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06 septembre 2013

Retraites : l’arbre du déficit ne doit pas cacher la forêt du chômage

Trop souvent, lorsque l’on évoque la dépense publique, on met en avant son coût. Ce faisant, on oublie que la contrepartie de cette dépense publique est un ensemble de services  : éducation, santé, transport, sécurité, allocations chômage, allocations familiales, subventions aux entreprises, …La question des retraites n’échappe pas à la règle. A chaque fois que l’on aborde la «  réforme  » des retraites, c’est pour mettre en avant le déficit, le caractère supposé insoutenable de notre régime par répartition.

 

Des résultats qu’il faut préserver...

 

On oublie, par exemple, que la montée en puissance de notre régime de retraites depuis l’après-guerre a permis de faire baisser le taux de pauvreté des personnes âgées de plus de 65 ans de 35% en 1970 à 10% environ aujourd’hui. C’est un résultat loin d’être négligeable  ! Pour ce faire, la part des retraites dans le PIB est passée de 7,3% à 13,6% sans que cela pose de problème insurmontable à notre économie. Aujourd’hui, il semblerait extravagant d’y consacrer un point de plus de PIB pour garantir l’équilibre du système. N’oublions pas que la part des dividendes est, elle, passée de 3% en 1981 à 9% en 2008 sans que cela ne choque ceux qui poussent des cris d’orfraies sur le poids des dépenses publiques. Aujourd’hui, il faudrait «  faire des efforts  » pour sauver les retraites. Mais les efforts n’ont-ils pas déjà été faits lors des précédentes réformes «  courageuses  »  ? Comme le rappelle Pascal Riché, les mesures prises au détriment des retraités français entre 2010 et 2060 représentent un effort de 6 points de PIB. Même si leur niveau de vie est en moyenne comparable à celui des actifs, un retraité sur deux perçoit une pension inférieure à 1215 €. Peut-on parler de «  privilégiés  », comme on l’entend parfois  ? D’autant plus que le recul de l’âge légal et l’allongement des durées de cotisations déjà acté par le passé, sans parler de celui prévu à partir de 2020 par la réforme du gouvernement, implique une baisse programmée du niveau des pensions. En période de chômage, il est en effet de plus en plus difficile de remplir les conditions pour prétendre à une retraite à taux plein. De plus en plus de salariés âgés sont ainsi contraints à rester sur le marché du travail. Une part grandissante d’entre eux va grossir les rangs des chômeurs  : fin 2011, 9,1 % des chômeurs avait 55 ans et plus, contre «  seulement  » 5 % en 2000.

Certes, on vit plus longtemps, il serait donc logique de travailler plus longtemps. Cet argument pourrait s’entendre si nous connaissions le plein emploi. Si tout le monde travaillait et cotisait et que pour autant le système était en déséquilibre, là il y aurait une vraie nécessité de demander à tous de travailler plus longtemps. Mais ce n’est pas le cas. Avec plus de 5 millions d’inscrits à Pôle Emploi, c’est même loin d’être le cas  ! Et puis, il ne faut pas oublier que depuis 1994, l’augmentation de la durée de cotisation (3,5 années) a été supérieure à l’augmentation de l’espérance de vie à 60 ans (2,5 années). D’ailleurs l’espérance de vie «  physiologique  » est une chose, mais l’espérance de vie en bonne santé doit également être prise en considération. Or cette espérance de vie stagne depuis des années. Si on regarde du côté de l’Allemagne, qui a imposé à son peuple une réforme «  courageuse  » de sa protection sociale depuis les réformes Hartz IV jusqu’à la réforme des retraites de la grande coalition CDU / SPD (report à 65 ans de l’âge légal), force est de constater que l’augmentation de l’espérance de vie n’est pas acquise. Ainsi, a-t-elle chutée significativement pour les plus vulnérables, ceux qui n’ont pas d’épargne pour assurer leurs vieux jours. C’est tout cela qui est en jeu dans la question des retraites.


Un rôle de stabilisateur automatique...

 

A trop regarder l’aspect comptable des choses, on perd de vue que la question des retraites ne peut être réglée indépendamment du problème central de notre société  : le chômage de masse. La branche vieillesse de la Sécu était à l’équilibre jusqu’en 2007. Comme le souligne le rapport Moreau (page 45 «  L’effet de la crise économique se fait sentir depuis mi-2008 et perturbe la trajectoire du système  »), le déficit depuis 2008 est majoritairement dû à la hausse du chômage, liée à la crise. Comme tout le système de protection sociale, les retraites jouent un rôle de «  stabilisateur automatique  ». En période de crise, les recettes chutent, mais les dépenses sont maintenues, d’où un déficit mécanique et conjoncturel, mais aussi un rôle de stabilisateur de l’économie grâce au maintien du revenu de la population. Vouloir réduire le déficit en période de crise, c’est rompre cet équilibre et entrer dans une spirale récessive. Moins de consommation, moins d’emplois, moins de ressources pour la protection sociale, aggravation des déficits…C’est le lancinant refrain que nous connaissons bien dans cette Europe engoncée dans les politiques d’austérité dont les résultats désastreux nous condamnent à l’asphyxie économique et à l’inexorable montée des tensions sociales, berceau de tous les extrémismes. Certes le gouvernement a fait le choix d’augmenter les cotisations patronales, donc de ne pas faire reposer exclusivement le financement sur les salariés et les retraités. Mais le basculement prévu d’une partie des cotisations patronales d’allocations familiales sur la fiscalité viendra contrebalancer cette mesure, au détriment des ménages. Au final, ce sont ces derniers qui paieront la majeure partie de l’addition. En l’absence d’une réforme fiscale ambitieuse, l’effort sera mal réparti entre les ménages, du fait d’une insuffisance de la progressivité de notre système fiscal.


Le vrai problème des retraites, c’est le chômage...

 

Répétons-le, le vrai problème des retraites, c’est le chômage  ! De même, les inégalités entre retraités trouvent leur origine dans le marché du travail. Vouloir prendre en compte la pénibilité dans le calcul des retraites est un principe louable. Mais il serait préférable de s’attaquer vraiment à l’amélioration des conditions de travail  : travail à temps partiel subi, explosion des troubles musculo-squelettiques, stress qui devient le quotidien de nombreux salariés…Si des réformes «  structurelles  » sont nécessaires, il ne s’agit pas de celles dont on nous rebat les oreilles  : baisse des pensions, libéralisation du marché du travail…Il est impératif de prendre la question du chômage et des conditions de travail à bras-le-corps. Il ne faut pas attendre un hypothétique retour de la croissance, qui, de toutes façons, n’atteindra pas durablement le niveau nécessaire pour commencer à faire baisser le chômage (1,5%). Il est nécessaire de relancer la réflexion sur une réduction collective, négociée et organisée du temps de travail, afin de permettre à tou-te-s de travailler dans de bonnes conditions. Compte tenu de la situation actuelle, c’est sans doute le seul chemin vers le plein emploi de qualité…et vers des retraites correctement financées  !

PP

 

Aller plus loin

22 juillet 2013

Medef : Pierre Gattaz ferait-il quand même un peu de politique ?

rue89.pngBillet à lire sur mon blog Rue89 "Chez Pierre Polard"...

Medef : Pierre Gattaz ferait-il quand même un peu de politique ?

 

PP

11:50 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : productivité, impôts, fiscalité, retraites, écologie | | |  Facebook | | |

18 juin 2013

Retraites : les gorets, les ânes et les trembleurs

Par Luc Le Vaillant - Libération


Avertissement. Ceci est une fable où, comme La Fontaine dont on boirait bien l’eau, on ne va pas se gêner pour animaliser les comportements des peuplades françaises.


Au risque que la sensiblerie épidermique des concernés se prenne la fouettée et que, cul rougi, ils aillent grommelant que c’est faire injure à leur humaine nature que d’ainsi les rabaisser à leur bêtise plus constituée que constitutive. Allons, tant pis ! Qu’ils grognent, braient ou tremblent en feuilles mortes, le droit à la caricature s’exercera sans faiblir.


Argument. Notre gouvernement de gauche s’en prend à l’âge de la retraite et veut le reculer. Pourquoi pas ? Les populations vieillissent en bonne santé et il n’y pas de raisons que les baby boomers qui pètent la forme continuent à se gaver quand leurs petits-enfants peinent à entrer dans la carrière.


L’ennui, c’est que cette atomisation d’un progrès social fatigué semble découler d’une stricte pensée comptable. Le désastre, c’est qu’il y a coalition des avidités, des renoncements et des peurs pour sédimenter l’encéphalogramme plat des réflexions sur le partage du temps de travail et sur l’entremêlement des trois temps de la vie (formation, production, loisirs).


Proposition. En France, le chômage dépasse les 10% et le désœuvrement des jeunes flirte avec les 25%. Et c’est dans ce pays que l’on voudrait maintenir ad vitam les seniors dans l’emploi et confiner ad nauseam les jeunes adultes dans un statut de dépendance puérile ?


