04 août 2008
Préparation du congrès du PS (4/4)
Martine Aubry développe une vision détaillée de la société: petite enfance, scolarité, santé, dépendance, économie, développement durable, logement, vivre ensemble, culture, internet, Europe, international… Selon elle, « il nous faut dire clairement qu’à chaque droit dont bénéficient les citoyens, doivent correspondre les devoirs qui en découlent envers la société », ainsi « l’octroi d’un logement ayant bénéficié d’une aide publique pourrait s’accompagner de l’adhésion à une charte de vie collective prévoyant la participation à la vie de l’immeuble (tranquillité, propreté, petit entretien, locaux communs, cours de soutien assurés par les étudiants, garde d’enfants assurée par les retraités, courses assurées par les étudiants ou les jeunes ménages auprès des personnes âgées dépendantes, implication dans les conseils de résidants et les associations de locataires…) ». Franchement, je ne sais pas vraiment quoi en penser…
Quelques extraits significatifs :
« La politique, c’est proposer une vision et un projet de société, trouver les chemins pour y mener, et mobiliser les citoyens pour agir avec nous »
« La régulation doit aussi concerner la consommation médicale, en sensibilisant les médecins aux bonnes pratiques et en sanctionnant leurs abus, plutôt qu’en culpabilisant les patients. »
« Travailler plus nombreux avant de travailler chacun davantage, c’est une question de bon sens mais aussi de justice sociale. »
« Les nombreuses normes limitant l’impact des activités industrielles sur la santé et sur l’environnement doivent être complétées d’une stratégie volontariste de développement économique basée sur la revalorisation de l’économie des ressources et le développement des écosystèmes industriels dans les 25 000 zones d’activités françaises. »
Marylise Lebranchu propose de spécialiser chaque collectivité territoriale : développement économique pour la Région, solidarités et éducation pour le Département, réseaux locaux et aménagement urbain pour les communautés de communes. L’élection directe des délégués communautaires se ferait sur un scrutin de liste avec une représentation obligatoire de toutes les communes. Les campagnes électorales inciteraient les candidats à s’engager clairement sur un projet de territoire à l’échelle communautaire.
Marie-Noëlle Liennemann: La Gauche défend « la valeur du travail » et non la « valeur travail »
Travailler mieux, travailler tous, travailler moins chacun et plus ensemble, gagner plus par le travail et moins par la rente, voilà l’orientation que nous opposons au slogan libéral «travailler plus et gagner plus» !
Henri Emmanuelli : « Les travailleurs ont progressivement été rendus responsables du marasme de l’investissement, du chômage et de l’exclusion, en raison du prétendu fardeau des coûts salariaux et des charges collectives inhérentes à l’Etat providence. Dans le même temps tous leurs acquis ont été dénoncés comme autant d’infâmes « privilèges » qu’il conviendrait d’abolir. Ceux qui tiennent en tel discours n’hésitent d’ailleurs pas à dénoncer les malades comme des irresponsables sur-consommateurs de soins et de médicaments et les désigner à la vindicte publique comme étant la seule cause du déficit de l’assurance maladie. »
« Celui qui affirme que le capital a une dette envers le travail, peut être certain, par exemple, de se voir qualifié de "dangereux idéologues" par les libéraux, ce qui est un compliment acceptable, et parfois de « dangereux populiste » par une certaine gauche, ce qui est plus inquiétant. »
« L’opinion, soudain devenue « experte », est censée posséder les réponses – largement suggérées - aux grands maux contemporains : les politiques n’ayant plus qu’à les mettre en œuvre ». Il y a en une dont les oreilles doivent …royalement siffler !
Sarkozy
Bertrand Delanoë qualifie le sarkozysme de « bonapartisme saugrenu au conservatisme agressif ». Pour François Hollande, le sarkozysme est « fait de fausses promesses, de désinvolture et de culte de l’argent ». Mais c’est Ségolène Royal qui est la plus agressive à son égard, n’hésitant pas à consacrer un chapitre à « LA MAINMISE DU CLAN SARKOZY SUR LA FRANCE».
Martine Aubry, elle, veut prendre un peu de hauteur : « Ne nous égarons pas non plus dans une critique de la personnalité du Président de la République. Ce serait laisser croire qu’il suffirait de changer l’homme par un autre pour que cela aille mieux. C’est la politique qu’il mène que nous critiquons parce que nous pensons qu’elle tourne le dos aux préoccupations majeures des Français. »
Fonctionnement du PS
En ce qui concerne la stratégie d’alliance, la tendance générale est à la création d’un parti socialiste fort (certains évoquent un objectif de 25% à 30% lors des élections nationales) qui puisse ensuite fédérer l’ensemble de la gauche. Seule exception notable : Ségolène Royal qui veut rassembler « tous les démocrates ».
La ligne claire : « Nous voulons que le Parti Socialiste redevienne le parti de la pensée »
Bertrand Delanoë : « En 2007, c’est plutôt la crédibilité de notre projet qui a souffert de la comparaison avec celui de notre concurrent. »
« Notre parti doit être un parti de militants et non de supporters. »
Ségolène Royal : « Nous devons faire du Parti socialiste le grand parti démocratique, populaire et de mobilisation sociale dont la France a besoin »
Laurent Fabius « Notre Parti socialiste doit redevenir un parti fondamentalement populaire. »
« Si nous avons perdu, c’est notamment parce que nous avons cédé à la tendance qui consiste à définir notre message en fonction de la demande quantifiée par les instituts de sondage. »
François Hollande : « Je propose que ceux qui pensent, sur les principaux sujets, la même chose se rassemblent sur le même texte et proposent un contrat de direction pour mener le travail du parti dans les trois prochaines années. » On peut rêver…
Le rôle des élus locaux :
Laurent Fabius : Le premier secrétaire « doit associer mieux qu’aujourd’hui les élus locaux à la prise de décision, mais il ne saurait leur déléguer le soin de fixer à la place du PS l’orientation politique nationale ».
Ségolène Royal « Faire fonctionner le parti de façon ascendante, en nous appuyant sur les responsables fédéraux et les élus locaux, qui auront toute latitude pour l’irriguer. »
« Dans chaque département, ou dans chaque région, une université socialiste de la connaissance sera créée. »
En conclusion, je reprendrai la phrase de Gaston Bachelard citée par Jean-Luc Mélenchon : « le futur n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire ».
