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10 janvier 2012

Hervé Novelli, le libéral à la « grand-papa »

1323112_3_822f_herve-novelli-est-secretaire-general-adjoint-de.jpgDans une interview donnée au journal Le Monde le 26 décembre, Hervé Novelli, secrétaire d’Etat au commerce et à l’artisanat, réaffirme son attachement au libre échange, à la mondialisation qui « peut être heureuse » et son refus absolu du protectionnisme.

 

Selon lui, le protectionnisme a abouti « aux événements qui sont survenus pendant la seconde guerre mondiale ». C’est aller un peu vite en besogne et oublier que l’effondrement du commerce mondial au début des années 1930 est principalement dû à la crise bancaire induite par la crise boursière de 1929. C’est avant tout la contraction du crédit et celle de l’activité qui a engendré la chute du commerce mondial. En 2008 et 2009, le commerce mondial a baissé sans qu’il y ait une recrudescence de mesure protectionnistes. Il a baissé tout simplement parce que l’activité dans les pays industrialisés a baissé. Contrairement à ce que voudrait nous faire croire les libéraux, ce n’est pas le commerce qui engendre la croissance économique, c’est la croissance économique qui tire le commerce.

 

Pour s’en convaincre, essayons de mesurer l’impact de l’ouverture de la France au commerce mondial. Pour cela, nous utiliserons un indicateur un peu rustique, mais qui a l’avantage d’être simple à calculer : le taux d’ouverture de l’économie. Le taux d'ouverture d'une économie mesure la place que tient le commerce avec le reste du monde dans l'économie d'un pays. Il se calcule en divisant la moyenne du montant des exportations et des importations par le produit intérieur brut (PIB). Le graphique suivant montre l’évolution du taux d’ouverture depuis 1949, ainsi que le taux de croissance moyen par période de 10 ans.

Libéralisme,mondialisation


Force est de constater qu’avant 1970, la France était relativement peu ouverte (taux d’ouverture inférieur à 8%), mais qu’elle a connaissait une croissance moyenne d’environ 5%. Entre 1970 et 1990, le taux d’ouverture a doublé, mais la croissance moyenne est passée de 4% à un peu plus de 2%. Enfin, entre 1990 et 2010, la croissance moyenne a continué de chuter, pour atteindre 1,4%, alors que le taux d’ouverture explosait, passant de 16% à près de 28%.

 

Nous pouvons conclure que l’insertion de la France dans la mondialisation commerciale n’a pas conduit à une hausse de la croissance, c’est même exactement l’inverse. Est-ce à cause de l’ouverture que la croissance s’est effondrée ? Difficile de l’affirmer à ce stade, en tout cas, la mondialisation n’a pas permis de la maintenir à son niveau d’avant les années …1980 !  Pourra-t-elle nous permettre de trouver les chemins d’une « prospérité sans croissance », pour reprendre le titre d’un rapport de l’économiste britannique Tim Jackson ? Rien n’est moins sûr, tant les caractéristiques du modèle de développement lié aux principes de la mondialisation sont inégalitaires, court-termistes, consommateurs de ressources.

 

Toujours selon Hervé Novelli, « la mondialisation peut être heureuse », et il prend l’exemple de la Chine pour étayer son propos. Or, en 1960, le revenu moyen des habitants des pays riches était 30 fois supérieur à celui de ceux des pays pauvres. En 2007, ce rapport est passé à 89. En à peine cinquante ans, cet écart a donc triplé. En réalité, les pays qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, comme la Corée du Sud et bien sûr la Chine, n’ont pas appliqué les principes de la mondialisation. Au contraire, ils ont su protéger leurs marchés et leurs entreprises et mettre en œuvre de vraies politiques industrielles. La protection ne passe d’ailleurs pas seulement par des droits de douane, mais aussi par des barrières non tarifaires. Le dernier exemple en date est l’interdiction faite par la Chine à la société Zara de vendre ses produits sur le territoire chinois pour des raisons prétendument « techniques ». Mais Zara est aussi une des seules marques à ne pas faire fabriquer ses produits en Chine…

 

En fait, pour la grande majorité des pays pauvres, l’ouverture au commerce mondial s’est traduite par l’abandon de l’agriculture vivrière, remplacée par les cultures d’exportation, censées leur rapporter des devises dans un contexte de réduction des investissements publics (imposée par le FMI). Un temps compensée par les importations bon marché (excédents du Nord largement subventionnés, par exemple), cette perte de souveraineté alimentaire s’est révélée gravissime lorsque les cours mondiaux ont repris leur ascension (émeutes de la faim en 2008).

 

En définitive la mondialisation n’est heureuse que dans la mesure où l’on ne joue pas son jeu, mais où d’autres acceptent de le jouer !

 

Ensuite, Hervé Novelli évoque la nécessité de laisser jouer les « avantages comparatifs » des différents pays. Cette théorie des avantages comparatifs imaginée par l’économiste David Ricardo au XIXème siècle voudrait que chaque pays se spécialise dans le domaine où il est le meilleur (exemple classique du vin portugais et du drap britannique). Sauf que cette vieillerie est largement démentie par les faits, dans la mesure où le commerce international est un commerce intra-branche (on s’échange des automobiles entre la France et l’Allemagne par exemple). De plus, la Chine, que l’on croyait cantonnée à tout jamais dans un rôle « d’atelier du monde » est en train de remonter les filières et sera bientôt en mesure, quand ce n’est pas déjà le cas, de concurrencer les pays occidentaux sur la conception et le design.

 

Le commerce mondial n’est pas, comme semble le croire Hervé Novelli, un « doux commerce » résultant de la spécialisation des différents pays dans la division internationale du travail. Il est aussi largement dû (pour environ un tiers) aux échanges entre filiales d’entreprises transnationales, mais aussi entre ces entreprises et leurs sous-traitants. En effet, les sociétés transnationales ont la capacité de localiser les différentes étapes de leur chaîne de production là où les conditions leur semblent les plus favorables. De plus, leurs méthodes de production leur permettent d’obtenir une productivité presque comparable à celle des pays développés dans des pays où les salaires sont très faibles. De plus en plus, ces grandes firmes sont déconnectées de leurs bases nationales et ont pour terrain de jeu le monde entier. Dans ces conditions, il est légitime pour elles de considérer les salaires exclusivement comme des coûts qu’il faut baisser et non comme des revenus permettant d’entretenir la demande qui leur est adressée.


Vouloir être « compétitif », c’est rentrer dans cette logique qui conduit à chercher à baisser le coût du travail (voir la nouvelle lubie sarkozienne de la TVA sociale) en oubliant que le coût du travail, c’est aussi le revenu de 90% de la population.


Vouloir être « compétitif », selon la vision «novellienne », c’est considérer l’excédent de la balance commerciale comme unique indicateur. C’est par là même oublier que les excédents des uns sont forcément la contrepartie des déficits des autres, ce qui rend cette stratégie intenable à long terme. Dans ses propositions pour la conférence de Bretton Woods, Keynes proposait de pénaliser les excédents au même titre que les déficits. La banque des règlements internationaux, dont il préconisait la création en lieu et place du FMI, aurait exigé un taux d’intérêt pour accorder des crédits supplémentaires aux pays en déficit, mais elle aurait stérilisé, moyennent un coût correspondant à un taux d’intérêt, tout excédent structurel au-delà d’une certaine limite.


Enfin, la tarte à la crème de « l’innovation » censée remplacer avantageusement une politique industrielle à la « grand-papa », n’est que le prolongement de l’illusion de « l’économie post-industrielle », du « capitalisme dématérialisé », de « l’économie de la connaissance ». C’est oublier un peu vite que l’innovation trouve largement sa source dans les usines, au cœur des processus de production (l’industrie représente plus de 85% des dépenses de R&D) . Or, comme le relève un article paru dans Les Echos, les trois dernières années ont été pour le moins très difficiles pour le tissu industriel français, avec plus de 900 sites industriels qui ont fermé leurs portes occasionnant la perte de 100 000 emplois industriels. Les créations dans l’aéronautique, l’agroalimentaire et le luxe ne suffisent pas à compenser l’hémorragie dans les secteurs tels que l’automobile, la pharmacie, la high-tech, la chimie ou encore la métallurgie. Au-delà des pertes de compétences que représentent ces destructions d’emplois, du risque de perte de taille critique pour des pans entiers de l’industrie, il convient de rappeler qu’un emploi industriel induit quatre emplois dans les services.

 

Il semble donc urgent et vital de réfléchir à des mesures permettant la relocalisation des productions sur notre territoire. Favoriser l’innovation est une chose, mais cela ne suffira pas à rétablir suffisamment rapidement la situation. Des mesures plus radicales, méritent d’être examinées, à l’image de celles que prennent de nombreux pays d’Amérique du Sud. Hervé Novelli préfère, lui, « laisser le temps faire son œuvre », oubliant que, selon la formule de Keynes, « à long terme serons tous morts »…


PP

10:38 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : libéralisme, mondialisation | | |  Facebook | | |

03 janvier 2012

Démondialisation : une définition finalement très simple...

Finance,crise,mondialisationJe vous propose la conclusion d'un article de Frédéric Lordon paru dans le Monde Diplomatique :

 

L’on pourrait aussi, à l'exact opposé, ramener la controverse de la démondia­lisation à une question d'identification conventionnelle finalement très simple, sous la lumière crue de la conjoncture présente.