C’est ridicule, pour ne pas dire criminel. Il faut au contraire que la gauche, si elle existe encore, reprenne la marche en avant de la réduction choisie du temps de travail. Après les 35 heures, il faut passer à la semaine de 4 jours. Au-delà du contrat de génération que Hollande peine à mettre en œuvre, il faut instaurer la retraite à la carte. Il s’agit de travailler moins pour travailler tous, afin de restaurer un contrat social en charpie.


C’est tout à fait possible sans rien perdre de cette sacro-sainte compétitivité que vénèrent tant nos excellences agenouillées devant le veau d’or du capitalisme financier. Lisez Pierre Larrouturou (1), dernier des Mohicans à croire encore possible une embellie sociale quand les nuées économiques font se pâmer les gorets, reculer les ânes et frissonner les trembleurs.


Les gorets. Ils ne pensent qu’à leur panse. Ils sont mondiaux et décomplexés, offshore et optimisés. Pour assurer leurs vieux jours, ils n’ont jamais compté sur un Etat-nation qu’ils se sont acharnés à dépecer. Ils savent comment mettre leurs avoirs à l’abri. Et sont juridiquement outillés pour les transmettre au mieux à leurs ayants droit.


Indécrottables, nos gorets pas gênés s’acharnent à faire honte aux RMistes, de leur paresse congénitale. Sentencieux, ils reprochent aux demandeurs d’emploi leur refus de se retrousser les manches à n’importe quelle condition. Méprisants, ils pointent l’égoïsme des classes moyennes, devant les «nécessaires» sacrifices.


Pleine aux as, cette corporation charcutière est surtout faite de petits et grands patrons, de professions libérales et de commerçants fortunés, d’héritiers divers et variés. Le pire, c’est que sa goinfrerie sans frein fait envie. D’autant qu’elle s’est trouvé des porte-voix «culturels» tels Gérard Depardieu et Johnny Hallyday, assez popus pour entretenir l’illusion d’une rébellion gauloise, d’une fronde à la Gavroche.


Les ânes. Il y a l’âne bâté de droite qui porte la charge de ses donneurs d’ordre et qui ressasse qu’il faut travailler plus pour gagner plus, tout en pensant bien fort qu’il faut travailler plus pour gagner moins.


Et puis, il y a l’âne de gauche qui recule, qui n’a pas la franchise de reconnaître qu’il a abjuré ses ambitions égalitaires. C’est un âne pas très franc du collier, prêt à céder sur beaucoup, de crainte de voir toute la cargaison verser dans le ravin. Entendons-nous bien ! Les politiques ne sont pas seuls à braire à la mort de l’imagination sociale. Les syndicalistes, les associatifs, les intellectuels, eux aussi, ont mis genou à terre, en ânes déculottés qui fanent leurs espoirs à la mangeoire de la pensée.


Les trembleurs. Ceux qui grelottent en regardant l’horizon qui noircit à foison, c’est vous, c’est moi. Tous, nous courbons l’échine dans l’attente du knout libéral. On attend que ça nous dégringole sur le râble, trop content d’être encore salarié en CDI, pensant à compléter notre pension menacée, activant nos maigres réseaux pour pistonner nos gamins sans perspectives.


Nous sommes ces trembleurs, qui refusons de comprendre que la préférence française pour le chômage est une ruse de la raison capitaliste pour nous faire tenir tranquilles. Il ne tient qu’à nous, pauvres pommes, de profiter ensemble des gains de productivité générés par la robotisation et le numérique, au lieu de laisser les actionnaires s’en pourlécher.


L’angoisse nous corrode le cerveau quand il faudrait balayer au seuil de nos peurs.


(1) «La gauche n’a plus le droit à l’erreur», Michel Rocard et Pierre Larrouturou (Flammarion).

 

18:04 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : retraites, rtt | | |  Facebook | | |

20 juin 2011

Jeunes et vieux : pas si déffiérents...

Dans l’édition du 19 juin, Philippe Villemus décrit les malédictions dont souffrent les jeunes et la situation relativement privilégiée dont jouiraient les ainés.

 

20110619 - Villemus.jpg

 

Malheureusement, il utilise des arguments qui sont faux....

 

Il y a tout d’abord le taux de chômage de 24%. Or, ce taux concerne uniquement les jeunes qui sont sur le marché du travail (donc sortis du système scolaire). Si on divise le nombre de chômeurs de 18 à 24 ans par la population totale de cette tranche d’âge, on obtient un taux  identique à la moyenne nationale. En France, les étudiants sont moins nombreux à effectuer des « petits boulots » que dans les pays anglo-saxons ou nordiques, de ce fait ils ne sont pas sur le marché du travail. C’est plutôt une bonne chose car ceux qui sont contraints de travailler en même temps que leurs études réussissent en général moins bien que les autres, car les emplois qu’ils occupent sont rarement en lien avec leurs études et ne leur permettent donc pas d’enrichir leur expérience.


Les jeunes qui sont sur le marché du travail (donc qui servent de base au calcul du taux de chômage « officiel ») sont souvent ceux qui sont sortis du système scolaire sans qualification ou avec des qualifications faibles. Or, les statistiques montrent que le taux de chômage des moins qualifiés est nettement plus important que la moyenne.

 

Et n’oublions pas que les seniors sont loin d’être épargnés par le chômage. Les plus de 50 ans s ont désormais 776 300 à être inscrits à Pôle Emploi en catégories A,B et C soit 264 500 de plus qu’en juin 2008. Soit une hausse de 52% contre 32% pour l’ensemble des chômeurs. Deux et demi après le début de la crise, ceux qui restent sur le carreau sont surtout des seniors.

 

 Il est également faux de dire que la dette est un fardeau pour les générations futures. Ceux qui détiennent les créances sur l’Etat appartiennent à la même génération que ceux qui remboursent. En fait, la dette est un transfert de revenus, au sein d’une même génération, entre les contribuables et les rentiers. Enfin, on sait bien qu’en regard du passif que constitue la dette, il y a un actif. Selon l’INSEE, l’actif net (déduction faite des dettes) de l’Etat s’élevait en 2009 à 416,6 milliards d’€ soit une « cagnotte » de 6 400 € par habitant.

 

 

Philippe Villemus rappelle que le taux de pauvreté des personnes âgées est plus faible que celui du reste de la population. Faut-il le leur reprocher ? N’oublions pas que dans les années 1960-1970, le taux de pauvreté des personnes âgées était de l’ordre de 20%. C’est la montée en puissance du système de retraite qui a permis sa réduction massive. Si le taux de pauvreté des jeunes est tellement élevé, c’est en raison de la dégradation et de la précarisation du marché du travail. Les retraités sont-ils responsables de cette dérive ? Bien sûr que non ! Il faut plutôt chercher du côté des « réformes » visant à assurer la « flexibilité » du marché du travail, dans l’incapacité des politiques économiques à assurer le plein emploi…

 

Sous l'effet de la réforme des retraites dite Balladur de 1993, des accords dans les régimes complémentaires et de la montée en puissance de la CSG, les taux de remplacement ont fortement diminué, passant en moyenne de 85% en 1990 à 66% en 2006 pour les non-cadres et de 72% à 53% pour les cadres. De plus, depuis 1993, l’évolution des pensions est indexée sur les prix et non sur les salaires, ce qui se traduit par une perte de pouvoir des retraités par rapport aux actifs.

 

On peut aussi souligner que la France est un des pays européens où les inégalités parmi les plus de 65 ans sont les plus élevées.

http://www.alternatives-economiques.fr/pics_bdd/article_o...

 

Tout cela pour dire que les retraités ne sont pas tous des privilégiés par rapport aux actifs et que la situation des retraités actuels est plutôt en train de se dégrader. Et puis, il est absurde de parler des « retraités «  comme d’une catégorie homogène, tout comme il est également absurde de parler des « jeunes » ou des « femmes ». Les inégalités de revenus au sein de chaque tranche d’âge sont largement prédominantes par rapport aux différences de revenu selon l’âge. Le vrai problème réside dans le renforcement de la progressivité de l’impôt pour l’ensemble des français, plutôt que dans l’opposition entre actifs et retraités… N’oublions pas également que l’équilibre du système des retraites repose aussi sur un partage des richesses entre capital et travail.

 

Il ne s’agit pas de dire que les jeunes ne rencontrent pas de difficultés. Il s’agit de rappeler que les inégalités au sein d’une génération sont supérieures aux inégalités entre générations.

 

Plutôt que d’essayer de susciter une lutte des classes…d’âge, il serait plus pertinent de mettre en lumière les déterminants du délitement de la cohésion sociale : chômage de masse, affaiblissement organisé de la puissance publique, marchandisation de la société, concurrence érigée en valeur suprême… Car « jeunes » et « vieux » sont tous confrontés au chômage de masse et à la montée des inégalités, qui sont les vrais fléaux de notre société.

 

PP

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, pauvreté, chômage, retraites | | |  Facebook | | |

04 novembre 2010

Intervention du député Jean-Pierre Brard sur les retraites


Retraites Jean-Pierre Brard (GDR)
envoyé par inet. - L'info internationale vidéo.

