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11 janvier 2013

Sommet social : un échec serait bienvenu

rue89.pngMa note d'avant-hier est sur mon blog "Rue89"

Elle a suscité pas mal de commentaires !

PP

09:26 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, flexisécurité, emploi, medef | | |  Facebook | | |

30 décembre 2012

Le travail disparait, et c'est ce qu'on voulait

Un point de vue intéressant...

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : rtt, travail, productivité | | |  Facebook | | |

13 avril 2011

Intervention de Gérard Filoche dans le débat sur le projet socialiste

Nous devons nous féliciter d’avoir un projet qui rassemble tous les socialistes. Car, sans l’unité des socialistes et de toute la gauche, rien de grand ne s’est jamais fait et ne se fera jamais dans ce pays.



C’est un projet « socialiste ».

C’est un projet de « changement ».

Et il y en a tellement besoin après cinq ans de misère sarkozyste, que les Français, les salariés français y trouveront des raisons d’espoir.

Sarkozy c’est le pire que nous aillions eu à subir dans les décennies récentes. Le plus anti-social des présidents. Une catastrophe. Je ne dis pas, moi « qu’il n'a pas tenu ses promesses », il les a hélas toutes tenues, c’est un intégriste néolibéral, thatchérien, reaganien, et il a fait tous les ravages qu’il avait annoncés. Plus même puisqu’il a pillé les retraites qu’il avait promis de ne pas toucher et qu’il a privatisé EDF qu’il avait juré de ne pas privatiser. Il s’agit de reconstruire.

Et quand on lit ce texte, on sait qu’on rompt avec le sarkozysme et qu’on revient dans le bon sens.

C’est important pour les Français que nous disions que nous allons abroger la loi 2010 sur les retraites et que nous allons revenir à l’âge légal de 60 ans. C’est décisif.

Ils n’aiment pas les grandes phrases, ils ont raison, ils cherchent à juger sur des actes, des chiffres, du concret.

Il y a eu 8 millions de manifestants et 75 % de l’opinion pour cela. Nous sommes attendu là-dessus. C’est le test.

Bien sûr, je sais qu’il y a discussion sur le nombre d’annuités de cotisations. Mais nous disons que nous verrons avec les partenaires sociaux, donc les syndicats. Nous devons les entendre. Je suggère que nous partions, comme le disait Michel Sapin ce matin, du « réel ». Pas du réalisme, mais du « réel » en soulignant le mot. Le « réel » en matière d’annuités de cotisations, c’est que Fillon et Sarkozy en huit ans, nous ont fait passer de 37,5 annuités à 42 annuités pour avoir une retraite à taux plein. Mais le « réel » dans la vie « réelle » c’est que les salariés français cotisent en moyenne 36,5 annuités. Cela n’a pas augmenté depuis 17 ans, cela a baissé. Et entre 36,5 annuités et 42 annuités l’écart est de 6 ans. Ils disent « cotisez 42 », et « en pratique on cotise 36,5 ». Ils font sauter les gens à la perche sans perche.

Le seul résultat est une baisse massive du niveau des retraites. On ne peut avoir un tel écart. D’autant que le maintien des seniors au travail comme on dit, ça ne marche pas. Non seulement ça ne marche pas, mais ça recule : il y a 21,5 % de seniors en plus au chômage l’an écoulé. Alors je suggère de nous en tenir prudemment à la vie réelle et pas aux objectifs abstraits, inatteignables et non atteints que fixe la loi : je ne suis pas pour qu’on chasse les gens du travail à 53, 54, 55 ans, si ils sont en compétence et peuvent travailler sans pénibilité, dans le bâtiment, je précise que je suis pour la retraite à 55 ans, mais là ou c’est possible, au lieu d’être licenciés avant l’âge, les salariés doivent pouvoir continuer, et si la moyenne réelle passe à 37, puis à 38, puis à 39, puis à 40 annuités prenons là pour référence, mais la moyenne réelle, pas la moyenne abstraite et fausse !  

Ensuite le chômage, on a 5 millions de chômeurs, 5 millions le record absolu, Sarkozy est allé chercher le chômage avec les dents, la misère. On propose 300 000 emplois jeunes dont 100 000 la première année. C’est bien. Mais il reste combien ? 4,7 millions. Ce n’est pas la croissance qui réglera le problème. Je suis d’accord avec Pierre-Alain Muet, ce n’est pas la croissance qui crée l’emploi c’est l’emploi qui crée la croissance. L’emploi, ça se crée, ça se commande, le droit DU travail crée du droit AU travail. Impossible de réduire le chômage de masse sans réduire le temps de travail. C’est la deuxième raison pour laquelle, les Français et salariés français (ils sont 93 % de la population active) vont apprécier notre projet : nous proposons d’abroger l’essentiel du mal sarkozyste, la loi TEPA, les heures supplémentaires payées par l’état aux patrons, 4,4 milliards, qui font travailler deux fois plus ceux qui ont un boulot a la place de ceux qui n’en ont pas. Il faut rapprocher la durée réelle du travail, qui maintenant dans la vie réelle, réelle, est de 41/42 h, de la durée légale de 35 h. C’est ce qui est proposé : avec des heures supplémentaires rendues plus coûteuses que l’embauche, avec un repos hebdomadaire, je propose deux jours dont le dimanche, abaisser la durée maxima du travail, l’encadrer, la contrôler, c’est créer de l’emploi. Il y a probablement un milliard d’heures supplémentaires dissimulées, pas comptabilisées, pas payées, pas majorées, et c’est l’équivalent de 600 000 emplois à temps plein. Il y a de la marge ! Il y a de quoi faire !
 
Les salaires, c’est le gros morceau. Il est insupportable que le salaire médian soit de 1500 euros. 50 % en dessous ! et 8 millions en dessous du seuil de pauvreté, de 900 euros. Le Smic est scandaleusement bloqué depuis 5 ans. Alors que l’inflation est de retour, que tout augmente, transports, gaz, électricité, assurances, tout… Il faut dire à quel niveau de rattrapage on se place. Pour cela je suggère d’écouter les syndicats et le plus important d’entre eux qui défend le Smic à 1600 euros. En 2007 nous défendions 1500 euros, cinq ans après cela semble raisonnable de dire 1600. Il faut aligner les minima des conventions collectives par. la loi sur le Smic. Car on dit dans le projet qu’il faut que les entreprises et salariés s’entendent, oui, mais les patrons ne le veulent pas, ils ne négocient pas, donc il faudra intervenir. Surtout s’il y a une « conférence annuelle sur les salaires ». Car elle existe déjà : chaque année il y en a une, c’est prévu, avant c’était en juin maintenant c’est en décembre avant la fixation du Smic. Mais le Medef ne lâche rien. Il y a les conventions collectives, grilles de salaires, de métiers, de carrière, il faut que l’état soit volontaire, car sinon rien ne changera, l’extension des conventions collectives relève de l’état, c’est un  moyen puissant de pression pour la hausse des salaires.

Dans les salaires il y a l’égalité salariale hommes-femmes : les femmes gagnent en moyenne 27 % de moins que les hommes. Évidemment instaurer l’égalité, c’est une hausse moyenne de 27 % pour une travailleuse sur deux salariés. C’est pour cela que c’est dans les textes depuis trente ans et que les patrons ne le veulent pas. À travail égal salaire égal, ça ne se fait pas parce qu’il n’y a pas de sanction à la clef.

Je ne suis pas certain de l’efficacité de la menace de la suppression des exonérations de cotisations sociales. Ça vise qui ? Les petites entreprises aidées de 1 à 1, 3 ou 1,6 le Smic ? Il y a surtout 1000 entreprises de plus de 1000 qui emploient 3,5 millions de salariés et qui produisent 48 % du produit intérieur brut. C’est là qu’il y a les disparités salariales les plus fortes hommes femmes, d’ailleurs il n’y a que 7 % de cadres supérieurs qui sont des femmes.  Je suggère de regarder ce que la droite a fait avec les seniors en 2009 : elle a menacé  de taxer ces 1000 entreprises de 1 % de la masse salariale si elles ne signaient pas des accords pour le maintien des seniors dans l’emploi. C’était en 2009 et la date limite était le 1er janvier 2010 : sous cette menace, elles ont toutes signé, des accords creux et qu’elles n’ont pas respecté, mais elles ont signé. La question est plus facile à faire et à contrôler pour l’égalité salariale entre sexes : si avant le 1ier janvier 2013, par exemple, elles n’ont pas instauré cette égalité-là disons qu’elles seront taxées de 1 ou 2 % de leur masse salariale par an ! Vous verrez qu’elles vont le faire ! Et ça se diffusera dans le 1 million de petites entreprises de moins de 10 qui font travailler elles aussi 3,5 millions de salariés, Commençons par le haut, l’ordre public social se diffusera par le bas…
 
Les Français seront aussi contents qu’on défende un salaire maxima. Cela les rassurera sur le partage des richesses que nous voulons faire dans la vie réelle. Pas plus de 20 fois le Smic dans le secteur public. En fait cela devrait être partout. J’avais dit une fois ça à la chaîne parlementaire : alors le patron et l’UMP qui étaient en face de moi se sont écriés : « - Mais c’est Pol Pot ! »  J’ai dit « - Non, c’est Roosevelt » car c’est Roosevelt qui a fait cela en 1942, pas de salaires supérieurs à 20 fois le Smic, et au-dessus il a fait une tranche d’impôt qui a raflé tout à hauteur de 88 %. L’UMP et le patron ont réfléchit et m’ont dit :  «  - Oui, mais c’était une économie de guerre » J’ai répondu «  - Mais vous dies tous les jours qu’on est en guerre économique » ! ».
 
