15 juin 2008

Etre socialiste…

Alors même que certains responsables du Parti socialistes estiment que le socialisme est désormais une « idée dépassée », être socialiste a-t-il encore une signification ?

Etre socialiste…
Etre socialiste, c’est réaffirmer la notion de solidarité : solidarité entre territoires, solidarité entre générations, solidarité entre travailleurs et chômeurs, solidarité entre malades et biens portants, solidarité entre riches et pauvres…
Etre socialiste, c’est comprendre que la force d’une société se mesure à celle de ses éléments les plus faibles. En période de difficultés économiques, il est tentant de faire supporter aux plus vulnérables les efforts d’ajustements. Etre socialiste, c’est s’opposer à cette tendance « naturelle ».
Etre socialiste, c’est refuser de tomber dans l’alternative caricaturale et stérile « assistanat / responsabilisation ».
Etre socialiste, c’est aussi mesurer à quel point les inégalités, loin de dynamiser la société, ne font que susciter des frustrations. Ces frustrations sont par ailleurs exacerbées par un marketing outrancier qui flatte les pulsions consuméristes et érige l’ostentation en valeur fondamentale. Ces frustrations se traduisent de plus en plus par des tensions sociales, qui conduisent à la violence. La violence est une déchirure profonde dans le contrat social.
Etre socialiste, c’est proposer un autre idéal de vie que la seule recherche du « pouvoir d’achat », qui fait du « low cost » un modèle de société.
Etre socialiste, c’est affirmer qu’un pays n’est pas qu’une simple juxtaposition d’entreprises dont il conviendrait d’améliorer à tout prix la compétitivité, au bénéfice de quelques uns seulement.
Etre socialiste, c’est avoir foi dans le développement du capital humain, c’est être convaincu que l’investissement le plus rentable est l’éducation. A cet égard, l’échec scolaire est une perte incommensurable pour le pays. Lorsqu’un enfant quitte l’école sans qualification, nous devons tous nous sentir personnellement concernés.
Etre socialiste, c’est ne pas se désintéresser non plus de l’entreprise, c’est être en faveur d’une vraie politique industrielle tant il est vrai qu’une économie qui ne fabrique plus est condamnée à s’appauvrir, faute d’innovation.
Etre socialiste, c’est être conscient des enjeux internationaux et comprendre que notre futur est indissociable du reste de la planète et notamment de l’Europe.
Etre socialiste enfin, c’est réaffirmer avec force le rôle de l’Etat dans des domaines que le marché ne peut prendre en compte de façon satisfaisante : l’éducation, la santé, la justice, l’énergie, les infrastructures, la protection sociale,…

Etat et impôt : deux concepts si modernes…
Pour que l’Etat soit fort, que son rôle soit incontestable, il doit être efficace. Mais, contrairement à ce que veulent faire croire les libéraux, « efficacité » n’est pas forcément synonyme de « réduction des moyens ». L’efficacité, c’est atteindre ses objectifs. Il est donc nécessaire au préalable, de définir précisément les objectifs de l’Etat.
Non seulement l’Etat doit être efficace, mais il doit être efficient. C’est-à-dire qu’il doit utiliser au mieux ses ressources pour atteindre ses objectifs. C’est à ce prix que le consentement à l’impôt sera renforcé. Car le bon niveau de l’impôt, ce n’est pas « le moins possible » comme l’affirment tous les démagogues. C’est le niveau qui permet de mettre en œuvre dans de bonnes conditions les biens et services publics, les politiques de protection sociale et de redistribution. Loin d’être un débat purement technique, la réflexion sur la fiscalité est éminemment politique. Une fiscalité plus juste et plus redistributrice est un impératif pour affronter les défis de demain : mondialisation, protection de l’environnement, vieillissement de la population…
La fiscalité est la traduction chiffrée du choix de société, l’incontournable corollaire des politiques publiques.

PP

03 juin 2008

Bob Ricard et montre-calculatrice...

38b1a948b02c21a76c2729dd83bb09f2.jpgLe retour au premier plan de Martine Aubry a provoqué une réaction amusée et ironique d’un strauss-kahnien : « Avec Aubry, c’est comme si le bob Ricard des années 1980 était de retour ».



5a0262096c92e359a691419ea9863570.jpgMais au fait, à quel objet des années 80 pourrait-on comparer le mentor de ce fin commentateur ? Pourquoi pas à la « montre-calculatrice » : à l’époque ça paraissait moderne mais, avec le recul on se rend compte que c’est ringard et inutile !






Quoiqu’il en soit, merci à Martine Aubry d’avoir osé dire qu’elle était fière d’être socialiste, sans juger utile d’ajouter le moindre adjectif (« libérale », « moderne », « réformiste »…).


PP

01 juin 2008

Les socialistes et le marché (2/2)

Une autre voix détonnante au sein du doux ron-ron du PS : Gérard Filoche. Inspecteur du travail, il est un acien militant de la Ligue communiste révolutionnaire. Il rejoint en 1995 le Parti socialiste avec 150 autres militants et intègre immédiatement son conseil national. De 2000 à 2005, il est membre du bureau national du Parti socialiste. Inutile de préciser qu'il fait toujours partie de la gauche du PS !