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26 octobre 2010

Retraite : la joint-venture des frères Sarkozy contre les régimes par répartition

Médiapart - 14 Octobre 2010  

Dans le tumulte actuel de la réforme des retraites, syndicats et opposition font à Nicolas Sarkozy d'innombrables reproches. Tout particulièrement celui de faire porter le poids de l'effort quasi exclusivement au monde du travail et presque pas au capital. Mais, dans le flot des griefs, il en est un qui est rarement adressé au chef de l'Etat: celui de vouloir déstabiliser le système de retraite par répartition - l'un des pivots du modèle social français -, et de faire le jeu du système individuel de retraite par capitalisation - l'un des ressorts du capitalisme anglo-saxon.

 

Pourtant, beaucoup de grands opérateurs privés intervenant dans le domaine de la protection sociale sont convaincus que la réforme, telle qu'elle se dessine, va conduire à l'asphyxie financière des grands régimes par répartition. Elle va donc être propice à l'éclosion de ces grands fonds de pension qui n'étaient pas encore parvenus à s'acclimater en France, à quelques rares exceptions près, comme Prefon, un fonds de capitalisation destiné à la fonction publique. Beaucoup de grands opérateurs privés, dont le groupe Malakoff Médéric, qui a pour délégué général un certain Guillaume... Sarkozy, le frère du chef de l'Etat.

 

Il ne s'agit pas que d'une coïncidence. Mais bien plutôt d'une stratégie concertée... en famille! Guillaume Sarkozy a engagé son entreprise dans une politique visant à en faire un acteur majeur de la retraite complémentaire privée. Et il a trouvé des alliés autrement plus puissants que lui, en l'occurrence la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le bras armé financier de l'Etat, et sa filiale la Caisse nationale de prévoyance (CNP). Ensemble, tous ces partenaires vont créer, le 1er janvier prochain, une société commune qui rêve de rafler une bonne part du marché qui se profile. Cette société n'aurait jamais vu le jour sans l'appui de l'Elysée, ce qui montre bien le double jeu présidentiel.


 
L'histoire commence en 2006. A l'époque, Guillaume Sarkozy traverse une mauvaise passe. L'entreprise textile dont il était le PDG a piqué du nez, et il est éconduit de manière peu glorieuse des instances dirigeantes du Medef. De bonnes fées veillent pourtant sur lui. Il est parachuté à la tête du groupe Mederic, qui se rebaptisera quelque temps plus tard Malakoff Médéric. Il s'agit de l'un de ces organismes de retraite complémentaire financièrement très riches, qui se sont progressivement détachés de leur monde d'origine, celui du mouvement mutualiste et coopératif, pour muter à vive allure en de curieux ovnis financiers, contrôlés par personne: ni véritablement par leurs sociétaires ou cotisants, ni par les marchés financiers.


Pour Guillaume Sarkozy, c'est une aubaine. Le voilà soudainement délégué général d'un groupe financier peu connu du grand public mais financièrement puissant, et qui compte dans le microcosme du capitalisme parisien. C'est ainsi, au titre de la participation au capital que détient Médéric, que Guillaume Sarkozy fait son entrée en 2008 au conseil de surveillance du groupe Le Monde, conseil qu'il devrait quitter dans les semaines à venir après le bouclage du rachat du Monde.


 
C'est donc à cette époque que prend forme l'idée d'une association entre Médéric et la CDC, en vue de créer une «joint-venture», une co-entreprise si l'on préfère, dont l'ambition est de jouer un rôle majeur dans les années à venir sur le marché de la retraite complémentaire. Pour Guillaume Sarkozy, il s'agit d'un coup formidable car c'est, à plus d'un titre, une alliance contre nature. La Caisse des dépôts est en effet le pilier auquel est adossé le système des retraites par répartition. C'est elle qui gère plusieurs caisses très importantes ainsi que le Fonds de réserve des retraites (FRR), que Lionel Jospin a créé et dont la droite n'a pas poursuivi la montée en puissance. La CDC joue donc là l'une de ses missions d'intérêt général majeures: assurer la solidité et la pérennité des régimes par répartition.

 

La Caisse des dépôts fait allégeance

 

Alors pourquoi la CDC se lance-t-elle dans pareille aventure pour faire le jeu du système adverse, celui par capitalisation? Et pourquoi, de surcroît, le faire avec une entreprise dont le patron est le frère du chef de l'Etat? Quand, en 2008, l'affaire commence à faire quelques vagues, la direction de la CDC s'applique à balayer ces critiques, en faisant valoir que l'alliance avec Médéric a été esquissée dès 2005-2006, donc bien avant l'élection présidentielle de 2007.


 
Deuxième argument: les missions traditionnelles de la CDC ne l'ont jamais empêchée d'être l'actionnaire de référence de la CNP (à hauteur de 40% du capital), le champion français de l'assurance-vie. Laquelle CNP (dont les autres actionnaires sont l'Etat pour 1,09% du capital, les personnels et le public pour 23,43% et Sopassure, filiale à parité de La Poste et des Caisses d'épargne, pour 35,48%) est la troisième partie prenante de cette alliance, avec la CDC et Médéric.


Mais les vraies réponses sont ailleurs. Installé par Jacques Chirac juste avant l'élection présidentielle, le directeur général de la CDC, Augustin de Romanet, sait qu'il n'est pas en cour à l'Elysée et multiplie depuis 2007 les gestes d'allégeance. Même quand nul ne les lui demande. Etait-il donc concevable d'opposer une fin de non-recevoir au frère du président? Quitte à faire une alliance, n'y avait-il pas un opérateur pour la CNP plus attractif que Médéric? Dans la galaxie des dirigeants de la CNC et de la CNP, il ne s'est trouvé naturellement personne pour proférer de telles impertinences. Ainsi le veut le code de cette monarchie républicaine: pour faire de bonnes affaires, il faut faire partie des obligés du Palais et ne contrarier en rien les desiderata du maître des lieux. Et même devancer ses désirs, ou les deviner s'il ne les a pas explicitement exprimés.

 

Au fil des mois, le projet de société commune finit donc par voir le jour. La CNP a beau être un groupe beaucoup plus puissant que Médéric, le schéma est accepté sans discussion: c'est une joint-venture à 50/50 qui est esquissée. Cette parité a beau préfigurer une gestion paralysante de la nouvelle structure et surtout faire la part belle à Guillaume Sarkozy, elle est au cœur du projet qui est alors conçu.

 

Selon un document de 91 pages, frappé de la mention «confidentiel» à chaque page et intitulé «Projet de regroupement des activités d'épargne retraite et d'épargne salariale de CNP Assurances, de Malakoff Médéric et de Quatrem» - document daté de «mars 2009», que Mediapart avait révélé au printemps 2009 (voir notre article Réforme des retraites : la ronde des frères Sarkozy <http://www.mediapart.fr/journal/france/260609/reforme-des...> ), c'est un formidable marché qui s'ouvre aux opérateurs privés compte tenu de la dégradation prévisible de ce que les experts appellent le taux de remplacement, c'est-à-dire le rapport entre le niveau de la pension versée au moment de la liquidation des droits à la retraite et le niveau du dernier revenu d'activité brut.

 

Un marché de 40 milliards à 110 milliards d'euros en 2020

«A l'horizon 2020, selon le rapport du Comité d'orientation des retraites (COR), se réjouit ce document, une baisse du taux de remplacement de l'ordre de 8% est attendue pour une carrière complète. Cette baisse est toutefois variable selon le niveau du salaire et le profil de carrière et dépend fortement des hypothèses prises dans les travaux du COR.»


Les hommes de la CDC, de CNP et de Médéric s'en frottent les mains: «Un complément d'épargne annuel de 40 milliards à 110 milliards d'euros en 2020 serait nécessaire pour maintenir le niveau de vie des futurs retraités.» Sous-entendu: les régimes de retraite par répartition vont à ce point être étranglés par les évolutions démographiques et par l'absence de nouvelles recettes que cela fera forcément les affaires d'autres opérateurs.


Le document confidentiel prolonge ces réflexions en faisant ces constats: «Les simulations ont été réalisées en répartissant la population active entre 4 profils. Pour le profil médian, les simulations montrent que: - les évolutions législatives passées conduisent à une baisse du taux de remplacement net à 60 ans de l'ordre de 6% pour un départ en 2008 (baisse de 4,1% à 68,2%); - pour un départ en 2028, cette baisse serait de l'ordre 16% à 60 ans en raison de la décote liée à une carrière incomplète mais le recul de l'âge de départ à 65 ans pour pouvoir liquider la retraite du régime de base à taux plein permet de limiter la baisse à 8% en 2033 (74,1%-66,1%).»