 

  • La concurrence non faussée entre économies à standards salariaux abyssalement différents; la menace permanente de délocalisation; la contrainte actionnariale exigeant des rentabilités financières sans limites, telles que leur combinaison opère une compression constante des revenus salariaux;
  • le développement de l'endettement chronique des ménages qui s'ensuit;
  • l'absolue licence de la finance de déployer ses opérations spéculatives déstabilisatrices, le cas échéant à partir des dettes portées par les ménages (comme dans le cas des subprime);
  • la prise en otage des pouvoirs publics sommés de venir au secours des institutions financières déconfites par les crises récurrentes;
  • le portage du coût macroéconomique de ces crises par les chômeurs, de leur coût pour les finances publiques par les contribuables, les usagers, les fonctionnaires et les pensionnés;
  • la dépossession des citoyens de toute emprise sur la politique économique, désormais réglée d'après les seuls desiderata des créanciers internationaux et quoi qu'il en coûte aux corps sociaux;
  • la remise de la politique monétaire à une institution indépendante hors de tout contrôle politique:

c'est tout cela qu'on pourrait, par une convention de langage peu exigeante, décider de nommer mondialisation.

 

D'où suit, .toujours aussi simplement, que se dire favorable à la démondialisation n'est alors, génériquement, pas autre chose que déclarer ne plus vouloir de ça !

09:45 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, mondialisation | | |  Facebook | | |

22 septembre 2011

Les dépenses publiques en Allemagne : d’où proviennent les écarts avec la France ?

Extraits du billet paru sur le blog d'Arnaud Lechevalier :

"En Allemagne, suite au « choc » de la réunification et surtout dans le cadre de l’Union Economique et Monétaire, les élites gouvernementales successives ont fait, au cours de ces dernières années - du Standortdebatte (l’Allemagne comme lieu de production et d’investissement) du milieu des années 1990 à « l’Agenda 2010 » du début des années 2000 -, le choix de l’intégration économique croissante et de la compétitivité au détriment d’autres objectifs internes, en opposant la compétitivité à la solidarité. L’extraversion exceptionnellement rapide de l’économie allemande qui en a résulté, sans équivalent pour aucun « grand » pays  développé - la part des exportations rapportée au produit intérieur brut (PIB) est passée d’un quart à la moitié entre 1996 et 2008 -, s’est accompagnée d’une contraction de la dépense publique et d’une série de transformations des objectifs assignés aux politiques publiques. Comparativement, si les grandes entreprises françaises se sont bien internationalisées, jusqu’à se désolidariser complètement du territoire national, le mode de croissance en France, porté par une croissance démographique plus dynamique, est demeuré centré sur la demande interne, soutenue par des dépenses publiques plus importantes."

 

(...)

 

"A cet égard, la République Fédérale d’Allemagne représente un cas original d’un pays avec un emploi public direct traditionnellement plus faible qu’ailleurs, à l’exception de l’administration générale, qui a opté résolument depuis quinze ans, pour le new managment  en matière de sous-traitance et surtout d’externalisation de l’emploi public - tout particulièrement au niveau des collectivités territoriales. L’austérité budgétaire s’y est traduite parallèlement par un faible investissement dans le capital physique et surtout humain  - notamment en raison de dépenses dans le système scolaire pré-primaire et, à l’autre bout, de taux d’accès et de diplômés de l’enseignement supérieur toujours très inférieurs à la moyenne des pays comparables. Malgré les coupes dans les dépenses de protection sociale dans le cadre de « l’agenda 2010 », l’Allemagne demeure encore dans le haut de la moyenne des Etats membres de la zone euro pour l’ensemble « protection sociale et transferts sociaux en nature »."

 

 

(...)

 

"Les enseignements tirés par le SPD de la situation en Allemagne

Pour conclure, il vaut la peine de s’intéresser au bilan que dresse aujourd’hui le SPD des politiques budgétaires et fiscales conduites par les gouvernements allemands successifs au cours de ces dernières années (pour rappel : le SPD a été au pouvoir, avec les Grünen puis la CDU de 1998 à 2005) et les perspectives qu’il en tire dans un document qui vient d’être rendu public : « un pacte pour l’éducation et le désendettement ». Le constat synthétise quelques éléments clés : il met en effet en avant un système éducatif « sous-financé », des collectivités territoriales qui sont à « la limite de leur capacité d’action », tout particulièrement les communes « qui ont perdu leur autonomie [budgétaire] et ferment leurs institutions culturelles et sociales ». Observant que le « taux d’investissement public est sous la moyenne » (européenne), il fait état de la nécessité « de mettre les moyens (nécessaires) à disposition ». Soulignant la réduction des recettes publiques (hors charges d’intérêt et subventions aux régimes d’assurances sociales) disponibles pour la dépense des collectivités publiques, le document fait état parallèlement de l’accroissement « dramatique » des inégalités intervenues ces dernières années à la fois au sein des revenus du travail et entre les revenus du travail et les revenus du capital.

Sur la base de ce bilan, le SPD présente son programme en matière de finances publiques pour la prochaine législature. On en retiendra (en l’absence de tout cadrage macroéconomique) : la priorité donnée à la réduction de la dette publique, malgré une hausse programmée - mais limitée - de la dépense publique en faveur de l’enseignement et de la prise en charge de la petite enfance, des collectivités territoriales et de diverses prestations sociales (dont une assurance maladie universelle budgétée a minima), grâce à une hausse des prélèvements. Sont ainsi programmées : une suppression de la TVA réduite dans l’hôtellerie (voir ici pour une brève mise en perspective) et un « toilettage » plus général de l’assiette de la TVA à taux réduit ; la réintroduction d’un - modeste - impôt sur le patrimoine des ménages et des entreprises et une réforme de l’impôt sur les successions ; une hausse de l’impôt sur les déchets nucléaires en même temps que la suppression de quelques niches fiscales (la matière est moins abondante qu’en France) peu écologiques - sans oublier la mention d’une taxe sur les transactions financières à l’échelle de la zone euro. La réforme la plus symbolique est la hausse annoncée des taux marginaux de l’impôt sur le revenu. A y regarder de plus près, elle est en effet assez symbolique. Il est néanmoins significatif, que c’est en promettant des hausses d’impôts, plus de redistribution et de dépense publique, que le SPD, a aujourd’hui en Allemagne les meilleures chances de désigner le futur Chancelier ; tandis que le FDP, réduit à son slogan sur les baisses d’impôt, s’effondre… La fin d’une ère."

 

 

Pour plus de détails, lire les études détaillées sur le blog.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, protection sociale, mondialisation, inégalités | | |  Facebook | | |

14 septembre 2011

L’heure de la démondialisation est venue

Par Bernard Cassen

 

Face à un phénomène nouveau, les mots se bousculent pour le désigner jusqu’à ce que l’un d’entre eux finisse par s’imposer. C’est ce qui est arrivé, en français, avec le terme « altermondialisme ». Il est entré dans le champ politique en 2001-2002. Il désigne la nébuleuse mondiale d’organisations et de réseaux qui se sont reconnus peu ou prou dans le slogan des Forums sociaux mondiaux, « Un autre monde est possible », repris de l’association Attac (créée en juin 1998) qui l’avait elle-même emprunté au titre d’un article d’Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique de mai 1998. Il est intimement lié aux moments de haute visibilité médiatique qu’ont été les Forums, depuis celui de Porto Alegre de 2001, et les grandes manifestations contre l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, etc., depuis Seattle en décembre 1999.


« Altermondialisme » a succédé à « anti-mondialisme », concrétisant le passage d’une posture de simple refus de la mondialisation libérale à la mise en avant de politiques alternatives. Une façon de démentir le fameux TINA ( There is no alternative) de Margaret Thatcher.


En janvier 2008, la revue Utopie critique et Mémoire des luttes ont proposé le concept de « post-altermondialisme » pour désigner les articulations possibles entre mouvements sociaux, partis et gouvernements progressistes sur des objectifs précis, comme la lutte contre le changement climatique. Le Sommet de Cochabamba, convoqué par le président bolivien Evo Morales en 2010, en a constitué un bon exemple. Le post-altermondialisme ne s’oppose pas à l’altermondialisme : il en est seulement un des prolongements possibles.


Un concept nouveau, et qui dérange


Et voilà qu’un nouveau concept de la même lignée vient de faire irruption dans le lexique politique français : celui de « démondialisation ». Il est développé dans au moins trois livres récents : celui de Georges Corm, Le Nouveau Gouvernement du monde (La Découverte, 2010) ; celui de Jacques Sapir, La Démondialisation (Seuil, 2011) ; et celui d’Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation, préfacé par Emmanuel Todd (Flammarion, 2011). Ces deux derniers auteurs font remonter le concept au Philippin Walden Bello, figure de proue des Forums sociaux mondiaux, dans son livre publié en 2002 Deglobalization : Ideas for a New World Economy.