Gérard Filoche :

En écoutant, je me rappelais les trois grandes conventions de 1996 où nous votions, pour essayer de me souvenir du chemin parcouru. Nous y avions voté, pour parler des rapports entre la puissance publique et le marché, le principe de rétablir un contrôle de la puissance publique sur les licenciements. Nous l’avons voté encore dans nos congrès jusqu’en 1998 je crois, encore en 2000 à Grenoble, puis on ne l’a plus fait. Je demandais pourquoi, et une de mes camarades bien placée m’a dit : « Parce qu’on tomberait dans une économie administrée. » Et elle a ajouté : « Tu comprends, si c’est nous qui contrôlons les licenciements, les salariés viendront manifester sous nos fenêtres, alors que c’est les patrons qui licencient. »

Alors je me suis dis : d’abord, je vais lui répondre qu’entre 1975 et 1986, en France, il y avait un contrôle administratif sur les licenciements sans qu’on soit pour autant dans une économie administrée.
Après, je me suis dit, je vais lui dire : « C’est normal que les salariés viennent manifester sous nos fenêtres, parce que c’est à nous qu’ils demandent d’intervenir pour ne pas que les patrons les licencient injustement et c’est le rôle de la puissance publique que de le faire plutôt que de les laisser à la merci de multinationales qui pour deux points de profit vont mettre à bas des entreprises qui fonctionnent parfaitement, qui sont compétentes et qui marchent, comme Hewlett Packard par exemple. » Et je me suis dit : « Il faut continuer à défendre l’idée que la puissance publique doit l’emporter sur le marché, cela doit s’incarner par des lois ; que les lois de la République l’emportent sur le marché. » D’autant plus qu’en face, on a Mme Parisot qui dit :« La liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail. » C’est pas mal comme négation de la puissance publique ! Parce qu’en fait d’administration, les libéraux, ils administrent, leur économie est très administrée.

Ce qui dirige les multinationales, ce sont des conseils d’administration. Nicolas Sarkozy administre tous les jours, il a même une opinion sur comment on paie chaque heure supplémentaire de ce pays. Il intervient même sur le fait qu’on va anticiper l’intéressement ou la participation et qu’on va la verser avant fin décembre. Si cela, ce n’est pas de l’administration, je ne m’y connais pas ! Et d’un certain point de vue, ce qu’ils font, c’est qu’ils privatisent l’administration. Ce qui doit nous distinguer, nous socialistes, c’est que le côté administration de l’économie, nous voulons le mettre au service de l’intérêt général par le truchement de la République et non pas par le truchement des conseils d’administration des multinationales. C’est là qu’est la différence. Parce que sinon, après, Mme Parisot nous explique la concurrence libre et non faussée...

La concurrence libre et non faussée : vous avez deux humains, un morceau de viande, il y en a un, il est plus fort que l’autre, il tue l’autre et il mange le morceau de viande. Ca, c’est la concurrence libre et non faussée. Quand la civilisation arrive, vous avez un petit peu de règles, un petit peu de loi ; alors au lieu qu’il tue l’autre, ils se partagent le morceau de viande, mais le plus gros prend le plus gros morceau de viande.
Quand la civilisation progresse encore un petit peu, alors on se le partage moitié-moitié, sans se tuer. Et quand elle progresse encore, on arrive à donner un petit peu plus de viande à celui qui est plus faible, parce qu’il en a plus besoin. Cela s’appelle la Sécurité sociale.

C’est une forme évidemment très haute de la société que les socialistes défendent ; parce que nous voulons, nous, non pas la concurrence contre le travail, nous voulons en fait que le travail, au lieu d’être exclu de la concurrence, soit constitutif du droit de la concurrence. C’est-à-dire qu’internationalement l’OIT ait autant de pouvoir que l’OMC et non pas que l’OMC exclue l’OIT. Que l’OIT ait les moyens de faire appliquer ses lois avec des sanctions, et pas seulement les commerçants. Si l’OIT est constitutive à parité avec l’OMC en défendant le droit du travail international, cela modifie bien des choses. Comme chez nous, parce que Mme Parisot, toujours, veut remplacer le droit du licenciement par la séparabilité. Maintenant, il n’y a plus de subordination, on est tous collaborateurs dans l’entreprise ; enfin on est collaborateurs jusqu’à que ce que cela aille mal et, à ce moment-là, on n’est plus du tout dans le même bateau : vous avez le patron qui s’en va avec le bateau et vous restez amarré sur le quai de l’ANPE.

Elle voudrait noyer les droits publics, les droits sociaux, le droit du travail, et ils sont en train de le faire avec une brutalité, une acidité derrière une prétendue recodification du Code du travail, où ils ont changé 500 lois en décrets, où ils ont supprimé les indemnités légales de licenciement, la limite de port de charge, les seuils sociaux, pour les renvoyer à des décrets qui ne paraîtront que le 1er mars 2008 prochain, alors que les députés sont en ce moment amenés à voter borgnes parce qu’ils votent les lois mais n’ont pas les décrets. Les décrets, c’est dans trois mois ! Et on retire des lois ce qui était le plus positif pour les salariés, et on leur dit : « Ne vous en faites pas, c’est à droit constant ; c’est à droit constant, rien ne change, on ne touche pas au Code du travail, il est le même qu’avant » et pourtant, on leur enlève des droits essentiels pour 16 millions de salariés du privé.
C’est-à-dire qu’on affaiblit la puissance publique, qu’on affaiblit la République, qu’on affaiblit les droits sociaux, qu’on retourne dans des situations de type XIXe siècle et que là, alors, c’est la concurrence libre et non faussée. Ils disent : « La vie, la santé et l’amour sont précaires, pourquoi le travail ne le serait-il pas ? »

L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de la lutte contre la précarité. Depuis 50 siècles, les humains luttent contre la précarité de la soif, de la faim, de la souffrance. On a inventé l’agriculture pour lutter contre la précarité de la cueillette ; on a inventé l’élevage pour lutter contre la précarité de la chasse, et vous avez Mme Parisot, maintenant 50 siècles après qui dit : « Erreur ! 50 siècles d’erreurs ! Retournons à la précarité, vive Cro-Magnon ! »
Cela doit être facile de défendre le socialisme face à cela ! Cela doit être facile de dire qu’on défend les 35 heures et qu’on défend la retraite à 60 ans !
Ce sont les socialistes qui ont gagné les 40 heures ; ce sont les socialistes qui ont gagné les 39 heures ; ce sont les socialistes qui ont gagné les 35 heures ; ce sont les socialistes qui ont gagné la retraite à 60 ans. Reculer devant eux, reculer face à leurs menaces, reculer face à leurs chantages, reculer face à la façon dont ils veulent détruire les droits de la République sur le marché pour se les accaparer en privé pour les multinationales, c’est ne plus être socialistes. Nous n’allons pas faire cela, n’est-ce pas ? !