Et le rapport se met à rêver du gâteau financier sur lequel il sera peut-être possible de mettre la main: «Le potentiel de collecte de 40 milliards d'euros supplémentaire par rapport au marché actuel suppose que le complément d'épargne vise à combler la baisse du taux de remplacement après utilisation à 100% par tous les retraités des autres solutions permettant de limiter la baisse du taux de remplacement (cumul emploi retraite à hauteur de 20% pendant 5 ans, transformation en rente viagère de l'intégralité du patrimoine financier actuel accumulé à la retraite, mise en viager du logement pour les propriétaires). Le potentiel de collecte de 110 milliards d'euros supplémentaire par rapport au marché actuel suppose que le complément d'épargne vise à combler la baisse du taux de remplacement après utilisation à 50% des autres solutions permettant de limiter la baisse du taux de remplacement.»

 

Conclusion: les trois alliés doivent nourrir «l'ambition de créer un leader dans le domaine de la retraite supplémentaire, collective et individuelle». Sur les décombres des régimes par répartition. Ce calcul, les trois groupes associés ne sont évidemment d'ailleurs pas les seuls à le faire, à cette époque. Tous les grands établissements financiers spéculent sur l'immense marché qui se profile. En témoignent ces évaluations, en forme de tableau, que le banque BNP Paribas réalisa à la même époque et que l'on peut consulter ci-contre.


Conclusion: les trois alliés doivent nourrir «l'ambition de créer un leader dans le domaine de la retraite supplémentaire, collective et individuelle». Sur les décombres des régimes par répartition. Ce calcul, les trois groupes associés ne sont évidemment d'ailleurs pas les seuls à le faire, à cette époque. Tous les grands établissements financiers spéculent sur l'immense marché qui se profile. En témoignent ces évaluations, en forme de tableau, que le banque BNP Paribas réalisa à la même époque et que l'on peut consulter ci-contre.

 

Les trois groupes se fixent donc cet objectif: «La structure née d'un partenariat équilibré entre la CDC, CNP Assurances et le Groupe MM aura une action décisive dans la prise de conscience du marché et une contribution majeure au financement des besoins de retraite des salariés, cadres et non cadres. En dix ans, elle s'imposera comme le leader des solutions d'épargne retraite collective et individuelle avec une part de marché de plus de 17% en retraite collective et 4% en retraite individuelle.» Concrètement, la prévision est que la co-entreprise réalise un chiffre d'affaires d'environ 7 milliards d'euros à l'horizon de 2019 et qu'elle regroupe environ 1.450 salariés, détachés des trois groupes fondateurs.

 

De l'argent comme s'il en pleuvait

Deux mois après la réalisation de ce premier schéma, un business plan plus affiné est présenté, le 25 mai 2009, devant le comité d'entreprise de la CNP. Les chiffres ont été légèrement précisés, mais ils laissent tous présager que les associés rêvent plus que jamais de mettre la main sur un immense jackpot.

 

A la page 6 du «document confidentiel», il est ainsi confirmé que, pour l'activité de retraites d'entreprises, la joint-venture rêve d'une part de marché d'ici dix ans de 17% contre 9% actuellement pour la CNP et Médéric. A la page 7, il est précisé que le chiffre d'affaires de la société commune dans cette activité devrait exploser, passant de 692 millions d'euros à 5,2 milliards d'euros en 2020. Même explosion des encours totaux collectés: de 9,4 milliards en 2010 à 100,6 milliards d'euros en 2029.


C'est donc bel et bien un siphonnage qui est alors conçu, avec en perspective un assèchement des régimes collectifs par répartition. Et puis aussi avec à la clef un formidable enrichissement des groupes privés qui se seront lancés dans l'aventure.

 

A la page 14, le document fournit en effet la clef de toute cette agitation qui a saisi les dirigeants de Médéric, et à laquelle ceux de la CDC ont cédé: l'appât du gain. «Ce modèle d'investissement sur le long terme apporte en contrepartie une très forte création de valeur et un paiement de dividendes récurrents», lit-on. Tout est dit, sans le moindre scrupule. Usant des formulations si chères aux fonds de pensions anglo-saxons sur la «share holder value» (traduction soft : la valeur pour l'actionnaire; traduction moins diplomatique: le profit à tout prix), le document met bien en valeur que c'est un changement total de paradigme qui est envisagé. Finie la solidarité entre les générations! Ce seront les profits qui seront les seuls guides du nouveau système. Tout cela est même très méticuleusement chiffré (à la page 15): la rentabilité du système (ou si l'on préfère le ratio entre le résultat net et les fonds propres) devrait lui aussi exploser, passant de 2,7% en 2010 à 11,8% en 2029. De l'argent comme s'il en pleuvait...

 

Quand ce dispositif a été connu, cela a donc été le branle-bas de combat. Sinon à l'extérieur de l'entreprise - la gauche, en vérité, ne s'est que très peu intéressée à ce dossier pourtant hautement symbolique -, en tout cas à l'intérieur où plusieurs syndicats (mais pas tous) ont dit leur opposition. On lira par exemple un tract du syndicat SUD (il peut être téléchargé ici <http://www.mediapart.fr/files/Tract_sud.doc> ) rédigé à cette époque, qui énumère les dangers du projet.


L'inquiétude de plusieurs des syndicats de la maison a été d'autant plus forte qu'une expertise a été réalisée en ce mois de juin 2009 pour le compte du comité d'entreprise de la CNP par le cabinet Callentis (on peut en prendre connaissance ci-dessous), venant souligner les nombreuses failles du projet.

 

Un pied dans le privé, un pied à l'Arrco

L'expertise ne s'embarrasse pas de formulation diplomatique et dit tout haut ce que tout le monde dit en aparté: il s'agit, dit-elle, d'un «business plan réalisé pour crédibiliser le projet politique». Un projet «politique»... tiens, tiens! On y apprend aussi que certains des actionnaires minoritaires de la CNP, dont la Banque postale, ont émis de fortes réserves sur le projet lors d'un conseil d'administration.

A toutes ces critiques, on peut encore en ajouter d'autres. Sur les nombreux conflits d'intérêts qui minent ce projet. Un seul exemple: du côté de CNP, l'un des dirigeants qui conduit la création de la société commune est un dénommé Gérard Ménéroud, directeur adjoint, qui a effectué l'essentiel de sa carrière dans le monde de l'assurance privée, comme l'atteste sa biographie officielle (elle est ici <http://www.cnp-finances.fr/CNP_Assurances/Gouvernance/CVs...> ).


 
Mais dans le même temps, il est aussi depuis octobre 2009 (comme on peut le constater ici <http://www.arrco.fr/> ) le président de l'Arrco, le régime public de retraite complémentaire des salariés. A l'avenir, ce dirigeant fera-t-il prévaloir dans le domaine de la retraite complémentaire les intérêts des régimes par répartition ou sera-t-il le porte-voix des intérêts privés auxquels il est désormais associé? Lors d'un conseil d'administration de CNP, le 27 mars 2009, Gérard Ménéroud résumait avec gourmandise la philosophie du projet de joint-venture et répondait par avance à la question: «Le système de retraite évolue assez profondément. Les taux futurs de remplacement des systèmes par répartition sont estimés à 50%. Pour compenser, les retraités pourront puiser sur leurs réserves d'épargne ou transformer leur résidence principale en rente viagère selon une mécanique qui reste à mettre en œuvre. Pour les générations les plus jeunes, 35-50 ans, un complément d'épargne est à constituer ce qui générerait un flux annuel de 40 à 110 milliards d'euros supplémentaires à comparer aux 80 milliards du marché de l'assurance vie d'aujourd'hui

 

Comme on le voit, c'est un mélange des genres généralisé que ce projet organise ou à tout le moins tolère. Puisque Nicolas Sarkozy donne avec son frère et la CDC le mauvais exemple, pourquoi de simples comparses auraient-ils des scrupules?
Les dangers du projet vont encore au-delà. Car c'est aussi la partition de la CNP qui du même coup se profile.
Certes, cette partition risque de ne pas être celle qui était initialement prévue. Au lendemain de l'élection présidentielle, le patron d'Axa, Henri de Castries, qui s'était beaucoup investi dans la campagne en soutien à Nicolas Sarkozy, avait clairement fait savoir qu'il rêvait en récompense de mettre la main sur la CNP. Mais la crise financière est passée par là, ébranlant l'empire fondé par Claude Bébéar. Depuis, Axa n'a plus les moyens de ses appétits. Tant pis pour lui. C'est donc Guillaume Sarkozy qui en a tiré profit. Car le transfert vers la nouvelle structure de quelque 550 personnels issus de la CNP préfigure un possible éclatement de la maison mère.
Plusieurs des syndicats de l'entreprise ont donc bataillé, comme ils ont pu, contre le projet. Dans le courant de l'année 2009, ils ont ainsi saisi la justice, pour faire constater l'illégalité de ce transfert de personnels. Toutefois, en première instance puis en appel, ils ont été débouté. Mais beaucoup ne désarment pas.