En fait, il avait déjà été proposé par l’auteur de ces lignes dans un article publié en novembre 1996 « Et maintenant… démondialiser pour internationaliser », publié dans le n° 32 (novembre 1996) de Manière de voir, publication bimestrielle du Monde diplomatique. A l’époque, il n’avait pas pris pied dans le débat public. Les mots aussi doivent attendre leur heure… Et celle de la démondialisation semble venue…


Si l’on en doutait, il suffit de voir la virulence des réactions que ce concept a suscitées dans des secteurs que l’on attendait (les libéraux de toute obédience), mais aussi dans d’autres que l’on n’attendait pas (certains altermondialistes d’Attac). La raison est la même dans les deux cas : dans la mesure où Arnaud Montebourg en a fait l’un des mots d’ordre de sa campagne des « primaires » du Parti socialiste en vue de la désignation de son candidat à l’Elysée, le thème de la démondialisation cesse d’être confiné aux débats au sein de la gauche critique pour s’installer dans le panorama électoral national et acquérir ainsi une légitimité et une « respectabilité » politiques dépassant le cercle des convaincus.


 On peut se demander si ce n’est pas la raison pour laquelle, dans une tribune publiée le 6 juin 2011 sur le site Médiapart et intitulée « Démondialisation et altermondialisme sont deux projets antagoniques », neuf membres du Conseil scientifique d’Attac - en fait les principales figures de la direction de l’association -, ont cru pouvoir affirmer, sur un ton polémique et sentencieux, que la démondialisation était « un concept superficiel et simpliste ». En n’hésitant pas, au passage, à mettre en scène la grosse – et scandaleuse - ficelle d’une prétendue convergence avec les thèses du Front national.


Sans jamais les nommer ou les citer, ils s’en prenaient, en les travestissant, aux thèses de Jacques Sapir, Arnaud Montebourg et Emmanuel Todd. Ce qui leur a valu deux répliques d’un nouvel intervenant dans le débat, Frédéric Lordon : l’une dans son blog du Monde diplomatique, « Qui a peur de la démondialisation » ; l’autre dans le numéro d’août 2011 du mensuel : « La démondialisation et ses ennemis ».


Derrière un mot, une orientation stratégique


Contrairement à ce qu’affirment les dirigeants d’Attac, altermondialisme et démondialisation ne sont pas des concepts antagoniques, mais appartiennent à la même famille. Dans le premier cas, il s’agit d’un faisceau de revendications et de propositions très diverses (en raison même de l’hétérogénéité des protagonistes) et dont le principal dénominateur commun, tel qu’on peut le reconstituer de l’extérieur, est l’impératif de l’accès universel aux droits.


La démondialisation, elle, est une orientation stratégique visant, par l’action aussi bien politique (élections, institutions et gouvernements) que citoyenne (luttes des mouvements sociaux notamment), à reprendre concrètement à la sphère économique et financière les énormes pouvoirs que l’instance politique lui a délibérément abandonnés, et qui sont à la source de la crise systémique actuelle du capitalisme. Sans cette orientation, pratiquement aucune des propositions altermondialistes n’a la moindre chance d’aboutir.


L’objectif de la démondialisation est simple à formuler, mais autrement difficile à atteindre : tendre à ce que le périmètre de la prise de décision démocratique coïncide le plus possible avec celui de la capacité de régulation des flux économiques et financiers. Ce qui pose la question du statut de l’espace national.


Le national : un levier et pas un « repli »


Même s’il faut s’efforcer de se donner des objectifs convergents pour des mobilisations sociales à l’échelle régionale (européenne pour nous) et mondiale, ce périmètre est seulement national pour l’instant. Il faut en exploiter toutes les potentialités en utilisant les failles ou les faiblesses de l’adversaire. Et cela sans se laisser impressionner par la dénonciation de l’ « unilatéralisme », poncif d’une partie de l’extrême-gauche et du mouvement altermondialiste, et qui revient à reporter tout changement de cap en France aux calendes européennes ou mondiales, c’est-à-dire à un futur dont on sait qu’il n’adviendra pas. Après tout, le 29 mai 2005, les citoyens français n’ont pas attendu que les autres le fassent pour voter « non ».


Toutes les expériences de rupture concrètes de ces dernières années ont montré que ce n’est pas aux niveaux mondial ou régional, mais bien au niveau national, qu’il a été possible de faire bouger les lignes et même de remporter des victoires. Cela, soit par les actions de gouvernements soutenus par les mouvements sociaux (comme en Amérique latine), soit par la pression sur des Etats de mouvements populaires capables de mobiliser les populations (comme dans le monde arabe).


Les trois moteurs de la mondialisation libérale – également promus par les traités européens au statut de « libertés fondamentales » - sont la liberté de circulation des capitaux, la liberté des investissements et la le libre-échange des biens et des marchandises. Et cela non seulement au sein de l’UE, mais aussi entre l’UE et le reste du monde. Ce sont donc ces trois moteurs qu’il faut brider et soumettre au contrôle démocratique.


Le néolibéralisme a défini son terrain d’intervention : c’est la planète tout entière, sans frontières d’aucune sorte. La question est de savoir si, pour le combattre, il convient de se placer sur ce même terrain ou s’il faut en choisir d’autres et, au lieu d’une guerre de tranchées au niveau mondial, mener une guerre de mouvement, voire une guérilla aux échelons inférieurs. Tout dépend du rapport de forces.


C’est précisément pour le verrouiller à leur avantage que les organisations multilatérales comme la Banque mondiale, le FMI, l’OMC, l’OCDE, ainsi que les institutions européennes, sans oublier les G7, 8 ou 20, ont été créés. Elles savent n’avoir strictement rien à craindre d’une confrontation avec leurs adversaires à ce niveau. Elles peuvent même se payer le luxe de « dialoguer » publiquement avec eux, comme certains de leurs membres l’on fait lors de la téléconférence-débat « Porto Alegre contre Davos » organisée lors du premier Forum social mondial en 2001, et à laquelle participa notamment le méga-spéculateur George Soros en personne.


En revanche, les habitués de Davos ne prendront jamais ce risque au niveau « régional », par exemple européen – imagine-t-on un dialogue télévisé entre Carlos Ghosn et le comité d’entreprise européen de Renault ?- et encore moins au niveau national, c’est-à-dire là où des capacités militantes peuvent être réellement mises en mouvement. Les forces du capital ont parfaitement compris qu’une contestation sociale dans un Forum mondial perdait rapidement de sa puissance au fur et à mesure qu’elle d’éloignait de son « épicentre », jusqu’à n’avoir pratiquement plus d’existence lorsqu’elle arrivait au niveau national.


A l’inverse, l’expérience nous enseigne que des luttes sociales et politiques dans un pays donné peuvent avoir un effet de « contagion » dans d’autres, et ainsi se régionaliser et s’internationaliser. C’est ce que montrent les soulèvements arabes partis de la situation en Tunisie, et les manifestations de masse contre les inégalités en Israël qui s’inspirent directement de l’expérience des Indignés de la Puerta del Sol, eux-mêmes – et la boucle est bouclée – réplique des occupations de places publiques à Tunis et au Caire…


Le « national » n’est donc en aucune manière un substitut de l’ « international » ou de l’ « européen ». Loin de constituer un « repli », il en est au contraire la condition préalable dans une stratégie du faible au fort. On ne comprend pas que de telles évidences, par ailleurs validées par les faits, échappent à l’entendement des « anti-démondialisation » se réclamant de la gauche critique, en particulier au sein d’une partie de l’altermondialisme.


La démondialisation n’est nullement un concept figé, mais dynamique, pouvant se traduire par une série de mesures politiques pratiques, telles, entre autres, celles proposées par les auteurs cités plus haut, et qui ne se réduisent pas à la nécessité d’un protectionnisme européen. Son « carburant » est l’exigence démocratique visant à récupérer la souveraineté populaire dans le périmètre où elle peut s’exercer réellement pour réguler les flux économiques et financiers.


En théorie, deux solutions extrêmes sont possibles : ou bien « renationaliser » ces flux, afin qu’ils répondent à une volonté politique nationale exprimée par le suffrage universel - lorsqu’il existe -, ou bien élargir à la totalité de la planète l’espace public démocratique, afin d’exercer un contrôle effectif sur ce qui est déjà mondialisé. On voit bien qu’aucune de ces positions n’est tenable dans son intégralité. D’un côté, en effet, il existe nombre de domaines - ne serait-ce que celui de la lutte contre le changement climatique - qui échappent par nature au bornage des frontières, et, de l’autre, un gouvernement mondial doté de toutes les compétences d’un actuel exécutif national n’est pas envisageable à terme historique prévisible. C’est donc sur l’ensemble des solutions, extrêmes et intermédiaires, qu’il convient, au cas par cas, de jouer.


Ces solutions intermédiaires peuvent prendre deux formes. On peut, à partir des Etats constitués, construire de l’international, c’est-à-dire mettre en commun, graduellement, des fragments de souverainetés nationales sur des questions faisant l’objet d’une délégation librement décidée, limitée, contrôlée - et révocable dans des conditions fixées à l’avance.


L’autre terme de l’alternative consiste à faire évoluer les cadres étatiques vers des ensembles de souveraineté populaire plus vastes. Il ne faut cependant pas confondre cette idée avec celle de regroupements régionaux fondés sur le libre-échange et la « concurrence libre et non faussée ». Ce qui fait la différence, c’est l’existence ou non de mécanismes de régulation politique à fondements démocratiques, susceptibles de faire contrepoids au marché.


L’Union européenne (UE), qui aurait théoriquement pu entrer dans cette catégorie, est au contraire un agent actif de la mondialisation libérale, une véritable machine à libéraliser. Donc un terrain majeur pour une contre-offensive démondialisatrice.