PP
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03 août 2008
Préparation du congrès du PS (3/4)
Concernant l’économie la philosophie générale peut être résumée par une phrase de Pierre Moscovici : « Alors que la droite agit pour construire une économie de la rente, la priorité du Parti socialiste doit être un partage plus juste de la valeur ajoutée, l’inversion du processus de smicardisation qui tire les salaires vers le bas et une mobilisation pour enrayer la précarisation des salariés. »
Beaucoup font allusion à la nécessité d’une politique industrielle. On peut citer Marylise Lebranchu : « Notre avenir économique passe par la revalorisation des métiers ouvriers et pas uniquement par le développement du secteur des services. ». « On ne peut pas séparer l’innovation de la production : pour rester compétitif, il faut donc garder des unités de production près des centres d’innovation : les coûts sont trop grands de séparer ingénieurs et ouvriers. »
Laurent Fabius n’est pas loin : «Pour nous, une croissance molle n’est pas une fatalité à condition de reconnaître d’abord que la France ne peut pas se passer d’une base industrielle solide et suffisamment spécialisée. Le développement des services et notamment des services à la personne sera encouragé, mais ils ne pourront à eux seuls endiguer la désindustrialisation. »
La plupart des contributions prennent acte de l’essoufflement de la social-démocratie et de la « 3ème voie ».
Laurent Fabius « Les gouvernements sociaux-démocrates ont parfois été fascinés à contretemps par la vigueur du modèle adverse, certains allant jusqu’à lui faire allégeance. »
Laurent Fabius : « Face à l'urgence d'une nouvelle répartition des richesses, socialistes et sociaux-démocrates ne parlent plus assez de production, de redistribution, de protections. »
Henri Emmanuelli : « Depuis juin 2006, la social-démocratie européenne a enregistré 13 défaites lors des 15 derniers scrutins nationaux. »
Henri Emmanuelli : « Les clivages opposeraient les modernes aux archaïques. Comme si la modernité se résumait à la soumission docile aux modèles dominants imposés par ceux qui en bénéficient et l’archaïsme s’incarnait dans l’espoir d’une réduction des inégalités. La modernité ne peut être entendue comme l’acceptation d’un libéralisme aujourd’hui dépassé. »
Quelques propositions concrètes, qui me paraissent intéressantes :
o Développer la formation et la qualification pour tous
o Organiser les carrières dans les services à la personne (Hollande)
o Porter l’effort de recherche à 3% du PIB
o Fusionner les « grandes écoles » avec l’université
o Faire de la caisse des dépôts un fonds d’investissement dans les PME
o Small business administration (Fabius) ou Small business act (Royal, Delanoë)
o Poursuite de la décentralisation
o Fusion impôt sur le revenu et CSG dans un grand impôt progressif
o Abandon du quotient familial
o Service public de la petite enfance
o Augmentation du SMIC
o Révision de l’assiette des cotisations patronales de Sécurité Sociale
o Introduction d’impôts « écologiques »
o Réforme de la fiscalité locale, principalement la taxe d’habitation
o Supprimer les niches fiscales
o Moduler l’IS en fonction du réinvestissement des bénéfices
o Conditionnement des aides aux entreprises
o Augmenter les salaires et plafonner les hautes rémunérations
o Allongement des cotisations (sous réserve de pénibilité, emploi des séniors)
o Remise en cause de la tarification à l’acte pour les professionnels de santé
o Financement de l’assurance maladie par l’impôt
o Mise sous condition de ressources des allocations familiales
o Amélioration de l’habitat (performance énergétique)
o 120 000 logements sociaux par an
o Favoriser les énergies renouvelables (solaire, éolien), mais refus de sortir du nucléaire
o Service public de l’eau, de l’énergie
o Développer le ferroutage
o Taxer les super-profits des compagnies pétrolières
o Lutter contre la violence, notamment à l’école par un encadrement renforcé
o Restauration de la police de proximité
o Régulariser les travailleurs sans-papiers et leurs familles
o VIe République sociale, démocratique, laïque, parlementaire
o Droit de vote des étrangers aux élections locales
o Création d’un statut de l’élu
o Relancer la construction européenne sur le modèle des « cercles », des « noyaux » ou des « coopérations renforcées »
o Communauté européenne de la recherche et de l’innovation (CERI) (Fabius, Emmanuelli)
o Clauses de « sauvegarde sociale » qui interdise qu’une directive européenne puisse avoir pour conséquence un recul social dans un pays
o Créer un impôt européen pour financer un budget européen
o Régulation de la finance mondiale (règles prudentielles, titrisation, agences de notation, paradis fiscaux…)
o « montants compensatoires » sur les importations de pays qui ne respectent pas des normes sociales et fiscales
o Faire du PS un « mouvement d’éducation populaire » (Fabius, Mélenchon)
o Créer des sections thématiques
o Elargir la base sociologique du PS
o Transformer l’Université de La Rochelle en conférence nationale annuelle
o Mieux former les militants
o Tenir des conventions annuelles thématiques
A suivre...
PP
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02 août 2008
Préparation du congrès du PS (2/4)
Certaines contributions, les plus courtes, sont d’ordre « philosophique » et principalement centrées sur le Parti Socialiste et le congrès.
D’autres, les plus volumineuses, sont déjà des embryons de programme de gouvernement, avec un détail de mesures concrètes. On peut citer celles de Laurent Fabius, Martine Aubry, Ségolène Royal, Henri Emmanuelli, Bertrand Delanoë et, dans une moindre mesure, celles de Marie-Noëlle Liennemann et de François Hollande (ce n’est pas lui faire injure puisqu’il le reconnaît lui-même).
Certaines, dont celles de Pierre Moscovici et de Marylise Lebranchu, sont à mi-chemin, pas vraiment des programmes détaillés mais un peu plus que des recommandations générales. Ceux qui reprochent à Pierre Moscovici son dilettantisme seront sans doute confortés dans leur opinion ! Quant à Marylise Lebranchu, elle prend appui sur des petites phrases entendues en campagne. Elle a des réflexions intéressantes sur l’aménagement du territoire et les collectivités territoriales.