 

Pour une raison qui se comprend : ce projet constitue un grave danger pour tous les personnels de la CNP, mais au-delà, pour tous les salariés français. Car c'est bel et bien une joint-venture qu'ont formée sans le dire Nicolas et Guillaume Sarkozy: l'un assèche les régimes par répartition tandis que l'autre pose les fondements du système par capitalisation. En quelque sorte, c'est une affaire de famille, rondement menée.

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11 septembre 2010

Terra Nova : la fondation progressiste... vraiment ?

Une note de la fondation Terra Nova, auto-proclamée fondation « progressiste » (sans que l'on sache vraiment ce que cela veut dire), m'a laissé quelque peu perplexe... Cette note s'intitule : « Réformes : pas de justice sociale sans équité entre les générations ».

 20100910 - rformes pas de justice sociale sans quit entre les gnrations - fabrice lenseigne et bruno palier.pdf

 

Voici quelques passages qui m'ont fait réagir :

« A l'inverse, les retraités d'aujourd'hui voient, seuls, leur pouvoir d'achat préservé. Il y avait pourtant légitimité à leur demander de contribuer à proportion de leurs ressources, comme tous les autres, au bouclage financier du système : leur niveau de vie est désormais (légèrement) supérieur, en moyenne, à celui des actifs. Et il y avait un moyen juste : l'alignement de la fiscalité dérogatoire des retraités aisés sur celle des actifs. Est-il juste qu'Antoine Zacharias, titulaire d'une retraite chapeau de 2.5 millions d'euros par an, paie une CSG minorée (6.6%), inférieure à celle du salarié au smic (7.5%) ?»

 

Selon l'INSEE en 2007, sauf pour le premier décile (les 10% les plus pauvres), le niveau de vie des ménages de retraités est inférieur d'environ 5% à celui des ménages d'actifs.

 

Entre 1985 et 1995, le rapport de la retraite moyenne du régime général au PIB par habitant est passé de 29% à 23,8%, ce qui ne traduit pas une envolée du pouvoir d'achat des retraités.

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Sous l'effet de la réforme des retraites dite Balladur de 1993, des accords dans les régimes complémentaires et de la montée en puissance de la CSG, les taux de remplacement ont fortement diminué, passant en moyenne de 85% en 1990 à 66% en 2006 pour les non-cadres et de 72% à 53% pour les cadres. De plus, depuis 1993, l'évolution des pensions est indexée sur les prix et non sur les salaires, ce qui se traduit par une perte de pouvoir des retraités par rapport aux actifs.

 

On peut aussi souligner que la France est un des pays européens où les inégalités parmi les plus de 65 ans sont les plus élevées.

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Tout cela pour dire que les retraités ne sont pas tous des privilégiés par rapport aux actifs et que la situation des retraités actuels est plutôt en train de se dégrader. Et puis, il est absurde de parler des « retraités «  comme d'une catégorie homogène, tout comme il est également absurde de parler des « jeunes » ou des « femmes ». Les inégalités de revenus au sein de chaque tranche d'âge sont largement prédominantes par rapport aux différences de revenu selon l'âge. Comme l'atteste l'exemple d'Antoine Zacharias, le vrai problème réside dans le renforcement de la progressivité de l'impôt pour l'ensemble des français, plutôt que dans l'opposition entre actifs et retraités... N'oublions pas également que l'équilibre du système des retraites repose aussi sur un partage des richesses entre capital et travail.

 

 

« La dette publique achève de préempter l'avenir des jeunes et donc de la société française dans son ensemble. 97% du budget de l'Etat est du budget de fonctionnement. Autrement dit, la dette ne sert pas à préparer l'avenir mais à soutenir artificiellement le train de vie des générations actuelles. On a souvent dit que les générations futures paieraient. Ce n'est plus exact : le surendettement guette, on ne peut plus continuer cette cavalerie, ce sont donc les jeunes générations actuelles qui vont régler la facture : 1700 milliards d'euros fin 2010, soit 27.000 euros par habitant. »

 

Les salaires des enseignants, du personnel hospitalier sont-ils du « fonctionnement » ou de l'investissement ? Et puis sous-entendre que la dette est due à la frénésie dépensière de l'Etat est plutôt l'apanage du Medef et de l'UMP. Lorsqu'on se veut « pogressiste », on devrait savoir que la part des dépenses de l'Etat dans le PIB est passée de 28,7% à 26,9% entre 1997 et 2008. On devrait également savoir que l'envolée de la dette est due aux baisses d'impôts en faveur des plus riches qui diminuent les recettes de l'Etat. Ces politiques fiscales ont obligé les administrations publiques à s'endetter auprès des ménages aisés et des marchés financiers pour financer les déficits ainsi créés. C'est ce qu'on pourrait appeler « l'effet jackpot »: avec l'argent économisé sur leurs impôts, les riches ont pu acquérir les titres (porteurs d'intérêts) de la dette publique émise pour financer les déficits publics provoqués par les réductions d'impôts...

 

Dire que ce sont les jeunes générations qui vont s'acquitter de la dette est une ineptie, car si d'aventure les prêteurs refusaient de financer la dette publique (ce qui n'est pas près d'arriver car les dettes publiques restent les placements les plus sûrs !), ce sera l'ensemble de la population qui paierait. Et puis n'oublions pas que 40% de la dette est détenue par des français, il s'agirait dans ce cas d'un transfert entre « riches » et « pauvres » plutôt qu'entre « jeunes » et « vieux ». Enfin, on sait bien qu'en regard de la dette, il y a un patrimoine qui, selon l'OFCE s'élève à ...166 000 € par Français.

 

« D'autant plus qu'inégalités sociales, inégalités entre les sexes et inégalités entre les générations tendent à se confondre : le taux de pauvreté des hommes âgés de 60-69 ans était en 2007 de 8,3% et de 8,8% pour les femmes de cette tranche d'âge tandis qu'ils sont de 17,2% chez les jeunes garçons de 18 à 24 ans et 19,7% chez les jeunes filles.  Notre société a fait de la jeune femme seule avec enfant la figure moderne du nouveau pauvre, avec dans ces conditions toutes les chances de le rester. »

Effectivement, le taux de pauvreté des personnes âgées est plus fiable que celui du reste de la population. Faut-il le leur reprocher ? N'oublions pas que dans les années 1960-1970, le taux de pauvreté des personnes âgées était de l'ordre de 20%. C'est la montée en puissance du système de retraite qui a permis sa réduction massive. Si le taux de pauvreté des jeunes est tellement élevé, c'est en raison de la dégradation et de la précarisation du marché du travail. Les retraités sont-ils responsables de cette dérive ? Bien sûr que non ! Il faut plutôt chercher du côté des « réformes » visant à assurer la « flexibilité » du marché du travail, dans l'incapacité des politiques économiques à assurer le plein emploi...

 

PP

08:03 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, impôts, retraites, emploi | | |  Facebook | | |

10 septembre 2010

Retraites : en finir avec le pilotage à vue et engager un vrai débat national sur des principes clairs

Pour justifier leur projet de « réforme » des retraites, destiné avant tout à rassurer les marchés financiers, le gouvernement et l'UMP entretiennent la confusion entre les questions de long terme, liées à la démographie, et les questions de court terme, liées à la crise financière.

 

Dans la lettre du Conseil d'Orientation des Retraites (COR) de juillet 2010, on peut lire : « La relative inertie de la croissance de la masse des pensions, contrepartie des garanties de revenus offertes aux retraités pendant la crise, et le ralentissement de la croissance de la masse salariale (sans précédent en France depuis 1945, avec une baisse d'environ 2 % en 2009 et une quasi-stagnation en 2010) contribuent en effet à dégrader le solde de l'ensemble du système de retraite français. Ainsi, le besoin de financement du système de retraite a augmenté entre 2008 et 2010 d'environ 20 Mds€ et serait de l'ordre de 40 Mds€ en 2015 (1,8 à 1,9 point de PIB selon le scénario) alors qu'il était estimé avant la crise à 16 Mds€ (0,7 point de PIB) dans le scénario de base du COR de 2007. »

 

C'est donc bien le rôle de « stabilisateur automatique » des pensions qui a contribué à augmenter le besoin de financement des retraites. Le déficit de 2010 (de l'ordre de 30 milliards d'€) est donc très largement conjoncturel et absolument pas lié à une modification soudaine du rapport entre actifs et retraités. Il ne peut justifier l'urgence d'une réforme structurelle. Pas plus d'ailleurs que le déficit de 100 milliards d'€ prévu pour 2050 par le scénario « moyen » du COR. Ce chiffre est brandi par tous les caciques du gouvernement et de l'UMP pour impressionner le bon peuple. 100 milliards d'€, c'est deux fois l'impôt sur le revenu...Sauf que, sans doute pour ne pas noyer les braves gens sous les chiffres, on oublie de rappeler que le COR prévoit un doublement du PIB à l'horizon 2050. Le PIB atteindrait donc environ 4000 milliards d'€, ramenant le déficit prévu à 2,5% du PIB. Certes, ce n'est pas négligeable, mais pas aussi insurmontable qu'on veut nous le faire croire en comparant un déficit prévu dans 40 ans avec les recettes fiscales d'aujourd'hui !