La précarité : on propose de taxer le travail précaire. Oui. Mais prenons l’exemple de Renault Douai qui faisait travailler 4500 salariés dont 2000 intérimaires. Est-ce un mode de gestion du personnel acceptable ?  Leur supprimer les exonérations n’est pas convaincant. Ils y gagnent au système d’intérim au détriment de tous leurs salariés. Le droit du travail doit l’interdire si on veut de l’emploi ferme en CDI. On ferait mieux de dire qu’il y a un quota de 5 % de précaires, CDD, intérim, pour remplacement de salariés absents ou surcroît exceptionnel de travail, 5 % (sauf dérogation préalable exceptionnelle) et ainsi on prohibe la généralisation du non CDI.

De façon générale car je n’ai plus de temps, il faut savoir qu’on était dans un pays où la chef du patronat, Laurence Parisot, c’est elle qui dirige avec Sarkozy, dit « la liberté de penser s’arrête là ou commence le code du travail ». C’est elle qui a fait remplacer une partie du droit collectif du licenciement par la « séparabilité », celle qui  a produit la « rupture conventionnelle » soit 250 000 licenciements non motivés, de gré à gré, le plus grand plan pas social de ce pays, 500 000 ruptures de contrats depuis deux ans… C’est bien que le projet veuille contrôler les licenciements indus et boursiers. Il faut abroger, et reconstruire le code du travail, c’est un droit intime, quotidien, décisif pour 18, 3 millions de salariés du privé et aussi pour les 5 millions de salariés du public qui souffrent pareillement de la mise a mal de leur statut, l’équivalent appelé RGPP, les sarkozystes ont fait des ravages depuis 5 ans, ils ont passé le code du travail à l’acide des exigences du Medef, il faut le reconstruire, un vrai code du travail protecteur !

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26 mars 2011

Pourquoi la France doit continuer à se désindustrialiser

Julia Cagé, présentée comme enseignante à l'université de Harvard et à l'Ecole d'économie de Paris a publié dans La Tribune début mars une tribune intitulée « Pourquoi la France doit continuer à se désindustrialiser ». Elle estime que ce qui est grave aujourd'hui, ce n'est pas le déclin de la production industrielle, mais le retard du pays en matière d'innovation.

 

Je vous en livre le texte intégral...que je me permettrai ensuite de commenter ! :

Il y a des discours politiquement vendeurs, car touchant aux peurs les plus profondes des citoyens. Ces discours sont dangereux quand ils sont faux et font le choix de la facilité. Les discours répétés sur la désindustrialisation et le déclin de la France sont de ceux-là. Oui, la part de l'emploi industriel dans l'emploi total est en train de baisser. Oui, la France est en train de se désindustrialiser. Mais non, ce n'est pas grave. En fait, c'est tant mieux.

Ce qui est grave aujourd'hui, ce n'est pas le déclin de la production industrielle, mais le retard du pays en matière d'innovation. La France n'invente pas, refuse de se donner les moyens de le faire et s'obstine à rester spécialisée dans des secteurs anciens plutôt que de faire le choix de la haute technologie. C'est l'un des rares pays de l'OCDE dont la part de la R&D dans le PIB a reculé au cours des quinze dernières années.

On érige (un peu trop) souvent l'Allemagne en exemple. Mais si notre voisin se porte si bien quant à ses exportations, c'est en partie parce qu'il a délocalisé une part de sa production, tout en maintenant sur les sites nationaux les étapes à haute valeur ajoutée. La France doit avoir le courage de faire ce choix de l'« outsourcing », parce que c'est celui de la valeur ajoutée et de l'emploi.

Vous n'êtes pas convaincus ? Retournez votre iPhone : « Designed by Apple in California. Assembled in China ». Qui d'après vous est gagnant dans l'histoire ? La Chine qui produit ou les États-Unis qui créent ? Si l'assemblage d'un iPhone produisait plus de valeur pour le pays assembleur que sa conception pour le pays de création, alors il serait tout à fait légitime de défendre la survie d'une industrie forte qui puisse assembler tous les iPhones du monde. Mais ce n'est pas le cas. Dans un système mondialisé de l'innovation, celui qui capture la valeur, c'est celui qui innove, pas celui qui produit. Une étude américaine a montré que les États-Unis capturaient la plus grosse partie de la valeur ajoutée produite par l'iPod, la Chine une toute petite partie seulement. De même, la valeur ajoutée de la Chine dans les ordinateurs n'est que de 5 %. Il en va également ainsi de vos Nike préférées.

Dès lors, pourquoi ne pas faire clairement le choix de devenir une économie de conception, créatrice d'innovations, plutôt que de tenter en vain, du fait des différentiels de coûts salariaux, de rester le pays qui assemble ? Pourquoi regretter de ne plus être la Chine de l'Europe ? Pourquoi ne pas chercher plutôt à devenir la Silicon Valley alors même que la Chine, où a été mis en place en 2006 un plan de quinze ans destiné à transformer le pays en une société orientée vers l'innovation, aimerait avoir cette opportunité ? Les téléviseurs LCD, fabriqués en Chine, ont été inventés aux États-Unis. Le Kindle, produit à Taïwan, a été inventé dans la Silicon Valley.

Applaudir des deux mains la désindustrialisation - renoncer à la grandeur industrielle passée - nécessite de repenser en profondeur les priorités de l'économie et de se donner les moyens de devenir une économie de l'innovation. On nous répondra que l'industrie offrait une intégration aux ouvriers que le tertiaire n'offre pas, d'où le désarroi des jeunes non diplômés. Mais qu'y a-t-il d'intrinsèque à l'industrie qui fasse qu'elle seule puisse leur offrir des débouchés ? Ne nous y trompons pas, la plus grande part des activités de conception et d'innovation - créatrices d'emploi, et pas seulement pour les plus qualifiés - est comptabilisée dans les services, non dans l'industrie.

Certes, il n'est pas facile pour la gauche, longtemps associée au vote ouvrier, d'abandonner les rêves de grandeur industrielle. Pourtant, elle souffre ici de ses propres contradictions, n'arrivant pas à réconcilier un discours sur la difficulté des conditions de travail à l'usine avec la volonté assumée de réindustrialiser. Mais se lamenter face à la désindustrialisation, c'est donner à la droite un bâton pour se faire battre, qui aura vite fait d'argumenter - à tort - que la perte de 500.000 emplois industriels depuis 2000 est due aux 35 heures.

Dans la nouvelle division internationale du travail, ce ne sont plus des biens industriels que la France doit chercher à exporter, mais de l'éducation, de la santé (comme le souligne Philippe Askenazy dans son dernier livre) et des idées. Laboratoire, université, hôpital du monde. Inventer, éduquer, soigner. La France retrouvera ainsi un équilibre vertueux de sa balance commerciale et la croissance indispensable à un État providence à même de protéger les perdants de cette modernisation.

 

Pas de place aux doutes ou à la nuance dans ces propos, notre économiste est persuadée d’avoir trouvé LE modèle économique qui va nous sauver !

 

Pour quelqu’un qui ne croit pas à l’avenir de l’industrie, elle a réussi à accumuler des âneries en quantité… industrielle dans un texte aussi court !

 

Par quoi commencer ?

 

Tout d’abord croire que la division internationale du travail va rester figée, c’est faire preuve de naïveté ou d’aveuglement. Les chinois, les indiens vont-ils continuer à rester les « petites mains » de la planète ? Ils forment des ingénieurs à tour de bras. Les indiens ont déjà un savoir-faire important en matière de développement informatique et de recherche médicale. Les chinois sont en avance sur les véhicules électriques, les technologies de l’énergie solaire…D’ores et déjà, ils conçoivent… Croire que l’Europe et les Etats-Unis pourront préserver une compétence exclusive en matière d’innovation est, dès maintenant, illusoire.