Dans la catégorie « A gauche toute », on peut citer Jean-Luc Mélenchon qui nous livre un véritable plaidoyer contre la dérive « démocrate » du PS. On peut également citer Gérard Filoche (ancien de la LCR) avec sa contribution « D'abord, redistribuer les richesses », qui rejoint sur certains sujets « Debout la gauche » de Marc Dolez (autorisation administrative de licenciement, augmentation des cotisations patronales de retraites…)
Dans un autre registre, on peut citer les altermondialistes d’Utopia avec « Socialistes, Altermondialistes, Ecologistes ». Utopia « appelle à l’émergence d’une gauche d’avant-garde fondée sur une identité écologiste, altermondialiste et anti productiviste, capable de transformer la société, de porter de nouveaux idéaux et de les réaliser. » Ils développent une réflexion sur la croissance (qui ne permet pas forcément de réduire les inégalités), la consommation (le crédo du pouvoir d’achat), le travail (ou plutôt la « valeur » travail)…
La contribution « Et si le Parti restait socialiste », la plus courte, est peut-être la plus radicale dans la mesure où elle prône la nationalisation d’une grande partie des moyens de production. Bref, revenir aux « fondements originaux du socialisme ».
Il y a également une sorte d’OVNI : « Urgence sociale » de Pierre Larrouturou. C’est peut-être la plus vivante, la plus riche, la plus prospective et la plus pédagogique des 21 contributions. Elle intègre de nombreuses références à l’évolution historique du capitalisme, à l’actualité via des articles de presse, des graphiques, des schémas. Elle est résolument tournée vers l’international, l’Europe et la réduction du temps de travail. Elle reprend également de nombreux arguments tirés des ouvrages de l’auteur (« Pour la semaine de quatre jours » et « Le livre noir du libéralisme » notamment). Sans doute un peu trop « avant-gardiste », elle a le mérite de susciter la réflexion, en proposant par exemple un nouveau « Bretton Woods », un impôt européen sur les entreprises, la semaine de 4 jours, l’indexation des salaires, des montants compensatoires pour la Chine (thème repris par Henri Emmanuelli).
La contribution « Pour un socialisme écologique » est proposée par le pôle écologique du PS, créée en février …2008 ! Cela sent un peu la récupération et le surf sur des thèmes à la mode. D’autant plus que Christophe Caresche, son leader, est plus connu pour ses avis sur la sécurité que sur l’écologie…Cela paraît d’autant plus artificiel que désormais « Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché » (article 6 de la déclaration de principes). L’écologie fait donc partie intégrante du discours du PS. Ce que semble confirmer Bertrand Delanoë : « Pour les socialistes, le temps de la « sous-traitance » de la question environnementale est donc révolu. Le socialisme doit assumer sa double identité : sociale et écologique, les deux étant désormais étroitement imbriqués. »
La contribution « Pour un socialisme du 21ème siècle en France » fait mention du « SMIG » et de l’actionnariat d’Usinor. Le SMIG a disparu depuis 1970 au profit du SMIC et Usinor est fondu dans l’ensemble Arcelor – Mittal. Je trouve que ça décrédibilise un peu leurs propos…De plus cette contribution est un peu « jargonneuse ».
A suivre...
PP
09:55 Publié dans Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste
01 août 2008
Préparation du congrès du PS (1/4)
Dans le cadre de la préparation du congrès du Parti Socialiste qui se déroulera à Reims en novembre, 21 contributions générales ont été déposées. Sans rentrer dans les détails de la cuisine interne, les contributions ont pour vocation de précéder l’élaboration des motions sur lesquelles les militants se prononceront afin de fixer l’orientation politique du parti.
Voici donc la liste des 21 contributions :
Aux militants - Gaëtan Gorce (5 pages)
Besoin de gauche - Pierre Moscovici (9 pages)
Brèves de campagne - Marylise Lebranchu (22 pages)
Changer ! - Marie-Noëlle Lienemann (28 pages)
Clarté, Courage et créativité : Choisir maintenant, pour agir demain - Bertrand Delanoë (29 pages)
Combattre et proposer - Ségolène Royal (42 pages)
D'abord, redistribuer les richesses - Gérard Filoche (22 pages)
Debout la gauche ! - Marc Dolez (6 pages)
Donner une cohérence à la gauche et un espoir à la France - François Hollande
(16 pages)
Et si le Parti restait socialiste- Jacques Fleury (3 pages)
La ligne claire - Gérard Collomb / Jean-Noêl Guerini (28 pages)
Pour un socialisme du 21ème siècle en France - Pascal Jacquemin (10 pages)
Pour un socialisme écologique - Géraud Guibert / Christophe Caresche (23 pages)
Reconquêtes - Henri Emmanuelli / Benoît Hamon (29 pages)
Reconstruire à gauche - Laurent Fabius (26 pages)
Réinventer la gauche - Jean-Luc Mélenchon (22 pages)
Réussir ensemble le congrès du Parti socialiste - Jean-Marc Ayrault (6 pages)
Socialistes, Altermondialistes, Ecologistes - Franck Pupunat (21 pages)
Une vision pour espérer, une volonté pour transformer - Martine Aubry (56 pages)
Unité et refondation (s) ! - Frédéric Léveillé (12 pages)
Urgence sociale - Pierre Larrouturou (56 pages)
soit un total de 471 pages !
François Mitterrand, qui disait qu’ « un congrès se ganga à gauche », serait fier de ses « enfants » !
La plupart des contributions s’accordent sur plusieurs points : le capitalisme actuel « marche sur la tête », la remontée des inégalités est pose problème pour la cohésion sociale, la crise écologique doit être prise en compte, l’éducation, la santé, la recherche ou la culture ne doivent pas être confiées au marché, la défense de la laïcité est impérative, les dirigeants du parti socialiste doivent dire « nous » plutôt que « je », le parti socialiste doit avoir plus de liens avec les syndicats, associations… et il doit gagner la bataille des idées, le congrès ne doit pas désigner un(e) présidentiable.