Un « Grenelle » de l’UE pour faire sauter le verrou européen


Dans la mesure où les décisions européennes surplombent et encadrent toutes les autres, et que 75 % des textes qui nous régissent ne sont que des transpositions d’actes législatifs décidés par les instances de l’Union, la question européenne se situe en première ligne de toute démarche de démondialisation.


Dans la perspective des élections présidentielle et législatives, le citoyen doit savoir quelles marges d’action tel parti ou tel candidat voudront bien se donner pour mettre en œuvre un véritable programme de transformation sociale, donc incompatible avec le traité de Lisbonne.


En cas de verrouillage par les institutions européennes, sont-ils oui ou non disposés à prendre des décisions unilatérales de rupture ou au moins, afin d’imposer une négociation, à menacer de les prendre à une date proche et annoncée à l’avance ? Le tollé à attendre de la Commission, de la Cour de justice et de la plupart des dirigeants de l’UE pourrait être rapidement compensé, et au-delà, par le ralliement de nombreux mouvements sociaux d’autres pays, qui feraient à leur tour pression sur leurs gouvernements.


Tout ce qui fait de l’UE un agent actif de la mondialisation libérale devrait être mis sur la table : liberté de circulation des capitaux ; libre-échange ; appartenance à la zone euro, plans de « sauvetage » ; pouvoirs de la Commission et de la Cour de justice de Luxembourg ; statut de la Banque centrale européenne ; dumping social, fiscal et écologique ; primauté de la concurrence, etc. Pour aller, vers une sorte de « Grenelle » (version 1968) au niveau européen.


On objectera, non sans raison, que cela ferait entrer l’UE dans une zone de turbulences sans précédent, et dont les débouchés ne sont pas garantis à l’avance. Ce qui, en revanche, est garanti à l’avance en l’absence de correction de trajectoire à 180 degrés de la construction européenne, c’est l’austérité à perpétuité, l’explosion des inégalités et de la précarité, la dislocation accélérée du tissu social, la poussée de l’extrême-droite et de la xénophobie.


Les libéraux n’ont aucun état d’âme à ce sujet et ils ont déjà fait leur choix, avec comme seul garde-fou la crainte de troubles sociaux majeurs. Par pusillanimité, par confusion mentale entre nation et nationalisme et par européisme béat, la majorité de la gauche social-démocrate et une partie de la gauche critique semblent bien parties pour faire le même, mais par défaut. Elles libèrent ainsi un vaste espace pour les forces qui refusent de se laisser enfermer dans le piège d’une alternance factice.

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13 août 2011

Mondialisation / Démondialisation : éléments de réflexion pour Manuel Valls…et d’autres

Dans une interview accordée au JDD en date du dimanche 23 juillet JDD, Manuel Valls a déclaré : « Je suis en désaccord avec Arnaud (Montebourg) sur la démondialisation, un concept ringard et réactionnaire. C'est un retour aux années 80. »

 

Cette appréciation lapidaire mérite qu’on la regarde de plus près…

 

Donc, selon Manuel Valls, la démondialisation serait un concept ringard, c’est-à-dire démodé. En matière d’économie, comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, il convient de se méfier des modes. Depuis une trentaine d’année, la « mode » n’est-elle pas à la libéralisation des échanges, à la dérégulation financière, à l’austérité budgétaire et à la pression sur les salaires? On trouve encore des économistes pour dire que les difficultés que nous rencontrons sont dues au fait que nous ne sommes pas allés assez loin dans cette voie, mais il semble de plus en plus évident qu’il s’agit d’une impasse.

 

Concept réactionnaire, ensuite… En d’autres termes, opposé au progrès. Mais qu’est-ce que le progrès ? Etre contraint de s’endetter pour continuer à consommer, comme cela a été le cas dans les pays qui ont suivi scrupuleusement les prescriptions rappelées plu haut (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Irlande, Espagne…) ? Précariser une part grandissante des salariés pour préserver la compétitivité des entreprises et afficher des excédents commerciaux astronomiques, au détriment de ses partenaires économiques (Allemagne) ? Exploiter une force de travail réduite au quasi esclavage, en confisquant le bénéfice des gains de productivité au bénéfice d’une classe dirigeante et de grandes entreprises transnationales (Chine) ? Ou bien le progrès est-il de permettre à chacun de vivre dignement de son travail, en organisant les nécessaires solidarités collectives et la protection sociale ?

Quoiqu’il en soit, on ne peut pas contester à Manuel Valls son expertise en matière de concept réactionnaire. N’est-ce pas lui qui avait proposé au début de l’année de supprimer les 35 heures ? Renonçant  à la tendance séculaire de baisse de la durée du travail dans les pays développés, il proposait purement et simplement aux salariés de travailler plus pour gagner moins ! Le progrès, sans doute.

 

Enfin, concernant le retour aux années 1980, était-ce vraiment une époque si terrible ? Adolescent à cette époque, je n’ai pas souvenir que nous nous éclairions à la bougie ni ne vivions dans des cavernes !

 

Essayons de regarder encore plus loin que les années 1980 et intéressons-nous au parcours de la France dans la mondialisation depuis 1949. Pour cela, nous utiliserons un indicateur un peu rustique, mais qui a l’avantage d’être simple à calculer : le taux d’ouverture de l’économie. Le taux d'ouverture d'une économie mesure la place que tient le reste du monde dans l'économie d'un pays. Il se calcule en divisant la moyenne du montant des exportations et des importations par le produit intérieur brut (PIB). Le graphique suivant montre l’évolution du taux d’ouverture depuis 1949, ainsi que le taux de croissance moyen par période de 10 ans.

 

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Force est de constater qu’avant 1970, la France était relativement peu ouverte (taux d’ouverture inférieur à 8%), mais qu’elle a connaissait une croissance moyenne d’environ 5%. Entre 1970 et 1990, le taux d’ouverture a doublé, mais la croissance moyenne est passée de 4% à un peu plus de 2%. Enfin, entre 1990 et 2010, la croissance moyenne a continué de chuter, pour atteindre 1,4%, alors que le taux d’ouverture explosait, passant de 16% à près de 28%.

 

Nous pouvons conclure que l’insertion de la France dans la mondialisation commerciale n’a pas conduit à une hausse de la croissance, c’est même exactement l’inverse. Est-ce à cause de l’ouverture que la croissance s’est effondrée ? Difficile de l’affirmer à ce stade, en tout cas, la mondialisation n’a pas permis de la maintenir à son niveau d’avant les années …1980 !  Pourra-t-elle nous permettre de trouver les chemins d’une « prospérité sans croissance », pour reprendre le titre d’un rapport de l’économiste britannique Tim Jackson ? Rien n’est moins sûr, tant les caractéristiques du modèle de développement lié aux principes de la mondialisation sont inégalitaires, court-termistes, consommateurs de ressources.

 

Qu’est-ce que la mondialisation ? Cette courte question appellerait de très longs développements ! Nous nous limiterons à rappeler qu’elle comporte deux dimensions complémentaires : le libre échange commercial et la dérégulation financière. Il convient également de rappeler que la mondialisation n’est pas une « loi naturelle », mais qu’elle est le résultat de décisions politiques.

 

Pourtant, on peut penser que le projet apparemment « moderne » du libre-échange mondial n’a pas vu le jour parce que les dirigeants politiques l’ont imaginé comme une nécessité du développement de leurs économies nationales ou continentales, mais parce que les actionnaires les plus influents au sein des grandes bourses se sont mobilisés pour l’imposer. Ainsi, aux Etats-Unis, le secteur financier a-t-il versé, sur la période 1998-2008, la somme de 5 milliards de dollars aux hommes politiques et aux lobbyistes (qui sont environ 3000 à travailler pour le secteur financier). La mondialisation commerciale permet de conjuguer accroissement des chiffres d’affaires des entreprises mondialisées et augmentation simultanée de leur taux de rentabilité. Elles ont en effet la possibilité de localiser leurs sites de production, mais aussi leurs achats, là où la ressource humaine est la moins chère. Comme le souligne Emmanuel Todd : « Dès lors qu’une entreprise produit essentiellement pour le marché mondial, elle se met, logiquement et raisonnablement, à concevoir les salaires qu’elle distribue comme un coût pur, et non comme de la demande dans une économie nationale et donc ultimement pour elle-même ». L’entreprise Wal-Mart, du fait de sa politique d’approvisionnement, est responsable d’une part importante du déficit commercial américain. En France, si après avoir longtemps été bénéficiaire, la balance commerciale du secteur automobile est devenue déficitaire d’environ 2 milliards d’euros, c’est en raison du choix d’implantation de leurs nouvelles usines par les constructeurs français…

 

La déconnexion entre la productivité du travail et sa rémunération permet aux entreprises mondialisées d’engranger des superprofits. Ces superprofits ne sont plus recherchés en vue de financer des investissements nouveaux mais en vue de satisfaire les exigences des actionnaires. Ainsi, les dividendes nets versés par les entreprises françaises à leurs actionnaires ont bondi de … 350 % depuis 1993 (sans compter les rachats d’actions), alors que leur excédent brut d’exploitation, qui mesure la rentabilité de leur exploitation courante, n’a lui augmenté que de 70% dans le même temps. La liquidité est l’instrument de ce pouvoir, permettant à tout moment aux capitaux non satisfaits d’aller voir ailleurs. Face à cette puissance, le salariat, comme la souveraineté politique, apparaissent de par leur fractionnement en état d’infériorité. Des territoires sans pouvoir font ainsi face à des pouvoirs sans territoire…

 

Quoiqu’il en soit, en quarante ans, le commerce mondial a explosé. En 1970, importations et exportations représentaient en moyenne 20% du PIB mondial. En 2007, ce chiffre était monté à 51%. Le « doux commerce » a-t-il permis d’augmenter la croissance ? Pas vraiment : la progression annuelle du PIB par habitant, qui était d’environ 3,3% dans les années 1960, est tombée à moins de 1,8% dans les années 2000 (sans prendre en compte les impacts de la crise actuelle)… La mondialisation a-t-elle au moins permis aux pays pauvres de rattraper leur retard par rapport aux pays développés ? Là aussi, la réponse est sans appel : c’est non ! En 1960, le revenu moyen des habitants des pays riches était 30 fois supérieur à celui de ceux des pays pauvres. En 2007, ce rapport est passé à 89. En à peine cinquante ans, cet écart a donc triplé. En réalité, les pays qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, comme la Corée du Sud et bien sûr la Chine, n’ont pas appliqué les principes de la mondialisation. Au contraire, ils ont su protéger leurs marchés et leurs entreprises et mettre en œuvre de vraies politiques industrielles.