31 mai 2008

Les socialistes et le marché (1/2)

J’ai consulté le blog de la rénovation du Parti Socialiste ! Eh oui, ça existe !
Ainsi, j’ai pu parcourir le compte-rendu du forum de la rénovation autour du thème « LES SOCIALISTES ET LE MARCHÉ », qui s’est déroulé le 15 décembre 2007 à La Villette.

Pour ceux que ça intéresse, voici l'intégralité du forum en vidéo:



Je vous épargne les poncifs habituels sur la « nécessaire régulation du marché ».
En revanche, je vous livre ci-dessous la contribution de Liêm Hoang-Ngoc. Cet économiste est membre du Conseil National du PS et maître de conférences à Paris I-Sorbonne. Il a écrit plusieurs ouvrages, le dernier en date est « Sarkonomics » aux éditions Grasset.

Il a un discours qui détonne avec le conformisme ambiant. Je le trouve particulièrement intéressant, mais je vous laisse juges…

Liêm Hoang-Ngoc :
Une offensive idéologique sans précédent tente de discréditer les idées socialistes. Elle assimile encore le socialisme au modèle soviétique. Elle somme la gauche de se convertir à l’économie de marché qu’elle réduit au capitalisme anglo-saxon. Les socialistes n’ont jamais eu de problème avec le marché. Ils ont toujours été fâchés avec le capitalisme, surtout lorsqu’il planifie le pouvoir économique des nouveaux rentiers. Ce débat est déjà ancien. Un futur jeune Premier ministre en avait fait la synthèse, il y a près de trente ans, en proclamant qu’entre le plan et le marché, il y a le socialisme !
Depuis le congrès de Metz, de l’eau a coulé sous les ponts. C’est un euphémisme, la France de Nicolas Sarkozy est moins socialiste que celle dont Laurent Fabius hérita en 1984… Mais elle l’est aussi moins que la France du Général de Gaulle… qui, à bien des égards, était bien plus socialiste que l’Angleterre de Tony Blair.

Dans la France néo-conservatrice, la rénovation du PS passe en premier lieu par la rénovation de son diagnostic économique. Notre diagnostic devrait diverger de celui de Jacques Attali, notre déjà bien ancien camarade. Son diagnostic est d’ailleurs le même celui que vient de publier le FMI. Attali nous dira dans quelques jours que les freins à la croissance sont à rechercher du côté de la concurrence faussée, des rigidités du marché du travail et du poids de l’Etat. Le monde dont il rêve, avec tous ceux qui usurpent le trône de la modernité, est le monde néo-conservateur qui régnait au début du siècle dernier. Un monde dont Keynes (qui n’était pas socialiste) écrivait en 1936 qu’il était habité par deux vices marquants : le chômage et les inégalités.

Nous sommes aujourd’hui revenus un siècle en arrière. Les chiffres récemment publiés sont têtus. Au cours de ces dix dernières années, les revenus des nouveaux rentiers et des dirigeants du capitalisme financier ont explosé, alors que le pouvoir d’achat de l’immense partie de la population baissait. La moitié de la population gagne moins de 1480 euros par mois. 7 millions de pauvres survivent avec moins de 817 euros.
Les efforts demandés aux salariés ont-ils pour contrepartie les retombées économiques annoncées !?... Même pas ! L’économie de rentier dans laquelle nous vivons est incapable d’assurer le plein-emploi. La consommation est menacée par la baisse du pouvoir d’achat. Mais surtout, les profits et l’épargne d’hier ne sont pas les investissements d’aujourd’hui, qui ne seront pas l’emploi de demain ! L’investissement ne souffre aucunement du droit du travail et du coût du travail. Il est entravé par la hausse du coût du capital consécutive aux privatisations afin d’assurer les dividendes des nouveaux rentiers. L’investissement dans les nouvelles technologies et dans les énergies renouvelables devrait être une priorité nationale ! Il est inexistant ! Nos industries ne sont pas compétitives, faute d’avoir investi ! Le commerce extérieur est chroniquement déficitaire.

Dans ce marasme, le défi que doivent relever les socialistes est de montrer que la politique peut encore agir sur la production et la répartition des richesses. La politique, c’est en premier lieu l’Etat, que nous aspirons à diriger. Un Etat que les néo-conservateurs et les néo-conservatrices veulent littéralement castrer !
L’Etat jacobin et centralisateur n’est heureusement pas devenu complètement impuissant. Il n’a jamais été en faillite et ne vit aucunement aux crochets des générations futures. Les épargnants se ruent sur ses bons du Trésor si bien qu’il peut s’endetter à des taux d’intérêt très bas. Romano Prodi a raison de le dire : le pacte de stabilité est, à cet égard, une belle stupidité. Malheureusement, la droite a gâché les marges de manœuvre dont elle disposait. Les 15 milliards du paquet fiscal auraient pu être consacrés à la politique industrielle, à la redistribution et au développement des services publics. Ils nourriront une fois de plus la spéculation boursière et immobilière.

Bien évidemment, une autre réforme fiscale était possible ! Une réforme qui rendrait l’impôt juste en étendant la sphère de l’impôt direct et progressif. Cette réforme commencerait par réduire la TVA, que la droite voulait augmenter. La baisse de 1 point de la TVA, que nos députés viennent de proposer, améliorerait immédiatement le pouvoir d’achat. Cette mesure permettrait d’injecter 6 milliards pour relancer la consommation. Son coût est 2 fois et demi inférieur à celui du paquet fiscal.