Tous sont d’accord pour dire que le PS a perdu parce qu’il n’a pas été capable de proposer une vision de la société cohérente et porteuse d’espoir. Il a perdu le goût du travail collectif au profit des « écuries ». A plusieurs reprises, la transformation des militants en « supporters » est dénoncée. Le PS ne doit pas non plus devenir un parti d’élus locaux, cantonné à la gestion locale et incapable d’accéder au pouvoir national.
Selon Marylise Lebranchu, la gauche doit retrouver son « hégémonie culturelle », cette capacité à dominer par ses thèmes le champ politique. Selon elle, « ce que le candidat Sarkozy a accompli mérite d’être souligné. Au terme d’un pilonnage quotidien, il est parvenu, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, à rompre avec l’équation qui faisait de la contestation des thèmes mitterrandiens une régression. Aussitôt, la préservation des limites posées par la gauche est devenue conservatisme : ce sont les rentiers, les fraudeurs du fisc qui ont soudain incarné, aux yeux des Français, le camp du mouvement, de la liberté et du progrès! »
Aucune contribution ne s’affirme ouvertement « moderne » (tendance Manuel Valls), sauf peut-être celles de Gaëtan Gorce et de Gérard Collomb (La ligne claire) qui décrit les changements du monde à grand renforts de chiffres et statistiques, sans pour autant donner de beaucoup de solutions concrètes…
La ligne claire « Et ils ne trouveront de crédibilité que s’ils opèrent une véritable révolution culturelle, notamment par rapport au monde de l’entreprise. »
« Cela doit au contraire nous amener à inventer des solutions à partir des changements de notre société depuis l'origine de notre État Providence, devenu obsolète. »
Bertrand Delanoë tacle les « modernes » dès le début : « L’immobilisme est un fléau, mais l’ingratitude est un leurre : on ne révèle pas sa modernité en se contentant de dénigrer son propre héritage. »
Henri Emmanuelli le rejoint : « Les clivages opposeraient les « modernes » aux « archaïques ». Comme si la modernité se résumait à la soumission docile aux modèles dominants imposés par ceux qui en bénéficient et l’archaïsme s’incarnait dans l’espoir d’une réduction des inégalités. La modernité ne peut être entendue comme l’acceptation d’un libéralisme aujourd’hui dépassé. »
A suivre...
PP
09:50 Publié dans Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste
15 juin 2008
Etre socialiste…
Alors même que certains responsables du Parti socialistes estiment que le socialisme est désormais une « idée dépassée », être socialiste a-t-il encore une signification ?
Etre socialiste…
Etre socialiste, c’est réaffirmer la notion de solidarité : solidarité entre territoires, solidarité entre générations, solidarité entre travailleurs et chômeurs, solidarité entre malades et biens portants, solidarité entre riches et pauvres…
Etre socialiste, c’est comprendre que la force d’une société se mesure à celle de ses éléments les plus faibles. En période de difficultés économiques, il est tentant de faire supporter aux plus vulnérables les efforts d’ajustements. Etre socialiste, c’est s’opposer à cette tendance « naturelle ».
Etre socialiste, c’est refuser de tomber dans l’alternative caricaturale et stérile « assistanat / responsabilisation ».
Etre socialiste, c’est aussi mesurer à quel point les inégalités, loin de dynamiser la société, ne font que susciter des frustrations. Ces frustrations sont par ailleurs exacerbées par un marketing outrancier qui flatte les pulsions consuméristes et érige l’ostentation en valeur fondamentale. Ces frustrations se traduisent de plus en plus par des tensions sociales, qui conduisent à la violence. La violence est une déchirure profonde dans le contrat social.
Etre socialiste, c’est proposer un autre idéal de vie que la seule recherche du « pouvoir d’achat », qui fait du « low cost » un modèle de société.
Etre socialiste, c’est affirmer qu’un pays n’est pas qu’une simple juxtaposition d’entreprises dont il conviendrait d’améliorer à tout prix la compétitivité, au bénéfice de quelques uns seulement.
Etre socialiste, c’est avoir foi dans le développement du capital humain, c’est être convaincu que l’investissement le plus rentable est l’éducation. A cet égard, l’échec scolaire est une perte incommensurable pour le pays. Lorsqu’un enfant quitte l’école sans qualification, nous devons tous nous sentir personnellement concernés.
Etre socialiste, c’est ne pas se désintéresser non plus de l’entreprise, c’est être en faveur d’une vraie politique industrielle tant il est vrai qu’une économie qui ne fabrique plus est condamnée à s’appauvrir, faute d’innovation.
Etre socialiste, c’est être conscient des enjeux internationaux et comprendre que notre futur est indissociable du reste de la planète et notamment de l’Europe.
Etre socialiste enfin, c’est réaffirmer avec force le rôle de l’Etat dans des domaines que le marché ne peut prendre en compte de façon satisfaisante : l’éducation, la santé, la justice, l’énergie, les infrastructures, la protection sociale,…
Etat et impôt : deux concepts si modernes…
Pour que l’Etat soit fort, que son rôle soit incontestable, il doit être efficace. Mais, contrairement à ce que veulent faire croire les libéraux, « efficacité » n’est pas forcément synonyme de « réduction des moyens ». L’efficacité, c’est atteindre ses objectifs. Il est donc nécessaire au préalable, de définir précisément les objectifs de l’Etat.
Non seulement l’Etat doit être efficace, mais il doit être efficient. C’est-à-dire qu’il doit utiliser au mieux ses ressources pour atteindre ses objectifs. C’est à ce prix que le consentement à l’impôt sera renforcé. Car le bon niveau de l’impôt, ce n’est pas « le moins possible » comme l’affirment tous les démagogues. C’est le niveau qui permet de mettre en œuvre dans de bonnes conditions les biens et services publics, les politiques de protection sociale et de redistribution. Loin d’être un débat purement technique, la réflexion sur la fiscalité est éminemment politique. Une fiscalité plus juste et plus redistributrice est un impératif pour affronter les défis de demain : mondialisation, protection de l’environnement, vieillissement de la population…
La fiscalité est la traduction chiffrée du choix de société, l’incontournable corollaire des politiques publiques.
PP
10:41 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, rénovation, inégalités, impôts
03 juin 2008
Bob Ricard et montre-calculatrice...
Le retour au premier plan de Martine Aubry a provoqué une réaction amusée et ironique d’un strauss-kahnien : « Avec Aubry, c’est comme si le bob Ricard des années 1980 était de retour ».