 

Ensuite, prétendre que l’innovation technique est indépendante de la fabrication est une ineptie. Pour innover, il faut être au contact de la production. Il faut que l’idée géniale puisse être industrialisable à grande échelle. Pour cela, il faut des contacts permanents entre ingénieurs et chercheurs. Comment faire si les usines sont à des milliers de kilomètres des bureaux d’études ? En France, 85% des dépenses de R&D ont lieu dans le secteur industriel.

 

Le modèle proposé est en contradiction avec la nécessaire prise en compte de la préservation de l’environnement. En effet, cela signifie que les transports de marchandises à l’échelle mondiale vont s’intensifier. N’oublions pas que ce modèle est possible uniquement parce que les coûts de transport n’intègrent pas les « externalités » (le coût des conséquences désastreuses pour l’environnement). Si les coûts de transports incluaient le coût de la dégradation de l’environnement, les délocalisations seraient sans doute moins rentables. Et puis, n’oublions pas également que le prix du pétrole est amené à augmenter mécaniquement dans les années à venir, donc par voie de conséquence les coûts de transport.

 

D'une manière générale, l'industrie conserve un rôle de locomotive dans la création d'emplois. Un rôle qui saute aux yeux lorsqu'on examine les dynamiques locales, comme l'a fait l'économiste Brieuc Bougnoux, directeur du cabinet Reverdy. L'exemple de STMicroelectronics dans le bassin grenoblois en est une illustration: lorsque le fabricant de semi-conducteurs crée un emploi sur son site, il "engendre environ un emploi chez les fournisseurs directs du site, observe Brieuc Bougnoux. Ces deux emplois créés dans la filière microélectronique grenobloise engendrent à leur tour environ quatre emplois dans l'économie tertiaire pour répondre aux besoins des familles. Ces quatre emplois se partagent à peu près à parts égales entre le local et le national. Sur un plan strictement local, on peut donc considérer qu'un emploi supplémentaire chez STMicroelectronics en suscite quatre autres. Un effet de levier considérable qui justifie l'ardeur des collectivités locales pour attirer les industriels sur leur territoire". Cet enjeu est d'autant plus important que les emplois industriels sont généralement des emplois stables, relativement qualifiés et bien rémunérés, tandis que les emplois créés dans les services sont plus souvent précaires et mal payés.

 

Enfin, et c’est peut-être l’objection la plus importante, l’avènement d’une économie « sans usine » est porteur d’inégalités, voire d’une rupture de la cohésion sociale. Cette évolution est peut-être profitable pour une fraction de salariés qualifiés, tels les « manipulateurs de symbole » évoqués par Robert Reich., ancien ministre du travail du président Clinton, dans son livre L’économie mondialisée. Robert Reich distingue trois catégories de travailleurs :

*     les travailleurs routiniers, dont les emplois vont inéluctablement se délocaliser dans les régions où la production est moins coûteuse,

*     les employés aux services aux personnes (hôpitaux, restaurants etc…) protégés des effets directs de la mondialisation, mais pas de ses effets indirects,

*     les découvreurs de problèmes, les résolveurs de problèmes, et les courtiers capables de les mettre en relation. Il les dénomme « manipulateurs de symboles ». Selon Robert Reich, ceux-là ont leur avenir devant eux. Ils sont indispensables au développement des entreprises. Ils sont capables d’imaginer les nouveaux couples produits-services qu’ils diffusent ensuite sur la planète.


Pour Robert Reich, si on prolonge les courbes actuelles, en 2020, 1/5 de la population américaine (les manipulateurs de symboles) se partagera 60% de tous les revenus américains, et le 1/5 inférieur moins de 2%. Une grande partie de la population sera ainsi rejetée. En Allemagne, la stratégie de focalisation sur les activités à fortes valeur ajoutée conduit au développement d’une précarité jusqu’alors inconnue…

 

Nos sociétés sont-elles condamnées à devenir de plus en plus duales avec des « manipulateurs de symboles » servis par une armée de nouveaux domestiques ?

 

Au final, il semble que cette théorie du capitalisme dématérialisé soit avant tout utile pour justifier la délocalisation des usines dans les pays à bas coût. Selon cette théorie, pourtant démentie par la montée en puissance des pays émergents, les pays développés seraient les « cerveaux » et les autres les « bras » d’une économie globalisée. Sauf que, les salariés des pays développés ne pourront pas tous devenir des as du « high-tech ». Il serait injuste de laisser sur le bord du chemin ceux dont les emplois sont condamnés à disparaître, au prétexte qu’ils n’ont pas su « s’adapter ».

 

La question fondamentale n’est pas de savoir comment accompagner les victimes de ce processus prétendument inéluctable (à coup d’emplois de « service à la personne » et de RSA). La réflexion doit plutôt porter sur une nouvelle politique industrielle visant à créer des emplois permettant à chacun de vivre décemment de son travail. Cela passe par une certaine relocalisation de la production, en se positionnant notamment sur les « technologies vertes » et en imposant aux grandes entreprises de recourir à des fournisseurs locaux.

 

 

 

 PP

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05 février 2011

Incroyable mais vrai : 25 % des salariés gagnent moins de 750 €!



C'est l'un des titres de FO-hebdo cette semaine : un quart des 25 millions de salariés gagnent moins de 9 000 euros annuels. Soit 6,25 millions de personnes gagnant 750 € par mois, 73 % du SMIC.



« Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques. » Pour en vouloir autant aux statistiques, Mark Twain devait sans doute être plus à l’aise avec la littérature qu’avec les mathématiques. Le romancier américain se fait le porte-parole de ceux pour qui des chiffres ne sauraient décrire la réalité sans la pervertir. Mais sa critique porte en réalité non pas sur les statistique elles-mêmes, mais sur ce qu’on leur fait dire.

 

Prenons, par exemple, la distribution, au sens statistique, des revenus des salariés. Le chiffre le plus communément retenu pour décrire cette réalité sociale est la médiane, qui séparent les salariés en deux parts égales. Ainsi, en 2008, 50% d’entre eux touchaient-ils moins de 1 450 euros par mois, et 50 % gagnaient plus. Sauf que ne sont pas pris en compte l’ensemble des 25 millions de salariés que compte la France.  

 

L’Insee doit, depuis peu, publier en plus un indicateur prenant en compte la totalité des salariés  : ceux qui ont connu des périodes de chômage, des petits boulots, ou qui travaillent à temps partiel. Bref, tous les salariés qui ont travaillé au moins un jour dans l’année. 

 

Et le résultat donne alors à voir une autre France, d'où émerge un lumpenproletariat structurel, révélé cette semaine par Fo-hebdo. Dès lors, la médiane tombe à 1332 euros. Mais c’est dans le bas de l’échelle que se font ressentir les différences. Les 25 % des salariés les moins bien payés touchaient moins de 9 000 euros net par an, soit à peine 73% du Smic, pour un revenu moyen de 3 710 euros, soit 30% du Smic.

 

Pour deux tiers d’entre eux, ce sont des travailleurs qui ont été amenés à multiplier les petits CDD à temps partiel payés au lance-pierre. Ceux-là ont travaillé 205 jours, s’ouvrant donc de tout petits droits au chômage. Au contraire du tiers restant, qui a occupé un vrai boulot mais sur une période réduite de moins de trois mois (peu ou pas de chômage à la clé).



Comment pourrait-il en aller autrement ? « En 2008, note l’Insee, en France métropolitaine, 25 millions de personnes ont été salariées dans l’année. Sur l’année, ces salariés ont occupé 26 millions d’emplois différents, d’après les déclarations annuelles de données sociales (DADS, annexe). Certains de ces emplois n’ont duré qu’une partie de l’année, certains sont à temps partiel. Finalement, ramenés à des emplois à temps plein toute l’année, ces 26 millions d’emplois en représentent 19 millions en  équivalent temps plein (EQTP). » 

 

On comprend donc que 6,25 millions de personnes sont obligées de jouer au jeu des chaises musicales sur un million d’emplois équivalent temps plein divisés en une multitude de petits contrats. Une sorte de time sharing du job. 

 

La statistique de l'INSEE est de celles qui mériteraient d'être méditées : elles témoignent de l'ampleur de la baisse de la demande en France. Mais elle n'est pas de celles qui font la une des journaux...

