de la sphère financière une priorité politique. En effet, la crise actuelle démontre une nouvelle fois l’incapacité de ce système à s’autoréguler autrement que par des cycles bulles / krach délétères pour l’économie réelle.

Il s’agit d’aller au-delà des habituelles déclarations de circonstance sur l’éthique, la morale et la transparence. Ainsi, après leur entrevue, Mrs Sarkozy et Brown ont réclamé davantage de transparence des marchés financiers et dans ce cadre ont appelé les banques à révéler « rapidement et totalement l'ampleur de leurs pertes et notamment de trouver les moyens d'obtenir une plus grande certitude sur la valorisation des actifs complexes ».
C’est comme si c’était fait !
On peut citer aussi les longues tirades de Mme Parisot qui, la main sur le cœur et la larme à l’œil, n’a pas de mots assez durs pour fustiger ceux qui manquent d’éthique et de morale.

Tant que l’on ne remet pas en cause les structures, l’éthique, la morale et la transparence auront à peu près autant d’effets que l’aromathérapie pour soigner un cancer généralisé en phase terminale.
Il faut faire preuve d’une naïveté sans borne (ou d’une hypocrisie sans limite) pour croire qu’une régulation reposant sur la bonne volonté des acteurs puisse être suffisante, alors même que ces acteurs sont soumis à de colossales incitations à prendre des risques.
En effet, la concurrence que se livrent les opérateurs (banques, fonds d’investissement…) pour capter les liquidités se traduit par une course effrénée au rendement. Le système des « bonus » (primes faramineuses indexées sur les résultats) pour les gestionnaires les incitent à prendre également un maximum de risques (voir note du 26 mars sur ce blog) sans avoir à en assumer les conséquences.

Comme le souligne Patrick Artus (directeur des études de la Caisse des Dépôts, a priori peu enclin aux sympathies bolchéviques) dans son ouvrage « Le capitalisme est en train de s’autodétruire », les acteurs financiers sont soumis au « court-termisme » et au « mimétisme rationnel » qui fait que tout le monde fait les mêmes choix d’investissement au même moment, de peur faire moins bien que la moyenne. Selon lui, ces comportements découragent les investissements sur le long terme, nécessaire à la croissance voire à la survie du capitalisme.

Tout ce monde vit dans la certitude que, en cas de pépin, les banques centrales et les Etats viendront à leur secours. Se sachant « assurés », ils prennent leurs risques sans souci du lendemain : c’est l’aléa moral. Quand tout va bien, ils n’ont pas mots assez durs pour critiquer l’Etat (« obèse », « dépensier », « inefficace »…), mais dès que ça sent le roussi, ils vont, comme un seul homme, pleurnicher pour qu’on les aide. Quand ça va mieux, ils repartent comme si de rien n’était !

Si vous en avez assez de tout ça, je vous invite à signer la pétition « Spéculation et crise ça suffit » sur le site www.stop-finance.org (le site n’était pas accessible aujourd’hui, soyez persévérant !). Tout ne changera pas du jour au lendemain, mais il faut inlassablement accumuler les grains de sables pour espérer faire avancer ce chantier vital pour l’avenir.

PP

26 janvier 2008

Généralités...

La Société Générale était considérée, jusqu’à aujourd’hui, comme une des banques les plus performantes et les plus innovantes du monde (notamment sur les produits dérivés).
Que penser alors de l’histoire de ce trader qui a lui fait perdre 5 milliards d’Euros ?

S’agit-il d’agissements frauduleux d’un individu isolé ou du résultat d’une stratégie d’investissements spéculatifs qui aurait mal tourné ? Dans l’un ou l’autre cas, les questions soulevées sont très graves.

Si nous supposons que la perte colossale est le fruit d’un trader isolé, cela signifie que les systèmes de contrôles internes de la Société Générale sont très largement déficients. Il n’y a pas de raisons pour que ceux des autres banques soient foncièrement meilleurs. C’est d’ailleurs un des problèmes des grandes structures, qu’elles soient publiques ou privées : plus la structure est compliquée, plus cela de latitude à ceux qui veulent profiter des failles su système à des fins personnels. La taille d’une entreprise permet de générer des économies d’échelle, mais elle engendre une plus grande complexité. Plus une structure est complexe, plus elle est difficile à piloter et à contrôler.