 

Autre justification de l'urgence de la réforme : notre système de retraite serait trop généreux et nous ne pourrions plus nous payer ce « luxe ». Or une étude récente de la Commission Européenne vient contredire ce point de vue. En se fondant sur les réformes déjà votées, la France est un des pays d'Europe qui a prévu de réduire le plus le taux de remplacement des retraites (rapport entre la pension nette que touche un retraité et son salaire net au moment où il part en retraite). En France, ce taux devrait ainsi passer de 79 % en 2006 à 63 % en 2046, soit une chute de 16,5 points. Seules la République tchèque, le Portugal et la Pologne font « mieux ».

 

Et enfin, l'argument massue : « Puisqu'on vit plus longtemps, il faudra travailler plus longtemps ». Cela semble logique et mathématique. Certes, l'espérance de vie des français a augmenté, grâce notamment à un système de santé publique parmi les plus performants au monde. En 1960, l'espérance de vie d'un français était en moyenne de 70 ans. En 2007, elle atteignait 81 ans. En revanche, l'espérance de vie en « bonne santé », c'est à dire sans incapacité majeure liée à des maladies chroniques, aux séquelles d'affections aiguës ou de traumatismes, était de seulement 64,2 ans en 2007. Les accidents du travail, l'augmentation du nombre des cas de troubles musculo-squelettiques (les fameux « TMS »), l'intensification du stress au travail ne sont sans doute pas pour rien dans cet écart entre l'espérance de vie « physiologique » et l'espérance de vie « en bonne santé ». Quoiqu'il en soit, l'argument de l'augmentation de la durée de la vie n'est pas aussi implacable qu'il y paraît.

 

Depuis 1995, le ratio entre l'ensemble des 15-64 ans et celui des plus de 65 ans est tombé de 44 pour 10 à 39 pour 10, traduisant le vieillissement de la population. Or, depuis 1995 la part du PIB consacrée aux retraites n'a quasiment pas varié, à 13,2% du PIB. Comment expliquer cela ? Tout simplement parce que le ratio entre le nombre d'actifs en emploi et celui des plus de 65 ans n'a pas varié : on compte actuellement 24 actifs en emploi pour dix personnes de plus de 65 ans, mais ils n'étaient déjà que 25 pour dix en 1995. Autrement dit, grâce au développement important de l'emploi intervenu entre-temps, la part des richesses prélevées pour financer les retraites a pu rester stable malgré un vieillissement déjà significatif de la population. Et il y aurait de la marge pour poursuivre un tel mouvement à l'avenir: le taux d'emploi des 25-49 ans n'est encore que de 77% en équivalent temps plein en France. Il n'est en particulier toujours que de 69% pour les femmes.

 

On nous répète aussi, que, dans les faits, la retraite à 60 ans « ne veut plus vraiment dire grand-chose. » Au contraire, on peut dire que dans les faits, la retraite à 60 ans veut toujours dire quelque chose puisque l'âge moyen de sortie du marché du travail est de... 59 ans. Près de deux salariés sur trois n'étaient plus en emploi à l'âge de prendre leur retraite. Où étaient-ils ? Il y a par exemple environ 400 000 chômeurs de plus de 57,5 ans dispensés de recherche d'emploi... Dans ces conditions, reculer l'âge légal de départ aura pour effet mécanique de transférer la charge vers l'assurance chômage, et donc de faire baisser le revenu des personnes concernées (les allocations chômages étant en général inférieures aux pensions). De plus, dans un contexte de chômage de masse, il n'est pas logique de chercher à allonger la carrière des « vieux », alors que tant de « jeunes » restent sur le carreau.

 

Dramatisation des déficits, culpabilisation, exploitation outrancière du vieillissement de la population...la gauche ne doit pas tomber dans le piège de l'urgence et engager un vrai débat national pour aboutir à une reforme juste, efficace et solidaire. Vouloir traiter séparément la question des retraites conduira à ajuster à la marge les paramètres du système actuel, voire à rechercher quelques ressources nouvelles, complexifiant encore un système qui s'apparente déjà à un millefeuille (régime général des salariés, régime des fonctionnaires et des contractuels, retraites complémentaires des cadres et non-cadres...). Il ne faut pas oublier que cette question s'insère dans la problématique plus globale du partage des richesses, de l'emploi, des conditions de travail...Bref qu'elle doit trouver sa réponse dans un projet de société.

 

Quoiqu'il en soit, il faudra au préalable définir des principes directeurs clairs. Il serait souhaitable de s'inspirer du programme du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1994 qui rappelle la nécessité d'une « retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ». Car telle est bien la finalité du système de retraite, même si nos dirigeants semblent l'oublier aujourd'hui pour se concentrer exclusivement sur la question de l'équilibre financier. Bien entendu, il faudra débattre pour traduire ce principe en termes de taux de remplacement et de niveau minimum des pensions.

 

Second principe fondamental : le système doit reposer exclusivement sur la répartition. Interrogée dans Le Parisien (12/04/2010) sur les propositions du Medef concernant les retraites, Laurence Parisoit a déclaré : « Nous travaillons parallèlement à d'autres solutions : par exemple la capitalisation. Sur le long terme, cette solution - qui permet aux salariés de se constituer un capital à côté de la retraite par répartition - apparaît toujours comme la plus avantageuse et la moins coûteuse. »

 

La plus avantageuse et la moins coûteuse...Oui, mais pour qui ? Et puis, on aurait aimé quelques preuves concrètes pour étayer cette affirmation. « Sur le long terme », qu'est-ce que cela veut dire exactement ? On pourrait citer Keynes qui, concédant que les mécanismes autorégulateurs vantés par les économistes néoclassiques pouvaient fonctionner à long terme, s'empressait d'objecter : « à long terme, nous serons tous morts ».

 

Or, le financement des retraites est une question qui se pose à chaque génération. C'est une question de partage de la richesse entre actifs et retraités. C'est en effet en prélevant une fraction de la richesse que produisent les personnes actives occupées qu'on finance les retraites. Le recours à la capitalisation consiste à accumuler, de manière individuelle ou collective - via des fonds de pension -, des actifs financiers (actions, obligations, immobilier) dont les revenus ou la vente sont censés assurer demain le paiement des pensions. Le recours à la capitalisation ne peut en aucun cas résoudre le problème de partage des richesses posé par l'accroissement du nombre de retraités rapporté au nombre d'actifs : un régime par capitalisation qui voudrait se substituer totalement à la répartition devrait, lui aussi, s'il entend maintenir le niveau relatif des retraites, verser une part croissante du produit intérieur brut (PIB) à des retraités devenus plus nombreux. Il lui faudrait donc tout autant prélever cette somme sur les richesses produites par les actifs du moment, via les revenus du capital. La principale différence entre les deux systèmes tient plutôt à leur fondement : la répartition est par nature collective et fondée sur la solidarité entre générations, alors que la capitalisation induit l'idée que chacun cotise pour sa propre retraite.

 

La capitalisation a pour inconvénient supplémentaire de soumettre les pensions à la volatilité des marchés financiers. Ainsi, les actifs détenus par les fonds de pensions des pays de l'OCDE ont vu leur valeur diminuer en moyenne de 20% depuis le début de la crise financière. En Irlande, cette diminution a même atteint plus de 30% pour la seule année 2008... Cela ne peut qu'enfermer les futurs retraités dans un sentiment d'insécurité vis-à-vis de leur futur, les incitant à épargner plus, cassant de ce fait le dynamisme de l'économie. D'autant plus que, de plus en plus, les fonds de pension proposent des systèmes à « cotisations définies » dans lesquels seul le montant des cotisations est fixé, le montant des pensions étant fonction de l'état des marchés financiers (contrairement aux systèmes dits à « prestations définies » qui garantissent un revenu prédéterminé). Il s'agit une fois de plus de reporter le risque sur le seul salarié. Il est paradoxal que ce genre de systèmes soit promu par ceux-là même qui sont si friands de « golden parachutes » et autres « retraites chapeaux » !

 

La seule vraie façon de mutualiser les risques et de redonner confiance en l'avenir est le renforcement du système par répartition.