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27 janvier 2011

Bureau International du Travail : Tendances mondiales de l’emploi 2011

Le Bureau International du Travail vient de publier un rapport intitulé "Le défi d'une reprise de l'emploi"

 

wcms_150444.pdf

 

Extraits:


"Les économies en développement qui, pour leur croissance, dépendaient de leurs exportations doivent renforcer leur demande intérieure. Étant donné que ces économies ont généralement bénéficié d’un rebond plus rapide de la croissance, étayé par une marge de manœuvre budgétaire comparativement plus importante et des fondamentaux macroéconomiques plus solides, elles disposent d’un bon point de départ pour une réorientation de la croissance vers la consommation intérieure. Le renforcement de la protection sociale est un élément crucial pour obtenir une meilleure sécurité économique et une plus forte consommation. Des politiques du marché du travail visant à mieux faire le lien entre hausses de la productivité du travail et hausses des salaires réels sont elles aussi essentielles et elles doivent être soutenues par le dialogue social entre les travailleurs, les employeurs et les gouvernements."



"L’amélioration des résultats du marché du travail contribuerait à une reprise macroéconomique plus large et pourrait aider à compenser les effets négatifs des mesures d’assainissement budgétaire. Dans tous les cas, une conception étroite axée sur la réduction des déficits sans relever le défi de la création d’emplois affaiblirait encore les perspectives d’emploi et menacerait la reprise."

"Il est vital de renforcer les mécanismes de coopération internationale, y compris à travers le G20, pour obtenir une reprise durable et équilibrée."

Un article du Figaro analyse ce rapport et recense le nombre de personnes touchés par le chômage dans le monde en 2010 :
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2011/01/24/04016-20110...

Le diagnostic est sans appel :

"En 2010, 205 millions de personnes étaient au chômage dans le monde, soit un taux global de 6,2%, contre 6,3% en 2009 et 5,6% en 2007. La zone «économies développées», qui englobe les États-Unis et l'Union européenne, a été la plus touchée: 55% de la hausse du chômage entre 2007 et 2010 s'est produite dans cette région qui ne compte que 15% de la population mondiale. En première ligne, l'industrie a perdu 9,5 millions d'emplois sur cette période."

08:41 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, bit, chômage, inégalités | | |  Facebook | | |

24 janvier 2011

Tensions sociales en Chine du Sud : vers une grève générale ?

chine_travailleur_greve_inside.jpg

L'ère des ouvriers chinois obéissants et mal payés touche à sa fin. Une étude du CNRS dans le Sud de la Chine montre une combativité nouvelle qui pourrait déboucher sur une grève générale.

Si le Sud de la Chine – particulièrement la province du Guangdong – est devenu l'atelier du monde, cela est dû à plusieurs raisons ; mais la plus mentionnée est celle de l'existence d'une main d'œuvre travailleuse, obéissante, et acceptant sans rechigner bas salaires et mauvaises conditions de travail.

Ces vingt dernières années, la croissance a été ininterrompue et les salaires ont peu bougé. Les statistiques officielles chinoises montrent même que ces salaires auraient plutôt diminué en proportion du produit industriel brut.

Un printemps ouvrier en Chine du Sud ?

Depuis un an, on voit se multiplier les conflits du travail. De ce fait, les salaires montent. Les journaux ont même fait état de plusieurs conflits, dans des entreprises taïwanaises ou japonaises, lesquels se sont soldés par de très conséquentes hausses de salaires. Le mouvement est tellement fort que de plus en plus d'observateurs parlent de la possibilité d'une grève générale en Chine du Sud.

Sans pouvoir prédire ce qui relève de l'imprévisible, il nous semble que les conditions sont réunies pour un printemps ouvrier en Chine du sud, explosif ou rampant, mouvement qui a déjà commencé ; tout porte à penser qu'il va se développer dans les mois qui viennent.

Le Centre franco-chinois de recherches sur les organisations, de l'université Sun Yatsen à Canton, a mené des observations de terrain et des discussions avec les entreprises, les syndicats, les activistes et les pouvoirs politiques dont nous voudrions rendre compte dans cet article et qui permettent de se faire une idée de ce à quoi il faut attendre.

Pourquoi fait-on grève ?

Mancur Olson est un économiste américain célèbre pour une théorisation de l'action collective publiée en 1965. D'après lui, la grève est d'abord le résultat d'un calcul : les ouvriers regardent ce qu'ils risquent de perdre (heures non-payées, répression) et ce qu'ils risquent de gagner (augmentation de salaires).

Cette idée de recherche de l'intérêt correspond bien à l'état d'esprit de nombres d'ouvriers chinois. D'après Olson, il n'y a pas de grève sans contrainte, car on a toujours intérêt individuellement à ce que les autres fassent grève pour avoir une augmentation, mais pas à faire soi-même grève pour ne pas perdre de salaire.

La contrainte demande un minimum d'organisation, et cela explique pourquoi les grèves étaient si difficiles à organiser jusqu'ici en Chine, car on sait à quel point l'Etat chinois écrase violemment tout début d'organisation concurrente du Parti.

Les ouvriers d'aujourd'hui ne ressemblent guère à ceux d'hier. Dans la Chine des trente premières années du régime communiste, être ouvrier voulait dire avoir un certain niveau d'instruction et le privilège de travailler pour l'Etat. C'était une fonction enviée.

Les réformes ont réduit considérablement l'importance numérique des ouvriers d'entreprises d'Etat au profit d'entreprises privées. Celles-ci ont massivement embauché des jeunes sans instruction venus des campagnes pauvres.

Une nouvelle génération d'ouvriers

Trente ans après le décollage industriel, nous sommes maintenant à la deuxième génération d'ouvriers d'origine rurale. Cette deuxième génération est plus instruite que ne l'était la première. Elle a l'expérience de la première génération, et surtout elle n'a connu que la croissance.

La première génération d'ouvriers d'origine rurale avait connu la guerre civile et des périodes de famine. La génération actuelle sait ce qu'est la misère, mais elle a rarement été confrontée à la famine, et très exceptionnellement à la répression. C'est une génération qui croit en son avenir.

Ces ouvriers ont quitté des villages que les jeunes fuient et où sévit un chômage endémique. Le revenu moyen des paysans chinois tourne aujourd'hui autour de 100 euros par an, celui des ouvriers est dix fois supérieur. Les ouvriers d'origine rurale ont donc expérimenté une véritable promotion sociale.

Vingt ans d'observation des usines chinoises m'ont montré des évolutions dans les mentalités de ces ouvriers, évolutions que nous lions à l'expérience concrète vécue par ces derniers. Il est impossible de décrire la variété des opinions des ouvriers chinois, mais on peut tenter de sortir certaines constantes de discours lorsque ces derniers renvoient à des situations observées.

La presse insiste beaucoup sur les conditions de travail qui ne sont souvent pas meilleures que dans les autres pays du tiers-monde. Ces conditions du travail sont naturellement mal vécues, mais elles sont aussi perçues comme une fatalité, et, globalement, ne se dégradent pas.

Par contre, l'intensité au travail monte. Il y a vingt ans, la plupart des usines que j'observais n'avaient pas des conditions de travail enviables, mais le rythme de travail était rarement soutenu.

Il y avait de nombreuses raisons à cela : d'une part, les salaires étaient si bas qu'il n'était pas nécessaire d'exiger une forte quantité de travail. Peut-être la raison principale est qu'il n'est pas simple de faire travailler des ouvriers.

Si on travaille trop, on finit par s'user, même si on est Chinois

Taylor a bien montré qu'il faut mobiliser beaucoup de travail intellectuel pour parvenir à augmenter l'intensité au travail, et les usines chinoises manquent d'organisateurs. C'est donc très progressivement que les rythmes de travail y ont augmenté. Les horaires se sont allongés du fait d'une demande croissante de travail.

Les employés et les cadres ont aussi connu une croissance de l'intensité de leur travail. Les salariés chinois ne rechignaient pas à travailler longtemps, mais l'intensité de leur travail et l'amélioration de leur qualité de vie justifiaient cela.

Dans les dernières années du XXe siècle, les ouvriers réclamaient plus d'heures de travail car ils voulaient augmenter leur revenu, le travailler plus pour gagner plus était très à la mode à l'époque. Cette boulimie de travail a nourri une forme de nationalisme triomphant.

Au cours des années 2004-2006, nous entendions des amis chinois qui se gaussaient de la supposée paresse des Occidentaux, lesquels, selon eux, étaient plus soucieux de multiplier les jours de repos que de développer leur économie nationale. Ils nous disaient que l'économie chinoise allait devenir la plus puissante car les Chinois, eux, ne craignaient pas le travail, et acceptaient de travailler beaucoup pour des salaires limités.