Mais au fait, à quel objet des années 80 pourrait-on comparer le mentor de ce fin commentateur ? Pourquoi pas à la « montre-calculatrice » : à l’époque ça paraissait moderne mais, avec le recul on se rend compte que c’est ringard et inutile !
Quoiqu’il en soit, merci à Martine Aubry d’avoir osé dire qu’elle était fière d’être socialiste, sans juger utile d’ajouter le moindre adjectif (« libérale », « moderne », « réformiste »…).
PP
09:30 Publié dans Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, rénovation, Aubry, Strauss-Kahn
01 juin 2008
Les socialistes et le marché (2/2)
Une autre voix détonnante au sein du doux ron-ron du PS : Gérard Filoche. Inspecteur du travail, il est un acien militant de la Ligue communiste révolutionnaire. Il rejoint en 1995 le Parti socialiste avec 150 autres militants et intègre immédiatement son conseil national. De 2000 à 2005, il est membre du bureau national du Parti socialiste. Inutile de préciser qu'il fait toujours partie de la gauche du PS !
Gérard Filoche :
En écoutant, je me rappelais les trois grandes conventions de 1996 où nous votions, pour essayer de me souvenir du chemin parcouru. Nous y avions voté, pour parler des rapports entre la puissance publique et le marché, le principe de rétablir un contrôle de la puissance publique sur les licenciements. Nous l’avons voté encore dans nos congrès jusqu’en 1998 je crois, encore en 2000 à Grenoble, puis on ne l’a plus fait. Je demandais pourquoi, et une de mes camarades bien placée m’a dit : « Parce qu’on tomberait dans une économie administrée. » Et elle a ajouté : « Tu comprends, si c’est nous qui contrôlons les licenciements, les salariés viendront manifester sous nos fenêtres, alors que c’est les patrons qui licencient. »
Alors je me suis dis : d’abord, je vais lui répondre qu’entre 1975 et 1986, en France, il y avait un contrôle administratif sur les licenciements sans qu’on soit pour autant dans une économie administrée.
Après, je me suis dit, je vais lui dire : « C’est normal que les salariés viennent manifester sous nos fenêtres, parce que c’est à nous qu’ils demandent d’intervenir pour ne pas que les patrons les licencient injustement et c’est le rôle de la puissance publique que de le faire plutôt que de les laisser à la merci de multinationales qui pour deux points de profit vont mettre à bas des entreprises qui fonctionnent parfaitement, qui sont compétentes et qui marchent, comme Hewlett Packard par exemple. » Et je me suis dit : « Il faut continuer à défendre l’idée que la puissance publique doit l’emporter sur le marché, cela doit s’incarner par des lois ; que les lois de la République l’emportent sur le marché. » D’autant plus qu’en face, on a Mme Parisot qui dit :« La liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail. » C’est pas mal comme négation de la puissance publique ! Parce qu’en fait d’administration, les libéraux, ils administrent, leur économie est très administrée.
Ce qui dirige les multinationales, ce sont des conseils d’administration. Nicolas Sarkozy administre tous les jours, il a même une opinion sur comment on paie chaque heure supplémentaire de ce pays. Il intervient même sur le fait qu’on va anticiper l’intéressement ou la participation et qu’on va la verser avant fin décembre. Si cela, ce n’est pas de l’administration, je ne m’y connais pas ! Et d’un certain point de vue, ce qu’ils font, c’est qu’ils privatisent l’administration. Ce qui doit nous distinguer, nous socialistes, c’est que le côté administration de l’économie, nous voulons le mettre au service de l’intérêt général par le truchement de la République et non pas par le truchement des conseils d’administration des multinationales. C’est là qu’est la différence. Parce que sinon, après, Mme Parisot nous explique la concurrence libre et non faussée...
La concurrence libre et non faussée : vous avez deux humains, un morceau de viande, il y en a un, il est plus fort que l’autre, il tue l’autre et il mange le morceau de viande. Ca, c’est la concurrence libre et non faussée. Quand la civilisation arrive, vous avez un petit peu de règles, un petit peu de loi ; alors au lieu qu’il tue l’autre, ils se partagent le morceau de viande, mais le plus gros prend le plus gros morceau de viande.
Quand la civilisation progresse encore un petit peu, alors on se le partage moitié-moitié, sans se tuer. Et quand elle progresse encore, on arrive à donner un petit peu plus de viande à celui qui est plus faible, parce qu’il en a plus besoin. Cela s’appelle la Sécurité sociale.
C’est une forme évidemment très haute de la société que les socialistes défendent ; parce que nous voulons, nous, non pas la concurrence contre le travail, nous voulons en fait que le travail, au lieu d’être exclu de la concurrence, soit constitutif du droit de la concurrence. C’est-à-dire qu’internationalement l’OIT ait autant de pouvoir que l’OMC et non pas que l’OMC exclue l’OIT. Que l’OIT ait les moyens de faire appliquer ses lois avec des sanctions, et pas seulement les commerçants. Si l’OIT est constitutive à parité avec l’OMC en défendant le droit du travail international, cela modifie bien des choses. Comme chez nous, parce que Mme Parisot, toujours, veut remplacer le droit du licenciement par la séparabilité. Maintenant, il n’y a plus de subordination, on est tous collaborateurs dans l’entreprise ; enfin on est collaborateurs jusqu’à que ce que cela aille mal et, à ce moment-là, on n’est plus du tout dans le même bateau : vous avez le patron qui s’en va avec le bateau et vous restez amarré sur le quai de l’ANPE.
Elle voudrait noyer les droits publics, les droits sociaux, le droit du travail, et ils sont en train de le faire avec une brutalité, une acidité derrière une prétendue recodification du Code du travail, où ils ont changé 500 lois en décrets, où ils ont supprimé les indemnités légales de licenciement, la limite de port de charge, les seuils sociaux, pour les renvoyer à des décrets qui ne paraîtront que le 1er mars 2008 prochain, alors que les députés sont en ce moment amenés à voter borgnes parce qu’ils votent les lois mais n’ont pas les décrets. Les décrets, c’est dans trois mois ! Et on retire des lois ce qui était le plus positif pour les salariés, et on leur dit : « Ne vous en faites pas, c’est à droit constant ; c’est à droit constant, rien ne change, on ne touche pas au Code du travail, il est le même qu’avant » et pourtant, on leur enlève des droits essentiels pour 16 millions de salariés du privé.