 

Troisième principe : la simplicité. Pour redonner confiance, il faut donner au système une plus grande lisibilité, donc le simplifier. Comme le souligne l'économiste Thomas Piketty : « La première source d'angoisse tient à la complexité du système actuel. Alors qu'on compte 13 millions de retraités en France aujourd'hui, 30 millions de pensions sont versées chaque mois! Concrètement, cela signifie que les retraités touchent en moyenne 2,3 pensions différentes, et ce nombre devrait augmenter encore pour les plus jeunes. Les régimes diffèrent en effet selon que vous êtes cadre ou non cadre, salarié du privé ou fonctionnaire, titulaire ou contractuel, salarié ou travailleur indépendant, etc. Or, l'avantage majeur de la répartition - la garantie donnée à chacun qu'on pourra vivre décemment après la fin de sa vie active - doit aller de pair avec une réelle lisibilité. »

 

Quatrième principe : les vrais déterminants du système ne sont pas la durée de cotisation et l'âge de départ, mais le niveau de l'emploi et la répartition des richesses. Augmenter la durée de cotisation ou reculer l'âge de départ seraient des solutions à envisager si notre économie connaissait le plein emploi, ce qui est loin d'être le cas. Il convient donc de privilégier les politiques économiques visant à réduire le chômage et notamment la réduction du temps de travail. Il convient également de réfléchir à une meilleure intégration des « séniors » : il faut améliorer l'image des seniors dans l'entreprise, multiplier les « secondes carrières », favoriser l'accès des seniors à la formation continue, sanctionner la discrimination par l'âge, modifier l'ergonomie des postes de travail, mettre en place des mécanismes de retraite progressive...Quoiqu'il en soit, le vieillissement de la population engendrera un surcoût de l'ordre de 2 points de PIB à l'horizon de 2050. Ce surcoût peut être compensé par un rééquilibrage du partage de la richesse entre capital et travail. Depuis le milieu des années 1980, ce sont au moins 3 points de PIB qui ont basculé du travail vers le capital (c'est une estimation basse, ce sujet faisant l'objet d'un vif débat entre économistes). Il faudra également faire jouer la fiscalité pour renforcer la solidarité entre salariés : entre 1998 et 2005, les 0.01% des foyers les plus riches ont vu leur revenu réel croître de 42.6% sur la période, contre 4.6% pour les 90% des foyers les moins riches.

 

Cinquième principe : ne pas céder aux solutions miracles. Ainsi, la « pénibilité » est devenue l'alpha et l'oméga d'une réforme «progressiste » des retraites. Elle est invoquée sur un mode quasi incantatoire, à droite comme à gauche. Le gouvernement en a donné une interprétation caricaturale en proposant un départ anticipé pour les salariés justifiant d'une incapacité permanente partielle d'au moins 20% pour maladie professionnelle ou accident du travail, au moment du départ à la retraite... Certes, ses effets sont bien réels comme en témoigne la différence d'espérance de vie entre un cadre et un ouvrier, mais comment la mesurer objectivement, tant elle peut prendre des formes différentes : contraintes physiques marquées, environnement agressif, rythmes de travail, stress... ? Comment comparer la pénibilité d'un ouvrier du BTP et celle d'un employé d'un centre d'appel ? Comment gérer les changements d'activité au cours d'une carrière? Bref, ne risque-t-on pas d'aboutir à une « usine à gaz » ingérable ? En revanche, il convient de mettre en place des politiques visant à améliorer les conditions de travail, afin d'éliminer les situations qui réduisent l'espérance de vie des moins favorisés.

 

Autre solution qui suscite un enthousiasme parfois excessif : les régimes par points ou les régimes de comptes notionnels, à l'instar du système suédois. L'économiste Pierre Concialdi tempère cet enthousiasme : « Rappelons qu'un système par points attribue des droits à pension mais ne fixe pas le niveau des pensions, qui dépend de la valeur des points, laquelle n'est pas donnée a priori. Un tel système joue sur la distribution des pensions au sein d'une même génération mais ne résout pas la question du financement des retraites. La question du niveau des transferts entre actifs et retraités reste donc posée, comme le sont aussi d'autres questions primordiales qui risquent d'être occultées par une réforme d'apparence technique (...) En définitive, un système par points, quel que soit son mode de financement, tend à mimer le fonctionnement d'un système de retraites par capitalisation. Il contribue ainsi à valider l'idée que la retraite ne pourrait être qu'une forme d'épargne, ce que dément l'expérience des systèmes de retraites par répartition. Bref, avec un système par points, on risque d'occulter des questions qui sont fondamentalement de nature politique. »

 

Quoiqu'il en soit, il est urgent d'en finir avec le pilotage à vue, de rompre avec le court-termisme qui conduit à des rafistolages approximatifs et d'engager un vrai débat sur une des pièces maîtresses de la solidarité nationale.

 

PP

10:04 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : retraites | | |  Facebook | | |

26 avril 2010

Retraites : Dix contrevérités

Pour signer la pétition "Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraitescliquez ici.

 

 

Plus d'informations sur le site http://blog.exigences-citoyennes-retraites.net/

 

 

Dix contrevérités par ATTAC et la Fondation Copernic

 

1) L’âge moyen de départ à la retraite est de 61,5 ans, reculer l’âge légal de départ à la retraite ne changerait donc rien.

L’âge moyen de « départ à la retraite » est celui auquel on fait valoir son droit à pension. Ce qui est important, c’est l’âge de cessation d’activité. L’âge moyen de cessation d’activité est de 58,8 ans, et six salariés sur dix sont hors emploi (chômage, invalidité, inactivité ou dispense de recherche d’emploi) au moment de liquider leur retraite. Très souvent, les salariés ayant eu une carrière courte et/ou heurtée, en particulier les femmes, liquident leur retraite à 65 ans pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein sans décote, alors même qu’ils sont déjà hors du marché du travail. Reporter l’âge légal de la retraite au-delà de 60 ans aurait une double conséquence : les systèmes de chômage ou de préretraites vont devoir financer en plus ce que les systèmes de retraite financeront en moins, et en parallèle, la période hors emploi avant l’âge de départ en retraite s’allongera pour beaucoup, avec des ressources dérisoires ou nulles.
L’âge du taux plein (65 ans) sera repoussé d’autant, signifiant qu’une proportion croissante de salarié-es devra reculer son départ pour atteindre la nouvelle borne ou bien avoir une pension amputée par la décote.

2) L’espérance de vie augmente, c’est normal de travailler plus longtemps.

L’augmentation de l’espérance de vie n’est pas nouvelle, elle n’a pas empêché que le temps passé au travail dans une vie baisse en parallèle. De plus, l’espérance de vie « en bonne santé », c’est-à-dire sans incapacité, est beaucoup plus faible que l’espérance de vie. Tout départ en retraite tardif obère de façon non négligeable le temps dont les salariés disposent pour jouir réellement de leur retraite. Enfin, les jeunes entrent de plus en plus tard dans la vie active et de nombreux salariés, dont une majorité de femmes, ont des carrières discontinues et n’arrivent déjà pas à réunir le nombre d’annuités demandé, alors même que les entreprises se débarrassent des salariés âgés. L’augmentation de la durée de cotisation ou le report de l’âge légal de départ à la retraite aurait donc des conséquences importantes lors de la liquidation de la retraite et se traduirait en pratique par une pension réduite pour le plus grand nombre.

3) Les jeunes ne pourront pas financer les pensions des futurs retraités, il faut donc que ces derniers travaillent plus longtemps.

Pour que les jeunes puissent payer les pensions des retraités, il faut qu’ils ne soient pas au chômage et donc que les salariés âgés laissent leur place sur le marché du travail aux nouvelles générations. Décaler l’âge de départ à la retraite revient à préférer entretenir le chômage des jeunes plutôt que de payer des retraites. La retraite par répartition repose sur un contrat implicite : la génération qui travaille a bénéficié du travail de la génération précédente dont elle prend en charge les retraites. Le moment de la retraite venue, elle sera prise en charge à son tour. Ainsi chaque génération monte sur les épaules de la précédente et la création de richesse est partagée entre actifs et retraités. C’est ce contrat intergénérationnel que le gouvernement et le patronat tentent de détruire en voulant faire travailler plus longtemps les générations les plus jeunes.

4) Le système par répartition ne sera plus capable de garantir des pensions décentes aux jeunes générations, celles-ci doivent donc d’ores et déjà se prémunir en se constituant un supplément de retraite par une épargne privée.

Si on estime possible de compléter les cotisations pour le système public par répartition par des versements dans une épargne privée, qu’est-ce qui empêche alors d’augmenter les cotisations et de garantir une meilleure retraite grâce au système par répartition ?

5) Les fonctionnaires sont des privilégiés

Le mode de calcul de la retraite est différent dans le privé et dans le public, mais cela aboutit à un résultat similaire. Dans le secteur privé, elle est calculée sur les 25 meilleures années et les primes sont prises en compte. Dans le public, c’est le salaire des 6 derniers mois, mais les primes ne sont pas prises en compte et la retraite complémentaire n’est pas de même niveau que dans le secteur privé. En définitive, comme le note l’Observatoire des retraites, « pour les salariés, la retraite est plus élevée pour les fonctionnaires civils de l’Etat que pour les salariés du privé, résultat d’un niveau moyen de qualification plus élevé dans la Fonction publique. Mais, à statut comparable, les retraites sont à peu près équivalentes ».