Ces discours s'entendent moins aujourd'hui. Il faut dire que les rythmes de travail se sont accrus. Il faut dire aussi que l'on peut travailler intensément pendant plusieurs années, mais pas indéfiniment. Si on travaille trop, on finit par s'user, même si on est Chinois.

Travailler moins et gagner plus

Aujourd'hui, nous entendons nombre de Chinois dire qu'ils veulent moins travailler. Les ouvriers mettent plus souvent l'investissement dans le travail en relation avec les gains qui en résultent. Ils émettent souvent des constats désabusés :

« On a travaillé de plus en plus dur pendant des années, et regardez qui s'est enrichi – pas nous ! »

 

Si ces ouvriers gagnent plus que leurs parents, ils se trouvent aussi dans un monde plus compliqué. Les salaires des ouvriers chinois n'ont pas augmenté au rythme de la croissance économique chinoise. Ils restent des salaires de pays du tiers-monde dans une région qui arrive au PIB par habitant des pays européens les moins aisés.

Faire sa vie comme ouvrier devient un casse-tête. Les prix du logement se sont envolés. Alors que la majorité des urbains possèdent leur logement, les ouvriers se rendent compte qu'ils n'y arriveront pas. Se marier implique de trouver un logement en dehors des dortoirs bon marché. Elever un enfant en ville s'avère souvent hors de portée financière pour un ouvrier. Le choix est souvent fait de laisser l'enfant aux grands-parents à la campagne, ou de repousser indéfiniment la naissance. Et depuis peu, les coûts de la nourriture s'envolent.

Il y a quelques années, les ouvriers auraient pris leur sort avec fatalité, car ils ne voyaient pas de moyen d'amélioration. Mais aujourd'hui, ils ont entendu parler des salaires obtenus dans d'autres usines à la suite de grèves, et ils trouvent qu'ils sont mal payés. Ils n'ont pas connu de répression, sont habitués à changer d'entreprise facilement et ils ne craignent pas le chômage ; dès lors, ils n'ont pas peur de faire grève.

Il faut dire qu'à la différence de leurs parents, ces ouvriers sont généralement des enfants uniques, c'est-à-dire qu'ils ont été habitués à des adultes qui leur cèdent tout : ils supportent d'autant plus mal les frustrations.

S'ils ne se mettent pas plus souvent en grève, c'est que la plupart d'entre eux ne savent pas comment s'y prendre.

Les employeurs désemparés face aux tensions

Face à ces changements d'attitude des ouvriers, les employeurs privés semblent souvent désemparés. Les employeurs chinois privés étaient habitués à des ouvriers dociles, mais peu fidèles. Ils s'accommodaient d'un fort turn-over d'autant qu'ils n'avaient aucune difficulté à recruter. Le turn-over apparaissait comme le meilleur moyen de gérer les tensions. Lorsque le recrutement de nouveaux salariés se faisait plus difficile, il leur suffisait d'augmenter un peu les salaires, ou d'améliorer les conditions de logement.

Dans les interviews de patrons que nous pratiquions en profondeur, le personnel ouvrier n'apparaissait que très rarement comme une préoccupation importante.

Maintenant, ces mêmes patrons se retrouvent face à des gens qui discutent ouvertement des salaires et cela est nouveau pour eux. Ils en appellent à l'autorité, aux vertus confucéennes de l'obéissance et font preuve de rudesse dans les rapports avec les ouvriers.

Ces employeurs sont d'autant plus démunis devant ces changements qu'ils ont peu d'occasions d'en discuter en profondeur avec des collègues. Rappelons que les employeurs chinois n'ont pas plus de droits pour s'organiser que les salariés chinois.

Le pouvoir communiste connaît suffisamment la pensée de Karl Marx pour comprendre que si la Chine devient capitaliste, les capitalistes devraient un jour ou l'autre prendre le pouvoir. Le pouvoir fait donc tout ce qu'il peut pour retarder le moment ou cette prophétie marxiste va se réaliser.

De ce fait, les patrons chinois n'ont guère de lieux pour réfléchir ensemble à des stratégies communes, et pas vraiment de moyens de s'exprimer collectivement. Il y a bien des organisations patronales officielles, mais elles sont entièrement dirigées par des fonctionnaires. Les seuls à pouvoir parler pour les patrons sont les organisations patronales de Hong-Kong ou les chambres de commerce étrangères.

Les dirigeants d'entreprises occidentales sont également pris de court par ces changements d'attitude des ouvriers. A la différence de la plupart de leurs homologues chinois, ils ont généralement mis en place un minimum de gestion du personnel, et ils essaient d'avoir de bonnes relations avec leurs salariés. De ce fait, ils connaissent mieux le personnel et savent généralement qui est susceptible de déclencher des troubles.

Augmenter les salaires ne suffit plus

Mais ils avaient l'impression de pouvoir maintenir la paix sociale en anticipant les revendications. Leur personnel semblait satisfait de la situation et ne se plaignait pratiquement jamais ni du salaire, ni des conditions de travail.

Or voici, que depuis quelques mois, ils se rendent compte que les augmentations de salaires, ou les avantages concédés, ne suffisent plus à calmer les discussions dans les ateliers. Ils ont l'impression de faire des cadeaux à des gens qui leur disent, qu'en fait ils devraient leur donner plus. Cette situation est nouvelle pour eux en Chine.

Bien sûr, ils s'attendaient à devoir augmenter les salaires. Ils avaient été plutôt étonnés de ne pas avoir à le faire plus tôt. Cela dit, en matière de salaires, les employeurs occidentaux ont des visions différentes selon que leur activité est tournée vers le marché chinois ou non. S'ils sont en Chine pour tirer profit des bas coûts et des facilités industrielles, ils sont rétifs aux augmentations de salaire et ils ont tendance à prendre le salaire minimum comme salaire de base.

S'ils visent le marché chinois, le fait qu'une partie plus grande de la richesse nationale soit redistribuée leur fait entrevoir cette croissance du marché chinois qui devrait rendre profitable leur activité et que souvent ils attendent depuis des années.

Ceux qui visent le marché chinois, ont généralement des politiques plus à long terme et plus favorables à leur main d'œuvre. D'ailleurs, ce sont dans ces sociétés étrangères tournées vers le marché chinois que les salariés chinois souhaitent le plus travailler.

Face à des ouvriers qui n'ont pas peur des conflits, on a un pouvoir beaucoup plus divisé sur la question du risque social. Le pouvoir politique chinois n'est pas un modèle de démocratie. Les modes de désignation ignorent les élections et se font par désignation de haut en bas.

Un pouvoir moins monolithique qu'on le pense

Ce pouvoir est cependant beaucoup moins monolithique que ne l'étaient ceux de l'Europe de l'Est lorsque cette dernière était socialiste. Les visions, stratégies et situations du pouvoir central sont très différentes de celles des pouvoirs municipaux, ou des pouvoirs provinciaux.

La personnalité des cadres du Parti compte aussi beaucoup. Entrer au Parti est une opportunité qui n'est pas offerte à tout le monde et demande souvent beaucoup d'efforts. Mais les motivations des entrants sont très variées : certains souhaitent défendre des options idéologiques ou morales, quand d'autres visent plutôt leur enrichissement personnel.

Le monde des pouvoirs chinois est traversé par des débats très vifs sur les politiques à mettre en œuvre. Cela est particulièrement visible en matière de gestion des conflits du travail.

Le pouvoir central intervient assez peu sur ces conflits. S'il le fait, c'est toujours en désaveu des autorités locales et souvent de manière brutale. Son principal souci est son maintien au pouvoir, et c'est à cette aune qu'il jugera ou non d'intervenir. Il s'est toujours opposé violemment à la création d'organisations militantes autonomes, quitte à nuire au développement économique.

La Chine est une « cryptocratie »

Le pouvoir ne nie pas la croissance du nombre de conflits sociaux. Certes, les statistiques des conflits sont données au compte-goutte et ne sont pas toujours très fiables, mais depuis deux ans, le pouvoir note une augmentation constante du nombre de conflits et annonce s'attendre à d'autres conflits plus grands. Une manière de dire qu'il est prêt à toute éventualité.

Cela dit, nous savons très peu de choses sur ce pouvoir central. La Chine reste pour l'essentiel une « cryptocratie ». Les principaux dirigeants vivent dans l'ombre et ne laissent filtrer que très peu d'informations sur les conflits qui les animent. Bien souvent, on a au sommet deux dirigeants, dont l'un semble incarner l'ouverture, quand l'autre joue la carte de la continuité, un peu comme deux marionnettes dont on ne saurait pas qui tire les ficelles.