C’est-à-dire qu’on affaiblit la puissance publique, qu’on affaiblit la République, qu’on affaiblit les droits sociaux, qu’on retourne dans des situations de type XIXe siècle et que là, alors, c’est la concurrence libre et non faussée. Ils disent : « La vie, la santé et l’amour sont précaires, pourquoi le travail ne le serait-il pas ? »
L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de la lutte contre la précarité. Depuis 50 siècles, les humains luttent contre la précarité de la soif, de la faim, de la souffrance. On a inventé l’agriculture pour lutter contre la précarité de la cueillette ; on a inventé l’élevage pour lutter contre la précarité de la chasse, et vous avez Mme Parisot, maintenant 50 siècles après qui dit : « Erreur ! 50 siècles d’erreurs ! Retournons à la précarité, vive Cro-Magnon ! »
Cela doit être facile de défendre le socialisme face à cela ! Cela doit être facile de dire qu’on défend les 35 heures et qu’on défend la retraite à 60 ans !
Ce sont les socialistes qui ont gagné les 40 heures ; ce sont les socialistes qui ont gagné les 39 heures ; ce sont les socialistes qui ont gagné les 35 heures ; ce sont les socialistes qui ont gagné la retraite à 60 ans. Reculer devant eux, reculer face à leurs menaces, reculer face à leurs chantages, reculer face à la façon dont ils veulent détruire les droits de la République sur le marché pour se les accaparer en privé pour les multinationales, c’est ne plus être socialistes. Nous n’allons pas faire cela, n’est-ce pas ? !
09:26 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, rénovation, inégalités, 35 heures, chômage
31 mai 2008
Les socialistes et le marché (1/2)
J’ai consulté le blog de la rénovation du Parti Socialiste ! Eh oui, ça existe !
Ainsi, j’ai pu parcourir le compte-rendu du forum de la rénovation autour du thème « LES SOCIALISTES ET LE MARCHÉ », qui s’est déroulé le 15 décembre 2007 à La Villette.
Pour ceux que ça intéresse, voici l'intégralité du forum en vidéo:
Je vous épargne les poncifs habituels sur la « nécessaire régulation du marché ».
En revanche, je vous livre ci-dessous la contribution de Liêm Hoang-Ngoc. Cet économiste est membre du Conseil National du PS et maître de conférences à Paris I-Sorbonne. Il a écrit plusieurs ouvrages, le dernier en date est « Sarkonomics » aux éditions Grasset.
Il a un discours qui détonne avec le conformisme ambiant. Je le trouve particulièrement intéressant, mais je vous laisse juges…
Liêm Hoang-Ngoc :
Une offensive idéologique sans précédent tente de discréditer les idées socialistes. Elle assimile encore le socialisme au modèle soviétique. Elle somme la gauche de se convertir à l’économie de marché qu’elle réduit au capitalisme anglo-saxon. Les socialistes n’ont jamais eu de problème avec le marché. Ils ont toujours été fâchés avec le capitalisme, surtout lorsqu’il planifie le pouvoir économique des nouveaux rentiers. Ce débat est déjà ancien. Un futur jeune Premier ministre en avait fait la synthèse, il y a près de trente ans, en proclamant qu’entre le plan et le marché, il y a le socialisme !
Depuis le congrès de Metz, de l’eau a coulé sous les ponts. C’est un euphémisme, la France de Nicolas Sarkozy est moins socialiste que celle dont Laurent Fabius hérita en 1984… Mais elle l’est aussi moins que la France du Général de Gaulle… qui, à bien des égards, était bien plus socialiste que l’Angleterre de Tony Blair.
Dans la France néo-conservatrice, la rénovation du PS passe en premier lieu par la rénovation de son diagnostic économique. Notre diagnostic devrait diverger de celui de Jacques Attali, notre déjà bien ancien camarade. Son diagnostic est d’ailleurs le même celui que vient de publier le FMI. Attali nous dira dans quelques jours que les freins à la croissance sont à rechercher du côté de la concurrence faussée, des rigidités du marché du travail et du poids de l’Etat. Le monde dont il rêve, avec tous ceux qui usurpent le trône de la modernité, est le monde néo-conservateur qui régnait au début du siècle dernier. Un monde dont Keynes (qui n’était pas socialiste) écrivait en 1936 qu’il était habité par deux vices marquants : le chômage et les inégalités.
Nous sommes aujourd’hui revenus un siècle en arrière. Les chiffres récemment publiés sont têtus. Au cours de ces dix dernières années, les revenus des nouveaux rentiers et des dirigeants du capitalisme financier ont explosé, alors que le pouvoir d’achat de l’immense partie de la population baissait. La moitié de la population gagne moins de 1480 euros par mois. 7 millions de pauvres survivent avec moins de 817 euros.
Les efforts demandés aux salariés ont-ils pour contrepartie les retombées économiques annoncées !?... Même pas ! L’économie de rentier dans laquelle nous vivons est incapable d’assurer le plein-emploi. La consommation est menacée par la baisse du pouvoir d’achat. Mais surtout, les profits et l’épargne d’hier ne sont pas les investissements d’aujourd’hui, qui ne seront pas l’emploi de demain ! L’investissement ne souffre aucunement du droit du travail et du coût du travail. Il est entravé par la hausse du coût du capital consécutive aux privatisations afin d’assurer les dividendes des nouveaux rentiers. L’investissement dans les nouvelles technologies et dans les énergies renouvelables devrait être une priorité nationale ! Il est inexistant ! Nos industries ne sont pas compétitives, faute d’avoir investi ! Le commerce extérieur est chroniquement déficitaire.
Dans ce marasme, le défi que doivent relever les socialistes est de montrer que la politique peut encore agir sur la production et la répartition des richesses. La politique, c’est en premier lieu l’Etat, que nous aspirons à diriger. Un Etat que les néo-conservateurs et les néo-conservatrices veulent littéralement castrer !