6) Il y aura trop de retraités et pas assez d’actifs

Les projections démographiques ne sont pas des vérités scientifiques et sont basées sur des hypothèses concernant plusieurs paramètres (fécondité, chômage, taux d’activité des hommes et des femmes, etc.). Déjà, depuis quelques années, les projections ont beaucoup varié. Ainsi, à la fin des années 1990, tous les rapports officiels prévoyaient un effondrement de la natalité. Il n’en a rien été. Jusqu’à récemment, les mêmes rapports prévoyaient un effondrement de la population active dans le futur. Les dernières prévisions de l’Insee font maintenant apparaître une augmentation de la population active jusqu’en 2015 puis une stabilisation par la suite. En outre, les hypothèses retenues sur la population active sont très pessimistes, pour ne pas dire régressives : rien ne justifie en effet de projeter, dans la tranche de 25 à 45 ans, un taux d’emploi des femmes inférieur de 15 points à celui des hommes si ce n’est renoncer définitivement à toute politique visant l’égalité entre les femmes et les hommes. De fortes marges de manœuvre existent pourtant dans ce domaine, et un niveau d’emploi égal entre hommes et femmes signifie qu’on retrouverait le même ratio retraités/actifs qu’en 1970, donc sans aucune dégradation.

7) On ne pourra pas financer les retraites

À moins de décréter la paupérisation des retraité-es, il est normal de couvrir les besoins sociaux liés à l’augmentation de leur part dans la population par un accroissement des prélèvements sur la richesse produite. Les déficits des caisses de retraite sont essentiellement dus au refus obstiné de le faire. Pourtant, le besoin supplémentaire de financement nécessaire aux retraites est réalisable puisqu’il a été chiffré en 2007 par le COR entre 1 et 2 points de PIB jusqu’en 2050, à comparer avec la chute de la part de la masse salariale de 8 points au cours des dernières décennies et avec l’explosion correspondante des dividendes, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007. Il est donc juste d’augmenter la part des salaires et des pensions dans la richesse produite en s’attaquant aux profits. Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité.

8 ) La solution pour financer les retraites qui consiste à augmenter les cotisations patronales serait néfaste à la compétitivité des entreprises.

Différents scénarios ont été étudiés, avec l’hypothèse sur laquelle travaille le COR d’un gain de productivité de 1,5% par an. Un de ces scénarios établit qu’il est tout à fait possible de garantir à la fois le maintien du taux de remplacement (retraite moyenne/salaire moyen) et une progression identique du pouvoir d’achat des retraités et des salariés (de 1, 2%/an, soit une progression un peu moindre que celle de la productivité) par une augmentation de 6 points des cotisations patronales entre 2009 et 2050 : cette augmentation n’aurait aucun effet sur la sacro-sainte compétitivité des entreprises, puisque ce scénario est fait en prenant l’hypothèse du maintien à son niveau actuel de la part de la masse salariale (salaires et cotisations) dans la valeur ajoutée, donc sans impact sur les coûts.
Ce scénario, même s’il n’est pas le plus favorable aux salarié-es et retraité-es puisqu’il suppose que la part de la masse salariale reste à son niveau actuel qui est historiquement bas, rend totalement inopérant le seul argument du Medef contre l’augmentation des cotisations. Un scénario plus favorable aux salariés et retraités est celui qui permet que la part de la masse salariale augmente en rognant sur les dividendes, ce qui laisse inchangé le coût du travail.

9) Pour financer les retraites, il faut une croissance productiviste

Fonder le financement des retraites sur le partage des gains de productivité ne signifie pas que l’on mise sur une croissance économique forte. Quels que soient les gains de productivité futurs, ils devront être partagés entre le niveau de vie de tous, actifs comme retraités, la satisfaction de nouveaux besoins sociaux et la diminution du temps de travail.

10) Les dispositifs familiaux dont bénéficient les femmes sont contraires à l’égalité entre les hommes et les femmes.

Ce sont très majoritairement les femmes qui prennent en charge les enfants et la gestion du foyer. De ce fait, elles sont pénalisées dans leur carrière, elles s’interrompent ou travaillent à temps partiel. Même en intégrant ces dispositifs familiaux, leur retraite est en moyenne inférieure de 40 % à celles des hommes. Ils sont donc encore aujourd’hui essentiels pour réduire les inégalités de pension entre femmes et hommes. Pourtant, le droit communautaire européen remet ponctuellement en cause l’existence de tels dispositifs. C’est une incohérence, puisqu’il reconnaît par ailleurs la notion de discrimination indirecte, c’est-à-dire la légitimité à donner un avantage particulier dès lors que celui-ci permet de réduire des inégalités sociales ou de sexe. Il est impossible de se réclamer du principe d’égalité pour augmenter les inégalités.

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16 avril 2010

Mme Parisot, à long terme nous serons tous morts !

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Interrogée dans Le Parisien (12/04/2010) sur les propositions du Medef concernant les retraites, Laurence Parisoit a déclaré : « Nous travaillons parallèlement à d'autres solutions : par exemple la capitalisation. Sur le long terme, cette solution - qui permet aux salariés de se constituer un capital à côté de la retraite par répartition - apparaît toujours comme la plus avantageuse et la moins coûteuse. »

 

La plus avantageuse et la moins coûteuse...Oui, mais pour qui ? Et puis, on aurait aimé quelques preuves concrètes pour étayer cette affirmation. « Sur le long terme », qu'est-ce que cela veut dire exactement ? On pourrait citer Keynes qui, concédant que les mécanismes autorégulateurs vantés par les économistes néoclassiques pouvaient fonctionner à long terme, s'empressait d'objecter : « à long terme, nous serons tous morts ».

 

Or, le financement des retraites est une question qui se pose à chaque génération. C'est une question de partage de la richesse entre actifs et retraités. C'est en effet en prélevant une fraction de la richesse que produisent les personnes actives occupées qu'on finance les retraites. Le recours à la capitalisation consiste à accumuler, de manière individuelle ou collective - via des fonds de pension -, des actifs financiers (actions, obligations, immobilier) dont les revenus ou la vente sont censés assurer demain le paiement des pensions. Le recours à la capitalisation ne peut en aucun cas résoudre le problème de partage des richesses posé par l'accroissement du nombre de retraités rapporté au nombre d'actifs : un régime par capitalisation qui voudrait se substituer totalement à la répartition devrait, lui aussi, s'il entend maintenir le niveau relatif des retraites, verser une part croissante du produit intérieur brut (PIB) à des retraités devenus plus nombreux. Il lui faudrait donc tout autant prélever cette somme sur les richesses produites par les actifs du moment, via les revenus du capital. La principale différence entre les deux systèmes tient plutôt à leur fondement : la répartition est par nature collective et fondée sur la solidarité entre générations, alors que la capitalisation induit l'idée que chacun cotise pour sa propre retraite.

 

La capitalisation a pour inconvénient supplémentaire de soumettre les pensions à la volatilité des marchés financiers. Ainsi, les actifs détenus par les fonds de pensions des pays de l'OCDE ont vu leur valeur diminuer en moyenne de 20% depuis le début de la crise financière. En Irlande, cette diminution a même atteint plus de 30% pour la seule année 2008... Cela ne peut qu'enfermer les futurs retraités dans un sentiment d'insécurité vis-à-vis de leur futur, les incitant à épargner plus, cassant de ce fait le dynamisme de l'économie. D'autant plus que, de plus en plus, les fonds de pension proposent des systèmes à « cotisations définies » dans lesquels seul le montant des cotisations est fixé, le montant des pensions étant fonction de l'état des marchés financiers (contrairement aux systèmes dits à « prestations définies » qui garantissent un revenu prédéterminé). Il s'agit une fois de plus de reporter le risque sur le seul salarié. Il est paradoxal que ce genre de systèmes soit promu par ceux-là même qui sont si friands de « golden parachutes » et autres « retraites chapeaux » !

 

La seule vraie façon de mutualiser les risques et de redonner confiance en l'avenir est le renforcement du système par répartition. Contrairement à ce qu'affirment les oracles de la « seule solution possible » (par exemple Alain Minc, pas plus tard que mercredi matin sur France Inter), cela ne passe pas par l'allongement de la durée de cotisation. Comment pourrait-il en être ainsi alors que l'âge moyen de sortie du marché du travail est toujours de 59 ans et que 6 salariés sur 10 ne sont déjà plus en emploi au moment de prendre leur retraite (cf. les 400 000 chômeurs de plus de 57,5 ans dispensés de recherche d'emploi) ? Dans ces conditions, l'allongement de la durée de cotisation permettra (peut-être) de régler la question du déficit du système de retraite, mais elle ne règlera en rien le vrai problème : « Comment assurer à chacun des conditions d'existence décentes à l'issue de sa vie professionnelle ?». Les vrais enjeux sont ailleurs : réduction du chômage, partage des richesses, amélioration des conditions de travail... Le financement des retraites est possible à condition d'en finir avec l'actuel partage de la richesse au seul bénéfice des revenus financiers.

 

Plutôt que remettre sur le devant de la scène des vieilles lunes qui ont fait la preuve de leur inefficacité, le Medef serait mieux inspiré de chercher comment créer des emplois de qualité, limiter les écarts de salaire, améliorer la gouvernance des entreprises, développer l'innovation... On peut rêver, non ?!

 

PP

07:28 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : retraites, finance, crise, libéralisation | | |  Facebook | | |