Mais, pour s’attaquer véritablement au problème du pouvoir d’achat, il faudra rompre le tabou des salaires, bloqués dans notre pays depuis 1983. Nos aînés ont su « techniquement » organiser la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. L’inflation salariale est désormais vaincue. Les travailleurs français détiennent la médaille de bronze de la productivité mondiale ! Dès lors, une hausse des salaires est possible, sans détériorer la situation des PME, qui bénéficieraient en outre de notre réforme des cotisations patronales ! Qu’on cesse de tourner autour du pot ! Notre génération, qui ne manque pas de réparateurs de logiciels socialistes en panne, saurait, « techniquement », organiser la hausse des salaires. De plus, parce la productivité s’élève avec l’économie de la connaissance, les salariés ont aussi droit à une réduction de leur peine au travail, sous forme de retraite ou de réduction du temps de travail ! Telle est la version socialiste de la théorie de la valeur-travail. Elle s’oppose aux thèses les plus éculées, refusant jusque 1848 toute législation sur la durée du travail. Celles-ci proposent aujourd’hui d’aggraver l’exploitation, d’augmenter le taux d’emploi des vieux et accusent les victimes du capitalisme d’avoir choisi d’être des assistés volontaires !

Il faut rétablir la vérité ! La durée effective du travail en France se situe dans la moyenne européenne (41h. hebdomadaires, à peu près comme en Allemagne). Les 35 h ont créé 500000 emplois sans détériorer la productivité ! Au contraire l’allongement de la durée du travail, proposé par Sarkozy, ne créera pas un emploi et ne modifiera en rien le partage du gâteau pour revaloriser le travail ! Le rachat des RTT est une véritable entourloupe. Il revient à proposer des heures supplémentaires sous-payées !

Enfin, nous aurions tort de laisser à Sarkozy et aux souverainistes le monopole de la critique de la politique économique européenne. Il n’y a pas de politique budgétaire, faute de budget européen ! Il n’y a pas d’harmonisation fiscale faute d’Europe politique ! Quant à la politique monétaire, il a fallu que Louis Gallois le reconnaisse pour que l’on se rende enfin compte que l’euro fort est source de délocalisations ! La BCE doit baisser ses taux pour que l’euro cesse de s’apprécier ! En matière de libre-échange, il faut cesser d’être dogmatique : Le tarif extérieur commun doit être relevé pour protéger nos industries et nos emplois !

La gauche ne doit pas commettre l’erreur de se contenter d’une simple opposition méthode. Un bon socialiste n’est pas un socialiste de droite ! Il a le droit et le devoir de défendre son camp, lui aussi, sans complexe. Pour contrer une vraie politique de droite, nos électeurs attendent une véritable opposition de gauche.

C’est à cette condition que nous redonnerons vie au vrai débat politique !

30 mai 2008

Le nom de la rose

Comme beaucoup de militants socialistes, j'imagine, je suis atteré par le pseudo-débat sur la compatibilité du socialisme et du libéralisme auquel se livre les prétendants au poste de premier secrétaire.
Ce débat, d'une portée théorique aussi fondamentale que celui sur le sexe des anges ou la couleur du cheval blanc d'Henry IV, était-il vraiment indispensable ?

Alors que tous les jours, les coups pleuvent contre le droit du travail, la protection sociale, la fiscalité...les responsables du parti socialiste débatent pour savoir si, oui ou non, on peut être socialiste et libéral, et font de subtiles distinction entre libéralisme économique et libéralisme politique.
On croit rêver...

Tiens, ça me fait penser à une scène du film "Le nom de la rose" (ça ne s'invente pas!).

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On y voit des évêques embagousés, confits dans leur fatuité, débattre pour savoir si, oui ou non, le Christ était popriétaire de l'habit qui le vêtait. Pendant que, sous leurs fenêtres, les gueux disputent des restes de nourritures aux animaux... Ca ne vous rappelle rien ? Non ?

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PP

23 mai 2008

L’œuf ou la poule ?

Qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf ou la poule ?
Cette éternelle question me fait penser à la situation actuelle du Parti Socialiste !
Faut-il d’abord se mettre d’accord sur les idées ou choisir un chef ?
Est-ce le « chef » qui doit imposer ses idées ou les idées qui doivent aboutir au choix de celui (ou celle) qui sera le mieux à même de les incarner ? La droite a réglé la question depuis belle lurette en choisissant un chef. Même s’il est de plus en plus contesté, personne n’ose ouvertement s’opposer à lui.

Les idées d’abord ou le chef ? Au PS, si on a du mal à discerner des propositions cohérentes sur les grands sujets, ce ne sont pas les chefs potentiels qui manquent : Royal, Delanoë, Aubry, Valls, Dray, Moscovici, Fabius, Strauss-Kahn… Que ceux que j’ai oubliés veuillent bien m’excuser !
Toujours prompts à expliquer les raisons des échecs, à dire ce qu’il n’aurait pas fallu faire, ils sont moins loquaces lorsqu’il s’agit de proposer une vision de la société.

Qu’est-ce qui fait la légitimité d’un chef ? Quelle est cette étrange alchimie qui fait dire, sans hésitation, « c’est lui » ? Pourquoi est-il si difficile aujourd'hui d’identifier un leader ? Par exemple, aux Etats-Unis, c’est la première fois qu’il est si difficile de départager les candidats à l’investiture démocrate. Cette tendance serait-elle l’apanage de la gauche ? Pas si sûr… Si Nicolas Sarkozy se retirait de la vie politique demain (on peut rêver), le bal des prétendants à sa succession ne serait pas triste : Fillon, Copé, Bertrand, pourquoi pas Villepin, le retour ?
La raison à tout cela ne réside-t-elle pas dans la recherche systématique du consensus : à vouloir contenter tout le monde, on ne satisfait personne. La médiocrité des propositions (on dit aujourd’hui, « l’offre politique ») induit la tiédeur des réactions. A quoi bon se prononcer pour tel ou telle, s’ils sont interchangeables ? Si leurs idées ne diffèrent qu’à la marge ?
Si Nicolas Sarkozy a gagné l’élection présidentielle, c’est qu’il a réussi un « hold-up » idéologique en faisant croire qu’il apportait des idées nouvelles. Il s’avère aujourd’hui, et ce n’est guère surprenant, qu’elles sont inefficaces et d’ailleurs pas forcément nouvelles, mais c’est une autre histoire !