Pour ma part, j’ai du mal à croire à un acte isolé. En effet, ce trader (qui apparemment n’était pas un foudre de guerre !) aurait pris des positions sur les produits dérivés à hauteur de…50 milliards d’euros. Sur ce type de marché, il faut fournir une garantie en « cash » d’au moins 1% de la position prise. Ce qui veut dire que le trader aurait dû « sortir » environ 500 millions d’Euros… Je pense qu’il n’est, dans cette affaire, qu’un bouc-émissaire. Ce qui est en cause, c’est la déréglementation et la libéralisation des marchés financiers.
Autrefois, les banques étaient spécialisées sur un métier de base et il était beaucoup plus facile de surveiller l'activité des employés. Le problème, c'est que les banques sont devenues des supermarchés: elles veulent faire tous les métiers à la fois, banque de détail, banque d'affaires, courtage, et les dirigeants ne comprennent pas ce qui se passe dans leurs salles de marché.
Pour arriver à contrôler efficacement les transactions, il faudrait des investissements gigantesques dont les banques n'ont pas les moyens…et surtout pas la volonté.

La finance n’est pas une activité néfaste en soit. En effet, son rôle originel est de recycler l’épargne des uns pour la prêter aux autres afin de la transformer en investissement. La finance a également pour vocation initiale de gérer les risques. Elle devrait donc contribuer à la croissance économique. Sauf que…elle a pris une importance démesurée par rapport à l’économie réelle et elle s’est mise à « tourner sur elle-même », engendrant bulles et krach successifs.

Malgré la sophistication des technologies et des produits financiers, les marchés financiers restent le lieu de l’expression brutale des passions humaines les plus basiques : la peur, la cupidité, l’euphorie, l’envie, la panique… Même si la technologie a évolué, derrière les écrans des ordinateurs il y a des hommes dont la capacité d’assimilation de l’information n’a pas fondamentalement changé depuis des siècles… Par exemple, une des premières bulles spéculatives connues concernait les …bulbes de tulipes aux Pays-Bas au 15ème siècle… Mais lorsque la bulle a éclaté, l’impact s’est surtout fait sentir…aux Pays-bas. Aujourd’hui lorsqu’une bulle éclate, cela rejaillit sur l’ensemble de l’économie mondiale…

PP

23 janvier 2008

Et maintenant ?

Alors que les marchés financiers font une nouvelle fois la preuve éclatante de leur inefficacité, aucune voix ne s’élève pour réclamer leur stricte régulation. Tout au plus entend-on les sempiternelles pleurnicheries au sujet du « manque de transparence et de la mauvaise gouvernance ».

Pourtant les Etats sont (temporairement) en position de force. En effet, c’est vers eux que l’on se tourne pour prendre en charge la casse (voir le plan de relance aux Etats-Unis). En plus, les « marchés » ont le toupet d’affirmer que les mesures annoncées pour remédier aux conséquences de leur rapacité et de leur myopie sont insuffisantes et de trop faible ampleur !

Va-t-on une fois de plus se contenter de corriger les symptômes sans s’attaquer aux racines du mal ?

Va-t-on laisser la prochaine bulle se former ?

Va-t-on continuer à confier le pilotage de l’économie mondiale à cette entité décérébrée que l’on nomme « marchés financiers » ?

PP

26 décembre 2007

Age du fer, Capitalisme et Marché

L'industrie sidérurgique chinoise, la plus importante du monde, s'inquiète beaucoup d'un éventuel rapprochement entre les deux géants miniers BHP Billiton et Rio Tinto, qui aboutirait à « un monopole encore plus fort » dans le minerai de fer.
« C'est déjà concentré à l'excès. Si BHP réussit à acheter Rio Tinto, cela aboutira à une situation monopolistique. Pour la sidérurgie mondiale, cette fusion n'est pas une bonne chose », dixit un responsable de la fédération chinoise du fer et de l'acier.
La moitié du fer extrait par BHP va aux entreprises sidérurgiques chinoises. BHP, Rio et le brésilien CVRD contrôlent environ 70% du minerai de fer que la Chine achète.
L'entité issue d'une fusion entre BHP et Rio contrôlerait 60% du minerai de fer importé par le Japon et des analystes nippons estiment que cela pèserait sur les profits des sidérurgistes de l'archipel.
Pour l’anecdote, Rio Tinto a finalisé le rachat du canadien Alcan il y a quelques mois à peine. Alcan avait lui-même racheté le français Péchiney il y a quelques années.

Cette histoire est à méditer par tous ceux qui font rimer « capitalisme » avec « économie de marché », voire « marché » avec « démocratie » pour les plus audacieux !
En effet, on voit bien ici que le capitalisme (la propriété privée des moyens de production) peut conduire à une économie centralisée (j’allais dire « planifiée »). En effet, lorsqu’un seul acteur détient 60 à 70 % d’un marché, on ne peut plus parler d’économie de marché. On est dans le cadre d’une économie quasiment planifiée, dans la mesure où c’est le fournisseur unique qui va déterminer les quantités… et les prix.
Le marché n’est donc pas indissociable du capitalisme. On peut très bien envisager le capitalisme dans un univers centralisé, planifié par quelques grandes entreprises. Le contrôle du marché pourrait même être le but ultime d’un capitalisme libre de tout contrôle. En effet, quoi de mieux qu’un monopole pour maximiser la rente ?
Paradoxalement, ce sont les pouvoirs publics qui doivent être garants du marché, en empêchant la constitution de monopoles privés. Si des monopoles doivent exister, ils doivent être publics. En effet, dans ce cas la rente de monopole revient à la collectivité et n’est pas accaparée par des intérêts privés. Mais dans ce cas, quelle institution a la légitimité et le pouvoir nécessaires pour contrecarre le projet de BHP Billiton ?