La Chine dispose d'une forme de pouvoir qui a peu d'équivalent ailleurs ou dans le passé. Il s'agit non pas d'un pouvoir personnel mais d'une oligarchie ou gouvernement d'un petit nombre. C'est un petit groupe de dirigeants, constitué initialement de rescapés de la longue marche, qui a pris le pouvoir en 1949.

Ce petit groupe forme une petite société fermée qui se reproduit en son sein et conserve depuis soixante ans les rênes du pouvoir. Les observateurs étrangers s'entendent en général pour dire que les décisions essentielles sont prises par un collectif.

Une oligarchie à la longévité exceptionnelle

Ce collectif tient fermement les rênes d'un Parti communiste de plusieurs centaines de milliers de personnes. L'oligarchie permet de résoudre le problème de la transmission du pouvoir d'une génération à l'autre. Les mêmes personnes qui sont responsables des erreurs de la planification initiale, puis des crimes de la Révolution culturelle, sont aujourd'hui ceux qui dirigent la politique dite de socialisme de marché ou d'ouverture. Cela explique la longévité du régime.

On mesure mieux le pouvoir de cette oligarchie quand on constate que 98% des milliardaires chinois sont apparentés à des personnes qui tiennent ou ont tenu des fonctions ministérielles. L'avantage du groupe sur la personne, c'est que lorsque les erreurs du dirigeant sont visibles, il se trouve généralement dans le groupe des gens qui ont déjà un plan pour corriger les effets des erreurs et proposer des solutions alternatives.

Les dirigeants chinois ne sont pas plus intelligents que les dirigeants des autres pays, mais leur système est plus « pardonnant », c'est-à-dire qu'il corrige au fur et à mesure les erreurs des dirigeants. Et la durée du collectif est potentiellement infinie.

Le pouvoir central ne travaille pas pour la postérité, comme le ferait un potentat qui sait qu'il va mourir ; il ne travaille pas non plus pour aligner des résultats à la date des élections suivantes, puisqu'il n'y a pas vraiment d'élections.

Il a la possibilité et l'intérêt de se projeter et de projeter son pays dans le long terme. Du fait de la grande opacité de ce pouvoir central, il est donc très difficile de prévoir comment il réagirait à une crise sociale majeure.

Généralement, ce sont les autorités municipales qui ont à charge d'intervenir sur les conflits du travail. Ce sont elles qui gèrent la vie quotidienne des Chinois. Elles gèrent notamment les droits sociaux qui varient considérablement d'une ville à l'autre. Le salaire minimum est généralement fixé ville par ville. Le syndicat apparaît dans les faits comme une autorité municipale.

Les autorités municipales sont en première ligne en cas de troubles. Bien sûr, elles sont sensibles à la pression du pouvoir central, mais leur action vise plutôt à montrer qu'elles contrôlent la situation. Il est arrivé que des municipalités prennent à leur charge les derniers salaires des salariés en cas de faillite de leur entrepreneur. Comme toutes les villes, elles souhaitent accueillir plus d'entreprises et recevoir plus de taxes.

Cela veut dire que dans les conflits, elles seront plutôt sensibles aux arguments des employeurs plutôt qu'à ceux des ouvriers. Ainsi, les villes peuvent envoyer la police, ou mobiliser le syndicat pour terminer un conflit.

Le Guangdong, laboratoire de l'expérimentation sociale

La province du Guangdong joue une partition un peu différente. Elle a la mission et l'ambition de se trouver en pointe du développement économique et de l'ouverture politique.

C'est une feuille de route déjà ancienne, mais réactualisée récemment. Dans son programme, la province veut prendre la forme d'un pays développé et abandonner les attributs du tiers-monde. Elle veut s'orienter vers les technologies de pointe, les industries à haute valeur ajoutée, les activités économiques de création. Elle est d'ailleurs la province qui fait le plus de recherche et développement, qui dépose le plus de brevets, qui reçoit le plus d'investissements étrangers.

Le numéro un de la province, le secrétaire du Parti, prend régulièrement des positions avant-gardistes. Il a poussé à des lois sociales plus contraignantes que nulle part ailleurs et, surtout, il entend les faire appliquer. Cela devrait mettre en difficulté celles des industries dont la stratégie repose principalement sur l'exploitation des bas coûts de main d'œuvre.

De son côté, le numéro deux, le gouverneur de la province, apparaît plus soucieux d'harmonie sociale, c'est-à-dire qu'il voudrait éviter les tensions qui ne manqueront pas de surgir si un nouveau modèle de production met trop de monde de côté. Cette opposition entre deux têtes est une situation assez classique, nous l'avons dit. Mais, elle peut donner l'impression d'un pouvoir hésitant, ce qui ne facilite pas la tâche de ceux qui ont à gérer des conflits. La province a pris des positions de pointe en matière de représentation des salariés.

Les salariés n'ont actuellement aucun véritable mode de représentation du fait de la répression violente de toute organisation visant à représenter les salariés. Cette situation rend particulièrement difficile la gestion des conflits, les directions devant deviner pourquoi il y a conflit sans pouvoir rencontrer de représentants des personnes en conflit.

Or, en 2010, le secrétaire du Parti de la province a plusieurs fois insisté sur la nécessité d'élire directement des représentants des salariés. Il a même proposé une loi en ce sens, mais a décidé de temporiser du fait de l'opposition d'une association patronale de Hong-Kong.

L'hésitation du pouvoir est particulièrement visible lorsque l'on regarde de près les dirigeants syndicaux. Les responsables syndicaux du Guangdong sont très divisés sur le rôle des syndicats et la stratégie à mener dans les conflits. Dans la constitution chinoise, le syndicat est d'abord un organe de propagande du Parti tourné vers les salariés. Une grande partie de l'action syndicale consiste en diverses campagnes d'éducation sociale. Le syndicat ne représente pas les salariés, il les défend en cherchant ce qui peut améliorer la situation ouvrière.

Le syndicat cherche à réduire les tensions sociales

Depuis un an, le syndicat se voit assigner une nouvelle mission par le pouvoir central : il s'agit d'aider à réduire les tensions sociales. La première conséquence est d'augmenter la présence du syndicat dans les entreprises. En fait, le syndicat est surtout présent dans les entreprises d'Etat et dans les Joint-Ventures.

Actuellement, il cherche à entrer dans les entreprises 100% étrangères. Ces dernières n'y sont en général pas très favorables dans la mesure où elles perçoivent le syndicat comme une instance bureaucratique qui alourdit le fonctionnement de l'entreprise, augmente les coûts sociaux, sans vraiment faire baisser les tensions dans les entreprises. Le syndicat est pratiquement absent des entreprises privées chinoises. Le syndicat peut même devenir une nuisance en cas de conflit.

En effet, en cas de grève, le syndicat n'hésite pas à prendre l'initiative pour renvoyer des salariés grévistes, ou embaucher des non-grévistes. Cela peut désorganiser les ateliers, tout en créant un ressentiment contre l'entreprise. Il n'est pas rare que le syndicat envoie des milices pour taper sur les grévistes.

Parfois, le syndicat se range du côté des travailleurs

Cela dit, le syndicat est parcouru de débats. Nous avons personnellement participé à des séances d'échanges entre syndicalistes chinois et français, où les premiers demandaient aux seconds des conseils en matière de compréhension des salariés.

Nous avons également pu constater que dans le Guangdong, le débat interne peut aller plus loin. On pourrait parler d'une tendance centriste qui considère qu'en cas de conflit du travail, le rôle du syndicat est de se situer à mi-chemin entre les patrons et les salariés, afin de trouver au plus vite la solution au conflit.

Il y a enfin des syndicalistes cantonais qui estiment qu'ils doivent se placer résolument du côté des travailleurs contre les patrons. Cette position est plus facile à tenir quand le patron est étranger.

Ainsi, dans le Guangdong, nous avons vu un syndicat intervenir dans une usine en grève pour faire élire par la base des délégués d'ateliers, lesquels ont été chargés de négocier la sortie du conflit. Ce conflit s'est soldé par une augmentation importante et rapide des salaires.

Tous les conflits ne se résolvent pas aussi bien pour les ouvriers. Il arrive, surtout dans le cas de patrons privés chinois, que les ouvriers n'obtiennent rien.

Les activistes, acteurs non contrôlé de la lutte sociale

Nous ne saurions terminer ce tour d'horizon des acteurs des conflits sans parler des activistes. Il y a des militants de la condition ouvrière qui échappent au syndicat et se battent pour l'amélioration du sort des ouvriers. Certains agissent dans le cadre d'ONG de formation ou de conseil. Ce sont souvent des étudiants qui décident de passer un peu de leur temps à aider les ouvriers à s'en sortir.