Quoiqu’il en soit, nous avons le sentiment que nous devons faire face à des changements, des bouleversements majeurs dans la marche du monde, et que nous propose-t-on ? Des petits bricolages : un an de cotisation en plus par là, ou encore des heures supp. ou des franchises médicales par ici …
Alors que les grands enjeux sont européens, voire planétaires : protection de l’environnement, montée en puissance des pays émergents, régulation de la finance mondiale…
Alors que le bon sens milite pour une harmonisation fiscale et sociale de l’Europe, on veut nous faire croire que la France peut s’en sortir seule, voire au détriment de ses voisins (comme l’a fait l’Allemagne du social-démocrate Schroeder, d’ailleurs).

Mais revenons à la problématique initiale : le chef ou les idées ?
J’ai du mal à imaginer une réflexion sereine sur fond de combat à fleuret moucheté voire à couteaux tirés !
Qu’est-ce qui fait que l’on veuille devenir un responsable politique ; la volonté de servir ses concitoyens ou la satisfaction de son ego ? Il y a forcément un peu des deux, le problème, c’est que de plus en plus souvent, c’est la deuxième motivation qui prend largement le pas sur la première. Lorsque la quête du pouvoir est vécue comme une fin en soi, il n’est pas surprenant que la question des idées soit reléguée au second plan, et que finalement, tout le monde pense plus ou moins la même chose sur la plupart des sujets. Certes, lorsque l’on est dans l’opposition, il y a bien quelques effets de manche, mais c’est tout.
L’idéal, ce serait un chef avec des idées !

Etre socialiste, qu’est-ce que ça signifie ?
Etre socialiste, c’est lutter farouchement contre les inégalités. C’est refuser de croire que la situation de chacun est le résultat exclusif de ses actes. La société a des responsabilités, notamment vis-à-vis des plus fragiles de ses membres.
Les inégalités, elles existent, parfois sournoises et indicibles, parfois criantes et concrètes : l’obésité touche 25% des plus pauvres, un ouvrier a une espérance de vie 6 ans inférieure à celle d’un cadre… La France est un des pays développés où les inégalités se transmettent le plus d’une génération à l’autre.
On nous dit que faisons tous plus ou moins partie d’une « classe moyenne », qu’il n’y a plus lieu de raisonner en termes de classes sociales, que nous avons tous les mêmes intérêts. Les intérêts des 10% des français qui possèdent 46% du patrimoine sont-ils a priori les mêmes que ceux du reste de la population ? Pourquoi alors le business de « l’optimisation fiscale » est-il si florissant ? Tant de trésors d’ingéniosité et d’astuce déployés pour s’affranchir de la solidarité nationale…Malgré tous les progrès humains, les instincts, eux, n’évoluent pas. La cupidité, l’égoïsme sont toujours d’actualité, renforcés même par la glorification de l’individualisme (« responsabilisation ») prôné par les libéraux de tous bords.
Plus que jamais, la lutte est nécessaire pour réaffirmer la suprématie de la coopération sur la compétition, de la solidarité sur l’individualisme.
Mais au-delà des engagements sur les principes et les valeurs, il est nécessaire d’avoir des réponses fortes, précises et cohérentes sur des sujets concrets.

Je vous en livre, en vrac, quelques uns :
* le rôle de l’Etat et des servies publics
* le financement de la protection sociale et des retraites
* l’indemnisation du chômage et la formation des chômeurs
* la formation continue
* la politique industrielle
* la réforme des collectivités territoriales (régions, départements, intercommunalité)
* le projet européen
* la régulation de la finance mondiale
* la fiscalité (des personnes physiques, des entreprises, du patrimoine, …)
* le système éducatif (de l’école primaire à l’université)
* la protection de l’environnement et la fiscalité environnementale (taxe carbone,…)
* le système de santé
* l’assurance maladie
* la justice (et ses moyens)
* la sécurité (violence, agressions physiques…)
* l’impact des normes comptables IFRS sur les entreprises
* le développement des PME
* la rémunération et l’implantation des professionnels de santé
* l’immigration
* le logement
* la surpopulation carcérale
* …

Sur tous ces sujets (et bien d’autres), le PS n’a pas de propositions audibles. Nous ne pouvons pas nous contenter « d’adapter ce qui marche ailleurs », ce qui semble être (à droite comme à gauche) le nec plus ultra en matière « d’offre politique ». C’est oublier qu’une loi n’est pas qu’une mesure technique, elle s’insère dans un ensemble global, elle est issue d’une histoire collective…
La France est toujours l’une des toutes premières puissances économiques mondiales, elle a forcément les ressources pour proposer des solutions originales (ce qui n’interdit pas de regarder ce qui se passe ailleurs) ; des solutions dont les autres pays pourraient, pourquoi pas, s’inspirer par la suite !
PP

06 mai 2008

Manuel Valls, franchement réformiste...