 

Pour la grande majorité des pays pauvres, l’ouverture au commerce mondial s’est traduite par l’abandon de l’agriculture vivrière, remplacée par les cultures d’exportation, censées leur rapporter des devises dans un contexte de réduction des investissements publics (imposée par le FMI). Un temps compensée par les importations bon marché (excédents du Nord largement subventionnés, par exemple), cette perte de souveraineté alimentaire s’est révélée gravissime lorsque les cours mondiaux ont repris leur ascension (émeutes de la faim  en 2008). Selon le Fonds international de développement agricole (Fida), une augmentation de 1% des prix des denrées de base plonge 16 millions de personnes supplémentaires dans l'insécurité alimentaire… Nourrir le monde en favorisant l'ouverture des frontières est un schéma qui montre aujourd’hui cruellement ses limites.

 

Dans les pays développés, la situation n’est pas beaucoup plus reluisante. Entre 2002 et 2006 aux Etats-Unis, le salaire médian a stagné, alors que le salaire moyen augmentait de 3%. En clair, cela signifie que seules les classes à hauts revenus ont bénéficié de la croissance. Ainsi, la part des 1% les plus riches dans le revenu national s’est remise à croitre à partir des années 1980 pour atteindre le niveau qu’ils avaient dans les années 1930. Comment maintenir une croissance élevée dans une économie tirée par la consommation intérieure, tout en maintenant la majorité des salaires à des niveaux bas ? La réponse à ce dilemme a été simple : l’endettement des ménages. Une étude a par exemple montré que, sans l’endettement des ménages, le Royaume-Uni aurait été en récession depuis 2002. La crise actuelle est d’ailleurs due à la dissémination incontrôlée du risque associé à cet endettement privé extravagant qu’ont rendu possible les « innovations » (titrisation, Credit Default Swaps,…) d’une finance devenue prédominante.

 

Ainsi, sous la pression des marchés financiers, la régulation d’ensemble du capitalisme s’est transformée en profondeur, donnant naissance à une forme inédite de capitalisme dit « capitalisme financier ». Pendant les années 1990, la capitalisation boursière mondiale a progressé de plus de 12% par an pendant que le PIB mondial croissait de 4% l'an. La poussée des marchés a été possible grâce au développement de la gestion collective de l'épargne, via les fonds de pension, fonds communs de placement et compagnies d’assurances, qui géraient fin 2009 plus de 70 000 milliards de dollars d’épargne, contre …1 500 milliards en 1980. Le marché des changes a lui aussi explosé. Or, sur un volume quotidien de 4000 milliards de dollars, les transactions de change liées à des échanges commerciaux réels représentaient moins de 2%, le reste étant la contrepartie d'opérations strictement financières. La finance de marché a également été portée par le développement de l'utilisation de nouveaux produits financiers, en particulier les produits dérivés. Ces produits, initialement conçus pour couvrir des risques liés à des activités économiques, ont été « capturés » par les acteurs financiers. Le marché des Credit Default Swaps est aux mains des cinq plus grandes banques d’affaires (dont JP Morgan Chase, Goldman Sachs et Barclays Capital), qui contrôlent près de 90% des transactions. Les entreprises qui viennent y chercher une assurance contre les variations des prix du pétrole, du blé,… ne représentent que 4% des transactions.

 

Croissance démesurée, concentration, déconnexion des besoins de l’économie…La finance s’éloigne de sa vocation initiale de financement de l’économie pour devenir un monde autonome, qui parasite l’économie qu’elle devrait servir. Preuve de ce parasitisme, la part des profits du secteur financier dans l’ensemble des profits des entreprises des Etats-Unis est passée de 15% en 1980 à 45% en 2007, avant de retomber à 25% en 2009. Au-delà du prélèvement de cette rente indue, la finance soumet les économies à ses « humeurs », alternance de bulles et de krachs, dont le rythme s’accélère depuis les années 1980. De plus, ses exigences de profitabilité inhibent fortement l’investissement : plus la rentabilité demandée est élevée, plus il est difficile de trouver des projets suffisamment performants pour la satisfaire. La faiblesse de l’investissement explique en partie le chômage de masse dans les pays développés, dont la France. Enfin, les « marchés financiers » ont acquis le pouvoir d’infléchir en leur faveur les politiques publiques, que ce soit par la mise en concurrence des systèmes fiscaux, l’obligation de solidarité envers les banques « too big to fail » ou encore, comme on peut le voir depuis plusieurs mois, par la mise en œuvre de programmes d’austérité visant à rembourser coûte que coûte les dettes publiques…contractées notamment pour les sauver.

 

C’est sans doute en Europe que le poids des marchés est le plus important, dans la mesure où les États doivent emprunter auprès d’institutions financières privées qui obtiennent, elles, des liquidités à bas prix de la Banque Centrale Européenne. La dette publique résulte largement d'un choix politique central inscrit dans les traités européens (article 104 du traité de Maastricht, repris par l'article 123 du traité de Lisbonne) : celui d'obliger les Etats et les collectivités à financer leurs investissements par le recours à des emprunts sur les marchés financiers. Ce choix politique consacre l'interdiction faite à la Banque centrale européenne (BCE) d'utiliser le pouvoir de création monétaire pour financer l'investissement public. D’un point de vue général, la vision dominante à Bruxelles et au sein de la plupart des gouvernements nationaux est au contraire celle d’une Europe libérale, dont l’objectif est d’adapter les sociétés européennes aux exigences de la mondialisation : la construction européenne est l’occasion de mettre en cause le modèle social européen et de déréguler l’économie. La prééminence du droit de la concurrence sur les réglementations nationales et sur les droits sociaux dans le Marché unique permet en effet d’introduire plus de concurrence sur les marchés des produits et des services, de diminuer l’importance des services publics et d’organiser la mise en concurrence des travailleurs européens. Que nous propose-t-on pour sortir de cette impasse ? Un « pacte de compétitivité » qui n’est autre qu’un carcan supplémentaire pour les politiques budgétaires et sociales. Le « fédéralisme », par l’intermédiaire d’un « gouvernement économique européen », nouvelle entité technocratique d’une construction européenne déconnectée de ses citoyens…

 

A travers ce tableau rapidement brossé, il faut bien se rendre compte qu’il y a deux ou trois choses à changer dans le modèle économique et financier (encore) dominant ! Ainsi le concept de « démondialisation » proposé par Arnaud Montebourg ( http://www.desideesetdesreves.fr/ ), s’inspirant notamment des thèses d’Emmanuel Todd et de Jacques Sapir, ne consiste pas à revenir à une quelconque forme d’autarcie. Il s’agit seulement de proposer la mise en place de nouvelles règles en matières d’échanges internationaux, de réhabiliter les politiques économiques et industrielles, de remettre la finance au service de l’économie, de faire en sorte que la concurrence entre les économies soit « non faussée » (ce qui signifie qu’elle ne peut plus être libre)… On peut se alors se demander pourquoi la démondialisation est si vivement critiquée par ceux qui voient en elle un « repli national » ? Dès lors que l’on aborde ce sujet, on constate même à gauche, comme le fait remarquer Frédéric Lordon dans le Monde diplomatique d’août 2011, le retour de « l’antinomie qui ne conçoit que la Corée du Nord et la forme «  royaume ermite » comme opposé dialectique de la mondialisation ». A ceux qui pensent que cela conduira inévitablement au retour des égoïsme nationaux, Frédéric Lordon fait remarquer q’« entraver un peu la circulation des conteneurs et des capitaux n’interdit nullement de promouvoir la plus grande circulation des œuvres, des étudiants, des artistes, des chercheurs, des touristes… »

 

Il s’agit « seulement » de reprendre le contrôle politique de l’économie afin de reconquérir le pouvoir sur nos vies. Est-ce vraiment si ringard et réactionnaire ?

 

PP

 

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19 juin 2011

Mondialisation / Démondialisation

Je vous propose d'écouter le débat économique de France Inter du vendredi 10 juin, qui oppose Bernard Maris et Dominique Saux sur le thème de l'avenir de la mondialisation.