PP

23 décembre 2007

Monopoly...

La crise financière qui se déroule depuis l’été donnera peut-être le coup d’envoi d’une recomposition majeure du capitalisme mondial.
En effet, on assiste à la montée en puissance des fonds « souverains », c’est-à-dire de fonds d’investissement contrôlés par les Etats.
Ainsi le fonds d’investissement de Singapour (GIC) a pris une part non négligeable du capital de la première banque suisse, UBS. Abou Dhabi a mis un pied dans Citigroup, première banque américaine, via la structure ADIA (Abou Dhabi Investment Authority).
La banque d'investissement américaine Merrill Lynch négocie avec Temasek, société publique de Singapour,l'injection de plusieurs milliards de dollars dans ses comptes, selon l'édition électronique du Wall Street Journal.
Un fonds du Qatar a mis 20 milliards de dollars sur la table pour racheter la chaîne d’hypermarchés Sainsbury, avant de jeter l’éponge en raison du durcissement des ocnditions de crédit.
La Chine a créé en septembre 2007 un fonds d’investissement doté de 300 milliards de dollars. De quoi racheter largement Microsoft ou EDF, ou la Société générale, BNP Paribas, le Crédit Agricole et AXA réunis ! Ce fond a d’ailleurs injecté 5 milliards de dollars dans la banque américaine Morgan Stanley.
La Russie dispose elle aussi d’un fonds, doté de 110 milliards de dollars.

Même s’ils sont relativement petits par rapport aux fonds de pension, les fonds souverains disposent de plus de 2500 milliards de dollars.
Pour les pays du Golfe et la Russie, ces ressources proviennent du pétrole. Pour les pays d’Asie, elles résultent des excédents commerciaux accumulés par ces pays.
Jusqu’à présent, ces fonds étaient investis dans des placements de « pères de famille », comme les bons du Trésor américain. Désormais, ces fonds se verraient bien investir dans des grosses sociétés mondialisées aux rendements plus intéressants.
Evidement, cela suscite des interrogations dans les pays occidentaux, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de ces investisseurs d’un genre nouveau. Ainsi l’Allemagne a annoncé une loi visant à contrôler scrupuleusement les « investisseurs étrangers ». Aux Etats-Unis, même les plus libéraux sont près à réguler ce type d’investissements…

Et ce n’est pas tout…Le danger pourrait bientôt venir des multinationales russes, chinoise, indiennes…On connaît Mittal. On va bientôt découvrir Gazprom (première capitalisation boursière européenne, sixième mondiale), Huawei, Tata, Lenovo, Ranbaxy, Infosys, Mahindra, Severstal…
En 2003, les acquisitions de firmes de pays émergents dans les économies occidentales totalisaient 13 milliards de dollars. En 2007, ce chiffre dépassera 130 milliards…

Comment les Etats pourront-ils gérer ces mutations profondes qui n’en sont qu’à leur début ?
N’y a-t-il pas des risques de tensions entre les nouvelles puissances économiques et les « vieux » Etats industrialisés, sur fonds de montée du protectionnisme ?

PP

15 décembre 2007

Face, je gagne. Pile, tu perds...

Pari gagné pour Goldman Sachs.

La banque d'investissement américaine a enregistré un profit annuel record de 11 milliards de dollars, dont 4 milliards tirés d'un défi audacieux - à l'époque - celui d'estimer que les valeurs mobilières adossées à des prêts immobiliers risqués allaient voir leur valeur baisser, selon des informations obtenues par le "Wall Street Journal". En anticipant ainsi la crise du « subprime », Goldman Sachs a amplement compensé les pertes de 1,5 à 2 milliards de dollars accumulées sur les créances immobilières.

Cette orientation à contre-courant, la banque la doit à trois banquiers aux nez creux : Michael Swenson, Josh Birnbaum et Dan Sparks, qui ont su convaincre leur hiérarchie du bien-fondé de leur stratégie.

Bien vu, messieurs. En plus, l'argent n'a pas d'odeur!

Quoiqu'il en soit, cette anecdote prouve que la crise était prévisible et qu'il aurait peut-être été possible d'en limiter les conséquences.

PP

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