3f66fc9cb39899db308aa0e2015ae949.jpgDans un entretien accordé au journal Le Parisien, Manuel Valls (député PS) appelle de ses vœux une gauche « franchement réformiste». Il est très incisif sur les retraites : « Aujourd’hui, on vit plus longtemps en meilleure santé…Sous certaines conditions – travail des seniors, augmentation des petites retraites, pénibilité – cotiser et travailler plus longtemps est donc inévitable. Dire le contraire, c’est mentir. »

Non, Mr Valls, ne vous en déplaise, dire le contraire c’est ne pas être d’accord avec vous et avec tous les partisans de la « seule politique possible ». Quelle drôle de conception du débat que de disqualifier d’emblée ceux qui n’ont pas le même avis que vous ! La démocratie, c’est la confrontation des opinions, ce n’est pas la confiscation du débat par ceux qui savent ou du moins qui prétendent savoir ! Cette façon de faire, d’ailleurs très en vogue parmi les « modernes » s’apparente tout simplement au totalitarisme.

Mr Valls, la gauche « moderne » que vous appelez de vos vœux a échoué partout. Il suffit par exemple de regarder les résultats des élections locales au Royaume Uni où le parti travailliste arrive en 3ème position avec seulement 24% des suffrages. On peut aussi se tourner vers l’Allemagne où la gauche « franchement réformiste » est contrainte de gouverner avec les conservateurs du CDU. Et l’Italie, où le moderne Veltroni a été battu par le dinosaure Berlusconi, malgré ses multiples casseroles et son incompétence avérée…

Pour revenir à la problématique des retraites, certes on vit plus longtemps, mais un ouvrier a une espérance de vie inférieure d’environ 6 ans à celle d’un cadre. On vit plus longtemps mais la France est un des pays européens où les risques de handicap majeurs après 65 ans sont les plus élevés. On vit plus longtemps, mais l’âge moyen de la retraite est toujours de 58,8 ans.
De plus, la réforme de 2003 était fondée sur des prévisions démographiques qui ont été largement modifiées depuis. On devait, selon les projections initiales, passer d’un ratio de 2,2 actifs pour un inactifs de plus de 60 ans à 1,1 actif pour un inactif en 2050. On devrait finalement aboutir à 1,4. Ce qui, selon l’OFCE, divise par deux le surcoût lié au financement des retraites. Cela change profondément la donne…
Et puis, tant que le chômage est élevé, il n’est pas absurde de continuer à faire partir en priorité les salariés les plus âgés pour laisser la place aux jeunes.

Mr Valls, comme vous le répétez mécaniquement à longueur d’interview, « l’Etat Providence traverse une crise », mais ce n’est pas en bricolant des économies de bouts de chandelles que l’on réglera le problème. La solution passe une politique économique et industrielle ambitieuse, favorisant l’innovation et l’investissement, associée à une fiscalité plus juste (donc visant à réduire les inégalités).

Car ce qui mine la France, c’est le chômage et les inégalités.

Le chômage est lié à la spécialisation « milieu de gamme » de l’économie française, qui n’a pas su prendre suffisamment le virage des nouvelles technologies. Il est vrai que les politiques de l’emploi ont privilégié la création d’emplois faiblement qualifiés, notamment dans les services, qui ne favorisent pas l’innovation et la croissance. Quoiqu’on en dise, l’avenir d’une économie, c’est l’industrie.
Quant aux inégalités, leur augmentation est issue des réformes fiscales qui ont contribué à diminuer l’impôt des plus riches (réforme de 2005/2006 notamment et bouclier fiscal) et à privilégier une France de « rentiers » (diminution des droits de successions, faiblesse de l’impôt sur les revenus du patrimoine).

Même si pour vous, Mr Valls, le socialisme est « vidé de sa substance », il a toujours sa raison d’être. Il a pour vocation de proposer un modèle de société fondé sur une répartition plus juste des richesses, en partant du principe que la force d’une société se juge à celle de ses éléments les plus faibles. Dans les moments difficiles, il est tentant de faire supporter aux plus fragiles la majeure partie des efforts (franchises médicales, contrôle des chômeurs, allongements de la durée de cotisation…). La « substance » du socialisme, c’est justement de s’opposer à cette tendance naturelle et de s’attacher à renouer les liens du contrat social pour éviter l’émergence d’une société « duale », où les très riches cohabitent (mal) avec les très pauvres, en cherchant par tous les moyens à s’affranchir de la plus élémentaire solidarité.

PP

16 avril 2008

Comédie italienne...

Aujourd’hui, sur France Inter, un certain nombre d’émissions et de chroniques étaient consacrées à l’Italie, pour cause d’élections législatives dans ce pays. Nous y reviendrons.
Ainsi, la chronique du comique libéral Jean-Marc Sylvestre était consacrée à une analyse de l’économie italienne. Après avoir souligné les difficultés auxquelles elle est confrontée (croissance faible, chômage élevé…), il a fait les fonds de tiroir pour trouver des points positifs (il avait sans doute prévu de déjeuner dans un restaurant italien et il voulait se faire offrir l’apéritif !). Il nous a donc assené que « l’Italie a un endettement public qui est moins profond que le nôtre ». Or il se trouve que la dette publique italienne représente près de 110 % du PIB alors que la dette française, quant à elle, se situe aux alentours de 65%.
Ensuite, il a évoqué cette « tradition italienne » qu’est le travail au noir (pour sa chronique sur l’Allemagne, il nous prépare une analyse fouillée de la filière « choucroute »). Selon lui, « l’économie souterraine est un marqueur de dynamisme »…comme l’atteste le taux de croissance moyen de 0,9% par an pendant les 6 dernières années. Et puis, c’est vrai, pourquoi s’embarrasser de tout ce fatras inutile que l’on appelle « droit du travail » et qui décourage l’initiative individuelle ?