 

Ca fait longtemps que je n'avais pas trouvé Bernard Maris aussi combatif (voire aussi pertinent) !


podcast

Pour rebondir sur les propos du libéral-béat Dominique Seux à propos du développement économique de la Chine dont serait responsable la mondialisation : lire cet article paru sur Rue89.

On pourrait aussi rappeler à Dominique Seux que la "réussite" de la Chine est due au fait qu'elle ne respecte pas les règles de la mondialisation (contrôle des capitaux, non convertibilité du Yuan, barrières à l'entrée de son marché intérieur,...)

 

PP


 

 

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12 août 2010

Pechiney, histoire d'une mondialisation chaotique

Article de Jean Matouk paru sur Rue89

L'Etat français, via le Fonds stratégique d'investissement (FSI), vient de rentrer à nouveau dans le capital de l'entreprise Pechiney en prennant 10% d'Alcan EP.

Le grand spécialiste de l'aluminium franchit ainsi une étape de plus dans la course en zigzag qu'on lui a imposée depuis vingt-huit ans, depuis sa nationalisation par la gauche en 1982. Une course dont les méandres traduisent bien l'incapacité du capitalisme français d'assurer l'avenir des grandes entreprises à long terme, ce qui génère une incertitude permanente pour les salariés.

Mais méandres qui mettent aussi en lumière le rôle de l'idéologie dont tous les experts annoncent pourtant le décès depuis trente ans.

Nationalisations et privatisations en partie « idéologiques »

Soyons honnêtes ! En 1981, la nationalisation de Pechiney, comme de nombreuses autres entreprises industrielles, et des banques, y compris les indépendantes et les plus petites, relevait, pour une grande part, de l'idéologie.

Une idéologie dont le Parti communiste était le gardien du temple : selon sa doctrine de toujours, les grands moyens de production et d'échange devaient cesser de fonctionner au profit du capital privé, et être mis au service de l'intérêt général incarné par l'Etat.

Il est exact -et la réalité actuelle le montre chaque jour- que contrairement aux balivernes sur les entreprises « citoyennes », les entreprises privées n'ont comme objectif -ou contrainte- final que le rendement maximum des actions, et les boni divers des dirigeants.

Dans ces conditions, on pouvait espérer que les entreprises nationalisées fonctionneraient plus pour l'intérêt général. Mais pour cela, il fallait franchir deux obstacles : que l'Etat ait les moyens de financer le développement des entreprises, comme le fait le marché par émission d'actions nouvelles, et que les directions des entreprises aient l'autonomie nécessaire.

Or l'Etat français, exsangue de manière récurrente, n'a jamais eu les moyens de ses ambitions industrielles et, par ailleurs, les rivalités de cabinet bloquaient des mois durant toutes les décisions.

A preuve de ces interventions erratiques des cabinets, l'achat par Pechiney d'American National Can [fabriquant de conserves, ndlr], en 1988, qui a donné lieu à des manœuvres tordues de certains hauts fonctionnaires, un procès pour délit d'initiés... et s'est finalement avéré être un gouffre financier.

La droite reprend les rennes en 1988 pour deux ans, puis en 1993, et dès 1995, Jean Arthuis privatise Pechiney. Là encore, l'idéologie joue une rôle important. Il s'agit :

  • pour une part, de s'opposer à l'étatisme de la gauche -étatisme tout relatif, car au vu des difficultés de la gestion « nationalisée », les présidents des entreprises publiques, avaient acquis, au fil des ans, une large autonomie ;
  • d'autre part de surfer sur la grande vague libérale qui déferlait depuis 1980.

Tout privatiser ! Rendre au « dieu » marché, et au « noyau dur » d'entreprises privées dirigées par d'anciens hauts fonctionnaires, le plus vite possible, le capital des grandes entreprises.

Dans le cas de Pechiney, la privatisation par vente des actions en bourse n'a pas été affaire facile ; il a fallu, pour ce noyau dur, faire appel à des groupes encore publics à l'époque : AGF, Caisse des dépôts, aux côtés du Crédit suisse.

Une valse « inhumaine » de rachats successifs

Puis vint la valse des rachats par des groupes étrangers. En 2003, Alcan rachète le tout. En 2007, Alcan est, à son tour, racheté par Rio Tinto. Aujourd'hui, Rio Tinto cède au fonds financier Apollo et au FSI (émanation de l'Etat français) la majorité du capital, dont on ignore le montant, excluant les activités « amont » comme la fabrication d'alumine (Gardanne) et l'usine d'aluminium de Dunkerque, construite sous la gauche en 1988. A côté du fonds Appolo ( 51%) du capital, et du FSI (10%), Rio Tinto conserve 39%.

Contrairement au discours gouvernemental, avec 10% au FSI, l'Etat français ne remet donc pas la main sur Pechiney. Condition de l'entrée du FSI : aucun des douze sites français (4 763 emplois) ne sera fermé. Mais la valse est loin d'être terminée. On peut gager que l'un des deux actionnaires anglo-saxons cèdera encore tout ou partie de son capital, posant à nouveau le problème de ces sites.

Tel est le déroulé répétitif de la « mondialisation heureuse » selon Alain Minc. L'actionnariat de grandes entreprises de ce type change tous les quatre ou cinq ans, évidemment sans aucun souci de l'emploi dans les territoires nationaux.

L'économie financiarisée est aussi « déterritorialisée », donc déshumanisée. Dans le cas présent, il aurait été préférable de ne pas privatiser Pechiney, ou en tous cas pas si vite.

Mais si l'Etat tenait essentiellement à le mettre en bourse, il fallait constituer un vrai noyau dur industriel, avec la Caisse des dépôts à 20% ou 30%, et une distribution de 10% ou 20% d'actions gratuites au personnel, de façon à stabiliser le plus possible le capital en des mains qui auraient eu un réel intérêt « national » à développer ou au moins garder l'entreprise.

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06 août 2010

Le FMI est, plus que jamais, au service des multinationales et des spéculateurs

Article de Jean-Jacques Chavigné paru dans Démocratie & Socialisme n°176 spécial été

Le « FMI nouveau » serait arrivé. L'ancien FMI et ses plans d'ajustements structurels » qui avaient semé misère et inégalités dans les pays du Sud aurait disparu comme par enchantement sous les effets de la crise de 2008-2009.

 
Pour Le Monde 26/03/2010 : « M. Strauss-Kahn, lui, voit couronnée son ambition de donner au Fonds une nouvelle jeunesse. Depuis qu'il en est le Directeur général, il a multiplié les réformes : augmentation des ressources financières, nouvelles répartitions des droits de vote... »

 
Le nouveau Directeur général du FMI, Dominique Strauss Khan monte lui-même au créneau et tente de persuader les salariés grecs et européens que cette institution a changé : « Les Grecs et les autres doivent voir le FMI tel qu'il est aujourd'hui. Le FMI est une sorte d'organisation de collaboration » (Nouvel Obs.com 25/04/201).

 
Mais « le FMI tel qu'il est aujourd'hui » n'a rien à envier au FMI d'hier. Il reste toujours aussi anti-démocratique. Il impose toujours aux pays qui sont obligés de solliciter ses crédits des « Plans d'Ajustements Structurels » tout aussi favorables aux multinationales, aux banques et aux spéculateurs qu'hier, tout aussi défavorables aux salariés, aux retraités, aux chômeurs, aux services publics.


 

Une institution discréditée remise à flot par le G20


Le FMI était pourtant considérablement discrédité et affaibli avant la crise de 2008-2009. Il n'avait plus que 17 milliards de crédits en portefeuille à la suite du remboursement  anticipé de leurs dettes par plusieurs pays du Sud bien décidés à échapper à ses griffes. Quant à ses deux derniers directeurs généraux, ils avaient du démissionner avant la fin de leur mandat...

 
Le FMI et son nouveau Directeur général, arrivé en novembre 2007 avec le soutien sans faille de Sarkozy, ont été remis en selle par la crise de 2008-2009 (le malheur des uns fait le bonheur des autres) et les 1 000 milliards de dollars que lui a accordés le G20  réuni à Londres le 2 avril 2009. Ces 1 000 milliards de dollars lui ont été confié dans un but bien précis : remettre de l'ordre (néolibéral) dans l'économie mondiale.  DSK s'est empressé d'obtempérer.

 
 

Une institution antidémocratique avant DSK


Le FMI comptait 186 membres. Mais son fonctionnement n'avait  rien de démocratique. Nous étions très loin du seul principe démocratique acceptable « Un pays, une voix ».

 
Le vote y était censitaire et lié à la quote-part versée par un Etat en fonction du montant de son PIB.
Les 10 premiers pays qui représentent plus de 50 % du PIB mondial avait la majorité des droits de vote. Il ne fallait donc pas s'étonner si la politique du FMI favorisait outrageusement les pays les plus riches.

 
La majorité requise pour les décisions importantes était de 85 %. Cela revenait à accorder un droit de veto aux Etats-Unis qui détenait 16,79 % des droits de vote.

 
Sa gestion courante était confiée à un Conseil d'Administration composé d'un président et de 24 administrateur représentant chacun une nation. 8 d'entre elles avaient un représentant permanent (USA, Royaume-Uni, Allemagne, Japon, Chine, Russie et Arabie saoudite) les 16 autres étaient élus.
 