L’Etat jacobin et centralisateur n’est heureusement pas devenu complètement impuissant. Il n’a jamais été en faillite et ne vit aucunement aux crochets des générations futures. Les épargnants se ruent sur ses bons du Trésor si bien qu’il peut s’endetter à des taux d’intérêt très bas. Romano Prodi a raison de le dire : le pacte de stabilité est, à cet égard, une belle stupidité. Malheureusement, la droite a gâché les marges de manœuvre dont elle disposait. Les 15 milliards du paquet fiscal auraient pu être consacrés à la politique industrielle, à la redistribution et au développement des services publics. Ils nourriront une fois de plus la spéculation boursière et immobilière.
Bien évidemment, une autre réforme fiscale était possible ! Une réforme qui rendrait l’impôt juste en étendant la sphère de l’impôt direct et progressif. Cette réforme commencerait par réduire la TVA, que la droite voulait augmenter. La baisse de 1 point de la TVA, que nos députés viennent de proposer, améliorerait immédiatement le pouvoir d’achat. Cette mesure permettrait d’injecter 6 milliards pour relancer la consommation. Son coût est 2 fois et demi inférieur à celui du paquet fiscal.
Mais, pour s’attaquer véritablement au problème du pouvoir d’achat, il faudra rompre le tabou des salaires, bloqués dans notre pays depuis 1983. Nos aînés ont su « techniquement » organiser la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. L’inflation salariale est désormais vaincue. Les travailleurs français détiennent la médaille de bronze de la productivité mondiale ! Dès lors, une hausse des salaires est possible, sans détériorer la situation des PME, qui bénéficieraient en outre de notre réforme des cotisations patronales ! Qu’on cesse de tourner autour du pot ! Notre génération, qui ne manque pas de réparateurs de logiciels socialistes en panne, saurait, « techniquement », organiser la hausse des salaires. De plus, parce la productivité s’élève avec l’économie de la connaissance, les salariés ont aussi droit à une réduction de leur peine au travail, sous forme de retraite ou de réduction du temps de travail ! Telle est la version socialiste de la théorie de la valeur-travail. Elle s’oppose aux thèses les plus éculées, refusant jusque 1848 toute législation sur la durée du travail. Celles-ci proposent aujourd’hui d’aggraver l’exploitation, d’augmenter le taux d’emploi des vieux et accusent les victimes du capitalisme d’avoir choisi d’être des assistés volontaires !
Il faut rétablir la vérité ! La durée effective du travail en France se situe dans la moyenne européenne (41h. hebdomadaires, à peu près comme en Allemagne). Les 35 h ont créé 500000 emplois sans détériorer la productivité ! Au contraire l’allongement de la durée du travail, proposé par Sarkozy, ne créera pas un emploi et ne modifiera en rien le partage du gâteau pour revaloriser le travail ! Le rachat des RTT est une véritable entourloupe. Il revient à proposer des heures supplémentaires sous-payées !
Enfin, nous aurions tort de laisser à Sarkozy et aux souverainistes le monopole de la critique de la politique économique européenne. Il n’y a pas de politique budgétaire, faute de budget européen ! Il n’y a pas d’harmonisation fiscale faute d’Europe politique ! Quant à la politique monétaire, il a fallu que Louis Gallois le reconnaisse pour que l’on se rende enfin compte que l’euro fort est source de délocalisations ! La BCE doit baisser ses taux pour que l’euro cesse de s’apprécier ! En matière de libre-échange, il faut cesser d’être dogmatique : Le tarif extérieur commun doit être relevé pour protéger nos industries et nos emplois !
La gauche ne doit pas commettre l’erreur de se contenter d’une simple opposition méthode. Un bon socialiste n’est pas un socialiste de droite ! Il a le droit et le devoir de défendre son camp, lui aussi, sans complexe. Pour contrer une vraie politique de droite, nos électeurs attendent une véritable opposition de gauche.
C’est à cette condition que nous redonnerons vie au vrai débat politique !
08:55 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, rénovation, inégalités, impôts
30 mai 2008
Le nom de la rose
Comme beaucoup de militants socialistes, j'imagine, je suis atteré par le pseudo-débat sur la compatibilité du socialisme et du libéralisme auquel se livre les prétendants au poste de premier secrétaire.
Ce débat, d'une portée théorique aussi fondamentale que celui sur le sexe des anges ou la couleur du cheval blanc d'Henry IV, était-il vraiment indispensable ?
Alors que tous les jours, les coups pleuvent contre le droit du travail, la protection sociale, la fiscalité...les responsables du parti socialiste débatent pour savoir si, oui ou non, on peut être socialiste et libéral, et font de subtiles distinction entre libéralisme économique et libéralisme politique.
On croit rêver...
Tiens, ça me fait penser à une scène du film "Le nom de la rose" (ça ne s'invente pas!).

On y voit des évêques embagousés, confits dans leur fatuité, débattre pour savoir si, oui ou non, le Christ était popriétaire de l'habit qui le vêtait. Pendant que, sous leurs fenêtres, les gueux disputent des restes de nourritures aux animaux... Ca ne vous rappelle rien ? Non ?

PP
09:40 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, rénovation, Royal
23 mai 2008
L’œuf ou la poule ?
Qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf ou la poule ?
Cette éternelle question me fait penser à la situation actuelle du Parti Socialiste !
Faut-il d’abord se mettre d’accord sur les idées ou choisir un chef ?
Est-ce le « chef » qui doit imposer ses idées ou les idées qui doivent aboutir au choix de celui (ou celle) qui sera le mieux à même de les incarner ? La droite a réglé la question depuis belle lurette en choisissant un chef. Même s’il est de plus en plus contesté, personne n’ose ouvertement s’opposer à lui.
Les idées d’abord ou le chef ? Au PS, si on a du mal à discerner des propositions cohérentes sur les grands sujets, ce ne sont pas les chefs potentiels qui manquent : Royal, Delanoë, Aubry, Valls, Dray, Moscovici, Fabius, Strauss-Kahn… Que ceux que j’ai oubliés veuillent bien m’excuser !
Toujours prompts à expliquer les raisons des échecs, à dire ce qu’il n’aurait pas fallu faire, ils sont moins loquaces lorsqu’il s’agit de proposer une vision de la société.