L’économie italienne est bel et bien malade et les causes sont à chercher d'abord dans son tissu productif. En effet, l’industrie italienne est spécialisée dans des secteurs où les contenus technologiques sont faibles (ameublement, textile, automobile…) et de ce fait, elle est concurrencée par les pays à bas salaires. Depuis son entrée dans l’Euro, elle ne peut plus utiliser l’arme de la dévaluation pour restaurer sa compétitivité. Entre 2000 et 2007, les importations ont augmenté de 50 % et les exportations de…4%. Les parts de marché de l’Italie dans l’économie mondiale sont en train de s’effriter à grande vitesse.
Ce qui est alarmant, c’est que les coûts salariaux unitaires dans l’industrie se sont envolés de 30 % entre 1998 et 2007, alors qu’ils ont plutôt eu tendance à baisser dans les grands pays industrialisés. Malheureusement pour les travailleurs italiens cette envolée n’est pas due à une hausse des salaires (le salaire médian est d'environ 1100 €), mais plutôt à une stagnation de la productivité. L’Italie est le pays européen qui investit le moins en recherche et développement (deux fois moins que la France qui n’est pourtant pas une référence en la matière).

Dans ce contexte de déprime, les italiens ont donc confié à Silvio Berlusconi la charge de former le 61ème gouvernement en …63 ans. Et ce malgré ses précédents échecs.
Allié à la Ligue du Nord, parti d’extrême droite et anti-européen, « Il Cavaliere » a obtenu une large majorité à l’Assemblée et au Sénat. Il a donc les mains libres pour mener à biens ses « réformes ». Il a annoncé la couleur dès aujourd’hui en déclarant qu’il allait lutter contre la « pression bureaucratique, fiscale et judiciaire ».
L’autre point marquant de ce scrutin, c’est la réduction importante du nombre de partis représentés au Parlement italien. Leur nombre est passé de 39 à …4 ! Les communistes, les verts, les démocrates-chrétiens… ont ainsi disparu de l’échiquier politique. Walter Veltroni, patron du nouveau Parti Démocrate et ancien communiste, a contribué à cette disparition en refusant les habituelles alliances avec les communistes et les verts. Le Parti Démocrate est né en octobre 2007 de la fusion des Démocrates de gauche (ex-communistes) et de la Marguerite (ex-démocrates-chrétiens de gauche). Walter Veltroni, ancien maire de Rome, définit son parti comme n'étant « pas de gauche mais réformiste, de centre gauche », plus proche du modèle américain ou de la « troisième voie » blairiste que du socialisme européen : « Un Parti démocrate américain à l'italienne. ».
Il a poussé assez loin l’identification avec le « modèle américain » : son slogan « Si può fare », littéralement « On peut le faire » est presque la traduction littérale du « Yes, we can » (« oui, nous pouvons ») de Barack Obama.

En quelque sorte, Walter Veltroni a inventé le concept de parti politique « franchisé ». Il s’agit de reprendre l’enseigne et la démarche marketing de la « maison mère » ! Le nom même de « Parti démocrate » est inquiétant car cela traduit une sorte d’accord « a minima ». En effet, les mots « socialiste », « travailliste », « communiste » évoquent la volonté de changer la société, alors que « démocrate » signifie simplement que l’on est d’accord sur le principe de « un homme = une voix » et après …advienne que pourra !

Une fois de plus, la gauche a perdu parce qu’elle n’a pas osé affirmer sa différence. La gauche a tout à perdre à vouloir atténuer les clivages, à vouloir placer le débat sur les « valeurs ». Elle ne pourra gagner que si elle réinvestit le concret, que si elle ose à nouveau dire des « gros mots » comme « partage de la valeur ajoutée », que si elle interroge le capitalisme et ses dérives… Elle doit s’affranchir de « l’eau tiède » démocrate, qui ne peut conduire qu’à l’impasse ou à une fuite en avant vers un alignement encore plus flagrant sur les positions de la droite.

PP

17 décembre 2007

Minorité risible...

Samedi 15 décembre avait lieu la Convention nationale du Parti Socialiste. Elle avait pour objectif de préparer les élections locales du mois de mars tout en commençant à préparer la longue marche vers le retour au pouvoir en se remettant au clair sur ses idées. Une matinée pour débattre du rapport, toujours vécu par certains comme conflictuel, des socialistes à l'économie de marché, une après-midi consacrée à la validation des têtes de liste pour les élections municipales, enjeu majeur pour un parti dont les élus sont la principale force de frappe.

C’est pendant la matinée, donc, que Seybah Dagoma a fait part à ses « camarades » de « sa foi dans le marché et dans les fonds de pension », et de sa conviction que « le marché, bien sûr, mais aussi la justice sociale » sont également importants. Ouf ! La justice sociale est sauvée in extremis.

Qui est donc cette personne aux idées si novatrices ? Seybah Dagoma, jeune femme de 30 ans d’origine tchadienne, est avocate d’affaire. Elle a également été désignée par les militants pour mener la liste du PS dans le 1er arrondissement de Paris - jugé gagnable par la gauche - aux municipales de 2008. Sa mission: déboulonner le maire UMP Jean-François Legaret. Le 18 octobre, elle a été désignée par 58,2 % des militants locaux. Cette avocate spécialisée dans le financement des entreprises en difficulté est la plus jeune tête de liste parisienne, totalement inconnue... y compris des adhérents socialistes du 1er. Mais, dans l'équipe de Bertrand Delanoë, on se réjouit de pouvoir - enfin - afficher « une belle représentante de la diversité, du rajeunissement et du renouvellement ».

L’UMP avait Rachida Dati et Rama Yade, le PS peut leur opposer Seybah Dagoma. Tout va bien, le PS est une nouvelle fois tombé dans le panneau de l’UMP.

Le « renouvellement » que nous attendons est celui des idées, pas celui des visages. En plus, faire l’éloge du marché, quelle nouveauté ! Nous avons déjà Jean-Marc Sylvestre et Jacques Marseille ! A quoi bon entendre les mêmes chansons chantées par de nouveaux interprètes, même s’ils font partie des « minorités visibles » ? La seule « diversité » qui compte, c’est celle des idées et des points de vue. J’aurais préféré entendre parler de lutte contre le travail précaire, de réduction des inégalités et d’autres sujets tellement « archaïques ».