L'Afrique au Sud du Sahara ne disposait que de deux membres au sein du CA et ces deux membres devaient exprimer le point de vue de 48 pays. La France disposait à elle seule d'un administrateur. Les pays de l'UE avaient 8 représentants au sein du CA sur un total de 24 membres, soit un tiers d'entre eux.

 
 

Avant DSK, l'instrumentalisation de la dette publique des pays du Sud


Cette dette avait été contractée durant les années 1960 et 1970. Elle avait été, le plus souvent, accordée à des dictatures : l'Indonésie de Suharto, l'Irak de Saddam Hussein, le Brésil de la junte militaire, les Philippines de Marcos, le Maroc d'Hassan II, le Chili de Pinochet, l'Iran du Shan, le Nicaragua de Somoza, la République haïtienne de Duvalier, l'Ouganda d'Idi Amin Dada, la Centrafrique de Bokassa, le Zaïre de Mobutu...

 
Les banques privées du Nord comme la Banque mondiale avaient, au cours de ces années, prêtés au pays en voie de développement à des taux très bas, voire même négatifs en tenant compte de l'inflation. Les banques du Nord  avaient alors pléthore de capitaux, notamment les dollars détenus par des banques non américaines (les « eurodollars ») et les « pétrodollars ».

 
Après l'élection de Margaret Thatcher au Royaume-Uni en 1979 et celle de Ronald Reagan aux Etats-Unis en 1980, l'économie néolibérale prenait son essor. Les taux d'intérêt des prêts accordés aux pays du Sud (à taux variables...) augmentaient rapidement et, alors qu'ils étaient de l'ordre de 4-5 % dans les années 1970, ils passaient à 16-18 % au milieu des années 1980. « Ainsi, du jour au lendemain, les pays du Sud ont dû rembourser trois fois plus d'intérêts tandis que les revenus d'exportation étaient en baisse ».

 
Le Sud avait donc dû emprunter de nouveau pour rembourser sa dette mais à des taux très élevés. Le piège de la dette s'était refermé sur les pays du Sud.

 
 

Avant DSK : des « Plans d'Ajustements Structurels » au service des sociétés transnationales, des banques et des spéculateurs


Les pays du Sud étant sous le joug de ses créanciers, la Banque Mondiale et le FMI avaient consenti à leur accorder des prêts (destinés à payer le service de leur dette et à financer les importations venant des pays du Nord) mais en conditionnant leurs prêts aux fameux « Plans d'Ajustement Structurels » (PAS) du FMI.

 
Le but de ces PAS, fondés sur « le compromis de Washington » de 1989,  était d'obliger les pays qui voulaient bénéficier de ces prêts à accepter une  plus grand ouverture aux capitaux, aux produits des sociétés transnationales du Nord ; à accepter la privatisation des entreprises publiques ainsi que l'austérité budgétaire.

 
Pour faciliter les exportations, les PAS obligeait les pays qui faisaient appel au FMI et à la Banque Mondiale à dévaluer leur monnaie. Les subventions accordées aux produits agricoles de base devaient être supprimées. Les produits agricoles nord-américains et européens envahirent alors les marchés locaux. Les PAS exigeaient l'élimination des barrières tarifaires protectrice. Le but était de rendre l'économie plus « compétitive », toujours sous le même prétexte, celui de pouvoir rembourser la dette.

 
La libre circulation des capitaux était également imposée : le contrôle des changes devait être éliminé. Les sociétés étrangères devaient pouvoir rapatrier leurs profits vers le Nord en devises (dollars, livres...)

 
La réalisation des prêts du FMI étaient conditionnés à ces réformes structurelles. Pour commencer à percevoir le premier dollar de ces prêts, il fallait que ces réformes soient substantiellement engagées. Pour continuer à les percevoir,  il fallait que le suivi trimestriel organisé par le FMI soit positif. Car les prêts n'étaient débloqués que tranche par tranche.

 
 

Avec DSK, le FMI est toujours aussi anti-démocratique


Rien n'a vraiment changé dans le fonctionnement du FMI, le droit de vote est toujours lié à la richesse d'un pays, le Conseil d'Administration est toujours composé de façon aussi inégalitaire, les décisions importantes nécessitent toujours 85 % des voix et les Etats-Unis qui conservent toujours 16,79 % des voix ont détiennent toujours le même droit de veto.

 
Le tapage médiatique organisé autour de la réforme du FMI ne permet pas de dissimuler le caractère cosmétique de cette réforme. La nouvelle répartition des droits de vote réduit, en effet, la part des pays riches de 2,78 % seulement. Ces quelques miettes sont distribuées aux pays émergents comme la Chine, la Corée du Sud, l''Inde, le Brésil et le Mexique.

 
Les « perdants » seraient le Royaume Uni et la France. Mais, en fait, la Chine disposera
d'une quote-part de 3,99 % alors que celle de la France sera encore de 4,50. Les pays du Nord conservent près de 58 % des voix et continueront à imposer, comme par le passé, leurs vues aux pays pauvres.

 
Les pays les moins avancés n'obtiennent aucune réévaluation de leurs poids au sein du FMI. A terme de la réforme 89 pays auront toujours un droit de vole inférieur à 0,1 % et seuls 12 pays d'Afrique subsaharienne dépasseront ce seuil.

 
Rien n'a donc changé sous le soleil du FMI et personne ne pouvait imaginer le contraire, notamment que les Etats-Unis pourraient abandonner leur droit de veto qui fait du FMI un instrument aux mains des Etats-Unis.


 

Avec DSK, le FMI instrumentalise la dette publique des pays du Nord comme du Sud

 

Le but est identique dans les deux cas : obliger les Etats qui ne peuvent pas faire autrement qu'emprunter au FMI à accélérer les réformes « structurelles » de leurs économies.

 
Le premier but de ces réformes est de diminuer les dépenses publiques (salaires des fonctionnaires, retraites par répartition, investissements dans la santé ou l'éducation...) pour permettre le remboursement des dettes publiques souscrites par les banques et les spéculateurs. Ces mêmes banques et ces mêmes spéculateurs qui avaient précipité l'économie mondiale dans la crise de 2008-2009 et dont le renflouement est à l'origine de l'explosion des dettes publiques. Le FMI, en l'occurrence joue le rôle d'une agence de recouvrement de fonds dans le cadre d'un deuxième plan de refinancement des banques. .

 
Le deuxième objectif de ces réformes est de livrer les services publics de ces pays aux firmes transnationales.

 
Le troisième objectif de ces réformes « structurelles » est de « flexibiliser » le marché du travail c'est-à-dire de rendre les licenciements et les délocalisations plus faciles pour les employeurs, de diminuer les allocations-chômage sous prétexte d'obliger les chômeurs à chercher du travail alors que la crise détruit des millions d'emplois dans le monde.

 
Le quatrième objectif est d'augmenter les profits en multipliant les exonérations de cotisations sociales ou d'impôts pour les entreprises, sous prétexte de diminuer les « prélèvements obligatoires », en gelant ou en baissant carrément les salaires.

 
Le FMI (main dans la main avec l'Union européenne dans la plupart des cas) instrumentalise aujourd'hui les dettes de la périphérie des pays du Nord (pays d'Europe centrale et orientale, pays du Sud de l'Europe) pour leurs imposer ces « réformes structurelles » néolibérales. Les mêmes réformes qui nous avaient mené tout droit à la crise de 2008-2009.

 
Il ne dédaigne pas, pour autant, imposer sa loi à un pays comme le Nicaragua où il suspend le paiement d'un crédit de 18 millions de dollars après que le gouvernement de ce pays ait accordé, en mai 2010, une prime mensuelle de 529 cordobas (25 dollars) aux travailleurs du secteur public à bas revenus.


  
Avec DSK, les « Plans d'Ajustements Structurels » au service des sociétés transnationales, des banques et des spéculateurs se multiplient



Officiellement, le « consensus de Washington »  n'a plus cours mais en réalité les conditions qu'impose le FMI aux pays qui font appel à lui pour faire face aux échéances de leurs dettes publiques, n'ont pas changé et leur logique est toujours la même.
Il suffit de passer en revue les « Plans d'ajustement structurels » imposés aux pays de l'est et du sud de l'Europe pour s'en rendre compte.

 
Hongrie
 
Ce fut le premier pays à solliciter un prêt du FMI après la crise financière. Ce prêt a été conditionné à la suppression du 13ème mois de salaires des fonctionnaires hongrois.

 
Lettonie
 
L'accord signé en juin 2009 conditionne l'octroi d'un prêt du FMI de 7,5 milliards de dollars à une baisse de 15 % du salaire des fonctionnaires, à une diminution du salaire minimum.et à une baisse du montant des retraites.

La Cour Constitutionnelle de Lettonie ayant estimé inconstitutionnelle cette diminution du montant des retraites, le FMI se refuse à réaliser la deuxième tranche d'un prêt pourtant accordé. Qu'importe si depuis la signature de l'accord, le chômage a augmenté de 150 %.

 
Roumanie

La Roumanie a conclu en mars 2009 un accord avec le FMI, l'Union européenne et la Banque Mondiale.
La réalisation d'un prêt de 20 milliards d'euros est conditionnée, tout d'abord, à la réduction de la masse salariale du secteur public de 9 % à 6 % du PIB en cinq ans, impliquant diminution de salaires et 100 000 suppressions de postes. Conditionnée, ensuite, à une « réforme » du système de retraites.