Leur action consiste essentiellement à les informer de leurs droits et des institutions qui peuvent prendre leur défense en cas d'abus. Ces personnes sont courageuses en ce sens que leurs ONG peuvent constituer les embryons d'une organisation ouvrière ; ils courent donc de vrais risques.

En même temps, les autorités reconnaissent parfois l'utilité de leur action qui se maintient généralement dans un cadre légal. Ainsi, le syndicat peut exiger qu'un employeur les paie pour donner à leurs salariés une formation sur leurs droits. On pourrait dire que le principal ressort de ces militants est la compassion.

Il existe d'autres activistes plus décidés à défendre les droits des travailleurs, y compris par des grèves. Ces activistes sont plus difficiles à rencontrer car ils sont pourchassés par les autorités. Ils n'en sont pas moins actifs. Ainsi, on a entendu des personnes se vanter de s'être fait embaucher dans de grosses entreprises pour déclencher une grève. Une fois la grève terminée, ces activistes ont tendance à disparaître dans la nature.

Leur action n'est pas très difficile car ils tiennent un discours assez proche des opinions d'une grande partie des ouvriers. En gros, ils expliquent aux autres ouvriers qu'ils sont exploités et que leur situation peut s'améliorer par la lutte. Et surtout, ils donnent le départ du conflit. Ce fut le cas d'une multinationale où les activistes avaient réussi à persuader de nombreux ouvriers de se mettre en grève. Une date et une heure avait même été fixée.

Au moment venu, personne n'osait déclencher la grève. Un activiste a alors coupé le courant de son atelier. Les ouvriers ont lerté par SMS leurs collègues des autres ateliers, et la grève a démarré ainsi. Elle a fait tâche d'huile sur d'autres usines de la même entreprise, ou d'entreprises sous-traitantes de cette dernière. Elle a duré plusieurs semaines et s'est terminée par de fortes augmentations de salaires mais aussi des licenciements et le départ de tous les militants et de certains grévistes.

Nous n'avons pas atteint le pic des conflits

Personne ne peut dire la forme que prendront les conflits à venir. Ce panorama des acteurs, la détermination et l'absence de peur des ouvriers d'un côté, le désarroi patronal et l'indécision des autorités de l'autre, tout cela laisse penser que ces conflits vont se multiplier. Certains militants ou intellectuels imaginent même qu'ils pourront prendre la forme d'une grève générale à partir de conflits localisés faisant tâche d'huile.

La seule chose qui semble assurée est que nous n'avons pas atteint le pic des conflits. Il y a encore de la marge pour les augmentations de salaires. Tous ces éléments font prévoir que les salaires vont monter rapidement dans le Sud de la Chine.

Comme nous l'avons vu, cela n'affectera guère la présence des entreprises étrangères. Certes, il deviendra moins intéressant de s'installer en Chine pour chercher des bas salaires, mais ceux qui y sont déjà réfléchiront avant de partir ailleurs, alors qu'un pouvoir d'achat nouveau est en train d'apparaître.

Le printemps des ouvriers du Sud de la Chine a donc commencé…

11:29 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, inégalités, salaires, chine | | |  Facebook | | |

04 janvier 2011

Et si, en 2011, Manuel Valls prenait la résolution de réfléchir avant de parler ?

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Nous sommes le 3 janvier et j’ai déjà failli à une mes bonnes résolution : « Rester zen ».

Merci Manuel Valls !

 

http://www.20minutes.fr/article/645958/politique-manuel-valls-attaque-35-heures

 

 

Ainsi, Manuel Valls veut « déverrouiller les 35 heures », mais il reconnaît également qu’elles « n'existent déjà plus réellement puisqu'elles ont été mises en cause progressivement depuis 2002».

 

Faire sauter un verrou qui n’existe plus : quelle ambition !

 

En termes d’ambition, la suite de sa sortie n’est pas mal non plus :

« Cela doit permettre aux Français, pour ceux qui ont la chance d'avoir un emploi, de travailler davantage -deux heures, trois heures...- sans avoir recours forcément aux heures supplémentaires qui ont beaucoup coûté à l'Etat ».

 

Ceux qui ont la « malchance » de ne pas avoir d’emploi apprécieront !

Avoir un emploi est désormais une « chance ». Je propose un grand chantier au camarade Valls : fusionner Pôle Emploi et la Française des Jeux. Le gros lot ? Un boulot !

Et moi qui croyais bêtement que le plein emploi pouvait être le résultat d’une politique économique active ! Je dois être un gauchiste archaïque.

 

Mais au fait, si je comprends bien, « Manuel le progressiste » est en train de proposer tout simplement aux salariés qui font déjà des heures supplémentaires de travailler autant pour gagner moins. En effet, travailler deux ou trois heures de plus sans avoir recours aux heures supplémentaires revient à dire que la durée légale sera relevée et les majorations pour heures supplémentaires disparaîtront. Pas sûr que les « chanceux » qui font des heures supp’ adhèrent !

Dans un contexte de chômage massif est-il raisonnable de proposer à ceux qui ont déjà un boulot de travailler plus ? Ne serait-il pas plus judicieux d’être plus nombreux à travailler ?

 

«Est-ce que dans le monde tel qu'il est aujourd'hui, avec la concurrence que nous connaissons, nous pouvons nous permettre d'être sur des idées des années 70, 80 et 90? Non! C'est ma marque, il faut dépasser la question des 35 heures», a-t-il martelé.

 

Manuel Valls trouve que les idées des années 70, 80 et 90 sont dépassées ? Alors pourquoi proposer des idées du XIXème siècle ?

Allonger la durée du travail revient à  casser une dynamique de progrès social, qui veut que la durée du travail baisse dans les pays développés depuis le milieu du XXème siècle.

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1273

 

 

Derrière les prétendues innovations de « Manuel le moderne », se cache en réalité une vision très classique de l’économie. Dans cette vision, l’économie est dite « contrainte par l’offre » : les entreprises ne peuvent produire plus parce que personne ne veut travailler plus, surtout pas les chômeurs (qui sont  des chômeurs volontaires). Pour produire plus, il faut inciter ceux qui le veulent à travailler plus pour gagner plus.

 

Rappelons-le, une fois de plus, les français ne travaillent pas moins que leurs voisins européens ! Certes, avec un temps de travail hebdomadaire effectif de 35 heures en moyenne, selon les données d'Eurostat, les salariés français triment beaucoup moins que les Turcs (51 h) ou les Roumains (41 h), mais à peine moins que les Anglais (35,1 h), autant que la moyenne de l'ex-Europe à quinze et significativement plus que les Allemands (34,3 h) et les Danois (33,4 h), qu'on nous donne régulièrement en exemple. Sans parler des Néerlandais (30,4 h).

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Au passage, on peut noter la forte hausse de l'emploi sur la période 1998-2000. Serait-ce l'impact des 35 heures, cette aberration ? On n'ose y croire !

 

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Loin d’être un marqueur de développement, la durée du travail est plutôt inversement proportionnelle au PIB / habitant (indicateur de développement imparfait mais le plus utilisé). Les pays où la durée du travail est la plus faible sont bien souvent ceux où la production par habitant est la plus forte.

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Pourquoi ? Tout simplement en raison d’une plus forte productivité (quantité produite par heure travaillée). Et en France, la productivité horaire a été multipliée par plus de 4 depuis 1960. Ce qui explique que le PIB a été multiplié par 4 depuis cette date pour un même volume global d’heures travaillées.

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Plutôt que de recycler des vieux slogans qui ont fait la preuve de leur inefficacité, Manuel Valls pourrait se préoccuper de vraies questions. Par exemple :

 

  • Faut-il travailler davantage ? Oui, dans le sens où il faudrait être plus nombreux à travailler, c’est-à-dire lutter contre le chômage avec autant de détermination que l’on a lutté contre l’inflation. Oui, également pour ceux qui travaillent à temps partiel subi. Le développement du temps partiel, avatar de la « flexibilisation » du marché du travail, est une forme de réduction du temps de travail (RTT) très inégalitaire. Une véritable RTT (32 h ?) mieux encadrée, avec une réflexion sur la qualité de l’emploi, serait bénéfique pour la cohésion sociale…et pour l’emploi.

 

  • Peut-on gagner plus ? On peut gagner plus en travaillant autant ou gagner autant en travaillant moins. Comment ? grâce à une meilleure répartition des gains de productivité. Depuis le début des années 1980, les salaires sont déconnectés de la productivité.

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La réponse à ces questions passe par une réflexion de fond sur la politique économique et ne peut se réduire à des positionnements marketing.