Pour terminer, j’ai parcouru rapidement la contribution de Seybah Dagoma à la rénovation du PS (sur le blog de la rénovation du PS, oui, ça existe). Elle a dû recycler son mémoire de fin d’études ! C’est n’est rien moins qu’une présentation un peu scolaire des différents types de fonds d’investissement (« qu’il faut connaître pour mieux les maîtriser », bien sûr). En conclusion, elle propose :
- L’encadrement plus strict des hedge funds incluant une obligation d’information complète sur les différents risques encourus;
- La mise en place de coopérations renforcées entre régulateurs nationaux ou à la création de régulateurs à l’échelle européenne ou mondiale.

C’est dingue, personne n’y avait jamais pensé !

Minorité « visible » ou minorité « risible » ?

PP

En quête de gauche

Je vous livre quelques extraits du dernier livre de Jean-Luc Mélenchon (« En quête de gauche »). Il analyse les dérives des « réformateurs » de gauche, en les mettant en perspective avec les textes « fondateurs » tels que le Manifeste Blair-Schröder. Je suis assez d’accord avec ses analyses, notamment sur Ségolène Royal. En revanche, ses propositions pour reconstruire une « vraie » gauche me paraissent un peu floues.

Quelques résultats des « modèles » sociaux-démocrates…
Sous les gouvernements Blair de 1998 à 2004, le patrimoine des 1% les plus fortunés a doublé. 25 % des travailleurs britanniques travaillent plus de 48 heures par semaine.

Aujourd’hui l’Allemagne est la championne d’Europe du dumping fiscal ! Ses choix fiscaux font pression sur tous les autres Etats européens et sur les travailleurs de ces pays.

Au Danemark, les travailleurs considérés comme « invalides » représentent 10% des actifs. C’est l’équivalent du résultat d’une guerre ! Si l’on réintégrait cette étrange cohorte d’invalides dans le marché du travail, et si on en ramenait la proportion à ce qu’elle est par exemple en France, on constaterait un taux de chômage d’environ 14% ! C’est bien loin des 6% officiellement affichés et répétés pieusement par tous les griots du « modèle danois ».

Au-delà de la gauche, la « post-gauche »…
Manifeste Blair-Schröder : « La plupart des gens ont abandonné depuis longtemps la représentation du monde inspirée du dogme de la droite et de la gauche. Et c’est à ces gens-là que les sociaux-démocrates doivent s’adresser. »

Clinton et Blair voulaient un « gouvernement des meilleurs »…Tout comme Sarkozy et Bayrou. « Gouvernement des meilleurs » est la définition étymologique d’aristocratie.

Tony Blair : « la gestion de l’économie n’est ni de gauche, ni de droite, elle est bonne ou mauvaise ».

Tony Blair : « Je pense que l’attachement de Margaret Thatcher à la libre entreprise était juste. La Grande Bretagne a surtout besoin de gens qui réussissent grâce à l’argent qu’ils gagnent. »

Tony Blair : « Nous croyons dans la responsabilité des individus de se prendre en charge. »

Peter Mendelson : « Le New Labour a toujours été très relax à l’idée que des gens puissent devenir indécemment riches. »

John Prescott (Vice-Premier ministre de Blair, 1997) : « Aujourd’hui, nous sommes tous des membres des classes moyennes ».

Schröder : « Je ne pense pas, ou plutôt je ne pense plus, qu’il soit souhaitable d’avoir une société sans inégalités. »

Qui n’accepte pas le « réel » tel qu’il est défini par ces gens n’exprime plus un désaccord : soit il ment, soit il est tout simplement insensé. C’est habile. Mais c’est d’essence totalitaire.

En 1984, François Hollande a écrit un texte intitulé « Pour être modernes, soyons démocrates » : « La conception dogmatique de la classe ouvrière et la notion d’appartenance des individus à des groupes sociaux solidaires doivent être abandonnés. »

Le cœur de la ligne « Démocrate » réside dans l’effacement des contradictions qui traversent la société, l’effacement même de la notion d’affrontement.

Les tenants de la « post gauche » cherchent sans cesse à savoir ce qui plaît le plus ou ce qui marche le mieux dans la tête des gens. La conséquence directe de cet engouement pour les sondages, les enquêtes d’opinion, est la stratégie dite de « triangulation » (inventée par Bill Clinton) qui consiste à se positionner sur les options de droite qui semblent le plus partagées par l’opinion.

La gauche peut tout simplement être rayée de la carte politique au profit d’une généralisation de l’alternance molle à l’américaine entre deux courants qui partagent 90 % de valeurs et d’idées communes.

Ségolène Royal : « La valeur travail reconstruite (sic !), la responsabilité individuelle et la récompense de l’effort ne sont pas des valeurs conservatrices. Ce sont des valeurs progressistes et je les revendique pour les socialistes. »

Pour eux, la part de richesse que l’on reçoit est le résultat de ses efforts personnels, des opportunités, de la bonne santé de l’économie ; ce n’est pas une question politique ou sociale à traiter comme telle.

La campagne de Ségolène Royal…
Une campagne, ce n’est pas le moment où l’on va demander aux gens ce qu’ils veulent, à supposer que ce soit une bonne méthode pur définir l’intérêt général. C’est au contraire le moment où l’on soumet à la discussion les propositions que l’on fait pour régler les problèmes.

Démocratie participative
Ce phénomène, qui consiste à ériger le café du commerce en nouveau cadre d’élaboration de la doctrine politique a été appelé « life politics » par la science politique anglo-saxonne. J’y vois une nouvelle façon de contourner la question politique en la dissolvant dans le magma des situations particulières, où chaque individu est un cas particulier et où les solidarités de classe ou de catégorie sociale n’ont plus de pertinence.

PP