Qu’est-ce qui fait la légitimité d’un chef ? Quelle est cette étrange alchimie qui fait dire, sans hésitation, « c’est lui » ? Pourquoi est-il si difficile aujourd'hui d’identifier un leader ? Par exemple, aux Etats-Unis, c’est la première fois qu’il est si difficile de départager les candidats à l’investiture démocrate. Cette tendance serait-elle l’apanage de la gauche ? Pas si sûr… Si Nicolas Sarkozy se retirait de la vie politique demain (on peut rêver), le bal des prétendants à sa succession ne serait pas triste : Fillon, Copé, Bertrand, pourquoi pas Villepin, le retour ?
La raison à tout cela ne réside-t-elle pas dans la recherche systématique du consensus : à vouloir contenter tout le monde, on ne satisfait personne. La médiocrité des propositions (on dit aujourd’hui, « l’offre politique ») induit la tiédeur des réactions. A quoi bon se prononcer pour tel ou telle, s’ils sont interchangeables ? Si leurs idées ne diffèrent qu’à la marge ?
Si Nicolas Sarkozy a gagné l’élection présidentielle, c’est qu’il a réussi un « hold-up » idéologique en faisant croire qu’il apportait des idées nouvelles. Il s’avère aujourd’hui, et ce n’est guère surprenant, qu’elles sont inefficaces et d’ailleurs pas forcément nouvelles, mais c’est une autre histoire !
Quoiqu’il en soit, nous avons le sentiment que nous devons faire face à des changements, des bouleversements majeurs dans la marche du monde, et que nous propose-t-on ? Des petits bricolages : un an de cotisation en plus par là, ou encore des heures supp. ou des franchises médicales par ici …
Alors que les grands enjeux sont européens, voire planétaires : protection de l’environnement, montée en puissance des pays émergents, régulation de la finance mondiale…
Alors que le bon sens milite pour une harmonisation fiscale et sociale de l’Europe, on veut nous faire croire que la France peut s’en sortir seule, voire au détriment de ses voisins (comme l’a fait l’Allemagne du social-démocrate Schroeder, d’ailleurs).
Mais revenons à la problématique initiale : le chef ou les idées ?
J’ai du mal à imaginer une réflexion sereine sur fond de combat à fleuret moucheté voire à couteaux tirés !
Qu’est-ce qui fait que l’on veuille devenir un responsable politique ; la volonté de servir ses concitoyens ou la satisfaction de son ego ? Il y a forcément un peu des deux, le problème, c’est que de plus en plus souvent, c’est la deuxième motivation qui prend largement le pas sur la première. Lorsque la quête du pouvoir est vécue comme une fin en soi, il n’est pas surprenant que la question des idées soit reléguée au second plan, et que finalement, tout le monde pense plus ou moins la même chose sur la plupart des sujets. Certes, lorsque l’on est dans l’opposition, il y a bien quelques effets de manche, mais c’est tout.
L’idéal, ce serait un chef avec des idées !
Etre socialiste, qu’est-ce que ça signifie ?
Etre socialiste, c’est lutter farouchement contre les inégalités. C’est refuser de croire que la situation de chacun est le résultat exclusif de ses actes. La société a des responsabilités, notamment vis-à-vis des plus fragiles de ses membres.
Les inégalités, elles existent, parfois sournoises et indicibles, parfois criantes et concrètes : l’obésité touche 25% des plus pauvres, un ouvrier a une espérance de vie 6 ans inférieure à celle d’un cadre… La France est un des pays développés où les inégalités se transmettent le plus d’une génération à l’autre.
On nous dit que faisons tous plus ou moins partie d’une « classe moyenne », qu’il n’y a plus lieu de raisonner en termes de classes sociales, que nous avons tous les mêmes intérêts. Les intérêts des 10% des français qui possèdent 46% du patrimoine sont-ils a priori les mêmes que ceux du reste de la population ? Pourquoi alors le business de « l’optimisation fiscale » est-il si florissant ? Tant de trésors d’ingéniosité et d’astuce déployés pour s’affranchir de la solidarité nationale…Malgré tous les progrès humains, les instincts, eux, n’évoluent pas. La cupidité, l’égoïsme sont toujours d’actualité, renforcés même par la glorification de l’individualisme (« responsabilisation ») prôné par les libéraux de tous bords.
Plus que jamais, la lutte est nécessaire pour réaffirmer la suprématie de la coopération sur la compétition, de la solidarité sur l’individualisme.
Mais au-delà des engagements sur les principes et les valeurs, il est nécessaire d’avoir des réponses fortes, précises et cohérentes sur des sujets concrets.
Je vous en livre, en vrac, quelques uns :
* le rôle de l’Etat et des servies publics
* le financement de la protection sociale et des retraites
* l’indemnisation du chômage et la formation des chômeurs
* la formation continue
* la politique industrielle
* la réforme des collectivités territoriales (régions, départements, intercommunalité)
* le projet européen
* la régulation de la finance mondiale
* la fiscalité (des personnes physiques, des entreprises, du patrimoine, …)
* le système éducatif (de l’école primaire à l’université)
* la protection de l’environnement et la fiscalité environnementale (taxe carbone,…)
* le système de santé
* l’assurance maladie
* la justice (et ses moyens)
* la sécurité (violence, agressions physiques…)
* l’impact des normes comptables IFRS sur les entreprises
* le développement des PME
* la rémunération et l’implantation des professionnels de santé
* l’immigration
* le logement
* la surpopulation carcérale
* …
Sur tous ces sujets (et bien d’autres), le PS n’a pas de propositions audibles. Nous ne pouvons pas nous contenter « d’adapter ce qui marche ailleurs », ce qui semble être (à droite comme à gauche) le nec plus ultra en matière « d’offre politique ». C’est oublier qu’une loi n’est pas qu’une mesure technique, elle s’insère dans un ensemble global, elle est issue d’une histoire collective…
La France est toujours l’une des toutes premières puissances économiques mondiales, elle a forcément les ressources pour proposer des solutions originales (ce qui n’interdit pas de regarder ce qui se passe ailleurs) ; des solutions dont les autres pays pourraient, pourquoi pas, s’inspirer par la suite !
PP
18:44 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, rénovation, inégalités, impôts