Le FMI et l'UE en mission à Bucarest le 14 décembre 2009, n'ont pas hésité à intervenir directement dans l'élaboration du budget 2010.


 
Ukraine
 
Ce pays avait jugé « inacceptables »  les conditions imposées par le FMI : relèvement progressif de l'âge de la retraite et hausse des tarifs du logement. Le FMI avait alors stoppé ses financements.
L'Ukraine semble, de nouveau, obligée de négocier avec le FMI qui maintient ses premières conditions et ajoute l'exigence d'une réforme « structurelle » des secteurs financiers et énergétiques permettant de livrer ces secteurs aux intérêts des firmes transnationales.

 
 
Islande

L'Islande était la meilleure élève du néolibéralisme avec en première ligne ses trois principales banques : Kaupthing, Glitnir et Landbanski, privatisées en 2003.
La dernière de ces trois banques, Landbanski, était particulièrement agressive. Elle avait créé une filiale en ligne (pas de guichets, seulement une liaison par l'internet), « Icesave » qui offrait des rendements particulièrement risqués mais très rémunérateurs à ses clients.
Elle avait été lancée au Royaume Uni en octobre 2006, avec son siège social au cœur de la City.

 
Quand les marchés financiers se sont effondrés, les trois banques islandaises ont été parmi les premières à faire faillite. Les comptes d'  « Icesave » ont été aussitôt gelés.
Alors que des files d'attente commençaient à s'allonger devant les banques britanniques, le gouvernement anglais avait eu peur de la panique que pouvait déclencher le gel des comptes d' « Icesave ». Il avait donc décidé d'indemniser en grande partie les spéculateurs qui avaient déposé leurs fonds chez cette filiale de la Landbanski. La Haye a fait de même pour les clients néerlandais.
 
Londres et La Haye se sont ensuite retournés contre Reykjavik pour exiger la restitution des sommes qu'ils avaient déboursées.

 
Complètement étranglée, en plein récession, l'Islande a du faire appel au FMI. Ce dernier, comme d'habitude, a ajouté la misère à la misère en exigeant, en contrepartie d'un prêt de 2,1 milliards d'euros des coupes claires dans les dépenses publiques (santé, éducation), des augmentations d'impôts indirects et une hausse des taux d'intérêts qui asphyxie les particuliers et les petites entreprises.
 
Mais, seules les deux premières tranches de ce prêt ont été débloquées, pour un total de 1,1 milliards. Le déblocage d'une troisième tranche est soumise à l'acceptation par l'Islande de payer le Royaume-Uni et les Pays-Bas.  Ce que les Islandais ont refusé lors du référendum du 6 mars dernier où 93,3 % des votants se sont prononcés contre le paiement dd 4 milliards d'euros au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.


 
Grèce

C'est le laboratoire de ce qui attend tous les salariés européens si nous laissons faire le FMI et la Commission européenne.

 
Toute la panoplie des réformes « structurelles », des Plans d'ajustements structurels du FMI s'y déploie.
Suppression de deux mois de salaires des fonctionnaires.

Recul de l'âge légal de la retraite, de 5 ans pour les femmes, en fonction de l'espérance de vie pour les hommes. Le montant de la retraite n'est plus calculé sur le dernier salaire mais sur l'ensemble de la carrière, entraînant une baisse du montant net de la retraite de plus de 50 %.
Taux de la TVA porté de 19 % à 23 %. Taxe sur les carburants augmentée deux fois de suite de 10 %.
Suppression des quelques obstacles aux licenciements existant dans le droit du travail grec.
Instauration d'un salaire minimum spécifique pour les jeunes et les chômeurs de longue durée, à l'image du CPE que la droite avait voulu imposer en France.
Réductions des dépenses de l'Etat (santé, éducation,) de 1,5 milliard d'euros.
Les services publics sont privatisés et livrés aux multinationales européennes. 49 % de Trainose, la filiale transport du groupe ferroviaire public Ose sont offerts aux appétits du secteur privé grec et étranger. Il en va de même pour 10 % de la société publique d'électricité. Les ports de Salonique et du Pirée, comme les ports régionaux voient les intérêts privés entrer pour 49 % dans leur capital social.
Le gouvernement grec a perdu toute autonomie en matière budgétaire et économique. La Grèce fait l'objet d'un suivi trimestriel du FMI et DSK en a brandi la menace : si les mesures prévues ne sont pas prises, le FMI, comme l'UE « pourraient être amenés à se retirer ».
Le chômage atteint 20 % de la population active.


 


Le FMI, avant même que l'Espagne ait eu à faire appel à lui, intervient dans la conduite de son économie


Alors que l'Espagne compte, elle aussi,  plus de 20 % de chômeurs au premier trimestre 2010, DSK affirme : « Le marché du travail doit être plus efficace et la manière dont les gens sont embauchés ou parfois renvoyés doit être faite de la même manière que dans le reste de l'Europe, pas plus, pas moins ». La traduction est facile : moins de CDI, plus de CPE, plus de  CDD, précarité et licenciement et délocalisations facilités.

 
Le premier Ministre espagnol, le socialiste José Luis Zapatero en a tiré les conclusions et présenté les grandes lignes d'une réforme du marché du travail pour réduire l'écart entre employées à durée indéterminée bien protégée et un nombre grandissant de travailleurs précaires. La réduction de l'écart se fera, évidemment, aux dépens des fonctionnaires.


Le 12 mai, le gouvernement de Zapatero annonçait une forte réduction des salaires de la Fonction publique et des dépenses d'investissement de l'Etat dans le but d'économiser 15 milliards d'euros en 2010 et en 2011.

 
 

Le FMI se mêle, aussi, de l'économie française


Il préconise (lettre du 29 juillet 2009 du Conseil d'Administration du FMI) de poursuivre les réformes entamées par Nicolas Sarkozy et précise : « Il s'agirait entre autres de continue de faire preuve de modération dans l'établissement du salaire minimum (...) de relever l'âge légal du départ à la retraite pour promouvoir l'emploi des seniors... »

 
Le Directeur général du FMI, DSK, n'hésite pas à prendre position sur l'âge légal de la retraite en France.  Il retrouve les accents de Laurence Parisot  pour asséner cet énorme mensonge : « On vit 100 ans, on ne va continuer à avoir la retraite à 60 ans » (Le Figaro du 20 mai 2010).
 
 

Une politique encore plus nocive

Avec DSK, la politique du FMI n'a pas change. Elle est toujours dirigée contre les salariés, les retraités, les peuples ; toujours aussi  favorable, de façon éhontée,  aux firmes transnationales, aux banques et aux spéculateurs.

Mais cette politique est aujourd'hui beaucoup plus nocive. Le FMI dispose effet, maintenant de moyens de nuire (1 000 milliards de dollars) autrement plus considérables qu'avant la crise.

07:17 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, mondialisation | | |  Facebook | | |

31 juillet 2008

La Chine ? Trop cher, mon bon monsieur !

Le numéro deux mondial des équipements sportifs, l'allemand Adidas , juge le niveau des salaires en Chine dorénavant trop élevé et va transférer une partie de sa production vers des pays encore plus compétitifs, déclare son patron dans un entretien publié lundi.

« Les salaires, qui sont fixés par le gouvernement, sont progressivement devenus trop élevés » en Chine, a dit Herbert Hainer à l'hebdomadaire Wirtschaftswoche de lundi. La part de la production de chaussures Adidas en Chine, qui représente pour l'instant la moitié de la production totale de chaussures du groupe bavarois, « va reculer », prédit le patron.

« Nous avons déjà ouvert une première usine en Inde. Des pays comme le Laos, le Cambodge et le Vietnam s'y ajoutent », a-t-il expliqué. « La production va également revenir dans les pays de l'ex-URSS et en Europe de l'est », mais pas en Allemagne, selon lui.

Si besoin était, voilà encore une preuve du besoin de normes sociales au niveau mondial pour éviter cette mise en concurrence des territoires sans cesse renouvelée par les multinationales.

PP

09:35 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme, Concurrence | | |  Facebook | | |

29 juillet 2008

Au pays du soleil levant...

e9580e54accf61c58e44291f922450c4.jpgL'excédent commercial du Japon s'est établi à 138,6 milliards de yens (816 millions d'euros) en juin, ce qui représente une baisse, plus marquée que prévu, de 88,9% par rapport à il y a un an.

La prévision médiane des économistes était d'un excédent de 503,0 milliards de yens, soit une baisse de 59,6%.

La contraction plus forte que prévu de l'excédent commercial s'explique essentiellement par la baisse, la première en près de cinq ans, des exportations, ce qui laisse à penser que le ralentissement économique provoqué par l'effondrement du marché des "subprime" aux Etats-Unis il y a près d'un an commence à se faire sentir auprès des pays clients du Japon.

Les exportations ont reculé de 1,7% alors que les économistes attendaient une hausse de 3,8%. Les importations ont de leur côté augmenté de 16,2%.

Vers les Etats-Unis, les exportations ont chuté de 15,4%, ce qui représente le dixième mois de baisse consécutive.

A méditer par tous ceux qui croient (ou veulent croire) que la crise est "derrière nous" !

PP

09:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Finance, Crise, Mondialisation, Etats-Unis | | |  Facebook | | |