 

PP

 

 

 

08:50 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : travail, emploi, salaires, valls, productivité | | |  Facebook | | |

08 février 2010

Appel contre le projet Darcos de mise à mort de la médecine du travail

non-mort-medecine-travail.net

À l’heure de la sous déclaration massive des accidents du travail, de l’augmentation des maladies professionnelles et des suicides au travail (comme cela a été révélé à France Télécom) à l’heure de la hausse des accidents cardiaques et vasculaires liés au stress et à la souffrance au travail, à l’heure où dérivent les méthodes de management et leurs exigences dévorantes de productivité, faut-il affaiblir ou renforcer la médecine du travail ?

Après plus de vingt ans de dégradation continue de la santé au travail, nul ne nie qu’il y ait besoin d’une grande réforme pour la reconstruire. Mais les salariés, les syndicats, les professionnels des questions de santé au travail sont terriblement inquiétés par les orientations de la « réforme » annoncée de M. Darcos.

C’est un projet qui va dans le sens de celui du Medef auquel, pourtant, tous les syndicats de salariés se sont opposés unanimement en 2009. Il propose carrément de violer le cadre de responsabilité du médecin du travail pour qu’il serve de bouclier protecteur à celui des employeurs. Il est en contradiction de manière rédhibitoire avec les principes du Code de Déontologie médicale inscrits dans la Loi. Il projette d’organiser les prochains services de santé au travail (SST) en donnant total pouvoir au patronat : seront juges et parties ceux-là mêmes qui créent les risques.

Plus que jamais les médecins du travail et les autres acteurs des SST seront cantonnés dans des activités éloignées de la défense de la santé des travailleurs. Il s’agit de la mort de toute réelle prévention en santé au travail. Il s’agit de « démédicaliser » la seule spécialité dont l’objet est le lien entre la santé et le travail. Il s’agit de prendre prétexte de la pénurie (réversible) de médecins du travail en les remplaçant par des infirmiers alors que ceux-ci ne peuvent pas se substituer aux médecins et qu’ils n’ont pas de statut protégé. Il s’agit de transférer ces missions aux directeurs des services interentreprises de santé au travail (SST) c’est-à-dire aux Conseils d’Administration composés majoritairement d’employeurs (2/3). Il s’agit de déposséder les « commissions de contrôle » de leurs prérogatives notamment en ce qui concerne le droit d’opposition à la mutation ou au licenciement des médecins du travail, alors qu’au contraire ce droit d’opposition devrait être étendu pour que tout « Intervenant en Prévention des Risques Professionnels » bénéficie d’un statut de « salarié protégé ».

Comment une « prévention » peut-elle exister, sans entretien clinique régulier avec les salariés, en espaçant les visites tous les 3 ans ? L’aptitude et l’inaptitude seraient définies du point de vue patronal : actuellement ces notions n’ont pas de définition légale, le médecin du travail les apprécie au cas par cas selon les risques pour la santé liés au poste de travail. Une nouvelle définition écrite dépendrait exclusivement de la capacité du salarié à effectuer la totalité des tâches prescrites : elle aurait une « simplicité » radicale, binaire (apte ou inapte) et reviendrait à supprimer toute notion d’aménagement de poste et d’adaptation des tâches à l’homme.

Le Medef voulait aussi que le médecin-conseil puisse déclencher une procédure obligatoire de retour au travail pendant l’arrêt de travail. L’employeur serait libéré de ses obligations de reclassement dès la visite de reprise. Après cette visite unique, et dans un délai de 21 jours, le salarié déclaré inapte pourrait être licencié. Les voies de recours, aujourd’hui possibles auprès de l’inspection du travail, seraient renvoyées à des dispositions non précisées. Le projet de X. Darcos reprend les mêmes intentions, très dangereuses pour les salariés victimes d’accident du travail ou de maladie professionnelle. Au contraire de tout cela, une véritable prévention en santé au travail est nécessaire et possible.

L’indépendance professionnelle exige que les préventeurs soient à l’abri des pressions de ceux qui les paient. Avec le mode de production en flux tendu et la recherche effrénée de gain de productivité, les conditions de travail se dégradent partout, tous les secteurs sont « à risques », bureaux comme ateliers. Une authentique médecine de prévention, en adéquation avec les constats sur le terrain, peut tirer sa grande pertinence de l’entretien clinique régulier des salariés avec le médecin du travail. Il faut que la médecine du travail authentique et spécifique soit un véritable service public indépendant, avec les moyens nécessaires, la formation, les effectifs, et la prévention apparaîtra redoutablement efficace, progressive et finalement « économique » dans l’intérêt des salariés.

Que tous les acteurs de progrès refusent ensemble le projet Darcos de mise à mort de la médecine du travail POUR une authentique médecine du travail, indépendante, dans l’intérêt exclusif de la santé des salariés !

Signez cet appel sur le site "non-mort-medecine-travail.net"

Collectif des médecins du travail de Bourg-en-Bresse :

Docteurs Mireille Cellier, Odile Chapuis, Jacqueline Chauvin, Elisabeth Delpuech, Karyne Devantay, Yusuf Ghanty, Chantal Lafarge.

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30 janvier 2010

Le chômage va baisser en 2010...mon oeil !

 

Entretien avec Eric Heyer : directeur adjoint au département Analyse et prévision de l'OFCE

paru dans Alternatives Economique de Janvier 2010



 

Comment voyez-vous les prochains mois sur le plan de l'emploi en France?

 

Nous ne sommes pas tirés d'affaire parce que l'ajustement de l'emploi au sein des entreprises est loin d'être terminé. Compte tenu de l'ampleur du recul de l'activité économique subi cette année, nous estimons que les entreprises devraient encore réduire l'emploi de 1,1 %, afin de rétablir simplement le niveau de productivité du travail qui était celui d'avant la crise. Avec un niveau de gains de productivité qui se situe habituellement aux alentours de 1,5 % par an en France, cela signifie que, même si nous connaissions une croissance de 2,6 % l'an prochain, nous ne créerions aucun emploi. Or, personne n'anticipe un tel niveau de croissance économique pour 2010. Nous prévoyons, pour notre part, une poursuite des suppressions massives d'emplois, avec une perte de 300 000 postes de travail et une hausse correspondante du chômage.

 

Dans la crise, les marchés du travail des différents pays ont réagi de manière très contrastée, entre l'Allemagne, où le recul de l'emploi est très limité, et l'Espagne ou les Etats-Unis, où il a été, au contraire, brutal et massif. Comment se situe la France et qui est le mieux placé pour profiter de la reprise?

 

En effet, ces différences restent très significatives, alors que l'on pensait souvent que la mondialisation avait rapproché les modes de gestion de l'emploi. En Allemagne, grâce à un usage massif du chômage partiel, l'emploi n'a quasiment pas reculé malgré une chute de l'activité beaucoup plus marquée qu'en France. Le fait de ne pas avoir désorganisé les collectifs de travail et de disposer toujours d'une main-d'oeuvre expérimentée est un atout pour l'économie allemande si la reprise est rapide et forte. Cela risque, en revanche, d'être un handicap si la reprise est lente et limitée, parce que ces sureffectifs vont peser durablement sur la rentabilité des entreprises. Or, ce cas de figure paraît aujourd'hui le plus probable.

 

Quant à la situation espagnole, l'ampleur du recul de l'emploi ne peut guère être considérée comme un facteur favorable à la reprise. Même si cela devrait en théorie conforter la rentabilité des entreprises, ce mouvement entraîne une forte baisse de pouvoir d'achat chez ceux qui ont perdu leur emploi, tout en insécurisant les autres, qui se mettent à épargner au lieu de consommer. Et au final, en termes de croissance, le bilan est nettement négatif.

 

La France se trouve dans une situation intermédiaire: l'emploi y a davantage reculé qu'en Allemagne et beaucoup moins qu'en Espagne. Ce n'est a priori pas la situation la plus défavorable dans un contexte où la reprise s'annonce lente: les profits des entreprises françaises évolueront plus favorablement qu'en Allemagne, tandis que le moral des ménages est moins mauvais qu'en Espagne.

 

Que faudrait-il faire face à la montée du chômage?

 

Il faut réussir à enrichir la croissance en emplois. Cela implique de remettre au goût du jour la réduction du temps de travail, et en particulier de cesser de subventionner les heures supplémentaires. Il ne faut pas hésiter à avoir recours à l'emploi public, comme l'ont fait d'ailleurs massivement nos voisins anglais dans la crise. Il faudrait également développer plus activement les emplois aidés: au rythme actuel, on aura simplement retrouvé mi-2010 le niveau d'emplois aidés de 2008. Chacun mesure qu'il ne s'agit que d'un palliatif, mais tout ce qui concourt à faire baisser le chômage permet d'accélérer la reprise de l'activité, qui créera des emplois pérennes.

 

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